Ce que nous faisons concrètement pour un expatrié en Grèce
Ce volet expose le droit applicable. La page que nous consacrons à l’expatriation en Grèce expose notre intervention : les profils que nous accompagnons, la façon dont nous coordonnons les conseils locaux, et ce qui relève de leur ressort plutôt que du nôtre.
15. Le quotidien : banque, logement, écoles, santé, coût de la vie
La question qui nous revient trois mois après l’installation n’est jamais fiscale. Elle ressemble à celle-ci : « la banque refuse d’ouvrir le compte tant que je n’ai pas de justificatif de domicile, le propriétaire ne signe pas le bail tant que je n’ai pas de compte, et le fournisseur d’électricité demande un numéro fiscal que je n’ai pas encore. » Ce n’est pas une mauvaise fortune, c’est une chaîne de dépendances, et elle a un point d’entrée unique. Celui qui commence par le bon maillon déroule le reste en une semaine ; celui qui commence par le mauvais tourne pendant deux mois.
Ce chapitre traite de ce que les guides fiscaux laissent de côté et qui décide pourtant du confort d’une expatriation : le numéro fiscal grec et ce qu’il commande, le compte de paiement et le droit qu’on peut opposer à un établissement, le bail d’habitation et ses règles impératives, le prix réel des choses poste par poste, la scolarité française sur place et son coût exact, le permis de conduire, la santé au quotidien. Nous nous en tenons à ce que nous avons pu lire dans un texte ou dans une statistique publique. Là où il n’existe que des chiffres de portails commerciaux, nous le disons et nous ne publions rien.
Deux avertissements d’entrée. Le premier : la vie courante coûte environ un cinquième de moins qu’en France, et c’est un écart réel, mais il est trèsmal réparti. Trois postes coûtent plus cher en Grèce, dont deux que personne n’anticipe. Le second : certains choix de confort — la grande maison, le second véhicule, l’école privée — sont eux-mêmes des bases d’imposition en droit grec. Le quotidien communique avec la fiscalité, et pas dans le sens qu’on croit.
Le numéro fiscal commande tout le reste
L’ΑΦΜ (Αριθμός Φορολογικού Μητρώου) n’est pas seulement un identifiant fiscal : c’est la clé d’accès à toute opération juridique en Grèce. Sans lui, pas de compte bancaire, pas de contrat d’électricité, pas de bail déclaré, pas d’acquisition, pas d’immatriculation de véhicule. Le chapitre 03 en traite sous l’angle de la qualification ; nous n’en retenons ici qu’un point de droit, à connaître parce qu’il rassure : l’ΑΦΜ est exigé des résidents comme des non-résidents, et en obtenir un n’emporte aucune présomption de résidence fiscale grecque. On peut donc le demander très en amont, avant même d’avoir arrêté une date de départ, sans que cela pèse d’un gramme dans un débat de résidence.
Depuis la décision Α.1185/2023(ΦΕΚ Β΄ 6708 du 29 novembre 2023), l’ΑΦΜ et le κλειδάριθμος sont attribués simultanément, en une seule procédure. Le κλειδάριθμος est le code d’activation des identifiants TAXISnet : sans lui, l’ΑΦΜ ne donne accès à rien en ligne, ni au portail myAADE, ni à la déclaration de revenus, ni au certificat de résidence. Tous les guides antérieurs à 2023 décrivent deux démarches séparées et deux déplacements : ils sont périmés. Le dépôt est exclusivement en ligne, l’identification se faisant par visioconférence avec un agent (service myAADElive) ou par présence physique dans un service local ΔΟΥ. La procédure est gratuite et son temps de traitement annoncé est de trente minutes.
| Le maillon | À quoi il sert | Où on l'obtient | Ce qui est bloqué sans lui |
|---|---|---|---|
| ΑΦΜ + κλειδάριθμος | Identifiant fiscal et clé d'activation TAXISnet, délivrés ensemble | En ligne, identification par visioconférence myAADElive ou en ΔΟΥ. Gratuit | Tout : compte bancaire, bail déclaré, électricité, véhicule, acquisition, déclaration de revenus |
| Compte de paiement grec | Recevoir les pensions, payer les charges, satisfaire l'obligation de paiement électronique | Établissement de crédit établi en Grèce. Droit d'accès légal au compte à caractéristiques de base | Le paiement du loyer par voie bancaire, donc l'abattement de la règle des dépenses électroniques |
| Bail déclaré à l'administration fiscale | Justificatif de domicile opposable, et pièce demandée pour presque tout le reste | Déclaration électronique faite par le bailleur, pas par vous | Contrat d'électricité et d'eau, inscription au registre, dossier scolaire, parfois le compte bancaire |
| ΑΜΚΑ | Numéro de sécurité sociale grec, distinct du numéro fiscal | Bureau KEP ou agence e-EFKA | Inscription auprès de la caisse d'assurance maladie, médecin personnel, ordonnance électronique |
| Βεβαίωση εγγραφής de citoyen de l'Union | Attestation d'enregistrement du séjour au-delà de trois mois | Service des étrangers de la police du lieu de résidence, en personne | Rien juridiquement, beaucoup en pratique : la pièce est réclamée à de nombreux guichets |
Trois identifiants, trois administrations, aucune passerelle
L’ΑΦΜest fiscal et relève de l’administration fiscale. L’ΑΜΚΑest social et relève de l’organisme de sécurité sociale. Le κλειδάριθμοςn’est ni l’un ni l’autre : c’est un code d’activation. Détenir l’un ne donne pas les autres, et aucune des trois administrations ne transmet à sa voisine.
L’erreur de séquence la plus fréquente consiste à demander l’ΑΜΚΑ avant l’ΑΦΜ, ou à chercher un logement avant d’avoir l’ΑΦΜ. Dans les deux cas, on perd des semaines. La séquence qui fonctionne est celle du tableau ci-dessus, dans l’ordre, sans en sauter un.
L’enregistrement du séjour : une obligation réelle, une sanction dérisoire
Un ressortissant français n’a besoin d’aucun titre pour vivre en Grèce, mais il a une obligation d’enregistrement. L’article 8 § 1 du π.δ. 106/2007 (ΦΕΚ Α΄ 135 du 21 juin 2007, qui transpose la directive 2004/38/CE) dispose que les citoyens de l’Union qui séjourneront en Grèce plus de trois mois « υποχρεούνται μετά τη λήξη του τριμήνου να εμφανίζονται αυτοπροσώπως, στις αρμόδιες για το χειρισμό θεμάτων αλλοδαπών αστυνομικές αρχές του τόπου κατοικίας τους, για καταγραφή » — ils doivent, à l’expiration du trimestre, se présenter en personnedevant les autorités de police compétentes en matière d’étrangers de leur lieu de résidence, aux fins d’inscription. Le service délivre immédiatement une attestation portant nom, adresse et date d’enregistrement.
Les pièces sont énumérées au § 2 : copie conforme d’une pièce d’identité ou d’un passeport en cours de validité, puis, selon la situation, une attestation d’embauche ou d’activité indépendante, ou les éléments établissant que l’intéressé dispose de ressources suffisantes et d’une couverture maladie complète. Le texte ajoute une précision qui vaut d’être connue : dans la déclaration de ressources, « δεν απαιτείται να αναφέρεται το συγκεκριμένο ύψος αυτών » — il n’est pas exigé d’en mentionner le montant précis. Et le § 3 fixe l’étalon d’appréciation : la situation personnelle de l’intéressé et le montant de la pension minimale servie en Grèce. Autant dire que la condition de ressources ne constitue pas un obstacle pour la clientèle de ce guide.
La sanction du défaut d'enregistrement : un renvoi que le nouveau code pénal a vidé
L’article 27 du même décret renvoie, pour la violation de l’article 8 § 1, aux sanctions de l’article 458 du code pénal grec. Ce renvoi est aujourd’hui suspendu dans le vide. L’article 468 du code pénal issu de la ν. 4619/2019, en vigueur depuis le 1er juillet 2019, dispose que « τα πταίσματα καταργούνται » — les contraventions sont abrogées — et l’article 458, qui réprimait la violation intentionnelle d’une disposition impérative ou prohibitive de la législation administrative d’une amende d’au moins cinquante-neuf euros, a disparu avec elles. Le montant de 59 € que reprennent encore la plupart des guides est celui du code pénal de 1950 : il n’existe plus.
Ce qui prend sa place n’est pas tranché, et nous préférons l’écrire. Deux lectures coexistent. La première tient le renvoi de l’article 27 pour privé d’objet, faute de disposition pénale à laquelle renvoyer : le manquement resterait, en l’état, sans sanction. La seconde s’appuie sur les textes de transition qui ont converti les anciennes contraventions en amendes administratives — un projet du ministère de la Justice de septembre 2020 retenait une fourchette de cent à six cents euros — et applique ce régime au défaut d’enregistrement. Nous n’avons pas pu établir sur source primaire lequel de ces deux états du droit prévaut. Ce point se discute avec nos avocats partenaires spécialisés sur la Grèce, et le cabinet organise cette mise en relation. Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’enjeu financier est faible et que le vrai coût du défaut d’enregistrement est ailleurs.
Ce qui n’est pas symbolique, c’est l’usage administratif : l’attestation est réclamée à de nombreux guichets, et son absence produit des allers et retours que l’amende ne mesure pas. Après cinq années de séjour, l’article 16 du décret ouvre la délivrance, sur demande présentée en personne, d’un έγγραφο πιστοποίησης μόνιμης διαμονής, document attestant la résidence permanente.
Le compte bancaire : un droit opposable, et ce qu’il ne couvre pas
Contrairement à ce qu’on entend, l’ouverture d’un compte n’est pas à la discrétion de l’établissement. L’article 16 de la ν. 4465/2017 (ΦΕΚ Α΄ 47 du 4 avril 2017), qui transpose la directive 2014/92/UE, pose que « οι καταναλωτές που διαμένουν νόμιμα στην Ένωση έχουν το δικαίωμα να ανοίγουν και να χρησιμοποιούν λογαριασμό πληρωμών με βασικά χαρακτηριστικά » — les consommateurs qui résident légalement dans l’Union ont le droit d’ouvrir et d’utiliser un compte de paiement à caractéristiques de base auprès d’un établissement de crédit établi en Grèce. Le droit est ouvert indépendamment du lieu de résidencedans l’Union : un résident de France peut donc s’en prévaloir avant même d’avoir déménagé.
