La méthode : déduire, et le piège du « revenu banque »
L'essentiel en 30 secondes
Vous encaissez peut-être 80 000 € de recettes, mais après la voiture, les cotisations et le matériel, votre bénéfice réel tourne autour de 50 000 € : et c'est sur ce bénéfice que raisonne l'administration fiscale, pas sur ce que vous avez encaissé. Et chaque mois de décembre, quelqu'un — le comptable, un commercial au téléphone — vous propose de « défiscaliser un peu » : un versement PER, un produit de réduction d'impôt. Vous signez, vous gagnez quelques centaines d'euros d'impôt ; six mois plus tard, quand vous montez votre dossier de prêt pour acheter votre appartement, la banque retient un revenu plus faible et rabote votre capacité d'emprunt de plusieurs dizaines de milliers d'euros. C'est exactement là que le bât blesse : à votre niveau de revenu, défiscaliser au mauvais moment coûte plus qu'il ne rapporte.Ce guide remet les leviers dans le bon ordre, la voiture d'abord, et vous évite cette erreur.
Reprenons d'abord ce qui rend votre situation à part. L'infirmière ou l'infirmier libéral exerce une activité libérale imposée dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC), le plus souvent en entreprise individuelle, parfois en société civile de moyens (SCM) pour partager les charges d'un cabinet de groupe. Vos actes de soins sont exonérés de TVA (article 261-4-1° du CGI) : vous n'en facturez pas, mais vous n'en récupérez pas non plus sur votre véhicule ni votre matériel. Et votre profil financier est très particulier : des recettes souvent élevées en volume (les tournées, les AIS et AMI s'accumulent vite), mais un bénéfice net plus modéré une fois retirées des charges lourdes — au premier rang desquelles la voiture. C'est ce qui place beaucoup d'IDEL à une TMI de 30 %, parfois 41 %.
Cette spécificité change l'ordre des priorités. Un kiné raisonne d'abord cabinet et matériel ; vous, c'est kilomètres. C'est d'ailleurs ce qui vous rapproche, sans s'y confondre, de la défiscalisation du kinésithérapeute, profession sœur relevant de la même caisse CARPIMKO : même régime BNC, même retraite, mais votre poste de charge n°1 n'est pas le sien. Pour le cadre transverse, ce guide s'inscrit dans le hub plus large de la défiscalisation de la profession libérale.
Déduction d'assiette ou réduction d'impôt : deux mécaniques opposées
La nuance est technique mais elle décide de tout. Une déduction d'assiette (frais de voiture, charges réelles, prévoyance, PER) retire un montant de votre bénéfice imposable : elle « rapporte » votre TMI. À 30 %, déduire 1 000 € fait baisser l'impôt de 300 €. Une réduction d'impôt(FIP, FCPI, Girardin) vient, elle, directement en diminution de l'IR, mais elle est plafonnée (10 000 € par an, article 200-0 A du CGI) et comporte un risque. À votre niveau, la première famille est presque toujours préférable : elle est sans risque, et — pour la voiture et les frais — il s'agit de vraies dépenses que vous engagez de toute façon.
Le piège que personne ne nomme : le « revenu banque »
Levier n°1 : la voiture (barème km ou frais réels) et le piège des IK de la CPAM
Pour l'IDEL, le premier poste de charge n'est ni le cabinet ni le matériel : c'est la voiture. Vous passez vos journées sur la route — tournées au domicile des patients, gros kilométrage annuel. Bien traiter fiscalement votre véhicule est, de loin, le levier le plus puissant pour réduire votre bénéfice imposable. Et chaque année, vous avez un vrai choix à faire.
La règle : l'option est globale, par véhicule et pour toute l'année. On ne panache pas le barème sur un trimestre et les frais réels sur un autre. Vous tranchez entre deux méthodes.
(a) Le barème kilométrique — la simplicité
Autorisé en BNC. Il couvre forfaitairement carburant, entretien, réparations, assurance, dépréciation et pneus, selon la distance professionnelle parcourue. Plafonné à 7 CV, avec une majoration pour les véhicules électriques. Le véhicule doit être inscrit au registre des immobilisations en pleine propriété. Garage, parking et intérêts d'emprunt restent déductibles en sus. Souvent gagnant sur un gros kilométrage avec un véhicule modeste.
