Acheter en SCI ou via la SEL : pourquoi dissocier les murs
Chaque mois, vous versez un loyer à un propriétaire qui n'est pas vous, sur des murs que votre activité finance déjà. La vraie question n'est pas s'il faut acheter, mais comment l'acheter. Première chose que je dis à un expert-comptable qui veut acheter : vos murs et votre cabinet, ce sont deux patrimoines qui ne vivent pas au même rythme. L'immobilier se garde 15, 20, 30 ans ; le cabinet se cède un jour. Mettez-les dans la même structure, et le jour où vous vendez, l'addition tombe. La SCI est l'outil qui les sépare proprement — et, parce que vous êtes assujetti à la TVA, elle vous fait récupérer 80 000 € sur un immeuble de 400 000 € HT que votre confrère médecin, lui, ne récupérera jamais.
L'essentiel en 30 secondes
IR ou IS : l'IR est le standard (revenus fonciers + 17,2 % de PS, plus-value des particuliers allégée à la revente). L'IS efface l'impôt annuel par l'amortissement mais alourdit lourdement la revente.
Le levier propre à l'expert-comptable : assujetti à la TVA à 20 %, vous activez l'option TVA (art. 260, 2°) et la SCI récupère 20 % du prix HT — 80 000 € sur 400 000 €. Un confrère médecin, exonéré, ne récupère rien.
Les garde-fous : engagement TVA sur 20 ans, loyer de marché (acte anormal de gestion) et bail écrit.
Les murs d'un côté, les risques du métier de l'autre
Une SCI est une société civile immobilière (art. 1832 du Code civil) : deux associés minimum, aucun capital minimum exigé. Vous y logez les murs, et vous détenez des parts — un actif divisible et transmissible — plutôt qu'un immeuble en bloc. La responsabilité des associés est indéfinie mais non solidaire (art. 1857 du Code civil) : chacun répond du passif au prorata de ses parts, jamais pour le tout. Surtout, cette SCI est juridiquement distincte de votre SEL d'exercice et d'une éventuelle SPFPL (cadre de l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, en vigueur depuis le 1er septembre 2024) : l'immobilier se loge dans une société civile, pas dans la société d'expertise comptable à l'objet limité. La logique de séparation entre détention des murs et détention des titres de la SEL est la même que celle décrite pour la SPFPL et la détention des titres de la SEL.
Pourquoi ne pas loger les murs dans la SEL d'expertise comptable
Rappelons d'abord ce que l'expert-comptable n'est pas : contrairement au notaire ou au commissaire de justice, il n'est pas officier public ministériel. Inscrit à l'Ordre des experts-comptables (profession libérale réglementée, ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945), il cède librement sa clientèle (le fonds libéral) : pas de droit de présentation, pas d'agrément du Garde des Sceaux. Ses murs sont par nature dissociables de l'activité. Loger les murs dans la SEL, c'est se compliquer la vie pour rien : à la revente, l'immeuble gonfle la valeur des titres alors que le repreneur ne veut que la clientèle, votre plus-value devient professionnelle (plus lourde), et l'immeuble se retrouve exposé au risque de l'activité. La SCI distincte évite tout cela.
| Critère | Nom propre | SCI | Murs dans la SEL |
|---|---|---|---|
| Transmission | Immeuble en bloc | Parts par tranches (donation, démembrement) | Liée à la cession des titres d'exercice |
| Dissociation / risque | Patrimoine personnel exposé | Immobilier isolé de l'exercice | Immeuble mêlé à l'outil professionnel |
| Loyer | Pas de loyer à soi-même en direct | Loyer déductible (BNC ou SEL), foncier pour la SCI | Pas de loyer (immeuble à l'actif) |
| Plus-value de revente | Particuliers (22 / 30 ans) | Particuliers (IR) ou pro (IS) selon l'option | Plus-value professionnelle, sans abattement durée |
Murs ≠ patrimoine locatif : la frontière avec l'investissement immobilier
SCI à l'IR ou à l'IS : le grand arbitrage de l'expert-comptable
C'est la décision qui, à la sortie, se chiffre en dizaines de milliers d'euros — dans un sens ou dans l'autre. Une SCI est transparente à l'IR par défaut (art. 8 du CGI) : chaque associé déclare sa quote-part de loyers en revenus fonciers. Mais elle peut opter pour l'IS (art. 239 du CGI), option qui se renonce jusqu'au 5e exercice puis devient irrévocable. Cet arbitrage se tranche au moment de créer la SCI : revenir dessus ensuite est quasi impossible.
