Mis à jour le 25 juin 2026· Conforme à la LF 2026 (loi n° 2026-103 du 19/02/2026), à la LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30/12/2025) et à l'arrêté PASS du 22/12/2025 (PASS 2026 = 48 060 €).
L'essentiel en 30 secondes
Quand on est médecin généraliste, la bonne question n'est pas « quel produit acheter », mais dans quelle poche loger chaque euro. Trois poches, par horizon : la précaution (livrets, fonds euros — disponible et sécurisé), le moyen terme (assurance-vie, SCPI, PEA — pour des projets à 5-10 ans), le long terme et la retraite(PER, immobilier, private equity). On les remplit dans l'ordre, sans sauter la précaution. Le pivot fiscal 2026 : l'assurance-vie et le contrat de capitalisation gardent 17,2 % de prélèvements sociaux (flat tax 30 %), tandis que les dividendes, le compte-titres, le PEA et les gains du PER passent à 18,6 % (PFU 31,4 %). Pour un généraliste à 120 000 € de BNC qui épargne 2 500 €/mois, le bon réflexe : précaution bouclée, PER pour défiscaliser, assurance-vie pour la souplesse, puis diversification.
La méthode des poches : la règle avant les produits
Un généraliste à 120 000 € de bénéfice qui laisse 30 000 € dormir sur son compte courant perd, sans s'en rendre compte, près de 750 € de pouvoir d'achat par anà cause de l'inflation — pendant qu'un confrère qui place les mêmes 30 000 € à 5 %/an sur 25 ans en récupère plus de 100 000 € grâce aux intérêts composés. Ce n'est pas une question de bons coups en Bourse : juste une discipline d'allocationque n'importe quel généraliste peut tenir.
La plupart des médecins que nous recevons arrivent pourtant avec la même question : « j'ai de l'argent qui dort, qu'est-ce que j'achète ? » Sauf que c'est prendre le problème à l'envers. Avant de choisir un produit, il faut ranger son épargne par horizon: à quelle échéance aurez-vous besoin de cet argent ? La réponse détermine la poche, et c'est l'horizon qui commande le produit, pas le produit à la mode du moment.
La logique des pochesrepose sur une idée simple : l'argent que vous toucherez l'an prochain et celui que vous ne sortirez qu'à la retraite n'ont rien à faire au même endroit. On distingue donc trois poches, qu'on remplit séquentiellement, sans jamais sauter la première.
| Poche | Horizon | Objectif | Produits adaptés |
|---|---|---|---|
| 1 · Précaution | 0 à 2 ans | Sécurité et disponibilité immédiate | Livret A, LDDS, LEP, fonds euros d'assurance-vie |
| 2 · Moyen terme | 3 à 10 ans | Rendement avec un risque mesuré | Assurance-vie en UC, SCPI, PEA |
| 3 · Long terme / retraite | 10 ans et plus | Capitalisation et complément de retraite | PER, immobilier (LMNP, SCPI), private equity |
Pourquoi la CARMF ne suffit pas — et pourquoi ça change votre allocation
Le régime obligatoire du médecin libéral (CNAVPL pour la base, CARMF pour la complémentaire et l'ASV) assure un taux de remplacement souvent inférieur à ce qu'un généraliste imagine au regard de ses revenus d'activité. C'est précisément ce qui justifie la poche long terme : il faut capitaliser une retraite supplémentaire en plus de la caisse. Plus on commence tôt, plus les intérêts composés travaillent en votre faveur. Nous détaillons cet enjeu dans notre guide sur la retraite du libéral et pourquoi la caisse obligatoire ne suffit pas.
Bonne nouvelle pour la plupart des généralistes : à 120 000 € de bénéfice, on est généralement à une TMI de 30 à 41 %, et reste très loin des seuils de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR) ou de la contribution différentielle (CDHR), qui ne concernent que les revenus fiscaux de référence supérieurs à 250 000 €. Autrement dit, la stratégie d'un généraliste n'est pas celle d'un spécialiste à très hauts revenus : on optimise sereinement, sans complexité inutile. Pour la démarche globale, voyez notre guide pour placer son argent en profession libérale.