(b) Les frais réels + amortissement — la précision
Vous déduisez carburant, entretien, assurance et réparations au prorata de l'usage professionnel, plus l'amortissement du véhicule (s'il est inscrit au registre) et, le cas échéant, les loyers de leasing. Interdiction du barème si le véhicule est en location ou crédit-bail dont vous déduisez les loyers. Souvent gagnant sur un véhicule cher ou récent, moins roulé.
Le plafond d'amortissement du véhicule de tourisme (art. 39, 4 du CGI, selon le CO₂, 2026)
PLAFOND D'AMORTISSEMENT DEDUCTIBLE - VEHICULE DE TOURISME (grille CO2 WLTP, vehicule acquis a compter de 2021) CO2 < 20 g/km (electrique) -> 30 000 EUR 20 <= CO2 <= 49 g/km -> 20 300 EUR 50 <= CO2 <= 159 g/km -> 18 300 EUR CO2 >= 160 g/km -> 9 900 EUR EXEMPLE : vehicule thermique 22 000 EUR TTC, CO2 150 g -> plafond 18 300 EUR (la fraction 3 700 EUR n'est PAS deductible) EXEMPLE : vehicule electrique 32 000 EUR TTC -> plafond 30 000 EUR TVA non recuperable (actes exoneres 261-4-1) -> amortissement sur le TTC.
La fraction du prix au-delà du plafond est réintégrée (non déductible). Ces seuils (9 900 / 18 300 / 20 300 / 30 000 €) sont en vigueur en 2026 ; la grille indiquée est la grille WLTP applicable aux véhicules acquis à compter de 2021 (en norme NEDC, la bascule 18 300 → 9 900 intervient dès 130 g). Pour un gros rouleur, l'arbitrage barème / réel se refait chaque année selon le kilométrage et le prix du véhicule — c'est exactement l'objet du calcul détaillé de notre guide dédié.
Le piège n°1 de l'IDEL : les IK de la CPAM ne sont PAS le barème fiscal
Pas de récupération de TVA : raisonnez en TTC
Levier n°2 : micro-BNC ou réel (le réel s'impose presque toujours)
Avant même de défiscaliser, encore faut-il être au bon régime — car un mauvais choix vous fait payer de l'impôt sur un bénéfice surévalué. Et chez l'IDEL, la réponse est presque toujours la même : le réel, justement à cause de la voiture.
Micro-BNC — la simplicité
Applicable tant que vos recettes ne dépassent pas 83 600 € (seuil 2026, art. 102 ter CGI). Abattement forfaitaire de 34 % pour frais, sans comptabilité détaillée : vous êtes imposée sur 66 % de vos recettes. Le pari : si vos frais réels dépassent 34 % de vos recettes, vous payez de l'impôt sur un bénéfice trop élevé. Or, chez l'IDEL, le poste véhicule fait souvent basculer au-delà de 34 %.
Réel (déclaration 2035) — la précision
Régime de la déclaration contrôlée (art. 96 et 97 CGI). Vous déduisez vos frais pour leur montant réel (voiture, cotisations, rétrocessions, matériel, local…). Gagnant dès que vos frais dépassent 34 % de vos recettes — quasi systématique chez l'IDEL. Depuis 2023, la majoration de 25 % pour non-adhésion à une AGA est supprimée : le réel n'est plus pénalisé.
Le point de bascule micro / réel (IDEL, recettes 80 000 €)
MICRO-BNC : benefice imposable = 80 000 x (1 - 34 %) = 52 800 EUR
REEL, frais reels 40 000 EUR (50 % des recettes, vehicule lourd) :
benefice imposable = 80 000 - 40 000 = 40 000 EUR
ECART D'ASSIETTE = 52 800 - 40 000 = 12 800 EUR
Impot en moins au reel a TMI 30 % : 12 800 x 30 % ~ 3 840 EURAvec un gros poste véhicule (tournées), des cotisations sociales lourdes et parfois un remplaçant, l'IDEL dépasse presque toujours les 34 % de frais — le réel devient alors nettement gagnant. Rappel : le seuil du micro-BNC est de 83 600 € en 2026 (et non 77 700 €, valeur d'un millésime périmé). Le calcul complet, cas par cas, est détaillé dans notre guide dédié.
Trancher sans calculette
Micro-BNC ou réel : lequel vous fait payer le moins ?
On compare vos deux scénarios chiffres en main, sur vos vraies recettes et vos vrais frais — la voiture en premier — et on vérifie que le régime choisi ne dégrade pas le revenu que votre banque retiendra pour votre prêt.
