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Volet du guide GrèceMis à jour 20 août 2026

Protection sociale, retraite et quotidien — expatriés en Grèce

Protection sociale, santé et retraite, la coordination de sécurité sociale grecque, et le quotidien : banque, logement et écoles.

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

Notre accompagnement

Ce que nous faisons concrètement pour un expatrié en Grèce

Ce volet expose le droit applicable. La page que nous consacrons à l’expatriation en Grèce expose notre intervention : les profils que nous accompagnons, la façon dont nous coordonnons les conseils locaux, et ce qui relève de leur ressort plutôt que du nôtre.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 14SOCIAL·26 MIN

14. Protection sociale, santé et retraite

Deux questions arrivent toujours ensemble, et presque jamais dans le bon ordre : « qui paiera mes soins en Grèce ? » et « est-ce que ma retraite française continuera d’être ponctionnée ? ». Ce sont en réalité la même question. La réponse ne dépend ni de votre nationalité, ni de votre résidence fiscale, ni du régime fiscal grec que vous aurez choisi : elle dépend d’un seul paramètre, celui de savoir quel État supporte le coût de vos prestations de santé. Ce paramètre commande la couverture, il commande le prélèvement français sur vos pensions, et il commande — c’est le point que personne n’articule — le taux de prélèvements sociaux appliqué à vos loyers français.

Il faut donc commencer par séparer deux corps de règles que l’on confond constamment. La coordination européenne de sécurité sociale désigne l’État compétent pour vos soins et vos pensions ; la convention fiscale désigne l’État qui impose vos revenus. Ces deux corps de règles sont indépendants, et dans le couple franco-grec ils divergent : la Grèce impose votre pension du régime général, tandis que la France peut rester compétente pour votre assurance maladie et prélever la cotisation correspondante. Ce décalage est normal. Il n’est pas une anomalie, et aucune démarche ne permet de le supprimer.

Ce chapitre est aussi celui où nous refusons le plus souvent de conclure. Une question centrale — la Grèce prélève-t-elle 6 % sur une pension française ? — n’est pas résolue, et elle vaut plusieurs milliers d’euros par an. Nous la posons, nous la chiffrons dans les deux hypothèses, et nous ne la tranchons pas. Il en va de même de la qualification conventionnelle de plusieurs régimes de retraite publics français, qui concerne beaucoup de monde et qu’aucun texte ne règle.

Quatre configurations, et une seule d’entre elles est la vôtre

La France et la Grèce appliquent l’une et l’autre les règlements (CE) n° 883/2004 et n° 987/2009. Ces textes sont d’application directe et ne créent aucun droit matériel : ils désignent l’État compétent et imposent la totalisation des périodes. Le montant, l’âge et les conditions restent ceux de chaque législation nationale. Une seule législation s’applique à la fois, et l’article 31 du règlement pose une règle de priorité décisive pour un dirigeant ou un cédant : les articles 23 à 30, qui régissent les pensionnés, « ne s’appliquent pas au pensionné qui a droit à des prestations au titre de la législation d’un État membre sur le fondement d’une activité salariée ou non salariée ». La qualité d’actif prime sur celle de retraité.

Règlement (CE) n° 883/2004, articles 11, 23, 24, 25, 27, 30 et 31, et règlement (CE) n° 987/2009 ; documentation du centre de liaisons européennes et internationales de sécurité sociale, millésime 2026 ; code de la sécurité sociale, articles L. 131-9, L. 136-1 et D. 242-8. La proposition « dans la mesure où vous y auriez droit si vous résidiez dans cet État » est une condition et non une glose : elle disparaît de la plupart des restitutions. Réserve de méthode, valable pour tout le chapitre : le règlement a été lu dans sa version telle qu'adoptée en 2004 et les formulations françaises que nous en citons sont notre traduction ; les articles cités n'ont pas été modifiés à notre connaissance, mais les annexes l'ont été, et un contrôle sur la version consolidée reste nécessaire.
Votre configuration en GrèceÉtat compétent pour l'assurance maladieDocumentPrélèvement français sur les pensions
Pensions françaises uniquement, aucune activité en GrèceFrance : la Grèce sert les soins pour le compte de la FranceS1 émis par la France, un par personneCotisation maladie de 3,2 % sur la pension de base, 4,2 % sur les complémentaires, 7,1 % sur les retraites des indépendants. Ni CSG, ni CRDS, ni CASA
Pensions françaises et activité professionnelle exercée en GrèceGrèce, au titre de l'activité (article 31 du règlement)Affiliation e-EFKAAucun prélèvement français
Pensions françaises et pension grecque liquidée, résidence en GrèceGrèce, au titre de la pension grecqueAffiliation e-EFKAAucun prélèvement français
Pensions de deux États, résidence dans un troisièmeÉtat de la plus longue affiliation, « dans la mesure où vous y auriez droit si vous résidiez dans cet État » ; à durée égale, dernier État d'affiliationS1 émis par l'État compétentPrélèvement français si et seulement si le S1 est émis par la France

La règle qui interdit la double ponction est l’article 30 § 1 du règlement : l’institution d’un État membre dont la législation prévoit des retenues sur les pensions au titre des prestations de maladie ne peut les opérer que dans la mesure où le coût des prestations est supporté par une institution de cet État. Un seul État prélève. Retenez la formule, parce que la suite du chapitre en dépend deux fois : elle fonde l’arbitrage le plus rentable de ce dossier, et elle est aussi la source du principal malentendu qui circule à son sujet.

Le formulaire S1 : ce qu’il ouvre, ce qu’il coûte, où on le demande

Le S1 est le document par lequel votre caisse française demande à la caisse grecque de vous servir les soins pour son compte. Vous êtes inscrit en Grèce, vous y êtes soigné selon les règles grecques, et la France rembourse. Vous n’êtes pas affilié à l’e-EFKA : la nuance est juridique, et elle emporte toutes les conséquences financières exposées plus bas.

Il se demande avant le départ. Rien n’interdit de le demander après, mais l’intervalle se solde par des soins non pris en charge. Le retraité du régime général adresse le questionnaire d’étude des droits aux soins de santé à l’étranger à l’Assurance retraite, service « Droit aux soins de santé », 15 avenue Louis Jouhanneau, 37078 Tours cedex 2, ou le transmet depuis son espace personnel. Le titulaire d’une pension civile ou militaire de retraite s’adresse à la Direction spécialisée des finances publiques pour l’étranger, Centre de gestion des retraités, 30 rue de Malville, BP 54007, 44040 Nantes Cedex 1, et notifie séparément son transfert de résidence au Centre de gestion des retraites de l’État.

Un S1 par personne, et la famille se définit selon la loi grecque

Un S1 distinct doit être établi pour chaque membre de la famille : conjoint, concubin, partenaire de pacte civil de solidarité, enfants mineurs. Le S1 du pensionné ne couvre personne d’autre que lui.

Et la caisse grecque vérifie la qualité de membre de famille au sens de la législation grecque, non de la française. À défaut, la personne est affiliée directement au régime local, « moyennant le versement éventuel de cotisations ». Pour un couple non marié, ou lié par un pacte civil de solidarité, c’est un point à vérifier avant le départ plutôt qu’au guichet d’Athènes.

Le S1 ouvre un droit que peu de retraités exploitent, et qui pèse lourd pour une clientèle inquiète de l’offre hospitalière grecque : revenir se faire soigner en France, quel que soit le motif du séjour, pour tous les soins, médicalement nécessaires et programmés, selon la réglementation française. Ce droit n’existe toutefois pas par principe. L’article 27 § 2 du règlement le subordonne expressément à une condition : que l’État compétent « ait opté pour cela et figure à l’annexe IV ». La France y figure. Il n’est donc pas transposable au titulaire d’un S1 émis par un État absent de cette annexe, et la version courante de l’annexe doit être recontrôlée avant de s’en prévaloir. Pour le remboursement, adressez-vous à la dernière caisse d’assurance maladie dont vous releviez avant de quitter la France, ou à défaut à celle de votre lieu de séjour.

Règlement (CE) n° 883/2004 et règlement d'application (CE) n° 987/2009 ; documentation du centre de liaisons européennes et internationales de sécurité sociale ; Commission européenne, questions fréquentes sur la coordination des pensions. Le point le plus contre-intuitif de ce tableau est la ligne S2 : la mention « ou le centre national des soins à l'étranger » que l'on rencontre parfois n'a aucun support dans les sources publiques, qui disent l'inverse.
DocumentObjetQui le délivreQuand
S1Inscription auprès de la caisse du lieu de résidence, qui sert les soins pour le compte de l'État compétentCaisse de retraite de base de l'État compétentAvant le départ, et un par membre de la famille
S2Autorisation préalable de soins programmés hors de l'État de résidenceCaisse d'assurance maladie du lieu de résidence, donc la caisse grecque, même pour un titulaire de S1 françaisSéjour à finalité exclusivement médicale. L'autorisation n'est pas automatique : en cas de refus, les soins réalisés dans un autre État membre restent intégralement à votre charge
Carte européenne d'assurance maladieSoins médicalement nécessaires lors d'un séjour temporaireCaisse de l'État compétent, celui qui a émis le S1Séjours temporaires
A1Détermination de la législation applicable en cas de détachement ou de pluriactivitéInstitution de l'État dont la législation reste applicableActifs uniquement. Nous n'avons pas vérifié ses modalités dans le contexte grec
P1Note récapitulative des décisions prises par chaque État sur votre demande de pension et de la façon dont les périodes d'assurance ont été prises en compteInstitution de contactÀ l'issue de l'instruction

Reste le coût, et il faut le nommer correctement parce que l’erreur de vocabulaire est partout. Un retraité français installé en Grèce ne paie ni CSG, ni CRDS, ni CASA sur ses pensions françaises : l’article L. 136-1 du code de la sécurité sociale n’assujettit à la contribution sur les revenus de remplacement que les personnes qui sont à la fois considérées comme domiciliées en France pour l’établissement de l’impôt sur le revenu et à la charge d’un régime obligatoire français d’assurance maladie. Les deux conditions sont cumulatives, et le résident fiscal de Grèce échoue à la première ; la CRDS et la CASA suivent le même champ.

Il paie en revanche, s’il relève d’un S1 français, une cotisation d’assurance maladie qui est un prélèvement différent, de nature différente et de fondement différent : l’article L. 131-9 du même code, qui institue des taux particuliers pour les personnes ne remplissant pas les conditions de résidence de l’article L. 136-1 mais bénéficiant à titre obligatoire de la prise en charge de leurs frais de santé. L’article D. 242-8 fixe ces taux à 3,20 % sur les avantages de retraite servis par les organismes du régime général et 4,20 % sur les autres avantages de retraite, c’est-à-dire les complémentaires. Le taux applicable aux retraites des travailleurs indépendants est de 7,1 % : il est établi par la documentation publique française, mais nous n’avons pas lu l’article réglementaire qui le porte.

« Vous paierez 3,2 % de CSG » : la phrase est fausse deux fois

Elle est fausse parce que ce n’est pas de la CSG, et parce que la CSG n’est pas due. Symétriquement, « en partant, vous ne payez plus rien » est faux aussi dans la configuration la plus courante : le retraité sans activité ni pension grecque paie 3,2 % et 4,2 %.

La distinction n’est pas académique. La cotisation de l’article L. 131-9 n’est pas un impôt sur le revenu : elle échappe au champ de la convention fiscale, elle n’ouvre droit à aucun crédit d’impôt grec, et le forfait de 7 % de l’article 5Β ne l’éteint pas. Un retraité sous régime forfaitaire grec, titulaire d’un S1, paie le forfait grec et cette cotisation française.

L’arbitrage central : faire basculer la couverture maladie sur la Grèce

Puisque l’article 30 § 1 réserve la retenue à l’État qui supporte le coût, faire relever le client du régime grec d’assurance maladie éteint intégralement le prélèvement français. Deux événements produisent cette bascule : l’exercice d’une activité professionnelle en Grèce, ou la liquidation d’une pension grecque. Sur une pension de 60 000 €, l’économie de premier ordre approche 2 300 € par an.

L’économie de second ordre est souvent la plus grosse, et elle n’a rien à voir avec la santé. L’exonération de CSG et de CRDS ouverte aux personnes relevant d’un régime de sécurité sociale d’un autre État membre est subordonnée à une condition négative : ne pas être à la charge d’un régime obligatoire de sécurité sociale français. Le S1 fait précisément échouer cette condition, dans sa lecture littérale. Le chapitre 10 expose la difficulté en détail et ne la tranche pas ; retenez ici son effet pratique : pour vos revenus fonciers et vos plus-values immobilières de source française, l’écart entre la lecture littérale et l’exonération est de 9,7 points, soit 17,2 % contre 7,5 %. La bascule vers le régime grec supprime la question elle-même : les deux conditions sont alors manifestement remplies.

Le même dossier, selon l'État qui supporte vos soins

Hypothèses : pension de base 23 000 €, complémentaires 37 000 €,
        40 000 € de revenus fonciers français nets, résidence en Grèce.

        Situation 1 — titulaire d'un S1 français
          Cotisation L. 131-9 : 23 000 x 3,2 % ............ 736 €
                                37 000 x 4,2 % .......... 1 554 €
          Prélèvements sociaux sur les loyers, 17,2 % .... 6 880 €
                                                         ---------
          Charge sociale annuelle ....................... 9 170 €

        Situation 3 — pension grecque liquidée, couverture grecque
          Cotisation française ............................... 0 €
          Prélèvements sociaux sur les loyers, 7,5 % ..... 3 000 €
          Retenue grecque de 6 % sur les pensions :
            hypothèse basse (pensions grecques seules) ....... 0 €
            hypothèse haute (60 000 x 6 %) ............... 3 600 €
                                                         ---------
          Charge sociale annuelle .............. entre 3 000 et 6 600 €

        Écart annuel en faveur de la bascule ..... entre 2 570 et 6 170 €
  • Cotisation maladie du non-résident :3,20 % / 4,20 % — CSS, articles L. 131-9 et D. 242-8
  • Taux sur les loyers en situation 1 :17,2 % en lecture littérale du texte ; le point n'est pas résolu (chapitre 10)
  • Retenue grecque de 6 % :assiette non établie : c'est la seule question du chapitre qui affecte un chiffrage
  • Ce que la bascule coûte :l'accès aux soins programmés en France, qui suppose alors un S2 délivré par la caisse grecque

Illustration construite sur des hypothèses explicites, à droit constant au 27 juillet 2026, hors impôt sur le revenu français et grec et hors cotisations dues au titre d'une éventuelle activité grecque. Elle ne constitue ni une simulation personnalisée ni un engagement de résultat. L'écart réel dépend de la répartition entre pension de base et complémentaires, du montant des revenus fonciers français et de la réponse apportée aux deux points de droit signalés.

Cet arbitrage est réel, il n'est pas clé en main : trois conditions ne sont pas établies

Première : la Grèce prélève-t-elle 6 % sur une pension française ? La législation grecque retient une cotisation d’assurance santé de 6 % sur les pensions et, en cas de pluralité, la calcule sur « το άθροισμα των καταβαλλόμενων συντάξεων, ανεξαρτήτως αιτίας » — la somme des pensions versées, quelle qu’en soit la cause. Que ce prélèvement frappe les pensions grecques est établi ; qu’il ne frappe pas une pension française perçue par un résident de Grèce ne l’est pas. L’article 30 § 1 du règlement autorise expressément l’État qui supporte le coût à opérer la retenue « calculée conformément à la législation qu’il applique », sans limiter l’assiette aux pensions nationales, et son § 2, seule disposition qui interdise réellement une cotisation, a un champ étroit qui ne couvre pas cette configuration. L’hypothèse défavorable ne peut pas être écartée.

Deuxième : une activité grecque brève ne produit pas nécessairement de pension. L’article 57 du règlement dispense un État de servir une prestation lorsque deux conditions sont réunies : la durée des périodes accomplies chez lui est inférieure à un an, et ces seules périodes n’ouvrent aucun droit autonome. Le seuil grec étant de quinze années d’assurance, la seconde condition est mécaniquement remplie. Un projet fondé sur quelques mois d’activité en Grèce pour déclencher la bascule est donc juridiquement fragile, et pas seulement fragile en pratique.

Troisième : la compatibilité avec le forfait des retraités n’est pas établie. L’article 5Β du code grec de l’impôt sur le revenu n’interdit ni l’exercice d’une activité en Grèce ni la perception d’une pension grecque, et son § 7 organise l’imposition des revenus grecs au droit commun, ce qui plaide pour la compatibilité. Mais aucun texte ne le dit expressément, et l’arrêté d’application attendu n’a pas été trouvé (chapitre 04).

Ces trois points se discutent avec nos avocats partenaires spécialisés sur la Grèce, dossier en main, et la première question mérite une interrogation écrite de l’organisme grec avant l’installation. Nous ne construisons aucun budget sur une seule des deux hypothèses.

Une dernière chose, et elle n’est pas financière. Renoncer au S1, c’est renoncer à l’accès non conditionné au système de soins français, y compris pour une intervention programmée. Le titulaire d’un S1 rentre se faire opérer en France quand il le décide ; l’affilié grec doit obtenir un S2 de sa caisse grecque, autorisation qui n’est pas automatique et dont le refus laisse l’intégralité des frais à sa charge. Pour un client de 70 ans porteur d’un antécédent lourd, cette perte pèse plus que l’écart chiffré ci-dessus. Pour un dirigeant de 55 ans qui s’installe avec une activité, elle ne pèse rien. L’arbitrage est individuel, et il n’a pas de réponse générale.

Hagnéré Patrimoine

Chiffrer votre couverture avant de fixer votre date d'installation

Cotisation maladie sur les pensions, taux de prélèvements sociaux sur les loyers français, coût d'une couverture privée grecque, calendrier de liquidation des pensions : ces quatre paramètres se décident ensemble, et la plupart ne se rattrapent pas après coup. Nous les instruisons dossier en main, avec nos partenaires spécialisés lorsque la qualification l'exige.

Premier échangeSans engagementCabinet CIF, COA, COBSP

S’affilier à l’e-EFKA : qui, comment, à quel prix

L’architecture grecque tient en deux organismes. L’e-EFKA assure l’affiliation, le recouvrement des cotisations, les prestations en espèces et les pensions ; l’EOPYY est l’acheteur unique des soins, qui conventionne les prestataires et fixe les tarifs. Le système est unifié depuis 2017, salariés et indépendants relevant de la même structure, sous réserve de régimes professionnels spécifiques pour certaines professions. Il n’existe pas de branche distincte pour les accidents du travail et les maladies professionnelles : ces risques sont couverts au sein des branches maladie et pensions.