Trois éléments de ce texte servent en pratique. Le délai : l’établissement statue « χωρίς αναίτια καθυστέρηση και το αργότερο εντός δέκα (10) εργάσιμων ημερών από την παραλαβή ολοκληρωμένης αίτησης », sans retard injustifié et au plus tard dix jours ouvrablesaprès réception d’une demande complète. Les motifs de refus : ils sont limitativement énumérés, le premier étant que l’ouverture emporterait violation de la réglementation de lutte contre le blanchiment, le second que le demandeur détient déjà un compte équivalent auprès d’un autre établissement en Grèce. La limite, enfin : les établissements qui fournissent des comptes de paiement exclusivement par internetne sont pas tenus d’offrir ce compte de base.
Cette réserve de blanchiment est celle qui explique la totalité des frictions constatées. La ν. 4557/2018(ΦΕΚ Α΄ 139 du 30 juillet 2018), transposition de la directive (UE) 2015/849 et codifiée jusqu’à la ν. 5313/2026, impose à son article 13 des mesures de vigilance normale : identification et vérification de l’identité sur la base de documents ou d’informations émanant d’une source fiable et indépendante, appréciation de l’objet et de la nature envisagée de la relation d’affaires, et surveillance continue de celle-ci. Ce ne sont pas des exigences grecques : ce sont les mêmes qu’en France, appliquées à un dossier étranger, ce qui les rend simplement plus longues à satisfaire.
Le dossier qui passe du premier coup
Nous ne nommons aucun établissement et n’en recommandons aucun. Ce qui se prépare, en revanche, se prépare de la même manière partout : pièce d’identité ou passeport en cours de validité, ΑΦΜ, justificatif d’adresse en Grèce — le bail déclaré à l’administration fiscale est la pièce la plus solide —, justificatif des revenus ou des pensions, auto-certification de résidence fiscale au titre de l’échange automatique d’informations, et, pour un dossier significatif, une explication écrite et documentée de l’origine des fonds. C’est ce dernier point qui bloque le plus souvent, et il ne se documente pas en une heure : un acte de cession, un avis d’imposition, un relevé de compte de dénouement valent mieux qu’une déclaration sur l’honneur.
Deux précisions d’honnêteté. Le droit de l’article 16 porte sur un compte de paiement à caractéristiques de base : opérations d’ouverture et de clôture, versements, retraits d’espèces dans l’Union, opérations de paiement. Il n’ouvre droit ni à un découvert, ni à un crédit immobilier, ni à un service de gestion. Et conserver un compte en France reste parfaitement légitime, mais emporte des obligations déclaratives symétriques dès lors qu’on est résident de l’un des deux États : le chapitre 10 les décrit.
Se loger : le bail grec vous protège plus que vous ne le souhaitez
Le bail d’habitation grec relève pour l’essentiel du code civil, mais une disposition impérative en commande la durée et elle surprend systématiquement. L’article 2 § 1 de la ν. 1703/1987, dans sa rédaction issue de l’article 1 § 5 de la ν. 2235/1994, dispose que « η μίσθωση ακινήτου για κατοικία ισχύει τουλάχιστον για τρία (3) έτη » — le bail d’un immeuble à usage d’habitation vaut pour trois ans au minimum, quand bien même il aurait été conclu pour une durée plus brève ou pour une durée indéterminée. Une réserve décisive, que les présentations courantes escamotent : l’article 1 de la même loi limite son champ aux baux d’immeubles « που χρησιμοποιούνται κατά τη μισθωτική σύμβαση για κύρια κατοικία », c’est-à-dire affectés par le contrat à la résidence principaledu locataire, et, en cas d’usage mixte, seulement si cette affectation est prépondérante. Le bail de résidence secondaire ou de villégiature échappe à la triennale et relève du seul code civil. La réduction de cette période de trois ans n’est admise que par un accord postérieur, conclu au moins six mois après le début du bail et prouvé par acte notarié.
Deux conséquences opposées, et il faut les tenir ensemble. Pour le locataire, c’est une protection considérable : un bail signé pour un an vaut trois ans, et le bailleur ne peut pas reprendre le bien à l’échéance affichée. Pour celui qui veut essayerla Grèce un an avant de décider, la règle joue en sens inverse — mais seulement dans son champ. Si le contrat affecte le bien à la résidence principale du locataire, un bail signé pour huit mois vaut trois ans, et c’est ce qui explique la prudence des bailleurs : le refus qu’on interprète comme de la mauvaise volonté est souvent une lecture correcte du texte. En revanche, une location de villégiature ou de résidence secondaire échappe à la triennale et se conclut librement pour la durée convenue. La ligne de partage tient donc à la qualification retenue par le contrat, et non à la durée affichée : c’est la clause d’affectation qu’il faut lire avant de signer, et la faire relire.
Le § 2 du même article pose une seconde règle impérative, celle-ci pleinement favorable : « Προκαταβολή μισθώματος επιτρέπεται μόνο για τον τρέχοντα μισθωτικό μήνα » — l’avance de loyer n’est permise que pour le mois de location en cours. La demande de six mois ou d’un an de loyer d’avance, que l’on rencontre auprès de bailleurs réticents à louer à un étranger sans historique local, est contraire au texte. Le dépôt de garantie (εγγύηση) est autre chose et n’est pas un loyer d’avance, mais le même § 2 le plafonne : il interdit au locataire de verser une garantie de bonne exécution d’un montant supérieur aux loyers de deux mois. La demande de trois mois de dépôt, courante en pratique auprès de bailleurs qui louent à un étranger sans historique local, est donc elle aussi contraire au texte.
La déclaration du bail est faite par le bailleur, et elle vous sert deux fois
Les bailleurs sont tenus de déclarer par voie électronique à l’administration fiscale les éléments de tout bail, initial ou modificatif, au plus tard à la fin du mois qui suit le début de la location ou sa modification. La déclaration incombe au propriétaire, pas au locataire ; le locataire, lui, en a besoin.
Elle sert d’abord de justificatif de domicile opposable, pour l’électricité, l’eau, la banque et l’enregistrement du séjour. Elle sert ensuite à un usage purement fiscal que personne ne signale au moment de la signature : le régime grec des dépenses par moyens électroniquesabaisse de 30 % à 20 % le pourcentage de revenu à justifier lorsque l’impôt sur le revenu, l’ENFIA, le remboursement d’emprunts et les loyersréglés électroniquement dépassent 60 % du revenu réel. Un expatrié locataire à Athènes y tombe sans difficulté, à condition que son loyer soit payé par virement et que le bail existe dans le système. Le chapitre 07 détaille ce mécanisme et la majoration de 22 % qui sanctionne son non-respect.
Reste le prix, et c’est là que nous devons être précis sur ce que nous savons. L’indice des prix à la consommation harmonisépublié par l’office statistique européen pour les loyers effectifs du logementdonne, en moyenne annuelle et base 100 en 2015 : Grèce 92,16 en 2019 et en 2020, puis 113,26 en 2025. Sur cinq ans, la hausse des loyers grecs est donc de 22,9 %. Sur la même période, l’indice français passe de 101,06 à 109,72, soit 8,6 %. La Grèce a rattrapé, en cinq ans, un décrochage qui datait de la crise, et elle l’a fait presque trois fois plus vite que la France.
Cet indice mesure le stock des loyers, pas le loyer que vous allez payer
Un indice de loyers effectifs suit l’ensemble des baux en cours, dont la très grande majorité sont anciens et ne se réévaluent que lentement. Un arrivant ne signe jamais un bail du stock : il signe au prix de marché des baux nouveaux, qui a progressé davantage. L’indice donne la direction et l’ordre de grandeur ; il sous-estimece que paie un nouvel entrant, et de beaucoup dans les quartiers centraux d’Athènes et de Thessalonique.
Nous ne publions aucun prix au mètre carré. Les seuls chiffres disponibles pour les loyers demandés proviennent de portails d’annonces commerciaux, dont nous ne pouvons vérifier ni la méthode, ni le périmètre, ni l’écart entre le prix affiché et le prix signé. Publier « X euros le mètre carré à Kolonaki » donnerait une fausse précision à une donnée que nous n’avons pas établie. Le bon réflexe est inverse : arriver avec un budget mensuel fixé, louer d’abord en meublé pour quelques mois, et signer le bail de trois ans une fois le quartier connu.
Un élément de contexte qui joue directement sur l’offre athénienne. La décision interministérielle 225563 ΕΞ 2025(ΦΕΚ Β΄ 7200 du 31 décembre 2025) a prorogé jusqu’au 31 décembre 2026 la suspension des nouvelles inscriptions au registre des biens de séjour de courte durée pour les immeubles situés dans les premier, deuxième et troisième arrondissements de la commune d’Athènes : le centre historique, Kolonaki, Exarcheia, Koukaki, Mets, Neos Kosmos, Petralona, Thiseio, Gazi, Metaxourgeio. Les biens déjà inscrits continuent ; les nouveaux ne peuvent pas entrer. La mesure vise précisément à ramener des logements vers la location longue durée. Ce qu’elle produira reste à observer, et nous n’en tirons aucune prévision de prix.
Dans les îles, la question ne se pose pas dans les mêmes termes, et il faut le dire franchement : nous n’avons trouvé aucune statistique publique du marché locatif insulaire de longue durée. Ce que le droit éclaire, en revanche, ne dépend d’aucune statistique : dès lors qu’un bail affecte le bien à la résidence principale du locataire, il tombe sous la triennale de la ν. 1703/1987 et immobilise le bien pendant trois saisons touristiques — ce qui explique la réticence des propriétaires à le qualifier ainsi. La conséquence pratique n’est pas qu’il soit impossible de louer à l’année, mais que l’offre bascule vers des formes contractuelles qui échappent à la triennale, location saisonnière ou de villégiature, avec la précarité qui va avec. La part respective de ce mécanisme juridique et de la simple rentabilité de la location de courte duréen’est pas établissablesur les sources publiques disponibles, et nous ne la tranchons pas. Pour qui envisage de s’installer durablement dans une île, la question de la qualification du bail, et celle de l’arbitrage entre location et acquisition, se posent ensemble : elles se discutent avec nos avocats partenaires spécialisés sur la Grèce, et le cabinet organise cette mise en relation. Pour qui envisage de s’installer durablement dans une île, l’achat n’est pas une préférence patrimoniale : c’est souvent la seule façon d’être logé douze mois sur douze. Le chapitre 11 en expose le coût et les pièges.
