Pourquoi le patrimoine d'un expert-comptable ne se gère pas comme un autre
Vous passez vos journées à optimiser le bilan, la trésorerie et la fiscalité de vos clients — et vous reportez les vôtres d'année en année. C'est le paradoxe du cordonnier mal chaussé, et je le croise à chaque rendez-vous d'expert-comptable. Le paradoxe se résume en une ligne : vous pouvez verser jusqu'à 88 911 € sur un PER en 2026 et déduire à 45 %, mais la retraite que vous prépare votre caisse restera, elle, plafonnée — et une trésorerie de cabinet qui dort sur un compte courant ne travaille pas. Trois choses, prises ensemble, font votre singularité : vous gagnez beaucoup (TMI 41 à 45 %, parfois CEHR, CDHR, IFI), vous avez une structure à optimiser (cabinet, SEL, trésorerie) et un fonds libéral à céder demain, et derrière, une retraite de caisse modeste au regard de ce que dégage le cabinet : vous relevez du régime de base CNAVPL et du régime complémentaire de la CAVEC (Caisse d'Assurance Vieillesse des Experts-Comptables et des Commissaires aux Comptes), organisé par classes, dont le taux de remplacement reste limité sur de hauts revenus. Vous êtes une profession libérale réglementée (inscrite à l'Ordre), mais pas un officier ministériel : la cession de votre clientèle est libre, sans droit de présentation. Pris séparément, rien d'alarmant ; c'est l'addition qui change tout, et qui fait qu'on ne traite pas les sujets dans le même ordre selon votre âge : ce guide vous donne la feuille de route, phase par phase, pour savoir quoi prioriser maintenant — financer, sécuriser, structurer, diversifier ou céder — plutôt que d'empiler des produits.
En 30 secondes : une feuille de route en 4 phases
La TVA, un avantage à exploiter, pas une contrainte
Contrairement au médecin ou au kinésithérapeute — exonérés de TVA sur leurs soins au titre de l'article 261-4-1 du CGI —, l'expert-comptable est soumis à la TVA au taux normal de 20 %, sur ses honoraires d'expertise comptable comme sur ses missions de commissariat aux comptes. Beaucoup le vivent comme une contrainte : c'est l'inverse. Vous récupérez la TVA déductible sur vos frais, vos logiciels, votre matériel et vos investissements. Et comme vous êtes assujetti, vous pouvez activer l'option pour la TVA des loyers (article 260-2° CGI) si vous logez les murs du cabinet dans une SCI, et récupérer ainsi la TVA sur l'immeuble. En tout début d'activité, sous le seuil de franchise en base de l'article 293 B (seuils 2026 à confirmer ; le projet de seuil unique de 25 000 € a été suspendu), l'exonération reste théoriquement possible — mais en pratique l'expert-comptable à hauts revenus est au réel et assujetti dès l'installation. L'exonération des soins du 261-4-1 ne vous concerne jamais.
Expert-comptable = CNAVPL + CAVEC, jamais CARMF, CNBF, CPRN, CAVOM ou CIPAV
Ce guide est la vue d'ensemble patrimoniale de l'expert-comptable à hauts revenus, déclinaison du pilier généraliste : pour la vue d'ensemble du métier, voyez la gestion de patrimoine de la profession libérale. Il complète, sans le répéter, le guide structurel de l'optimisation en SEL (rémunération et dividendes) : là on regarde la structure et le net ; ici, on prend de la hauteur et on regarde le patrimoine dans son ensemble, au-delà du seul impôt.