Le prérequis absolu est le numéro AMKA, qui s’obtient dans n’importe quel bureau KEP, ces centres de service aux citoyens présents dans toutes les villes, ou auprès de l’e-EFKA. Le salarié y est affilié automatiquement par son employeur dès l’embauche. Ne le confondez pas avec l’ΑΦΜ, qui est le numéro fiscal (chapitre 03) : les deux sont nécessaires, ils s’obtiennent par des voies différentes, et disposer de l’un ne donne pas l’autre.

Sont obligatoirement assurés les salariés, les travailleurs indépendants, les bénéficiaires d’une pension grecque et les bénéficiaires d’allocations chômage. Peuvent être couverts comme ayants droit le conjoint et les enfants jusqu’à 18 ans, 26 ans s’ils sont étudiants ou sans emploi, sans limite d’âge en cas de handicap d’au moins 67 %. L’ouverture des prestations suppose 50 jours de cotisations au cours de l’année précédant la maladie, 60 jours pour les indépendants ; une journée de travail vaut une journée d’assurance. Une affiliation volontaire existe, mais ni ses conditions ni son coût n’ont pu être établis, et nous n’en publions donc aucun chiffre.

Le coût est développé au chapitre 07, qui porte le détail des barèmes 2026. Trois chiffres suffisent ici. Les cotisations des non-salariés ne sont pas assises sur le revenu : le cotisant choisit une catégorie et acquitte un montant fixe, la catégorie la plus élevée revenant à 8 230 € par an — et ce montant est un plancher, non un plafond, puisqu’il n’inclut ni la retraite complémentaire obligatoire ni la prestation en capital. La branche maladie des salariés représente 6,10 % au total depuis le 1er janvier 2025, soit 2,05 % à la charge du salarié et 4,05 % à celle de l’employeur, dans la limite d’un plafond mensuel d’assiette de 7 761,94 € en 2026. Pour un consultant ou un dirigeant qui s’installe, c’est le différentiel le plus massif avec la France, où les cotisations sont pour l’essentiel proportionnelles et non plafonnées.

Le retraité qui reprend une activité en Grèce

La pension grecque est intégralement cumulable avec des revenus professionnels, mais une cotisation spéciale de 10 % est prélevée pour les salariés, et l’activité doit être déclarée à l’e-EFKA avant d’être exercée.

Deux inconnues, que nous signalons parce qu’elles commandent le coût réel de la bascule : l’assiette exacte de cette cotisation — la pension seule, ou la rémunération ? — n’est corroborée par aucun texte grec que nous ayons pu lire, et le taux applicable aux indépendants ne l’est pas davantage. Le texte grec sur la cotisation santé prévoit du reste, pour le retraité en activité, qu’elle est due sur la pension et sur l’ensemble des rémunérations.

Une correction utile à un dirigeant qui emploie du personnel. Écrire qu’« il n’existe pas de branche accidents du travail en Grèce » est exact et trompeur : ce n’est pas la protection qui manque, c’est la cotisation dédiée. Le risque professionnel est couvert, avec prise en charge intégrale des soins sans participation, aucune condition de durée d’assurance, indemnités journalières sans délai de carence, et une pension minimale égale au double de la pension nationale complète. En contrepartie, les délais sont brefs et ce sont des délais de forclusion : cinq jours ouvrables pour déclarer un accident du travail à l’agence e-EFKA, le lendemain de sa constatation pour une maladie professionnelle, un an en cas d’invalidité absolue et deux ans en cas de décès. L’évaluation relève des commissions médicales du KEPA.

Ce que le système grec prend en charge, et ce qu’il laisse

Que vous soyez affilié grec ou titulaire d’un S1, vous recevez les prestations locales, selon la législation grecque. Les règles françaises de remboursement ne vous suivent pas. Le tableau ci-dessous est celui qu’il faut avoir en tête avant de dimensionner une couverture complémentaire.

Documentation du centre de liaisons européennes et internationales de sécurité sociale sur le régime grec de sécurité sociale, millésime 2026. La ligne « clinique privée non conventionnée » est, pour la clientèle de ce guide, la plus importante du tableau : c'est elle qui dimensionne le besoin de couverture complémentaire, et c'est celle qui manque dans la quasi-totalité des présentations en langue française.
Poste de soinsPrise en chargeCe qui reste à votre charge
Consultation chez un médecin conventionné avec l'EOPYY ou dans le réseau public de soins primairesIntégraleRien — sous la réserve du plafond mensuel de consultations, ci-dessous
Examens paracliniques85 %15 %, avec exonérations pour le handicap, la grossesse et certaines pathologies
Médicaments75 % en règle générale25 %, ramenés à 10 % pour certaines affections dont la maladie de Parkinson et la tuberculose ; participation nulle pour les bénéficiaires du revenu minimum garanti, pendant la grossesse, pour les traitements consécutifs à un accident du travail ou une maladie professionnelle et pour les traitements de maladies chroniques
Hospitalisation dans un établissement publicDécrite comme gratuite, transport compris en cas d'urgenceRien
Clinique privée conventionnée avec l'EOPYYPartielleDe 10 % à 30 % selon le mode de financement de la clinique, tarifs journaliers ou forfait hospitalier unifié
Clinique privée sans convention avec l'EOPYYAucuneLa totalité du coût de l'hospitalisation
Médecin privé non conventionnéAucuneLa totalité des honoraires
Soins dentaires, adultesCouverture décrite comme très limitée, principalement les urgences, sur prescription d'un généralisteL'essentiel
Soins dentaires, enfantsPris en charge jusqu'à 14 ans, en grande partie jusqu'à 18 ansVariable

Deux contraintes structurelles ne figurent dans aucun barème et surprennent tous nos clients. La première : un médecin conventionné avec l’EOPYY ne peut effectuer que 200 consultations remboursées par mois. Passé ce plafond, l’assuré doit chercher un praticien qui ne l’a pas atteint, ou régler la consultation lui-même. Pour quelqu’un d’habitué à la liberté d’accès française, c’est un point de friction quotidien. La seconde : l’accès direct aux spécialistes et aux urgences entraîne une surutilisation de ces services et des temps d’attente importants. Nous n’assortissons cette dernière observation d’aucun chiffre : la source qui la porte est structurelle et date de 2021, et nous n’avons pu établir aucun indicateur récent de reste à charge, de délai d’attente ou de densité médicale.

Une couverture privée est structurellement pertinente. Nous n'en publierons ni le prix ni les acteurs.

Quatre éléments du tableau ci-dessus la justifient sans qu’il soit besoin d’argumenter : le plafond de 200 consultations, l’absence totale de remboursement hors convention, la couverture dentaire adulte quasi inexistante, et le fait que la totalité du coût d’une hospitalisation en clinique privée non conventionnée reste à la charge du patient. Le secteur privé grec est important, concentré dans les grandes villes, bien équipé, et une grande partie de ses prestataires sont conventionnés avec l’EOPYY.

En revanche, nous n’avons trouvé aucune source publique ou primaire sur le coût d’une assurance santé privée grecque pour un couple de 60 à 70 ans, sur les exclusions d’âge, sur les délais de carence ni sur le traitement des pathologies préexistantes. Nous ne publions donc ni prix, ni comparatif, ni nom d’organisme. Les cinq questions à poser en amont sont toujours les mêmes : limite d’âge à la souscription et à la reconduction, délai de carence, pathologies préexistantes, prise en charge du secteur non conventionné, et couverture d’un rapatriement ou de soins programmés en France. Un contrat souscrit à 62 ans et un contrat souscrit à 71 ans ne se négocient pas dans les mêmes termes : c’est un sujet de calendrier autant que de budget.

Liquider ses retraites : une seule demande, plusieurs pensions

La règle de procédure est simple et systématiquement manquée : vous déposez une seule demande, auprès de l’institution de votre État de résidence, sauf si vous n’y avez jamais travaillé. Un Français résidant en Grèce dépose donc sa demande de retraite française auprès de l’e-EFKA, qui devient l’institution de contact, instruit le dossier et saisit la France. Déposer directement en France n’est pas nécessairement bloquant, mais ce n’est pas la voie prévue et cela allonge les délais — délais que nous ne chiffrons pas, faute de donnée opposable. À l’issue de l’instruction, le document P1 récapitule la décision de chaque État et la façon dont les périodes ont été prises en compte.

Chaque État calcule et paie sa propre pension, selon sa propre législation, au titre des périodes accomplies chez lui. Vous percevrez donc plusieurs pensions distinctes, jamais une pension unique. Trois articles du règlement gouvernent ce calcul, et il vaut la peine de les connaître.

Règlement (CE) n° 883/2004, articles 6, 52 et 57, lus dans leur version telle qu'adoptée. Les annexes VIII et X ont été modifiées depuis 2004 et leur version courante n'a pas pu être consultée : les réserves correspondantes sont signalées à l'endroit où elles jouent.
Article du règlement 883/2004Ce qu'il faitCe qu'il change pour vous
Article 6 — totalisationL'institution compétente prend en compte les périodes d'assurance, d'emploi, d'activité non salariée « ou de résidence » accomplies sous la législation de tout autre État membre, comme si elles avaient été accomplies sous la sienneLe seuil grec de 15 années d'assurance devient atteignable grâce à vos années françaises. Et la totalisation vise expressément les périodes de résidence, non les seules périodes d'assurance : c'est ce qui commande le sort de la pension nationale grecque examinée ci-dessous
Article 52 — calculChaque institution calcule deux montants : la prestation autonome, si le droit est ouvert par ses seules périodes nationales, et la prestation au prorata, après totalisation puis réduction à proportion des périodes nationales. Elle verse « le plus élevé des deux »Vous ne perdez rien à la totalisation : elle ne peut que jouer en votre faveur. Une dispense de calcul au prorata existe pour les cas listés à l'annexe VIII, dont nous n'avons pas pu lire la version courante
Article 57 — périodes inférieures à un anUn État n'est pas tenu de servir une prestation si, cumulativement, les périodes accomplies chez lui durent moins d'un an et n'ouvrent, à elles seules, aucun droit autonome. Le § 3 prévoit alors un rattrapage par le dernier État dont les conditions sont rempliesUne activité grecque de quelques mois ne produit pas de pension grecque, et ne déclenche donc pas la bascule de couverture maladie décrite plus haut

Côté grec, l’âge de droit commun est de 67 ans avec quinze années d’assurance, soit 4 500 jours de travail. Le départ à 62 ans sans réduction suppose quarante années d’assurance, soit 12 000 jours ; avec quinze années seulement, il est possible mais réduit. L’âge légal « peut être révisé tous les trois ans en fonction de l’évolution de l’espérance de vie ». Les métiers pénibles ouvrent un départ anticipé, mais la liste est limitative et fixée par décision ministérielle : un métier qui n’y figure pas, « même pénible en pratique », n’y donne pas droit.

La pension nationale grecque de 446,86 € n'est pas un socle : c'est un droit de résident de longue durée

La pension nationale grecque est non contributive, forfaitaire, financée par l’État, et son montant maximal est de 446,86 € par mois en 2026. C’est ce chiffre que l’on cite partout. Ce que l’on ne cite jamais, ce sont ses conditions : le maximum suppose quarante années de résidence en Grèce et au moins vingt années de cotisations, et l’ouverture du droit suppose quinze années de résidence légale et permanente et quinze années d’assurance. Chaque année de résidence manquante retranche un quarantième ; chaque année d’assurance manquante, 2 % ; chaque année d’anticipation, 6 %, dans la limite de 30 %.

Un Français qui s’installe à 60 ou 62 ans n’atteindra jamais quarante années de résidence grecque. L’article 6 du règlement, qui impose la totalisation des périodes de résidence, soutient textuellement l’idée que le droit puisse néanmoins être ouvert par vos années de résidence françaises, le montant restant proratisé sur les seules années grecques. Sept années de résidence en Grèce représenteraient alors, en ordre de grandeur, 7/40 de 446,86 €, soit environ 78 € par mois, avant la réduction de 2 % par année d’assurance manquante.

Nous écrivons « soutient textuellement » et non « garantit ». Il resterait à vérifier si la pension nationale grecque constitue une prestation spéciale à caractère non contributif au sens de l’annexe X du règlement, dont la version courante n’a pas pu être lue, et à obtenir la position de l’administration grecque. La conclusion patrimoniale, elle, ne change pas : ne comptez sur aucun revenu significatif de ce côté. Ce qui compte, dans une pension grecque, n’est pas son montant. C’est qu’elle fait basculer la compétence maladie.

La pension contributive se calcule en multipliant un salaire annuel moyen par une somme de taux annuels de remplacement. Le salaire moyen est établi sur les rémunérations cotisées depuis le 1er janvier 2002, retenues dans la limite du plafond mensuel d’assiette de l’année considérée, et revalorisées ; à partir de 2026, la revalorisation suit l’évolution des salaires moyens et non plus celle des prix. Pour un indépendant, le revenu de chaque année civile s’obtient en multipliant par cinq les cotisations versées. Les taux de remplacement progressent de 0,77 % pour les quinze premières années à 2,55 % pour la quarantième, la somme atteignant 11,55 % à quinze ans et 50 % à quarante ans. À titre d’illustration, la documentation publique aboutit, pour trente-six années d’assurance et un salaire annuel constant de 18 000 €, à une pension contributive de l’ordre de 365 € par mois. Nous ne reproduisons pas le détail de ce calcul : les trois nombres publiés ne se recomposent pas exactement. Contrairement à la pension nationale, la pension contributive n’est pas pénalisée par un départ anticipé.

Un mot sur ce que nous ne publions pas. La documentation publique fixe le plafond de la pension totale à douze fois le montant maximal de la pension nationale, puis énonce un montant en euros qui correspond au millésime précédent : la source est incohérente avec elle-même, et nous ne trancherons pas entre les deux chiffres possibles. Ce plafond n’a de toute façon aucune portée pour une carrière française.

La date de liquidation de votre pension grecque est une variable patrimoniale, pas seulement une variable de retraite

Rien n’oblige à liquider les deux pensions en même temps, et les âges d’ouverture diffèrent : vous pouvez être éligible d’un côté et devoir attendre de l’autre. Le décalage est la règle, pas l’exception.

Or, pour un expatrié tardif, la pension grecque sera dérisoire — quelques dizaines d’euros par mois. Son intérêt n’est pas son montant, c’est son effet de bascule : c’est elle qui fait passer la compétence maladie à la Grèce, donc qui éteint la cotisation française de 3,2 % et 4,2 %, et qui referme la question des 9,7 points sur vos loyers français. Une pension de 78 € par mois peut ainsi commander plusieurs milliers d’euros d’écart annuel.

Ce raisonnement suppose établis les trois points signalés plus haut, dont aucun ne l’est complètement. Nous le présentons comme une piste à valider en dossier, jamais comme un montage prêt à l’emploi.

Deux points d’exécution, enfin. Le premier : les pensionnés résidant hors de France doivent justifier périodiquement de leur existence, sous peine de suspension du paiement. Le fondement est l’article L. 161-24 du code de la sécurité sociale, sous l’intitulé « Contrôle de l’existence ». Nous n’en publions ni la périodicité ni les modalités, pour une raison précise : la version en vigueur court du 23 juillet 2026 au 1er janvier 2028. Le texte vient d’être modifié et le sera à nouveau. Toute consigne chiffrée trouvée en ligne sur ce sujet est à vérifier à la date du jour. Le second : certaines prestations françaises sont soumises à une condition de résidence en France et cessent au départ, notamment l’allocation de solidarité aux personnes âgées et l’allocation supplémentaire d’invalidité. Sans portée pour un patrimoine important, ce point est décisif pour un conjoint ou un ayant droit à faible pension. Nous ne l’avons pas vérifié dans le détail et il doit être instruit avant tout départ concernant une personne bénéficiaire de l’une de ces prestations.

Réversion et invalidité : deux régimes qui ne ressemblent pas aux vôtres

La pension de réversion grecque représente 70 % de la pension du défunt. Elle suppose que le mariage ou le partenariat enregistré ait duré au moins trois ans à la date du décès. On lit fréquemment que cette condition aurait été supprimée : c’est la condition d’âge qui a disparu, pas celle de durée. La condition de trois ans est écartée en cas de décès par accident du travail ou homicide, si des enfants sont nés ou ont été adoptés pendant l’union, ou si la conjointe est enceinte au décès. La pension est supprimée en cas de remariage ou de nouveau partenariat civil.

Un couple qui se marie ou se pacse une fois installé n'est pas couvert avant trois ans — et la réversion est réduite de moitié au-delà de trois ans

La première conséquence frappe une configuration très courante en expatriation tardive : le couple qui régularise son union une fois arrivé en Grèce se croit protégé dès le premier jour. Il ne l’est pas.

La seconde est plus lourde encore. La réversion grecque « est cumulable avec des revenus professionnels et avec une pension de vieillesse ou d’invalidité pendant trois ans. Au-delà, la pension du conjoint survivant est réduite de moitié. » Or le survivant d’un couple d’expatriés perçoit, par construction, ses propres pensions françaises. La question de savoir si une pension étrangère déclenche cette réduction n’est pas tranchée par la source, et elle doit être instruite auprès de l’organisme grec, au même titre que la question des 6 %.

Quatre autres règles, toutes omises des présentations courantes : réduction de 1,25 % par année d’assurance manquante si le défunt a été assuré moins de vingt ans, dans la limite de cinq ans ; pension minimale de 409,13 € si sa durée d’assurance est inférieure à quinze ans ; réduction de 1 à 5 % selon l’écart d’âge lorsque le mariage a été conclu alors que le défunt était déjà pensionné ; et plafond global, le total des pensions de survivants ne pouvant excéder la pension du défunt. Les orphelins perçoivent 25 % chacun jusqu’à 24 ans, et 50 % de chaque pension s’ils sont orphelins des deux parents, à condition de ne pas être mariés.

Deux délais sont des délais de forclusion. La demande de réversion se dépose en ligne dans l’année du décès. Et l’allocation funéraire, dont le montant publié au millésime 2025 est de 842,96 €, suppose 100 jours de cotisation dans l’année précédant le décès.

L’invalidité grecque suppose une incapacité d’au moins 50 %, certifiée exclusivement par une commission médicale du KEPA, avec trois catégories : grave au-delà de 80 %, normale de 67 à 79,99 %, partielle de 50 à 66,99 %. La durée minimale d’assurance est de 4 500 jours, ou de 1 500 jours dont 600 au cours des cinq dernières années. Une expatriation tardive n’ouvrira, là encore, aucun droit grec significatif : c’est le régime français, et la couverture privée éventuellement souscrite, qui portent ce risque.

