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Guide vétérinaire 202619 minMis à jour 12 juin 20262 cas chiffrés

Transmettre sa clinique vétérinaire : le report d'impôt 150-0 B ter

Vous exercez en SELARL ou SELAS et votre clinique vaut aujourd'hui 600 000 € à 1,5 M€. La vendre sèchement, c'est régler 31,4 % de plus-value (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux) immédiatement, au-delà de toute exonération. L'apport-cession de l'article 150-0 B ter offre une autre voie : apporter vos titres à une holding que vous contrôlez gèle l'impôt, pour réinvestir (une 2e clinique), transmettre aux enfants (pacte Dutreil −75 %), voire l'effacer au décès. Mais la réforme 2026 a durci les règles. Par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine indépendant (ORIAS 23002291).

TRANSMISSION CLINIQUE VÉTÉRINAIRE 2026

Chiffrer le report d'impôt de votre cession et préparer la transmission

Audit d'apport-cession : éligibilité du report 150-0 B ter, choix SPFPL vétérinaire ou holding à l'IS, vérification du contrôle (33,33 %) et du remploi 2026 (70 % / 3 ans / 5 ans), purge au décès, donation et pacte Dutreil. Cabinet 100 % indépendant.

  • SPFPL ou holding IS arbitrée
  • Contrôle et remploi 2026 vérifiés
  • Donation et Dutreil intégrés
  • Multi-partenaires, sans produit-maison

PV TITRES SEL (PFU)

31,4 %

REMPLOI < 3 ANS

70 %

PRÉSOMPTION CONTRÔLE

33,33 %

DUTREIL TRANSMISSION

−75 %

PURGE AU DÉCÈS

100 %

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1LE CHOIX·3 MIN

Vendre sec ou apporter à une holding ? Ce que change le 150-0 B ter

L'essentiel en 30 secondes

  • Céder les parts de votre SELARL/SELAS vétérinaire déclenche une plus-value mobilière taxée à 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026).
  • L'apport-cession (art. 150-0 B ter) diffère cet impôt : vous apportez vos titres à une holding que vous contrôlez, la plus-value est placée en report, et c'est la holding qui vend ensuite.
  • Deux issues à votre main : réinvestir (une 2e clinique) ou transmettre aux enfants (donation + pacte Dutreil −75 %). Conservé jusqu'au décès, le report s'efface.
  • Report ≠ exonération : le report décale l'impôt, l'exonération l'efface (sujet du guide cession).

Vous avez bâti votre clinique pendant vingt ans, et un confrère — ou l'un de ces groupes vétérinaires qui consolident le marché — vous propose enfin de la racheter. Le prix est beau : six, parfois sept chiffres. Sauf qu'avant de fêter la signature, regardez la ligne du bas : sur la plus-value de vos parts de SEL, le fisc prend 31,4 % d'entrée. Sur une clinique valorisée 900 000 € dégageant 850 000 € de gain, cela fait près de 267 000 € à sortir l'année de la vente — un tiers du fruit d'une carrière qui part en un seul virement. L'apport-cession de l'article 150-0 B ter CGI ouvre une autre voie : ne pas payer tout de suite, mais geler l'impôt et garder l'intégralité du prix au travail. Et si vous conservez les titres jusqu'à votre décès, cet impôt différé ne sera jamais payé.

Le malentendu que je corrige à chaque rendez-vous : l'apport-cession ne supprime pas l'impôt, il le décale. Vous n'encaissez pas le prix sur votre compte personnel ; vous logez vos titres de clinique dans une holding qui, elle, recevra le produit de la vente et le réinvestira. En échange, la plus-value d'apport est figée et mise « en report ». Tant que vous conservez les titres de la holding, l'impôt ne se déclenche pas — et s'il se déclenche un jour, ce sera dans des conditions que vous aurez choisies. Vous gagnez du temps, votre capital reste investi, et au décès l'impôt s'éteint pour de bon.

Ce guide suit le fil d'un vétérinaire en SEL : comment fonctionne l'apport, où apporter (SPFPL vétérinaire ou holding à l'IS), le contrôle, les conditions durcies en 2026 (remploi de 70 %), la transmission aux enfants (donation + Dutreil) et la purge au décès. Première frontière à poser : l'apport-cession n'est pas la cession sèche avec exonération de plus-value. Si votre projet est d'encaisser le prix et de partir à la retraite, c'est l'exonération qu'il faut viser, détaillée dans notre guide céder sa clinique vétérinaire avec l'exonération de plus-value. L'apport-cession, lui, vise le réinvestissement et la transmission.

