La CARMF en 30 secondes : pourquoi un complément est indispensable
Vous avez cotisé toute votre carrière, et pourtant le jour de votre départ, votre pension obligatoire représentera moins de la moitié de ce que vous gagniez. Pour un généraliste à 120 000 € de BNC, le passage à la retraite peut signifier une chute de revenu de l'ordre de 5 000 à 6 000 € par mois. Ce n'est pas une fatalité : c'est une équation à résoudre, et elle se résout par anticipation. Avant de détailler les quatre solutions, posons le décor en une page.
En 30 secondes : les 4 solutions pour combler le trou de la CARMF
2. L'assurance-vie — la poche liquide et transmissible (abattement de 152 500 € par bénéficiaire, art. 990 I), prélèvements sociaux maintenus à 17,2 %.
3. L'immobilier locatif — du revenu régulier et tangible : LMNP amorti, SCPI européennes (hors PS), déficit foncier.
4. En société — le contrat de capitalisation en SEL/SPFPL et la cession du cabinet comme capital de départ (exonération jusqu'à 500 000 €).
Elles ne s'opposent pas : elles s'empilent, dans un ordre qui dépend de votre TMI et de votre statut.
Votre retraite de médecin généraliste repose sur trois briques obligatoires : la base CNAVPL (commune à tous les libéraux, par points, valeur du point 0,6599 € au 1er janvier 2026, art. L642-1 CSS), le complémentaire CARMF (régime par points propre aux médecins) et l'ASV (allocation supplémentaire de vieillesse, dont les cotisations sont partiellement financées par la CPAMpour les médecins de secteur 1). C'est un socle solide… mais un socle seulement.
Le chiffre à retenir : l'ensemble de ces régimes vous remplace, en ordre de grandeur, de l'ordre de 40 à 50 % de vos revenus d'activité. C'est une estimation que nous formulons au conditionnel — jamais un chiffre réglementaire ni une projection de votre pension — et plus votre BNC est élevé, plus ce taux chute, parce que la base est plafonnée. Pour un généraliste à 120 000 € de BNC, le manque à gagner se chiffre en plusieurs milliers d'euros par mois.
Le bon réflexe : la CARMF est un socle, pas un objectif
Un avertissement de méthode, d'emblée : nous ne chiffrons aucune pension projetée. Les valeurs de point et taux de remplacement évoluent chaque année ; ils sont à vérifier sur carmf.fr. Ce qui suit n'est pas une promesse de rendement, mais une méthode d'arbitrage entre quatre leviers, illustrée par des ordres de grandeur pédagogiques.
Les 4 solutions ne s'opposent pas : elles s'empilent (dans le bon ordre)
En rendez-vous, 9 médecins sur 10 arrivent avec le même mauvais réflexe de départ. Sur internet, on vous oppose « PER vs assurance-vie » ou on vous vend un produit. La bonne question n'est pas « lequel choisir ? » mais « dans quel ordre remplir les quatre enveloppes ? ». Car elles ne se concurrencent pas : chacune répond à un besoin distinct (défiscaliser, rester liquide, transmettre, encaisser un revenu, capitaliser une trésorerie de société).
L'ordre type d'un généraliste en BNC à 41 % de TMI
2. L'assurance-vie en parallèle : la poche liquide et transmissible que le PER, bloqué, ne peut pas offrir.
3. L'immobilier locatif : pour un revenu régulier et tangible qui diversifie l'épargne financière.
4. Si vous exercez en société : le contrat de capitalisation en SEL/SPFPL pour la trésorerie longue, et la cession du cabinet comme capital de départ.
Dans la pratique, on range ces quatre leviers en deux familles qui se complètent. D'un côté la capitalisation financière (PER + assurance-vie) : l'effet du temps, une fiscalité pilotable, des montants ajustables au centime. De l'autre la capitalisation réelle et patrimoniale(immobilier + cession du cabinet) : des revenus tangibles, une valeur de revente, un ancrage hors des marchés financiers.