Vos pensions françaises : qui les impose, et le point que nous ne tranchons pas

Le tri conventionnel est développé aux chapitres 04 et 06 ; nous le reprenons ici parce qu’il commande la trésorerie de votre retraite, et parce que c’est ici que se loge la principale zone d’ombre. La convention applicable est celle du 11 mai 2022, en vigueur depuis le 30 décembre 2023 et applicable depuis le 1er janvier 2024. Toute analyse conduite sur la convention de 1963, qui range les pensions à un autre article, est périmée.

Convention France-Grèce du 11 mai 2022, articles 17, 18 §§ 2 et 3 et 20 § 1 ; BOI-INT-CVB-GRC du 11 septembre 2024, n° 150. Précision de fondement à ne pas escamoter : l'expression « sécurité sociale » n'apparaît pas une seule fois dans la convention. C'est la doctrine administrative française, et elle seule, qui rattache ces pensions à l'article 17. Écrire « l'administration française retient que… », jamais « la convention dispose que… ».
Nature de la pension françaiseArticle de la convention de 2022État qui impose
Régime général et régimes complémentaires de salariésArticle 17, par la lecture administrative française qui y rattache les pensions de sécurité socialeGrèce seulement
Retraite d'entreprise, rente servie au titre d'un emploi antérieurArticle 17Grèce seulement
Régimes de base des indépendants, pension d'une activité non salariéeArticle 17 en lecture large, article 20 à défautGrèce seulement dans les deux branches
Pension de réversion d'une pension privéeArticle 17 ou article 20 selon la qualification retenueGrèce seulement dans les deux branches
Pension civile ou militaire de retraite de l'État, pension de la fonction publique territoriale ou hospitalièreArticle 18 § 2 a)France seulement — le b) ne joue pas pour un ressortissant français
Pension au titre de services rendus dans le cadre d'une activité d'entreprise exercée par une personne publiqueArticle 18 § 3, qui renvoie aux articles 14 à 17Grèce seulement
Régimes complémentaires d'agents publics non titulaires, régimes additionnels de la fonction publique, pension de base d'un agent contractuelNon qualifiésNon tranché — voir ci-dessous

Ircantec, régime additionnel, pension de base d'un contractuel : nous ne qualifierons pas ces pensions à votre place

Ni le texte de la convention ni les commentaires administratifs français ne qualifient le régime complémentaire des agents non titulaires des employeurs publics ni le régime additionnel de la fonction publique. Deux lectures s’affrontent, et elles conduisent à des résultats opposés : pension « payée par » une personne morale de droit public au titre de services rendus à celle-ci, donc article 18 § 2 et imposition française ; ou pension complémentaire de nature analogue à celle des salariés du privé, donc article 17 et imposition grecque.

Le cas de l’agent contractuel de l’État illustre la difficulté. Sa pension de base est servie par un organisme de sécurité sociale, non par le service des retraites de l’État : la doctrine citée plus haut la rattache donc littéralement à l’article 17, c’est-à-dire à la Grèce. Nous n’avons trouvé aucun paragraphe du bulletin officiel des finances publiques ni aucune réponse ministérielle qui le confirme ou l’infirme.

Ne sont pas davantage traitées les pensions d’invalidité, les rentes d’accident du travail et de maladie professionnelle et les pensions militaires d’invalidité, dont le rattachement à l’article 17, 18 ou 20 n’a rien d’évident.

L’instruction générale reste la bonne : ventiler pension par pension, selon le débiteur et selon le motif du service rendu. Son application à un régime donné se discute avec nos avocats partenaires spécialisés en fiscalité gréco-française, au besoin par une demande écrite à l’administration. Pour une carrière mixte — contractuel puis titulaire, ou public puis privé — c’est un travail de dossier, et l’enjeu annuel se compte en milliers d’euros : 7 % sous le forfait grec contre le barème français, et une conséquence pratique immédiate, celle de savoir si le débiteur doit ou non cesser d’appliquer la retenue à la source.

Sur cette retenue, précisément, trois rappels suffisent ici. Elle relève de l’article 182 A du CGI, dont le barème est de 0 % jusqu’à 17 275 €, 12 % de 17 275 à 50 112 € et 20 % au-delà depuis le 1er juillet 2026, sur une assiette nette. Elle n’est ni un simple acompte ni un solde définitif : les deux premières tranches sont libératoires, la fraction relevant de la tranche à 20 % est imposée au barème et la retenue correspondante s’impute, tandis que l’article 197 B ouvre une demande de remboursement de l’excédent. Et surtout, pour les pensions que la convention attribue à la Grèce, elle ne cesse pas d’elle-même : le débiteur continue de l’appliquer tant que vous n’avez pas fait valoir votre résidence conventionnelle auprès de lui. La sortie est administrative, jamais automatique. Le détail figure aux chapitres 04 et 06.

Un dernier rappel d’articulation, parce qu’il produit une erreur de catégorie fréquente. Le forfait de 7 % de l’article 5Β est un impôt sur le revenu. Il ne procure aucune affiliation, aucun droit à prestation, aucune couverture. Il n’éteint pas la cotisation française de l’article L. 131-9, qui n’est pas un impôt sur le revenu. Il ne couvre pas les revenus de source grecque. Et il ne dispense évidemment pas de demander un S1 ou de s’affilier localement. Le régime fiscal et le statut social sont deux dossiers distincts, qui se décident ensemble mais ne se substituent jamais l’un à l’autre.

Ce qui ne tient pas

« En m’installant en Grèce, je ne paie plus rien sur ma retraite. » Faux dans la configuration la plus courante. Le retraité sans activité ni pension grecque relève d’un S1 français et paie 3,2 % sur sa pension de base et 4,2 % sur ses complémentaires. Ce qui disparaît, ce sont la CSG, la CRDS et la CASA, ce qui n’est pas la même chose.

« La Grèce ne prélève rien sur une pension française. » Établi dans un seul cas, celui du titulaire d’un S1 français. Dès que vous percevez aussi une pension grecque, la conclusion cesse d’être établie, et l’hypothèse d’une retenue de 6 % sur l’ensemble de vos pensions ne peut pas être écartée.

« J’aurai en plus la pension nationale grecque de 446 €. » Non. Ce montant suppose quarante années de résidence en Grèce. Pour un expatrié tardif, le droit est peut-être ouvert par totalisation, mais le montant se compte en dizaines d’euros par mois.

« Je prends une petite activité en Grèce et je ne paie plus rien nulle part. » L’activité fait bien basculer la compétence maladie, mais elle emporte l’affiliation grecque et ses cotisations, elle expose à la retenue grecque de 6 % dont l’assiette n’est pas établie, et si elle dure moins d’un an, elle ne produira aucune pension grecque. Le raisonnement est bon dans son principe et faux dans sa conclusion.

« Mon conjoint est couvert par mon S1. » Non. Un S1 par personne, et la qualité de membre de famille s’apprécie selon la loi grecque. À défaut, affiliation directe au régime local, avec cotisations éventuelles.

« Nous nous marierons une fois installés, la réversion suivra. » Pas avant trois ans de mariage ou de partenariat, s’agissant de la réversion grecque, et sous réserve de la réduction de moitié applicable au-delà de trois ans de cumul.

« La santé grecque est correcte, une complémentaire est superflue. » Le système public couvre convenablement le parcours conventionné. Il ne couvre rien du secteur non conventionné, laisse la totalité du coût d’une hospitalisation en clinique privée non conventionnée à la charge du patient, et plafonne à 200 par mois les consultations remboursées d’un même praticien. C’est précisément le secteur vers lequel se dirige la clientèle de ce guide.

« Je demanderai mon S1 en arrivant. » Possible, mais l’intervalle se solde par des soins non pris en charge. Trois autres échéances ne se rattrapent pas davantage : le certificat d’existence, dont le défaut suspend le paiement de vos pensions ; la déclaration d’accident du travail, sous cinq jours ouvrables ; et la demande de réversion, dans l’année du décès.

Ce que nous ne tranchons pas

Cette liste est publiée volontairement. Chacun de ces points a été cherché, aucun n’a été établi, et la plupart se traduisent directement en euros.

État des vérifications au 27 juillet 2026. Deux réserves de méthode traversent tout ce chapitre : le règlement (CE) n° 883/2004 a été lu dans sa version telle qu'adoptée, ses annexes ayant été modifiées depuis ; et les textes grecs de sécurité sociale ont été consultés sur des reproductions dépourvues d'historique de modification, ce qui permet d'en lire le contenu mais non d'en établir la force actuelle.
Question ouvertePourquoi elle n'est pas tranchéeCe qu'elle commande
La Grèce prélève-t-elle 6 % sur les pensions françaises d'un retraité couvert par le régime grec ?Le droit de l'Union est tranché, et défavorablement : l'article 30 § 1 du règlement 883/2004 autorise l'institution qui supporte le coût à appeler les cotisations « calculées selon la législation qu'elle applique », sans encadrer l'assiette, et le texte grec vise « la somme des pensions versées, quelle qu'en soit la cause ». La CJUE a jugé que l'État compétent peut inclure les pensions d'un autre État membre (Nikula, C-50/05, 18 juillet 2006), et le Conseil d'État a jugé le 25 octobre 2024 (n° 473997) que le règlement 883/2004, dont la lettre diffère de celle du règlement 1408/71, n'impose plus de plafonner la cotisation au montant de la pension servie par l'État compétent. Ce qui reste ouvert est l'application concrète, par l'e-EFKA, de l'article 44 de la ν. 4387/2016 à une pension française : aucune circulaire ni réponse de l'organisme grec n'a été obtenue. Ce point se discute avec nos avocats partenaires spécialisés sur la Grèce, et mérite une interrogation écrite de l'e-EFKA avant l'installationJusqu'à 3 600 € par an sur une pension de 60 000 €. Nous chiffrons systématiquement les deux hypothèses
La réversion grecque est-elle réduite de moitié en présence d'une pension étrangère ?La source pose la règle pour le cumul avec « une pension de vieillesse ou d'invalidité » sans distinguer selon l'origine de cette pensionLa moitié de la réversion du conjoint survivant, dans une configuration qui est celle de la quasi-totalité des couples expatriés
La qualification conventionnelle des régimes d'agents publics non titulaires, des régimes additionnels, des pensions d'invalidité et des rentes AT/MPNi la convention ni les commentaires administratifs français ne les qualifient, et les deux lectures possibles conduisent à des États d'imposition opposésL'entrée ou non de ces pensions dans le forfait grec de 7 %, et la cessation ou non de la retenue à la source française
L'assiette de la cotisation spéciale de 10 % due par le retraité qui travaille en GrèceLa formulation disponible — « 10 % de la pension pour les salariés » — n'est corroborée par aucun texte grec lu, et le doute porte sur la nature même de l'assietteLe coût réel de la reprise d'activité, donc de l'arbitrage de couverture
La retenue grecque de 6 % sur les pensions complémentaires est-elle toujours en vigueur ?Le texte a été consulté sur une reproduction privée sans appareil de modification, et ce type de source conserve des dispositions mortes sans les signalerUn volet entier du prélèvement social grec, que nous ne publions donc pas comme du droit positif
La compatibilité du forfait des retraités avec une activité ou une pension grecqueLe texte ne l'interdit pas et son § 7 suggère la compatibilité, mais aucun texte ne le dit et l'arrêté d'application attendu n'a pas été trouvéLa validité même de l'arbitrage de couverture pour un bénéficiaire du régime forfaitaire
La totalisation des périodes de résidence françaises pour la pension nationale grecqueL'article 6 du règlement la soutient textuellement, mais la version courante de l'annexe X n'a pas pu être lue et aucune position grecque n'a été trouvéeL'ouverture du droit à une pension grecque, donc le déclenchement de la bascule de couverture maladie
Le retraité titulaire d'un S1 est-il « à la charge d'un régime obligatoire français » au sens de l'exonération de CSG et de CRDS ?La lecture littérale du texte dit oui ; la page publique de l'administration énonce la règle en termes positifs seulement, et aucune position ne traite expressément ce cas (chapitre 10)9,7 points de prélèvements sociaux sur vos revenus fonciers et vos plus-values immobilières françaises
La périodicité et les modalités du certificat d'existenceL'article L. 161-24 du code de la sécurité sociale est en vigueur dans une version courant jusqu'au 1er janvier 2028 : le texte vient d'être modifié et le sera de nouveauLa continuité du paiement de vos pensions françaises
Le coût et les conditions d'une couverture santé privée grecqueAucune source publique ou primaire n'a été trouvée sur les prix, les exclusions d'âge, les délais de carence ou les pathologies préexistantesLe budget santé réel d'un couple de retraités, que nous refusons d'estimer à l'aveugle

Portée de ce chapitre

Ce chapitre présente une information éducative générale sur la coordination des régimes de sécurité sociale entre la France et la Grèce, sur le système de santé grec et sur le traitement des pensions, à jour des textes publiés au 27 juillet 2026. Il ne constitue ni une consultation juridique ou fiscale, ni un conseil personnalisé. Hagnéré Patrimoine est un cabinet de conseil en gestion de patrimoine immatriculé à l’ORIAS sous le numéro 23002291 ; il n’est habilité ni à délivrer un avis de droit social hellénique, ni à se prononcer sur l’application individuelle du règlement (CE) n° 883/2004, matières pour lesquelles l’intervention d’un spécialiste de la protection sociale internationale et, le cas échéant, d’un avocat fiscaliste local est requise.

Les montants cités sont des illustrations construites sur des hypothèses explicites. Ils dépendent de la répartition de vos pensions entre régimes, de la composition de votre patrimoine, de l’État qui supporte le coût de vos soins et des textes en vigueur à la date considérée. Aucun résultat n’est présenté comme acquis, aucun rendement n’est promis, et aucun organisme d’assurance n’est recommandé.

Les points signalés comme non tranchés le sont réellement. Trois d’entre eux — l’assiette de la retenue grecque de 6 %, la qualification conventionnelle des régimes de retraite d’agents publics non titulaires, et la situation du titulaire d’un S1 au regard de l’exonération de CSG et de CRDS — appellent une vérification à la date du jour et un avis spécialisé avant toute décision. Nous préférons écrire que ces questions se discutent avec nos avocats partenaires spécialisés sur la Grèce plutôt que de leur donner une réponse que le droit ne donne pas.

§ 21SECURITE SOCIALE·25 MIN

21. Sécurité sociale grecque et coordination européenne

Deux clients, le même immeuble à Kolonaki, les mêmes 60 000 € de loyers parisiens. L’un acquitte 4 500 € de prélèvements sociaux français, l’autre 10 320 €. Aucun des deux n’a commis d’erreur de déclaration, aucun n’a opté pour un régime fiscal grec différent, et tous deux sont résidents fiscaux de Grèce. Le premier cotise à l’e-EFKA ; le second relève d’un formulaire S1 émis par la France. L’écart est de 9,7 points, il se reproduit chaque année, et il ne se joue pas au moment de la déclaration : il se joue le jour où l’on décide d’exercer ou non une activité en Grèce.

Ce chapitre traite du mécanisme d’affiliation lui-même : à quelles conditions le régime grec vous prend en charge, ce qu’il coûte, et comment le règlement (CE) n° 883/2004 désigne, entre la France et la Grèce, la législation qui vous est applicable. Le chapitre 14 traite de ce qui suit — couverture des soins, liquidation des pensions, réversion, invalidité. Nous ne redisons pas ici ce qu’il expose ; nous établissons ce dont il part.

Un avertissement de méthode avant d’entrer dans le détail. Le règlement 883/2004 a été lu dans sa version telle qu’adoptée : ses annexes ont été modifiées depuis 2004 et les articles cités n’ont pas, à notre connaissance, été touchés, mais un contrôle sur la version consolidée reste nécessaire avant de se prévaloir d’une annexe. Les textes grecs de sécurité sociale ont été consultés sur des reproductions dépourvues d’historique de modification, ce qui permet d’en lire le contenu sans permettre d’en établir la force actuelle. Les taux et montants grecs cités ici sont ceux du chapitre 07, à l’identique : nous n’en produisons pas de seconde version.

Le fait générateur de l’affiliation grecque n’est ni la résidence, ni le titre de séjour, ni le régime fiscal

L’article 11 du règlement pose deux principes qui commandent tout le reste. Le premier est celui de l’unicité : les personnes auxquelles le règlement s’applique ne sont soumises qu’à la législation d’un seul État membre. Il n’existe pas de double affiliation, pas d’affiliation partielle, pas de panachage entre un régime français pour la maladie et un régime grec pour la retraite. Le second est celui de la lex loci laboris : le a) du § 3 soumet à la législation de l’État membre où elle est exercée toute personne qui y exerce une activité salariée ou non salariée. C’est le lieu d’exercice du travail qui rattache, non le lieu de vie, non la nationalité, non le lieu de paiement du salaire.

Le e) du même § 3 ferme le dispositif : les personnes qui ne relèvent d’aucune des hypothèses précédentes sont soumises à la législation de leur État de résidence, sans préjudice des dispositions particulières qui leur garantissent des prestations au titre d’un autre État. Cette réserve n’est pas une clause de style. C’est elle qui laisse subsister le mécanisme du S1, et c’est pour l’avoir ignorée qu’on lit régulièrement qu’un retraité français installé à Athènes serait « affilié en Grèce parce qu’il y réside ». Il ne l’est pas.

Trois choses ne produisent donc, par elles-mêmes, aucune affiliation grecque. Le titre de séjour par investissement n’en produit aucune : il autorise le séjour, et dans sa version immobilière il n’ouvre même pas l’accès au marché du travail (chapitre 12). Le régime fiscal de l’article 5Α n’en produit aucune non plus : c’est un régime d’imposition forfaitaire des revenus de source étrangère, sans effet sur le rattachement social. Le régime de l’article 5Β, celui des retraités étrangers, n’en produit pas davantage : le forfait de 7 % est un impôt sur le revenu, il n’ouvre aucun droit à prestation et il ne dispense pas de régler la question de la couverture maladie. Le dossier fiscal et le dossier social se décident ensemble, jamais l’un par l’autre.

