La retraite du généraliste en 30 secondes
C'est la double peine la plus mal anticipée du généraliste : vous versez chaque année plusieurs dizaines de milliers d'euros de cotisations obligatoires à la CARMF — et le jour de votre départ, votre pension ne couvrira sans doute que 40 à 50 % de votre dernier revenu d'activité (estimation sectorielle, au conditionnel — jamais une garantie). L'ordre de grandeur, tout de suite : la pension moyenne servie par la CARMF, toutes générations confondues, tourne autour de 2 900 à 3 000 € bruts par mois [à vérifier sur carmf.fr], et le généraliste, dont le bénéfice est en général plus bas que celui du spécialiste, se situe plutôt souscette moyenne. Du jour au lendemain, votre revenu est donc divisé par deux — à anticiper bien avant 60 ans. Dans ce guide, vous allez comprendre d'où vient ce trou (étage par étage), combien il vaut dans votre cas, et comment le combler sereinement.
La retraite du généraliste en 30 secondes
« 40-50 % », ce n'est pas une fatalité subie : c'est un signal pour agir tôt. Les leviers concrets sont détaillés dans notre guide compléter sa retraite CARMF : les 4 solutions du généraliste. Ici, on commence par poser le diagnostic : d'où vient ce trou, étage par étage, et comment le chiffrer.
Déontologie : aucun montant individuel ne peut être garanti
Les 3 étages de la retraite du médecin : CNAVPL + RCV + ASV
Pour comprendre pourquoi la pension décroche, il faut d'abord savoir comment elle se construit. En tant que médecin, vous relevez de la catégorie « santé » des professions libérales (art. L. 640-1 du Code de la sécurité sociale), affiliée à la CNAVPL. Cette dernière chapeaute dix sections professionnelles (art. L. 641-1 CSS) : la CARMF est la section des médecins. Votre retraite obligatoire empile alors trois régimes, chacun avec sa logique propre.
Trois étages, trois logiques
| Régime | Base légale | Cotisation 2026 | Valeur de service du point |
|---|---|---|---|
| Base CNAVPL (par points) | CSS L. 642-1 | 8,73 % ≤ 1 PASS / 1,87 % de 1 à 5 PASS | 0,6599 € [à vérifier sur carmf.fr] |
| Complémentaire RCV | CSS L. 644-1 | 11,80 % ≤ 3,5 PASS (168 210 €) | 77,14 € [à vérifier sur carmf.fr] |
| ASV (conventionnés) | CSS L. 645-1 à L. 645-3 | Forfait + ajustement (secteur 1 : ≈ 1/3 médecin) | 11,82 € [à vérifier sur carmf.fr] |
Premier paradoxe à retenir : ces trois cotisations sont intégralement déductibles de votre bénéfice BNC, sans plafond (BOI-BNC-BASE-40-60-50-20). Elles pèsent lourd sur votre trésorerie — et pourtant la pension qu'elles financent reste faible au regard de vos revenus. Le même plafonnement frappe d'ailleurs toutes les professions libérales, comme l'explique notre guide la retraite des professions libérales.
On ne choisit pas d'y échapper
La base plafonnée : cotiser plus ne fait pas toucher plus
C'est ici que le décrochage commence. La cotisation de base (art. L. 642-1 CSS) se calcule par tranches : 8,73 % du revenu jusqu'à 1 PASS, puis 1,87 % de 1 à 5 PASS. Ces cotisations achètent des points, mais le nombre de points acquis chaque année est plafonné. Résultat : au-delà d'un certain revenu, vous continuez à cotiser sans acquérir le moindre droit supplémentaire de base.
Le plafonnement de la retraite de base CNAVPL
Points de base = ordre de grandeur de 550 a 580 points / an au maximum (revenu >= 5 PASS) [nombre de points plafond non publie par la CARMF, a verifier sur carmf.fr] Valeur de service du point de base (01/01/2026) = 0,6599 EUR [a verifier sur carmf.fr] Droits de base acquis = environ 360 a 385 EUR / an au plus
Un généraliste à 70 000 € de bénéfice et un confrère à 200 000 € acquièrent presque le même nombre de points de base : la base est conçue pour plafonner. Plus votre revenu monte, plus le taux de remplacement de cet étage chute mécaniquement.
Concrètement, la retraite de base d'un généraliste à carrière complète ne représente qu'une fraction modestede sa pension totale. C'est la complémentaire RCV qui porte l'essentiel — mais elle est, elle aussi, écrêtée (voir l'étage suivant).
Au-delà du plafond, vous cotisez à fonds perdu
La complémentaire RCV : la part majoritaire, mais écrêtée
Le régime complémentaire d'assurance vieillesse, ou RCV (art. L. 644-1 CSS), constitue en général la part la plus importantede la pension servie au médecin. C'est l'étage qui « fait » votre retraite — et c'est aussi celui dont la cotisation a le plus grimpé en 2026.
