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Guide pharmaciens 202616 minMis à jour 24 juin 2026IR vs IS chiffré sur 500 000 €

Acheter les murs de son officine en SCI : IR ou IS, que choisir ?

Vous avez décidé d'acheter les murs de votre officine. Reste LA question qui pèse plusieurs dizaines de milliers d'euros sur vingt ans : SCI à l'IR ou SCI à l'IS ? L'IR exonère la plus-value à 22 ans (prélèvements sociaux à 30 ans) et reste à 17,2 % en 2026 ; l'IS amortit l'immeuble et allège l'impôt annuel, mais piège la revente. Sans oublier la spécificité de l'officine : emplacement n° 1, robot de dispensation, chambre froide, accessibilité PMR — des aménagements lourds à répartir entre la SCI et la SEL. On tranche, chiffres à l'appui, sur des murs à 500 000 €. Par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine indépendant (ORIAS 23002291).

STRATÉGIE IMMOBILIÈRE 2026

Arbitrer IR ou IS avant de signer le compromis

Audit de votre projet d'achat des murs d'officine : structure (SCI, nom propre, SEL, SPFPL), arbitrage IR / IS, loyer de marché, financement, ventilation murs / robot de dispensation et transmission des parts. Cabinet 100 % indépendant, modélisation chiffrée et calibrage avec votre notaire et votre expert-comptable.

  • Arbitrage IR / IS chiffré sur le cycle complet
  • Ventilation murs SCI / équipement de l'officine
  • Calibrage du loyer de marché
  • Cabinet 100 % indépendant

PS FONCIER SCI IR

17,2 %

EXO. PV IMMO (IR)

22 ans

EXO. PV IMMO (PS)

30 ans

DÉFICIT FONCIER / AN

10 700 €

DONATION / ENFANT

100 000 €

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1LA DÉCISION PRÉALABLE·2 MIN

Acheter ou louer son officine : la vraie première question

Vous avez décidé d'acheter les murs de votre officine. Reste une question qui, sur des murs à 500 000 € revendus vingt ans plus tard, peut faire plus de 190 000 € d'écart d'impôt entre les deux montages : faut-il loger la SCI à l'IR ou à l'IS ? Avant d'y répondre, un rappel utile : acheter ses murs, c'est arrêter de financer le local de quelqu'un d'autre pour vous constituer un patrimoine, maîtriser votre outil de travail (pas de congé donné par le bailleur, un local qui reste votre point de vente) et préparer votre retraite (les loyers vous reviendront plus tard). Pour une officine bien implantée — souvent en pied d'immeuble, emplacement n° 1, là où le monopole géographique de la pharmacie valorise durablement les murs — c'est fréquemment une excellente opération. Mais le bon montage change tout, et c'est là-dessus qu'on va chiffrer.

L'essentiel en 30 secondes

Première décision : acheter ou louer (notre guide dédié). Une fois l'achat décidé, la structure : une SCI, pour dissocier les murs du fonds et transmettre des parts par tranches. Tout se joue alors sur un choix : SCI à l'IR (revenus fonciers au barème + 17,2 % de PS, déficit foncier 10 700 €, plus-value des particuliers exonérée d'IR à 22 ans et de prélèvements sociaux à 30 ans, art. 150 U, sans amortissement) — le standard pour des murs conservés ou transmis — ou SCI à l'IS (amortissement du bâti qui allège l'impôt annuel, mais plus-value professionnelle lourde à la revente, sans abattement de durée). Garde-fous officine : on loue les murs nus (le robot de dispensation et l'agencement restent dans la SEL, art. 206-2), via un bail commercial 3/6/9, à un loyer de marché (acte anormal de gestion). On pose les chiffres à la section 5, sur des murs à 500 000 €.

Ce guide suppose la décision d'acheter déjà prise. Si vous en êtes encore à vous demander s'il faut acheter ou rester locataire — installation récente, mobilité, capacité d'emprunt à préserver pour le fonds et le stock —, c'est une autre analyse, traitée en amont dans faut-il acheter ou louer les murs de son officine. Une nuance propre au pharmacien : vous vous endettez souvent doublement (rachat du fonds d'officine et achat des murs). Avant de cumuler les crédits, on sécurise l'épargne de précaution et la prévoyance — puis on vient ici, pour le montage.

Le crédit du fonds court déjà : ne saturez pas votre capacité d'emprunt

C'est la spécificité du pharmacien titulaire : le rachat de l'officine (fonds de commerce, souvent plusieurs centaines de milliers d'euros) mobilise déjà une grosse part de votre capacité d'emprunt. Ajouter l'achat des murs par-dessus exige de doser l'effet de levier et de préserver votre trésorerie d'exploitation (stock, robot, back-office). On en parle au financement (section 6) et dans le financement du rachat de l'officine et la capacité d'emprunt. La frontière est simple : acheter ou louer = la décision (l'autre guide) ; IR ou IS = le montage (celui-ci).
§ 2POURQUOI UNE SCI·3 MIN

Pourquoi loger les murs dans une SCI plutôt qu'en nom propre, dans la SEL ou en SPFPL ?

La SCI n'est pas la seule façon d'acheter ses murs. On peut acheter en nom propre, loger l'immeuble à l'actif de la SEL d'officine, ou — depuis 2024 — l'envisager via une SPFPL. Mais neuf fois sur dix, la SCI reste la plus souple. Voyons pourquoi.

Une SCI est une société civile immobilière (art. 1832 du Code civil) : deux associés minimum, aucun capital minimum exigé. Son premier intérêt, c'est de séparer les deux mondes : l'immobilier d'un côté, l'exploitation de l'autre. Le bien ne dépend plus de l'aléa de l'exploitation, et vous détenez des parts — un actif divisible et transmissible — plutôt qu'un immeuble en bloc. La responsabilité des associés est indéfinie mais non solidaire (art. 1857 du Code civil) : chacun répond du passif social au prorata de ses parts, et non pour le tout.