Levier n°3 : les autres charges réelles déductibles
Une fois au réel, et la voiture mise à part (déjà traitée au levier n°1), chaque charge engagée dans l'intérêt de votre activité et justifiée vient en déduction de votre bénéfice(article 93 du CGI). C'est le plus simple sur le papier — et celui que le plus d'IDEL laissent filer, faute de tenir leur comptabilité au jour le jour.
| Poste de frais | Exemples | Traitement fiscal |
|---|---|---|
| Cotisations sociales | CARPIMKO, URSSAF, prévoyance Madelin | Déductibles |
| Matériel & consommables | Pansements, petit matériel de soin, EPI, blouses | < 500 € HT : déduit ; au-delà : amorti (art. 39 / 39 A) |
| Rétrocessions | Honoraires reversés à un remplaçant | Déductibles |
| Local / SCM | Quote-part de cabinet ou de SCM, secrétariat | Déductible |
| Logiciel & télétransmission | Logiciel infirmier, lecteur de carte CPS, abonnements | Déductibles / amortis |
| Formation & RCP | DPC, formation continue, assurance RC professionnelle | Déductibles |
| Frais de gestion | Comptabilité, AGA, téléphone, matériel informatique | Déductibles / amortis |
Petit matériel : déduit tout de suite, ou amorti
Levier n°4 : la prévoyance Madelin, prioritaire pour l'IDEL
Si je la place avant le PER, c'est parce que votre revenu ne tient pas à un capital : il tient à votre corps et à la route. L'IDEL exerce un métier exigeant — manutention et transferts de patients, troubles musculo-squelettiques, gardes — auquel s'ajoute un temps de route important, donc un risque routier. Un arrêt prolongé, sans couverture, fait chuter votre revenu d'un coup.
Or les indemnités servies par la CARPIMKO en cas d'arrêt restent limitées (délai de carence, plafond). C'est pourquoi un contrat de prévoyance Madelin (article 154 bis du CGI) est, pour vous, la première brique de protection : il couvre les indemnités journalières, l'invalidité et le décès, et ses cotisations sont déductibles de votre bénéfice.
Le plafond de déduction de la prévoyance Madelin (2026)
DEDUCTION MADELIN PREVOYANCE / SANTE :
7 % du PASS + 3,75 % du benefice
plafonnee a 3 % de 8 PASS
PASS 2026 = 48 060 EUR | 8 PASS = 384 480 EUR
Plafond global ~ 3 % x 384 480 = 11 534 EUR environ
CAS IDEL BENEFICE 50 000 EUR :
7 % x 48 060 + 3,75 % x 50 000
= 3 364 + 1 875 = 5 239 EUR deductiblesLe volet « perte d'emploi » Madelin se déduit en sus, dans la limite de 1,875 % du bénéfice (ou 2,5 % du PASS). C'est le seul levier de ce guide qui protège votre capacité à générer du revenu, pas seulement votre fiscalité — d'où sa priorité. Le détail figure dans notre guide prévoyance du professionnel libéral.
Sécuriser d'abord, optimiser ensuite
Levier n°5 : le PER / Madelin (154 bis), le meilleur rapport rendement-fiscalité à 30-41 %
Vient enfin le PER. On l'aborde une fois la voiture déduite et la prévoyance calée : c'est le dernier maillon, et le meilleur rapport rendement-fiscalité à 30-41 %. Le plan d'épargne retraite déductible n'est pas une réduction d'impôt : c'est une déduction du bénéfice. Il baisse à la fois votre IR et votre revenu fiscal de référence, et l'épargne reste la vôtre — récupérable à la retraite en rente ou en capital, ou par anticipation pour l'achat de votre résidence principale.
En tant que travailleuse non salariée, vous bénéficiez du plafond spécifique de l'article 154 bis du CGI : 10 % de votre bénéfice imposable (dans la limite de 8 PASS) majorés de 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS. Le PASS 2026 est de 48 060 €. Pour une IDEL dégageant 50 000 € de bénéfice, le plafond se calcule ainsi :
Le plafond PER TNS de l'IDEL à 50 000 € de bénéfice (2026)
PLAFOND PER TNS = 10 % x benefice (dans la limite de 8 PASS)
+ 15 % x (min(benefice, 8 PASS) - 1 PASS)
PASS 2026 = 48 060 EUR
CAS IDEL BENEFICE 50 000 EUR :
= 10 % x 50 000
+ 15 % x (50 000 - 48 060)
= 5 000 + 291 = 5 291 EUR
Economie d'IR a TMI 30 % : 5 291 x 30 % = 1 587 EUR
Economie d'IR a TMI 41 % : 5 291 x 41 % = 2 169 EURLe plancher de déduction est de 4 806 € (10 % du PASS) même si votre bénéfice est faible — un atout pour une IDEL qui démarre. Le plafond maximal atteint 88 911 € pour un bénéfice supérieur à 8 PASS (384 480 €). Attention : les prélèvements sociaux sur les gains du PER sont de 18,6 % à la sortie en 2026, et non 17,2 %. Et le plafond non utilisé une année est reportable sur les cinq années suivantes (LF 2026) — c'est ce qui permet de « rattraper » après un emprunt.