Règlement (CE) n° 883/2004, articles 11 §§ 1 et 3, 12 § 1, 13 § 1, 23, 24 et 30 ; règlement (CE) n° 987/2009, articles 14 § 8, 16 et 19 § 2 ; code de la sécurité sociale, articles L. 136-6, I ter et L. 136-7, I ter. La colonne de droite ne reprend que les deux catégories de revenus pour lesquelles un résident de Grèce est dans le champ des prélèvements sociaux français : revenus fonciers et plus-values immobilières de source française. Dividendes, intérêts, plus-values mobilières et produits d'assurance-vie sont hors champ (chapitre 10).
Votre situation en GrèceLégislation applicable (règlement 883/2004)Affiliation à l'e-EFKAPrélèvements sociaux français sur les loyers et plus-values immobilières
Salarié d'un employeur grec, travail exercé en GrèceArticle 11 § 3 a) : loi grecque, dès le premier jour de travailOui — l'employeur affilie le salarié dès l'embauche7,5 %
Travailleur indépendant exerçant en GrèceArticle 11 § 3 a) : loi grecqueOui — déclaration d'activité préalable, puis choix d'une catégorie de cotisation7,5 %
Salarié détaché par un employeur français, mission de 24 mois au plusArticle 12 § 1 : la loi française est maintenue ; formulaire A1 délivré par l'institution françaiseNon — et c'est le résultat recherché par le détachement17,2 %
Pluriactif France-Grèce résidant en Grèce, avec une partie substantielle de l'activité exercée en GrèceArticle 13 § 1 a) : loi grecque pour l'ensemble des activitésOui, pour la totalité des revenus d'activité, y compris ceux tirés de la partie française7,5 %
Pluriactif résidant en Grèce, sans partie substantielle d'activité en Grèce, employeur unique établi en FranceArticle 13 § 1 b) : loi de l'État du siège de l'employeur, donc loi françaiseNon17,2 %
Retraité de pensions françaises seules, aucune activité ni pension grecqueArticle 24 : la France reste compétente pour les prestations en nature, servies en Grèce pour son compteNon — inscription auprès de la caisse grecque sur présentation d'un S1, ce qui n'est pas une affiliation17,2 % en lecture littérale du I ter — point non résolu, exposé plus bas et au chapitre 10
Retraité percevant aussi une pension grecque et résidant en GrèceArticle 23 : la Grèce devient compétente, au titre de la pension qu'elle sertOui7,5 %
Inactif résidant en Grèce, sans pension d'aucun État et sans activitéArticle 11 § 3 e) : loi grecque de l'État de résidencePas par le seul effet de la résidence : la couverture suppose une démarche propre, dont les conditions ne sont pas établies7,5 % soutenable sur le texte, mais la preuve est difficile à rapporter — voir plus bas

Le détachement est le piège le plus coûteux de ce tableau, et c'est celui qu'on croit avantageux

Un dirigeant qui s’installe à Athènes en restant salarié de sa société française, sous couvert d’un formulaire A1, obtient exactement ce qu’il a demandé : la continuité de sa retraite française, de sa prévoyance et de sa couverture santé. Il obtient aussi ce qu’il n’a pas vu venir. Le détachement le maintient à la charge d’un régime obligatoire français, et fait donc échouer la seconde condition de l’exonération de CSG et de CRDS. Sur 60 000 € de loyers français, l’écart avec l’affiliation locale est de 5 820 € par an. Sur la cession d’un appartement dégageant 200 000 € de plus-value imposable, il est de 19 400 €, en une fois.

Le détachement de l’article 12 § 1 est par ailleurs borné à vingt-quatre mois, il suppose que le salarié ne remplace pas une autre personne détachée, et il exige le maintien d’un lien organique avec l’employeur d’origine. L’article 16 du règlement permet aux autorités compétentes des deux États de conclure un accord dérogatoire prolongeant ce rattachement dans l’intérêt de la personne ; c’est une faculté discrétionnaire, négociée entre administrations, jamais un droit.

L’arbitrage est réel et il n’a pas de réponse générale. Pour un cadre de 45 ans envoyé trois ans en mission, sans patrimoine locatif français, la continuité de carrière vaut plus que 9,7 points sur des revenus qu’il ne perçoit pas. Pour un dirigeant de 58 ans qui détient 1,5 million d’euros d’immobilier locatif à Paris et prévoit d’en céder une partie, l’arithmétique s’inverse. Ce qu’il faut refuser, c’est de laisser ce choix se faire par défaut, à l’initiative du service de paie.

La notion de partie substantielle de l’activité, qui commande la ligne la plus délicate du tableau, n’est pas laissée à l’appréciation. Le § 8 de l’article 14 du règlement d’application (CE) n° 987/2009 la définit par un faisceau de critères assorti d’un repère chiffré indicatif de 25 % : temps de travail et rémunération pour le salarié ; chiffre d’affaires, temps de travail, nombre de services fournis et revenu pour le non-salarié. En dessous de ce repère, l’activité exercée dans l’État de résidence n’est pas regardée comme substantielle, et le rattachement bascule vers l’État du siège de l’employeur. Pour un consultant qui conserve une clientèle française tout en démarrant en Grèce, ce seuil décide à lui seul du taux de prélèvement applicable à son patrimoine immobilier français. Il se documente en amont, année par année, et pas au moment du contrôle.

La démarche matérielle, enfin. Le prérequis est le numéro AMKA, obtenu dans un bureau KEP ou auprès de l’e-EFKA, à ne pas confondre avec l’ΑΦΜ qui est le numéro fiscal : les deux sont nécessaires, ils s’obtiennent par des voies distinctes, et disposer de l’un ne donne pas l’autre. Le salarié est affilié par son employeur dès l’embauche. L’indépendant, lui, doit déclarer son activité avant de l’exercer : l’affiliation n’est pas rétroactive à l’initiative du cotisant, et une activité commencée puis régularisée expose à des rappels dont nous n’avons pas pu établir le barème.

Taux, assiette et plafond : deux logiques opposées selon que vous êtes salarié ou indépendant

Le salariat grec suit une logique proportionnelle et plafonnée. La seule branche établie sur source primaire est celle de la maladie : l’article 12 de la loi 5162/2024 réécrit l’article 41 § 1 de la loi 4387/2016 et fixe, depuis le 1er janvier 2025, une cotisation totale de 6,10 %, répartie en 1,65 % et 0,40 % à la charge du salarié, 3,80 % et 0,25 % à celle de l’employeur. Les autres lignes du tableau ci-dessous proviennent du barème public français millésimé 2026, qui ne comporte aucune ligne de retraite complémentaire : le total de 28,50 % est donc partiel, et le présenter comme le coût social complet d’un salarié grec serait une erreur.

Article 12 de la loi 5162/2024 réécrivant l'article 41 § 1 de la loi 4387/2016 pour la branche maladie ; barème public français millésimé 2026 pour les autres branches ; décision Δ.15/Δ΄/1865, ΦΕΚ Β΄ 318 du 29 janvier 2026, pour le plafond d'assiette. Le barème public français retient un plafond de 7 572 € là où le Journal officiel hellénique retient 7 761,94 € : nous retenons la source primaire, l'écart n'est pas expliqué, et il ne devient significatif qu'au-delà d'environ 91 000 € de rémunération annuelle. La retraite complémentaire obligatoire n'est pas dans ce tableau, faute de source établie.
BranchePart salarialePart patronaleTotal
Soins de santé (prestations en nature)1,65 %3,80 %5,45 %
Maladie et maternité (prestations en espèces)0,40 %0,25 %0,65 %
Retraite (vieillesse, invalidité, survivants)6,67 %13,33 %20,00 %
Chômage1,20 %1,20 %2,40 %
Total partiel9,92 %18,58 %28,50 %
Cotisation additionnelle, activités pénibles2,20 %1,40 %3,60 %
Plafond mensuel d'assiette7 761,94 € depuis le 1er janvier 2026Même plafond93 143,28 € par an

Le plafond est le point qui change tout pour la clientèle de ce guide, et c’est celui que l’on omet. Un dirigeant rémunéré 120 000 € en France supporte des cotisations pour l’essentiel proportionnelles et déplafonnées. Le même en Grèce cotise sur une assiette bornée à 93 143,28 € par an, quelle que soit sa rémunération réelle.

Coût social d'un salarié rémunéré 120 000 € par an à Athènes

Rémunération brute annuelle .............. 120 000 €
        Plafond mensuel d'assiette ............. 7 761,94 €
        Assiette annuelle plafonnée ............ 93 143,28 €
          (la fraction au-delà, 26 856,72 €, ne cotise pas)

        Cotisations calculées sur l'assiette plafonnée
          Soins de santé, 5,45 % ..................... 5 076 €
          Maladie-maternité en espèces, 0,65 % .......... 605 €
          Retraite, 20,00 % ......................... 18 629 €
          Chômage, 2,40 % ............................ 2 235 €
                                                    ----------
          Coût social total, hors complémentaire .... 26 545 €
            dont retenu sur le bulletin, 9,92 % ...... 9 240 €
            dont à la charge de l'employeur .......... 17 305 €

        Sans plafond, 28,50 % de 120 000 € ......... 34 200 €
        Effet du plafonnement ....................... 7 655 €

        Taux effectif sur la rémunération brute ....... 22,1 %
  • Plafond mensuel 2026 :7 761,94 € — décision Δ.15/Δ΄/1865, ΦΕΚ Β΄ 318 du 29 janvier 2026
  • Total de cotisations retenu :28,50 %, total partiel : la retraite complémentaire obligatoire n'y figure pas
  • Ce que le plafond ne borne pas :l'impôt sur le revenu grec, dont la tranche supérieure est de 44 % (chapitre 07)
  • Effet sur les prélèvements sociaux français :l'affiliation grecque ouvre le taux de 7,5 % sur les loyers et plus-values immobilières de source française

Illustration arrondie à l'euro, construite sur les taux et le plafond en vigueur au 27 juillet 2026, hors retraite complémentaire obligatoire, hors cotisation additionnelle pour activités pénibles et hors régimes professionnels particuliers. Le coût social complet d'un salarié grec est donc supérieur au chiffre ci-dessus. Cette illustration ne constitue ni une simulation personnalisée ni un engagement : elle dépend de la convention collective applicable, de la nature du contrat et du secteur d'activité.

Les non-salariés relèvent d’une logique inverse, et c’est là que les présentations francophones se trompent le plus souvent : leurs cotisations ne sont pas assises sur le revenu. Le cotisant choisit une catégorie d’assurance et acquitte un montant mensuel fixe. Un indépendant réalisant 40 000 € et un autre réalisant 400 000 € paient rigoureusement la même chose s’ils ont retenu la même catégorie. La catégorie la plus élevée revient à 8 230 € par an, soit 675,87 € par mois majorés des 10 € mensuels de cotisation chômage — et ce montant est un plancher et non un plafond, puisqu’il n’inclut ni la retraite complémentaire obligatoire, ni la prestation en capital, ni les régimes professionnels particuliers. Le détail des sept catégories figure au chapitre 07, avec ses sources ; nous ne le dupliquons pas ici.

Le forfait des indépendants n'est pas une aubaine : il achète des droits proportionnés

La pension contributive de l’indépendant grec est calculée à partir de la catégorie choisie : le revenu de chaque année civile s’obtient en multipliant par cinq les cotisations versées. Une catégorie basse produit une pension basse. Le choix est un arbitrage entre charge immédiate et droits futurs, pas une optimisation sans contrepartie.

Deux points d’exécution ne sont pas établis, et nous ne les présentons donc pas comme certains. Le choix de catégorie s’exerce chaque année dans une fenêtre qui se refermerait le 31 janvier selon les sources professionnelles : nous n’avons pas identifié la décision de l’e-EFKA qui organise cette procédure. À défaut de choix, le cotisant reste dans sa catégorie antérieure. Et les conditions comme le coût d’une affiliation volontaire, qui serait la voie de l’inactif non pensionné, n’ont pu être établis sur aucune source : nous n’en publions aucun chiffre.

L’ouverture des prestations en nature suppose enfin une durée minimale d’assurance dans l’année précédant la maladie : 50 jours de cotisation pour un salarié, 60 jours pour un indépendant, une journée de travail valant une journée d’assurance. Pour une installation en cours d’année, cette condition se totalise avec les périodes françaises en application de l’article 6 du règlement, sur production d’une attestation de la caisse française. C’est le seul cas où la totalisation joue à court terme, et elle est presque toujours oubliée.

Ce que le règlement 883/2004 fait, et ce qu’il ne fait pas

Le règlement coordonne, il n’harmonise pas. Il ne crée aucun droit matériel, ne fixe aucun montant, ne modifie aucun âge de départ et n’impose à aucun État de servir une prestation qu’il ne connaît pas. Il fait quatre choses, quatre seulement, et la plupart des malentendus viennent de ce qu’on lui en prête une cinquième.

Il désigne une législation, et une seule. C’est l’objet des articles 11 à 16, exposés plus haut. La conséquence pratique est brutale et rarement dite : dès lors que la loi grecque est applicable, vous ne pouvez pas continuer de cotiser volontairement en France pour « ne pas perdre de trimestres ». Le rattachement n’est pas un choix, et une double cotisation acquittée par erreur donne lieu à régularisation entre institutions, pas à un cumul de droits.

Il totalise les périodes. L’article 6 impose à l’institution compétente de prendre en compte les périodes d’assurance, d’emploi, d’activité non salariée ou de résidence accomplies sous la législation de tout autre État membre comme si elles avaient été accomplies sous la sienne. La portée est double, et le second effet est celui qu’on ignore : la totalisation ne sert pas qu’aux pensions. Elle ouvre aussi les conditions de stage des prestations de maladie et de chômage, et c’est ce qui permet à un nouvel arrivant de remplir la condition des 50 ou 60 jours dès sa première année. Pour les pensions, l’article 52 impose à chaque institution de calculer deux montants — la prestation autonome et la prestation au prorata — et de verser le plus élevé des deux. La totalisation ne peut donc jamais vous appauvrir. L’article 57 pose la limite : un État n’est pas tenu de servir une prestation si, cumulativement, les périodes accomplies chez lui durent moins d’un an et n’ouvrent à elles seules aucun droit autonome. Le seuil grec étant de quinze années d’assurance, cette seconde condition est mécaniquement remplie pour un expatrié tardif.

Il lève les clauses de résidence. L’article 7 interdit qu’une prestation en espèces soit réduite, suspendue ou supprimée au seul motif que son bénéficiaire réside dans un autre État membre. C’est le fondement de l’exportabilité de vos pensions françaises vers la Grèce, et il vaut pour la pension de base, les complémentaires, la réversion et les rentes. L’exception se trouve à l’article 70 : les prestations spéciales en espèces à caractère non contributif, énumérées à l’annexe X, sont servies exclusivement dans l’État de résidence et à sa charge. C’est à ce titre que certaines prestations françaises soumises à une condition de résidence cessent au départ, au premier rang desquelles l’allocation de solidarité aux personnes âgées et l’allocation supplémentaire d’invalidité. Nous n’avons pas pu lire la version courante de l’annexe X et nous ne certifions donc pas cette qualification : elle doit être vérifiée avant tout départ concernant un conjoint ou un ayant droit bénéficiaire de l’une de ces allocations, pour qui l’enjeu est vital.

Il impose l’égalité de traitement et l’assimilation des faits. L’article 4 interdit toute discrimination fondée sur la nationalité dans le bénéfice des prestations. L’article 5, moins connu et plus utile, oblige l’institution compétente, lorsque sa législation attache des effets juridiques à la survenance de certains faits, à tenir compte des faits équivalents survenus dans un autre État membre. Un taux d’incapacité reconnu en France, une période indemnisée au titre du chômage, un événement familial y produisent donc leurs effets en Grèce. Cette disposition ne rend pas l’évaluation automatique : l’invalidité grecque reste certifiée exclusivement par une commission médicale du KEPA, et c’est le fait, non la décision française, qui est assimilé.

Ce que le règlement ne fait pas, et que l'on croit qu'il fait

Il ne fusionne pas vos pensions. Chaque État calcule et paie la sienne, selon sa propre législation, au titre des seules périodes accomplies chez lui. Vous percevrez plusieurs pensions distinctes, à des dates différentes, dans des devises identiques mais sur des calendriers de revalorisation autonomes.

Il ne fixe aucun taux de cotisation, aucun montant, aucun âge. Les cotisations grecques sont celles du droit grec, sans plafonnement européen ni comparaison avec le régime français.

Il ne règle pas la question fiscale. La coordination sociale et la convention fiscale sont deux corps de règles indépendants, et dans le couple franco-grec ils divergent : la Grèce impose votre pension du régime général tandis que la France peut rester compétente pour votre assurance maladie. Ce décalage est normal et aucune démarche ne le supprime.

Il ne vous protège pas du recouvrement. L’article 84 du règlement, complété par le titre IV du règlement d’application, organise le recouvrement transfrontalier des cotisations et la répétition des prestations indues : une créance de l’e-EFKA est recouvrable en France selon la procédure française, comme une créance française l’est en Grèce. L’idée qu’une dette sociale s’évapore au passage de la frontière est fausse, et elle est fausse dans les deux sens.

S1, A1, carte européenne : trois documents que l’on confond, et qui ne disent pas la même chose

La confusion est si répandue qu’elle mérite d’être formulée d’un mot. Le A1 atteste quelle législation vous est applicable : c’est un document d’actif, il porte sur le rattachement. Le S1 atteste quel État supporte le coût de vos soins : c’est un document d’ouverture de droits en nature, il porte sur la charge. La carte européenne d’assurance maladie atteste que vous êtes couvert quelque part, pour la durée d’un séjour temporaire hors de votre État de résidence. Les trois ne sont pas substituables, ils ne sont pas délivrés par les mêmes institutions, et présenter l’un pour l’autre au guichet grec ne produit rien.