Nom propre, SCI ou murs dans la SEL : la SCI combine dissociation, souplesse de transmission et loyer déductible. Loger l'immeuble dans la SEL d'officine gonfle la valeur des titres et alourdit la cession.
CritèreNom propreSCIMurs dans la SEL d'officine
TransmissionImmeuble en blocParts par tranches (donation, démembrement)Liée à la cession des titres / du fonds
Protection / dissociationPatrimoine personnel directement exposéImmobilier isolé de l'exploitationImmeuble mêlé à l'outil commercial
LoyerPas de loyer à soi-même en directLoyer déductible (SEL), foncier pour la SCIPas de loyer (l'immeuble est à l'actif)
Plus-value de reventeParticuliers (22 / 30 ans)Particuliers (IR) ou pro (IS) selon l'optionPlus-value professionnelle, sans abattement durée

Comparée au nom propre, la SCI permet de transmettre progressivement (on donne des parts, pas un immeuble) et d'associer un conjoint ou des enfants dès l'origine. Comparée aux murs logés dans la SEL d'officine, elle évite un piège classique : un immeuble à l'actif de la société d'exploitation gonfle la valeur des titres, complique la cession de l'officine (un repreneur veut racheter le fonds et la clientèle, rarement les murs en plus) et fait basculer la plus-value de l'immeuble en plus-value professionnelle. La SCI sort proprement l'immobilier du périmètre de l'exploitation. Le b.a.-ba de l'achat des murs en SCI est traité dans notre guide pilier sur l'achat des murs en SCI.

SCI ou SPFPL d'officine : depuis 2023, la SPFPL peut aussi détenir les murs

Depuis l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (en vigueur au 1er septembre 2024), la SPFPL de pharmaciens peut, sous conditions, détenir l'immobilier d'exploitation des SEL qu'elle contrôle. Mais pour les murs, la SCI reste plus souple : choix IR ou IS libre, transmission par tranches de parts, dissociation nette de l'exercice. Loger les murs dans la SPFPL les réintègre au périmètre de l'exercice et les expose à la plus-value professionnelle à la revente. La SPFPL garde tout son intérêt pour la trésorerie et le contrôle des officines — voyez la SPFPL et le rachat d'officine en holding et la trésorerie logée dans la SPFPL. Pour les murs, on garde la SCI à part.

IFI : les parts de SCI peuvent (parfois) sortir de l'assiette

Les parts de SCI sont en principe taxables à l'impôt sur la fortune immobilière (IFI). Mais la fraction des parts affectée à votre activité professionnelle et louée à votre officine peut, sous conditions, être exonérée au titre des biens professionnels (art. 975 du CGI, BOI-PAT-IFI-30-10-10-10). Au conditionnel : cette exonération est partielle, strictement encadrée, rarement retenue pour une SCI à l'IS, et suppose un audit nominatif. Ne la tenez jamais pour acquise sans validation.
§ 3LE CŒUR DE LA DÉCISION·4 MIN

SCI à l'IR ou à l'IS : le vrai arbitrage (et l'amortissement, ce faux ami)

C'est la question qui fait perdre — ou gagner — des dizaines de milliers d'euros à la sortie. Une SCI est transparente à l'IR par défaut (art. 8 du CGI) : la société ne paie pas d'impôt, chaque associé déclare sa quote-part de loyers en revenus fonciers. Mais elle peut opter pour l'impôt sur les sociétés (art. 239 du CGI) : cette option se renonce jusqu'au 5e exercice, puis devient irrévocable. Ça se décide avant de créer la SCI, pas une fois qu'elle tourne.

Le piège de l'officine : louer les murs NUS, jamais équipés

Le piège propre à votre métier, le voilà : si la SCI loue les murs avec le robot de dispensation, l'agencement comptoir, le mobilier ou la chambre froide, elle effectue une location équipée, qualifiée d'activité commerciale et donc soumise à l'IS de plein droit (art. 206-2 du CGI). Vous perdriez la transparence et le régime des plus-values des particuliers sans même l'avoir choisi. La règle : la SCI ne loue que les murs nus (le bâti et l'aménagement immobilier incorporé) ; le matériel et l'équipement (robot, automate, mobilier, agencement, enceintes réfrigérées) restent portés par votre SEL. On y revient en détail à la section 7.

SCI à l'IR — la transparence

Loyers imposés au barème (TMI, souvent 41 à 45 % chez le pharmacien titulaire) + 17,2 % de prélèvements sociaux. Pas d'amortissement déductible. Déficit foncier imputable 10 700 €/an sur le revenu global (art. 156, I-3°). À la revente : plus-value des particuliers (art. 150 U) — exonération d'IR à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans. Idéale pour détenir longtemps, transmettre ou revendre.

SCI à l'IS — l'amortissement

IS à 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % (art. 219, I-b). L'amortissement du bâti (le terrain n'est pas amortissable) réduit fortement l'impôt annuel. Mais à la revente : plus-value professionnelle = prix − valeur nette comptable, amortissements réintégrés (art. 39 duodecies), sans abattement de durée. Puis PFU 31,4 % pour sortir le cash. L'effet ciseau de la sortie.

Là où tout se joue, c'est sur le calendrier de l'impôt. À l'IR, vous payez plus d'impôt chaque année (le loyer net est taxé à votre TMI, souvent 41 à 45 % chez le pharmacien, plus 17,2 % de prélèvements sociaux), mais la revente est allégée par les abattements pour durée de détention. À l'IS, l'amortissement réduit fortement, voire annule, l'impôt annuel — votre résultat fiscal est faible, parfois nul — puis la revente vous rattrape : tous les amortissements que vous avez déduits sont réintégrés dans le calcul de la plus-value, taxés à 25 % sans le moindre abattement, et il faut encore sortir le produit de la société (ré-taxé au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %). L'amortissement reporte l'impôt, il ne l'efface pas : l'impôt que l'IS vous épargne chaque année réapparaît à la revente, et la valorisation du bien l'alourdit encore.

L'amortissement de la SCI à l'IS : un faux ami

Pendant l'exploitation
  Amortissement du bati          = charge fiscale annuelle
  -> Resultat imposable reduit, IS faible (effet de levier)

A la revente (art. 39 duodecies)
  Valeur nette comptable (VNC)   = prix d'achat - amortissements pratiques
  Plus-value pro                 = prix de vente - VNC
  -> Tous les amortissements deduits sont REINTEGRES dans la PV
  -> AUCUN abattement pour duree de detention
  -> Puis PFU 31,4 % pour sortir le boni

L'amortissement ne supprime pas l'impôt : il le décale de la phase d'exploitation vers la revente, où il revient majoré par la valorisation du bien. À l'inverse, la SCI à l'IR ne déduit aucun amortissement, mais purge progressivement la plus-value (exonération à 22 / 30 ans).