Au-delà de l'impôt : se constituer, protéger et transmettre
La feuille de route patrimoniale de l'expert-comptable, phase par phase
Une carrière d'expert-comptable dure trente à quarante ans, et les bonnes décisions patrimoniales ne sont pas les mêmes à 33 ans qu'à 61 ans. À l'installation, on finance et on sécurise ; au développement, on structure ; à maturité, on diversifie ; en fin de carrière, on cède. L'ordre compte autant que les leviers eux-mêmes.
| Phase | Âge indicatif | L'enjeu central | Les leviers prioritaires |
|---|---|---|---|
| 1 · Installation | 30-40 ans | Financer la clientèle et sécuriser | Emprunt du rachat de clientèle, droits 719, épargne de précaution, 1re prévoyance Madelin, RP, démarrer le PER |
| 2 · Développement | 40-50 ans | Structurer et optimiser | BNC→SEL→SPFPL, murs en SCI, PER saturé, placer la trésorerie du cabinet, déficit foncier |
| 3 · Maturité | 50-60 ans | Diversifier et préparer la retraite | Assurance-vie, SCPI, immobilier de rendement, LMNP, IFI, retraite CAVEC insuffisante |
| 4 · Fin de carrière / cession | 60 ans et + | Céder au bon prix | 238 quindecies, parts de SEL 150-0 D ter, donation, démembrement, AV 990 I, Dutreil |
Comment lire ce hub
Phase 1 — L'installation : financer la clientèle et sécuriser
La carrière d'expert-comptable bascule à l'installation, entre 30 et 40 ans, le plus souvent par le rachat d'une clientèle ou de parts d'un cabinet. À la différence du notaire, l'expert-comptable n'est pas officier ministériel : la cession de clientèle est libre (fonds libéral), sans droit de présentation ni agrément. C'est un investissement qui peut représenter plusieurs centaines de milliers d'euros, presque toujours financé par emprunt. Le réflexe du jeune expert-comptable, dès le premier exercice qui dégage du bénéfice, c'est de chercher à défiscaliser. Je tempère : à ce stade, la priorité est de financer proprement la clientèle et de sécuriser, pas de défiscaliser.
Financer la clientèle par l'emprunt, et anticiper les droits d'enregistrement
Le rachat de clientèle se finance par un crédit dont les intérêts d'emprunt sont en principe déductibles du résultat professionnel. C'est un vrai levier, dont les modalités changent selon que vous détenez en direct ou via une SEL/SPFPL : à caler avec votre expert-comptable dès le départ (vous êtes du métier, mais sur votre propre dossier, le recul d'un confrère ou d'un CGP aide). Côté coût d'acquisition, les droits d'enregistrement de la cession de clientèle (article 719 CGI, à la charge de l'acquéreur) suivent un barème : 0 % jusqu'à 23 000 €, 3 % de 23 000 à 200 000 €, 5 % au-delà. Là où je vois des dossiers déraper, c'est quand on s'endette à fond sans garder de coussin : une clientèle se finance, mais il faut conserver une marge de sécurité pour absorber un creux d'activité. Pour la méthode de gestion des premiers euros, voyez gérer son argent en début d'activité libérale.
Le coussin de précaution et la résidence principale, avant tout placement
En parallèle du remboursement de la clientèle, on pose le plus basique : 3 à 6 mois de charges de côté sur un support liquide (livrets, fonds euros), pour encaisser un imprévu sans casser une épargne longue ni vendre au mauvais moment. La première résidence principale est l'autre projet structurant de cette phase : elle ancre le patrimoine et prépare l'accès au crédit pour la suite — étant entendu que l'emprunt du rachat de clientèle mobilise déjà une partie de votre capacité d'endettement, ce qui suppose d'arbitrer le calendrier entre les deux.
Prévoyance : pas de filet salarial, donc à poser dès l'installation
Démarrer le PER tôt, même avec peu
Une fois le financement de la clientèle cadré, le coussin de précaution et la prévoyance en place, on ouvre le PER (article 154 bis), même avec un versement modéré. L'intérêt n'est pas tant le montant déduit en début de carrière que le fait de prendre date et de prendre l'habitude : l'avantage fiscal à l'entrée croît mécaniquement avec votre TMI, et il sera maximal en phase de développement. À TMI 30 %, le plancher de déduction de 4 806 € en 2026 économise déjà près de 1 442 € d'impôt. Pour le détail du PER : le PER de l'expert-comptable et le guide complet du PER.