Poche précaution : livrets et fonds euros
On commence par le moins glamour : l'argent qu'on doit pouvoir sortir demain matin, sans risque et sans frais. L'objectif n'est pas le rendement, mais la disponibilité. On vise 3 à 6 mois de charges(vie courante + charges professionnelles non couvertes par la trésorerie d'exploitation).
Les livrets réglementés : le socle disponible et net d'impôt
Les livrets réglementés sont le premier réflexe : les intérêts du Livret A (plafond 22 950 €), du LDDS (plafond 12 000 €) et du LEP (plafond 10 000 €, sous condition de revenu fiscal de référence) sont exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux (art. 157 du CGI). C'est l'épargne la plus liquide et la plus sûre qui soit. Le taux de rémunération de ces livrets est fixé par les pouvoirs publics et révisé périodiquement : il évolue, ne le considérez pas comme figé.
Le fonds euros d'assurance-vie : la précaution qui prépare la suite
Une fois les livrets pleins, le fonds euros d'une assurance-vie prend le relais pour la part de précaution qui dépasse les plafonds. Le capital y est garanti, la disponibilité reste bonne (le rachat se fait en quelques jours), et surtout : les prélèvements sociaux sur les intérêts du fonds euros restent à 17,2 % en 2026. Et un réflexe que beaucoup de médecins regrettent de ne pas avoir eu plus tôt : même avec 1 000 €, ouvrir un contrat d'assurance-vie prend date fiscalement. L'abattement après 8 ans se calcule à partir de l'ouverture du contrat, pas du versement.
Attention aux livrets fiscalisés et au cash qui dort
Au-delà des livrets réglementés, les livrets bancaires fiscalisés (super-livrets, comptes sur livret) voient leurs intérêts taxés au PFU : 12,8 % d'impôt + 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026, soit 31,4 %. Ils ne sont donc pertinents que pour un coussin de très court terme. Et n'oubliez pas le coût de l'inaction : laisser 30 000 ou 40 000 €dormir sur un compte courant, c'est perdre 2 à 3 % de pouvoir d'achat par an à cause de l'inflation. Sur 30 000 €, cela fait près de 750 € de pouvoir d'achatqui partent chaque année, sans que rien ne bouge à l'écran : c'est ce qui rend la perte indolore, et donc dangereuse.
Poche moyen terme : assurance-vie, SCPI, PEA
C'est la poche des projets à 5-10 ans (apport pour un achat, études des enfants, constitution d'un capital). On accepte un peu de risque pour chercher du rendement, tout en gardant une bonne liquidité. Trois enveloppes structurent cette poche.
Cette poche en 30 secondes
D'abord l'assurance-vie : la pièce maîtresse, souple, disponible, fiscalité douce après 8 ans et transmission hors succession (990 I). Ensuite la SCPI: de l'immobilier sans gestion, à loger de préférence dans une assurance-vie pour éviter les revenus fonciers taxés à la TMI. Enfin le PEA: les actions européennes, exonérées d'IR après 5 ans. Au final, pour un généraliste, l'assurance-vie en unités de compte reste le socle de cette poche — d'autant que la fiscalité 2026 la favorise (17,2 % de prélèvements sociaux contre 18,6 % sur le compte-titres).
L'assurance-vie : la pièce maîtresse, souplesse et fiscalité douce
L'assurance-vie est le couteau suisse du généraliste. Au rachat (art. 125-0 A du CGI), les produits supportent le PFU à 12,8 % ; après 8 ans, un abattement de 4 600 € (9 200 € pour un couple)s'applique sur l'impôt, puis 7,5 % (produits issus de primes ≤ 150 000 €) ou 12,8 %. Les prélèvements sociaux restent à 17,2 %: la flat tax de l'assurance-vie est donc maintenue à 30 %en 2026. On peut y loger fonds euros (sécurité) et unités de compte (actions, SCPI, obligations) pour doser le risque selon l'horizon.
« Assurance-vie = 0 impôt après 8 ans » : c'est faux
L'abattement de 4 600 € / 9 200 € après 8 ans ne porte que sur l'impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux de 17,2 % s'appliquent, eux, sur la totalité des gains, sans abattement. Un rachat « dans l'abattement » peut donc être à 0 € d'IR, mais jamais à 0 € de prélèvements sociaux. Bref : très efficace après 8 ans, oui ; défiscalisée à 100 %, non.