L'erreur classique : 150 U n'est PAS 151 septies B

On lit parfois qu'une SCI à l'IR serait « exonérée à 15 ans ». C'est faux. Les 15 ans correspondent à l'article 151 septies B, qui ne vise qu'un immeuble inscrit à l'actif d'une entreprise (BIC, BNC) — jamais une SCI à l'IR. Pour une SCI à l'IR, c'est l'article 150 U (plus-value des particuliers) qui s'applique : exonération d'impôt sur le revenu à 22 ans et de prélèvements sociaux à 30 ans. Confondre les deux régimes fausse complètement le calcul de sortie.
IR vs IS pour une SCI détenant les murs d'une officine. L'IS allège l'impôt annuel mais alourdit la sortie ; l'IR fait l'inverse. La dualité 17,2 % / 18,6 % des prélèvements sociaux 2026 ajoute un argument à l'IR.
CritèreSCI à l'IRSCI à l'IS
Imposition des loyersBarème (TMI) + 17,2 % de PSIS 15 % / 25 % sur le résultat net
Amortissement du bâtiNon déductibleDéductible → impôt annuel faible
Déficit foncierOui, 10 700 €/an (art. 156, I-3°)Non (logique de résultat société)
Plus-value à la reventeParticuliers : exo IR 22 ans / PS 30 ansPro : prix − VNC, amortissements réintégrés, 25 %
Sortie du cashDirecte (associé personne physique)Distribution ré-taxée au PFU 31,4 %
PS 2026 sur le revenu17,2 % (foncier maintenu)18,6 % sur le boni distribué
Réversibilité de l'optionRégime de droit communIrrévocable après le 5e exercice
Horizon idéalDétention longue, revente, transmissionDétention très longue sans revente

Prélèvements sociaux 2026 : 17,2 % sur le foncier, 18,6 % sur le boni IS

La LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) a relevé la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %. Mais la hausse ne touche pas les revenus fonciers ni les plus-values immobilières : une SCI à l'IR reste à 17,2 %. En revanche, le boni distribué par une SCI à l'IS est un dividende : prélèvements sociaux à 18,6 %, soit un PFU total de 31,4 % (et non 30 %). Appliquer 17,2 % à une distribution de SCI à l'IS est l'erreur n° 1 du moment — détail dans la dualité des prélèvements sociaux 2026.

Choisir l'IR ou l'IS : la règle simple

Choisissez l'IR (le standard) si vous comptez conserver les murs longtemps, les transmettre aux enfants, ou les revendre un jour : l'exonération progressive de plus-value est décisive.
L'IS ne se justifie que dans un cas étroit : TMI très élevée, horizon de détention long, aucune revente envisagée (on garde le bien à vie ou on transmet les parts de la société), besoin d'effacer l'impôt foncier annuel. Cas Marc : il garde sa SCI à l'IS trente ans sans jamais revendre l'immeuble, et transmet les parts à ses enfants : ici l'IS tient, car la plus-value professionnelle ne se déclenche jamais. Pour la plupart des pharmaciens qui envisagent une revente ou une transmission de l'immeuble, c'est l'IR.
§ 4LE LOYER JUSTE·3 MIN

Le loyer entre la SCI et la SEL : déductible, mais au prix du marché

Tout le montage repose sur un seul mécanisme : votre SCI loue les murs à votre SEL d'officine, et ce loyer est déductible. L'officine étant une activité commerciale, le loyer est une charge déductible du résultat soumis à l'IS de la SEL (art. 39-1 du CGI, BIC, BOI-BIC-CHG-40-20-10) — et non du BNC comme chez un libéral. Côté SCI, ce loyer est un revenu foncier (à l'IR) ou un produit (à l'IS). Ce que vous versiez à un bailleur extérieur alimente désormais votre propre SCI.

On me demande souvent si « se louer à soi-même » tient la route. Oui : la SEL (personne morale distincte) loue à la SCI (autre personne morale), il y a bien deux patrimoines séparés. Le Conseil d'État a d'ailleurs validé de longue date la déduction d'un loyer versé à une SCI dont l'exploitant est associé (CE, 11 avril 2008, n° 287808 et n° 300302), à condition d'un versement effectif (un vrai flux d'argent) et d'une imposition corrélative en revenus fonciers chez le bailleur. La SCI ne fait que sécuriser ce schéma, avec une séparation nette de deux personnes juridiques distinctes.

Le seul loyer sûr, c'est celui du marché

Le garde-fou s'appelle acte anormal de gestion. Le loyer doit correspondre à la valeur locative de marché, documentée (comparables, surface, emplacement). Dès que l'administration établit un écart significatif, la charge de la preuve se renverse contre le contribuable (CE plén., 21 décembre 2018, n° 402006, SARL Croë-Suisse). Le risque est double : un loyer surévalué (pour gonfler la charge de la SEL et alléger l'IS d'exploitation) verra l'excédent réintégré au résultat de la société ; un loyer anormalement bas expose la SCI à un redressement. L'emplacement n° 1 de l'officine valorise les murs et peut justifier un loyer plus élevé qu'ailleurs — mais c'est la valeur locative réelle de cet emplacement qui fait foi, pas un chiffre confortable. Bonne pratique : bail écrit et daté, expertise de la valeur locative, révision indiciaire (ILC), flux réel.

Cas pratique — Sophie, loyer triplé pour alléger l'IS : redressement

Sophie, titulaire d'officine, fixe un loyer SCI → SEL à trois fois la valeur de marché, dans l'idée de gonfler la charge de sa SEL et de réduire son IS d'exploitation. À la vérification, l'administration retient un écart manifeste au prix de marché : l'excédent de loyer est réintégré au résultat de la SEL (acte anormal de gestion, CE n° 402006), avec rappel d'impôt et intérêts de retard. La leçon : l'emplacement n° 1 n'est pas un blanc-seing pour surévaluer. Un loyer de marché, étayé par une expertise de valeur locative, est la seule sécurité.

Vous signez des deux côtés : conventions réglementées et compte courant

Quand vous êtes à la fois gérant de la SCI bailleresse et dirigeant de la SEL preneuse, le bail est une convention réglementée : il suit la procédure d'information et d'approbation prévue par les statuts de la SEL. Ce n'est pas un obstacle, mais un formalisme à respecter. Et si la SCI a besoin de trésorerie au démarrage, l'apport en compte courant d'associé est un levier souple — voyez le compte courant d'associé du pharmacien (attention : les intérêts de compte courant relèvent des prélèvements sociaux à 18,6 % en 2026).

