Combien d'impôt paie vraiment un spécialiste en 2026 ?
L'essentiel en 30 secondes
Posons le décor sans détour. Un médecin spécialiste de secteur 2 — radiologue, chirurgien, ophtalmologue, anesthésiste — dégage des revenus qui le placent presque mécaniquement dans la tranche à 45 % de l'impôt sur le revenu (article 197 du CGI), au-delà d'environ 181 917 € par part. Mais raisonner sur le seul taux marginal vous ferait passer à côté de l'essentiel : à votre niveau, l'impôt ne se résume pas au barème. Il s'empile.
Trois étages se greffent sur le barème. Les prélèvements sociaux d'abord, sur vos revenus du capital (17,2 % ou 18,6 % selon le support, on y revient). La CEHR ensuite, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (article 223 sexies), qui frappe le revenu fiscal de référence au-delà de 250 000 €. Et surtout la CDHR (article 224), la vraie rupture de 2026 : un impôt minimum de 20 % du RFR. Regardons cet empilement en face.
| Prélèvement | Base de calcul | Taux / seuil 2026 |
|---|---|---|
| IR au barème (art. 197) | Revenu net imposable par part | 0 / 11 / 30 / 41 / 45 % — tranche à 45 % > ~181 917 €/part |
| CEHR (art. 223 sexies) | Revenu fiscal de référence | 3 % de 250 k€ à 500 k€, 4 % au-delà (célibataire) ; 500 k€ / 1 M€ (couple) |
| CDHR (art. 224) | RFR retraité | Impôt minimum de 20 % si RFR > 250 k€ (seul) / 500 k€ (couple) |
| Prélèvements sociaux | Revenus du capital, selon support | 17,2 % (foncier, AV) ou 18,6 % (PER, FPCI, dividendes) |
Vous le voyez : le point de bascule n'est pas votre taux marginal, c'est ce plancher de 20 % du RFR. C'est lui qui rend inutile la moitié des produits de défiscalisation qu'on vous propose, et c'est précisément ce que ce guide va trier. Pour le diagnostic complet de votre exposition à la tranche haute, voyez médecin spécialiste dans la tranche à 45 %.
Secteur 1 ou secteur 2 : aucune différence fiscale de fond
La CDHR et la CEHR : les deux plafonds qui changent tout
Deux contraintes encadrent toute votre optimisation, et ce sont elles qui trient ce qui marche encore de ce qui ne sert plus à rien. La seconde, la CDHR, est celle qui a tout changé.
La CEHR (article 223 sexies du CGI) : la surtaxe permanente
La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus existe depuis 2012. Malgré son nom, elle est permanente. Elle frappe le revenu fiscal de référence (RFR), sans quotient familial : 3 % sur la fraction de RFR comprise entre 250 000 € et 500 000 € pour un célibataire (entre 500 000 € et 1 000 000 € pour un couple), puis 4 % au-delà. Un mécanisme de lissage existe pour les revenus exceptionnels (quand le RFR dépasse une fois et demie la moyenne des deux années précédentes). L'essentiel tient en une ligne : son assiette est le RFR, donc tout ce qui abaisse votre RFR abaisse mécaniquement la CEHR.
La CDHR (article 224 du CGI) : l'impôt minimum de 20 % du RFR
C'est elle qui rebat les cartes. La contribution différentielle sur les hauts revenus garantit que votre imposition globale atteigne au moins 20 % de votre revenu fiscal de référence retraité, dès que ce RFR dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple). Si votre impôt « normal » (IR au barème + part forfaitaire + CEHR) tombe en dessous de ce seuil de 20 %, la CDHR vient combler la différence. C'est, littéralement, un impôt plancher. À la différence de la CEHR, elle est réservée aux résidents fiscaux français (article 4 B).
Et ce ne sont pas des références théoriques : la CDHR a une histoire législative précise. Elle a été créée par l'article 10 de la loi de finances 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025), validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2025-874 DC du 13 février 2025). Elle a été reconduite par la loi de finances 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026), validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2026-901 DC du 19 février 2026), jusqu'au retour du déficit public sous 3 % du PIB.
Le calcul de la CDHR (principe)
CDHR due = max( 0 ; 20 % x RFR retraite
- [ IR au bareme
+ part IR du prelevement forfaitaire 12,8 %
+ CEHR
+ certaines majorations ] )
Majorations : + 1 500 EUR par personne a charge
+ 12 500 EUR pour un couple soumis a imposition communeLes prélèvements sociaux (17,2 % ou 18,6 %) ne figurent PAS au numérateur : ils ne « comptent » pas pour atteindre le plancher de 20 %. Une décote atténue l'entrée dans la contribution lorsque le RFR retraité reste sous 330 000 € (célibataire) ou 660 000 € (couple). Un acompte de 95 % est versé en décembre.