Phase 2 — Le développement : structurer, optimiser, capitaliser à 45 %
Une fois le cabinet installé et le crédit en partie absorbé, les revenus grimpent, la TMI tape les 45 %, et les premiers impôts « de riche » tombent. C'est la phase où une structure mal pensée se paie cash : rester en BNC quand la SEL s'impose, laisser dormir la trésorerie, sous-doter le PER — chacune de ces inerties vaut plusieurs milliers d'euros d'impôt par an. On prend les leviers dans l'ordre, pas tous en même temps.
Du BNC à la SEL, puis la SPFPL : le régime mère-fille
Tant que tout votre bénéfice vous est nécessaire, le BNC (déclaration contrôlée 2035) suffit. Mais dès qu'il dépasse durablement votre besoin de train de vie, la société d'expertise comptable / SEL à l'IS — SELARL (gérant majoritaire TNS) ou SELAS (président assimilé salarié), loi n° 90-1258, ordonnance n° 2023-77 en vigueur depuis le 1er septembre 2024 — commence à payer : vous laissez capitaliser dans la société à 15 % d'IS (jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 %) plutôt qu'à votre TMI personnelle. Le capital doit rester détenu majoritairement par des experts-comptables inscrits. Une SPFPL peut alors coiffer la SEL et en détenir jusqu'à 100 % des droits depuis l'ordonnance de 2023 : grâce au régime mère-fille (articles 145 et 216 CGI), les dividendes remontés sont exonérés à 95 %.
Régime mère-fille : 100 000 € de dividendes remontés à la SPFPL
Dividende brut remonte SEL -> SPFPL ....... 100 000 EUR Quote-part de frais et charges (5 %) ...... 5 000 EUR Base imposable a l'IS (15 %) .............. 5 000 EUR IS du a la SPFPL (15 % x 5 000) ........... 750 EUR ------------------------------------------------------- Net capitalisable dans la SPFPL .......... 99 250 EUR Cout effectif ............................ ~0,75 a 1,25 %
Comparé à une distribution directe à l'expert-comptable (PFU 31,4 % = 12,8 % IR + 18,6 % PS), la remontée à la SPFPL laisse près de 99 % du dividende disponible pour réinvestir. La contrepartie : ces fonds restent bloqués dans la société ; pour les sortir vers votre poche, il faudra repasser par la case dividende ou rémunération. Détention d'au moins 5 % conservée 2 ans (intégration fiscale possible à 95 %, quote-part de frais ramenée à 1 %).
On ne refait pas ici le montage complet : il est détaillé dans l'optimisation fiscale de l'expert-comptable (rémunération et dividendes) et la holding d'expert-comptable (SPFPL). Pour le cadre général de la règle des dividendes : les dividendes de SEL et les cotisations sociales. Deux pièges, en revanche, méritent qu'on s'y arrête.
Deux pièges propres à la SEL de l'expert-comptable
2. Dividendes > 10 % cotisés, même via la SPFPL : la fraction de dividendes excédant 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes en compte courant d'associé est assujettie aux cotisations sociales (article L. 131-6 CSS), pas seulement aux prélèvements sociaux — y compris lorsqu'ils transitent par une SPFPL(doctrine Urssaf et jurisprudence de la 2e chambre civile de la Cour de cassation : l'interposition de la holding ne fait pas écran ; référence exacte du dernier arrêt à vérifier auprès de votre conseil). C'est un mythe répandu à corriger : la SPFPL n'efface pas ces cotisations. En deçà de 10 %, le dividende reste au PFU de 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de PS en 2026).