Règlement (CE) n° 883/2004, articles 12, 13, 16, 17, 19, 20, 23 à 25 et 27 ; règlement (CE) n° 987/2009, articles 14 § 8, 15, 19 § 2, 24 et 25. La ligne S2 est la plus contre-intuitive du tableau, et nous la maintenons contre les présentations qui font délivrer ce document par l'État débiteur de la pension : c'est la caisse du lieu de résidence qui autorise. Nous n'avons pas vérifié les modalités pratiques de délivrance du A1 dans le contexte grec.
DocumentCe qu'il atteste exactementQui le délivreCe qu'il ne fait pas
A1 — actifs uniquementQue vous restez soumis à la législation d'un État autre que celui où vous travaillez : détachement de l'article 12, pluriactivité de l'article 13, accord dérogatoire de l'article 16L'institution de l'État dont la législation demeure applicable — donc l'institution française pour un détaché français en GrèceIl n'ouvre par lui-même aucun droit aux soins sur place : il faut lui adjoindre un S1 pour l'inscription auprès de la caisse grecque. Il a une durée de validité, et il expire
S1 — pensionnés, inactifs, membres de famille, actifs résidant hors de l'État compétentQue la caisse du lieu de résidence doit vous servir les prestations en nature pour le compte de l'État compétent, qui rembourseL'institution de l'État compétent : caisse de retraite de base pour un pensionné, caisse d'assurance maladie pour un actif détachéIl ne vaut pas affiliation au régime grec, et cette nuance emporte toutes les conséquences financières du présent chapitre. Un S1 par personne : il ne couvre pas la famille
Carte européenne d'assurance maladieUn droit aux soins médicalement nécessaires pendant un séjour temporaire hors de l'État de résidence, appréciés au regard de la durée prévue du séjourL'institution de l'État compétent, c'est-à-dire celui qui a émis le S1 — la France, donc, pour un retraité français installé en GrèceElle ne couvre pas les soins dans votre État de résidence, ce que fait l'inscription au titre du S1 ; elle ne couvre pas les soins programmés ; elle ne couvre ni le rapatriement, ni les frais d'un établissement non conventionné
S2 — soins programmésUne autorisation préalable de recevoir un traitement programmé dans un autre État membre, à la charge de l'État compétentLa caisse d'assurance maladie du lieu de résidence, donc la caisse grecque, même pour un titulaire d'un S1 françaisL'autorisation n'est pas automatique : en cas de refus, les soins réalisés dans un autre État membre restent intégralement à votre charge
P1 — pensionsLa récapitulation des décisions prises par chaque État sur votre demande de pension et de la façon dont les périodes d'assurance ont été prises en compteL'institution de contact, c'est-à-dire celle de votre État de résidenceCe n'est pas une décision susceptible de recours en tant que telle : les voies de recours s'exercent État par État, contre chaque décision nationale

Deux erreurs de guichet qui coûtent des mois

Demander le S1 après l’arrivée. Rien ne l’interdit, et l’intervalle se solde par des soins non pris en charge. Le document se demande avant le départ, auprès de la caisse de retraite de base pour un pensionné du régime général, auprès du centre de gestion des retraités de la direction spécialisée des finances publiques pour l’étranger pour un titulaire de pension civile ou militaire. Un S1 par personne, et la qualité de membre de famille est appréciée par la caisse grecque au sens de la loi grecque, non de la loi française : pour un couple non marié ou lié par un pacte civil de solidarité, le point se vérifie avant le départ.

Croire que le A1 suffit. Un salarié détaché arrive fréquemment en Grèce avec son seul A1, persuadé d’être couvert. Le A1 règle le rattachement, il ne règle pas l’accès aux soins sur place : sans S1 déposé auprès de la caisse grecque, aucune inscription locale, aucune prise en charge en tiers payant, et la seule voie restante est l’avance de frais suivie d’une demande de remboursement à la caisse française sur des barèmes qui ne sont pas ceux du prestataire grec.

L’articulation avec les prélèvements sociaux français : la condition est l’affiliation, jamais la résidence

C’est le point où le chapitre se paie. La jurisprudence de Ruyter a jugé que la contribution sociale généralisée et la contribution au remboursement de la dette sociale, en tant qu’elles frappent les revenus du patrimoine et participent au financement de régimes obligatoires de sécurité sociale, entrent dans le champ d’application matériel du règlement 883/2004 : les prélever sur une personne soumise à la législation de sécurité sociale d’un autre État membre méconnaît le principe d’unicité de l’article 11 (CJUE, 26 février 2015, aff. C-623/13 ; Conseil d’État, 25 janvier 2017, n° 397881). Le législateur en a tiré les conséquences à l’article 26 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2019, qui a inséré un I ter à l’article L. 136-6 et à l’article L. 136-7 du code de la sécurité sociale.

La règle qui en résulte est négative et cumulative. Ne sont pas redevables de la CSG ni de la CRDS les personnes qui, à la fois, relèvent en matière d’assurance maladie d’une législation soumise au règlement 883/2004 et ne sont pas à la charge d’un régime obligatoire de sécurité sociale français. Deux conditions, toutes deux exigées, dont la seconde est rédigée en creux. Aucune ne mentionne la résidence. Aucune ne mentionne l’imposition. Aucune ne mentionne le régime fiscal grec choisi. Le raccourci « la Grèce est dans l’Union, donc 7,5 % » est faux, et nous le voyons circuler y compris sous signature professionnelle.

Ce que le I ter n’emporte pas mérite d’être connu, parce que le nombre « 7,5 % » désigne deux choses différentes. Le prélèvement de solidarité de l’article 235 ter du CGI est à la fois une composante du bloc de 17,2 % et le solde restant dû par le non-résident exonéré. Il survit à l’exonération pour une raison textuelle : le II de l’article 235 ter dispose que ces prélèvements sont assis, contrôlés et recouvrés selon les règles des articles L. 136-6 et L. 136-7 « sans qu’il soit fait application du I ter » de ces articles. L’exclusion est expresse, elle est délibérée, et elle explique pourquoi l’exonération de Ruyter ne descend jamais à zéro.

Un dernier élément de compréhension du dispositif. La Cour de justice a admis que l’exonération soit réservée aux personnes relevant du champ du règlement, en jugeant justifiée la différence de traitement avec un ressortissant affilié au régime de sécurité sociale d’un État tiers (CJUE, 18 janvier 2018, aff. C-45/17). C’est pourquoi la première condition du I ter est rédigée par renvoi au règlement, et non par référence à l’affiliation à un régime étranger quelconque. Un résident de Grèce est dans le champ. Un résident de Grèce affilié en Grèce remplit les deux conditions ; un résident de Grèce à la charge de la France n’en remplit qu’une.

Code de la sécurité sociale, articles L. 136-6, I bis et I ter, L. 136-7, I, 2° et I ter, et L. 136-8, IV ; CGI, article 235 ter, II ; article 26 de la loi n° 2018-1203 du 22 décembre 2018 de financement de la sécurité sociale pour 2019 ; règlement (CE) n° 883/2004, articles 11, 23, 24 et 30 ; CJUE 26 février 2015 aff. C-623/13 et 18 janvier 2018 aff. C-45/17 ; CE 25 janvier 2017 n° 397881. La situation d'affiliation s'apprécie au 31 décembre de l'année de perception, sauf pour les plus-values placées en report d'imposition sur le fondement de l'article 150-0 B ter, où c'est la date de réalisation du gain qui compte.
ConfigurationPremière condition : législation soumise au règlement 883/2004Seconde condition : hors charge d'un régime obligatoire françaisTaux sur revenus fonciers et plus-values immobilières françaises
Salarié ou indépendant affilié à l'e-EFKARemplie — législation grecque, article 11 § 3 a)Remplie7,5 %
Retraité percevant une pension grecque et résidant en GrèceRemplie — législation grecque, article 23Remplie7,5 %
Retraité de pensions françaises seules, titulaire d'un S1 françaisRemplie — la législation grecque de résidence est bien soumise au règlementNon remplie en lecture littérale : la France supporte le coût des prestations en nature17,2 % — point non résolu, exposé ci-dessous
Salarié détaché sous A1 françaisRemplie — le règlement désigne la loi française, qui lui est soumiseNon remplie : le détachement maintient l'affiliation française17,2 %
Bénéficiaire de l'imposition forfaitaire de l'article 5Β, sans activité ni pension grecqueRemplieNon remplie dans la configuration ordinaire, qui est celle du S1 français17,2 % — le régime fiscal est sans effet sur cette ligne
Bénéficiaire du régime de l'article 5Α, inactif, sans pension d'aucun ÉtatSoutenable — article 11 § 3 e), loi grecque de l'État de résidenceRemplie, faute de tout rattachement français7,5 % défendable sur le texte, sous réserve de la preuve — voir l'encadré
Résident d'un État tiers, hors champ du règlementNon remplieSans objet17,2 % — solution validée par la CJUE, aff. C-45/17

Une précision de taux, parce que l’actualité a brouillé le sujet — et parce que nous avons nous-mêmes rectifié notre motif le 16 août 2026. Les revenus fonciers et les plus-values immobilières sont retenus à 17,2 % et non à 18,6 %, mais c’est une position administrative, pas la lettre du texte. La dérogation à 9,2 % du IV de l’article L. 136-8 renvoie au a du I de l’article L. 136-6 et au 2° du I de l’article L. 136-7 — les assiettes du résident — et n’énumère aucun des deux I bis qui portent celles du non-résident ; le chapitre 10 expose la chaîne. À la lettre, la hausse de la CSG de 9,2 % à 10,6 % votée par l’article 12 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 les atteindrait donc. Elle atteint en tout état de cause les dividendes, les intérêts et les plus-values mobilières, qui sont hors champ pour un résident de Grèce. Le taux de 18,6 % n’apparaît dans ce guide qu’à un seul endroit, celui de l’exit tax, et il y désigne autre chose : les prélèvements sociaux qui s’ajoutent au taux forfaitaire de 12,8 % de l’impôt sur le revenu pour former les 31,4 % de l’article 167 bis. Ces deux séries de 18,6 ne se rencontrent jamais et ne se cumulent jamais : la première frappe des loyers perçus, la seconde une plus-value latente sur titres.

Le cas fréquent, et le plus mal traité : le retraité sous forfait de 7 % qui reste sous S1 français

C’est la configuration modale de la clientèle de ce guide, et c’est celle qui cumule les deux malentendus. Le client a choisi l’imposition forfaitaire des retraités étrangers de l’article 5Β, il paie 7 % sur ses pensions étrangères, il vit à Athènes toute l’année, et il en conclut qu’il est « sorti du système français ». Il ne l’est pas. Sans activité ni pension grecque, la France demeure compétente pour ses prestations en nature au titre de l’article 24 du règlement, la caisse grecque le soigne pour le compte de la France, et la France supporte la dépense.

Lu à la lettre, ce client est à la charge d’un régime obligatoire français : il ne remplit pas la seconde condition du I ter et supporte 17,2 %, non 7,5 %. Nous exposons cette lecture parce qu’elle est celle du texte légal. Nous signalons dans le même mouvement que le point n’est pas résolu : la page publique de l’administration énonce la règle en termes positifs seulement, ce qui conduit un lecteur pressé à la conclusion opposée, et nous n’avons retrouvé aucune position administrative ni aucune décision traitant expressément du cas du retraité sous S1. L’écart vaut 9,7 points. Il se tranche avec nos avocats partenaires spécialisés sur la Grèce, dossier en main, pas dans un guide.

Deux corollaires qui suivent de la même analyse. Le forfait de 7 % de l’article 5Β n’éteint pas non plus la cotisation d’assurance maladie française de l’article L. 131-9 du code de la sécurité sociale, dont l’article D. 242-8 fixe les taux à 3,20 % sur les avantages de retraite servis par les organismes du régime général et 4,20 % sur les autres avantages de retraite : ce n’est pas un impôt sur le revenu, la convention fiscale ne le couvre pas, aucun crédit d’impôt grec ne s’y attache. Et le régime de l’article 5Α ne fait pas mieux que celui de l’article 5Β : un haut patrimoine inactif installé à Athènes ne gagne pas le taux de 7,5 % par le seul effet de son régime fiscal.

Reste le cas de l’inactif sans pension d’aucun État, que le tableau ci-dessus range dans les 7,5 % défendables. Le raisonnement est le suivant : n’étant ni actif, ni pensionné, il relève du e) du § 3 de l’article 11, qui le soumet à la législation de son État de résidence, laquelle est bien soumise au règlement ; et n’ayant aucun rattachement français, il n’est à la charge d’aucun régime obligatoire français. Les deux conditions du I ter sont donc textuellement remplies. La difficulté est probatoire, et elle est sérieuse : l’administration française attend une attestation d’affiliation à un régime étranger, et un inactif non affilié n’en produit aucune. Nous signalons cette lecture parce qu’elle est soutenue par le texte, et nous ajoutons aussitôt que nous ne l’avons vue confirmée nulle part et que nous ne bâtissons aucun budget dessus.

Le même dossier, trois rattachements : ce que l’affiliation coûte et rapporte, poste par poste

Un couple de 63 et 61 ans s’installe à Athènes. Pensions françaises : 24 000 € de régime de base et 36 000 € de complémentaires, soit 60 000 €. Revenus fonciers français nets : 60 000 €. Un appartement parisien est cédé la troisième année, dégageant 200 000 € de plus-value imposable après abattements pour durée de détention. Rien ne distingue les trois colonnes ci-dessous, sauf l’État qui supporte le coût de leurs soins.

Charge sociale annuelle selon le rattachement, à revenus identiques

A — RETRAITÉ SOUS S1 FRANÇAIS (aucune activité ni pension grecque)
          Cotisation maladie, art. L. 131-9 et D. 242-8
            24 000 € x 3,20 % ............................ 768 €
            36 000 € x 4,20 % .......................... 1 512 €
          Prélèvements sociaux sur les loyers
            60 000 € x 17,2 % ......................... 10 320 €
          Retenue grecque sur pensions ..................... 0 €
                                                      ----------
          Charge annuelle récurrente .................. 12 600 €
          Année de cession, en sus
            200 000 € x 17,2 % ........................ 34 400 €

        B — AFFILIÉ e-EFKA (activité en Grèce ou pension grecque liquidée)
          Cotisation maladie française ..................... 0 €
          Prélèvements sociaux sur les loyers
            60 000 € x 7,5 % ........................... 4 500 €
          Retenue grecque de 6 % sur les pensions
            hypothèse basse (pensions grecques seules) ..... 0 €
            hypothèse haute (60 000 € x 6 %) ........... 3 600 €
                                                      ----------
          Charge annuelle récurrente ...... entre 4 500 et 8 100 €
          Année de cession, en sus
            200 000 € x 7,5 % .......................... 15 000 €

        C — DÉTACHÉ SOUS A1 FRANÇAIS (actif, employeur français)
          Cotisations sociales françaises sur le salaire
            ................. droit commun français, déplafonné
          CSG sur le salaire ............................... 0 €
            (art. L. 136-1 : domicile fiscal en France requis)
          Prélèvements sociaux sur les loyers
            60 000 € x 17,2 % ......................... 10 320 €
          Année de cession, en sus
            200 000 € x 17,2 % ........................ 34 400 €

        ÉCART A vs B
          par an .......................... 4 500 à 8 100 €
          sur la seule cession ....................... 19 400 €
          sur dix ans, cession comprise ... 64 400 à 100 400 €
  • Cotisation maladie du pensionné non résident :3,20 % sur le régime de base, 4,20 % sur les complémentaires — CSS, art. L. 131-9 et D. 242-8
  • Taux de droit commun sur loyers et plus-values immobilières :17,2 % — CSG 9,2 % + CRDS 0,5 % + solidarité 7,5 %
  • Taux après exonération de Ruyter :7,5 %, le seul prélèvement de solidarité de l'article 235 ter du CGI
  • Retenue grecque de 6 % sur les pensions :article 44 de la loi 4387/2016 : son application à une pension française n'est pas établie, et nous chiffrons les deux hypothèses
  • Ce que la colonne B coûte en contrepartie :les cotisations grecques dues au titre de l'activité, et la perte de l'accès non conditionné aux soins programmés en France

Illustration construite sur des hypothèses explicites, à droit constant au 27 juillet 2026. Elle exclut l'impôt sur le revenu français et grec, les cotisations dues au titre d'une éventuelle activité grecque, la surtaxe de l'article 1609 nonies G sur les plus-values supérieures à 50 000 €, et le prélèvement de l'article 244 bis A au taux de 19 % qui s'ajoute aux prélèvements sociaux sur la cession. Elle ne constitue ni une simulation personnalisée ni un engagement de résultat : l'écart réel dépend de la répartition entre pension de base et complémentaires, du montant des revenus fonciers, et de la réponse apportée aux deux points de droit signalés — la situation du titulaire d'un S1 au regard du I ter, et l'assiette de la retenue grecque de 6 %.

La colonne C mérite un mot, parce qu’elle est celle que personne ne demande à chiffrer. Le dirigeant détaché supporte la totalité des cotisations françaises, déplafonnées pour l’essentiel, et les 17,2 % sur son patrimoine immobilier français. Il paie le régime français sans en avoir la contrepartie fiscale, puisque ses revenus sont imposés en Grèce. C’est le seul cas de figure de ce guide où l’on cumule les inconvénients des deux systèmes, et il résulte presque toujours d’une décision prise pour des raisons de ressources humaines, sans que personne n’ait posé la question patrimoniale.

Ce que nous ne conseillons pas : déclencher une affiliation grecque artificielle pour aller chercher 9,7 points

L’idée vient à tous les clients dès qu’ils voient l’écart : prendre une petite activité en Grèce, cotiser trois mois, et basculer. Elle se heurte à trois obstacles dont aucun n’est théorique.

Une activité brève ne produit pas de pension. L’article 57 du règlement dispense un État de servir une prestation lorsque les périodes accomplies chez lui durent moins d’un an et n’ouvrent, à elles seules, aucun droit autonome : le seuil grec étant de quinze années, la seconde condition est mécaniquement remplie. Une activité de quelques mois ne déclenche donc pas la bascule par la voie de la pension. Elle la déclenche par la voie de l’activité, mais seulement tant qu’elle dure.

L’affiliation s’apprécie au 31 décembre. Une activité interrompue en septembre laisse le contribuable dans la situation de départ à la date d’appréciation. Le calendrier n’est pas un détail d’exécution : il est la condition.

Une activité fictive est une activité fictive. Elle expose à la remise en cause du rattachement par l’une ou l’autre administration, et le règlement organise précisément le dialogue entre institutions sur la validité d’un rattachement contesté. Nous accompagnons des installations réelles : une activité de conseil authentique, une prise de fonction dans une société grecque, une liquidation de pension grecque à laquelle une carrière ouvre effectivement droit. Nous ne construisons pas d’affiliation de façade, et un client qui n’a rien à faire en Grèce n’a pas à s’y affilier pour 9,7 points.

Hagnéré Patrimoine

Déterminer votre rattachement avant de fixer votre date d'installation

Le rattachement social commande le taux de prélèvement sur vos loyers et vos cessions, la cotisation prélevée sur vos pensions, et l'accès à vos soins. Il se détermine sur le règlement 883/2004, pas sur votre adresse, et il s'apprécie au 31 décembre. Nous l'instruisons dossier en main, avec nos partenaires spécialisés lorsque la qualification l'exige.

Premier échangeSans engagementCabinet CIF, COA, COBSP

La Grèce est État membre : trois effets distincts, dont un seul dépend de vous

L’appartenance de la Grèce à l’Union produit, sur un dossier français, trois conséquences qui n’ont ni le même fondement ni le même régime. On les confond parce qu’elles procèdent du même fait, et cette confusion conduit à supposer acquis ce qui ne l’est pas.