Report (150-0 B ter) ≠ exonération (238 quindecies, départ retraite)

Deux logiques opposées. Le report (art. 150-0 B ter) diffère l'impôt : vous gardez le cash dans la holding pour réinvestir ou transmettre. Les exonérations de cession (238 quindecies sous 500 000 € de valeur, 151 septies A départ retraite) l'effacent : on encaisse le prix et on part. Au-delà de 500 000 € de valeur de clinique, l'exonération sèche ne couvre plus tout, et l'apport-cession devient l'outil de qui veut faire travailler son capital. Le mécanisme générique, hors spécificités vétérinaires, est détaillé dans notre guide pilier apport-cession 150-0 B ter en profession libérale.
§ 2LE MÉCANISME·2 MIN

Le mécanisme appliqué à la clinique : apporter, geler, puis vendre

Le schéma tient en une phrase : au lieu de vendre directement vos titres de SELARL ou de SELAS, vous les apportez à une holding (vous échangez vos titres de clinique contre des titres de la holding). C'est cet apport — et non la vente ultérieure — qui dégage la plus-value. Et c'est précisément cette plus-value d'apport que le 150-0 B ter place en report d'imposition. Aucun impôt n'est dû l'année de l'apport. La holding cède ensuite les titres à l'acquéreur (le confrère, le groupe), et le produit reste logé dans la holding.

Tout repose sur un seul mot, qu'on retrouvera partout : le contrôle de la holding qui reçoit l'apport (voir §4). C'est lui qui sépare deux régimes qui se ressemblent mais n'ont pas du tout les mêmes effets.

Les conditions cumulatives du report 150-0 B ter, transposées à l'apport de titres d'une clinique vétérinaire.
ConditionContenuTexte
ApporteurVétérinaire (personne physique) exerçant en SEL, fiscalement domicilié en FranceArt. 150-0 A CGI
Holding bénéficiaireSoumise à l'IS (SPFPL vétérinaire ou holding classique), en France / UE / EEE150-0 B ter I
ContrôleHolding contrôlée par l'apporteur à l'issue de l'apport (33,33 % et +, voir §4)150-0 B ter III-2°
DéclarationPV calculée et figée à l'apport, déclarée l'année de l'apport (2074-I), puis case 8UT150-0 B ter VI

Report (150-0 B ter) ≠ sursis (150-0 B) : la distinction qui change tout

Le report (art. 150-0 B ter) joue quand vous contrôlez la holding qui reçoit l'apport : la plus-value est calculée et figée à l'apport, déclarée immédiatement, puis purgée au décès. Le sursis (art. 150-0 B) joue quand vous ne contrôlez pas la holding : l'opération est neutre, mais il n'y a pas de purge au décès. Pour le vétérinaire seul maître de sa holding, on est presque toujours dans le report— et c'est une bonne nouvelle, car c'est lui qui ouvre l'effacement au décès.

La soulte et le commissaire aux apports : deux points techniques

En contrepartie de l'apport, vous pouvez recevoir une soulte (versement complémentaire en numéraire), tolérée tant qu'elle n'excède pas 10 % de la valeur nominale des titres reçus ; au-delà, la plus-value correspondant à la soulte est imposée immédiatement. En pratique, on la déconseille sauf justification économique documentée. Par ailleurs, l'apport de titres (apport en nature) à une holding constituée en SAS ou SARL impose en principe l'intervention d'un commissaire aux apports (Code de commerce, art. L. 225-147 et R. 225-136), qui valorise les titres apportés — une valorisation crédible étant aussi un rempart contre une remise en cause ultérieure. Le véhicule lui-même est détaillé dans notre guide la holding patrimoniale qui reçoit vos titres de SEL.
§ 3LE VRAI CHOIX·3 MIN

SPFPL vétérinaire ou holding classique à l'IS : où apporter vos titres ?

En 30 secondes

  • Deux véhicules peuvent recevoir l'apport : la SPFPL de vétérinaires (conforme aux règles ordinales) ou la holding classique à l'IS (SAS/SARL, plus souple).
  • Le report 150-0 B ter joue dans les deux cas : toutes deux sont à l'IS et contrôlées par l'apporteur.
  • Le départage se fait sur la conformité ordinale et la liberté de remploi (voir §5).