SCI à l'IR — la transparence
Loyers imposés au barème (TMI 41-45 %) + 17,2 % de prélèvements sociaux (revenus fonciers, taux maintenu en 2026). Charges déductibles (art. 31), mais pas d'amortissement. Déficit foncier imputable 10 700 €/an sur le revenu global (art. 156, I-3°), hors intérêts. À la revente : plus-value des particuliers (art. 150 U) — exo d'IR à 22 ans, de PS à 30 ans. Idéale pour détenir longtemps, transmettre ou revendre.
SCI à l'IS — l'amortissement
IS à 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % (art. 219, I-b). L'amortissement du bâti (le terrain n'est pas amortissable, art. 39 et 39 C) écrase l'impôt annuel : les loyers sont peu fiscalisés en détention. Mais à la revente : plus-value pro = prix − valeur nette comptable, amortissements réintégrés, sans abattement de durée. Puis PFU 31,4 % pour sortir le cash. L'effet ciseau de la sortie.
Au fond, l'arbitrage tient en une bascule. À l'IR, vous payez plus d'impôt chaque année (loyer net taxé à votre TMI, souvent 41-45 %, plus 17,2 % de prélèvements sociaux), mais la revente est allégée par les abattements pour durée de détention (exonération d'IR à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans, art. 150 VC ; surtaxe 2 à 6 % au-delà de 50 000 € de plus-value nette imposable, art. 1609 nonies G). À l'IS, l'amortissement écrase l'impôt annuel — votre résultat est faible, voire nul — puis la revente vous rattrape : tous les amortissements déduits sont réintégrésdans le calcul de la plus-value, taxés à 25 % sans le moindre abattement, et il faut encore sortir le produit de la société (re-taxé au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %). Toute l'économie d'impôt des années de détention se rattrape donc le jour de la vente.
| Critère | SCI à l'IR | SCI à l'IS |
|---|---|---|
| Imposition des loyers | Barème (TMI) + 17,2 % de PS | IS 15 % / 25 % sur le résultat net |
| Amortissement du bâti | Non déductible | Déductible → impôt annuel faible |
| Déficit foncier | Oui, 10 700 €/an (art. 156, I-3°) | Non (logique de résultat société) |
| Plus-value à la revente | Particuliers : exo IR 22 ans / PS 30 ans | Pro : prix − VNC, amortissements réintégrés, 25 % |
| Abattement pour durée | Oui (art. 150 VC) | Aucun |
| Sortie du cash | Directe (associé personne physique) | Distribution re-taxée au PFU 31,4 % |
| Réversibilité de l'option | Régime de droit commun | Irrévocable après le 5e exercice |
Le piège classique : l'« exonération à 15 ans » n'existe pas pour une SCI à l'IS
Un piège à ne pas confondre : 150 U n'est PAS 151 septies B
Choisir l'IR ou l'IS : la règle simple
L'IS ne se justifie que dans un cas étroit : TMI très élevée, horizon long, aucune revente envisagée (on garde le bien ou on le transmet via la société), et besoin d'effacer l'impôt foncier annuel. L'arbitrage est détaillé sur un cas concret dans l'arbitrage IR ou IS sur un cas d'officine et, plus largement, dans notre guide pilier sur l'achat des murs en SCI.
Le différenciateur : récupérer la TVA via l'option (art. 260, 2°)
C'est ici que l'expert-comptable prend une longueur d'avance sur ses confrères médecins. En principe, la location de locaux nus est exonérée de TVA de plein droit (art. 261 D, 2° du CGI). Mais la SCI peut opter pour soumettre les loyers à la TVA quand le local est à usage professionnel (art. 260, 2° du CGI). Et la bascule tient à une seule chose : le statut TVA de l'expert-comptable.