Pas (encore) de doctrine BOFiP sur la CDHR
La leçon centrale : on ne joue plus le taux, on joue l'assiette
Réduction d'impôt, réduction d'assiette, report : la grille de lecture
Voici la grille de lecture que je sors à chaque spécialiste en rendez-vous. Tous les « avantages fiscaux » ne se valent pas : il en existe trois familles radicalement différentes, et face à la CDHR, deux seulement tiennent debout.
Réduction d'impôt — neutralisée
FIP, FCPI, Girardin, Sofica, Malraux. L'avantage vient en diminution de l'IR, dans le plafond global des niches de 10 000 € (art. 200-0 A ; 18 000 € avec Girardin / Sofica). Problème : dès que l'IR passe sous le plancher de 20 % du RFR, la CDHR reprend l'avantage. À votre niveau, ce levier est largement neutralisé.
Réduction d'assiette — efficace
PER (154 bis), déficit foncier, Monuments Historiques, nue-propriété / démembrement. L'avantage baisse le revenu imposable, donc le RFR lui-même. Hors plafond des niches (BOI-IR-LIQ-20-20-10-10 § 110), il abaisse aussi l'assiette de la CDHR et de la CEHR. C'est efficace, même à très hauts revenus.
Et il existe une troisième famille, souvent celle qui pèse le plus lourd pour un spécialiste qui exerce en société : le report. Le bénéfice non distribué d'une SEL à l'IS, ou la plus-value placée en report via l'apport-cession (article 150-0 B ter), sort tout simplement le revenu de votre déclaration de l'année. Ce revenu n'entre alors pas dans le RFR, et la plus-value en report est même retirée du revenu retraité de la CDHR.
| Famille | Exemples | Dans le plafond 10 000 € ? | Effet sur le RFR / la CDHR | Verdict spécialiste |
|---|---|---|---|---|
| Réduction d'impôt | FIP, FCPI, Girardin, Malraux | Oui (sauf MH, hors plafond) | Aucun — joue le taux d'impôt | Neutralisée |
| Réduction d'assiette | PER, déficit foncier, MH, démembrement | Non — hors plafond | Baisse le RFR | Efficace |
| Report | SEL / IS non distribuée, 150-0 B ter | Non | Sort le revenu de l'année | Efficace |
La suite du guide déroule ces deux familles gagnantes, levier par levier : le PER, la bascule en société, l'apport-cession, l'immobilier d'assiette, puis le capital-investissement (où l'on triera le bon grain de l'ivraie). Pour le panorama d'ensemble du libéral fortement imposé, voyez payer moins d'impôts quand on est une profession libérale à hauts revenus et le plafond global des niches de 10 000 €.
Faut-il vraiment souscrire ce produit de défisc ?
Un CGP indépendant chiffre votre exposition à la CEHR et à la CDHR, puis trie vos options entre réduction d'assiette et report — et vous dit honnêtement quand un produit ne sert à rien à votre niveau de revenu.
Levier n°1 : le PER au plafond (jusqu'à 88 911 €)
C'est le levier d'assiette le plus efficace à votre disposition, et il devrait être votre premier réflexe. Le plan d'épargne retraite déductible n'est pas une réduction d'impôt : c'est une déduction du revenu. Il baisse donc à la fois votre IR et votre RFR — exactement ce que la CDHR récompense.
En tant que travailleur non salarié (BNC, ou gérant majoritaire de SELARL), vous bénéficiez du plafond spécifique de l'article 154 bis du CGI, bien plus large que celui des salariés : 10 % de votre bénéfice imposable (dans la limite de 8 PASS) majorés de 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS. Le PASS 2026 est de 48 060 €.
Le plafond PER TNS 2026, du plancher au maximum
PLAFOND PER TNS = 10 % x benefice (dans la limite de 8 PASS)
+ 15 % x (min(benefice, 8 PASS) - 1 PASS)
PASS 2026 = 48 060 EUR | 8 PASS = 384 480 EUR
PLANCHER = 10 % x 1 PASS = 4 806 EUR
MAXIMUM = 10 % x 384 480
+ 15 % x (384 480 - 48 060)
= 38 448 + 50 463 = 88 911 EURLe maximum de 88 911 € suppose un bénéfice d'au moins 384 480 € (8 PASS). À 45 % de TMI, déduire ce maximum représente environ 40 010 € d'impôt en moins — et un RFR abaissé d'autant.