Première vraie décision, et elle ne se pose qu'aux professions réglementées comme la vôtre. La SPFPL — société de participations financières de professions libérales — a été créée par la loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990, dont le cadre a été refondu par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (en vigueur depuis le 1er septembre 2024). Pour le vétérinaire, elle est encadrée par le Code rural et de la pêche maritime (art. R. 241-104 et suivants) : son capital et ses droits de vote doivent être majoritairement détenus par des vétérinaires en exercice, et elle est inscrite sur une liste tenue par l'Ordre des vétérinaires. C'est la holding sur mesure de la profession : elle peut détenir des parts de SEL vétérinaires en respectant ces règles ordinales.

La holding classique à l'IS (SAS, SARL) est, elle, un véhicule de droit commun : plus libre dans son objet social et son réinvestissement, mais hors du confort ordinal de la SPFPL. Elle prend tout son sens quand le projet de réinvestissement large (prise de contrôle d'une société opérationnelle, fonds de capital-investissement) prime sur la pure logique métier.

SPFPL de vétérinaires — la holding ordinale

Conforme au Code rural (R. 241-104 et s.) et aux règles de l'Ordre des vétérinaires ; peut détenir les SEL vétérinaires ; bénéficie du régime mère-fille. MAIS objet social contraint : le remploi du produit de cession est cantonné (SEL vétérinaires de la même profession, ou fonds éligibles). C'est le véhicule naturel quand les règles ordinales l'imposent.

Holding classique à l'IS (SAS / SARL)

Liberté de remploi : toute activité économique éligible au sens du 150-0 B ter (prise de contrôle d'une société opérationnelle, souscription en numéraire, FCPR / FPCI). Plus souple pour réinvestir, mais hors confort ordinal — à réserver aux situations où le projet de réinvestissement prime sur la logique métier vétérinaire.

Le pont : comprendre la SPFPL vétérinaire au quotidien

La SPFPL est le véhicule central de cette stratégie : son fonctionnement, ses règles de détention, le régime mère-fille et l'arbitrage rémunération/dividendes au quotidien sont détaillés dans notre guide vétérinaire en SELARL et holding SPFPL : optimiser sa fiscalité. Le cadre générique de la SPFPL, commun à toutes les professions libérales, figure dans SPFPL : la holding ordinale des professions libérales.
§ 4LE PIÈGE N°1·2 MIN

Le contrôle de la holding : 33,33 %, pas 50 %

L'erreur que tout le monde recopie

Beaucoup de guides écrivent « contrôle = plus de 50 % ». C'est faux. Le contrôle de la holding est caractérisé dès qu'une seule des conditions de l'article 150-0 B ter III-2° est remplie. Confondre les deux peut faire basculer une opération du report (avec purge au décès) vers le simple sursis (sans purge), ou faire croire à tort qu'on n'a pas le contrôle.

Mémo express

Les 3 façons de contrôler la holding (CGI 150-0 B ter III-2°)

  • La majorité des droits de vote OU des droits dans les bénéfices, directement ou indirectement — et en additionnant le groupe familial : conjoint, ascendants, descendants, frères et sœurs (leurs participations se cumulent).
  • La présomption : vous détenez au moins 33,33 % des droits et aucun autre associé ne détient davantage. C'est une présomption simple (renversable), mais elle suffit à caractériser le contrôle.
  • Le pouvoir de décision de fait : contrôle de fait, action de concert, pacte d'associés — vous êtes le « maître de l'affaire » même sans détenir la majorité.

Pour le vétérinaire seul maître de sa SPFPL ou de sa holding, la question est vite réglée : il en détient 100 %, le contrôle est évident, et l'on est dans le report. Le sujet devient sensible dans une clinique de groupe (SELARL à plusieurs associés vétérinaires), où il faut manier le seuil de 33,33 % et l'agrégation familiale pour déterminer qui contrôle quoi. Point de méthode : le contrôle s'apprécie à l'issue de l'apport, c'est-à-dire en tenant compte de la situation après l'opération.

§ 5LE REMPLOI 2026·3 MIN

Si la holding revend dans les 3 ans : réinvestir 70 % (réforme 2026)

En 30 secondes : ce qui a changé en 2026

  • Si la holding cède les titres de la clinique dans les 3 ans de l'apport, elle déclenche une obligation de remploi.
  • Il faut alors réinvestir au moins 70 % du produit net (ex-60 %), dans un délai de 3 ans / 36 mois (ex-2 ans), et conserver les actifs 5 ans (ex-12 mois). Applicable aux cessions réalisées à compter du 21/02/2026 (LF 2026, loi n° 2026-103 du 19/02/2026).
  • Si la holding revend plus de 3 ans après l'apport → aucun remploi, le report est maintenu sans condition (voir §6).