Spécificité pharmacien : abattement de 10 % au conditionnel

Une question revient souvent depuis la fin de l'abattement de 10 % en SEL (CE, 8 avril 2025, n° 492154) : le pharmacien est-il concerné ? Cette jurisprudence vise la rémunération libérale (BNC) des associés de SEL. Or le gérant majoritaire de SELARL d'officine, commerçant, relève en principe de l'art. 62 du CGI (rémunération imposée comme un traitement et salaire, abattement de 10 % en principe conservé, BOI-RSA-GER-10-30). Au conditionnel : le pharmacien commerçant peut ne pas être dans le champ de la fin d'abattement de la même façon que le libéral BNC. Le point est traité dans la fin de l'abattement de 10 % en SEL et le cas du pharmacien.
§ 5CAS CHIFFRÉ·4 MIN

Cas chiffré : des murs d'officine à 500 000 €, IR vs IS sur 20 ans

C'est l'exercice que nous refaisons à chaque bilan avec un pharmacien sur le point de signer : dérouler le même dossier du compromis jusqu'à la revente, à l'IR puis à l'IS — l'achat, les années de détention, puis la sortie. Car c'est à la sortie, et non en cours de détention, que se mesure le vrai coût de l'IS. Prénom fictif, ordres de grandeur réalistes ; les calculs figent les taux 2026 et les hypothèses sont explicitées.

Note de méthode : un cas est une illustration, pas une promesse

Ce cas chiffré sert à visualiser un mécanisme, pas à prédire votre résultat. Il repose sur des hypothèses (prix, loyer, TMI, durée, taux 2026) qui ne sont pas les vôtres. Les performances et scénarios passés ne préjugent pas des résultats futurs ; la fiscalité (LF / LFSS annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence) et le marché immobilier (prix, vacance, liquidité) peuvent évoluer. Aucun chiffre ci-dessous ne vaut garantie de résultat : refaites systématiquement le calcul avec votre conseiller, votre notaire et votre expert-comptable sur vos données réelles.

Hypothèses — Camille, pharmacienne titulaire, murs à 500 000 €

Camille, titulaire d'une SELARL d'officine, TMI 41 %. Elle achète via une SCI les murs en pied d'immeuble (emplacement n° 1) à 500 000 € (terrain ~20 % = 100 000 € non amortissable ; bâti et aménagement immobilier 400 000 €). Loyer de marché : 30 000 €/an (2 500 €/mois). Charges et taxe foncière : ~3 000 €/an. À l'IS, hypothèse simplifiée d'amortissement linéaire du bâti sur 30 ans = 13 333 €/an. Revente envisagée à 20 ans à 700 000 € (valorisation). Le robot de dispensation, l'agencement et la chambre froide restent hors SCI (portés par la SELARL).

Pendant la détention : l'IS paraît imbattable

Chaque année, le revenu locatif net (hors intérêts d'emprunt, en régime de croisière une fois le crédit remboursé) est d'environ 30 000 − 3 000 = 27 000 €. Voyons ce qu'il devient dans chaque régime. Pendant la phase de remboursement, les intérêts d'emprunt réduisent encore ce revenu (et donc l'impôt annuel), avec la règle d'imputation détaillée à la section 6 sur l'effet de levier.

Impôt annuel en phase de détention (régime de croisière)

SCI a l'IR  (TMI 41 %)
  Revenu foncier net           = 30 000 - 3 000      = 27 000 EUR
  Impot = 27 000 x (41 % IR + 17,2 % PS)             ~= 15 714 EUR/an

SCI a l'IS
  Amortissement du bati        = 400 000 / 30 ans    = 13 333 EUR
  Resultat imposable           = 27 000 - 13 333     ~= 13 667 EUR
  IS a 15 %                     = 13 667 x 15 %       ~= 2 050 EUR/an

Ecart annuel apparent en faveur de l'IS  ~= 13 700 EUR/an

En phase de détention, l'IS affiche une économie annuelle d'environ 13 700 € grâce à l'amortissement. Mais ce gain est un report d'impôt, pas un cadeau : il se paie à la revente.

À la revente (20 ans) : l'effet ciseau de l'IS

Vingt ans plus tard, les murs sont revendus 700 000 €. Le calcul de sortie sépare nettement les deux régimes.

Imposition de la plus-value à la revente (prix 700 000 €)

Camille - SCI a l'IR (plus-value des particuliers)
  Plus-value brute = 700 000 - 500 000               = 200 000 EUR
  Abattement IR (6 %/an de la 6e a la 21e + 4 % la 22e)
    a 20 ans (15 annees) : abattement IR = 90 %
    Base IR = 200 000 x 10 %             = 20 000 EUR
    IR a 19 % (art. 200 B)               = 20 000 x 19 %   ~= 3 800 EUR
  Abattement PS (1,65 %/an de la 6e a la 21e)
    a 20 ans (15 annees) : abattement PS = 24,75 %
    Base PS = 200 000 x 75,25 %          = 150 500 EUR
    PS a 17,2 %                          = 150 500 x 17,2 % ~= 25 886 EUR
  Total a 20 ans                                      ~= 29 686 EUR
  (et : exo IR totale a 22 ans, exo PS totale a 30 ans)

Camille - SCI a l'IS (plus-value professionnelle)
  Amortissements cumules = 13 333 x 20 ans          ~= 266 667 EUR
  Valeur nette comptable = 500 000 - 266 667         ~= 233 333 EUR
  Plus-value pro = 700 000 - 233 333                ~= 466 667 EUR
  IS = 42 500 x 15 % + 424 167 x 25 %
     = 6 375 + 106 042                              ~= 112 417 EUR
  + PFU 31,4 % pour sortir le boni distribue (~354 000 EUR) ~= 111 000 EUR
  Total a la sortie                                  > 220 000 EUR

Côté IR : environ 29 700 € à 20 ans, et une exonération totale d'IR à 22 ans, de PS à 30 ans. Côté IS : plus de 112 000 € d'IS sur la plus-value professionnelle, AVANT la taxation de la distribution au PFU 31,4 % — soit un frottement total qui dépasse 220 000 €. L'économie annuelle de l'IS est largement reprise à la sortie. Calculs illustratifs : la tranche à 15 % est supposée disponible pour la plus-value ; le boni distribuable est approximé par la plus-value nette d'IS, en supposant le crédit soldé, le capital social proche de l'apport initial et l'absence de réserves accumulées — le PFU porte en réalité sur le boni de liquidation, soit l'actif net diminué du capital apporté.