L'effet est double. D'abord l'économie d'IR immédiate, qui vaut approximativement votre versement × votre TMI : à 45 %, déduire 88 911 € vous fait économiser environ 40 010 € d'impôt. Ensuite, et c'est ce qui compte à votre niveau, le RFR baisse du montant versé : le PER agit donc sur l'assiette de la CEHR et de la CDHR. C'est l'archétype du levier d'assiette.
À la sortie, les prélèvements sociaux du PER sont à 18,6 %
N'oubliez pas l'enveloppe sœur : la prévoyance et la complémentaire santé Madelin (toujours article 154 bis), déductible jusqu'à environ 11 534 € en 2026 (7 % du PASS + 3,75 % du bénéfice, dans une limite globale). C'est un plafond distinct de celui du PER retraite. Pour le calcul détaillé, support par support, voyez combien déduire avec le PER d'une profession libérale et le pilier le guide complet du plan d'épargne retraite.
Cas n°1 — Dr Camille, rhumatologue secteur 2 (TMI 41 %)
Plafond 154 bis : 10 % × 180 000 + 15 % × (180 000 − 48 060) = 18 000 + 19 791 = 37 791 €.
Si elle verse 37 791 € : économie d'IR ≈ 37 791 × 41 % = 15 494 €, et son RFR baisse d'autant.
Le PER lui prépare aussi une retraite que la CARMF ne suffira pas à assurer (section 10). Illustration aux taux 2026.
Levier n°2 : la SEL à l'IS et la holding SPFPL (le report)
Là, on touche au levier qui change durablement la donne sur votre RFR — et le plus mal compris. L'idée n'est pas de payer moins d'impôt sur ce que vous consommez, mais de ne pas faire remonter à votre déclaration personnelle le bénéfice que vous ne consommez pas.
Capitaliser dans la SEL plutôt que tout sortir
Tant que vous exercez en BNC, l'intégralité de votre bénéfice est imposée à votre nom, au barème, qu'elle soit consommée ou non. En SEL à l'impôt sur les sociétés (SELARL ou SELAS), le bénéfice que vous laissez dans la société est imposé à l'IS — 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous conditions PME), puis 25 % (article 219) — et ne remonte pas à votre RFR. Vous décidez de ce que vous vous versez, donc vous pilotez directement l'assiette de la CDHR. La société n'a d'intérêt que sur la part du bénéfice que vous n'avez pas besoinde consommer ; sur ce que vous sortez pour vivre, le gain est nul.
La SPFPL et le régime mère-fille
Au-dessus de votre SEL, vous pouvez interposer une SPFPL (société de participations financières de profession libérale), une holding dédiée aux libéraux. Les dividendes remontés de la SEL vers la SPFPL bénéficient du régime mère-fille : ils sont exonérés à 95 % (articles 145 et 216), seule une quote-part de frais et charges de 5 % étant imposée — soit un frottement effectif d'environ 1,25 % (et même de l'ordre de 0,25 % en intégration fiscale). Le cadre juridique est celui de l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, qui a recodifié le droit des SEL et des SPFPL (l'ancienne loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990). L'inscription de la SPFPL auprès de l'Ordre des médecins est requise.
La SPFPL n'est pas un tunnel sans frottement social
LF 2026 : la taxe sur les holdings vise la capitalisation pure
Reste la question du placement de la trésorerie ainsi capitalisée dans la société, sujet à part entière : que faire de la trésorerie de sa société quand on est médecin spécialiste et l'arbitrage salaire ou dividendes en SEL.
Le report par excellence : l'apport-cession (150-0 B ter)
Si un jour vous cédez vos titres de SEL, une participation ou un cabinet structuré en société, vous risquez une plus-value lourdement taxée l'année de la vente. L'apport-cessionest l'outil de report par excellence pour cette situation.
Le principe : avant de vendre, vous apportez vos titres à une holding que vous contrôlez. La plus-value d'apport est alors placée en report d'imposition (article 150-0 B ter du CGI) : elle n'est pas imposée l'année de l'opération. Mieux encore pour un spécialiste exposé à la CDHR : cette plus-value en report est retirée du revenu retraitéservant au calcul de la contribution. C'est un report, pas une exonération : l'impôt sera dû plus tard, en cas d'événement déclencheur — mais le différé peut durer des années.