C'est la section qui fait basculer les opérations, et la loi de finances 2026 y a durci chaque curseur. Le principe : si la holding vend trop tôt les titres qu'elle a reçus (dans les 3 ans), le fisc veut la preuve que l'argent finance une vraie activité, pas un encaissement déguisé. D'où l'obligation de remploi. Les anciennes valeurs (60 % / 2 ans / 12 mois) sont désormais périmées pour les cessions postérieures au 21 février 2026.

Valeurs durcies par la loi de finances pour 2026 ; les pages encore en 60 % / 2 ans / 12 mois sont périmées.
ParamètreAvant la LF 2026Depuis le 21/02/2026
Quota de remploi60 % du produit net70 % du produit net
Délai de remploi2 ans3 ans (36 mois)
Conservation des actifs (réinvestissement direct)12 mois5 ans
Conservation des fonds (FCPR, FPCI…)5 ans5 ans

Mémo express

Ce qui est ÉLIGIBLE au remploi de 70 % (pour un vétérinaire)

  • Le financement de moyens permanents affectés à une activité opérationnelle : aménagement et équipement d'une 2e clinique, d'un plateau technique (imagerie, bloc, hospitalisation).
  • L'acquisition de titres conférant le contrôle d'une autre clinique exploitée en société à l'IS (croissance externe, multi-sites).
  • La souscription en numéraire au capital de sociétés opérationnelles éligibles.
  • La souscription de parts de FCPR, FPCI, SCR ou SLP (capital-investissement, quota d'investissement de 75 %, art. 163 quinquies B CGI), conservées 5 ans.

Ce qui est EXCLU du remploi (et le piège des murs en SCI)

Sont exclus : la gestion de votre propre patrimoine, la location nue et meublée, l'immobilier de rendement, la SCPI, la holding passive et les activités purement financières. Conséquence directe pour le vétérinaire : racheter les murs de votre clinique dans une SCI à l'IR (location nue) n'est PAS un remploi éligible — c'est la confusion la plus fréquente en rendez-vous : un vétérinaire qui croit remployer en achetant ses murs en SCI à l'IR, et qui casse son report sans le savoir. Loger les murs en SCI reste un excellent montage patrimonial, mais il se raisonne séparément ; voyez à ce sujet notre guide acheter les murs de sa clinique vétérinaire en SCI. En revanche, la 2e clinique et le private equity éligible (FCPR / FPCI respectant le quota) comptent bien comme remploi.

Cette exigence d'un réinvestissement réellement économique, ce sont d'abord les juges qui l'ont imposée, avant que la loi ne la reprenne : le Conseil d'État a posé très tôt qu'une simple réutilisation patrimoniale ne suffit pas (CE 24/08/2011, n° 314579 et CE 03/02/2011, n° 329839 — la location nue n'est pas une activité économique), et que la location meublée n'est éligible que si elle s'accompagne de moyens significatifs ou d'une para-hôtellerie (CE 19/04/2022, n° 442946).

Hagnéré Patrimoine

Sécuriser le remploi de votre apport-cession vétérinaire

Un CGP indépendant vérifie votre calendrier (cession dans les 3 ans ou au-delà), calcule le seuil de remploi de 70 %, identifie les actifs éligibles (et écarte les exclus comme les SCPI et les murs en location nue), et arbitre entre SPFPL vétérinaire et holding à l'IS.

Premier échangeSans engagementCadre documenté

Placer la trésorerie sans casser le report

Une fois le remploi de 70 % assuré (ou si la cession a eu lieu au-delà de 3 ans), le solde de trésorerie peut être placé dans la holding. Attention : le contrat de capitalisation de la holding ou l'assurance-vie servent la trésorerie, pas le quota de remploi — ce ne sont pas des actifs éligibles au 150-0 B ter. La distinction est expliquée dans notre guide contrat de capitalisation et apport-cession 150-0 B ter.