L'argument décisif : la transmission hors succession
Aucune autre enveloppe ne fait ça : ni le PEA, ni le compte-titres. Les capitaux d'une assurance-vie se transmettent hors succession: chaque bénéficiaire reçoit jusqu'à 152 500 €en franchise de droits pour les primes versées avant 70 ans (art. 990 I du CGI), et un abattement global de 30 500 € s'applique aux primes versées après 70 ans (art. 757 B). Pour un généraliste qui veut protéger son conjoint et ses enfants, c'est un levier de transmission sans équivalent. Pour approfondir, voyez notre guide complet sur l'assurance-vie, sa fiscalité et sa transmission.
La SCPI : de l'immobilier sans gestion
La SCPI(société civile de placement immobilier) permet d'investir dans l'immobilier locatif sans aucune gestion, dès quelques milliers d'euros. Le hic, c'est que pour un généraliste à 41 %, le contenant compte autant que le contenu : en direct, les loyers sont des revenus fonciers imposés à la TMI + 17,2 % de prélèvements sociaux, ce qui ampute lourdement le rendement net. On préfère donc loger la SCPI dans une assurance-vie(les revenus capitalisent dans l'enveloppe, fiscalité douce au rachat), ou choisir des SCPI européennes dont les loyers de source étrangère échappent en partie aux prélèvements sociaux selon les conventions fiscales. Pour comprendre le véhicule, voyez notre guide sur la SCPI et ses différentes modalités de détention.
Le PEA : les actions européennes, exonérées d'IR après 5 ans
Le PEA(plan d'épargne en actions, plafond 150 000 € — art. L. 221-30 du CMF) est l'enveloppe des actions européennes. Après 5 ans de détention, les gains sont exonérés d'impôt sur le revenu : seuls les prélèvements sociaux restent dus. Attention au changement 2026 : le PEA ne figure pas dans la liste des produits qui conservent le taux de 17,2 %. Les gains réalisés à compter de 2026 supportent donc 18,6 %de prélèvements sociaux. C'est un excellent complément de la poche moyen/long terme pour la partie actions, à ouvrir tôt là aussi pour prendre date.
Assurance-vie (UC) — la souplesse + la transmission
Points forts
- Flat tax 30 % (PS 17,2 % maintenus en 2026)
- Abattement IR de 4 600 € / 9 200 € après 8 ans
- Transmission hors succession (990 I : 152 500 €/bénéficiaire)
- Disponible à tout moment, multi-supports
Points de vigilance
- Frais de gestion sur les unités de compte
- Risque de perte en capital sur les UC
- Intérêt fiscal qui se construit dans la durée (8 ans)
PEA / compte-titres — les actions
Points forts
- PEA : exonération d'IR après 5 ans (actions UE)
- Univers d'investissement large (CTO : actions mondiales)
- Pas de plafond sur le compte-titres
Points de vigilance
- PS 18,6 % en 2026 sur PEA et compte-titres (PFU 31,4 % pour le CTO)
- PEA plafonné à 150 000 € et limité aux actions européennes
- Pas d'avantage de transmission spécifique
Poche long terme : PER, immobilier, private equity
C'est la poche de la retraite et de la capitalisation longue, sur 10 ans et plus. On accepte plus de risque et moins de liquidité, parce que l'horizon lointain lisse la volatilité. Trois briques la composent.
Le PER : le levier de défiscalisation du généraliste
C'est là que se joue la défiscalisation du généraliste. Le PER (plan d'épargne retraite) voit ses versements se déduire du bénéfice imposable selon l'article 154 bis du CGI(plafond TNS : 10 % du bénéfice + 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS, jusqu'à 88 911 € en 2026). À 120 000 € de BNC, le plafond de déduction atteint environ 22 791 €, et l'économie d'impôt vaut à peu près le versement multiplié par la TMI.
Plafond PER 2026 d'un généraliste à 120 000 € de BNC (art. 154 bis)
10 % × 120 000 € = 12 000 € + 15 % × (120 000 − 48 060) = 10 791 € Plafond PER 2026 ≈ 22 791 € Économie d'impôt à 41 % ≈ 9 344 € (si plafond saturé)
À 120 000 € de BNC, un généraliste peut déduire jusqu'à environ 22 791 € sur un PER en 2026 (PASS 2026 = 48 060 €). Attention : la déduction joue sur l'IR, pas sur les cotisations CARMF ; l'épargne est bloquée jusqu'à la retraite (hors déblocage anticipé, dont l'achat de la résidence principale) ; et à la sortie, les gains supportent le PFU à 31,4 % (PS 18,6 %).