Acheter les murs du cabinet en SCI, et effacer du revenu à 45 % par le déficit foncier
À TMI 45 %, l'immobilier devient un levier puissant. Loger les murs du cabinet dans une SCI, avec option pour la TVA (article 260-2°) puisque le cabinet est assujetti, combine diversification, récupération de la TVA sur l'immeuble et préparation de la transmission : vous séparez l'immobilier de l'exploitation, et la SCI perçoit des loyers de la SEL. Le déficit foncier (location nue ou SCI à l'IR : travaux et charges supérieurs aux loyers) efface du revenu fortement taxé : l'imputation sur le revenu global est plafonnée à 10 700 €/an (hors intérêts d'emprunt), le surplus s'imputant sur les revenus fonciers des 10 années suivantes. Attention à ne pas confondre les taux : les loyers d'une SCI à l'IR supportent des prélèvements sociaux de 17,2 % (et non 18,6 %), alors que des loyers meublés (LMNP) passent à 18,6 %. Voyez acheter les murs de son cabinet d'expertise comptable en SCI et l'investissement immobilier de l'expert-comptable (SCPI, LMNP, déficit).
Saturer le PER, placer la trésorerie dormante du cabinet
C'est la phase où le PER / Madelin retraite (article 154 bis) donne son plein effet : à TMI 45 %, 100 € versés ne vous coûtent réellement que 55 €. Versement déductible dans la limite de 10 % du bénéfice + 15 % de la fraction entre 1 et 8 PASS, soit jusqu'à 88 911 € en 2026 (avec report des plafonds non utilisés sur trois ans et mutualisation possible entre conjoints). En parallèle — et c'est l'angle mort par excellence du cordonnier mal chaussé — la trésorerie excédentaire du cabinet ne doit pas dormir sur un compte courant : contrat de capitalisation de personne morale (article 238 septies E), compte à terme, immobilier de la société. Le choix précis des supports relève d'un guide dédié : placer la trésorerie de son cabinet d'expertise comptable et placer la trésorerie d'une SEL. Pour l'enveloppe assurance-vie : voyez l'assurance-vie.
Trois règles à ne pas confondre (et qui piègent souvent les experts-comptables)
2. Règle des 10 % : au-delà de 10 % du capital + primes + CCA, le dividende de SEL devient soumis aux cotisations sociales (pas seulement aux PS), même via une SPFPL.
3. Plafond PER ≠ plafond prévoyance : le volet retraite (jusqu'à 88 911 €) et le volet prévoyance (≈ 11 534 €) de l'article 154 bis sont autonomes et se cumulent.
Optimiser la phase développement sur vos chiffres
Un CGP indépendant cale l'arbitrage rémunération/dividendes, le montage SPFPL, l'achat des murs en SCI, le placement de votre trésorerie de cabinet et le bon niveau de versement PER selon votre TMI réelle — et chiffre le gain net pour vous.
Phase 3 — La maturité : diversifier et piloter ses impôts de hauts revenus
Entre 50 et 60 ans, le cabinet est rodé, le crédit de la résidence principale est souvent soldé, les enfants finissent leurs études et il reste plusieurs milliers d'euros à placer chaque mois. C'est aussi l'âge où les surtaxes des hauts revenus et patrimoines— IFI, CEHR, CDHR — pèsent le plus lourdement : à 55 ans, ce n'est plus l'impôt sur le revenu du cabinet qui fait mal, c'est l'IFI, la CEHR et la CDHR — et là, c'est le patrimoine, pas le bénéfice, qui sert de levier. En parallèle, on prépare une retraite CAVEC que l'on sait insuffisante.
Piloter l'IFI, la CEHR et la CDHR par le patrimoine
L'IFI, la CEHR et la CDHR ne frappent pas au même endroit, mais elles tombent souvent sur le même contribuable : vous. L'IFI frappe le patrimoine immobilier net au-delà de 1 300 000 € : la résidence principale bénéficie d'un abattement de 30 %, les biens professionnels sont exonérés, et le démembrement (la nue-propriété n'est pas imposable au démembrement viager, barème de l'article 669) comme la dette déductible réduisent l'assiette. La CEHR (article 223 sexies) s'applique à 3 % au-delà de 250 000 € de RFR pour un célibataire, 4 % au-delà de 500 000 € (seuils doublés pour un couple). La CDHR (article 224) impose un taux effectif minimum de 20 % du RFR aux très hauts revenus dont le RFR dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple) : elle vise surtout les revenus du capital faiblement taxés au PFU, et incite à privilégier les leviers d'assiette (comme le PER). On creuse ça dans réduire son IFI, le démembrement de propriété et la CDHR du libéral.