Note de méthode : le remploi en fonds est du capital-risque

Réinvestir le produit en parts de FCPR, FPCI, SCR ou SLP est éligible, mais ce sont des fonds de capital-investissement : capital non garanti, liquidité bloquée plusieurs années (souvent 8 à 10 ans), et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Le remploi répond d'abord à une logique fiscale (sécuriser le report) ; il ne doit jamais conduire à choisir un actif inadapté à votre profil de risque. Le bon ordre est l'inverse : définir d'abord votre projet patrimonial, puis vérifier qu'il coche les cases du remploi éligible.
§ 6LA VOIE ROYALE·1 MIN

Revendre la clinique plus de 3 ans après l'apport : report sans condition

Le bon timing : apporter tôt, vendre plus tard

Si la holding cède les titres de la clinique plus de 3 ans après l'apport, il n'y a aucune obligation de remploi : le report est maintenu sans condition, et la trésorerie issue de la vente peut être placée librement dans la holding (capitalisation, private equity, titres opérationnels). C'est la voie la plus confortable. Le bon réflexe : monter la holding et apporter les titres très en amont, idéalement plus de 3 ans avant la cession envisagée. Vous supprimez la contrainte de remploi de 70 %, vous gardez la main sur le placement du produit, et — bonus décisif — vous construisez le meilleur rempart contre l'abus de droit (voir §9).

Tout dépend du calendrier. Un vétérinaire qui crée sa holding et apporte ses titres trois ans avant d'envisager la vente échappe à toute obligation de remploi ; celui qui apporte une fois l'offre du groupe sur la table reste, lui, sous la contrainte des 70 %. Plus vous apportez tôt, plus vous vous libérez de contraintes. Or les négociations avec un groupe vétérinaire prennent souvent des mois ; intégrer la structuration en amont, avant même de recevoir une offre ferme, est le réflexe gagnant.

Le cash dans la holding : le levier mère-fille

Avant même la cession, les dividendes remontés de la clinique vers la holding bénéficient du régime mère-fille (art. 145 et 216 CGI) : l'imposition se limite à un IS effectif de 1,25 % (exonération de 95 %, quote-part de frais de 5 % taxée à l'IS ; détention ≥ 5 % conservée ≥ 2 ans). C'est l'un des grands intérêts de l'enveloppe holding pour faire remonter et capitaliser la trésorerie. Détails dans notre guide dividendes de SEL : régime mère-fille et seuil des 10 %.
§ 7TRANSMETTRE·3 MIN

Transmettre la clinique aux enfants : donation des titres + pacte Dutreil

Donner les titres de la holding aux enfants : la purge du report

La donation des titres de la holding transfère le report sur la tête du donataire s'il contrôle la holding ; la plus-value est alors définitivement purgée s'il conserve les titres pendant 6 ans (contre 5 auparavant), délai porté à 11 ans (contre 10) lorsque le report résulte d'un remploi en fonds FCPR / FPCI / SCR / SLP. Si le donataire ne contrôle pas la holding, le report est au contraire purgé immédiatement : la plus-value n'est jamais imposée, sans délai de conservation (art. 150-0 B ter IV CGI).

C'est le bras « transmission » du montage, et il se chaîne au report. Pour le vétérinaire de 60-65 ans dont un enfant reprend la clinique (souvent vétérinaire lui aussi), l'enchaînement est redoutablement efficace : on apporte les titres (report), puis on donne les titres de la holding aux enfants. La plus-value historique, jamais consommée du vivant, se purge au terme de la conservation. Restent les droits de mutation à titre gratuit — et c'est le pacte Dutreil qui prend le relais sur ce terrain.

Les chemins de purge de la plus-value en report (valeurs LF 2026 : donation 6 ans / 11 ans si fonds).
ÉvénementEffet sur le reportCondition de conservation
Décès de l'apporteurPurge définitive (PV jamais imposée)Détention des titres au décès
Donation (donataire contrôle)Transfert puis purge6 ans (11 ans si remploi en fonds)
Donation (donataire ne contrôle pas)Purge immédiate (PV jamais imposée)Aucun délai de conservation
Conjoint via avantage matrimonialReport SUBSISTE (pas de purge)Préciput / attribution de communauté

Le pacte Dutreil (art. 787 B CGI) exonère 75 % de la valeur des titres de l'assiette des droits de mutation, sans plafond. Trois conditions cumulatives : un engagement collectif de conservation d'au moins 2 ans (portant sur au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote pour une société non cotée), un engagement individuel de conservation de 6 ans par chaque héritier ou donataire (porté de 4 à 6 ans par la LF 2026, soit 8 ans au total avec l'engagement collectif), et l'exercice d'une fonction de direction. Point décisif pour le montage : pour porter le Dutreil, la holding doit être animatrice de son groupe (elle participe activement à la conduite de la politique de la clinique) — condition posée par le Conseil d'État (CE plén. fisc. 13/06/2018, n° 395495, Cofices). Les conditions du pacte sont appréciées strictement par les juges et la preuve en incombe au contribuable (Cass. com. 17/12/2025, n° 24-17.415).