L'économie d'impôt annuelle de l'IS (~13 700 €/an) est largement reprise à la sortie dès que le bien se valorise et qu'on revend. Chiffres illustratifs aux taux 2026, à recalculer selon votre situation.
Bilan sur 20 ansCamille — SCI à l'IRCamille — SCI à l'IS
Impôt en détention (≈)≈ 15 714 €/an≈ 2 050 €/an
Impôt à la revente (20 ans)≈ 29 700 €≈ 112 400 € d'IS + ≈ 111 000 € de PFU
Plus-value à 22 / 30 ansExonérée (IR puis PS)Toujours taxable (pas d'abattement durée)
Sortie de l'immobilierNette, sans frottement à termeEffet ciseau (réintégration + distribution)
Verdict pour murs revendus / transmis (immeuble)GagnantÀ réserver aux cas très spécifiques

Le verdict : l'horizon de revente tranche

SCI à l'IS = optimale en phase de détention longue, avec amortissement utile ET revente improbable (on garde à vie ou on transmet les parts de la société sans vendre l'immeuble). SCI à l'IR = optimale si l'objectif est de conserver, de transmettre les parts, ou de revendre après 22 / 30 ans (exonération de la plus-value des particuliers). Règle simple : un bien destiné à être revendu ou dont l'immeuble sera transmis, et qui se valorise → IR ; besoin de cash-flow net annuel sans aucune revente envisagée → IS, en pleine conscience du couperet de la plus-value professionnelle.
Hagnéré Patrimoine

IR ou IS, crédit ou comptant : faisons les chiffres sur votre officine

Un CGP indépendant modélise votre achat de murs sur tout le cycle, compare l'IR et l'IS sur VOS hypothèses, calibre le loyer de marché, borde la ventilation murs / robot de dispensation et structure le financement avec votre banque et votre notaire — sans vous pousser vers une option qui ne sert pas votre intérêt.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 6FINANCEMENT·2 MIN

Financer à crédit : effet de levier, intérêts et déficit foncier

Camille, comme la quasi-totalité des pharmaciens que nous suivons, n'achète pas ses murs comptant — et c'est tant mieux : à crédit, ce sont en partie les loyers (versés par votre SEL) et l'économie d'impôt qui remboursent l'échéance, c'est l'effet de levier. Avec un apport de 10 à 20 % et les frais, vous empruntez le reste sur 15 à 20 ans, et le loyer que vous vous versez couvre l'essentiel de la mensualité. Pour le pharmacien qui finance aussi le fonds, doser ce levier est crucial.

Intérêts d'emprunt ≠ déficit sur le revenu global

C'est l'erreur que nous reprenons le plus souvent en rendez-vous avec un titulaire. Dans une SCI à l'IR, les intérêts d'emprunt s'imputent uniquement sur les revenus fonciers (report 10 ans), jamais sur le revenu global (BOI-RFPI-BASE-30-20). Seules les autres charges et les travaux (entretien, réparation, amélioration — par exemple une mise aux normes d'accessibilité PMR) peuvent créer un déficit foncier imputable sur le revenu global, plafonné à 10 700 €/an (art. 156, I-3° du CGI). Engagement à respecter : conserver le bien loué jusqu'au 31 décembre de la 3e année suivant l'imputation, sinon reprise. Note : les travaux de construction, reconstruction ou agrandissement ne sont pas déductibles en foncier (ils s'ajoutent au prix de revient). En SCI à l'IS, les intérêts sont déductibles du résultat sans cette restriction.

Crédit amortissable ou in fine ?

Le crédit amortissable (capital + intérêts chaque mois) est le plus courant. Le crédit in fine (intérêts seuls, capital remboursé en une fois au terme, adossé à une épargne nantie) maximise les intérêts déductibles et préserve la trésorerie : il peut avoir du sens en SCI à l'IR pour qui dispose d'une épargne à nantir. Pour Camille, qui finance déjà son fonds, l'amortissable reste le plus sûr ; l'in fine ne se discute que si elle a une épargne à nantir — voyez financer la SCI à crédit (effet de levier, in fine).

Le piège du double endettement du pharmacien titulaire

Vous remboursez probablement déjà le rachat du fonds d'officine. Empiler le crédit des murs par-dessus sans marge peut fragiliser l'ensemble : une mensualité immobilière s'ajoute à l'annuité du fonds et aux besoins du stock et du robot. Préservez une réserve, dimensionnez l'apport, et coordonnez les deux financements — c'est l'objet de financer le rachat de l'officine et préserver sa capacité d'emprunt. L'opération doit toujours avoir une réalité économique (vrais murs d'exploitation, loyer de marché, financement réel), jamais un montage de pure défiscalisation.
§ 7SPÉCIFICITÉ OFFICINE·3 MIN

Robot, chambre froide, PMR : que met-on dans la SCI, que met-on dans la SEL ?

Les murs d'une officine ne sont pas un local de bureau ordinaire. C'est un espace lourdement aménagé : souvent un robot ou automate de dispensation en back-office, des linéaires et un agencement comptoir dessinés pour le passage, une réserve sécurisée, une chambre froide / des enceintes réfrigérées (vaccins, insulines, thermosensibles), une zone de préparation, et — comme tout établissement recevant du public — une exigence d'accessibilité PMR. La question fiscale est : qui porte quoi, la SCI ou la SEL ?