Diversifier : assurance-vie, SCPI, immobilier de rendement, LMNP
À ce stade, le problème n'est plus d'avoir des revenus, mais de ne pas dépendre uniquement du cabinet et de préparer la rente de retraite. Objectif : que votre patrimoine tienne debout même si le cabinet, lui, ralentit. On diversifie : assurance-vie (capitalisation à 17,2 %, transmission 990 I, version luxembourgeoise à partir d'un certain encours), SCPI et immobilier de rendement, LMNP (loyers meublés en BIC, PS 18,6 %), private equity (horizon long, illiquide, risque de perte en capital). Ces supports ne sont pas garantis (les performances passées ne préjugent pas des performances futures, le capital en unités de compte peut varier), mais ils évitent de faire reposer toute votre retraite sur la seule revente du cabinet. À approfondir : les SCPI, l'investissement immobilier de l'expert-comptable et comment placer son argent quand on est expert-comptable.
Hauts revenus mais retraite CAVEC modeste : le grand écart
Phase 4 — Fin de carrière : céder le cabinet, transmettre, protéger les siens
Ici, les montants se comptent en centaines de milliers d'euros, parfois plus. La cession d'un cabinet d'expertise comptable passe par la vente de la clientèle(cession libre du fonds libéral, sans agrément) ou des parts de la SEL ; j'ai vu des confrères céder dans la précipitation d'un départ et payer 30 % et plus sur une plus-value qu'un rendez-vous deux ans plus tôt aurait fait fondre. Deux questions se posent : à quel régime céder la clientèle ou les parts, et comment transmettre et protéger ses proches.
En 30 secondes : céder et transmettre sans subir l'impôt
2026 : 18,6 % de PS sur la cession, et le 151 septies A n'exonère pas les PS
Céder la clientèle ou ses parts de SEL
Le levier phare est l'article 238 quindecies du CGI : la cession des éléments d'une activité libérale (clientèle, branche complète) est totalement exonérée d'IR si la valeur cédée est inférieure ou égale à 500 000 €, puis l'exonération devient dégressive jusqu'à 1 000 000 €. S'y ajoutent l'article 151 septies (exonération selon les recettes : totale jusqu'à 90 000 € de recettes, dégressive jusqu'à 126 000 € pour les prestations de services) et l'article 151 septies A (départ en retraite, IR exonéré, PS 18,6 % dus, cessation et liquidation des droits dans les 24 mois). La cession des parts de SEL relève, elle, de la plus-value mobilière (PFU 31,4 %) avec l'abattement fixe de 500 000 € du dirigeant partant en retraite (article 150-0 D ter). Le détail : la cession de cabinet d'expertise comptable : plus-value et exonérations, vendre son cabinet comptable : valorisation, prix et fiscalité et, pour le cadre du libéral, céder son cabinet en exonérant la plus-value.