Le cumul gagnant : report purgé + Dutreil −75 % + réduction 50 %

La combinaison apport-cession (report) + donation (purge 6/11 ans) + Dutreil (−75 %) permet une transmission familiale quasi sans frottement fiscal. Bonus : si le donateur a moins de 70 ans et donne en pleine propriété, une réduction de 50 % des droits s'ajoute (art. 790 CGI), au-delà de l'abattement de 100 000 € par enfant et par parent (renouvelable tous les 15 ans). On peut aussi donner la holding en nue-propriété pour réduire encore l'assiette : voyez nos guides transmettre son cabinet et son patrimoine quand on est libéral et le démembrement de propriété pour transmettre à moindre coût. Ce cumul est puissant mais exigeant (holding animatrice, engagements, direction) : il doit être audité avant toute opération.
§ 8LA PURGE·1 MIN

La purge au décès : quand le report devient un effacement

Conservé jusqu'au décès, le report ne se paie jamais

Le report est personnel. Au décès de l'apporteur qui détient encore les titres de la holding, la plus-value placée en report s'éteint définitivement, sans jamais être imposée. Les héritiers reçoivent les titres à leur valeur au jour du décès et ne paient que les droits de succession (sous réserve, le cas échéant, du Dutreil à −75 %). Pour le vétérinaire qui a déjà ses revenus assurés et pense d'abord à ses enfants, apport-cession + détention jusqu'au décès = effacement total de l'IR et des prélèvements sociaux sur la plus-value historique.

Ce qui n'était qu'un report (un impôt différé) devient, au décès, une exonération de fait. C'est ce qui distingue radicalement l'apport-cession d'une vente directe : tant que vous ne déclenchez pas un événement imposable de votre vivant, l'impôt finit par disparaître.

L'exception : l'avantage matrimonial au conjoint

Une nuance à connaître : si les titres grevés du report sont attribués au conjoint survivant via un avantage matrimonial (clause de préciput, clause d'attribution intégrale de la communauté), le report subsiste sur la tête du conjoint — il n'y a pas de purge dans ce cas. C'est un point à vérifier avec votre notaire selon votre régime matrimonial, car il peut faire échec à l'effacement attendu.
§ 9LES GARDE-FOUS·2 MIN

Garde-fous : abus de droit, exit tax et suivi déclaratif

Le risque sérieux du montage tient en une phrase : un apport suivi d'une vente déjà ficelée. C'est l'angle d'attaque favori de l'administration. Un apport suivi d'une cession immédiate sans substance — typiquement, apporter à une holding une vente de clinique déjà négociée et signée, pour encaisser le prix à l'abri du report sans aucun projet économique — est requalifiable en abus de droit : article L. 64 du Livre des procédures fiscales (abus de droit classique) et article L. 64 A (mini-abus de droit, depuis le 1er janvier 2020, pour les montages à but principalement fiscal), avec des pénalités pouvant atteindre 80 %. Le contexte vétérinaire l'exige : avec la consolidation du marché par les groupes, la tentation d'apporter une cession déjà ficelée est forte — et c'est précisément le terrain du redressement.

Mémo express

Les réflexes anti-abus de droit

  • Créer la holding en amont, avec un objet social large et une réelle existence (comptes, organes, substance).
  • Suivre un calendrier crédible : ne pas apporter une cession déjà négociée ou signée avec un confrère ou un groupe.
  • Respecter le remploi de 70 % si la cession intervient dans les 3 ans (voir §5), sans remploi fictif (compte courant jamais remboursé, coquille vide).
  • Et, on l'a vu, apporter bien avant de vendre reste la meilleure assurance (la voie royale du §6).

Expatriation (exit tax) et suivi déclaratif

Le transfert du domicile fiscal hors de France met fin au report et déclenche l'exit tax (art. 167 bis CGI) : la plus-value en report devient imposable, avec un sursis de paiement automatique vers un État de l'UE / EEE et des garanties exigées pour un État tiers. Réalisez donc l'apport-cession avant tout projet d'expatriation. Côté déclarations : la plus-value est figée sur le formulaire 2074-I l'année de l'apport, puis reportée chaque année en case 8UT de la 2042 tant que le report court (art. 150-0 B ter VI). (À noter, sans rapport direct avec la cession : depuis l'imposition 2024, la rémunération technique des associés de SEL est imposée en BNC — CE 08/04/2025, n° 492154 — point traité dans le guide SPFPL.)
§ 10CAS CHIFFRÉS·3 MIN

Deux cas chiffrés à l'euro

On a posé les règles ; voyons ce que ça donne pour Claire et Marc, deux profils que l'on croise au cabinet, chiffrés à l'euro. Mise au point méthodologique avant de lire : pour rester lisibles, les cas supposent que la plus-value d'apport est proche du prix (prix de revient des titres faible par rapport à leur valeur d'apport, fréquent quand le praticien a créé sa société). Le PFU retenu sur la plus-value mobilière 2026 est de 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux).