Ordonner les démarches avant de fixer la date
Numéro fiscal, compte de paiement, bail, enregistrement du séjour, couverture santé, scolarité : ces six briques se tiennent, et l'ordre dans lequel on les pose décide de la durée de l'installation. Nous établissons ce calendrier avec vous, et nous l'articulons avec celui du départ fiscal, qui obéit à d'autres échéances.
Le coût de la vie, poste par poste
Il existe une seule source qui compare des prix entre pays selon une méthode homogène : les indices de niveau de prixétablis par l’office statistique européen à partir des parités de pouvoir d’achat. Ils rapportent le prix d’un panier identique de biens et de services à la moyenne de l’Union, base 100. Les chiffres ci-dessous sont ceux de 2025. Sur l’agrégat de la consommation finale des ménages, la Grèce se situe à 87,4 et la France à 110,3 : le même panier coûte environ 21 % de moins en Grèce.
Cette moyenne, prise seule, est trompeuse. Elle recouvre un poste à −37 % et un poste à +41 %.
| Poste de consommation | Grèce | France | Écart pour un même panier |
|---|---|---|---|
| Ensemble de la consommation des ménages | 87,4 | 110,3 | − 21 % |
| Logement, eau, électricité, gaz et autres combustibles | 76,6 | 120,7 | − 37 % |
| Restaurants et hébergement | 86,1 | 116,0 | − 26 % |
| Loisirs, sport et culture | 83,0 | 102,5 | − 19 % |
| Transports | 89,3 | 108,2 | − 17 % |
| Autres biens et services | 84,2 | 101,0 | − 17 % |
| Équipement et entretien du logement | 91,8 | 107,0 | − 14 % |
| Santé | 83,5 | 94,3 | − 11 % |
| Habillement et chaussures | 94,4 | 97,0 | − 3 % |
| Alimentation et boissons non alcoolisées | 105,3 | 106,8 | − 1 % |
| Information et communication | 126,9 | 89,7 | + 41 % |
Le poste alimentaire est le résultat le plus contre-intuitif, et il vaut d’être détaillé parce qu’il est celui que les clients citent en premier lorsqu’ils comparent leur ticket de caisse. À l’échelle du panier, l’alimentation coûte la même chose dans les deux pays. À l’échelle du produit, les écarts sont massifs et se compensent.
| Produit | Grèce | France | Écart |
|---|---|---|---|
| Boissons alcoolisées | 154,0 | 100,9 | + 53 % |
| Lait, produits laitiers et œufs | 129,9 | 93,3 | + 39 % |
| Plats préparés et autres produits alimentaires | 129,2 | 92,7 | + 39 % |
| Sucre, confiserie et desserts | 129,1 | 95,1 | + 36 % |
| Poissons et produits de la mer | 112,7 | 108,5 | + 4 % |
| Céréales et produits céréaliers | 104,2 | 110,5 | − 6 % |
| Légumes, tubercules et légumineuses | 93,2 | 111,9 | − 17 % |
| Viandes | 96,8 | 128,4 | − 25 % |
| Fruits et fruits à coque | 84,9 | 125,1 | − 32 % |
| Tabac | 65,8 | 191,1 | − 66 % |
Ce que ces indices ne disent pas, et qui vous concerne
Ce sont des moyennes nationales. Elles agrègent Athènes, un village d’Épire et Mykonos. Un client qui s’installe dans une île à forte fréquentation touristique ou dans les quartiers nord d’Athènes ne vit pas aux prix de l’indice, et l’écart peut inverser le signe sur plusieurs postes, la restauration au premier chef.
Le poste « logement » inclut les loyers imputés des propriétaires occupants. Il mesure le coût du service de logement dans l’économie, non le loyer que paiera un nouvel entrant à Athènes. Le −37 % affiché est exact pour ce qu’il mesure et surestime l’économie que fera un locataire arrivant.
Le poste « services d’éducation » ne dit rien du prix d’une école française. Il ressort à 53,1 en Grèce contre 96,8 en France, soit 45 % de moins, mais il reflète pour l’essentiel le coût de l’enseignement public, dont les rémunérations sont plus basses. La scolarité qui vous concernera est chiffrée plus bas, et elle n’a rien à voir avec cet indice.
Deux postes méritent d’être sortis du tableau parce qu’ils font systématiquement l’objet d’un contresens budgétaire. Le premier est l’électricité. Au second semestre 2025, le prix moyen pour un ménage de la tranche de consommation 2 500 à 4 999 kWh par an, toutes taxes et redevances comprises, s’établit à 0,2378 € par kWh en Grèce contre 0,2561 € en France. L’écart est de sept pour cent, pas de moitié. Une villa mal isolée climatisée cinq mois par an coûtera plus cher à chauffer et à refroidir en Grèce qu’un appartement parisien : ce n’est pas le prix du kWh qui fait la facture, c’est le volume. Le second est le poste information et communication, à 126,9 contre 89,7 : la téléphonie et l’accès à internet sont, pour un service comparable, environ 41 % plus chersqu’en France. C’est un poste modeste en valeur absolue, mais c’est le seul du tableau où l’expatriation coûte franchement plus cher.
Un dernier paramètre de prix, propre à une partie du territoire. Depuis le 1er janvier 2026, l’article 11 de la ν. 5246/2025 (ΦΕΚ Α΄ 198 du 11 novembre 2025), qui modifie l’article 26 du code de la TVA (ν. 5144/2024), applique une réduction de 30 % des taux de TVAdans les îles de la région de la mer Égée du Nord, à Samothrace et dans les îles du Dodécanèse dont la population n’excède pas 20 000 habitants ; le dispositif est par ailleurs maintenu pour Lesbos, Chios, Samos et Kos. Les taux deviennent 17 % au lieu de 24, 9 % au lieu de 13 et 4 % au lieu de 6. Les produits du tabac et les moyens de transport en sont excluset restent au taux normal. Le gain sur un budget courant est réel sans être décisif ; il ne compense en aucun cas le surcoût logistique de la vie insulaire, qui n’est mesuré par aucune statistique que nous ayons pu consulter.
Scolariser des enfants : deux établissements dans tout le pays
C’est le paramètre qui décide de l’endroit où l’on s’installe, et non l’inverse. Le réseau des établissements français homologués à l’étranger compte, en Grèce, deux établissements : le lycée franco-hellénique Eugène-Delacroix, à Agia Paraskevi dans l’agglomération d’Athènes, conventionné avec l’agence pour l’enseignement français à l’étranger, 1 427 élèves et quinze niveaux homologués de la petite section à la terminale ; et l’école française de Thessalonique, établissement partenaire. Il n’y a pas d’établissement français homologué en Crète, à Rhodes, dans les Cyclades, dans le Péloponnèse ni à Corfou. Une famille avec des enfants scolarisés en français vit à Athènes ou à Thessalonique ; les autres localisations supposent l’enseignement grec, un établissement international anglophone ou l’enseignement à distance.
Les tarifs qui suivent sont ceux publiés par le lycée franco-hellénique pour l’année scolaire 2025-2026. Ils sont arrêtés chaque année par le conseil d’administration de l’association gestionnaire et sont donc susceptibles d’évoluer ; nous les donnons pour ce qu’ils sont, un ordre de grandeur vérifié à une date.
| Niveau | Scolarité annuelle 2025-2026 | Échéancier |
|---|---|---|
| Maternelle, CP, CE1, CE2 | 5 819 € | 40 % en octobre, 30 % en février, 30 % en avril |
| CM1 | 5 224 € | Même échéancier |
| CM2 | 4 997 € | Même échéancier |
| Collège | 5 371 € | Même échéancier |
| Collège, section internationale en sixième | 5 771 € | Même échéancier |
| Lycée | 5 635 € | Même échéancier |
| Section hellénique, gymnase et lycée grec | 7 127 € | Même échéancier |
| Droits de première inscription, section française ou hellénique | 900 € | Non remboursables en cas de désistement |
| Frais de dossier d'inscription | 40 € | Non remboursables |
| Transport scolaire, selon les arrêts desservis | de 1 612 € à 2 050 € | Même échéancier |
| Restauration, formule complète | 962,50 € | Ou 6,05 € le repas à l'unité |
| Droits d'examen : brevet 65 €, épreuves anticipées 115 €, baccalauréat 350 € | — | Facturés au deuxième trimestre |
Deux enfants, un collégien et un élève de CM2 : la première année
Scolarité, collège ................................ 5 371 €
Scolarité, CM2 .................................... 4 997 €
Droits de première inscription, 2 x 900 € ......... 1 800 €
Frais de dossier, 2 x 40 € ........................... 80 €
Assurance, 2 x 12 € .................................. 24 €
Transport scolaire, 2 x 1 817 € (tarif median) .... 3 634 €
Restauration, formule complete, 2 x 962,50 € ...... 1 925 €
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Premiere annee scolaire, deux enfants ............ 17 831 €
Annees suivantes, hors droits de premiere inscription
et hors frais de dossier ......................... 15 951 €- Ce qui n'est pas compris :activités péri-éducatives 405 €, garderie 201 €, études dirigées 261 €, aide aux leçons 405 €, droits d'examen le moment venu
- Majoration de 20 % :applicable si l'employeur prend en charge la scolarité, directement ou indirectement
- Bourses scolaires :un dispositif d'aide existe pour les familles françaises inscrites au registre consulaire, sous conditions de ressources ; nous n'en avons pas vérifié les barèmes
- Effet fiscal grec :les frais de scolarité privée sont une dépense objective au sens de l'article 31 du code grec de l'impôt sur le revenu : voir l'encadré ci-dessous
Illustration construite sur le barème publié pour 2025-2026, tarif de transport médian et formule de restauration complète. Elle ne constitue ni un devis, ni une simulation personnalisée, ni un engagement : les tarifs sont arrêtés chaque année par l'établissement.