Le PER est puissant, mais ce n'est pas une enveloppe magique : l'épargne est bloquée jusqu'à la retraite(sauf cas de déblocage anticipé, dont l'achat de la résidence principale), et les gainssupportent à la sortie le PFU à 31,4 % (PS à 18,6 %, et non 17,2 % comme l'assurance-vie). On le sature donc à hauteur de ce qui « racle » la tranche d'imposition élevée, sans y mettre l'épargne dont on pourrait avoir besoin avant la retraite. Pour chiffrer précisément votre économie, voyez notre guide combien d'impôt le PER économise selon votre BNC de généraliste, le guide transverse sur le fonctionnement du Plan d'épargne retraite et, pour comprendre pourquoi cet effort est indispensable, notre analyse de la retraite du généraliste et des limites de la CARMF.
L'immobilier : LMNP, SCPI, déficit foncier selon la TMI
L'immobilier reste un pilier patrimonial, à condition d'être choisi selon sa tranche. Le LMNP au réel(location meublée) permet d'amortir le bien et de générer un revenu peu fiscalisé pendant des années — mais attention : depuis les cessions à compter du 15/02/2025, les amortissements déduits sont réintégrés dans la plus-value de cession (art. 150 VB du CGI), et le taux de prélèvements sociaux du meublé non professionnel est une zone griseen 2026 (17,2 % pour certains praticiens, l'analyse produits de placement tendant plutôt vers 18,6 %) : à vérifier au cas par cas. À noter aussi : l'amortissement du LMNP réduit le revenu BIC du meublé, pas votre BNC médical — ce sont deux assiettes distinctes.
La location nue, elle, génère des revenus fonciers imposés à la TMI + 17,2 %, lourds à 41 % ; mais le déficit foncierreste imputable jusqu'à 10 700 €/an sur le revenu global (art. 156 du CGI), un plafond porté à 21 400 €pour des travaux de rénovation énergétique permettant la sortie de passoire thermique — dispositif dont l'échéance est à confirmer au texte. Enfin, l'achat des murs du cabinetvia une SCI peut constituer un actif patrimonial à part entière : c'est une décision à part, que nous traitons dans un guide dédié. Pour le panorama, voyez notre guide sur l'immobilier du libéral (LMNP, SCPI, déficit foncier).
Le private equity : la diversification longue, pour qui peut immobiliser
Pour la part de patrimoine que l'on peut bloquer plusieurs années, le private equity(capital-investissement, via des FCPR ou des fonds dédiés) offre un potentiel de rendement supérieur, en contrepartie d'une illiquidité et d'un risque réels. On le réserve à une fraction minoritaire de la poche long terme, en complément des marchés cotés, et seulement après avoir sécurisé les poches précaution et moyen terme. Ce n'est jamais le point de départ d'une allocation, mais une touche de diversification pour un patrimoine déjà constitué.
Placement perso ou placement dans la société ?
La grande majorité des généralistes exercent en BNC(entreprise individuelle) : il n'y a alors qu'une seule poche, la poche personnelle, et la question de cette section ne se pose pas. Elle ne devient pertinente que si vous exercez en SEL (SELARL, SELAS) : vous gérez alors deux portefeuilles, votre argent perso et la trésorerie de votre société.
Sortir ou laisser dans la société : comment trancher
Pour ce dont vous avez besoin (revenu) ou que vous voulez transmettre, sortez l'argent et placez-le en perso (assurance-vie, PER, PEA). Pour l'excédent durableque vous n'avez pas besoin de toucher, laissez-le travailler dans la société à l'IS — c'est-à-dire sans le coût de sortie d'un dividende et sans prélèvements sociaux.