Pourquoi l'expert-comptable peut opter (et le médecin pas)
L'expert-comptable facture la TVA à 20 % sur ses honoraires d'expertise comptable et de commissariat aux comptes : l'exonération des soins de l'article 261-4-1° vise la santé humaine et ne le concerne pas. Il est donc assujetti avec un droit à déduction. Concrètement, ça tourne en trois temps : la SCI opte pour la TVA, ce qui lui ouvre le droit de récupérer la TVA d'amont sur l'acquisition et les travaux — soit environ 20 % de l'investissement HT ; elle facture ensuite les loyers TTC ; et l'expert-comptable déduit cette TVA sur le loyer. L'opération est neutre pour le cabinet et procure un gain de trésorerie de 20 %à la SCI sur l'immeuble.
Mécanique : la SCI récupère 80 000 € sur 400 000 € HT
Récupération de TVA via l'option (art. 260, 2°)
Recuperation TVA = Prix HT x 20 % Prix de l'immeuble (HT) = 400 000 EUR TVA recuperee par la SCI (option) = 80 000 EUR Decaissement net pour la SCI = 400 000 EUR (sans option : 480 000 EUR TTC supportes definitivement)
La SCI opte pour la TVA, récupère 80 000 € sur un immeuble de 400 000 € HT et facture les loyers TTC ; l'expert-comptable déduit cette TVA. L'investissement net retombe au montant HT.
Expert-comptable (assujetti) vs médecin/dentiste (exonéré) : le contraste qui change tout
Médecin / dentiste / kiné (exonéré, art. 261-4-1°) : le preneur ne facture pas la TVA, donc ne déduit rien → la TVA d'acquisition reste une charge sèche de 20 %, l'investissement coûte le TTC.
C'est le différenciateur structurel de l'expert-comptable (comme de l'avocat et du notaire). La même opération pour un cabinet médical, où la TVA reste une charge, ne permet pas ce levier.
Sur quoi la TVA est-elle réellement récupérable ? (neuf, VEFA, travaux)
Attention à un point qui change tout : la TVA n'est récupérable que si l'acquisition est soumise à la TVA. C'est le cas d'un immeuble neuf ou en VEFA (vendu HT + TVA 20 %, avec un droit de publicité foncière réduit à 0,715 %) et des travaux taxés. En revanche, un immeuble ancien est en principe hors champ de la TVA : il n'y a pas de TVA d'amont à récupérer à l'achat (mais des droits de mutation à titre onéreux de l'ordre de 5,80 % à 6,40 % selon le département) — seuls les travauxultérieurs ouvriront alors un droit à déduction. L'option a donc tout son sens sur du neuf, de la VEFA ou un programme de travaux significatif.
Comment exercer l'option (un formalisme simplifié)
Bonne nouvelle : parce que le preneur (vous, ou votre SEL) est assujetti, l'option s'exerce par une simple lettre ou déclaration au service des impôts des entreprises, sans qu'aucune clause de bail particulière ne soit imposée (à la différence du cas où le preneur n'est pas assujetti, art. 206 de l'annexe II au CGI). L'option se fait immeuble par immeuble — chacun constituant un secteur d'activité distinct (art. 209 de l'annexe II) ; le Conseil d'État a même admis qu'elle puisse être exercée local par local au sein d'un même immeuble (CE, 9 septembre 2020, n° 439143, SCI EMO), l'option sur certains locaux n'entraînant pas la taxation des autres ; l'administration exige en pratique une désignation expresse, précise et non équivoque des locaux concernés, utile si l'immeuble mêle plusieurs usages. Elle prend effet le 1er jour du mois au cours duquel elle est formulée, et ne peut être dénoncée qu'à compter du 1er janvier de la 9e annéequi suit (art. 194 de l'annexe II). Opter à la TVA, c'est donc s'engager dans la durée : la section suivante détaille comment.
Aller plus loin : l'enchaînement, facture par facture
Le garde-fou : l'engagement de 20 ans et la régularisation
La TVA récupérée n'est pas gravée dans le marbre le jour de l'achat : elle se gagne pour de bon un vingtième par an. La TVA déduite sur un immeuble est régularisable par vingtièmes sur 20 ans(art. 207 de l'annexe II au CGI), l'année d'acquisition comprise. Les travaux d'amélioration suivent la même logique.