Capitalisation financière (PER + assurance-vie)
Points forts
- Effet du temps et des intérêts composés
- Fiscalité pilotable (déduction PER à l'entrée, abattements AV à la sortie)
- Montants ajustables, versements programmés
- Transmission optimisée via l'assurance-vie (990 I)
Points de vigilance
- Risque de perte en capital selon les supports
- PER bloqué jusqu'à la retraite
- Pas de revenu « tangible » avant la sortie
Capitalisation réelle / patrimoniale (immobilier + cession)
Points forts
- Revenu régulier et tangible (loyers)
- Valeur de revente (immobilier, cabinet)
- Effet de levier du crédit possible (immobilier)
- La cession du cabinet : un capital de départ souvent décisif
Points de vigilance
- Liquidité faible (vente d'un bien, aléa de cession)
- Gestion et vacance locative à anticiper
- Fiscalité des revenus fonciers lourde à TMI haute
Dans les sections suivantes, on prend chaque solution une à une, puis on les met face à face dans un tableau comparatif et un arbre de décision par profil.
Solution 1 — Le PER : le levier fiscal le plus puissant à TMI élevée
Commençons par celui qui fait le plus baisser l'impôt quand vous êtes à 41 ou 45 % de tranche : le Plan d'épargne retraite (PER). Sa force tient au plafond spécifique des travailleurs non salariés de l'article 154 bis du CGI (héritage de la loi Madelin). Vous déduisez vos versements de votre bénéfice imposable, dans une enveloppe bien plus large que celle d'un salarié.
Le plafond de déduction PER du médecin (art. 154 bis, 2026)
PLAFOND 154 bis = 10 % du benefice (dans la limite de 8 PASS)
+ 15 % de la fraction de benefice entre 1 et 8 PASS
PLANCHER 2026 = 4 806 EUR (meme si benefice faible)
PLAFOND MAX 2026 = 88 911 EUR (benefice >= 8 PASS = 384 480 EUR)
1 PASS 2026 = 48 060 EURBase de calcul : le bénéfice de l'année. Le détail BNC par BNC est dans le guide PER du médecin généraliste.
L'économie d'impôt immédiate
ECONOMIE D'IMPOT = versement deductible x TMI
Exemple : 10 000 EUR verses a TMI 41 %
= 4 100 EUR d'IR en moins -> effort net reel 5 900 EURL'économie est réelle et immédiate : c'est le grand avantage du PER pour un médecin à 41 ou 45 % de TMI.
Les quatre garde-fous du PER (à connaître avant de verser)
2. Plafond propre, non reportable. Le plafond 154 bis est distinct du plafond général de l'art. 163 quatervicies : il ne se reporte pas et ne se mutualise pas avec le conjoint.
3. Épargne bloquée. Jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé de l'art. L. 224-4 du CMF (accidents de la vie ; acquisition de la résidence principale).
4. Sur un revenu BNC. La déduction n'est admise que sur un revenu imposé en BNC, jamais sur un salaire (CE 8 décembre 2017, n° 409429).
À la sortie, le PER se fiscalise. En capital, la part correspondant aux versements déduits est imposée au barème de l'IR sans l'abattement de 10 % des pensions, et les gains au PFU (12,8 % d'impôt + prélèvements sociaux de 18,6 % en 2026, et non 17,2 % comme l'assurance-vie). En rente, la fraction imposable suit le régime des pensions (abattement de 10 %). La transmissiond'un PER assurantiel relève des articles 990 I / 757 B, comme l'assurance-vie.
Le verdict : gagnant si la TMI de sortie est inférieure à celle d'entrée
Solution 2 — L'assurance-vie : la poche liquide et transmissible
Le PER excelle à défiscaliser, mais il bloque l'épargne — et c'est précisément là qu'intervient l'assurance-vie. Pas de déduction à l'entrée, mais une liquidité totale — les rachats sont libres à tout moment, et seuls les gainssont taxés (le capital ressort sans impôt). C'est la poche disponible que le PER, verrouillé, ne peut pas offrir.