| Bénéfice BNC | Plafond PER 154 bis (≈) | IR en moins à 30 % | IR en moins à 41 % |
|---|---|---|---|
| 40 000 € | 4 806 € (plancher) | 1 442 € | 1 970 € |
| 50 000 € | 5 291 € | 1 587 € | 2 169 € |
| 70 000 € | 10 291 € | 3 087 € | 4 219 € |
| 90 000 € | 15 291 € | 4 587 € | 6 269 € |
| ≥ 384 480 € (8 PASS) | 88 911 € (maximum) | — | — |
Pour aller plus loin : le PER fait d'une pierre deux coups
Le plafond non utilisé ne se perd pas : il se reporte sur 5 ans
Levier n°6 : l'immobilier (LMNP, déficit foncier) et l'endettement
L'immobilier locatif peut alléger votre fiscalité, mais c'est là que le piège du « revenu banque » mord le plus fort : il s'agit, par définition, de s'endetter. La règle d'ordre est simple : la résidence principale d'abord, le locatif ensuite.
Le LMNP (location meublée non professionnelle) permet d'amortir le bien et le mobilier : les loyers sont, pendant des années, fiscalement neutralisés par les amortissements et les charges (notez toutefois que, depuis la loi de finances 2025, les amortissements déduits sont réintégrés dans le calcul de la plus-value à la revente — c'est un report d'imposition, pas une exonération définitive). Le déficit foncier, en location nue, fonctionne différemment : lorsque vos charges (travaux, intérêts) dépassent les loyers, l'excédent s'impute sur votre revenu global dans la limite de 10 700 € par an (21 400 € en cas de rénovation énergétique, article 156 du CGI). Les prélèvements sociaux sur les revenus fonciers restent à 17,2 % en 2026, et non 18,6 %.
Garde-fou : un crédit locatif mange votre capacité d'achat de RP
Levier n°7 : la structure (SCM, SEL) et la zone FRR
Pour la grande majorité des IDEL, la question de la structure ne se pose pas : l'entreprise individuelle reste la forme la plus simple et la mieux adaptée à un BNC de 35 000 à 90 000 €. La SCM (société civile de moyens) n'est pas un outil fiscal : c'est une structure transparente qui sert à partager les fraisd'un cabinet de groupe (local, secrétariat, logiciel), sans dégager de bénéfice imposable en propre — chaque associée déduit sa quote-part de charges dans sa propre 2035. Elle mutualise les coûts, elle ne défiscalise pas.
La SEL (société d'exercice libéral, SELARL ou SELAS) est possible pour une profession de santé, mais la détention du capital est encadrée (Code de la santé publique, loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990) et elle est rarement justifiée à revenus modérés. À noter, pour les rares concernées : depuis l'imposition des revenus 2024, la rémunération technique de l'associé de SEL est imposée en BNC(et non plus comme un salaire), supprimant l'abattement de 10 % — une jurisprudence confirmée par le Conseil d'État (décision n° 492154 du 8 avril 2025).
La zone France Ruralités Revitalisation (FRR) : une vraie exonération, sous conditions
C'est le seul dispositif de cette section qui réduit vraiment l'impôt sur les bénéfices. La zone France Ruralités Revitalisation (FRR, article 44 quindecies A du CGI) a remplacé la ZRR : le classement de l'ancien dispositif ZRR (article 44 quindecies) a pris fin le 30 juin 2024, les entreprises alors classées conservant leur avantage jusqu'à son terme. Si vous créez ou reprenez votre activité dans une commune classée FRR, au régime réel (le micro-BNC est exclu) et avec moins de 11 salariés, l'exonération d'impôt sur les bénéfices peut être totale pendant environ cinq ans (59 mois), puis dégressive(de l'ordre de 75 %, 50 % puis 25 %). Les auxiliaires médicaux libéraux, dont les infirmiers, peuvent y être éligibles.