Optez à la TVA — mais raisonnez l'engagement sur 20 ans
| Hypothèse | Donnée | Conséquence |
|---|---|---|
| TVA récupérée à l'achat | 80 000 € (sur 400 000 € HT) | Acquise par 1/20 chaque année |
| Revente exonérée à l'année 12 | 8 années restantes sur 20 | Reversement ≈ 80 000 × 8/20 = 32 000 € |
| Pour éviter le reversement | Option TVA sur la cession (art. 260, 5° bis) | Ou transfert du droit à déduction à un acquéreur assujetti |
Et gardez ça en tête : une cessation d'activité ou une vacance durable du local (cabinet fermé, expert-comptable parti) peut remettre en cause le droit à déduction et déclencher une régularisation. Anticipez la relocation ou la revente. Ce garde-fou ne remet pas en cause l'intérêt de l'option : il invite simplement à raisonner l'opération sur un horizon de 20 ans, ce qui correspond précisément à la durée de détention d'une SCI de murs de cabinet.
Financer l'achat : crédit amortissable ou crédit in fine
Rares sont les experts-comptables qui sortent 480 000 € de leur trésorerie pour acheter leurs murs : à crédit, ce sont en partie les loyers (versés par vous-même ou votre SEL) et l'économie d'impôt qui remboursent l'échéance. C'est l'effet de levier. Avec un apport de 80 000 € et les frais, Hélène (notre cas du § 7) pilote 480 000 € de murs qu'elle n'aurait jamais sortis cash — et c'est sa SELARL qui rembourse l'échéance, mois après mois, en se logeant elle-même.
Crédit amortissable
Capital + intérêts remboursés progressivement. Les intérêts sont déductibles des revenus fonciers (SCI à l'IR) ou du résultat (SCI à l'IS). Solution standard, lisible, qui désendette la SCI dans la durée. À privilégier quand on ne dispose pas d'un capital à nantir.
Crédit in fine adossé
On ne rembourse que les intérêts ; le capital est soldé au terme grâce à un placement nanti (assurance-vie, contrat de capitalisation). Souvent pertinent en SCI à l'IR : les intérêts, élevés et constants, maximisent la déduction sur les revenus fonciers. Plus technique : on ne le conseille que si vous avez déjà un contrat d'assurance-vie bien capitalisé à nantir — sinon l'amortissable reste plus sain.
Intérêts d'emprunt : un déficit qui ne descend PAS sur le revenu global
L'apport qui ne sert pas l'opération reste investi
IR ou IS, option TVA, crédit ou in fine : faisons les chiffres
Un CGP indépendant modélise votre achat de murs sur 20 ans, active l'option TVA quand elle a du sens, compare l'IR et l'IS, calibre le loyer de marché et structure le financement avec votre banque et votre expert-comptable — sans vous pousser vers une option qui ne sert pas votre intérêt.
Fixer le bon loyer et sécuriser le bail
Le niveau de loyer : l'acte anormal de gestion
Le poste où l'administration vous attend, c'est le montant du loyer entre votre SCI et votre cabinet : le terrain de l'acte anormal de gestion. Ce loyer doit correspondre à la valeur locative de marché, documentée (comparables, surface, emplacement). Un loyer surévalué verra l'excédent réintégré chez le preneur ; un loyer sous-évalué ou gratuit expose la SCI à un redressement (réintégration d'un loyer théorique). Le principe : dès que l'administration établit un écart significatif au prix de marché, la charge de la preuve se renverse contre le contribuable. Ce principe a été posé en matière de cession d'actif à prix minoré (CE, plén., 21 décembre 2018, n° 402006, SARL Croë Suisse) puis transposé par l'administration au niveau des loyers entre parties liées — d'où une vigilance accrue entre sociétés sœurs sous contrôle commun.