Le sursis de paiement de l’exit tax est de plein droit. Le IV de l’article 167 bis du CGI énonce qu’« il est sursis au paiement de l’impôt » lorsque le contribuable transfère son domicile dans un État membre de l’Union. La formule est indicative, non conditionnelle : aucune demande n’est prévue, aucune garantie n’est exigée, aucun représentant fiscal n’est requis, aucun dépôt quatre-vingt-dix jours avant le départ. L’imposition porte sur 31,4 % des plus-values latentes, soit 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, et le dégrèvement intervient à l’expiration d’un délai de deux ans, porté à cinq ans lorsque la valeur globale des titres excède 2 570 000 € à la date du transfert, si les titres sont encore dans votre patrimoine. Le chapitre 09 en détaille les événements interruptifs.

Le représentant fiscal accrédité n’est pas exigé. Le IV de l’article 244 bis A du CGI prévoit que l’impôt sur la plus-value immobilière est acquitté sous la responsabilité d’un représentant établi en France et accrédité par l’administration. Cette obligation ne s’applique pas au cédant domicilié dans un État membre : la dispense joue de plein droit, sans formalité, quel que soit le prix de cession. Les dispenses subsidiaires attachées à un prix inférieur à 150 000 € ou à une exonération pour durée de détention visent les cédants domiciliés hors de l’Union ; elles sont sans objet pour un résident de Grèce, et les invoquer laisse croire à une contrainte inexistante. Un honoraire de représentation fiscale facturé sur une telle vente est un coût que la loi n’impose pas.

L’exonération de CSG et de CRDS, elle, n’est pas automatique. C’est toute la différence, et c’est la raison d’être de ce chapitre. Les deux premiers effets découlent du seul transfert de domicile dans un État membre : ils n’exigent rien de vous. Le troisième découle de votre rattachement social effectif, qui est un fait, qui se construit, et qui peut ne jamais se produire. Deux clients installés le même jour dans le même immeuble ne l’obtiennent pas tous les deux.

Un quatrième point, pour éviter une extension abusive du raisonnement. L’impôt sur la fortune immobilière reste dû par le non-résident, au-delà de 1 300 000 €, sur ses seuls actifs immobiliers situés en France : ni les comptes-titres, ni les liquidités, ni les contrats d’assurance-vie non immobiliers n’entrent dans son assiette. Aucune règle de coordination sociale, aucune affiliation grecque et aucun régime fiscal hellénique ne modifie ce périmètre. Le chapitre 10 en expose le calcul et le plafonnement.

Ce qui ne tient pas

« Je réside en Grèce, donc je suis affilié en Grèce. » La résidence ne rattache que les personnes qui ne sont ni actives ni pensionnées, par le e) du § 3 de l’article 11, et sous réserve des dispositions particulières qui maintiennent la compétence de l’État débiteur de la pension. Un retraité français sans pension grecque reste pris en charge par la France.

« Mon régime fiscal grec emporte mon affiliation. » Ni l’article 5Α, ni l’article 5Β, ni l’article 5Γ n’ont d’effet sur le rattachement social. Ce sont des régimes d’imposition. Le titre de séjour par investissement n’en a pas davantage, et dans sa version immobilière il n’ouvre même pas l’accès au marché du travail.

« La Grèce est dans l’Union, donc mes loyers français sont à 7,5 %. » L’appartenance à l’Union ne remplit que la première des deux conditions du I ter. La seconde tient à l’affiliation réelle, et elle fait défaut au titulaire d’un S1 français comme au salarié détaché sous A1 français.

« Mon A1 me couvre en Grèce. » Le A1 atteste la législation applicable, pas l’ouverture des soins. Sans S1 déposé auprès de la caisse grecque, aucune inscription locale et aucun tiers payant.

« Ma carte européenne suffira pour me faire soigner à Athènes. » Elle ne couvre pas les soins dans votre État de résidence. Pour un résident de Grèce, elle sert lors d’un séjour en Italie ou en Espagne, pas au cabinet du quartier.

« Je continuerai à cotiser volontairement en France pour ne pas perdre de trimestres. » Le principe d’unicité de l’article 11 s’y oppose dès lors que la loi grecque est applicable. Ce que le règlement vous garantit n’est pas le cumul, c’est la totalisation : vos trimestres français ne sont pas perdus, ils sont pris en compte par l’article 6, et l’article 52 impose de retenir le plus élevé des deux calculs.

« Les cotisations grecques sont proportionnelles, comme en France. » Pour un salarié, elles le sont mais elles sont plafonnées à 7 761,94 € par mois d’assiette. Pour un indépendant, elles ne le sont pas du tout : le montant est forfaitaire et dépend d’une catégorie choisie, non du bénéfice réalisé.

« Une petite activité en Grèce résoudra tout. » Elle fait basculer la compétence maladie tant qu’elle dure, mais elle emporte l’affiliation grecque et ses cotisations, elle expose à la retenue grecque de 6 % dont l’assiette n’est pas établie, et si elle dure moins d’un an elle ne produit aucune pension grecque. Le raisonnement est juste dans son principe et faux dans sa conclusion.

Ce que nous ne tranchons pas

État des vérifications au 27 juillet 2026. Deux réserves de méthode traversent tout ce chapitre : le règlement (CE) n° 883/2004 a été lu dans sa version telle qu'adoptée, ses annexes ayant été modifiées depuis ; et les textes grecs de sécurité sociale ont été consultés sur des reproductions dépourvues d'historique de modification, ce qui permet d'en lire le contenu sans permettre d'en établir la force actuelle. Aucune de ces questions n'est publiée pour l'ornement : chacune a été cherchée, aucune n'a été établie, et la plupart se traduisent directement en euros.
Question ouvertePourquoi elle n'est pas tranchéeCe qu'elle commande
Le titulaire d'un S1 français est-il « à la charge d'un régime obligatoire français » au sens du I ter des articles L. 136-6 et L. 136-7 ?La lecture littérale du texte dit oui, puisque la France supporte le coût des prestations en nature au titre de l'article 24 du règlement. La page publique de l'administration énonce la règle en termes positifs seulement, et aucune position administrative ni décision traitant expressément ce cas n'a été retrouvée9,7 points sur les revenus fonciers et les plus-values immobilières françaises. Sur le dossier chiffré plus haut : de 4 500 à 8 100 € par an, et 19 400 € sur une seule cession
L'inactif résidant en Grèce sans pension d'aucun État peut-il obtenir le taux de 7,5 % ?Les deux conditions du I ter sont textuellement remplies par le jeu du e) du § 3 de l'article 11, mais la preuve attendue est une attestation d'affiliation qu'un inactif non affilié ne peut pas produireLe taux applicable au patrimoine français d'un bénéficiaire du régime de l'article 5Α sans activité
L'assiette de la retenue grecque de 6 % sur les pensionsL'article 44 de la loi 4387/2016 vise « la somme des pensions versées, quelle qu'en soit la cause » et l'article 30 § 1 du règlement autorise l'État qui supporte le coût à opérer une retenue calculée selon sa propre législation, sans encadrer l'assiette. Aucune circulaire ni réponse de l'e-EFKA n'a été obtenue sur son application à une pension françaiseJusqu'à 3 600 € par an sur 60 000 € de pensions. Nous chiffrons systématiquement les deux hypothèses
Les conditions et le coût d'une affiliation volontaire à l'e-EFKALe principe est mentionné par la documentation publique, sans que ni les conditions d'accès ni le montant des cotisations aient pu être établis sur une sourceLa seule voie de couverture, donc de rattachement, pour un inactif non pensionné installé en Grèce
Les modalités pratiques de délivrance et de contestation du formulaire A1 dans le contexte gréco-françaisLe fondement juridique est établi, mais nous n'avons pas vérifié la procédure suivie par les institutions des deux États ni les délais d'instructionLa sécurité du rattachement d'un détaché ou d'un pluriactif, et donc le taux applicable à son patrimoine français
La version courante des annexes IV, VIII et X du règlement 883/2004Le règlement a été lu dans sa version telle qu'adoptée en 2004 ; les annexes ont été modifiées depuis et n'ont pas pu être consultées dans leur version consolidéeLe droit de revenir se faire soigner en France pour des soins programmés (annexe IV), la dispense de calcul au prorata (annexe VIII), et le caractère exportable ou non de l'allocation de solidarité aux personnes âgées et de l'allocation supplémentaire d'invalidité (annexe X)
Le taux et l'assiette de la retraite complémentaire obligatoire des salariés grecsLe barème public dont proviennent les lignes autres que la maladie n'en comporte aucune, et aucun texte grec n'a été lu sur ce pointLe total de 28,50 % est partiel : le coût social complet d'un salarié grec est supérieur au chiffrage publié ici
Le régime de régularisation d'une activité indépendante déclarée tardivement, et la fenêtre annuelle de choix de catégorieAucune décision de l'e-EFKA organisant ces procédures n'a été identifiée ; la date du 31 janvier provient de sources professionnellesLe coût d'entrée réel d'une installation en cours d'année, et la possibilité de corriger un choix de catégorie inadapté
L'assiette de la cotisation spéciale de 10 % due par le retraité qui reprend une activité en GrèceLa formulation disponible n'est corroborée par aucun texte grec lu, et le doute porte sur la nature même de l'assiette — pension seule ou rémunérationLe coût réel de la reprise d'activité, qui est l'un des deux moyens de faire basculer le rattachement

Portée de ce chapitre

Ce chapitre présente une information éducative générale sur l’affiliation au régime grec de sécurité sociale, sur la coordination des régimes français et grec au titre du règlement (CE) n° 883/2004, et sur l’articulation de ce rattachement avec les prélèvements sociaux français sur les revenus du patrimoine, à jour des textes publiés au 27 juillet 2026. Il ne constitue ni une consultation juridique ou fiscale, ni un conseil personnalisé. Hagnéré Patrimoine est un cabinet de conseil en gestion de patrimoine immatriculé à l’ORIAS sous le numéro 23002291 ; il n’est habilité ni à délivrer un avis de droit social hellénique, ni à se prononcer sur l’application individuelle du règlement (CE) n° 883/2004, matières pour lesquelles l’intervention d’un spécialiste de la protection sociale internationale et, le cas échéant, d’un avocat fiscaliste local est requise.

Les montants cités sont des illustrations construites sur des hypothèses explicites. Ils dépendent de la composition de vos revenus, de la structure de votre patrimoine, de l’État qui supporte le coût de vos prestations et des textes en vigueur à la date considérée. Aucun résultat n’est présenté comme acquis, aucun rendement n’est promis, aucun organisme d’assurance ni établissement financier n’est nommé ni recommandé. Le placement de tout capital comporte un risque de perte.

Trois points signalés comme non tranchés commandent à eux seuls l’essentiel des écarts chiffrés : la situation du titulaire d’un S1 au regard du I ter des articles L. 136-6 et L. 136-7, l’assiette de la retenue grecque de 6 % sur les pensions, et les conditions d’une affiliation volontaire à l’e-EFKA. Ils appellent une vérification à la date du jour et un avis spécialisé avant toute décision. Nous préférons écrire que ces questions se discutent avec nos avocats partenaires spécialisés sur la Grèce plutôt que de leur donner une réponse que le droit ne donne pas.

§ 15QUOTIDIEN·25 MIN

15. Le quotidien : banque, logement, écoles, santé, coût de la vie

La question qui nous revient trois mois après l’installation n’est jamais fiscale. Elle ressemble à celle-ci : « la banque refuse d’ouvrir le compte tant que je n’ai pas de justificatif de domicile, le propriétaire ne signe pas le bail tant que je n’ai pas de compte, et le fournisseur d’électricité demande un numéro fiscal que je n’ai pas encore. » Ce n’est pas une mauvaise fortune, c’est une chaîne de dépendances, et elle a un point d’entrée unique. Celui qui commence par le bon maillon déroule le reste en une semaine ; celui qui commence par le mauvais tourne pendant deux mois.

Ce chapitre traite de ce que les guides fiscaux laissent de côté et qui décide pourtant du confort d’une expatriation : le numéro fiscal grec et ce qu’il commande, le compte de paiement et le droit qu’on peut opposer à un établissement, le bail d’habitation et ses règles impératives, le prix réel des choses poste par poste, la scolarité française sur place et son coût exact, le permis de conduire, la santé au quotidien. Nous nous en tenons à ce que nous avons pu lire dans un texte ou dans une statistique publique. Là où il n’existe que des chiffres de portails commerciaux, nous le disons et nous ne publions rien.

Deux avertissements d’entrée. Le premier : la vie courante coûte environ un cinquième de moins qu’en France, et c’est un écart réel, mais il est très mal réparti. Trois postes coûtent plus cher en Grèce, dont deux que personne n’anticipe. Le second : certains choix de confort — la grande maison, le second véhicule, l’école privée — sont eux-mêmes des bases d’imposition en droit grec. Le quotidien communique avec la fiscalité, et pas dans le sens qu’on croit.

Le numéro fiscal commande tout le reste

L’ΑΦΜ (Αριθμός Φορολογικού Μητρώου) n’est pas seulement un identifiant fiscal : c’est la clé d’accès à toute opération juridique en Grèce. Sans lui, pas de compte bancaire, pas de contrat d’électricité, pas de bail déclaré, pas d’acquisition, pas d’immatriculation de véhicule. Le chapitre 03 en traite sous l’angle de la qualification ; nous n’en retenons ici qu’un point de droit, à connaître parce qu’il rassure : l’ΑΦΜ est exigé des résidents comme des non-résidents, et en obtenir un n’emporte aucune présomption de résidence fiscale grecque. On peut donc le demander très en amont, avant même d’avoir arrêté une date de départ, sans que cela pèse d’un gramme dans un débat de résidence.

Depuis la décision Α.1185/2023 (ΦΕΚ Β΄ 6708 du 29 novembre 2023), l’ΑΦΜ et le κλειδάριθμος sont attribués simultanément, en une seule procédure. Le κλειδάριθμος est le code d’activation des identifiants TAXISnet : sans lui, l’ΑΦΜ ne donne accès à rien en ligne, ni au portail myAADE, ni à la déclaration de revenus, ni au certificat de résidence. Tous les guides antérieurs à 2023 décrivent deux démarches séparées et deux déplacements : ils sont périmés. Le dépôt est exclusivement en ligne, l’identification se faisant par visioconférence avec un agent (service myAADElive) ou par présence physique dans un service local ΔΟΥ. La procédure est gratuite et son temps de traitement annoncé est de trente minutes.

Α.1185/2023, ΦΕΚ Β΄ 6708 du 29 novembre 2023, « Καθορισμός διαδικασίας ταυτόχρονης απόδοσης Α.Φ.Μ. και κλειδαρίθμου σε φυσικά πρόσωπα » ; ΠΟΛ.1006/31.12.2013, ΦΕΚ Β΄ 19 du 10 janvier 2014, pour l'attribution du numéro fiscal — le millésime du ΦΕΚ est indispensable, le ΦΕΚ Β΄ 19 de 2013 portant sur un tout autre objet ; π.δ. 106/2007, ΦΕΚ Α΄ 135 du 21 juin 2007, article 8. L'ordre des lignes est l'ordre des démarches : il n'est pas indifférent.
Le maillonÀ quoi il sertOù on l'obtientCe qui est bloqué sans lui
ΑΦΜ + κλειδάριθμοςIdentifiant fiscal et clé d'activation TAXISnet, délivrés ensembleEn ligne, identification par visioconférence myAADElive ou en ΔΟΥ. GratuitTout : compte bancaire, bail déclaré, électricité, véhicule, acquisition, déclaration de revenus
Compte de paiement grecRecevoir les pensions, payer les charges, satisfaire l'obligation de paiement électroniqueÉtablissement de crédit établi en Grèce. Droit d'accès légal au compte à caractéristiques de baseLe paiement du loyer par voie bancaire, donc l'abattement de la règle des dépenses électroniques
Bail déclaré à l'administration fiscaleJustificatif de domicile opposable, et pièce demandée pour presque tout le resteDéclaration électronique faite par le bailleur, pas par vousContrat d'électricité et d'eau, inscription au registre, dossier scolaire, parfois le compte bancaire
ΑΜΚΑNuméro de sécurité sociale grec, distinct du numéro fiscalBureau KEP ou agence e-EFKAInscription auprès de la caisse d'assurance maladie, médecin personnel, ordonnance électronique
Βεβαίωση εγγραφής de citoyen de l'UnionAttestation d'enregistrement du séjour au-delà de trois moisService des étrangers de la police du lieu de résidence, en personneRien juridiquement, beaucoup en pratique : la pièce est réclamée à de nombreux guichets

Trois identifiants, trois administrations, aucune passerelle

L’ΑΦΜ est fiscal et relève de l’administration fiscale. L’ΑΜΚΑ est social et relève de l’organisme de sécurité sociale. Le κλειδάριθμος n’est ni l’un ni l’autre : c’est un code d’activation. Détenir l’un ne donne pas les autres, et aucune des trois administrations ne transmet à sa voisine.

L’erreur de séquence la plus fréquente consiste à demander l’ΑΜΚΑ avant l’ΑΦΜ, ou à chercher un logement avant d’avoir l’ΑΦΜ. Dans les deux cas, on perd des semaines. La séquence qui fonctionne est celle du tableau ci-dessus, dans l’ordre, sans en sauter un.

L’enregistrement du séjour : une obligation réelle, une sanction dérisoire

Un ressortissant français n’a besoin d’aucun titre pour vivre en Grèce, mais il a une obligation d’enregistrement. L’article 8 § 1 du π.δ. 106/2007 (ΦΕΚ Α΄ 135 du 21 juin 2007, qui transpose la directive 2004/38/CE) dispose que les citoyens de l’Union qui séjourneront en Grèce plus de trois mois « υποχρεούνται μετά τη λήξη του τριμήνου να εμφανίζονται αυτοπροσώπως, στις αρμόδιες για το χειρισμό θεμάτων αλλοδαπών αστυνομικές αρχές του τόπου κατοικίας τους, για καταγραφή » — ils doivent, à l’expiration du trimestre, se présenter en personne devant les autorités de police compétentes en matière d’étrangers de leur lieu de résidence, aux fins d’inscription. Le service délivre immédiatement une attestation portant nom, adresse et date d’enregistrement.

Les pièces sont énumérées au § 2 : copie conforme d’une pièce d’identité ou d’un passeport en cours de validité, puis, selon la situation, une attestation d’embauche ou d’activité indépendante, ou les éléments établissant que l’intéressé dispose de ressources suffisantes et d’une couverture maladie complète. Le texte ajoute une précision qui vaut d’être connue : dans la déclaration de ressources, « δεν απαιτείται να αναφέρεται το συγκεκριμένο ύψος αυτών » — il n’est pas exigé d’en mentionner le montant précis. Et le § 3 fixe l’étalon d’appréciation : la situation personnelle de l’intéressé et le montant de la pension minimale servie en Grèce. Autant dire que la condition de ressources ne constitue pas un obstacle pour la clientèle de ce guide.