La facture scolaire est aussi une base d'imposition grecque
Le droit grec reconstitue un revenu minimum à partir du train de vie, par le mécanisme des dépenses objectives de subsistancedes articles 30 à 34 du code de l’impôt sur le revenu. L’article 31 y range expressément les frais de scolarité versés aux écoles privéesd’enseignement primaire et secondaire, la dépense étant déterminée pour chaque élève d’après les factures émises, quel que soit le niveau. En sont écartés les cours du soir et les établissements spécialisés pour élèves en situation de handicap.
Autrement dit, les 17 831 € de l’exemple ci-dessus ne sont pas seulement une dépense : ils entrent dans le calcul d’un revenu présumé, au même titre que la résidence, les véhicules et le personnel de maison. Un dirigeant qui s’installe avec trois enfants, deux voitures et une maison de 250 m² peut se voir reconstituer une base imposable grecque significative alors même que ses revenus de source grecque sont nuls.
La question de savoir si les revenus étrangers déjà taxés à 7 % sous le régime des retraités couvrent cet écart n’est pas tranchée : le chapitre 04 expose pourquoi, la décision administrative qui règle le point pour le régime des hauts patrimoines restant muette pour celui des retraités. Ce point se discute avec nos avocats partenaires spécialisés sur la Grèce, et il se discute avantl’inscription scolaire et l’acquisition du bien, pas à la réception de l’avis d’imposition.
Le permis de conduire : ne l’échangez pas par réflexe
La matière est régie par le π.δ. 51/2012 (ΦΕΚ Α΄ 101 du 27 avril 2012), qui transpose la directive 2006/126/CE. Son article 8 § 1pose la reconnaissance mutuelle : « Ισχύουσα άδεια οδήγησης που έχει εκδοθεί από κράτος μέλος της Ευρωπαϊκής Ένωσης […] εξακολουθεί να ισχύει στο ελληνικό έδαφος, ως έχει » — un permis valide délivré par un État membre continue de valoir sur le territoire grec, tel quel. Aucune obligation d’échange ne pèse donc sur le résident français, tant que son titre est valide.
L’échange est possible, et il est simple. L’article 8 § 2prévoit qu’un permis délivré par un État membre est échangé contre un permis grec de catégories correspondantes sans examen médical, théorique ni pratique, à quatre conditions : que la validité de la catégorie échangée ne soit pas expirée, que le titulaire ait sa résidence normaleen Grèce ou la qualité d’étudiant depuis six mois au moins, qu’il ait l’âge requis, et qu’il ne détienne aucun autre permis. Le permis étranger est renvoyé au service qui l’a émis. Les droits de timbre ne sont pas dus à l’échange : ils le seront au premier renouvellement du permis grec.
Le piège est ailleurs, et il tient à un article qu’on ne lit jamais. L’article 5 § 1fixe la durée de validité administrative des permis grecs, et son régime n’a rien de commun avec le régime français.
| Situation du titulaire | Durée de validité administrative en droit grec |
|---|---|
| Catégories AM, A1, A2, A, B1, B, BE, avant 65 ans | 15 ans, et en aucun cas au-delà des 65 ans du titulaire |
| Renouvellement demandé avant 65 ans | L'échéance ne peut être postérieure au 68e anniversaire |
| De 65 ans à 80 ans | 3 ans au maximum, toutes catégories confondues |
| Renouvellement demandé avant 80 ans | L'échéance ne peut être postérieure au 82e anniversaire |
| Au-delà de 80 ans | 2 ans au maximum |
| Catégories C1, C1E, C, CE, D1, D1E, D, DE, avant 65 ans | 5 ans, et en aucun cas au-delà des 65 ans du titulaire |
Un client de 68 ans, un permis français valable jusqu'à 78 ans : que faire ?
Rien, aussi longtemps que le titre reste valide. Le permis français continue de valoir en Grèce en vertu de l’article 8 § 1, avec son échéance française. Procéder à l’échange par confort administratif ferait basculer l’intéressé dans le régime grec : validité de trois ans, visite médicale à chaque renouvellement, puis deux ans après 80 ans. On échange un titre valable dix ans contre un titre valable trois.
La situation s’inverse à l’expiration. L’article 7 § 1 a) subordonne le renouvellement d’un permis à la résidence normale en Grèce, et son § 3 dispose que les permis délivrés par un État membre et dont la validité a expirésont renouvelés selon les dispositions du décret grec. Le résident de Grèce ne peut donc pas faire renouveler son permis en France : à l’échéance, il passe nécessairement au rythme grec. La conclusion pratique est simple et elle relève du calendrier : faire renouveler son permis français avant le départlorsque l’échéance est proche, plutôt qu’après.
Deux réserves. L’article 9 soumet le titulaire d’un permis d’un autre État membre présent sur le territoire grec à l’ensemble des dispositions pénales et administratives grecques, y compris celles relatives à la restriction, à la suspension et au retrait du droit de conduire : ne pas échanger ne met à l’abri d’aucune sanction. Et le même article prévoit qu’un permis retiré par son État d’émission ne vaut pas en Grèce et n’y est pas échangeable.
Reste la voiture elle-même. Le droit douanier grec comporte un régime de franchise pour transfert de la résidence normale (μετοικεσία), susceptible d’exonérer du droit d’immatriculation le véhicule particulier apporté par la personne qui transfère sa résidence en Grèce, sous des conditions de propriété et d’usage antérieurs et dans un délai déterminé. Nous ne publions pas ces conditions : le manuel de l’administration douanière qui les expose n’a pas pu être consulté, les sources administratives grecques opposant un refus d’accès aux consultations automatisées depuis l’étranger, et une franchise décrite de mémoire vaut une facture. Ce que nous savons avec certitude : la franchise se demande avantl’expédition du véhicule, pas après ; elle est encadrée par des délais de forclusion ; et conserver durablement un véhicule immatriculé en France en résidant en Grèce n’est pas une solution, seulement un report. Le point se règle avec le bureau de douane compétent, ou avec un transitaire, avant de charger le camion.
La santé au jour le jour
Le chapitre 14 traite de la question déterminante — quel État supporte le coût de vos soins, et ce que cela change à vos prélèvements. Nous n’y revenons pas. Ce qui suit est le versant pratique : ce qu’il faut avoir en poche et ce à quoi il faut s’attendre.
Le prérequis est l’ΑΜΚΑ, qui s’obtient dans n’importe quel bureau KEP— ces centres de service aux citoyens présents dans toutes les villes — ou auprès de l’organisme d’assurance sociale. Sans ΑΜΚΑ, aucune ordonnance électronique, aucune inscription auprès d’un praticien, aucun remboursement, quel que soit par ailleurs votre droit. Il vient aprèsl’ΑΦΜ dans l’ordre des démarches, et il n’en découle pas. Le titulaire d’un formulaire S1 français l’obtient au même titre que l’affilié local : le S1 se présente à la caisse grecque, qui inscrit son titulaire et le soigne pour le compte de la France.
La Grèce a institué par la ν. 4931/2022 (ΦΕΚ Α΄ 94) un système de médecin personnel, auprès duquel chaque assuré s’inscrit par le portail public gov.gr, chacun ne pouvant être inscrit qu’auprès d’un seul praticien. Ce médecin est le point d’entrée du parcours de soins primaires. Le régime des conséquences attachées au défaut d’inscription — majoration de la participation aux dépenses pharmaceutiques, puis inscription d’office — a été modifié à plusieurs reprises et nous n’avons pas pu établir son état exact au jour où nous écrivons. Nous ne le chiffrons donc pas : la question se pose au bureau KEP au moment de la demande d’ΑΜΚΑ, et la réponse tient en une minute au guichet.
Le point qui décide, et qui n'est ni fiscal ni administratif
Le chapitre 14 établit trois faits qu’il faut relire ensemble au moment de choisir où l’on s’installe. Une hospitalisation en clinique privée non conventionnée reste intégralement à la charge du patient. Un médecin conventionné ne peut effectuer que 200 consultations remboursées par mois. Et le secteur privé grec, bien équipé, est concentré dans les grandes villes.
Additionnés, ces trois éléments disent une chose que la brochure d’agence immobilière ne dira jamais : la maison de rêve dans une petite île et l’unité de cardiologie interventionnelle ne sont pas au même endroit, et la liaison entre les deux dépend d’un bateau ou d’un vol. Nous n’avons pu établir aucun indicateur public récent de densité médicale, de délai d’attente ou de reste à chargepar territoire, et nous n’en inventons pas. Mais l’arbitrage n’a pas besoin de statistique pour être posé : pour un couple de 70 ans dont l’un porte un antécédent lourd, la question de la distance à un plateau technique passe avant celle du taux d’imposition. Pour un dirigeant de 52 ans, elle ne pèse rien.
Une couverture santé privée est structurellement pertinente en Grèce, pour les raisons exposées au chapitre 14. Nous n’en publions ni prix, ni comparatif, ni nom d’organisme : nous n’avons trouvé aucune source publique ou primaire sur le coût d’un contrat pour un couple de 60 à 70 ans, sur les limites d’âge, sur les délais de carence ni sur le traitement des pathologies préexistantes. Les cinq questions à poser sont toujours les mêmes : limite d’âge à la souscription età la reconduction, délai de carence, pathologies préexistantes, prise en charge du secteur non conventionné, couverture d’un rapatriement ou de soins programmés en France. Un contrat souscrit à 62 ans et un contrat souscrit à 71 ans ne se négocient pas dans les mêmes termes : c’est autant un sujet de calendrier que de budget.
Ce qui coûte plus cher, et ce que nous ne tranchons pas
Le tableau des indices de prix donne l’impression d’une économie générale de 21 %. Sur un budget réel de la clientèle de ce guide, l’économie est moindre, pour une raison de structure : les postes où la Grèce est nettement moins chère sont ceux du logement et des services courants, tandis que les postes où elle est plus chère ou équivalente sont ceux d’un mode de vie qui ne se réduit pas en expatriant. Trois lignes de dépense méritent d’être portées au budget avant le départ, parce qu’elles ne figurent dans aucun comparateur.