En 2026, la cotisation RCV s'élève à 11,80 % dans la limite de 3,5 PASS, soit 168 210 € d'assiette : au-delà, plus aucun droit complémentaire ne s'acquiert. La cotisation maximale atteint ainsi de l'ordre de 19 849 € [à vérifier sur carmf.fr]. La valeur de service du point RCV est de l'ordre de 77,14 € au 1er janvier 2026 [à vérifier sur carmf.fr].
| Paramètre RCV 2026 | Valeur | Effet |
|---|---|---|
| Taux de cotisation | 11,80 % | En hausse depuis 2025 (10,20 %) |
| Plafond d'assiette | 3,5 PASS = 168 210 € | Au-delà : aucun droit supplémentaire |
| Cotisation maximale | ≈ 19 849 € [à vérifier] | Plafonnée à l'assiette de 3,5 PASS |
| Valeur de service du point | 77,14 € [à vérifier] | Convertit les points en pension |
La hausse 2026 : un signal à lire
Attention au chiffre qui circule : pour 2026, la valeur de service du point RCV à retenir est de l'ordre de 77,14 €. Les autres valeurs viennent de millésimes antérieurs ou de paramètres de liquidation différents : vérifiez toujours le chiffre à jour et daté sur le site officiel de la CARMF.
L'ASV : l'atout du secteur 1 (et son piège)
Le troisième étage n'existe que pour les médecins conventionnés : l'allocation supplémentaire de vieillesse (ASV) (art. L. 645-1 CSS), assise sur une cotisation forfaitaire (art. L. 645-2). Pour les médecins de secteur 1, une partie de cette cotisation est prise en charge par les caisses d'assurance maladie.
Le texte est explicite : aux termes de l'art. L. 645-3 CSS, « les caisses d'assurance maladie participent au financement de cette cotisation dans les conditions prévues au 5° du I de l'article L. 162-14-1 » — c'est-à-dire la convention médicale. Le régime ASV des médecins libéraux est précisé par le décret n° 2011-1644 du 25 novembre 2011.
| Élément (ordres de grandeur 2026) | Secteur 1 | Secteur 2 |
|---|---|---|
| Part forfaitaire à la charge du médecin | ≈ 1 917 € | ≈ 5 751 € |
| Part forfaitaire prise en charge par la CPAM | ≈ 3 834 € (≈ 2/3) | 0 € |
| Part d'ajustement (médecin) | ≈ 1,3333 % | ≈ 4,00 % |
| Valeur de service du point ASV | 11,82 € | 11,82 € |
Secteur 1 : la CPAM paie les deux tiers
…mais l'atout est conditionnel, et ne change pas le constat
Âge, taux plein, décote : à quel âge partir
Le montant, c'est une moitié de la question. L'autre, c'est : à quel âge partir sans se faire mordre par la décote ? L'âge légal de départ se relève de 62 à 64 ans selon la génération (réforme de 2023, loi n° 2023-270), mais le calendrier de relèvement est gelé par la LFSS 2026 : les bornes exactes par génération sont donc à confirmer. Ne tenez pas « 64 ans » pour gravé dans le marbre tant que le calendrier reste gelé.
Le repère stable, lui, c'est le taux plein automatique à 67 ans : à cet âge, votre pension est liquidée sans décote, quelle que soit votre durée d'assurance. C'est l'âge de référence pour sécuriser une pension non minorée.
| Paramètre | Valeur (ordres de grandeur 2026) | Précision |
|---|---|---|
| Âge légal de départ | 62 → 64 ans selon la génération | Calendrier gelé par la LFSS 2026 — bornes à confirmer |
| Taux plein automatique | 67 ans | Sans décote quelle que soit la durée d'assurance |
| Décote (départ anticipé) | ≈ 1,25 % / trimestre manquant | Plafonnée à 20 trimestres (jusqu'à −25 %) |
| Surcote (temps choisi) | ≈ +1,25 % / trimestre | Soit de l'ordre de +5 % par an au-delà du taux plein |
Réforme 2026 : ce qui est sûr, ce qui ne l'est pas
Cas chiffré : le Dr Morel, généraliste, départ à 65 puis 67 ans
Prenons un cas concret. En rendez-vous, c'est l'exercice que les généralistes réclament le plus : poser, côte à côte, leur dernier revenu et la pension qu'ils toucheront réellement. Le prénom est fictif, les ordres de grandeur réalistes pour un généraliste installé. Tout est présenté au conditionnel : les montants de pension sont des estimations indicatives, à vérifier sur le RIS et sur carmf.fr, jamais une projection nominative.
