La méthode en 3 étages : par où commencer (et pourquoi)
Vous bouclez votre 2035, et le constat tombe : entre l'impôt sur le revenu qui atteint 41, voire 45 %, et les cotisations TNS (URSSAF, CARMF), près de la moitié de votre bénéfice repart. Alors, chaque automne, le téléphone sonne — un FIP, un Girardin, une SCPI « qui efface l'impôt ». Le problème, ce n'est presque jamais l'offre : on vous en propose dix par an. C'est l'ordre dans lequel on les active. Car pour un médecin généraliste, les leviers les plus puissants sont souvent gratuits et propres à votre métier — et on les oublie systématiquement, faute de les attaquer dans le bon ordre. La bonne approche se lit en trois étages, du levier qui ne coûte rien jusqu'au pur outil fiscal.
L'essentiel en 30 secondes
Étage 1 — Les leviers GRATUITS du métier
Avant tout placement : l'exonération de la rémunération de permanence des soins en zone sous-dense (art. 151 ter CGI) et les exonérations à l'installation en zone France ruralités revitalisation (art. 44 quindecies A CGI). Ils ne coûtent rien et baissent directement l'impôt. On commence toujours par là.
Étage 2 — L'épargne RÉCUPÉRABLE, hors plafond
Ensuite : le PER/Madelin (art. 154 bis), le déficit foncier, le LMNP. Vous déduisez de votre revenu une somme qui reste à vous (épargne ou bien immobilier), hors du plafond des niches de 10 000 €. C'est le cœur de la stratégie d'un libéral à 41-45 %.
Étage 3 — Le pur effet fiscal, dans le plafond de 10 000 € (en dernier)
Le pivot à comprendre : une déduction n'est pas une réduction
Toute la hiérarchie repose sur une distinction. Une déduction baisse votre revenu imposable : son intérêt vaut votre TMI (1 € déduit fait économiser 0,41 € à 41 %), et elle est hors du plafond des niches. Une réduction baisse l'impôt dû euro pour euro, mais elle entre dans le plafond de 10 000 €. Le PER, le déficit foncier et le LMNP sont des déductions ; le Girardin et les FIP, des réductions. Saturez d'abord les déductions. Cette grille est détaillée dans notre guide pilier de la défiscalisation du libéral.
Levier 1 — Le PER / Madelin (art. 154 bis) : le plus puissant
Quand un client me demande par quoi commencer côté épargne, je réponds toujours la même chose : le PER. Celui-ci (qui a remplacé les contrats Madelin retraite, fermés à la commercialisation depuis le 1er octobre 2020 par la loi PACTE) offre au médecin libéral le plafond de déduction le plus généreux du système fiscal. Et, contrairement à la plupart des autres dispositifs, il est hors du plafond des niches : il vaut votre TMI, sans plafonnement à 10 000 €.
Le calcul exact, au centime près
Le plafond TNS de l'article 154 bis du CGI est égal au plus élevé de deux montants : la formule majorée — 10 % de votre bénéfice imposable (dans la limite de 8 PASS) + 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS— ou un plancher de sécurité de 10 % d'un PASS. En 2026, le plancher est de 4 806 € et le maximum de 88 911 €.
Le plafond PER 2026 d'un généraliste BNC à 110 000 €
PLAFOND PER TNS = 10 % x benefice (dans la limite de 8 PASS)
+ 15 % x (min(benefice, 8 PASS) - 1 PASS)
PASS 2026 = 48 060 EUR | 8 PASS = 384 480 EUR
Benefice BNC = 110 000 EUR
10 % x 110 000 = 11 000 EUR
+ 15 % x (110 000 - 48 060) = 9 291 EUR
___________
PLAFOND DEDUCTIBLE = 20 291 EURÀ une TMI de 41 %, déduire 20 291 € fait économiser environ 8 319 € d'impôt sur le revenu. C'est une économie certaine et immédiate, distincte de la performance ultérieure du PER (qui dépend des supports et comporte un risque de perte en capital).