Ce qui coûte plus cher qu'en France
La téléphonie et l'accès à internet, environ 41 % au-dessus du niveau français pour un service comparable. Les produits laitiers, les œufs, les plats préparés et la confiserie, de 36 à 39 % au-dessus. Les boissons alcoolisées, 53 % au-dessus. Le poisson, 4 % au-dessus — c'est le chiffre que personne ne croit. Et les billets d'avion vers la France, plusieurs fois par an, dont nous n'avons aucune statistique publique mais qui pèsent lourd sur le budget réel d'un expatrié qui a gardé des enfants, des parents et un patrimoine en France.
Ce qui coûte réellement moins cher
Le logement, l'eau et l'énergie pris ensemble, 37 % en dessous du niveau français. La restauration et l'hébergement, 26 % en dessous. Les loisirs, le sport et la culture, 19 % en dessous. Les transports, 17 % en dessous. La santé, 11 % en dessous. Et la fiscalité indirecte du tabac, 66 % en dessous — mention faite sans recommandation. Sur ces postes, l'écart est établi par une méthode homogène et il est solide.
Quatre points de ce chapitre ne sont pas résolus, et nous préférons les nommer que les habiller.
| Question ouverte | Ce qui manque pour la trancher | Ce qu'elle commande |
|---|---|---|
| Le prix réel du marché locatif, à Athènes et dans les îles | Aucune statistique publique de loyers demandés. L'indice harmonisé mesure le stock des baux en cours, pas les baux nouveaux | Le budget logement de la première année, et donc la faisabilité de tout le projet |
| Les conditions exactes de la franchise douanière pour transfert de résidence | Le manuel de l'administration douanière n'est pas accessible aux consultations automatisées depuis l'étranger | L'opportunité d'emporter un véhicule plutôt que d'en acheter un sur place |
| Le régime en vigueur des conséquences du défaut d'inscription auprès d'un médecin personnel | Le dispositif a été modifié plusieurs fois depuis 2022 et nous n'avons pas établi son état à la date de rédaction | Un point mineur en euros, mais qui conditionne le parcours de soins primaires |
| L'articulation entre les dépenses objectives de subsistance et le forfait des retraités | La décision administrative qui règle le point pour le régime des hauts patrimoines reste muette pour celui des retraités (chapitre 04) | Le supplément d'impôt grec attaché à une grande maison, à deux véhicules et à une scolarité privée |
Une dernière observation, qui n’est pas chiffrable et que nous formulons quand même parce qu’elle revient dans presque tous nos dossiers. La difficulté de l’installation en Grèce n’est ni fiscale, ni financière : elle est procédurale, et elle se concentre sur les huit premières semaines. Ceux qui la vivent mal sont ceux qui ont réglé la fiscalité douze mois à l’avance et qui découvrent la chaîne des identifiants en arrivant. Ceux qui la vivent bien ont obtenu leur numéro fiscal et ouvert leur compte avantde déménager, c’est-à-dire à un moment où ils étaient encore résidents de France — ce que le droit grec autorise sans réserve, et sans qu’aucune présomption de résidence n’en découle. C’est le conseil le moins spectaculaire de ce guide, et c’est celui dont nos clients nous reparlent.


14. Protection sociale, santé et retraite
Deux questions arrivent toujours ensemble, et presque jamais dans le bon ordre : « qui paiera mes soins en Grèce ? » et « est-ce que ma retraite française continuera d’être ponctionnée ? ». Ce sont en réalité la même question. La réponse ne dépend ni de votre nationalité, ni de votre résidence fiscale, ni du régime fiscal grec que vous aurez choisi : elle dépend d’un seul paramètre, celui de savoir quel État supporte le coût de vos prestations de santé. Ce paramètre commande la couverture, il commande le prélèvement français sur vos pensions, et il commande — c’est le point que personne n’articule — le taux de prélèvements sociaux appliqué à vos loyers français.
Il faut donc commencer par séparer deux corps de règles que l’on confond constamment. La coordination européenne de sécurité socialedésigne l’État compétent pour vos soins et vos pensions ; la convention fiscaledésigne l’État qui impose vos revenus. Ces deux corps de règles sont indépendants, et dans le couple franco-grec ils divergent : la Grèce impose votre pension du régime général, tandis que la France peut rester compétente pour votre assurance maladie et prélever la cotisation correspondante. Ce décalage est normal. Il n’est pas une anomalie, et aucune démarche ne permet de le supprimer.
Ce chapitre est aussi celui où nous refusons le plus souvent de conclure. Une question centrale — la Grèce prélève-t-elle 6 % sur une pension française ? — n’est pas résolue, et elle vaut plusieurs milliers d’euros par an. Nous la posons, nous la chiffrons dans les deux hypothèses, et nous ne la tranchons pas. Il en va de même de la qualification conventionnelle de plusieurs régimes de retraite publics français, qui concerne beaucoup de monde et qu’aucun texte ne règle.
Quatre configurations, et une seule d’entre elles est la vôtre
La France et la Grèce appliquent l’une et l’autre les règlements (CE) n° 883/2004 et n° 987/2009. Ces textes sont d’application directe et ne créent aucundroit matériel : ils désignent l’État compétent et imposent la totalisation des périodes. Le montant, l’âge et les conditions restent ceux de chaque législation nationale. Une seule législation s’applique à la fois, et l’article 31 du règlement pose une règle de priorité décisive pour un dirigeant ou un cédant : les articles 23 à 30, qui régissent les pensionnés, « ne s’appliquent pas au pensionné qui a droit à des prestations au titre de la législation d’un État membre sur le fondement d’une activité salariée ou non salariée ». La qualité d’actif prime sur celle de retraité.
La règle qui interdit la double ponction est l’article 30 § 1du règlement : l’institution d’un État membre dont la législation prévoit des retenues sur les pensions au titre des prestations de maladie ne peut les opérer que dans la mesure où le coût des prestations est supporté par une institution de cet État. Un seul État prélève. Retenez la formule, parce que la suite du chapitre en dépend deux fois : elle fonde l’arbitrage le plus rentable de ce dossier, et elle est aussi la source du principal malentendu qui circule à son sujet.
Le formulaire S1 : ce qu’il ouvre, ce qu’il coûte, où on le demande
Le S1 est le document par lequel votre caisse française demande à la caisse grecque de vous servir les soins pour son compte. Vous êtes inscrit en Grèce, vous y êtes soigné selon les règles grecques, et la France rembourse. Vous n’êtes pas affilié à l’e-EFKA : la nuance est juridique, et elle emporte toutes les conséquences financières exposées plus bas.
Il se demande avant le départ. Rien n’interdit de le demander après, mais l’intervalle se solde par des soins non pris en charge. Le retraité du régime général adresse le questionnaire d’étude des droits aux soins de santé à l’étranger à l’Assurance retraite, service « Droit aux soins de santé », 15 avenue Louis Jouhanneau, 37078 Tours cedex 2, ou le transmet depuis son espace personnel. Le titulaire d’une pension civile ou militaire de retraite s’adresse à la Direction spécialisée des finances publiques pour l’étranger, Centre de gestion des retraités, 30 rue de Malville, BP 54007, 44040 Nantes Cedex 1, et notifie séparément son transfert de résidence au Centre de gestion des retraites de l’État.
Un S1 par personne, et la famille se définit selon la loi grecque
Un S1 distinctdoit être établi pour chaque membre de la famille : conjoint, concubin, partenaire de pacte civil de solidarité, enfants mineurs. Le S1 du pensionné ne couvre personne d’autre que lui.
Et la caisse grecque vérifie la qualité de membre de famille au sens de la législation grecque, non de la française. À défaut, la personne est affiliée directement au régime local, « moyennant le versement éventuel de cotisations ». Pour un couple non marié, ou lié par un pacte civil de solidarité, c’est un point à vérifier avant le départ plutôt qu’au guichet d’Athènes.
Le S1 ouvre un droit que peu de retraités exploitent, et qui pèse lourd pour une clientèle inquiète de l’offre hospitalière grecque : revenir se faire soigner en France, quel que soit le motif du séjour, pour tous les soins, médicalement nécessaires et programmés, selon la réglementation française. Ce droit n’existe toutefois pas par principe. L’article 27 § 2 du règlement le subordonne expressément à une condition : que l’État compétent « ait opté pour cela et figure à l’annexe IV ». La France y figure. Il n’est donc pas transposable au titulaire d’un S1 émis par un État absent de cette annexe, et la version courante de l’annexe doit être recontrôlée avant de s’en prévaloir. Pour le remboursement, adressez-vous à la dernière caisse d’assurance maladie dont vous releviez avant de quitter la France, ou à défaut à celle de votre lieu de séjour.
Reste le coût, et il faut le nommer correctement parce que l’erreur de vocabulaire est partout. Un retraité français installé en Grèce ne paie ni CSG, ni CRDS, ni CASAsur ses pensions françaises : l’article L. 136-1 du code de la sécurité sociale n’assujettit à la contribution sur les revenus de remplacement que les personnes qui sont à la foisconsidérées comme domiciliées en France pour l’établissement de l’impôt sur le revenu età la charge d’un régime obligatoire français d’assurance maladie. Les deux conditions sont cumulatives, et le résident fiscal de Grèce échoue à la première ; la CRDS et la CASA suivent le même champ.
Il paie en revanche, s’il relève d’un S1 français, une cotisation d’assurance maladiequi est un prélèvement différent, de nature différente et de fondement différent : l’article L. 131-9 du même code, qui institue des taux particuliers pour les personnes ne remplissant pas les conditions de résidence de l’article L. 136-1 mais bénéficiant à titre obligatoire de la prise en charge de leurs frais de santé. L’article D. 242-8 fixe ces taux à 3,20 % sur les avantages de retraite servis par les organismes du régime général et 4,20 %sur les autres avantages de retraite, c’est-à-dire les complémentaires. Le taux applicable aux retraites des travailleurs indépendants est de 7,1 % : il est établi par la documentation publique française, mais nous n’avons pas lu l’article réglementaire qui le porte.