Le loyer versé à soi-même est déductible (CE 2008)
Tout le montage repose là-dessus : votre SCI vous loue les murs, et ce loyer part en charge — il est déductible. En exercice individuel, c'est une charge du bénéfice non commercial (art. 93 du CGI) qui réduit votre IR ; en SEL, c'est une charge déductible du résultat soumis à l'IS de la société. Côté SCI à l'IR, ce même loyer devient un revenu foncier imposable au barème plus 17,2 % de prélèvements sociaux. Et ce n'est pas une astuce : le Conseil d'État a expressément validé la déduction d'un loyer que l'on se verse à soi-même (CE, 11 avril 2008, n° 287808), à deux conditions cumulatives : le loyer est effectivement versé et il est imposé en revenus fonciers.
Le bail : professionnel, et les conventions réglementées en SEL
Votre banquier ou votre agent vous parlera peut-être de bail commercial 3/6/9. Pour un expert-comptable, ce n'est pas le régime par défaut. Il exerce une activité libérale (BNC), ni commerciale ni artisanale : le régime de droit commun est le bail professionnel (art. 57 A de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986), d'une durée minimale de 6 ans, avec indexation (souvent l'ILAT). Le bail commercial 3/6/9 reste possible sur option, mais ce n'est ni l'obligation ni le standard.
Checklist : sécuriser le loyer et le bail
Loyer de marché documenté (comparables, surface, état du local).
Révision indiciaire (ILAT) prévue et appliquée.
Quittances et flux réels (un vrai versement, pas une simple écriture).
Cohérence avec l'option TVA (loyers facturés TTC).
En SEL, attention aux conventions réglementées puisque vous signez des deux côtés (gérant de la SCI bailleresse et dirigeant preneur de la SEL).
Cas chiffré : Hélène, 400 000 € HT, SCI à l'IR avec option TVA
Reprenons le dossier d'une experte-comptable de la région de Chambéry, de la signature du compromis à la 15eannée. Hélène n'existe pas, mais son dossier ressemble à ceux qu'on traite : les montants sont plausibles et les taux sont ceux de 2026.
Note de méthode : un cas est une illustration, pas une promesse
Hypothèses — Hélène, 48 ans, experte-comptable associée
Le montage et la récupération de TVA : 80 000 €
Parce qu'Hélène facture la TVA à 20 % sur ses honoraires d'expertise comptable, la SCI peut opter et récupérer la TVA d'acquisition. La SELARL paie le loyer TTC et déduit la TVA correspondante : l'opération est neutre pour le cabinet. Une consœur médecin, exonérée, paierait l'immeuble 480 000 € sans rien récupérer.
Effet de l'option TVA (Hélène)
Expert-comptable (assujetti, option TVA) Prix HT = 400 000 EUR TVA recuperee par la SCI = 80 000 EUR Investissement net = 400 000 EUR Medecin (exonere 261-4-1) Prix TTC supporte = 480 000 EUR TVA recuperee = 0 EUR Investissement net = 480 000 EUR Ecart en faveur de l'expert-comptable = 80 000 EUR
Le seul statut TVA de l'expert-comptable fait économiser 80 000 € sur l'investissement par rapport à une profession de santé exonérée. C'est le différenciateur central de ce montage.
Le loyer, les flux annuels et l'impôt
Côté exploitation, la SELARL déduit 24 000 € de loyer chaque année (≈ 6 000 € d'IS en moins à 25 %, ou 15 % sur la fraction de bénéfice ≤ 42 500 €). Côté SCI à l'IR, les premières années, après imputation des intérêts d'emprunt (sur le foncier) et des charges/travaux, un déficit foncier apparaît. La fraction hors intérêts s'impute sur le revenu global jusqu'à 10 700 €/an (art. 156, I-3°).
Effets fiscaux annuels (ordres de grandeur, SCI à l'IR)
Cote SELARL Loyer deductible du resultat IS = 24 000 EUR/an IS economise (~25 %) ~ 6 000 EUR/an Cote SCI a l'IR (premieres annees) Deficit foncier impute sur revenu global (plafond) = 10 700 EUR Economie d'IR a TMI 41 % = 10 700 x 41 % ~ 4 387 EUR/an (les interets d'emprunt restent imputables sur le foncier) Cote SCI a l'IR (regime de croisiere, foncier positif) Prelevements sociaux sur le revenu foncier net = 17,2 %
Les premières années, le déficit foncier (hors intérêts) procure jusqu'à ~4 387 €/an d'économie d'IR à TMI 41 %. Une fois le foncier redevenu positif, le revenu net supporte 17,2 % de prélèvements sociaux (et non 18,6 %).