Pour situer votre propre bénéfice, voici comment se déroule le plafond palier par palier :
| Bénéfice BNC imposable | Plafond 154 bis | Comment il se calcule |
|---|---|---|
| 40 000 € (< 1 PASS) | 4 806 € (plancher) | 10 % du bénéfice (4 000 €) < plancher → on retient 4 806 € |
| 80 000 € | 12 791 € | 10 % × 80 000 + 15 % × (80 000 − 48 060) |
| 110 000 € | 20 291 € | 10 % × 110 000 + 15 % × (110 000 − 48 060) |
| 150 000 € | 30 291 € | 10 % × 150 000 + 15 % × (150 000 − 48 060) |
| ≥ 384 480 € (8 PASS) | 88 911 € (maximum) | 10 % × 384 480 + 15 % × 336 420 |
Trois bornes à connaître avant de verser
2. Maintenant ou jamais. Le plafond TNS non utilisé à la clôture de l'exercice est définitivement perdu : il n'est ni reportable, ni mutualisable avec votre conjoint (à la différence du plafond classique de l'art. 163 quatervicies).
3. Effet RFR. Le versement abaisse aussi votre revenu fiscal de référence — un atout pour rester sous les seuils de surtaxe (voir §11).
Le détail support par support, et l'économie exacte selon votre tranche, sont dans PER médecin généraliste : combien d'impôt économisé selon votre BNC et le PER du TNS en 2026, pas à pas.
Levier 2 — La prévoyance et la santé Madelin déductibles
On confond souvent « Madelin » et PER. À côté de l'enveloppe retraite, l'article 154 bis en ouvre une seconde, distincte : les cotisations de prévoyance (arrêt de travail, invalidité, décès) et de complémentaire santé, elles aussi déductibles du bénéfice. La loi PACTE n'a fermé que les Madelin retraite : les contrats de prévoyance et de santé Madelin, eux, restent pleinement opérationnels.
Le plafond Madelin prévoyance / santé 2026
DEDUCTION MAX = 7 % du PASS + 3,75 % du benefice
(plafonnee a 3 % de 8 PASS)
En 2026 (PASS = 48 060 EUR), le plafond atteint
environ 11 534 EUR pour les benefices eleves.
Perte d'emploi subie : 1,875 % du benefice
ou 2,5 % du PASS si plus favorable.Cette enveloppe est totalement indépendante du plafond PER retraite : les deux se cumulent. Pour un médecin, c'est l'occasion de couvrir le vrai angle mort du libéral — l'arrêt de travail — tout en déduisant.
Pourquoi cette enveloppe compte particulièrement pour un médecin
Levier 3 — Permanence des soins et zones sous-dotées (gratuit)
C'est l'étage que personne ne regarde — alors qu'il ne vous coûte pas un euro. Vos confrères passent à côté chaque année. Deux dispositifs récompensent fiscalement l'exercice là où l'offre de soins manque. Ils sont encadrés : il faut vérifier le zonage de votre commune auprès de l'Agence régionale de santé (ARS) avant de s'en prévaloir.
a. La permanence des soins exonérée (art. 151 ter CGI)
La rémunération perçue au titre de la permanence des soins ambulatoires (gardes, astreintes, régulation) est exonérée d'impôt sur le revenu dans la limite de 60 jours de permanence par an, pour le médecin (ou son remplaçant) installé dans une zone caractérisée par une offre de soins insuffisante, définie au titre de l'article L. 1434-4 du Code de la santé publique. L'exonération couvre les rémunérations spécifiques d'astreinte et de régulation ainsi que les majorations d'actes.
Le piège du zonage : zones prioritaires oui, zones complémentaires non
b. L'installation en zone France ruralités revitalisation (art. 44 quindecies A CGI)
Si vous créez ou reprenez votre activité dans une zone France ruralités revitalisation (ZFRR), vous pouvez être exonéré d'impôt sur les bénéfices. Ce régime de l'article 44 quindecies A a remplacé l'ancien dispositif des zones de revitalisation rurale (ZRR) : il s'applique aux ZFRR depuis le 1er juillet 2024 et aux ZFRR+ depuis le 1er janvier 2025. L'exonération est totale pendant environ cinq ans (jusqu'à la fin du 59e mois suivant le début d'activité), puis dégressive les années suivantes.
Un régime encadré : faites un rescrit avant de vous installer
Votre commune ouvre-t-elle droit à une exonération ?
Permanence des soins (151 ter), installation en ZFRR (44 quindecies A) : ces leviers gratuits dépendent d'un zonage précis et de conditions strictes. On lit le zonage ARS de votre commune, et si le droit à exonération existe on le verrouille par rescrit avant votre prochaine 2035.
Levier 4 — Le déficit foncier (10 700 € / 21 400 €)
Si vous détenez (ou envisagez) un bien locatif loué nu, le déficit foncier a un mérite que peu de dispositifs partagent : il efface du revenu global, pas seulement vos loyers. Quand vos charges déductibles (travaux, intérêts) dépassent vos loyers, le déficit qui en résulte s'impute sur votre revenu d'ensemble — donc sur votre bénéfice de médecin — dans la limite annuelle de 10 700 € (art. 156, I, 3 du CGI).