FRR : à vérifier commune par commune [À VÉRIFIER]
L'arbitrage décisif : défiscaliser sans casser sa capacité d'emprunt
C'est l'arbitrage que ni votre comptable ni votre courtier ne font à votre place : tous les leviers de ce guide n'ont pas le même effet sur le revenu que la banque retiendra pour calculer votre prêt. Certains baissent votre impôt parce que vous engagez une vraie dépense (la voiture, les frais, la prévoyance) ; un seul rabote votre revenu tout en restant votre épargne (le PER). Quand on prépare un achat, cette nuance pèse, pour Sophie (notre cas chiffré plus bas), près de 30 000 € de capacité.
La vraie question : quoi déduire, et quand
| Levier | Baisse l'impôt ? | Baisse le « revenu banque » ? | À l'année d'un emprunt |
|---|---|---|---|
| Frais de voiture (barème / réel) | Oui | Oui (mais charge réelle) | Neutre — à déduire normalement |
| Prévoyance Madelin | Oui | Oui (légèrement) | À conserver — vital |
| Autres frais réels | Oui | Oui (charges engagées) | Neutre — à déduire normalement |
| PER / Madelin (154 bis) | Oui | Oui (fortement) | À MODÉRER — rattraper après |
| Déficit foncier | Oui | Oui | À MODÉRER si crédit RP visé |
| Crédit immobilier locatif | Indirect | Ajoute des mensualités | Sature le taux d'endettement |
La règle d'or : moduler le PER autour de l'emprunt
Pour Sophie, que vous allez rencontrer juste après : 2 337 € d'impôt économisés d'un côté, 25 000 à 35 000 € de capacité perdue de l'autre. Le projet immobilier prime presque toujours sur la déduction de l'année. C'est exactement ce que nous illustrons dans le cas chiffré qui suit.
Cas chiffré : Sophie, IDEL, 50 000 € de BNC, achat dans 2 ans
Sophie, 36 ans, infirmière libérale en tournées, au régime réel. Ses recettes ressortent à environ 80 000 €, mais après ses charges (la voiture en gros poste, les cotisations, le matériel), son bénéfice (déclaration 2035) s'établit à 50 000 €. Sa TMI est de 30 %, elle est célibataire sans enfant. Son objectif : acheter sa résidence principale dans deux ans. Deux chemins s'offrent à elle.
Stratégie A — saturer le PER tout de suite
Sophie verse le plafond, soit ≈ 5 291 € sur son PER, et ajoute 2 500 €de cotisation de prévoyance Madelin. Économie d'impôt :
Stratégie A — déduction maximale (année N)
PER 154 bis : 5 291 x 30 % = 1 587 EUR d'IR en moins
Prevoyance Madelin : 2 500 x 30 % = 750 EUR d'IR en moins
-----------------------
TOTAL economie d'IR annee N = 2 337 EUR
MAIS : revenu presente a la banque = 50 000 - 7 791 = 42 209 EUR
(au lieu de 50 000 EUR)Sophie économise 2 337 € d'impôt. Mais elle présente à la banque un revenu amputé de près de 7 800 €. À un taux d'endettement de 35 % sur 25 ans, cela peut représenter de l'ordre de 25 000 à 35 000 € de capacité d'emprunt en moins — bien plus que l'économie d'impôt.
Stratégie B — prévoyance maintenue, PER modéré, rattrapage après l'achat
Sophie conserve sa prévoyance (2 500 €, protection vitale et déduction réelle) mais limite son PER à 2 000 € les deux années qui précèdent l'achat. Elle présente à la banque un revenu nettement plus proche de 50 000 €, décroche son crédit, puis sature son PER les années suivantes en utilisant le plafond reporté sur cinq ans.
| Stratégie A — PER saturé | Stratégie B — PER modéré | |
|---|---|---|
| Économie d'IR année N | 2 337 € | 1 350 € |
| Revenu présenté à la banque | ≈ 42 200 € | ≈ 45 500 € |
| Capacité d'emprunt | Réduite | Préservée |
| Déduction PER perdue ? | Non, mais immobilisée | Non — reportée et rattrapée |
| Verdict avant un achat | Sous-optimal | Recommandé |
La leçon du cas
Une note de méthode sur ces projections
Ce qui ne vaut pas le coup à votre niveau de revenu
Chaque automne, on propose aux infirmières libérales les mêmes produits qu'aux hauts revenus. À 30 % de TMI, la plupart n'ont pas d'intérêt— voire vous coûtent plus qu'ils ne rapportent. Le tri est simple.