Cas 1 — Dr Sophie Morel, généraliste secteur 1, départ à 65 ans
Âge : à 65 ans, soit avant le taux plein automatique de 67 ans, une décote est possible si tous ses trimestres ne sont pas réunis.
Pension obligatoire estimée (base + RCV + ASV cumulés) : de l'ordre de 40 à 50 % de son revenu, soit ≈ 3 000 à 3 750 € par mois [estimation au conditionnel].
Écart — le « trou » : de l'ordre de 3 750 à 4 500 € par mois de revenu en moins du jour au lendemain.
Cas 2 — la même, départ à 67 ans (taux plein automatique)
Autrement dit, à 67 ans la décote disparaît — mais le trou, lui, reste entier.
| Repère (estimation au conditionnel) | Mensuel |
|---|---|
| Dernier revenu d'activité | ≈ 7 500 € |
| Pension obligatoire estimée (40-50 %) | ≈ 3 000 à 3 750 € |
| Trou de revenu à compenser | ≈ 3 750 à 4 500 € |
| Capital indicatif pour générer 1 500 €/mois à ~4 % | ≈ 450 000 € |
Note de méthode : ce que ce cas chiffre (et ce qu'il ne chiffre pas)
Sur le « capital à constituer » : un repère, pas une promesse
Quel est VOTRE trou de pension ?
Un CGP indépendant estime votre pension CARMF réelle à partir de votre relevé de carrière, chiffre l'écart mensuel avec votre revenu d'activité et calibre le capital à constituer — sans vous survendre une enveloppe qui ne vous correspond pas.
La réversion CARMF : ce que touche (vraiment) le conjoint
Le deuxième angle mort de la retraite du généraliste, c'est la réversion : ce que percevra le conjoint survivant. Et là, surprise : chaque étage a ses propres règles. La base, la RCV et l'ASV ne se réversent ni au même taux, ni au même âge, ni aux mêmes conditions [à vérifier sur carmf.fr].
| Régime | Taux de réversion | Âge | Condition |
|---|---|---|---|
| Base CNAVPL | ≈ 54 % | 55 ans | Sous condition de ressources |
| Complémentaire RCV | ≈ 60 % | 62 ans | Sans condition de ressources |
| ASV | ≈ 50 % | 62 ans | Sans condition de ressources |
Un point décisif, et trop souvent ignoré : la réversion suppose le mariage. Le PACS et le concubinage n'ouvrent aucun droit à réversion, et la base exige en principe une durée minimale de mariage (sauf exceptions). Un médecin pacsé depuis trente ans peut donc laisser son compagnon sans un euro de réversion CARMF— exactement le genre de trou qu'une clause bénéficiaire d'assurance-vie vient combler.
La réversion ne reconstitue pas le revenu du ménage
Pourquoi cotiser plus ne suffit pas : le signal 2026
« La CARMF ne suffit pas » n'est pas un argument de vente : c'est un simple calcul, qu'on peut poser noir sur blanc. Mettons côte à côte ce que dit le régime et ce que cela donne, vraiment, dans votre situation.
Ce que dit le régime
Trois régimes obligatoires (base CNAVPL, complémentaire RCV, ASV) couvrent votre retraite. Les cotisations sont intégralement déductibles du bénéfice BNC. En secteur 1, une partie de l'ASV est financée par l'Assurance maladie. Sur le papier, le médecin est bien protégé.
Ce que cela donne vraiment
La base est plafonnée (≈ 384 € de droits par an au plus), la RCV est écrêtée à 3,5 PASS, et le cumul des trois étages ne couvre que ~40-50 % du dernier revenu. En 2026, la cotisation RCV augmente (+16 %) sans que la pension suive : on paie plus pour un système sous tension.
Le signal 2026
Un dernier point, pour les médecins exerçant en société sous le régime TNS (typiquement en SELARL avec gérance majoritaire, à la différence du président de SELAS, assimilé-salarié). L'assiette des cotisations TNS a tendance à s'élargir : les dividendes versés par une SEL à une SPFPL peuvent être soumis aux cotisations sociales chez l'associé professionnel relevant du régime TNS (Cass. 2e civ. 19 octobre 2023, n° 21-20.366), et la rémunération technique de l'activité libérale en SEL relève désormais des BNC, la tolérance forfaitaire des 5 % ayant été annulée (CE 8 avril 2025, n° 492154). Autrement dit : vous risquez de cotiser sur une assiette plus large, sans pour autant augmenter une pension qui, elle, reste plafonnée. Pour arbitrer votre forme d'exercice, voyez le PER du libéral et l'assiette des cotisations.