| Vous cédez… | Nature de la PV | Exonération principale | PS 2026 |
|---|---|---|---|
| La clientèle (fonds libéral, branche complète) | Plus-value professionnelle | 238 quindecies (≤ 500 k€) + 151 septies + 151 septies A | 18,6 % |
| Les parts de votre SEL | Plus-value mobilière | Abattement fixe 500 k€ du dirigeant retraité (150-0 D ter) | 18,6 % |
| Les murs (SCI à l'IR) | Plus-value immobilière des particuliers | Abattement pour durée de détention | 17,2 % |
Exemple : ce que coûte l'absence d'anticipation
Transmettre via apport-cession et pacte Dutreil
Pour transmettre plutôt que vendre, on dispose de deux leviers, qu'on actionne souvent ensemble : l'apport-cession et le Dutreil. L'apport-cession (article 150-0 B ter) : vous apportez vos titres de SEL à une holding que vous contrôlez, ce qui place la plus-value en report d'imposition. Attention, le dispositif a été durci par la LF 2026 : si la holding cède dans les trois ans, le maintien du report suppose de réinvestir une part majorée du produit (de l'ordre de 60 à 70 % selon les conditions définitives) dans une activité économique éligible ; au-delà de trois ans, il n'y a pas de condition de remploi. La donation ultérieure des titres de la holding peut purger la plus-value en report sous conditions de conservation. Le pacte Dutreil (article 787 B) : sous engagement collectif puis individuel de conservation et exercice d'une fonction de direction, la transmission des titres par donation ou succession bénéficie d'un abattement de 75 % sur les droits de mutation. Voyez transmettre sa clientèle d'expert-comptable (151 septies A et Dutreil), l'apport-cession du libéral et la holding patrimoniale.
Protéger son conjoint, transmettre son patrimoine
Au-delà du cabinet, c'est tout le patrimoine privé qu'on prépare à transmettre : le cabinet n'est qu'une pièce du puzzle. L'assurance-vie en est le pilier : les capitaux décès échappent à la succession et, pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 € (article 990 I) ; après 70 ans, un abattement global de 30 500 € s'applique sur les primes (article 757 B), les gains restant exonérés. Le démembrement (donation de la nue-propriété, barème de l'article 669), la donation dans la limite de l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans (article 779) et, si le cabinet est en SEL coiffée d'une SPFPL, le pacte Dutreil ferment la boucle. Voyez préparer sa succession et transmettre cabinet et patrimoine.
Et la liquidation de la CNAVPL + CAVEC, au moment de la sortie ?
Âge, phase et priorité : le tableau de synthèse
Une vue d'ensemble pour situer où vous en êtes et ce qui doit retenir votre attention en prioritéaujourd'hui. Les âges sont indicatifs : ce qui compte, c'est l'enchaînement des priorités.
| Âge | Phase | Priorité n°1 | Le chiffre-clé 2026 |
|---|---|---|---|
| 30-40 ans | Installation | Financer la clientèle + précaution + prévoyance | Prévoyance Madelin ≈ 11 534 € |
| 40-50 ans | Développement | Structurer (SEL/SPFPL) + saturer le PER | PER : jusqu'à 88 911 € déductibles |
| 40-50 ans | Développement | Murs en SCI + placer la trésorerie dormante | Loyers SCI IR : PS 17,2 % |
| 50-60 ans | Maturité | Diversifier + piloter IFI / CEHR / CDHR | IFI > 1,3 M€ · CDHR 20 % |
| 60 ans et + | Fin de carrière | Céder la clientèle au bon prix | Exo cession ≤ 500 000 € (238 quindecies) |
Trois experts-comptables, trois phases : 33, 47 et 61 ans
Trois situations réelles, retravaillées et arrondies : une expert-comptable de 33 ans qui s'installe, un associé de 47 ans en SELARL, une associée de 61 ans qui cède son cabinet. Chiffres illustratifs (estimations pédagogiques, non opposables ; fourchettes volontaires).
Note de méthode sur les projections
Cas 1 — Inès, 33 ans, s'installe (rachat de clientèle ~250 000 €, TMI 41 %)
Priorité = financer proprement et sécuriser, pas défiscaliser :
1. Droits d'enregistrement (art. 719, à sa charge) : 0 % jusqu'à 23 000 €, puis 3 % de 23 000 à 200 000 € (~5 310 €), puis 5 % de 200 000 à 250 000 € (2 500 €) ≈ 7 810 € de droits.
2. Intérêts d'emprunt : en principe déductibles du résultat professionnel — un levier réel, à cadrer selon le mode de détention.