Peu d'intérêt à 30 %
Girardin industriel, FIP, FCPI, Sofica : ces réductions d'impôt sont plafonnées à 10 000 € (art. 200-0 A), comportent un risque de perte en capital et n'ont de sens que si vous avez beaucoup d'impôt à effacer — un contribuable à 45 %, pas une IDEL à 30 %. À votre niveau, un euro de voiture, de frais réel ou de PER « rapporte » votre TMI sans risque et reste votre dépense ou votre épargne.
Les vrais leviers à 30 %
La voiture déduite au bon régime (barème ou réel), la prévoyance Madelin (protection + déduction), le PER 154 bis (déduction + retraite, modulé autour de l'emprunt), les frais réels (déclaration 2035), et l'immobilier seulement s'il sert un projet patrimonial réel sans saturer votre endettement. Sans risque exotique, sans produit illiquide souscrit dans la précipitation pour la seule défisc.
ACRE, zone FRR, aides conventionnelles : ne pas confondre
Les garde-fous : TVA, cession de patientèle, CARPIMKO
Trois points spécifiques à l'IDEL, à connaître pour ne pas vous tromper de raisonnement — ni recopier des conseils pensés pour d'autres professions.
Vos actes sont exonérés de TVA
Les soins infirmiers sont exonérés de TVA (article 261-4-1° du CGI). Vous ne facturez pas de TVA, mais vous ne la récupérez pas sur vos achats : votre voiture et votre matériel vous coûtent leur prix TTC. C'est l'inverse d'une officine de pharmacie, qui vend des biens taxés et récupère la TVA. Conséquence pratique : budgétez toujours vos équipements et votre véhicule en TTC, et c'est sur ce montant TTC que portent l'amortissement et la déduction.
La cession de votre patientèle, le moment venu
Quand vous cesserez votre activité, vous céderez votre patientèle (un actif BNC, et non un fonds de commerce). La plus-value dégagée est une plus-value professionnelle, qui peut être exonérée par trois dispositifs — mais avec une spécificité IDEL importante. L'article 151 septies du CGI exonère selon vos recettes (totalement sous 90 000 €, dégressif jusqu'à 126 000 €, activité ≥ 5 ans) : or une IDEL à plein temps dépasse souvent 90 000 € de recettes, si bien que ce dispositif est fréquemment dégressif, voire perdu pour vous. L'article 238 quindecies, qui exonère selon la valeur de cession (totale sous 500 000 €, dégressive jusqu'à 1 000 000 €), est dès lors l'outil le plus sûrement applicable. Enfin, l'article 151 septies A vise le départ en retraite (IR exonéré, mais prélèvements sociaux dus). Point clé 2026 : les prélèvements sociaux sur ces plus-values professionnelles de cession de patientèle sont à 18,6 % (CSG 10,6 + CRDS 0,5 + solidarité 7,5), portant l'imposition d'une plus-value professionnelle à long terme à 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de PS) — à ne pas confondre avec le 17,2 % maintenu sur les revenus fonciers, l'assurance-vie ou les plus-values immobilières. Côté acquéreur, les droits d'enregistrement (art. 719 du CGI, majorés des taxes départementale et communale des articles 1584 et 1595 bis) atteignent au total 0 % jusqu'à 23 000 €, environ 3 % de 23 000 à 200 000 €, puis environ 5 % au-delà. Pour le cadre général de la cession, voyez céder son cabinet : plus-value et exonérations du professionnel libéral.
Votre retraite, c'est la CARPIMKO
Dernier garde-fou, et non des moindres : l'infirmier libéral relève de la CARPIMKO (Caisse Autonome de Retraite et de Prévoyance des Infirmiers, Masseurs-Kinésithérapeutes, Pédicures-podologues, Orthophonistes et Orthoptistes — le « I » du sigle, c'est Infirmiers), jamais de la CARMF (médecins), de la CARCDSF (dentistes, sages-femmes) ni de la CAVP (pharmaciens). Les pensions des régimes obligatoires étant nettement inférieures au revenu d'activité, le PER de l'article 154 bis prend tout son sens pour compenser cette chute. Voyez la retraite CARPIMKO de l'IDEL et les leviers généraux pour payer moins d'impôts.
Le bon ordre, pour finir