| Bilan sur 15 ans | Effet |
|---|---|
| Investissement net (option TVA) | 400 000 € au lieu de 480 000 € → 80 000 € récupérés |
| Loyer | 24 000 €/an déductible du résultat de la SELARL (~6 000 € d'IS) |
| Premières années | Déficit foncier ≈ 4 387 €/an d'IR économisé (TMI 41 %) |
| Régime de croisière | Revenu foncier net imposé au barème + 17,2 % de PS |
| Au terme | Crédit largement remboursé par les loyers, murs hors bilan d'exploitation |
| Garde-fou | Revente avant 20 ans → reversement des vingtièmes de TVA restants (cf. § 4) |
Et si la SCI était à l'IS ? (mini-comparatif de sortie)
Le contre-exemple : le piège de l'IS à la revente
Revendre, transmettre, IFI : préparer la sortie
Revente : plus-value des particuliers (IR) vs plus-value pro sur VNC (IS)
On l'a vu : à l'IR, la revente relève de la plus-value des particuliers (art. 150 U et 150 VC) — exonération d'IR à 22 ans, de prélèvements sociaux (17,2 %) à 30 ans, sous réserve de la surtaxe de l'art. 1609 nonies G au-delà de 50 000 €. À l'IS, la plus-value est professionnelle(prix − VNC, amortissements réintégrés, sans abattement), puis le boni distribué subit le PFU 31,4 %. Dit autrement : si vous gardez les murs 20 ans, l'IR vous laisse repartir quasi net d'impôt là où l'IS vous présente l'addition de tous les amortissements d'un coup.
Transmettre les parts à moindre coût (donation, démembrement)
La transmission se fait par les parts, pas par l'immeuble : chaque parent peut donner 100 000 € par enfant en franchise de droits, abattement rechargeable tous les 15 ans (art. 779 et 784 du CGI). On y ajoute le démembrement — donner la nue-propriété des parts en gardant l'usufruit, donc les loyers ; la valeur taxable suit le barème de l'article 669 selon l'âge de l'usufruitier. Le passif (l'emprunt en cours) minore la valeur des parts transmises : c'est un levier supplémentaire. Le mécanisme est détaillé dans le démembrement des parts (usufruit et nue-propriété). Deux précautions : ne jamais promettre le pacte Dutreil (art. 787 B), exclu pour une SCI de location nue (activité civile, non opérationnelle) ; et retenir que les droits de cession de parts d'une SCI à prépondérance immobilière s'élèvent à 5 % (art. 726, I-2°).
Les parts de SCI et l'IFI
IFI : les parts de SCI dans l'assiette (au conditionnel)
Enfin, ne confondez pas la transmission des murs (parts de SCI) avec la cession du cabinet lui-même (clientèle, parts de SEL), qui obéit à un régime de plus-value professionnelle distinct : dissocier les murs allège précisément la cession du cabinet (voyez la fiscalité de la cession du cabinet d'expertise comptable). Après votre départ, la SCI survit : votre successeur, devenu locataire, continue de verser un loyer — un revenu de retraite régulier qui complète la retraite CAVEC de l'expert-comptable, et que vous transmettez ensuite en parts à vos enfants.
Acheter les murs de votre cabinet d'expertise comptable avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On active l'option TVA quand elle est gagnante, on arbitre l'IR ou l'IS sur la durée, on calibre le loyer de marché, on structure le financement et la transmission des parts, et on coordonne avec votre notaire et votre expert-comptable. On vous dit aussi quand il vaut mieux attendre.
Acheter ses murs n'est qu'une brique : elle se calibre avec votre rémunération, vos dividendes et votre PER. Pour replacer les murs dans votre situation d'ensemble (rémunération, dividendes, retraite, transmission), consultez le hub de la stratégie patrimoniale globale de l'expert-comptable et, pour l'immobilier au-delà des murs (SCPI, LMNP, déficit foncier), l'immobilier du professionnel libéral.