Après 8 ans de détention, le rachat devient très doux : 7,5 % jusqu'à 150 000 € de primes nettes (12,8 % au-delà), un abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) sur les gains, et des prélèvements sociaux maintenus à 17,2 % en 2026 (art. 125-0 A CGI). Pour piloter votre complément, vous avez le choix : des rachats partiels programmés (mensuels, par exemple) ou la mise en place d'une rente.
L'argument transmission : l'assurance-vie reste imbattable
La dualité des prélèvements sociaux 2026 (à garder en tête)
Solution 3 — L'immobilier locatif : du revenu régulier et tangible
On change de terrain avec la troisième solution : l'immobilier locatif génère un revenu régulier et tangible, qui diversifie l'épargne PER/AV et peut bénéficier de l'effet de levier du crédit. Trois portes d'entrée, et le bon choix dépend surtout de votre tranche.
Le LMNP : amortir pour neutraliser les loyers
En location meublée non professionnelle (LMNP), le régime réel permet d'amortir le bâti et le mobilier (art. 39 C CGI, amortissement plafonné au loyer net) : pendant 10 à 20 ans, les loyers imposables sont largement, voire totalement, neutralisés. Attention : depuis la réforme de 2025 (art. 150 VB du CGI, issu de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025), les amortissements déduits sont réintégrés dans la plus-value de cession — le prix d'acquisition est minoré d'autant à la revente, ce qui augmente la plus-value taxable (hors résidences gérées de type étudiant, senior ou EHPAD). Quant aux prélèvements sociaux de la location meublée, ils sont en zone grise : certains praticiens retiennent 17,2 %, l'analyse « produits de placement » tend vers 18,6 % — à formuler au conditionnel.
Les SCPI : la pierre-papier sans gestion
Les SCPI apportent un revenu immobilier sans aucune gestion. Mais attention à la fiscalité : les SCPI françaises distribuent des revenus fonciers soumis au barème de l'IR + PS 17,2 % — à 45 % de TMI, on approche les 62 % de fiscalité, ce qui est massacrant. La parade : les SCPI européennes, dont les revenus immobiliers de source étrangère sont, en vertu des conventions fiscales bilatérales (immeuble imposable dans l'État de situation, double imposition éliminée par crédit d'impôt égal à l'impôt français), hors de l'assiette des prélèvements sociaux français pour un résident ; la jurisprudence de Ruyter (CJUE 26 février 2015, C-623/13 ; limite Jahin C-45/17 pour les États tiers) reste, elle, un arrière-plan d'articulation entre PS et coordination de sécurité sociale, sans constituer le fondement de cette exonération. Autre option : les SCPI logées dans une assurance-vie (fiscalité de l'AV). Le détail est dans le guide complet des SCPI.
Le déficit foncier : effacer du revenu global (location nue)
En location nue, le déficit foncier (charges et travaux supérieurs aux loyers) s'impute jusqu'à 10 700 € par an sur le revenu global (art. 156 CGI), porté à 21 400 € pour des travaux de rénovation énergétique (dispositif sous réserve de prorogation, au conditionnel). Les revenus fonciers nus restent soumis aux PS à 17,2 %.
À TMI haute, fuyez le foncier nu en direct
Choisir les bonnes enveloppes pour combler votre trou de retraite
Un CGP indépendant estime votre trou de retraite CARMF, puis dimensionne et empile les 4 solutions (PER, assurance-vie, immobilier, cession) à votre BNC et à votre âge — sans vous survendre un produit. Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant.
Solution 4 — En société : la capi en SEL/SPFPL et la cession du cabinet
La quatrième solution est réservée aux généralistes exerçant en société (SELARL, SELAS) ou détenant une SPFPL. Elle repose sur deux outils trop souvent ignorés du grand public : le contrat de capitalisation en société pour faire travailler la trésorerie, et la cession du cabinet comme véritable 4e pilier retraite.