« Vous paierez 3,2 % de CSG » : la phrase est fausse deux fois
Elle est fausse parce que ce n’est pas de la CSG, et parce que la CSG n’est pas due. Symétriquement, « en partant, vous ne payez plus rien » est faux aussi dans la configuration la plus courante : le retraité sans activité ni pension grecque paie 3,2 % et 4,2 %.
La distinction n’est pas académique. La cotisation de l’article L. 131-9 n’est pas un impôt sur le revenu : elle échappe au champ de la convention fiscale, elle n’ouvre droit à aucun crédit d’impôt grec, et le forfait de 7 % de l’article 5Β ne l’éteint pas. Un retraité sous régime forfaitaire grec, titulaire d’un S1, paie le forfait grec et cette cotisation française.
L’arbitrage central : faire basculer la couverture maladie sur la Grèce
Puisque l’article 30 § 1 réserve la retenue à l’État qui supporte le coût, faire relever le client du régime grecd’assurance maladie éteint intégralement le prélèvement français. Deux événements produisent cette bascule : l’exercice d’une activité professionnelle en Grèce, ou la liquidation d’une pension grecque. Sur une pension de 60 000 €, l’économie de premier ordre approche 2 300 € par an.
L’économie de second ordre est souvent la plus grosse, et elle n’a rien à voir avec la santé. L’exonération de CSG et de CRDS ouverte aux personnes relevant d’un régime de sécurité sociale d’un autre État membre est subordonnée à une condition négative : ne pas être à la charge d’un régime obligatoire de sécurité sociale français. Le S1 fait précisément échouer cette condition, dans sa lecture littérale. Le chapitre 10 expose la difficulté en détail et ne la tranche pas ; retenez ici son effet pratique : pour vos revenus fonciers et vos plus-values immobilières de source française, l’écart entre la lecture littérale et l’exonération est de 9,7 points, soit 17,2 % contre 7,5 %. La bascule vers le régime grec supprime la question elle-même : les deux conditions sont alors manifestement remplies.
Le même dossier, selon l'État qui supporte vos soins
Hypothèses : pension de base 23 000 €, complémentaires 37 000 €, 40 000 € de revenus fonciers français nets, résidence en Grèce. Situation 1 — titulaire d'un S1 français Cotisation L. 131-9 : 23 000 x 3,2 % ............ 736 € 37 000 x 4,2 % .......... 1 554 € Prélèvements sociaux sur les loyers, 17,2 % .... 6 880 € --------- Charge sociale annuelle ....................... 9 170 € Situation 3 — pension grecque liquidée, couverture grecque Cotisation française ............................... 0 € Prélèvements sociaux sur les loyers, 7,5 % ..... 3 000 € Retenue grecque de 6 % sur les pensions : hypothèse basse (pensions grecques seules) ....... 0 € hypothèse haute (60 000 x 6 %) ............... 3 600 € --------- Charge sociale annuelle .............. entre 3 000 et 6 600 € Écart annuel en faveur de la bascule ..... entre 2 570 et 6 170 €Illustration construite sur des hypothèses explicites, à droit constant au 27 juillet 2026, hors impôt sur le revenu français et grec et hors cotisations dues au titre d'une éventuelle activité grecque. Elle ne constitue ni une simulation personnalisée ni un engagement de résultat. L'écart réel dépend de la répartition entre pension de base et complémentaires, du montant des revenus fonciers français et de la réponse apportée aux deux points de droit signalés.
Cet arbitrage est réel, il n'est pas clé en main : trois conditions ne sont pas établies
Première : la Grèce prélève-t-elle 6 % sur une pension française ? La législation grecque retient une cotisation d’assurance santé de 6 % sur les pensions et, en cas de pluralité, la calcule sur « το άθροισμα των καταβαλλόμενων συντάξεων, ανεξαρτήτως αιτίας » — la somme des pensions versées, quelle qu’en soit la cause. Que ce prélèvement frappe les pensions grecques est établi ; qu’il ne frappe pasune pension française perçue par un résident de Grèce ne l’est pas. L’article 30 § 1 du règlement autorise expressément l’État qui supporte le coût à opérer la retenue « calculée conformément à la législation qu’il applique », sans limiter l’assiette aux pensions nationales, et son § 2, seule disposition qui interdise réellement une cotisation, a un champ étroit qui ne couvre pas cette configuration. L’hypothèse défavorable ne peut pas être écartée.
Deuxième : une activité grecque brève ne produit pas nécessairement de pension. L’article 57 du règlement dispense un État de servir une prestation lorsque deux conditions sont réunies : la durée des périodes accomplies chez lui est inférieure à un an, etces seules périodes n’ouvrent aucun droit autonome. Le seuil grec étant de quinze années d’assurance, la seconde condition est mécaniquement remplie. Un projet fondé sur quelques mois d’activité en Grèce pour déclencher la bascule est donc juridiquement fragile, et pas seulement fragile en pratique.
Troisième : la compatibilité avec le forfait des retraités n’est pas établie. L’article 5Β du code grec de l’impôt sur le revenu n’interdit ni l’exercice d’une activité en Grèce ni la perception d’une pension grecque, et son § 7 organise l’imposition des revenus grecs au droit commun, ce qui plaide pour la compatibilité. Mais aucun texte ne le dit expressément, et l’arrêté d’application attendu n’a pas été trouvé (chapitre 04).
Ces trois points se discutent avec nos avocats partenaires spécialisés sur la Grèce, dossier en main, et la première question mérite une interrogation écrite de l’organisme grec avantl’installation. Nous ne construisons aucun budget sur une seule des deux hypothèses.
Une dernière chose, et elle n’est pas financière. Renoncer au S1, c’est renoncer à l’accès non conditionné au système de soins français, y compris pour une intervention programmée. Le titulaire d’un S1 rentre se faire opérer en France quand il le décide ; l’affilié grec doit obtenir un S2 de sa caisse grecque, autorisation qui n’est pasautomatique et dont le refus laisse l’intégralité des frais à sa charge. Pour un client de 70 ans porteur d’un antécédent lourd, cette perte pèse plus que l’écart chiffré ci-dessus. Pour un dirigeant de 55 ans qui s’installe avec une activité, elle ne pèse rien. L’arbitrage est individuel, et il n’a pas de réponse générale.
Chiffrer votre couverture avant de fixer votre date d'installation
Cotisation maladie sur les pensions, taux de prélèvements sociaux sur les loyers français, coût d'une couverture privée grecque, calendrier de liquidation des pensions : ces quatre paramètres se décident ensemble, et la plupart ne se rattrapent pas après coup. Nous les instruisons dossier en main, avec nos partenaires spécialisés lorsque la qualification l'exige.
S’affilier à l’e-EFKA : qui, comment, à quel prix
L’architecture grecque tient en deux organismes. L’e-EFKAassure l’affiliation, le recouvrement des cotisations, les prestations en espèces et les pensions ; l’EOPYYest l’acheteur unique des soins, qui conventionne les prestataires et fixe les tarifs. Le système est unifié depuis 2017, salariés et indépendants relevant de la même structure, sous réserve de régimes professionnels spécifiques pour certaines professions. Il n’existe pas de branche distincte pour les accidents du travail et les maladies professionnelles : ces risques sont couverts au sein des branches maladie et pensions.
Le prérequis absolu est le numéro AMKA, qui s’obtient dans n’importe quel bureau KEP, ces centres de service aux citoyens présents dans toutes les villes, ou auprès de l’e-EFKA. Le salarié y est affilié automatiquement par son employeur dès l’embauche. Ne le confondez pas avec l’ΑΦΜ, qui est le numéro fiscal (chapitre 03) : les deux sont nécessaires, ils s’obtiennent par des voies différentes, et disposer de l’un ne donne pas l’autre.
Sont obligatoirement assurés les salariés, les travailleurs indépendants, les bénéficiaires d’une pension grecqueet les bénéficiaires d’allocations chômage. Peuvent être couverts comme ayants droit le conjoint et les enfants jusqu’à 18 ans, 26 ans s’ils sont étudiants ou sans emploi, sans limite d’âge en cas de handicap d’au moins 67 %. L’ouverture des prestations suppose 50 jours de cotisations au cours de l’année précédant la maladie, 60 jourspour les indépendants ; une journée de travail vaut une journée d’assurance. Une affiliation volontaire existe, mais ni ses conditions ni son coût n’ont pu être établis, et nous n’en publions donc aucun chiffre.
Le coût est développé au chapitre 07, qui porte le détail des barèmes 2026. Trois chiffres suffisent ici. Les cotisations des non-salariésne sont pas assises sur le revenu : le cotisant choisit une catégorie et acquitte un montant fixe, la catégorie la plus élevée revenant à 8 230 € par an — et ce montant est un plancher, non un plafond, puisqu’il n’inclut ni la retraite complémentaire obligatoire ni la prestation en capital. La branche maladie des salariés représente 6,10 %au total depuis le 1er janvier 2025, soit 2,05 % à la charge du salarié et 4,05 % à celle de l’employeur, dans la limite d’un plafond mensuel d’assiette de 7 761,94 € en 2026. Pour un consultant ou un dirigeant qui s’installe, c’est le différentiel le plus massif avec la France, où les cotisations sont pour l’essentiel proportionnelles et non plafonnées.
Le retraité qui reprend une activité en Grèce
La pension grecque est intégralement cumulable avec des revenus professionnels, mais une cotisation spéciale de 10 %est prélevée pour les salariés, et l’activité doit être déclarée à l’e-EFKA avant d’être exercée.
Deux inconnues, que nous signalons parce qu’elles commandent le coût réel de la bascule : l’assiette exactede cette cotisation — la pension seule, ou la rémunération ? — n’est corroborée par aucun texte grec que nous ayons pu lire, et le taux applicable aux indépendants ne l’est pas davantage. Le texte grec sur la cotisation santé prévoit du reste, pour le retraité en activité, qu’elle est due sur la pension et sur l’ensemble des rémunérations.
Une correction utile à un dirigeant qui emploie du personnel. Écrire qu’« il n’existe pas de branche accidents du travail en Grèce » est exact et trompeur : ce n’est pas la protection qui manque, c’est la cotisation dédiée. Le risque professionnel est couvert, avec prise en charge intégrale des soins sans participation, aucune condition de durée d’assurance, indemnités journalières sans délai de carence, et une pension minimale égale au double de la pension nationale complète. En contrepartie, les délais sont brefs et ce sont des délais de forclusion : cinq jours ouvrablespour déclarer un accident du travail à l’agence e-EFKA, le lendemain de sa constatation pour une maladie professionnelle, un an en cas d’invalidité absolue et deux ans en cas de décès. L’évaluation relève des commissions médicales du KEPA.