Cas 1 · SELARL vétérinaire · titres 900 000 € · PV ≈ 850 000 € · réinvestissement

Dr Claire Vasseur, 54 ans — 266 900 € reportés et réinvestis dans une 2e clinique

Claire apporte les titres de sa SELARL vétérinaire (valeur 900 000 €, prix de revient ≈ 50 000 € → plus-value d'apport ≈ 850 000 €) à une holding qu'elle contrôle à 100 %. Un groupe lui rachète la clinique 18 mois après l'apport, donc dans les 3 ans → remploi obligatoire.

Vente sèche (sans apport) : 850 000 € × 31,4 % = 266 900 € à payer immédiatement (108 800 € d'IR + 158 100 € de PS).

Avec apport-cession : 0 € d'impôt l'année de la vente (report). La cession intervenant dans les 3 ans, Claire doit réinvestir 70 % du produit ≈ 900 000 € = 630 000 € dans une activité économique éligible, dans les 3 ans et conservés 5 ans. Elle rachète une 2e clinique (prise de contrôle d'une société à l'IS) pour 700 000 € → condition remplie.

Résultat : 266 900 € d'impôt différés et réinvestis dans la croissance, au lieu d'être amputés avant placement. Ayant investi 700 000 € (au-delà des 630 000 € requis), le solde (≈ 200 000 €) est libre dans la holding. Surtout pas en SCPI ni en murs de location nue, qui sont exclus du remploi.

Cas 2 · SELARL vétérinaire · titres 900 000 € · PV ≈ 850 000 € · transmission Dutreil

Dr Marc Bonnet, 62 ans — transmettre aux 2 enfants : PV jamais imposée, droits divisés

Marc apporte les titres de sa SELARL vétérinaire (valeur 900 000 €, PV ≈ 850 000 €) à une holding animatrice qu'il contrôle (report). Sa fille, vétérinaire, reprend la clinique et la dirige.

Marc donne les titres de la holding à ses 2 enfants (qui contrôlent désormais la holding). La plus-value de 850 000 € se purge s'ils conservent les titres 6 ans → elle ne sera jamais imposée à l'IR ni aux PS.

Droits de mutation : avec le pacte Dutreil (−75 %), la base taxable tombe de 900 000 € à 225 000 €. Marc ayant 62 ans (< 70) et donnant en pleine propriété → réduction de 50 % des droits (art. 790). S'ajoute l'abattement de 100 000 € par enfant et par parent. Le frottement final sur les droits est marginal.

Résultat : la plus-value de 850 000 € échappe totalement à l'IR et aux PS (purge à 6 ans), et la clinique passe aux enfants pour des droits dérisoires. Montage à auditer impérativement (holding animatrice, engagements Dutreil, fonction de direction).

Ce que disent ces deux cas

Le report est un outil de réinvestissement et de transmission, pas d'encaissement

  • Réinvestissement (cas 1) : 266 900 € reportés, à condition de placer 630 000 € (70 %) en remploi éligible — la 2e clinique convient, pas la SCPI ni les murs en location nue.
  • Transmission Dutreil (cas 2) : la plus-value se purge (6 ans) et les droits sont divisés par le Dutreil (−75 %) puis la réduction de 50 % (donateur < 70 ans).
  • Avant de parler 150-0 B ter, une seule chose à clarifier : voulez-vous faire travailler ce capital et le transmettre, ou encaisser le prix ? Si c'est encaisser, c'est l'exonération de plus-value qu'il faut viser (guide cession), pas le report.