La contrepartie : si la holding cède les titres apportés dans les trois ans, elle doit réinvestir au moins 60 % du produit de cession dans les 24 mois dans une activité économique éligible (ou des parts de fonds type FCPR / FPCI respectant un quota), faute de quoi le report tombe. Un durcissement des conditions de réinvestissement est évoqué dans le cadre de la loi de finances 2026 ; à confirmer au texte. Nous le signalons au conditionnel.
Pas de montage artificiel : l'abus de droit veille
Ne confondez pas l'apport-cession avec les exonérations de plus-value professionnelle, qui jouent, elles, au moment d'une cession ou d'un départ en retraite : article 238 quindecies (exonération totale en dessous de 500 000 € de valeur, dégressive jusqu'à 1 000 000 €), article 151 septies (selon les recettes), article 150-0 D ter (abattement fixe de 500 000 € pour le dirigeant qui part en retraite). Ces régimes sont détaillés dans l'apport-cession (150-0 B ter) pour reporter l'impôt et céder son cabinet en limitant l'impôt sur la plus-value.
Levier n°3 : l'immobilier qui baisse le RFR (et pas seulement l'impôt)
En immobilier, le tri par la CDHR saute aux yeux. Certains dispositifs sont des réductions d'impôt (neutralisées à votre niveau), d'autres des réductions d'assiette (efficaces). Voici comment les départager.
Le déficit foncier (location nue)
Quand vous achetez un bien ancien à rénover et que vous le louez nu, les travaux déductibles s'imputent sur vos revenus fonciers, et l'excédent sur votre revenu global jusqu'à 10 700 € par an (porté à 21 400 € pour des travaux de rénovation énergétique permettant de sortir le bien du statut de passoire thermique — dispositif temporaire dont la fin au 31 décembre 2027 reste à confirmer au texte). Le surplus est reportable dix ans. C'est une pure réduction d'assiette : elle baisse votre RFR, donc l'assiette de la CDHR. Bon à savoir : les prélèvements sociaux sur les revenus fonciers restent à 17,2 % en 2026 (et non 18,6 %).
La nue-propriété et le démembrement
Pour un radiologue ou un anesthésiste déjà à 45 %, la nue-propriété est sans doute le levier d'assiette le plus net. Vous achetez la nue-propriété d'un bien (avec une décote d'environ 25 à 40 % sur le prix de la pleine propriété), l'usufruit étant détenu temporairement par un bailleur, souvent institutionnel. Pendant toute la durée du démembrement, vous ne percevez aucun loyer : votre RFR n'augmente pas d'un euro, ce qui est précieux quand on cherche à rester sous les seuils. Le bien échappe à l'IFI pour le nu-propriétaire (article 968, barème de l'article 669), et la reconstitution de la pleine propriété au terme n'est pas taxée(article 1133). Hors plafond des niches, sans revenu imposable : idéal pour votre profil.
Monuments Historiques vs Malraux : le bon arbitrage face à la CDHR
Cet arbitrage-là, beaucoup le confondent. Les deux dispositifs concernent l'immobilier de caractère, mais leur mécanique fiscale n'a rien à voir.
Monuments Historiques — réduction d'assiette
Articles 156 II 1° ter et 156 bis du CGI : déduction des charges et travaux du revenu global, sans plafonnement de niches. C'est une DÉDUCTION D'ASSIETTE : elle baisse le RFR et n'est donc PAS neutralisée par la CDHR. L'outil immobilier des très hauts revenus exposés à la contribution. Engagement de conservation de 15 ans ; exonération de droits de succession possible sous convention (art. 795 A).
Malraux — réduction d'impôt
Article 199 tervicies du CGI : réduction d'impôt de 22 % ou 30 % des travaux (plafond de 400 000 € sur 4 ans), hors plafond des niches mais qui reste une RÉDUCTION D'IMPÔT. Donc partiellement reprise par la CDHR dès que l'IR passe sous le plancher de 20 %. Pertinent seulement si votre IR effectif reste durablement au-dessus de ce seuil.
MH ou Malraux ? À RFR élevé sous CDHR, MH gagne
LMNP : un point de vigilance
La location meublée non professionnelle (LMNP) permet d'amortir le bien pour neutraliser le BIC, mais ce n'est pas un levier d'assiette sur le revenu global : le déficit LMNP ne s'impute pas sur vos autres revenus. Et la réforme Le Meur (article 84 de la LF 2025, codifié à l'article 150 VB III du CGI) réintègre, pour les cessions intervenues à compter du 15 février 2025, les amortissements déduits dans le calcul de la plus-value de cession. Enfin, les prélèvements sociaux du LMNP relèvent d'une zone griseen 2026 : certains praticiens retiennent 17,2 %, l'analyse « produits de placement » tend vers 18,6 %. Nous le signalons et le formulons au conditionnel.