La ventilation à ne pas rater : murs nus vs équipement

Tout l'enjeu est de savoir qui porte quoi. La SCI détient et finance le bâti et l'aménagement immobilier incorporé (le clos-couvert, la dalle, la façade, la mise aux normes d'accessibilité, les cloisons, les fluides encastrés). Le matériel et l'équipement mobiles — robot de dispensation, automate, mobilier, agencement comptoir et linéaires, enceintes réfrigérées, informatique, alarme — restent un équipement professionnel porté par la SEL et amorti chez elle. Une règle est ferme : si la SCI loue les murs avec le matériel, c'est une location équipée, imposable à l'IS de plein droit (art. 206-2). La SCI ne loue que les murs nus. La frontière exacte « immobilier par destination » / « matériel » se cale au cas par cas avec l'expert-comptable.
La SCI ne porte que l'immobilier (murs nus et aménagement incorporé) ; le robot de dispensation et l'équipement restent dans la SEL. Mêler les deux dans la SCI = location équipée = IS de plein droit (art. 206-2).
Élément de l'officineQui le porteRégime
Murs, dalle, façade, clos-couvertSCIBâti amortissable à l'IS / non à l'IR
Mise aux normes PMR, cloisons, fluides encastrésSCI (aménagement immobilier)Travaux : déficit foncier (IR) ou amortissement (IS)
Robot / automate de dispensation, agencement, mobilierSELMatériel professionnel amorti chez la SEL (TVA récupérable)
Chambre froide, enceintes réfrigérées, informatiqueSELÉquipement professionnel (hors SCI)

L'officine, un ERP soumis à l'accessibilité PMR

Une officine est un établissement recevant du public (ERP), presque toujours de 5e catégorie. Cadre : Code de la construction et de l'habitation et loi n° 2005-102 du 11 février 2005. Obligations : attestation d'accessibilité, registre public d'accessibilité, respect des règles techniques (cheminement, accès, sanitaires PMR, signalétique). Des dérogations existent (impossibilité technique, disproportion manifeste) mais ne sont jamais automatiques. Faites établir l'état d'accessibilité du local avant l'achat : une mise aux normes représente un coût à anticiper, et ces travaux portés par la SCI peuvent générer un déficit foncier (IR) ou être amortis (IS).

L'avantage TVA de l'officine : récupérer la taxe sur le robot et l'agencement

C'est un différenciateur majeur par rapport à un cabinet médical, dentaire ou de kiné (dont les actes sont exonérés de TVA). L'officine vend des médicaments soumis à TVA (2,1 / 5,5 / 10 / 20 %) : la SEL récupère la TVA sur ses investissements. Porter le robot de dispensation et l'agencement dans la SEL permet donc de récupérer la TVA sur ces postes lourds — un argument de plus pour les y loger. Pour les murs, une option à la TVA sur le bail (art. 260-2° du CGI) est envisageable pour récupérer la TVA de l'acquisition ou des gros travaux, mais elle assujettit le loyer à 20 % et n'a d'intérêt que dans des cas précis. Au conditionnel : arbitrage au cas par cas avec votre expert-comptable.

Concrètement, ranger le robot de dispensation dans la SEL et la rampe PMR dans la SCI ne change pas que la TVA : ça déplace l'arbitrage IR / IS. Les travaux immobiliers portés par la SCI alimentent un déficit foncier à l'IR (jusqu'à 10 700 €/an) ou sont amortissables à l'IS (mais creusent la VNC, donc alourdissent la plus-value de revente). Cette logique s'inscrit dans une réflexion plus large sur l'immobilier du professionnel libéral.

§ 8LE BAIL COMMERCIAL·2 MIN

Quel bail pour louer les murs à son officine ?

Pour le pharmacien, contrairement au kiné ou au dentiste d'à côté, la question est tranchée d'avance : l'officine est un fonds de commerce, et le bail qui lie la SCI à la SEL est un bail commercial. C'est une différence nette avec les confrères libéraux en BNC (kiné, médecin, orthophoniste), qui relèvent eux du bail professionnel. Le pharmacien, commerçant, bénéficie au contraire de la propriété commerciale : c'est une protection précieuse pour la valeur de l'officine.

Bail commercial 3/6/9 (le régime de l'officine)

Art. L. 145-1 et suivants du Code de commerce. Durée minimale de 9 ans, avec faculté de résiliation triennale pour le preneur (le fameux 3/6/9). Droit au renouvellement et propriété commerciale, plafonnement du loyer de renouvellement, indexation (ILC). C'est le régime naturel et protecteur du fonds de commerce qu'est l'officine.

Bail professionnel (le régime du libéral BNC)

Régime des professions libérales (BNC) : durée minimale de 6 ans, résiliation possible par le seul locataire. Il ne s'applique PAS à l'officine, qui est commerciale. À ne pas confondre : un pharmacien ne signe pas un bail professionnel pour son point de vente.

Droit de préférence du locataire en cas de vente des murs

Le statut des baux commerciaux protège aussi le preneur en cas de vente. Si le propriétaire des murs commerciaux loués décide de les vendre, le locataire bénéficie d'un droit de préférence (art. L. 145-46-1 du Code de commerce) : il est prioritaire pour racheter. Dans un montage SCI → SEL liées, ce point a surtout un intérêt patrimonial (par exemple en cas d'entrée d'un tiers au capital de la SCI), mais il fait partie des protections du régime commercial.

Qui paie les travaux PMR : le bail tranche

Au-delà de la durée, le bail doit répartir clairement les charges et les travaux. Qui finance la mise aux normes PMR (rampe, accès, sanitaires) ? Qui prend en charge la réfection de la façade ou de la devanture ? Le réflexe par défaut (gros œuvre au propriétaire, entretien courant au preneur) doit être précisé par écrit, surtout quand bailleur et preneur sont liés. Bail écrit + loyer de marché + indexation (ILC) : c'est le triptyque qui sécurise aussi la déductibilité du loyer (cf. section 4).
§ 9OFFICINE DE GROUPE·2 MIN

Officine de plusieurs titulaires : la SCI commune contre l'indivision

Beaucoup de titulaires s'associent aujourd'hui à deux ou trois pour reprendre une grosse officine (SELAS ou SELARL pluri-titulaires). Quand ces associés veulent acheter les murs ensemble, la pire option est l'indivision : toute décision importante y exige l'unanimité. Prenons deux titulaires, Camille et Karim : en indivision, le jour où Karim veut vendre sa part ou refuser des travaux PMR, tout se bloque. La SCI commune résout exactement ce problème.

Dans une SCI, c'est le gérant qui administre, et les décisions se prennent à la majorité prévue par les statuts (et non à l'unanimité). Surtout, la SCI organise proprement l'entrée et la sortie des associés : une clause d'agrément contrôle qui peut devenir associé, la répartition des parts suit l'apport de chacun, et un associé qui part cède ses parts sans qu'il faille vendre l'immeuble. C'est aussi le bon véhicule pour faire coïncider la détention des murs avec celle du fonds (chaque titulaire détenant une quote-part cohérente des deux).