La sanction du défaut d'enregistrement : un renvoi que le nouveau code pénal a vidé

L’article 27 du même décret renvoie, pour la violation de l’article 8 § 1, aux sanctions de l’article 458 du code pénal grec. Ce renvoi est aujourd’hui suspendu dans le vide. L’article 468 du code pénal issu de la ν. 4619/2019, en vigueur depuis le 1er juillet 2019, dispose que « τα πταίσματα καταργούνται » — les contraventions sont abrogées — et l’article 458, qui réprimait la violation intentionnelle d’une disposition impérative ou prohibitive de la législation administrative d’une amende d’au moins cinquante-neuf euros, a disparu avec elles. Le montant de 59 € que reprennent encore la plupart des guides est celui du code pénal de 1950 : il n’existe plus.

Ce qui prend sa place n’est pas tranché, et nous préférons l’écrire. Deux lectures coexistent. La première tient le renvoi de l’article 27 pour privé d’objet, faute de disposition pénale à laquelle renvoyer : le manquement resterait, en l’état, sans sanction. La seconde s’appuie sur les textes de transition qui ont converti les anciennes contraventions en amendes administratives — un projet du ministère de la Justice de septembre 2020 retenait une fourchette de cent à six cents euros — et applique ce régime au défaut d’enregistrement. Nous n’avons pas pu établir sur source primaire lequel de ces deux états du droit prévaut. Ce point se discute avec nos avocats partenaires spécialisés sur la Grèce, et le cabinet organise cette mise en relation. Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’enjeu financier est faible et que le vrai coût du défaut d’enregistrement est ailleurs.

Ce qui n’est pas symbolique, c’est l’usage administratif : l’attestation est réclamée à de nombreux guichets, et son absence produit des allers et retours que l’amende ne mesure pas. Après cinq années de séjour, l’article 16 du décret ouvre la délivrance, sur demande présentée en personne, d’un έγγραφο πιστοποίησης μόνιμης διαμονής, document attestant la résidence permanente.

Le compte bancaire : un droit opposable, et ce qu’il ne couvre pas

Contrairement à ce qu’on entend, l’ouverture d’un compte n’est pas à la discrétion de l’établissement. L’article 16 de la ν. 4465/2017 (ΦΕΚ Α΄ 47 du 4 avril 2017), qui transpose la directive 2014/92/UE, pose que « οι καταναλωτές που διαμένουν νόμιμα στην Ένωση έχουν το δικαίωμα να ανοίγουν και να χρησιμοποιούν λογαριασμό πληρωμών με βασικά χαρακτηριστικά » — les consommateurs qui résident légalement dans l’Union ont le droit d’ouvrir et d’utiliser un compte de paiement à caractéristiques de base auprès d’un établissement de crédit établi en Grèce. Le droit est ouvert indépendamment du lieu de résidence dans l’Union : un résident de France peut donc s’en prévaloir avant même d’avoir déménagé.

Trois éléments de ce texte servent en pratique. Le délai : l’établissement statue « χωρίς αναίτια καθυστέρηση και το αργότερο εντός δέκα (10) εργάσιμων ημερών από την παραλαβή ολοκληρωμένης αίτησης », sans retard injustifié et au plus tard dix jours ouvrables après réception d’une demande complète. Les motifs de refus : ils sont limitativement énumérés, le premier étant que l’ouverture emporterait violation de la réglementation de lutte contre le blanchiment, le second que le demandeur détient déjà un compte équivalent auprès d’un autre établissement en Grèce. La limite, enfin : les établissements qui fournissent des comptes de paiement exclusivement par internet ne sont pas tenus d’offrir ce compte de base.

Cette réserve de blanchiment est celle qui explique la totalité des frictions constatées. La ν. 4557/2018 (ΦΕΚ Α΄ 139 du 30 juillet 2018), transposition de la directive (UE) 2015/849 et codifiée jusqu’à la ν. 5313/2026, impose à son article 13 des mesures de vigilance normale : identification et vérification de l’identité sur la base de documents ou d’informations émanant d’une source fiable et indépendante, appréciation de l’objet et de la nature envisagée de la relation d’affaires, et surveillance continue de celle-ci. Ce ne sont pas des exigences grecques : ce sont les mêmes qu’en France, appliquées à un dossier étranger, ce qui les rend simplement plus longues à satisfaire.

Le dossier qui passe du premier coup

Nous ne nommons aucun établissement et n’en recommandons aucun. Ce qui se prépare, en revanche, se prépare de la même manière partout : pièce d’identité ou passeport en cours de validité, ΑΦΜ, justificatif d’adresse en Grèce — le bail déclaré à l’administration fiscale est la pièce la plus solide —, justificatif des revenus ou des pensions, auto-certification de résidence fiscale au titre de l’échange automatique d’informations, et, pour un dossier significatif, une explication écrite et documentée de l’origine des fonds. C’est ce dernier point qui bloque le plus souvent, et il ne se documente pas en une heure : un acte de cession, un avis d’imposition, un relevé de compte de dénouement valent mieux qu’une déclaration sur l’honneur.

Deux précisions d’honnêteté. Le droit de l’article 16 porte sur un compte de paiement à caractéristiques de base : opérations d’ouverture et de clôture, versements, retraits d’espèces dans l’Union, opérations de paiement. Il n’ouvre droit ni à un découvert, ni à un crédit immobilier, ni à un service de gestion. Et conserver un compte en France reste parfaitement légitime, mais emporte des obligations déclaratives symétriques dès lors qu’on est résident de l’un des deux États : le chapitre 10 les décrit.

Se loger : le bail grec vous protège plus que vous ne le souhaitez

Le bail d’habitation grec relève pour l’essentiel du code civil, mais une disposition impérative en commande la durée et elle surprend systématiquement. L’article 2 § 1 de la ν. 1703/1987, dans sa rédaction issue de l’article 1 § 5 de la ν. 2235/1994, dispose que « η μίσθωση ακινήτου για κατοικία ισχύει τουλάχιστον για τρία (3) έτη » — le bail d’un immeuble à usage d’habitation vaut pour trois ans au minimum, quand bien même il aurait été conclu pour une durée plus brève ou pour une durée indéterminée. Une réserve décisive, que les présentations courantes escamotent : l’article 1 de la même loi limite son champ aux baux d’immeubles « που χρησιμοποιούνται κατά τη μισθωτική σύμβαση για κύρια κατοικία », c’est-à-dire affectés par le contrat à la résidence principale du locataire, et, en cas d’usage mixte, seulement si cette affectation est prépondérante. Le bail de résidence secondaire ou de villégiature échappe à la triennale et relève du seul code civil. La réduction de cette période de trois ans n’est admise que par un accord postérieur, conclu au moins six mois après le début du bail et prouvé par acte notarié.

Deux conséquences opposées, et il faut les tenir ensemble. Pour le locataire, c’est une protection considérable : un bail signé pour un an vaut trois ans, et le bailleur ne peut pas reprendre le bien à l’échéance affichée. Pour celui qui veut essayer la Grèce un an avant de décider, la règle joue en sens inverse — mais seulement dans son champ. Si le contrat affecte le bien à la résidence principale du locataire, un bail signé pour huit mois vaut trois ans, et c’est ce qui explique la prudence des bailleurs : le refus qu’on interprète comme de la mauvaise volonté est souvent une lecture correcte du texte. En revanche, une location de villégiature ou de résidence secondaire échappe à la triennale et se conclut librement pour la durée convenue. La ligne de partage tient donc à la qualification retenue par le contrat, et non à la durée affichée : c’est la clause d’affectation qu’il faut lire avant de signer, et la faire relire.

Le § 2 du même article pose une seconde règle impérative, celle-ci pleinement favorable : « Προκαταβολή μισθώματος επιτρέπεται μόνο για τον τρέχοντα μισθωτικό μήνα » — l’avance de loyer n’est permise que pour le mois de location en cours. La demande de six mois ou d’un an de loyer d’avance, que l’on rencontre auprès de bailleurs réticents à louer à un étranger sans historique local, est contraire au texte. Le dépôt de garantie (εγγύηση) est autre chose et n’est pas un loyer d’avance, mais le même § 2 le plafonne : il interdit au locataire de verser une garantie de bonne exécution d’un montant supérieur aux loyers de deux mois. La demande de trois mois de dépôt, courante en pratique auprès de bailleurs qui louent à un étranger sans historique local, est donc elle aussi contraire au texte.

La déclaration du bail est faite par le bailleur, et elle vous sert deux fois

Les bailleurs sont tenus de déclarer par voie électronique à l’administration fiscale les éléments de tout bail, initial ou modificatif, au plus tard à la fin du mois qui suit le début de la location ou sa modification. La déclaration incombe au propriétaire, pas au locataire ; le locataire, lui, en a besoin.

Elle sert d’abord de justificatif de domicile opposable, pour l’électricité, l’eau, la banque et l’enregistrement du séjour. Elle sert ensuite à un usage purement fiscal que personne ne signale au moment de la signature : le régime grec des dépenses par moyens électroniques abaisse de 30 % à 20 % le pourcentage de revenu à justifier lorsque l’impôt sur le revenu, l’ENFIA, le remboursement d’emprunts et les loyers réglés électroniquement dépassent 60 % du revenu réel. Un expatrié locataire à Athènes y tombe sans difficulté, à condition que son loyer soit payé par virement et que le bail existe dans le système. Le chapitre 07 détaille ce mécanisme et la majoration de 22 % qui sanctionne son non-respect.

Reste le prix, et c’est là que nous devons être précis sur ce que nous savons. L’indice des prix à la consommation harmonisé publié par l’office statistique européen pour les loyers effectifs du logement donne, en moyenne annuelle et base 100 en 2015 : Grèce 92,16 en 2019 et en 2020, puis 113,26 en 2025. Sur cinq ans, la hausse des loyers grecs est donc de 22,9 %. Sur la même période, l’indice français passe de 101,06 à 109,72, soit 8,6 %. La Grèce a rattrapé, en cinq ans, un décrochage qui datait de la crise, et elle l’a fait presque trois fois plus vite que la France.

Cet indice mesure le stock des loyers, pas le loyer que vous allez payer

Un indice de loyers effectifs suit l’ensemble des baux en cours, dont la très grande majorité sont anciens et ne se réévaluent que lentement. Un arrivant ne signe jamais un bail du stock : il signe au prix de marché des baux nouveaux, qui a progressé davantage. L’indice donne la direction et l’ordre de grandeur ; il sous-estime ce que paie un nouvel entrant, et de beaucoup dans les quartiers centraux d’Athènes et de Thessalonique.

Nous ne publions aucun prix au mètre carré. Les seuls chiffres disponibles pour les loyers demandés proviennent de portails d’annonces commerciaux, dont nous ne pouvons vérifier ni la méthode, ni le périmètre, ni l’écart entre le prix affiché et le prix signé. Publier « X euros le mètre carré à Kolonaki » donnerait une fausse précision à une donnée que nous n’avons pas établie. Le bon réflexe est inverse : arriver avec un budget mensuel fixé, louer d’abord en meublé pour quelques mois, et signer le bail de trois ans une fois le quartier connu.

Un élément de contexte qui joue directement sur l’offre athénienne. La décision interministérielle 225563 ΕΞ 2025 (ΦΕΚ Β΄ 7200 du 31 décembre 2025) a prorogé jusqu’au 31 décembre 2026 la suspension des nouvelles inscriptions au registre des biens de séjour de courte durée pour les immeubles situés dans les premier, deuxième et troisième arrondissements de la commune d’Athènes : le centre historique, Kolonaki, Exarcheia, Koukaki, Mets, Neos Kosmos, Petralona, Thiseio, Gazi, Metaxourgeio. Les biens déjà inscrits continuent ; les nouveaux ne peuvent pas entrer. La mesure vise précisément à ramener des logements vers la location longue durée. Ce qu’elle produira reste à observer, et nous n’en tirons aucune prévision de prix.

Dans les îles, la question ne se pose pas dans les mêmes termes, et il faut le dire franchement : nous n’avons trouvé aucune statistique publique du marché locatif insulaire de longue durée. Ce que le droit éclaire, en revanche, ne dépend d’aucune statistique : dès lors qu’un bail affecte le bien à la résidence principale du locataire, il tombe sous la triennale de la ν. 1703/1987 et immobilise le bien pendant trois saisons touristiques — ce qui explique la réticence des propriétaires à le qualifier ainsi. La conséquence pratique n’est pas qu’il soit impossible de louer à l’année, mais que l’offre bascule vers des formes contractuelles qui échappent à la triennale, location saisonnière ou de villégiature, avec la précarité qui va avec. La part respective de ce mécanisme juridique et de la simple rentabilité de la location de courte duréen’est pas établissable sur les sources publiques disponibles, et nous ne la tranchons pas. Pour qui envisage de s’installer durablement dans une île, la question de la qualification du bail, et celle de l’arbitrage entre location et acquisition, se posent ensemble : elles se discutent avec nos avocats partenaires spécialisés sur la Grèce, et le cabinet organise cette mise en relation. Pour qui envisage de s’installer durablement dans une île, l’achat n’est pas une préférence patrimoniale : c’est souvent la seule façon d’être logé douze mois sur douze. Le chapitre 11 en expose le coût et les pièges.

Hagnéré Patrimoine

Ordonner les démarches avant de fixer la date

Numéro fiscal, compte de paiement, bail, enregistrement du séjour, couverture santé, scolarité : ces six briques se tiennent, et l'ordre dans lequel on les pose décide de la durée de l'installation. Nous établissons ce calendrier avec vous, et nous l'articulons avec celui du départ fiscal, qui obéit à d'autres échéances.

Premier échangeSans engagementCabinet CIF, COA, COBSP

Le coût de la vie, poste par poste

Il existe une seule source qui compare des prix entre pays selon une méthode homogène : les indices de niveau de prix établis par l’office statistique européen à partir des parités de pouvoir d’achat. Ils rapportent le prix d’un panier identique de biens et de services à la moyenne de l’Union, base 100. Les chiffres ci-dessous sont ceux de 2025. Sur l’agrégat de la consommation finale des ménages, la Grèce se situe à 87,4 et la France à 110,3 : le même panier coûte environ 21 % de moins en Grèce.

Cette moyenne, prise seule, est trompeuse. Elle recouvre un poste à −37 % et un poste à +41 %.

Indices de niveau de prix, consommation finale des ménages, moyenne de l'Union à 27 = 100, année 2025. Source : office statistique de l'Union européenne, série des parités de pouvoir d'achat et indices de niveau de prix. La colonne d'écart est le rapport des deux indices, arrondi au point : elle indique ce que coûte le même panier en Grèce rapporté à la France, et non une évolution dans le temps.
Poste de consommationGrèceFranceÉcart pour un même panier
Ensemble de la consommation des ménages87,4110,3− 21 %
Logement, eau, électricité, gaz et autres combustibles76,6120,7− 37 %
Restaurants et hébergement86,1116,0− 26 %
Loisirs, sport et culture83,0102,5− 19 %
Transports89,3108,2− 17 %
Autres biens et services84,2101,0− 17 %
Équipement et entretien du logement91,8107,0− 14 %
Santé83,594,3− 11 %
Habillement et chaussures94,497,0− 3 %
Alimentation et boissons non alcoolisées105,3106,8− 1 %
Information et communication126,989,7+ 41 %

Le poste alimentaire est le résultat le plus contre-intuitif, et il vaut d’être détaillé parce qu’il est celui que les clients citent en premier lorsqu’ils comparent leur ticket de caisse. À l’échelle du panier, l’alimentation coûte la même chose dans les deux pays. À l’échelle du produit, les écarts sont massifs et se compensent.

Mêmes source et millésime. Le poisson est plus cher en Grèce qu'en France : c'est le chiffre que personne ne croit avant de l'avoir vérifié en poissonnerie. Les boissons alcoolisées supportent en Grèce une fiscalité indirecte élevée, qui explique l'essentiel de l'écart de 53 points.
ProduitGrèceFranceÉcart
Boissons alcoolisées154,0100,9+ 53 %
Lait, produits laitiers et œufs129,993,3+ 39 %
Plats préparés et autres produits alimentaires129,292,7+ 39 %
Sucre, confiserie et desserts129,195,1+ 36 %
Poissons et produits de la mer112,7108,5+ 4 %
Céréales et produits céréaliers104,2110,5− 6 %
Légumes, tubercules et légumineuses93,2111,9− 17 %
Viandes96,8128,4− 25 %
Fruits et fruits à coque84,9125,1− 32 %
Tabac65,8191,1− 66 %

Ce que ces indices ne disent pas, et qui vous concerne

Ce sont des moyennes nationales. Elles agrègent Athènes, un village d’Épire et Mykonos. Un client qui s’installe dans une île à forte fréquentation touristique ou dans les quartiers nord d’Athènes ne vit pas aux prix de l’indice, et l’écart peut inverser le signe sur plusieurs postes, la restauration au premier chef.

Le poste « logement » inclut les loyers imputés des propriétaires occupants. Il mesure le coût du service de logement dans l’économie, non le loyer que paiera un nouvel entrant à Athènes. Le −37 % affiché est exact pour ce qu’il mesure et surestime l’économie que fera un locataire arrivant.

Le poste « services d’éducation » ne dit rien du prix d’une école française. Il ressort à 53,1 en Grèce contre 96,8 en France, soit 45 % de moins, mais il reflète pour l’essentiel le coût de l’enseignement public, dont les rémunérations sont plus basses. La scolarité qui vous concernera est chiffrée plus bas, et elle n’a rien à voir avec cet indice.

Deux postes méritent d’être sortis du tableau parce qu’ils font systématiquement l’objet d’un contresens budgétaire. Le premier est l’électricité. Au second semestre 2025, le prix moyen pour un ménage de la tranche de consommation 2 500 à 4 999 kWh par an, toutes taxes et redevances comprises, s’établit à 0,2378 € par kWh en Grèce contre 0,2561 € en France. L’écart est de sept pour cent, pas de moitié. Une villa mal isolée climatisée cinq mois par an coûtera plus cher à chauffer et à refroidir en Grèce qu’un appartement parisien : ce n’est pas le prix du kWh qui fait la facture, c’est le volume. Le second est le poste information et communication, à 126,9 contre 89,7 : la téléphonie et l’accès à internet sont, pour un service comparable, environ 41 % plus chers qu’en France. C’est un poste modeste en valeur absolue, mais c’est le seul du tableau où l’expatriation coûte franchement plus cher.