Le contrat de capitalisation en SEL/SPFPL (art. 238 septies E)
Lorsqu'une société à l'IS souscrit un contrat de capitalisation, l'article 238 septies E du CGI impose chaque année un revenu forfaitaire calculé sur la valeur de souscription × 105 % du dernier TME connu à la date de souscription (taux figé pour toute la durée du contrat), avec régularisation au dénouement sur le gain réel. Concrètement, l'impôt annuel reste faible et connu d'avance, et le capital travaille pendant ce temps. C'est l'outil de placement de la trésorerie longue d'une SEL ou d'une SPFPL. Le détail est dans placer la trésorerie de sa société (capi en SEL/SPFPL).
La cession du cabinet : le 4e pilier retraite
Pour beaucoup de médecins, la vente du cabinet au moment du départ est le capital de retraite le plus important — et il peut être largement exonéré. Encore faut-il viser le bon régime, car ils n'effacent pas la même chose. Retenez une chose : deux dispositifs effacent l'impôt sur le revenu ET les prélèvements sociaux (les vrais « zéro fiscalité »), deux autres n'effacent que l'impôt sur le revenuet laissent les prélèvements sociaux à payer. Voici comment ils s'articulent :
- Art. 151 septies : exonération totale (IR ET PS) si les recettes moyennes des deux années précédentes sont ≤ 90 000 €, dégressive jusqu'à 126 000 €.
- Art. 238 quindecies : exonération totale (IR ET PS) si la valeur cédée est < 500 000 €, dégressive jusqu'à 1 000 000 €. (Et non 700 000 / 1 200 000 € : ce relèvement vise les seules transmissions à de jeunes agriculteurs.) Le délai de détention de 5 ans s'apprécie sur la durée de l'activité, et non sur la détention de chaque fonds (CE 13 juin 2018, n° 401942).
- Art. 151 septies A (départ à la retraite) : exonération d'IR seul — les prélèvements sociaux restent dus.
- Art. 150-0 D ter (cession de titres de SEL par un dirigeant partant à la retraite) : abattement fixe de 500 000 €, IR seul, les PS à 18,6 % restant dus (prorogé au 31 décembre 2031).
| Article CGI | Condition clé | Ce qui est effacé |
|---|---|---|
| 151 septies | Recettes moy. ≤ 90 000 € (dégressif jusqu'à 126 000 €) | IR + PS (exonération totale) |
| 238 quindecies | Valeur cédée < 500 000 € (dégressif jusqu'à 1 000 000 €) | IR + PS (exonération totale) |
| 151 septies A | Départ à la retraite (cession du fonds / activité) | IR seul — PS 18,6 % dus |
| 150-0 D ter | Cession de titres de SEL, dirigeant retraite | IR seul (abatt. 500 000 €) — PS 18,6 % dus |
Bonus : le cumul emploi-retraite du médecin
Le comparatif des 4 solutions en un tableau
Quentin pose le même tableau en rendez-vous, sur les six critères qui décident vraiment d'un complément de retraite : l'avantage à l'entrée, la fiscalité à la sortie, les prélèvements sociaux 2026, la liquidité, le risque et la transmission.
| Critère | PER | Assurance-vie | Immobilier locatif | Société / cession |
|---|---|---|---|---|
| Avantage à l'entrée | Déduction 154 bis (jusqu'à 88 911 €) | Aucune | Amortissement LMNP / déficit foncier | Capi : différé IS ; cession : exonération de PV |
| Fiscalité à la sortie | Capital : barème IR ; gains : PFU 31,4 % | ≥ 8 ans : 7,5 % + abatt. 4 600 / 9 200 € | Loyers : barème IR + PS | Capi : IS lissé ; cession : 0 % si < 500 k€ |
| PS 2026 | 18,6 % (gains) | 17,2 % | 17,2 % (foncier nu) / zone grise (LMNP) | 17,2 % (PV pro) · 18,6 % (titres SEL) |
| Liquidité | Bloqué (sauf art. L. 224-4 CMF) | Totale (rachats libres) | Faible (vente du bien) | Capi : bonne · cession : ponctuelle |
| Risque | Marché (UC) / fonds euros | Marché / fonds euros | Marché immo + vacance locative | Marché (capi) / aléa de cession |
| Transmission | 990 I / 757 B (PER assurantiel) | 990 I / 757 B | Succession (sauf démembrement) | Capi : succession · titres : pacte Dutreil |
Comment lire ce tableau : aucune solution n'est « la meilleure »
Quelle solution activer en premier ? L'arbre de décision par profil
Le bon ordre d'empilement dépend avant tout de votre statut d'exercice. Les deux profils qui reviennent le plus à Chambéry n'ont pas la même priorité — voici leur séquence type.