Statuts sur mesure : la clé d'une officine de groupe sereine

Pour une officine pluri-titulaires, soignez les statuts de la SCI : clause d'agrément (qui entre ?), modalités de cession des parts, règles de majorité, et articulation avec ce qui se passe quand un associé cède le fonds ou part à la retraite (sections 10 et 11). Bien rédigés, ces statuts évitent les blocages classiques de l'indivision et fluidifient les rotations d'associés sur toute la vie de l'officine. À border avec votre notaire dès la constitution.
§ 10TRANSMISSION·3 MIN

Transmettre les murs : donation de parts, démembrement (Dutreil exclu)

C'est sur la durée que la SCI rentabilise vraiment le montage. Là où un immeuble se transmet en bloc (et déclenche des droits d'un coup), des parts de SCI se donnent par tranches, en lissant la fiscalité sur toute une vie.

Le premier levier est l'abattement de donation (art. 779 du CGI) : chaque parent peut donner 100 000 € par enfant en franchise de droits, abattement rechargeable tous les 15 ans (art. 784). Un couple peut ainsi transmettre 200 000 € par enfant tous les 15 ans, en parts de SCI, sans fiscalité ; une donation en pleine propriété avant 70 ans bénéficie en outre d'une réduction de droits de 50 % (art. 790). (Le gel des abattements DMTG est régulièrement évoqué : à suivre, au conditionnel.)

Le second levier est le démembrement (art. 669 du CGI) : vous donnez la nue-propriété des parts à vos enfants — sa valeur taxable est réduite selon votre âge (par exemple, entre 61 et 70 ans révolus, la nue-propriété vaut 60 % de la pleine propriété ; à partir de 71 ans, 70 %) — tout en conservant l'usufruit, donc les loyers. À votre décès, l'usufruit s'éteint et vos enfants deviennent pleins propriétaires sans droits supplémentaires (art. 1133 du CGI).

Cas pratique — Camille, 68 ans, transmission démembrée des murs

Camille détient en SCI les murs de son officine, valeur 500 000 €. Elle donne la nue-propriété des parts à ses 2 enfants. À 68 ans, la nue-propriété vaut 60 % (art. 669) : assiette taxable de 300 000 €, soit 150 000 € par enfant. Après l'abattement de 100 000 € par enfant (art. 779), la base taxable tombe à 50 000 € par enfant — et la donation avant cession peut être étalée pour franchir l'impôt. Elle conserve l'usufruit, donc les loyers, qui complètent sa retraite. À son décès, l'usufruit s'éteint : les enfants deviennent pleins propriétaires sans droits supplémentaires (art. 1133).

Sans convention de démembrement, l'usufruitier perd la main

Attention à un arrêt récent et décisif. En cas de vente de la totalité des actifs de la société civile, le produit de cession revient au nu-propriétaire (l'usufruitier ne conservant qu'un quasi-usufruit), sauf convention contraire (Cass. 3e civ., 19 septembre 2024, n° 22-18.687). Autrement dit : sans convention de démembrement rédigée dès la donation, l'usufruitier peut perdre la maîtrise du prix de vente. Notez aussi : la dette de restitution née d'un quasi-usufruit sur une somme d'argent n'est plus déductible de la succession (art. 774 bis). Faites rédiger la convention par votre notaire.

Le pacte Dutreil ne s'applique PAS à une SCI de location nue

Ne le promettez jamais : l'abattement de 75 % du pacte Dutreil (art. 787 B du CGI) est réservé aux titres de sociétés ayant une activité opérationnelle. Une SCI de location nue exerce une activité civile et en est exclue. En revanche, le Dutreil joue pleinement sur le fonds d'officine et la SEL d'exploitation (activité commerciale éligible) : c'est tout l'objet de transmettre l'officine à ses enfants avec le pacte Dutreil. Bien distinguer : murs en SCI = pas de Dutreil, fonds d'officine = Dutreil possible. Notez enfin : la cession de parts de SCI à prépondérance immobilière supporte des droits d'enregistrement de 5 % (art. 726, I-2°).

Pour le mécanisme détaillé du démembrement et les règles générales d'abattement, voyez la donation des parts en démembrement et l'abattement de 100 000 € par enfant tous les 15 ans.

§ 11LA SORTIE·2 MIN

Sortie, cession et retraite : que deviennent les murs ?

Le jour où vous cédez l'officine, le repreneur rachète le fonds (et, le cas échéant, vos parts de SEL). Mais les murs logés en SCI restent à Camille : c'est exactement ce pourquoi elle ne les a pas mis dans sa SELARL. Trois options s'ouvrent alors, et le bon choix dépend de vos besoins de revenus et de vos projets pour vos enfants.

3 scénarios de sortie

A. Conserver et louer au repreneur. La SCI à l'IR transforme les murs en revenu de retraite régulier (loyers + 17,2 % de prélèvements sociaux), versés par le nouveau titulaire qui exploite votre officine.

B. Revendre. En SCI à l'IR, c'est la plus-value des particuliers (art. 150 U) : exonération d'IR à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans (+ éventuelle surtaxe au-delà de 50 000 € de plus-value nette, art. 1609 nonies G). En SCI à l'IS, la plus-value professionnelle est lourde (cf. sections 3 et 5).

C. Transmettre. On donne les parts aux enfants (cf. section 10), en franchise ou en démembrement.

Ne confondez pas les régimes de plus-value à la cession

C'est le point sur lequel un pharmacien sur deux se trompe en rendez-vous de cession. À la vente de l'officine, plusieurs régimes coexistent — aucun ne s'applique aux murs détenus en SCI à l'IR : les parts de SEL relèvent de l'art. 150-0 D ter (abattement de 500 000 € pour départ à la retraite, mais PS à 18,6 %) ; le fonds de commerce d'officine relève de l'art. 238 quindecies (exonération selon la valeur de cession) ou de l'art. 151 septies A (départ en retraite, IR exonéré mais PS à 17,2 %) ; les murs en SCI à l'IR relèvent, eux, de la plus-value des particuliers (art. 150 U), exonérée à 22 / 30 ans. Ces régimes professionnels sont traités dans la cession de l'activité et les plus-values professionnelles. Ne pas confondre : les murs en SCI ne sont jamais une plus-value professionnelle (tant qu'ils sont à l'IR et loués nus).