3. Épargne de précaution : 6 mois de charges sur livrets et fonds euros, pour absorber un creux sans casser une épargne longue.
4. Prévoyance Madelin : ≈ 11 534 € de plafond, avec une définition d'invalidité professionnelle — son seul filet en cas d'arrêt.
5. PER ouvert : premier versement au plancher de 4 806 € ; à TMI 41 %, c'est ~1 970 € d'IR économisés, surtout pour prendre date.
L'erreur à 33 ans serait de bloquer son épargne dans un produit de défiscalisation avant d'avoir financé la clientèle et constitué un coussin. La défisc viendra au développement.
Cas 2 — Karim, 47 ans, associé en SELARL (bénéfice ~180 000 €, TMI 45 %)
Plafond PER (154 bis) : il verse 30 000 € sur le PER (dans son plafond, qui peut monter bien au-delà avec le report).
Économie d'IR à TMI 45 % : 30 000 × 45 % ≈ 13 500 €.
Coût net de l'effort d'épargne : 30 000 − 13 500 ≈ 16 500 € pour 30 000 € capitalisés.
Murs en SCI : il loge les murs du cabinet dans une SCI avec option TVA (260-2°), récupère la TVA sur l'immeuble ; les loyers versés par la SELARL supportent des PS de 17,2 % (pas 18,6 %).
Trésorerie de cabinet : il place 150 000 € de trésorerie excédentaire qui dormaient sur le compte courant en contrat de capitalisation de personne morale (238 septies E), plutôt que de les laisser s'éroder.
SPFPL : les dividendes remontés capitalisent à ~99 % via le mère-fille, contre 68,6 % nets en distribution directe (PFU 31,4 %).
Entre le PER, les murs en SCI et la SPFPL, Karim peut effacer plus de 13 000 € d'impôt par an et faire travailler une trésorerie qui dormait. Reste à surveiller la règle des 10 % sur les dividendes (cotisations sociales au-delà).
Cas 3 — Sophie, 61 ans, cède son cabinet et part en retraite ⭐
238 quindecies : valeur cédée 600 000 € → l'exonération d'IR est dégressive (au-delà de 500 000 €, dans la zone 500 000–1 000 000 €), donc partielle. Et les PS de 18,6 % restent dus sur toute la plus-value (ni le 238 quindecies ni le 151 septies A ne les exonèrent).
151 septies A (départ retraite) : il exonère l'IR de la plus-value professionnelle (cessation + liquidation des droits CNAVPL + CAVEC dans 24 mois), mais pas les 18,6 % de PS. La clientèle ayant été partiellement rachetée à l'installation, la plus-value (≈ 500 000 €) ressort en deçà du prix de cession (600 000 €) du fait du coût d'acquisition : sur cette plus-value, 18,6 % ≈ 93 000 € de PS, IR potentiellement exonéré.
Alternative parts de SEL : si le cabinet avait été logé en SEL, la cession des parts aurait ouvert l'abattement de 500 000 € du dirigeant retraité (150-0 D ter) sur la plus-value mobilière, les 18,6 % de PS restant dus.
Ce que Sophie a bien fait : elle a alimenté son assurance-vie avant 70 ans. Résultat : 152 500 € par bénéficiaire transmis hors droits (990 I) — pour ses 2 enfants, 305 000 € exonérés. Et elle a vu un CGP trois ans avant de céder, pour caler la synchronisation cessation / liquidation CNAVPL + CAVEC dans les 24 mois.