Un dernier paramètre de prix, propre à une partie du territoire. Depuis le 1er janvier 2026, l’article 11 de la ν. 5246/2025 (ΦΕΚ Α΄ 198 du 11 novembre 2025), qui modifie l’article 26 du code de la TVA (ν. 5144/2024), applique une réduction de 30 % des taux de TVA dans les îles de la région de la mer Égée du Nord, à Samothrace et dans les îles du Dodécanèse dont la population n’excède pas 20 000 habitants ; le dispositif est par ailleurs maintenu pour Lesbos, Chios, Samos et Kos. Les taux deviennent 17 % au lieu de 24, 9 % au lieu de 13 et 4 % au lieu de 6. Les produits du tabac et les moyens de transport en sont exclus et restent au taux normal. Le gain sur un budget courant est réel sans être décisif ; il ne compense en aucun cas le surcoût logistique de la vie insulaire, qui n’est mesuré par aucune statistique que nous ayons pu consulter.

Scolariser des enfants : deux établissements dans tout le pays

C’est le paramètre qui décide de l’endroit où l’on s’installe, et non l’inverse. Le réseau des établissements français homologués à l’étranger compte, en Grèce, deux établissements : le lycée franco-hellénique Eugène-Delacroix, à Agia Paraskevi dans l’agglomération d’Athènes, conventionné avec l’agence pour l’enseignement français à l’étranger, 1 427 élèves et quinze niveaux homologués de la petite section à la terminale ; et l’école française de Thessalonique, établissement partenaire. Il n’y a pas d’établissement français homologué en Crète, à Rhodes, dans les Cyclades, dans le Péloponnèse ni à Corfou. Une famille avec des enfants scolarisés en français vit à Athènes ou à Thessalonique ; les autres localisations supposent l’enseignement grec, un établissement international anglophone ou l’enseignement à distance.

Les tarifs qui suivent sont ceux publiés par le lycée franco-hellénique pour l’année scolaire 2025-2026. Ils sont arrêtés chaque année par le conseil d’administration de l’association gestionnaire et sont donc susceptibles d’évoluer ; nous les donnons pour ce qu’ils sont, un ordre de grandeur vérifié à une date.

Barème des tarifs publié par l'établissement pour l'année scolaire 2025-2026. Les frais de scolarité sont majorés de 20 % pour les familles dont l'employeur prend en charge, directement ou indirectement, la scolarité des enfants : la clause est expressément portée au barème, et elle change l'arbitrage d'un dirigeant qui négocie un package d'expatriation.
NiveauScolarité annuelle 2025-2026Échéancier
Maternelle, CP, CE1, CE25 819 €40 % en octobre, 30 % en février, 30 % en avril
CM15 224 €Même échéancier
CM24 997 €Même échéancier
Collège5 371 €Même échéancier
Collège, section internationale en sixième5 771 €Même échéancier
Lycée5 635 €Même échéancier
Section hellénique, gymnase et lycée grec7 127 €Même échéancier
Droits de première inscription, section française ou hellénique900 €Non remboursables en cas de désistement
Frais de dossier d'inscription40 €Non remboursables
Transport scolaire, selon les arrêts desservisde 1 612 € à 2 050 €Même échéancier
Restauration, formule complète962,50 €Ou 6,05 € le repas à l'unité
Droits d'examen : brevet 65 €, épreuves anticipées 115 €, baccalauréat 350 €—Facturés au deuxième trimestre

Deux enfants, un collégien et un élève de CM2 : la première année

Scolarité, collège ................................ 5 371 €
        Scolarité, CM2 .................................... 4 997 €
        Droits de première inscription, 2 x 900 € ......... 1 800 €
        Frais de dossier, 2 x 40 € ........................... 80 €
        Assurance, 2 x 12 € .................................. 24 €
        Transport scolaire, 2 x 1 817 € (tarif median) .... 3 634 €
        Restauration, formule complete, 2 x 962,50 € ...... 1 925 €
                                                         ---------
        Premiere annee scolaire, deux enfants ............ 17 831 €

        Annees suivantes, hors droits de premiere inscription
        et hors frais de dossier ......................... 15 951 €
  • Ce qui n'est pas compris :activités péri-éducatives 405 €, garderie 201 €, études dirigées 261 €, aide aux leçons 405 €, droits d'examen le moment venu
  • Majoration de 20 % :applicable si l'employeur prend en charge la scolarité, directement ou indirectement
  • Bourses scolaires :un dispositif d'aide existe pour les familles françaises inscrites au registre consulaire, sous conditions de ressources ; nous n'en avons pas vérifié les barèmes
  • Effet fiscal grec :les frais de scolarité privée sont une dépense objective au sens de l'article 31 du code grec de l'impôt sur le revenu : voir l'encadré ci-dessous

Illustration construite sur le barème publié pour 2025-2026, tarif de transport médian et formule de restauration complète. Elle ne constitue ni un devis, ni une simulation personnalisée, ni un engagement : les tarifs sont arrêtés chaque année par l'établissement.

La facture scolaire est aussi une base d'imposition grecque

Le droit grec reconstitue un revenu minimum à partir du train de vie, par le mécanisme des dépenses objectives de subsistance des articles 30 à 34 du code de l’impôt sur le revenu. L’article 31 y range expressément les frais de scolarité versés aux écoles privées d’enseignement primaire et secondaire, la dépense étant déterminée pour chaque élève d’après les factures émises, quel que soit le niveau. En sont écartés les cours du soir et les établissements spécialisés pour élèves en situation de handicap.

Autrement dit, les 17 831 € de l’exemple ci-dessus ne sont pas seulement une dépense : ils entrent dans le calcul d’un revenu présumé, au même titre que la résidence, les véhicules et le personnel de maison. Un dirigeant qui s’installe avec trois enfants, deux voitures et une maison de 250 m² peut se voir reconstituer une base imposable grecque significative alors même que ses revenus de source grecque sont nuls.

La question de savoir si les revenus étrangers déjà taxés à 7 % sous le régime des retraités couvrent cet écart n’est pas tranchée : le chapitre 04 expose pourquoi, la décision administrative qui règle le point pour le régime des hauts patrimoines restant muette pour celui des retraités. Ce point se discute avec nos avocats partenaires spécialisés sur la Grèce, et il se discute avant l’inscription scolaire et l’acquisition du bien, pas à la réception de l’avis d’imposition.

Le permis de conduire : ne l’échangez pas par réflexe

La matière est régie par le π.δ. 51/2012 (ΦΕΚ Α΄ 101 du 27 avril 2012), qui transpose la directive 2006/126/CE. Son article 8 § 1 pose la reconnaissance mutuelle : « Ισχύουσα άδεια οδήγησης που έχει εκδοθεί από κράτος μέλος της Ευρωπαϊκής Ένωσης […] εξακολουθεί να ισχύει στο ελληνικό έδαφος, ως έχει » — un permis valide délivré par un État membre continue de valoir sur le territoire grec, tel quel. Aucune obligation d’échange ne pèse donc sur le résident français, tant que son titre est valide.

L’échange est possible, et il est simple. L’article 8 § 2 prévoit qu’un permis délivré par un État membre est échangé contre un permis grec de catégories correspondantes sans examen médical, théorique ni pratique, à quatre conditions : que la validité de la catégorie échangée ne soit pas expirée, que le titulaire ait sa résidence normale en Grèce ou la qualité d’étudiant depuis six mois au moins, qu’il ait l’âge requis, et qu’il ne détienne aucun autre permis. Le permis étranger est renvoyé au service qui l’a émis. Les droits de timbre ne sont pas dus à l’échange : ils le seront au premier renouvellement du permis grec.

Le piège est ailleurs, et il tient à un article qu’on ne lit jamais. L’article 5 § 1 fixe la durée de validité administrative des permis grecs, et son régime n’a rien de commun avec le régime français.

π.δ. 51/2012, article 5 § 1, dans sa rédaction issue de l'article 50 § 2 de la ν. 4155/2013 (ΦΕΚ Α΄ 120), transposant les articles 2 § 2 et 7 de la directive 2006/126/CE. Chaque renouvellement suppose la vérification des normes minimales d'aptitude physique et mentale de l'annexe III du décret, constatée par des médecins des spécialités qui y sont désignées.
Situation du titulaireDurée de validité administrative en droit grec
Catégories AM, A1, A2, A, B1, B, BE, avant 65 ans15 ans, et en aucun cas au-delà des 65 ans du titulaire
Renouvellement demandé avant 65 ansL'échéance ne peut être postérieure au 68e anniversaire
De 65 ans à 80 ans3 ans au maximum, toutes catégories confondues
Renouvellement demandé avant 80 ansL'échéance ne peut être postérieure au 82e anniversaire
Au-delà de 80 ans2 ans au maximum
Catégories C1, C1E, C, CE, D1, D1E, D, DE, avant 65 ans5 ans, et en aucun cas au-delà des 65 ans du titulaire

Un client de 68 ans, un permis français valable jusqu'à 78 ans : que faire ?

Rien, aussi longtemps que le titre reste valide. Le permis français continue de valoir en Grèce en vertu de l’article 8 § 1, avec son échéance française. Procéder à l’échange par confort administratif ferait basculer l’intéressé dans le régime grec : validité de trois ans, visite médicale à chaque renouvellement, puis deux ans après 80 ans. On échange un titre valable dix ans contre un titre valable trois.

La situation s’inverse à l’expiration. L’article 7 § 1 a) subordonne le renouvellement d’un permis à la résidence normale en Grèce, et son § 3 dispose que les permis délivrés par un État membre et dont la validité a expiré sont renouvelés selon les dispositions du décret grec. Le résident de Grèce ne peut donc pas faire renouveler son permis en France : à l’échéance, il passe nécessairement au rythme grec. La conclusion pratique est simple et elle relève du calendrier : faire renouveler son permis français avant le départ lorsque l’échéance est proche, plutôt qu’après.

Deux réserves. L’article 9 soumet le titulaire d’un permis d’un autre État membre présent sur le territoire grec à l’ensemble des dispositions pénales et administratives grecques, y compris celles relatives à la restriction, à la suspension et au retrait du droit de conduire : ne pas échanger ne met à l’abri d’aucune sanction. Et le même article prévoit qu’un permis retiré par son État d’émission ne vaut pas en Grèce et n’y est pas échangeable.

Reste la voiture elle-même. Le droit douanier grec comporte un régime de franchise pour transfert de la résidence normale (μετοικεσία), susceptible d’exonérer du droit d’immatriculation le véhicule particulier apporté par la personne qui transfère sa résidence en Grèce, sous des conditions de propriété et d’usage antérieurs et dans un délai déterminé. Nous ne publions pas ces conditions : le manuel de l’administration douanière qui les expose n’a pas pu être consulté, les sources administratives grecques opposant un refus d’accès aux consultations automatisées depuis l’étranger, et une franchise décrite de mémoire vaut une facture. Ce que nous savons avec certitude : la franchise se demande avant l’expédition du véhicule, pas après ; elle est encadrée par des délais de forclusion ; et conserver durablement un véhicule immatriculé en France en résidant en Grèce n’est pas une solution, seulement un report. Le point se règle avec le bureau de douane compétent, ou avec un transitaire, avant de charger le camion.

La santé au jour le jour

Le chapitre 14 traite de la question déterminante — quel État supporte le coût de vos soins, et ce que cela change à vos prélèvements. Nous n’y revenons pas. Ce qui suit est le versant pratique : ce qu’il faut avoir en poche et ce à quoi il faut s’attendre.

Le prérequis est l’ΑΜΚΑ, qui s’obtient dans n’importe quel bureau KEP— ces centres de service aux citoyens présents dans toutes les villes — ou auprès de l’organisme d’assurance sociale. Sans ΑΜΚΑ, aucune ordonnance électronique, aucune inscription auprès d’un praticien, aucun remboursement, quel que soit par ailleurs votre droit. Il vient après l’ΑΦΜ dans l’ordre des démarches, et il n’en découle pas. Le titulaire d’un formulaire S1 français l’obtient au même titre que l’affilié local : le S1 se présente à la caisse grecque, qui inscrit son titulaire et le soigne pour le compte de la France.

La Grèce a institué par la ν. 4931/2022 (ΦΕΚ Α΄ 94) un système de médecin personnel, auprès duquel chaque assuré s’inscrit par le portail public gov.gr, chacun ne pouvant être inscrit qu’auprès d’un seul praticien. Ce médecin est le point d’entrée du parcours de soins primaires. Le régime des conséquences attachées au défaut d’inscription — majoration de la participation aux dépenses pharmaceutiques, puis inscription d’office — a été modifié à plusieurs reprises et nous n’avons pas pu établir son état exact au jour où nous écrivons. Nous ne le chiffrons donc pas : la question se pose au bureau KEP au moment de la demande d’ΑΜΚΑ, et la réponse tient en une minute au guichet.

Le point qui décide, et qui n'est ni fiscal ni administratif

Le chapitre 14 établit trois faits qu’il faut relire ensemble au moment de choisir où l’on s’installe. Une hospitalisation en clinique privée non conventionnée reste intégralement à la charge du patient. Un médecin conventionné ne peut effectuer que 200 consultations remboursées par mois. Et le secteur privé grec, bien équipé, est concentré dans les grandes villes.

Additionnés, ces trois éléments disent une chose que la brochure d’agence immobilière ne dira jamais : la maison de rêve dans une petite île et l’unité de cardiologie interventionnelle ne sont pas au même endroit, et la liaison entre les deux dépend d’un bateau ou d’un vol. Nous n’avons pu établir aucun indicateur public récent de densité médicale, de délai d’attente ou de reste à charge par territoire, et nous n’en inventons pas. Mais l’arbitrage n’a pas besoin de statistique pour être posé : pour un couple de 70 ans dont l’un porte un antécédent lourd, la question de la distance à un plateau technique passe avant celle du taux d’imposition. Pour un dirigeant de 52 ans, elle ne pèse rien.

Une couverture santé privée est structurellement pertinente en Grèce, pour les raisons exposées au chapitre 14. Nous n’en publions ni prix, ni comparatif, ni nom d’organisme : nous n’avons trouvé aucune source publique ou primaire sur le coût d’un contrat pour un couple de 60 à 70 ans, sur les limites d’âge, sur les délais de carence ni sur le traitement des pathologies préexistantes. Les cinq questions à poser sont toujours les mêmes : limite d’âge à la souscription et à la reconduction, délai de carence, pathologies préexistantes, prise en charge du secteur non conventionné, couverture d’un rapatriement ou de soins programmés en France. Un contrat souscrit à 62 ans et un contrat souscrit à 71 ans ne se négocient pas dans les mêmes termes : c’est autant un sujet de calendrier que de budget.

Ce qui coûte plus cher, et ce que nous ne tranchons pas

Le tableau des indices de prix donne l’impression d’une économie générale de 21 %. Sur un budget réel de la clientèle de ce guide, l’économie est moindre, pour une raison de structure : les postes où la Grèce est nettement moins chère sont ceux du logement et des services courants, tandis que les postes où elle est plus chère ou équivalente sont ceux d’un mode de vie qui ne se réduit pas en expatriant. Trois lignes de dépense méritent d’être portées au budget avant le départ, parce qu’elles ne figurent dans aucun comparateur.

Ce qui coûte plus cher qu'en France

La téléphonie et l'accès à internet, environ 41 % au-dessus du niveau français pour un service comparable. Les produits laitiers, les œufs, les plats préparés et la confiserie, de 36 à 39 % au-dessus. Les boissons alcoolisées, 53 % au-dessus. Le poisson, 4 % au-dessus — c'est le chiffre que personne ne croit. Et les billets d'avion vers la France, plusieurs fois par an, dont nous n'avons aucune statistique publique mais qui pèsent lourd sur le budget réel d'un expatrié qui a gardé des enfants, des parents et un patrimoine en France.

Ce qui coûte réellement moins cher

Le logement, l'eau et l'énergie pris ensemble, 37 % en dessous du niveau français. La restauration et l'hébergement, 26 % en dessous. Les loisirs, le sport et la culture, 19 % en dessous. Les transports, 17 % en dessous. La santé, 11 % en dessous. Et la fiscalité indirecte du tabac, 66 % en dessous — mention faite sans recommandation. Sur ces postes, l'écart est établi par une méthode homogène et il est solide.

Quatre points de ce chapitre ne sont pas résolus, et nous préférons les nommer que les habiller.

État au 27 juillet 2026. Ces quatre points se discutent avec nos avocats partenaires spécialisés sur la Grèce et, pour le second, avec le bureau de douane compétent. Aucun ne se résout par la lecture d'un guide, y compris celui-ci.
Question ouverteCe qui manque pour la trancherCe qu'elle commande
Le prix réel du marché locatif, à Athènes et dans les îlesAucune statistique publique de loyers demandés. L'indice harmonisé mesure le stock des baux en cours, pas les baux nouveauxLe budget logement de la première année, et donc la faisabilité de tout le projet
Les conditions exactes de la franchise douanière pour transfert de résidenceLe manuel de l'administration douanière n'est pas accessible aux consultations automatisées depuis l'étrangerL'opportunité d'emporter un véhicule plutôt que d'en acheter un sur place
Le régime en vigueur des conséquences du défaut d'inscription auprès d'un médecin personnelLe dispositif a été modifié plusieurs fois depuis 2022 et nous n'avons pas établi son état à la date de rédactionUn point mineur en euros, mais qui conditionne le parcours de soins primaires
L'articulation entre les dépenses objectives de subsistance et le forfait des retraitésLa décision administrative qui règle le point pour le régime des hauts patrimoines reste muette pour celui des retraités (chapitre 04)Le supplément d'impôt grec attaché à une grande maison, à deux véhicules et à une scolarité privée

Une dernière observation, qui n’est pas chiffrable et que nous formulons quand même parce qu’elle revient dans presque tous nos dossiers. La difficulté de l’installation en Grèce n’est ni fiscale, ni financière : elle est procédurale, et elle se concentre sur les huit premières semaines. Ceux qui la vivent mal sont ceux qui ont réglé la fiscalité douze mois à l’avance et qui découvrent la chaîne des identifiants en arrivant. Ceux qui la vivent bien ont obtenu leur numéro fiscal et ouvert leur compte avant de déménager, c’est-à-dire à un moment où ils étaient encore résidents de France — ce que le droit grec autorise sans réserve, et sans qu’aucune présomption de résidence n’en découle. C’est le conseil le moins spectaculaire de ce guide, et c’est celui dont nos clients nous reparlent.