Ce que le système grec prend en charge, et ce qu’il laisse
Que vous soyez affilié grec ou titulaire d’un S1, vous recevez les prestations locales, selon la législation grecque. Les règles françaises de remboursement ne vous suivent pas. Le tableau ci-dessous est celui qu’il faut avoir en tête avant de dimensionner une couverture complémentaire.
Deux contraintes structurelles ne figurent dans aucun barème et surprennent tous nos clients. La première : un médecin conventionné avec l’EOPYY ne peut effectuer que 200 consultations remboursées par mois. Passé ce plafond, l’assuré doit chercher un praticien qui ne l’a pas atteint, ou régler la consultation lui-même. Pour quelqu’un d’habitué à la liberté d’accès française, c’est un point de friction quotidien. La seconde : l’accès direct aux spécialistes et aux urgences entraîne une surutilisation de ces services et des temps d’attente importants. Nous n’assortissons cette dernière observation d’aucun chiffre : la source qui la porte est structurelle et date de 2021, et nous n’avons pu établir aucun indicateur récent de reste à charge, de délai d’attente ou de densité médicale.
Une couverture privée est structurellement pertinente. Nous n'en publierons ni le prix ni les acteurs.
Quatre éléments du tableau ci-dessus la justifient sans qu’il soit besoin d’argumenter : le plafond de 200 consultations, l’absence totale de remboursement hors convention, la couverture dentaire adulte quasi inexistante, et le fait que la totalité du coût d’une hospitalisation en clinique privée non conventionnée reste à la charge du patient. Le secteur privé grec est important, concentré dans les grandes villes, bien équipé, et une grande partie de ses prestataires sont conventionnés avec l’EOPYY.
En revanche, nous n’avons trouvé aucune source publique ou primairesur le coût d’une assurance santé privée grecque pour un couple de 60 à 70 ans, sur les exclusions d’âge, sur les délais de carence ni sur le traitement des pathologies préexistantes. Nous ne publions donc ni prix, ni comparatif, ni nom d’organisme. Les cinq questions à poser en amont sont toujours les mêmes : limite d’âge à la souscription et à la reconduction, délai de carence, pathologies préexistantes, prise en charge du secteur non conventionné, et couverture d’un rapatriement ou de soins programmés en France. Un contrat souscrit à 62 ans et un contrat souscrit à 71 ans ne se négocient pas dans les mêmes termes : c’est un sujet de calendrier autant que de budget.
Liquider ses retraites : une seule demande, plusieurs pensions
La règle de procédure est simple et systématiquement manquée : vous déposez une seule demande, auprès de l’institution de votre État de résidence, sauf si vous n’y avez jamais travaillé. Un Français résidant en Grèce dépose donc sa demande de retraite française auprès de l’e-EFKA, qui devient l’institution de contact, instruit le dossier et saisit la France. Déposer directement en France n’est pas nécessairement bloquant, mais ce n’est pas la voie prévue et cela allonge les délais — délais que nous ne chiffrons pas, faute de donnée opposable. À l’issue de l’instruction, le document P1 récapitule la décision de chaque État et la façon dont les périodes ont été prises en compte.
Chaque État calcule et paie sa propre pension, selon sa propre législation, au titre des périodes accomplies chez lui. Vous percevrez donc plusieurs pensions distinctes, jamais une pension unique. Trois articles du règlement gouvernent ce calcul, et il vaut la peine de les connaître.
Côté grec, l’âge de droit commun est de 67 ansavec quinze années d’assurance, soit 4 500 jours de travail. Le départ à 62 anssans réduction suppose quarante années d’assurance, soit 12 000 jours ; avec quinze années seulement, il est possible mais réduit. L’âge légal « peut être révisé tous les trois ans en fonction de l’évolution de l’espérance de vie ». Les métiers pénibles ouvrent un départ anticipé, mais la liste est limitative et fixée par décision ministérielle : un métier qui n’y figure pas, « même pénible en pratique », n’y donne pas droit.
La pension nationale grecque de 446,86 € n'est pas un socle : c'est un droit de résident de longue durée
La pension nationale grecque est non contributive, forfaitaire, financée par l’État, et son montant maximal est de 446,86 € par mois en 2026. C’est ce chiffre que l’on cite partout. Ce que l’on ne cite jamais, ce sont ses conditions : le maximum suppose quarante années de résidenceen Grèce et au moins vingt années de cotisations, et l’ouverture du droit suppose quinze années de résidence légale et permanente etquinze années d’assurance. Chaque année de résidence manquante retranche un quarantième ; chaque année d’assurance manquante, 2 % ; chaque année d’anticipation, 6 %, dans la limite de 30 %.
Un Français qui s’installe à 60 ou 62 ans n’atteindra jamaisquarante années de résidence grecque. L’article 6 du règlement, qui impose la totalisation des périodes de résidence, soutient textuellement l’idée que le droit puisse néanmoins être ouvert par vos années de résidence françaises, le montant restant proratisé sur les seules années grecques. Sept années de résidence en Grèce représenteraient alors, en ordre de grandeur, 7/40 de 446,86 €, soit environ 78 € par mois, avant la réduction de 2 % par année d’assurance manquante.
Nous écrivons « soutient textuellement » et non « garantit ». Il resterait à vérifier si la pension nationale grecque constitue une prestation spéciale à caractère non contributif au sens de l’annexe X du règlement, dont la version courante n’a pas pu être lue, et à obtenir la position de l’administration grecque. La conclusion patrimoniale, elle, ne change pas : ne comptez sur aucun revenu significatif de ce côté. Ce qui compte, dans une pension grecque, n’est pas son montant. C’est qu’elle fait basculer la compétence maladie.
La pension contributivese calcule en multipliant un salaire annuel moyen par une somme de taux annuels de remplacement. Le salaire moyen est établi sur les rémunérations cotisées depuis le 1er janvier 2002, retenues dans la limite du plafond mensuel d’assiette de l’année considérée, et revalorisées ; à partir de 2026, la revalorisation suit l’évolution des salaires moyens et non plus celle des prix. Pour un indépendant, le revenu de chaque année civile s’obtient en multipliant par cinq les cotisations versées. Les taux de remplacement progressent de 0,77 % pour les quinze premières années à 2,55 % pour la quarantième, la somme atteignant 11,55 % à quinze ans et 50 % à quarante ans. À titre d’illustration, la documentation publique aboutit, pour trente-six années d’assurance et un salaire annuel constant de 18 000 €, à une pension contributive de l’ordre de 365 € par mois. Nous ne reproduisons pas le détail de ce calcul : les trois nombres publiés ne se recomposent pas exactement. Contrairement à la pension nationale, la pension contributive n’est pas pénalisée par un départ anticipé.
Un mot sur ce que nous ne publions pas. La documentation publique fixe le plafond de la pension totaleà douze fois le montant maximal de la pension nationale, puis énonce un montant en euros qui correspond au millésime précédent : la source est incohérente avec elle-même, et nous ne trancherons pas entre les deux chiffres possibles. Ce plafond n’a de toute façon aucune portée pour une carrière française.
La date de liquidation de votre pension grecque est une variable patrimoniale, pas seulement une variable de retraite
Rien n’oblige à liquider les deux pensions en même temps, et les âges d’ouverture diffèrent : vous pouvez être éligible d’un côté et devoir attendre de l’autre. Le décalage est la règle, pas l’exception.
Or, pour un expatrié tardif, la pension grecque sera dérisoire — quelques dizaines d’euros par mois. Son intérêt n’est pas son montant, c’est son effet de bascule : c’est elle qui fait passer la compétence maladie à la Grèce, donc qui éteint la cotisation française de 3,2 % et 4,2 %, et qui referme la question des 9,7 points sur vos loyers français. Une pension de 78 € par mois peut ainsi commander plusieurs milliers d’euros d’écart annuel.
Ce raisonnement suppose établis les trois points signalés plus haut, dont aucun ne l’est complètement. Nous le présentons comme une piste à valider en dossier, jamais comme un montage prêt à l’emploi.
Deux points d’exécution, enfin. Le premier : les pensionnés résidant hors de France doivent justifier périodiquement de leur existence, sous peine de suspension du paiement. Le fondement est l’article L. 161-24 du code de la sécurité sociale, sous l’intitulé « Contrôle de l’existence ». Nous n’en publions ni la périodicité ni les modalités, pour une raison précise : la version en vigueur court du 23 juillet 2026 au 1er janvier 2028. Le texte vient d’être modifié et le sera à nouveau. Toute consigne chiffrée trouvée en ligne sur ce sujet est à vérifier à la date du jour. Le second : certaines prestations françaises sont soumises à une condition de résidence en France et cessent au départ, notamment l’allocation de solidarité aux personnes âgées et l’allocation supplémentaire d’invalidité. Sans portée pour un patrimoine important, ce point est décisif pour un conjoint ou un ayant droit à faible pension. Nous ne l’avons pas vérifié dans le détail et il doit être instruit avant tout départ concernant une personne bénéficiaire de l’une de ces prestations.
Réversion et invalidité : deux régimes qui ne ressemblent pas aux vôtres
La pension de réversion grecquereprésente 70 % de la pension du défunt. Elle suppose que le mariage ou le partenariat enregistré ait duré au moins trois ans à la date du décès. On lit fréquemment que cette condition aurait été supprimée : c’est la condition d’âge qui a disparu, pas celle de durée. La condition de trois ans est écartée en cas de décès par accident du travail ou homicide, si des enfants sont nés ou ont été adoptés pendant l’union, ou si la conjointe est enceinte au décès. La pension est supprimée en cas de remariage ou de nouveau partenariat civil.
Un couple qui se marie ou se pacse une fois installé n'est pas couvert avant trois ans — et la réversion est réduite de moitié au-delà de trois ans
La première conséquence frappe une configuration très courante en expatriation tardive : le couple qui régularise son union une fois arrivé en Grèce se croit protégé dès le premier jour. Il ne l’est pas.