Généraliste en BNC, TMI 41-45 %
Points forts
- 1. PER en priorité : déduction 154 bis maximale (le levier fiscal n°1)
- 2. Assurance-vie en parallèle : liquidité + transmission 990 I
- 3. Immobilier diversifiant : LMNP au réel ou SCPI européennes
- 4. Cession du cabinet le jour du départ (151 septies / 238 quindecies)
Généraliste en SELARL / SELAS
Points forts
- 1. Arbitrer rémunération / dividendes (les dividendes réduisent vos droits CARMF)
- 2. Capi en SPFPL (238 septies E) pour la trésorerie longue
- 3. Assurance-vie personnelle pour la poche liquide
- 4. Cession des titres en sortie (150-0 D ter, abattement 500 000 €)
Le bon ordre dépend de 3 variables
Quand commencer : l'effet du temps et des intérêts composés
Le levier qui pèse le plus lourd ne figure dans aucune des quatre solutions : c'est le temps. Grâce aux intérêts composés, chaque année gagnée au démarrage réduit massivement l'effort d'épargne à fournir. Un généraliste part en moyenne autour de 66-67 ans (taux plein automatique à 67 ans) : l'horizon est long, autant en profiter tôt.
Le même objectif, deux âges de départ (hypothèse 4 % net/an)
OBJECTIF : ~ 300 000 EUR de capital a 65 ans Commencer a 40 ans (25 ans d'epargne) -> ~ 600 EUR / mois Commencer a 50 ans (15 ans d'epargne) -> ~ 1 215 EUR / mois
Démarrer 10 ans plus tôt divise presque par deux l'effort mensuel. Hypothèse de rendement de 4 % net/an signalée : ce sont des ordres de grandeur pédagogiques, pas une promesse de performance. Le capital n'est pas garanti.
Combien viser ? En méthode : pour un complément de l'ordre de 1 000 € par mois, on raisonne sur un capital d'environ 300 000 €à 65 ans (avec un taux de retrait prudent autour de 4 %/an). Sur ce point précis, le PER repasse devant :
Le coût réel d'un versement PER (TMI 41 %)
1 000 EUR verses sur un PER, a TMI 41 % : - economie d'IR = 410 EUR - effort net reel = 590 EUR => le levier fiscal reduit l'effort d'epargne d'environ 40 %
À TMI élevée, le PER permet d'épargner « plus » pour un effort net moindre. C'est précisément ce qui en fait le levier n°1 du généraliste fortement imposé. Raisonnement de méthode, pas une promesse.
Comment lire nos projections (et pourquoi le 4 % n'est pas une promesse)
Capimed, rachat de points : les fausses bonnes idées internes à la CARMF
Quand un confrère veut tout faire « depuis la CARMF », deux réflexes reviennent : le Capimed et le rachat de points. Ni l'un ni l'autre n'est une erreur — ils sont juste rarement le meilleur euro investi. On les présente factuellement, sans dénigrer la CARMF.