Cas n°2 — Dr Antoine, chirurgien (260 000 €, sur le seuil de la CDHR)
PER 154 bis : 10 % × 260 000 + 15 % × (260 000 − 48 060) = 26 000 + 31 791 = 57 791 €.
Déficit foncier : travaux générant 10 700 € imputables sur le revenu global.
Effet combiné : RFR ramené à ≈ 260 000 − 57 791 − 10 700 = ≈ 191 500 € → il sort du champ de la CDHR et de la CEHR (sous 250 000 €).
Un FIP ou un Malraux ne l'aurait pas fait : ces réductions ne touchent pas le RFR. Illustration aux taux 2026, à recalculer au simulateur.
Pour cadrer le bon dispositif selon votre tranche, voyez l'immobilier de la profession libérale selon sa TMI et le démembrement de propriété et la nue-propriété.
Levier n°4 : le capital-investissement bien trié (FPCI vs FIP / FCPI)
C'est sur le capital-investissement qu'on vous vend le plus de produits « défisc » — et c'est là que le tri par la CDHR est le plus tranchant. Deux produits qui se ressemblent sur la plaquette commerciale n'ont rien à voir au plan fiscal : le FIP/FCPI d'un côté, le FPCI de l'autre.
FIP et FCPI : le levier laminé en 2026
Les FIP (fonds d'investissement de proximité) et FCPI (fonds communs de placement dans l'innovation) offrent une réduction d'impôt de 18 % des versements (article 199 terdecies-0 A), dans la limite de 12 000 € (24 000 € pour un couple), avec un taux de 30 % maintenu pour les FIP Corse et Outre-mer. Problème pour vous : cette réduction entre dans le plafond des niches de 10 000 € et se trouve neutralisée par la CDHR. Pire, la loi de finances 2026 a exclu les FCPI de la réduction d'impôt pour les versements effectués à compter du 21 février 2026, sauf les FCPI investis en titres de jeunes entreprises innovantes (JEI). Autrement dit, ce levier perd doublement son intérêt à votre niveau.
FPCI : l'exonération de plus-value (article 163 quinquies B)
Le FPCI (fonds professionnel de capital-investissement) « fiscal » joue sur une tout autre mécanique. Le souscripteur personne physique qui conserve ses parts au moins 5 ans et réinvestit les distributions bénéficie d'une exonération d'impôt sur le revenu sur les distributions et la plus-value de cession (article 163 quinquies B), sous condition de quota d'investissement du fonds. Ce n'est pas une réduction d'impôt : c'est une exonération, donc elle n'est pas neutralisée par la CDHR. Deux réserves majeures, à dire clairement : les prélèvements sociaux restent dus (18,6 % sur les gains), et surtout c'est un placement risqué et illiquide(risque de perte en capital, blocage long). Un FPCI ne se souscrit jamais pour sa ligne fiscale : on l'achète parce qu'on croit à la classe d'actifs, en acceptant le blocage et le risque de perte.
Ne confondez pas 163 quinquies B et 150-0 B ter
Note de méthode sur les rendements annoncés
Cas chiffré : un spécialiste à 300 000 € de bénéfice
Prenons le dossier qu'on voit le plus souvent arriver en rendez-vous : un spécialiste de secteur 2 à 300 000 € de bénéfice, et appliquons-lui toute la grille. C'est le profil pour lequel le tri par la CDHR fait toute la différence.
Cas n°3 — Dr Sophie, ophtalmologue secteur 2, 300 000 € de bénéfice BNC, célibataire
Stratégie d'assiette + report :
• PER 154 bis : 10 % × 300 000 + 15 % × (300 000 − 48 060) = 30 000 + 37 791 = 67 791 € (plafond calculé sur le bénéfice brut, simplification d'illustration).
• Déficit foncier : 10 700 € imputés sur le revenu global.