La dualité des prélèvements sociaux 2026 (18,6 % / 17,2 %)
La plupart des comparateurs en ligne et des vieux articles appliquent encore 17,2 % à tout. Depuis la LFSS 2026 (loi n° 2025-1403), la CSG du capital est passée de 9,2 % à 10,6 %, et selon le revenu concerné le bon taux est désormais soit 17,2 %, soit 18,6 %. Sur une cession de clientèle de 300 000 €, se tromper de taux, c'est 4 200 € d'écart.
| Type de revenu / plus-value | Taux de PS 2026 | Concerne l'expert-comptable |
|---|---|---|
| Dividendes de SEL, intérêts | 18,6 % | Distribution de la SEL/SPFPL (PFU 31,4 %) |
| Plus-value de cession de parts de SEL | 18,6 % | Sortie / transmission du cabinet en SEL |
| Plus-value professionnelle (clientèle, fonds libéral) | 18,6 % | Cession 151 septies / 238 quindecies / 151 septies A |
| Loyers meublés (LMNP), gains de PER à la sortie | 18,6 % | Immobilier LMNP, PER 154 bis dénoué |
| Assurance-vie, contrat de capitalisation | 17,2 % | Épargne et trésorerie capitalisée |
| Loyers d'une SCI à l'IR (location nue) | 17,2 % | Murs du cabinet loués à la SEL |
| Plus-value immobilière des particuliers | 17,2 % | Revente d'un bien locatif ou des murs |
Le piège à retenir : le 151 septies A n'exonère pas les PS
Faire son bilan patrimonial d'expert-comptable
Reste à transposer tout cela sur votre situation : votre TMI réelle, votre structure, le financement de la clientèle, votre trésorerie de cabinet, vos projets immobiliers, l'âge de vos enfants. C'est le paradoxe que je croise à chaque rendez-vous : l'expert-comptable qui optimise au millimètre le patrimoine et la trésorerie de ses clients repousse depuis des années l'arbitrage du sien. Vous avez la technique ; ce qui manque, c'est le temps et le reculsur votre propre dossier — exactement ce qu'apporte un CGP, sans empiéter sur votre métier.
Vous, l'expert-comptable
Vous tenez la comptabilité, établissez la 2035 (ou les comptes de la SEL), gérez la TVA et maîtrisez les charges, le financement et la structure — pour vos clients, et pour vous-même sur le plan technique. Indispensable au quotidien, centré sur l'activité — mais le temps manque pour piloter votre patrimoine privé dans la durée.
L'avocat fiscaliste
Sécurise les montages complexes (apport-cession, Dutreil, restructuration de SEL/SPFPL) et défend en cas de contentieux. Précieux sur le point de droit pointu, mais ce n'est pas son métier de piloter dans la durée l'ensemble de votre patrimoine privé.
Le conseiller en gestion de patrimoine
Construit la stratégie globale et indépendante, phase par phase : financement de la clientèle, structuration SEL/SPFPL, trésorerie de cabinet, immobilier, prévoyance, PER, assurance-vie, pilotage IFI/CEHR/CDHR, cession et transmission. Un regard d'ensemble, calibré sur votre TMI réelle, qui suit votre dossier dans la durée et travaille avec vous.
Votre feuille de route patrimoniale d'expert-comptable, chiffrée
Bilan patrimonial complet : on situe votre phase, on priorise vos leviers (financement de la clientèle, structure, trésorerie de cabinet, PER, assurance-vie, immobilier, IFI, cession) et on chiffre le gain net. Cabinet 100 % indépendant, sans produit-maison.
Financer la clientèle à l'installation, basculer en SEL coiffée d'une SPFPL, saturer le PER à 47 ans, placer sa trésorerie dormante, piloter l'IFI à 55 ans : chaque choix commande le suivant. La forme de votre SEL fixe vos dividendes ; vos dividendes alimentent votre PER ; et c'est ce PER qui prendra le relais le jour où la CAVEC ne couvrira qu'une fraction de votre train de vie. Pour aller plus loin sur un levier précis, parcourez les guides du cluster expert-comptable : de l' optimisation fiscale en SEL à la SPFPL d'expert-comptable, en passant par les placements de l'expert-comptable et l'optimisation des hauts revenus du libéral. Même logique haut revenu, côté agence d'architecture : la gestion de patrimoine de l'architecte.