Le doublement à 21 400 € pour la rénovation énergétique
Avantage décisif : comme c'est une déduction, le déficit foncier est hors du plafond des nichesde 10 000 €. Il se cumule donc librement avec votre PER. Une réserve, quand même : un bien à rénover reste un investissement immobilier à part entière, à juger sur son emplacement et son rendement avant son effet fiscal.
Levier 5 — SCPI européennes et LMNP
Après l'immobilier en direct, restent deux placements « pierre-papier » pour aller chercher du revenu peu fiscalisé sans vous transformer en gestionnaire : la SCPI européenne et le LMNP.
Les SCPI européennes : un revenu souvent peu fiscalisé en France
Une SCPI investie hors de France (Allemagne, Pays-Bas, Espagne…) distribue des revenus imposés à la source dans le pays de situation des immeubles. Grâce aux conventions fiscales internationales, ces revenus sont, pour l'essentiel, neutralisés ou fortement allégés en France (mécanisme du taux effectif ou du crédit d'impôt) et, surtout, ils échappent généralement aux prélèvements sociaux français. Concrètement, un généraliste à 41 % qui perçoit 6 000 € d'une SCPI allemande ne reverra quasiment rien passer à l'IR français — là où la même somme en location nue française lui coûterait de l'ordre de 3 500 € entre IR et prélèvements sociaux. Le détail pays par pays est dans notre guide des SCPI européennes.
Soyons clairs : un rendement n'est jamais garanti
Le LMNP : l'amortissement qui neutralise les loyers
En location meublée non professionnelle (LMNP) au réel, vous amortissez comptablement le bien et le mobilier : cet amortissement vient en charge et efface, souvent en totalité, l'impôt sur vos loyerspendant de nombreuses années. Tant que l'amortissement court, vous encaissez du loyer en payant peu ou pas d'impôt dessus.
Deux nuances 2026 à garder en tête sur le LMNP
Plus-value : depuis la LF 2025, les amortissements déduits sont réintégrés dans le calcul de la plus-valuelors de la revente, ce qui augmente l'imposition à la sortie. L'avantage du LMNP est donc un report d'impôt, pas une exonération définitive.
Levier 6 — FIP, Girardin, dons : le plafond de 10 000 €
On arrive à l'étage 3, celui des réductions à pur effet fiscal, qui entrent dans le plafonnement global des niches de 10 000 € par an et par foyer (art. 200-0 A du CGI), porté à 18 000 € avec le Girardin et les SOFICA. Règle d'or : on n'y vient qu'une fois les déductions hors plafond saturées (PER, déficit foncier, LMNP), et seulement avec un impôt élevé et certain.
| Dispositif | Avantage | Statut 2026 | Vigilance |
|---|---|---|---|
| FCPI-JEI, FIP Corse / Outre-mer | Réduction d'IR 30 % (art. 199 terdecies-0 A) | FCPI/FIP classiques supprimés au 21/02/2026 | Couple rendement/risque défavorable |
| Girardin industriel / logement social | Réduction one-shot > montant investi (art. 199 undecies B et C) | Plafond niches majoré à 18 000 € | Fonds perdus + risque de requalification |
| Dons (œuvres, aide aux personnes) | Réduction de 66 % ou 75 % (art. 200) | Maintenu | Plafonnés (% du revenu) |
Déontologie et bon sens : ne jamais inverser l'ordre
Levier 7 — Passer en SELARL si les revenus sont élevés
Dernier levier, structurel cette fois : la société d'exercice libéral (SELARL). Mais attention, ce n'est pas un levier pour tout le monde. En BNC au réel, 100 % de votre bénéfice supporte l'IR (jusqu'à 45 %) et les cotisations TNS. En SELARL à l'impôt sur les sociétés, seules votre rémunération et vos dividendes remontent à l'IR : le bénéfice non consommé capitalise dans la société à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % — art. 219, I-b du CGI). La SEL est régie depuis 2023 par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023(et non l'ancienne loi 90-1258).
La SELARL n'a d'intérêt que si vous ne consommez pas tout votre bénéfice
Deux pièges propres à la SEL du médecin
Dividendes > 10 % du capital. La fraction de dividendes excédant 10 % du capital social (plus primes et comptes courants) est soumise aux cotisations sociales TNS (art. L. 131-6 CSS), y compris lorsqu'ils transitent par une SPFPL. L'arbitrage salaire/dividendes doit donc être personnalisé — et le PFU sur les dividendes est de 31,4 %en 2026 (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux), pas 30 %.