Retraite du pharmacien : la CAVP, pas la CARMF ni la CARCDSF

Le pharmacien titulaire relève de la CAVP (Caisse d'Assurance Vieillesse des Pharmaciens), régime complémentaire en partie par capitalisation — jamais la CARMF (médecins) ni la CARCDSF (dentistes). Les loyers de la SCI viennent compléter — et non remplacer — cette retraite : c'est tout l'intérêt de conserver les murs après la cession du fonds. Cette articulation s'inscrit dans une stratégie d'ensemble, détaillée dans la gestion de patrimoine du pharmacien titulaire, et dans le panorama des leviers fiscaux du pharmacien qui veut réduire ses impôts.

Au conditionnel : des propositions de réforme de la plus-value immobilière (raccourcissement des durées, coefficient d'érosion monétaire) ont circulé, mais elles ne sont pas promulguées. Au 24 juin 2026, le régime 22 ans (IR) / 30 ans (PS) reste pleinement en vigueur. Gardez aussi à l'esprit que les loyers fonciers augmentent votre revenu fiscal de référence : à très haut revenu (au-delà de 250 000 €), surveillez la CEHR (art. 223 sexies) et la CDHR (art. 224, reconduite par la LF 2026). (L'IFI sur les parts de SCI affectées à l'exploitation peut être exonéré au titre des biens professionnels — au conditionnel, art. 975, cf. section 2.)

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Sources et références légales

  • Structure et fiscalité de la SCI

    Art. 8 CGI (transparence : revenus fonciers pour la SCI à l'IR). Art. 206-2 CGI (location équipée = IS de plein droit : louer les murs nus, le robot et l'agencement restent dans la SEL). Art. 239 CGI (option pour l'IS, irrévocable après le 5e exercice ; BOI-IS-CHAMP-20-20-30). Art. 219, I-b CGI (IS 15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà). Art. 1832 et 1857 du Code civil (société civile, responsabilité indéfinie mais non solidaire au prorata des parts). Art. 975 CGI (exonération d'IFI des biens professionnels, au conditionnel).

  • Loyer, charges et déficit foncier

    Art. 39-1 CGI (loyer déductible du résultat BIC de la SEL d'officine, activité commerciale). CE 11 avril 2008 n° 287808 et n° 300302 (déduction du loyer : versement effectif + imposition en revenus fonciers). CE plén. 21 décembre 2018 n° 402006, Sté Croë-Suisse (acte anormal de gestion : un écart significatif au prix de marché renverse la charge de la preuve). Art. 156, I-3° CGI (déficit foncier 10 700 €/an, hors intérêts). BOI-RFPI-BASE-30-20 (intérêts d'emprunt imputables sur le seul revenu foncier). Art. 62 CGI et CE 8 avril 2025 n° 492154 (abattement 10 % du pharmacien gérant majoritaire, au conditionnel).

  • Officine : aménagements, ERP, TVA et bail commercial

    Art. 206-2 CGI (robot de dispensation, agencement, chambre froide = équipement de la SEL ; la SCI ne loue que les murs nus). Loi n° 2005-102 du 11 février 2005 et Code de la construction et de l'habitation (accessibilité PMR des ERP, officine de 5e catégorie). TVA récupérable (l'officine vend des médicaments soumis à TVA, 2,1 / 5,5 / 10 / 20 %) et option TVA sur le bail (art. 260-2° CGI, au conditionnel). Art. L. 145-1 et s. du Code de commerce (bail commercial 3/6/9, fonds de commerce) ; art. L. 145-46-1 (droit de préférence du locataire en cas de vente des murs).

  • Plus-values, SPFPL et amortissement

    Art. 150 U, 150 UB et 150 VC CGI (plus-value des particuliers : exonération d'IR à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans ; à ne pas confondre avec l'art. 151 septies B). Art. 39 duodecies CGI (plus-value professionnelle de la SCI à l'IS : prix − VNC, amortissements réintégrés, sans abattement durée). Art. 200 B et 1609 nonies G CGI (taux 19 % et surtaxe au-delà de 50 000 €). Ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (SPFPL et immobilier d'exploitation). Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026) : prélèvements sociaux maintenus à 17,2 % sur le foncier et les plus-values immobilières, 18,6 % sur les dividendes.

  • Transmission, retraite et hauts revenus

    Art. 779 et 784 CGI (abattement 100 000 € par enfant et par parent, rechargeable tous les 15 ans). Art. 790 CGI (réduction de 50 % avant 70 ans). Art. 669 et 774 bis CGI (barème de l'usufruit ; dette de restitution du quasi-usufruit). Cass. 3e civ. 19 septembre 2024 n° 22-18.687 (convention de démembrement indispensable). Art. 726, I-2° CGI (cession de parts de SCI à prépondérance immobilière : droits de 5 %). Art. 787 B CGI (pacte Dutreil exclu pour une SCI de location nue ; il joue sur le fonds d'officine). Retraite : CAVP (cavp.fr), jamais la CARMF ni la CARCDSF. Art. 223 sexies CGI (CEHR) et art. 224 CGI (CDHR reconduite, LF 2026 loi n° 2026-103 du 19 février 2026).

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. L'arbitrage IR / IS, le choix de la structure, la ventilation comptable entre les murs (SCI) et l'équipement de l'officine (robot de dispensation, agencement, chambre froide) porté par la SEL, et le calibrage du loyer doivent faire l'objet d'une étude individualisée, validée avec votre notaire et votre expert-comptable. Les cas chiffrés sont des illustrations aux taux 2026 et supposent les hypothèses explicitées ; ils ne valent pas garantie de résultat. Les chiffres et taux cités sont à jour au 24 juin 2026 mais peuvent évoluer (LF / LFSS annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence). Certains points sont signalés au conditionnel lorsque le texte ne tranche pas encore (exonération d'IFI des biens professionnels, option TVA du loyer, champ exact de la fin de l'abattement de 10 % pour le pharmacien gérant majoritaire, pérennité de la CDHR au-delà de 2026, réforme annoncée de la plus-value immobilière, valeurs de retraite CAVP). L'investissement immobilier comporte des risques (vacance, illiquidité, évolution des prix).

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