Combler le trou : PER, assurance-vie, immobilier
Passons aux solutions. On oppose souvent PER, assurance-vie et immobilier comme s'il fallait choisir l'un contre les autres. En réalité, chacun répond à un besoin distinct : défiscaliser tant que votre tranche est haute, garder de la liquidité et préparer la transmission, puis générer un revenu pour le quotidien. Le bon dosage entre les trois, lui, est propre à votre situation.
Trois leviers complémentaires
1. Le PER : déduire à l'entrée (art. 154 bis CGI)
Le PER est le levier de défiscalisation le plus puissant du médecin TNS. L'article 154 bis du CGI vous laisse déduire de votre bénéfice 10 % (dans la limite de 8 PASS) + 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS, avec un plancher de 4 806 € et un maximum de 88 911 € en 2026. À 41 % de tranche, l'effet à l'entrée est considérable. Attention : le PER ne crée pas de droits CARMF (l'avantage est uniquement à l'impôt sur le revenu, le versement restant dans l'assiette sociale, art. L. 131-6 CSS). À la sortie en capital, la part versements est imposée au barème sans l'abattement de 10 % des pensions (BOI-RSA-PENS-30-10-20), et les gains au PFU de 31,4 % (prélèvements sociaux de 18,6 %). Le détail chiffré : PER médecin : combien d'impôt économisé selon votre BNC et le guide complet du Plan d'épargne retraite.
2. L'assurance-vie : liquidité et transmission
Là où le PER bloque l'épargne, l'assurance-vie reste disponible à tout moment. Après 8 ans, le rachat bénéficie d'un abattement annuel (4 600 € seul, 9 200 € pour un couple) puis d'une imposition à 7,5 ou 12,8 %. Surtout, ses prélèvements sociaux restent à 17,2 % (et non 18,6 %), et elle se transmet hors succession : abattement de 152 500 € par bénéficiaire (art. 990 I) pour les primes versées avant 70 ans, 30 500 € au-delà (art. 757 B). C'est le pendant naturel du PER : là où le PER bloque, l'assurance-vie reste mobilisable, et elle protège le conjoint — tout sur l'assurance-vie.
3. L'immobilier et les SCPI : un revenu régulier
Pour un revenu qui tombe chaque mois à la retraite, l'immobilier garde sa place. Les SCPI (pierre-papier) distribuent des loyers sans gestion directe ; l'achat des murs de votre cabinet (souvent en SCI) constitue un actif retraite qui se valorise pendant votre activité. À noter : les revenus fonciers de la location nue supportent des prélèvements sociaux de 17,2 % (maintenus en 2026). Pour explorer la pierre-papier : les SCPI comme complément de revenu.
| Levier | Atout principal | PS 2026 | Quand le privilégier |
|---|---|---|---|
| PER (154 bis) | Déduction à l'entrée (TMI 41 %) | 18,6 % sur les gains | TMI élevée en activité, plus basse à la retraite |
| Assurance-vie | Liquidité + transmission | 17,2 % | Épargne disponible, conjoint, 990 I |
| Immobilier / SCPI | Revenu régulier | 17,2 % (foncier nu) | Compléter un revenu mensuel à la retraite |
La dualité des prélèvements sociaux 2026 à ne pas confondre
Construire votre complément retraite de médecin
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant et multi-partenaires. On arbitre le bon mix PER / assurance-vie / immobilier selon votre tranche et votre horizon, on sécurise la transmission au conjoint (clause bénéficiaire, 990 I), et on coordonne le tout avec votre expert-comptable.
La feuille de route : par où commencer
Préparer sa retraite de médecin tient en quatre étapes simples, à mener dans l'ordre. L'essentiel est de commencer tôt : c'est la durée qui fait l'effet de la capitalisation, bien plus que le montant des premiers versements.
- Demandez votre relevé (RIS / EIG) et estimez votre pension réelle : c'est le point de départ, votre vrai chiffre, pas une moyenne.
- Chiffrez le trou mensuel entre cette pension et le revenu que vous voulez conserver à la retraite.
- Calibrez le PER au plus haut de votre tranche marginale, sans amputer votre trésorerie ni votre épargne de précaution.
- Complétez par l'assurance-vie (liquidité, transmission) et l'immobilier / SCPI (revenu régulier), selon votre horizon.
Le bon réflexe
Pour aller plus loin, trois ressources : les leviers de complément en détail dans compléter sa retraite CARMF : 4 solutions, le panorama des placements adaptés au médecin dans où placer son argent quand on est médecin généraliste, et l'ensemble des leviers fiscaux dans défiscalisation médecin généraliste : 7 leviers.
Préparer votre retraite de médecin avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On part de votre relevé de carrière réel, on chiffre le trou à combler, et on construit avec vous la stratégie de complément (PER, assurance-vie, immobilier), en lien avec votre expert-comptable.