L'arbitrage complet entre BNC et société est détaillé dans médecin généraliste : faut-il passer en SELARL ou rester en BNC.
Secteur 1 : l'ASV en partie financée par la CPAM
Votre conventionnement secteur 1 change une ligne de votre retraite que beaucoup d'avocats ou d'architectes n'ont pas. En secteur 1 (tarifs conventionnés, sans dépassement d'honoraires), l'Assurance maladie prend en charge une partie de vos cotisations. Votre retraite repose sur trois étages : la CNAVPL (régime de base des libéraux), la CARMF (complémentaire des médecins) et le régime des allocations supplémentaires de vieillesse (ASV).
L'avantage secteur 1 : deux tiers de l'ASV payés par la CPAM
Reste que ce socle CNAVPL + CARMF + ASV vous restituera, à la liquidation, une fraction nettement inférieure à vos derniers revenus d'activité. La caisse obligatoire fonctionne en répartition ; elle constitue un socle, pas un revenu de remplacement complet. C'est précisément cet écart que le PER (§2), en capitalisation et défiscalisé à l'entrée, vient combler. Son ampleur est chiffrée dans retraite du médecin généraliste : pourquoi la CARMF ne suffira pas.
Cas chiffré : Dr Camille, généraliste secteur 1, BNC 110 000 €
Reprenons le fil avec un dossier concret (anonymisé). Voici comment s'enchaînent les trois étages pour une généraliste type — prénom fictif, ordres de grandeur réels. Dr Camille exerce en secteur 1, dégage un bénéfice BNC de 110 000 €, est célibataire, à une TMI de 41 %, et participe à la garde dans un secteur classé en zone d'intervention prioritaire. Ces chiffres figent les taux 2026 et supposent les conditions remplies ; ils ne valent pas conseil personnalisé.
| Étage | Levier activé | Montant déduit / exonéré | Effet IR estimé (TMI 41 %) |
|---|---|---|---|
| 1 — Métier (gratuit) | Permanence des soins exonérée (151 ter) | Rémunération de garde exonérée (≤ 60 j) | Sort de l'assiette imposable |
| 2 — Épargne (hors plafond) | PER art. 154 bis | 20 291 € | ≈ − 8 319 € |
| 2 — Immobilier (hors plafond) | Déficit foncier | 10 700 € | ≈ − 4 387 € |
| 3 — Niche (plafond 10 000 €) | Don (75 %) — illustration | 1 000 € versés | ≈ − 750 € |
Lecture du cas : la hiérarchie paie
Et je le redis à chaque rendez-vous : lisez ces chiffres pour ce qu'ils sont
Les garde-fous : plafond des niches, CEHR et CDHR
Trois plafonds peuvent gâcher une stratégie mal ordonnée : le plafond des niches, la CEHR et la CDHR. Pour un généraliste à 110 000 €, deux d'entre eux ne se déclenchent même pas — mais ils tombent dès qu'un confrère spécialiste franchit 250 000 € (cas du médecin spécialiste à hauts revenus).
Le plafond global des niches (10 000 €)
Premier garde-fou : l'article 200-0 A du CGI plafonne à 10 000 € par an et par foyer le total des réductions et crédits d'impôt (Girardin, FIP, dons, emploi à domicile), porté à 18 000 € avec le Girardin et les SOFICA. Rappel salutaire : vos déductions (PER, déficit foncier, LMNP) n'y entrent pas— d'où l'intérêt de les saturer d'abord.
La CEHR et la CDHR (au-delà de 250 000 € de RFR)
La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR, art. 223 sexies) ajoute 3 % au-delà de 250 000 € de RFR pour un célibataire (500 000 € pour un couple), puis 4 % plus haut. La contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR, art. 224) impose, elle, une imposition minimale de 20 % du revenu de référence pour les mêmes seuils de 250 000 / 500 000 €.
Un généraliste à 110 000 € est loin de ces seuils — un spécialiste, non
Construire votre plan de défiscalisation avec Quentin Hagnéré
Dr Camille a déduit près de 30 991 € sans toucher au plafond des niches. Voyons ce que ça donne sur VOTRE 2035 : cabinet de Chambéry, 100 % indépendant, on part de votre bénéfice réel et de votre zonage pour ordonner vos leviers avec votre expert-comptable, dans le respect de votre déontologie.