Le problème du dividende, c'est son addition : en 2026, le PFU sur les dividendes atteint 31,4 %(12,8 % d'IR + 18,6 % de PS), auxquels s'ajoutent les cotisations sociales TNSsur la fraction de dividendes supérieure à 10 % du capital social, des primes d'émission et des comptes courants (art. L. 131-6 du CSS, règle issue de la LFSS 2013 et étendue aux SEL quelle que soit la forme par la LFSS 2024, applicable depuis le 1erjanvier 2025). Cette base sociale n'est pas neutralisée par l'interposition d'une holding : pour les dividendes d'une SEL remontés à une SPFPL, la Cour de cassation a jugé qu'ils restent en partie soumis aux cotisations TNS du praticien (Cass. 2e civ. 19 octobre 2023 n° 21-20.366). Concrètement : pour un excédent de 50 000 € dont un généraliste en SELARL n'a pas l'usage, le sortir en dividende peut coûter plus de 15 000 € entre PFU et cotisations, là où le laisser capitaliser dans la société ne coûte que l'IS.
| Critère | En nom propre (perso) | Dans la société à l'IS |
|---|---|---|
| Enveloppes | Assurance-vie, PER, PEA, immobilier | Contrat de capitalisation PM, compte à terme, SCPI à l'IS |
| Fiscalité des produits | IR/PFU + PS (30 % AV, 31,4 % CTO) | IS 15/25 %, aucun prélèvement social |
| Disponibilité | Argent libre et disponible | Bloqué dans la société (re-sortie coûteuse) |
| Transmission | Optimisée (assurance-vie 990 I) | Dans la valeur des titres de la société |
| Adapté pour… | Besoin de revenu, transmission | Excédent durable, horizon long |
Trois garde-fous à connaître si vous êtes en SEL
D'abord, le contrat de capitalisation personne morale(art. 238 septies E du CGI) est imposé chaque année sur une assiette forfaitaire (105 % du dernier TME connu à la souscription, figé), avec régularisation au rachat : tant que le TME de référence est bas, c'est un quasi-différé d'impôt, sans PS. Ensuite, une SPFPLa un objet exclusif (détention de SEL) et ne peut pas faire de placement financier libre. Enfin, le cadre des SEL relève de l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 : l'objet social de la SEL opérationnelle borne les placements patrimoniaux de très long terme. C'est un sujet à creuser à part — voyez notre guide pour placer la trésorerie de sa SEL.
La dualité des prélèvements sociaux 2026 : la boussole
C'est le changement fiscal qui réoriente l'allocation en 2026. La LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) a porté la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %. Mais cette hausse ne frappe pas tous les placements : deux taux coexistent désormais.
| Placement | Prélèvements sociaux 2026 | Fiscalité totale (PFU) |
|---|---|---|
| Assurance-vie, contrat de capitalisation | 17,2 % (maintenu) | 30 % (flat tax) |
| Revenus fonciers (location nue), PV immobilières | 17,2 % (maintenu) | TMI + 17,2 % |
| PEL / CEL | 17,2 % (maintenu) | — |
| Dividendes, intérêts, PV mobilières (CTO) | 18,6 % (CSG 10,6 + CRDS 0,5 + solidarité 7,5) | 31,4 % |
| PEA, crypto, gains du PER à la sortie | 18,6 % | 31,4 % |
| LMNP / location meublée | Zone grise (17,2 % ou 18,6 %, à confirmer) | n/a |
La règle d'arbitrage qui en découle
À diversification égale, l'assurance-vie devient plus efficace après impôt que le compte-titres: 30 % contre 31,4 %. Pour la poche moyen terme d'un généraliste, cela pousse à privilégier l'assurance-vie en unités de compte plutôt que de loger le même portefeuille en compte-titres ordinaire — sauf besoin spécifique (actions hors zone éligible au PEA, gestion très active). Ce n'est pas une règle absolue — un généraliste qui veut détenir des actions américaines en direct gardera un compte-titres malgré les 31,4 % — mais sur un portefeuille diversifié classique, l'écart de 1,4 point joue chaque année en faveur de l'assurance-vie.
Pour comprendre en détail la mécanique de cette hausse et la liste exacte des produits concernés, voyez notre guide dédié à la dualité des prélèvements sociaux 2026 (17,2 % / 18,6 %).
Cas chiffré : Camille, généraliste de 40 ans, 120 000 € de BNC
Voici comment la méthode se traduit en chiffres pour une situation type que nous voyons souvent en rendez-vous. Le prénom est fictif, les montants et les régimes fiscaux ne le sont pas.