Le Capimed : correct, mais souvent battu par un PER ouvert
Le Capimed est le contrat retraite supplémentaire (de type PER) proposé par la CARMF. Son fonds en euros est correct (rendement de l'ordre de 3,5 %) et ses versements sont déductibles au titre de l'article 154 bis, exactement comme un PER classique. Le point d'arbitrage : sur la durée et à TMI élevée, un PER en architecture ouverte (avec accès à des unités de compte diversifiées) délivre souvent un meilleur couple rendement/risqueque le seul fonds euros. Ce n'est pas un défaut du Capimed : c'est une question d'allocation.
Le rachat de trimestres / points : un arbitrage coût-rendement
Le rachat de trimestres (années d'études, années incomplètes) ou de points a un coût déductible, ce qui le rend séduisant. Mais il faut comparer ce coût à ce qu'il rapporte réellement en pension, et le mettre en regard d'un versement équivalent sur un PER— souvent plus souple, plus liquide à la sortie et mieux maîtrisé. C'est un arbitrage au cas par cas, rarement le levier le plus efficace par défaut.
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3 cas chiffrés : Dr Lefèvre, Dr Moreau, Dr Sanchez
Trois profils types qu'on voit passer à Chambéry. Les prénoms sont fictifs ; les calculs de plafond PER (art. 154 bis) sont précis aux taux 2026 (1 PASS = 48 060 €), mais les montants de capital et de pension sont des ordres de grandeur pédagogiques, au conditionnel — pas une projection de votre situation. La formule du plafond appliquée est : 10 % du bénéfice + 15 % × (bénéfice − 1 PASS), dans la limite de 8 PASS.
Cas 1 — Dr Lefèvre, BNC 120 000 €, TMI 41 %, 45 ans (le PER comme socle)
Il verse 15 000 €/an : économie d'IR = 15 000 × 41 % = 6 150 € → effort net réel 8 850 €.
Horizon : ~15 000 €/an capitalisés sur 20 ans à 4 % net ≈ 450 000 € (ordre de grandeur).
À la sortie, s'il passe à 30 % de TMI, le capital déduit est imposé à 30 % au lieu de 41 % économisés à l'entrée : c'est le gain d'arbitrage de tranche. Le PER est son levier n°1, complété par une assurance-vie pour la liquidité.
Cas 2 — Dr Moreau, BNC 95 000 €, TMI 30 %, 52 ans (immobilier + AV)
LMNP : un bien à 200 000 € loué 9 600 €/an, amortissement ~6 000 €/an → loyers quasi défiscalisés en phase de détention (⚠️ amortissements réintégrés en plus-value à la revente, art. 150 VB).
Assurance-vie : rachats partiels programmés après 8 ans, dans l'abattement de 4 600 € → complément quasi net d'IR.
À 30 % de TMI, l'immobilier de rendement et l'assurance-vie liquide priment ; le PER vient en complément modéré.
Cas 3 — Dr Sanchez, SELARL, départ à 64 ans, cabinet valorisé 300 000 € (la cession comme capital)
En parallèle : sa SPFPL détient un contrat de capitalisation (art. 238 septies E) qui a fait travailler la trésorerie avec un frottement IS faible.
Pour un médecin en société, ce « 4e pilier » (capi + cession) peut représenter le plus gros capital retraite. ⚠️ Si la cession porte sur des TITRES > 500 000 €, on bascule sur l'art. 150-0 D ter (abattement 500 000 €, IR seul, PS 18,6 % dus). Détail dans vendre sa patientèle en limitant l'impôt sur la plus-value.
| Persona | Profil | Levier prioritaire | Chiffre clé |
|---|---|---|---|
| Dr Lefèvre | BNC 120 000 €, TMI 41 %, 45 ans | PER (socle) | 22 791 € déductibles · −6 150 € d'IR |
| Dr Moreau | BNC 95 000 €, TMI 30 %, 52 ans | Immobilier + AV | LMNP amorti · rachats AV dans l'abattement |
| Dr Sanchez | SELARL, départ 64 ans, cabinet 300 k€ | Capi SPFPL + cession | 238 quindecies : exonération totale < 500 k€ |
Note de méthode
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