La seconde est plus lourde encore. La réversion grecque « est cumulable avec des revenus professionnels et avec une pension de vieillesse ou d’invalidité pendant trois ans. Au-delà, la pension du conjoint survivant est réduite de moitié. » Or le survivant d’un couple d’expatriés perçoit, par construction, ses propres pensions françaises. La question de savoir si une pension étrangère déclenche cette réduction n’est pas tranchée par la source, et elle doit être instruiteauprès de l’organisme grec, au même titre que la question des 6 %.
Quatre autres règles, toutes omises des présentations courantes : réduction de 1,25 % par année d’assurance manquante si le défunt a été assuré moins de vingt ans, dans la limite de cinq ans ; pension minimale de 409,13 € si sa durée d’assurance est inférieure à quinze ans ; réduction de 1 à 5 % selon l’écart d’âge lorsque le mariage a été conclu alors que le défunt était déjà pensionné ; et plafond global, le total des pensions de survivants ne pouvant excéder la pension du défunt. Les orphelins perçoivent 25 % chacun jusqu’à 24 ans, et 50 % de chaque pension s’ils sont orphelins des deux parents, à condition de ne pas être mariés.
Deux délais sont des délais de forclusion. La demande de réversion se dépose en ligne dans l’année du décès. Et l’allocation funéraire, dont le montant publié au millésime 2025 est de 842,96 €, suppose 100 jours de cotisation dans l’année précédant le décès.
L’invaliditégrecque suppose une incapacité d’au moins 50 %, certifiée exclusivement par une commission médicale du KEPA, avec trois catégories : grave au-delà de 80 %, normale de 67 à 79,99 %, partielle de 50 à 66,99 %. La durée minimale d’assurance est de 4 500 jours, ou de 1 500 jours dont 600 au cours des cinq dernières années. Une expatriation tardive n’ouvrira, là encore, aucun droit grec significatif : c’est le régime français, et la couverture privée éventuellement souscrite, qui portent ce risque.
Vos pensions françaises : qui les impose, et le point que nous ne tranchons pas
Le tri conventionnel est développé aux chapitres 04 et 06 ; nous le reprenons ici parce qu’il commande la trésorerie de votre retraite, et parce que c’est ici que se loge la principale zone d’ombre. La convention applicable est celle du 11 mai 2022, en vigueur depuis le 30 décembre 2023 et applicable depuis le 1er janvier 2024. Toute analyse conduite sur la convention de 1963, qui range les pensions à un autre article, est périmée.
Ircantec, régime additionnel, pension de base d'un contractuel : nous ne qualifierons pas ces pensions à votre place
Ni le texte de la convention ni les commentaires administratifs français ne qualifient le régime complémentaire des agents non titulaires des employeurs publics ni le régime additionnel de la fonction publique. Deux lectures s’affrontent, et elles conduisent à des résultats opposés : pension « payée par » une personne morale de droit public au titre de services rendus à celle-ci, donc article 18 § 2 et imposition française ; ou pension complémentaire de nature analogue à celle des salariés du privé, donc article 17 et imposition grecque.
Le cas de l’agent contractuel de l’Étatillustre la difficulté. Sa pension de base est servie par un organisme de sécurité sociale, non par le service des retraites de l’État : la doctrine citée plus haut la rattache donc littéralementà l’article 17, c’est-à-dire à la Grèce. Nous n’avons trouvé aucun paragraphe du bulletin officiel des finances publiques ni aucune réponse ministérielle qui le confirme ou l’infirme.
Ne sont pas davantage traitées les pensions d’invalidité, les rentes d’accident du travail et de maladie professionnelle et les pensions militaires d’invalidité, dont le rattachement à l’article 17, 18 ou 20 n’a rien d’évident.
L’instruction générale reste la bonne : ventiler pension par pension, selon le débiteur et selon le motif du service rendu. Son application à un régime donné se discute avec nos avocats partenaires spécialisés en fiscalité gréco-française, au besoin par une demande écrite à l’administration. Pour une carrière mixte — contractuel puis titulaire, ou public puis privé — c’est un travail de dossier, et l’enjeu annuel se compte en milliers d’euros : 7 % sous le forfait grec contre le barème français, et une conséquence pratique immédiate, celle de savoir si le débiteur doit ou non cesser d’appliquer la retenue à la source.
Sur cette retenue, précisément, trois rappels suffisent ici. Elle relève de l’article 182 A du CGI, dont le barème est de 0 % jusqu’à 17 275 €, 12 % de 17 275 à 50 112 € et 20 % au-delà depuis le 1er juillet 2026, sur une assiette nette. Elle n’est ni un simple acompte ni un solde définitif : les deux premières tranches sont libératoires, la fraction relevant de la tranche à 20 % est imposée au barème et la retenue correspondante s’impute, tandis que l’article 197 B ouvre une demande de remboursement de l’excédent. Et surtout, pour les pensions que la convention attribue à la Grèce, elle ne cesse pas d’elle-même : le débiteur continue de l’appliquer tant que vous n’avez pas fait valoir votre résidence conventionnelle auprès de lui. La sortie est administrative, jamais automatique. Le détail figure aux chapitres 04 et 06.
Un dernier rappel d’articulation, parce qu’il produit une erreur de catégorie que nous voyons chaque année. Le forfait de 7 % de l’article 5Β est un impôt sur le revenu. Il ne procure aucune affiliation, aucun droit à prestation, aucune couverture. Il n’éteint pas la cotisation française de l’article L. 131-9, qui n’est pas un impôt sur le revenu. Il ne couvre pas les revenus de source grecque. Et il ne dispense évidemment pas de demander un S1 ou de s’affilier localement. Le régime fiscal et le statut social sont deux dossiers distincts, qui se décident ensemble mais ne se substituent jamais l’un à l’autre.
Ce qui ne tient pas
« En m’installant en Grèce, je ne paie plus rien sur ma retraite. » Faux dans la configuration la plus courante. Le retraité sans activité ni pension grecque relève d’un S1 français et paie 3,2 % sur sa pension de base et 4,2 % sur ses complémentaires. Ce qui disparaît, ce sont la CSG, la CRDS et la CASA, ce qui n’est pas la même chose.
« La Grèce ne prélève rien sur une pension française. » Établi dans un seul cas, celui du titulaire d’un S1 français. Dès que vous percevez aussi une pension grecque, la conclusion cesse d’être établie, et l’hypothèse d’une retenue de 6 % sur l’ensemble de vos pensions ne peut pas être écartée.
« J’aurai en plus la pension nationale grecque de 446 €. » Non. Ce montant suppose quarante années de résidence en Grèce. Pour un expatrié tardif, le droit est peut-être ouvert par totalisation, mais le montant se compte en dizaines d’euros par mois.
« Je prends une petite activité en Grèce et je ne paie plus rien nulle part. » L’activité fait bien basculer la compétence maladie, mais elle emporte l’affiliation grecque et ses cotisations, elle expose à la retenue grecque de 6 % dont l’assiette n’est pas établie, et si elle dure moins d’un an, elle ne produira aucune pension grecque. Le raisonnement est bon dans son principe et faux dans sa conclusion.
« Mon conjoint est couvert par mon S1. » Non. Un S1 par personne, et la qualité de membre de famille s’apprécie selon la loi grecque. À défaut, affiliation directe au régime local, avec cotisations éventuelles.
« Nous nous marierons une fois installés, la réversion suivra. » Pas avant trois ans de mariage ou de partenariat, s’agissant de la réversion grecque, et sous réserve de la réduction de moitié applicable au-delà de trois ans de cumul.
« La santé grecque est correcte, une complémentaire est superflue. » Le système public couvre convenablement le parcours conventionné. Il ne couvre rien du secteur non conventionné, laisse la totalité du coût d’une hospitalisation en clinique privée non conventionnée à la charge du patient, et plafonne à 200 par mois les consultations remboursées d’un même praticien. C’est précisément le secteur vers lequel se dirige la clientèle de ce guide.
« Je demanderai mon S1 en arrivant. » Possible, mais l’intervalle se solde par des soins non pris en charge. Trois autres échéances ne se rattrapent pas davantage : le certificat d’existence, dont le défaut suspend le paiement de vos pensions ; la déclaration d’accident du travail, sous cinq jours ouvrables ; et la demande de réversion, dans l’année du décès.
Ce que nous ne tranchons pas
Cette liste est publiée volontairement. Chacun de ces points a été cherché, aucun n’a été établi, et la plupart se traduisent directement en euros.
Portée de ce chapitre
Ce chapitre présente une information éducative générale sur la coordination des régimes de sécurité sociale entre la France et la Grèce, sur le système de santé grec et sur le traitement des pensions, à jour des textes publiés au 27 juillet 2026. Il ne constitue ni une consultation juridique ou fiscale, ni un conseil personnalisé. Hagnéré Patrimoine est un cabinet de conseil en gestion de patrimoine immatriculé à l’ORIAS sous le numéro 23002291 ; il n’est habilité ni à délivrer un avis de droit social hellénique, ni à se prononcer sur l’application individuelle du règlement (CE) n° 883/2004, matières pour lesquelles l’intervention d’un spécialiste de la protection sociale internationale et, le cas échéant, d’un avocat fiscaliste local est requise.
Les montants cités sont des illustrations construites sur des hypothèses explicites. Ils dépendent de la répartition de vos pensions entre régimes, de la composition de votre patrimoine, de l’État qui supporte le coût de vos soins et des textes en vigueur à la date considérée. Aucun résultat n’est présenté comme acquis, aucun rendement n’est promis, et aucun organisme d’assurance n’est recommandé.
Les points signalés comme non tranchés le sont réellement. Trois d’entre eux — l’assiette de la retenue grecque de 6 %, la qualification conventionnelle des régimes de retraite d’agents publics non titulaires, et la situation du titulaire d’un S1 au regard de l’exonération de CSG et de CRDS — appellent une vérification à la date du jour et un avis spécialisé avant toute décision. Nous préférons écrire que ces questions se discutent avec nos avocats partenaires spécialisés sur la Grèce plutôt que de leur donner une réponse que le droit ne donne pas.