• Bascule SEL / IS : ce volet suppose qu'elle exerce déjà en SEL à l'IS (et non en BNC pur) ; elle ne distribue alors pas ≈ 40 000 €de bénéfice, capitalisé à l'IS (15 / 25 %) au lieu de 45 %+.
| Scénario | RFR estimé | CEHR + CDHR | Bénéfice à 45 %+ |
|---|---|---|---|
| Sans optimisation | ≈ 300 000 € | CEHR ≈ 1 500 € (CDHR non déclenchée : BNC au barème > 20 %) | Tout le bénéfice exposé |
| Avec PER + déficit foncier + non-distribution | ≈ 181 500 € | CEHR annulée | ≈ 40 000 € capitalisés à l'IS |
Le point essentiel à comprendre : le gain ne vient pas d'une niche. Aucun FIP, aucun Malraux n'aurait produit ce résultat, car ils ne touchent pas le RFR. Le gain vient d'avoir sorti du revenu de la déclaration de l'année (report) et baissé l'assiette(PER, déficit foncier). C'est exactement la leçon de la section 3.
Ce que montre le cas : visez le RFR, pas le taux
Spécificités du médecin : CARMF, permanence des soins, TVA
Quelques particularités propres à la profession méritent d'être posées, parce qu'elles séparent ce qui compte vraiment — votre retraite, largement sous-dotée — de ce qu'on vous vend à tort, la prétendue niche du secteur 2.
La retraite : CNAVPL et CARMF
Comme tout médecin libéral, vous cotisez à un régime de base (CNAVPL) et à la CARMF pour la complémentaire (régime complémentaire vieillesse et ASV). Selon les valeurs publiées sur carmf.fr pour 2026, le point du régime complémentaire vaut 77,14 € et le point ASV 11,82 €. Pour le secteur 1, une partie de l'ASV est financée par l'Assurance maladie. Le constat reste le même que pour tous les libéraux à bons revenus : ce socle obligatoire assure un taux de remplacement insuffisantau regard de vos revenus d'activité. D'où le rôle central du PER (section 4) comme étage de retraite capitalisée.
Permanence des soins et TVA
Deux points reviennent souvent en rendez-vous. La permanence des soins en zone sous-dense d'abord : les rémunérations de garde perçues à ce titre sont exonérées d'impôt sur le revenu dans la limite de 60 jours par an (article 151 ter du CGI) — un avantage réel, mais borné, et qui ne s'applique pas en zone « d'action complémentaire ». Quant à la TVA, vos actes médicaux en sont exonérés(article 261-4-1° du CGI) : c'est le régime de toute la profession, personne n'y gagne un avantage particulier.
Le piège du secteur 2 : aucune niche cachée
Réduire l'impôt ou construire son patrimoine ? La bonne hiérarchie
Un dernier point, celui qu'on néglige presque toujours quand on court après la défisc. À 45 % de TMI, avec CEHR et CDHR, le report et la capitalisation battent systématiquement la course aux niches— c'est démontré tout au long de ce guide. Mais réduire l'impôt n'est pas un projet patrimonial en soi.
Reprenez le cas de Dr Sophie : son PER ne vaut que parce qu'elle prépare une retraite que la CARMF ne couvrira pas ; sa nue-propriété, que parce qu'elle veut sortir d'un patrimoine 100 % cabinet. Sans ce projet derrière — revenu de retraite, transmission, diversification —, le produit ne vaut rien. Acheter un dispositif « pour effacer un impôt », sans cap, c'est s'exposer à un mauvais actif, à de l'illiquidité, et parfois au risque fiscal. Rappel du garde-fou : tout montage (SPFPL, apport-cession) exige une substance économique réelle (article L. 64 du Livre des procédures fiscales).
Et n'oubliez pas l'aval de la chaîne : la transmission. L'assurance-vie reste un outil de premier ordre (abattement de 152 500 € par bénéficiaire au titre de l'article 990 I, 30 500 € pour les primes versées après 70 ans au titre de l'article 757 B). Et si vous détenez une SPFPL ou une holding animatrice, le pacte Dutreil (article 787 B) peut alléger fortement les droits — sous réserve d'une réelle animation (la Cour de cassation a rappelé l'exigence de filiales opérationnelles, Cass. com. 17 décembre 2025, n° 24-17.415). Ces sujets se travaillent dans le guide de l'assurance-vie, la succession et la donation.
Qui rédige ce guide
Dans l'ordre : on commence par le bilan patrimonial — situation, objectifs, exposition réelle aux surtaxes — et c'est lui, pas un catalogue de produits, qui dicte ensuite les outils. Pour replacer tout cela dans le cadre du libéral fortement imposé, voyez payer moins d'impôts quand on est une profession libérale à hauts revenus et l'optimisation fiscale de la profession libérale.
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