Note de méthode sur l'exemple chiffré
Les montants ci-dessous illustrent une mécanique d'allocation (plafond PER, ventilation par poche) à partir d'hypothèses simplifiées. Ils ne constituent ni une simulation personnalisée, ni une promesse de rendement : un placement financier comporte un risque de perte en capital, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Le résultat réel dépend de votre situation exacte et doit être chiffré au cas par cas.
Camille, 40 ans, généraliste en BNC, déclare 120 000 € de bénéfice, célibataire, TMI 41 %. Sa précaution est déjà constituée (livrets pleins). Elle dégage 2 500 €/mois de capacité d'épargne, soit 30 000 €/an. Objectif : préparer sa retraite (la CARMF ne suffira pas) tout en gardant de la souplesse et en réduisant son impôt.
Plafond PER 2026 de Camille (art. 154 bis)
10 % × 120 000 € = 12 000 € + 15 % × (120 000 − 48 060) = 10 791 € Plafond PER 2026 ≈ 22 791 € Versement retenu = 18 000 € Économie d'impôt à 41 % ≈ 7 380 € Effort réel d'épargne ≈ 10 620 €
Camille ne sature pas tout son plafond PER (22 791 €) : elle verse 18 000 €, ce qui réduit son impôt d'environ 7 380 € pour un effort réel de 10 620 €. Elle garde ainsi de la marge pour alimenter une poche disponible (assurance-vie), car le PER est bloqué jusqu'à la retraite.
| Poche / enveloppe | Montant annuel | Logique |
|---|---|---|
| Précaution | 0 € (déjà constituée) | Livrets pleins, fonds euros en réserve |
| PER (long terme, retraite) | 18 000 € | Défiscalisation à 41 % (≈ 7 380 € d'IR en moins), bloqué jusqu'à la retraite |
| Assurance-vie en UC (moyen terme) | 9 000 € | Souplesse, disponibilité, transmission (990 I), PS 17,2 % |
| PEA + diversification (long terme) | 3 000 € | Actions européennes, exonéré d'IR après 5 ans |
| Total | 30 000 € | Effort réel ≈ 22 620 € après économie d'impôt PER |
Lecture du cas: Camille met l'argent là où l'économie d'impôt est immédiate (le PER, à 41 % de TMI), mais pas un euro de plus que ce qu'elle accepte de bloquer jusqu'à la retraite. Le reste va sur l'assurance-vie, qu'elle pourra débloquer si un projet surgit, et un peu de PEA pour les actions. Au total : 7 380 € d'impôt en moins dès la première année, et une épargne qui reste manœuvrable.
Variante : et si Camille exerçait en SELARL ?
Si Camille exerçait en SELARL avec un excédent de trésorerie dans la société (par exemple 50 000 € qu'elle n'a pas besoin de toucher), elle aurait un arbitrage supplémentaire : sortir cet excédent en dividende (coût ≈ 31,4 % + cotisations TNS sur la part > 10 % du capital) pour le placer en perso, ou le laisser capitaliser dans la société via un contrat de capitalisation personne morale (IS sans PS, quasi-différé). Pour un excédent durable, laisser travailler dans la société l'emporte le plus souvent. C'est tout l'enjeu du choix entre rester en BNC ou passer en SELARL, une décision qui se prend avant d'investir.
Quelle allocation pour votre situation de généraliste ?
Le plafond PER de l'article 154 bis varie à l'euro près selon votre BNC réel : un CGP certifié ORIAS le calcule pour vous, puis ventile votre épargne entre PER, assurance-vie, SCPI et PEA dans un plan de placement chiffré pour 2026.
Profil de risque et diversification à 40 ans
À 40 ans, il reste 25 ans et plus avant la retraite, et cette durée change tout : elle absorbe les à-coups des marchés. L'erreur serait de tout sécuriser par prudence ; la bonne approche est de doser le risque poche par poche selon son horizon.
Concrètement, on répartit la poche long terme sur quatre axes complémentaires : le fonds euros (sécurité, socle de stabilité), les unités de compte actions (moteur de croissance sur 10-25 ans), l'immobilier (SCPI, LMNP — décorrélé des marchés financiers), et une touche de private equitypour qui peut immobiliser de l'épargne plusieurs années. La poche précaution, elle, reste 100 % sécurisée et disponible, quel que soit l'âge.