Note de méthode : ces chiffres sont illustratifs

Les montants ci-dessus sont des ordres de grandeur pédagogiques, volontairement simplifiés (hypothèse plus-value ≈ valeur d'apport diminuée d'un prix de revient faible, taux arrondis) pour faire ressortir la logique. Ils ne valent pas une simulation personnalisée : le résultat réel dépend du prix de revient exact des titres, du barème des droits de mutation, de l'éligibilité effective au Dutreil et au remploi, et de la disposition LF 2026 applicable à votre cession. Le calendrier de l'apport, le caractère animateur de la holding et le respect des engagements sont déterminants — d'où la nécessité de modéliser au cas par cas avant toute décision. Pour replacer ce levier dans une stratégie d'ensemble, voyez notre hub gestion de patrimoine du vétérinaire : du financement à la transmission.
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Comme dans les deux cas ci-dessus, on chiffre votre opération à l'euro avant que vous ne signiez : report ou exonération, coût d'un remploi raté, et économie d'une donation Dutreil. Vous signez en sachant exactement ce que le report vous fait gagner — pas en pariant dessus.

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Sources et références légales

  • CGI — le mécanisme du report

    Art. 150-0 B ter CGI (report d'imposition ; contrôle III-2° ; remploi I ; donation IV ; déclaration VI ; soulte ≤ 10 %). Art. 150-0 B CGI (sursis applicable en l'absence de contrôle, sans purge au décès). Art. 150-0 A et 200 A CGI (plus-value mobilière des particuliers, PFU 31,4 % en 2026). Art. 163 quinquies B CGI (fonds FCPR/FPCI/SCR/SLP éligibles, quota 75 %). Art. 167 bis CGI (exit tax). Doctrine : BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-10 et -20.

  • Le cadre du vétérinaire et la transmission

    Code rural et de la pêche maritime, art. R. 241-104 et suivants (SPFPL de vétérinaires, contrôle ordinal du capital, Ordre des vétérinaires). Loi n° 90-1258 du 31/12/1990 et ordonnance n° 2023-77 du 08/02/2023 (SEL et SPFPL). Art. 145 et 216 CGI (régime mère-fille, IS effectif 1,25 %). Art. 787 B CGI (pacte Dutreil) et 790 CGI (réduction 50 %). Art. L. 225-147 et R. 225-136 du Code de commerce (commissaire aux apports). Doctrine : BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10.

  • Fiscalité 2026 et abus de droit

    LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30/12/2025 : CSG du capital portée à 10,6 %, prélèvements sociaux 18,6 %, PFU 31,4 % sur la plus-value mobilière). LF 2026 (loi n° 2026-103 du 19/02/2026 : durcissement de l'apport-cession — remploi 70 %, délai 3 ans, conservation 5 ans, donation 6/11 ans, engagement individuel Dutreil 6 ans). Art. L. 64 et L. 64 A LPF (abus de droit et mini-abus de droit).

  • Jurisprudence structurante

    CE 19/04/2022 n° 442946 (location meublée non économique sauf para-hôtellerie ou moyens significatifs). CE 24/08/2011 n° 314579 et CE 03/02/2011 n° 329839 (location nue exclue du réinvestissement économique). CE plén. fisc. 13/06/2018 n° 395495 Cofices (holding animatrice). Cass. com. n° 24-17.415 (conditions du pacte Dutreil appréciées au jour du fait générateur, preuve à la charge du contribuable).

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Tout apport-cession et toute transmission de clinique vétérinaire doivent faire l'objet d'une étude individualisée (éligibilité du report, choix SPFPL ou holding à l'IS, vérification du contrôle et du remploi, abus de droit, articulation donation et pacte Dutreil, purge au décès). Les chiffres et taux cités sont à jour au 12 juin 2026 mais peuvent évoluer (LF/LFSS annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence). La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19/02/2026) a durci le régime de l'apport-cession ; le numéro d'article précis de la disposition modificatrice, l'articulation détaillée de l'objet social de la SPFPL de vétérinaires (Code rural, ordonnance n° 2023-77) et la dernière jurisprudence Dutreil doivent être vérifiés au cas par cas avec votre conseil. Les hypothèses des cas chiffrés (plus-value approchée par le prix d'apport diminué du prix de revient des titres) sont signalées comme telles et constituent des ordres de grandeur pédagogiques, non une simulation personnalisée.

Foire aux questions

Tout sur l'apport-cession et la transmission de la clinique vétérinaire SPFPL ou holding IS, contrôle, remploi 2026, donation-Dutreil et purge au décès.

Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous de cession vétérinaire : report ou exonération, taux et délai de remploi 2026, actifs éligibles, revente au-delà de 3 ans, purge au décès, donation aux enfants et pacte Dutreil, SPFPL vétérinaire, abus de droit, impôt évité sur une clinique à 900 000 €. Réponses sourcées et à jour 2026.