Note de méthode : ce que vaut (et ne vaut pas) une projection
Quand nous évoquons un capital « à 5 %/an sur 25 ans », il s'agit d'une hypothèse de travail, pas d'une garantie. Les unités de compte, la SCPI et le private equity comportent un risque de perte en capital, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Une projection sert à éclairer une décision d'allocation (quelle poche, quel horizon, quel effort d'épargne), pas à promettre un résultat. C'est précisément pour cela qu'on diversifie : pour ne pas faire dépendre sa retraite d'un seul actif ni d'un seul scénario.
Trois erreurs de diversification à éviter
- Tout mettre en fonds euros « pour ne pas perdre »: sur 25 ans, c'est perdre lentement face à l'inflation. Le risque maîtrisé est nécessaire sur la poche long terme.
- Confondre diversification et accumulation: avoir dix contrats qui contiennent tous les mêmes fonds actions n'est pas diversifier. La vraie diversification porte sur les classes d'actifs (actions, immobilier, obligations, non coté).
- Sur-risquer la poche court terme: l'argent dont vous aurez besoin dans 2 ans n'a rien à faire en actions. Chaque poche a son niveau de risque, calibré sur son horizon.
Les 5 erreurs de placement du généraliste
Les mêmes erreurs reviennent en rendez-vous, et rarement par négligence : le plus souvent, personne n'avait simplement mis l'allocation à plat. Les cinq plus fréquentes, de la plus coûteuse à la plus discrète.
Les pièges les plus fréquents
- Laisser dormir 30 000 ou 40 000 € sur le compte courant: l'inflation grignote chaque année une trésorerie qui pourrait travailler dans une poche moyen terme.
- Croire que l'assurance-vie est « à 0 impôt » après 8 ans: l'abattement ne porte que sur l'IR ; les 17,2 % de prélèvements sociaux s'appliquent toujours sur la totalité des gains.
- Mettre sa précaution dans un PER: le PER est bloqué jusqu'à la retraite. La précaution doit rester disponible (livrets, fonds euros), jamais dans une enveloppe verrouillée.
- Croire que le LMNP réduit le BNC médical: l'amortissement du meublé réduit le revenu BIC du meublé, pas votre bénéfice de généraliste. Ce sont deux assiettes distinctes.
- Sortir des dividendes de sa SEL sans calculer le coût: PFU 31,4 % + cotisations TNS sur la part > 10 % du capital peuvent amputer lourdement le montant réellement investi.
Par où commencer : le plan d'action hiérarchisé
Voici l'ordre dans lequel un généraliste devrait remplir ses poches, en commençant par la sécurité et les économies d'impôt les plus sûres avant d'aller chercher du rendement :
Le plan d'action en 5 étapes
- Boucler la précaution: 3 à 6 mois de charges sur des livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP) et le fonds euros d'une assurance-vie.
- Saturer une part de PER(déduction 154 bis) tant que la TMI est à 30-41 % : c'est l'économie d'impôt la plus immédiate et la plus certaine.
- Alimenter l'assurance-vie en unités de compte pour la souplesse, la disponibilité et la transmission (990 I), en prenant date dès maintenant.
- Diversifier : PEA (actions européennes), SCPI (immobilier sans gestion, de préférence en assurance-vie), private equity pour la part immobilisable.
- Si vous êtes en SEL: arbitrer l'excédent durable vers la société (capitalisation PM, sans PS), et ne sortir en dividende que ce dont vous avez besoin en perso.
Faites construire votre allocation par un CGP indépendant
Du choix des enveloppes au calibrage des versements, jusqu'à l'arbitrage entre placer en perso ou laisser dans la société si vous exercez en SEL : nous remettons un plan de placement écrit et chiffré, sans aucun produit-maison à vous vendre.
Avant même de placer, posez votre situation à plat : c'est l'objet du bilan patrimonial du libéral, la première étape avant d'investir. Pour aller plus loin sur la défiscalisation et la retraite, voyez nos guides sur les 7 leviers pour payer moins d'impôts quand on est généraliste, le PER du médecin généraliste et l'économie d'impôt selon votre BNC et nos 4 solutions pour compléter sa retraite CARMF. Chez Hagnéré Patrimoine, cabinet indépendant basé à Chambéry, nous construisons cette allocation poche par poche, en sélectionnant les supports chez plusieurs assureurs plutôt que dans un catalogue maison.

