Trésorerie excédentaire de SELARL : poser le cadre avant de choisir
L'essentiel en 30 secondes
Votre SELARL de chirurgien-dentiste a signé de belles années : après l'IS, après votre rémunération, il reste sur le compte courant de la société 100 000, 200 000, parfois 400 000 € qui ne rapportent presque rien. À 2 % d'inflation, 200 000 € laissés dormir perdent près de 4 000 € de pouvoir d'achat chaque année. La vraie question, à ce stade, n'est pas « faut-il placer » : c'est dans quoi.
Et c'est là que beaucoup se trompent, parce qu'ils comparent des rendements bruts sans regarder ce qui compte vraiment pour une société à l'IS : comment chaque véhicule est imposé, à quelle vitesse vous pouvez récupérer l'argent, et quel risque vous prenez. Un placement qui rapporte 5 % brut mais voit ses gains taxés chaque année à l'IS peut, sur dix ans, rapporter moins netqu'un placement à 4 % brut dont l'imposition est différée. Tout l'enjeu de ce guide est là.
Il y a aussi un enjeu propre au métier. Le chirurgien-dentiste exerce un geste de précision : son revenu dépend directement de sa capacité physique à travailler. Bien placée, cette trésorerie n'est plus seulement un sujet fiscal : c'est le coussin qui prend le relaisle jour où vous levez le pied — invalidité, arrêt, transition de fin de carrière. Faire fructifier l'excédent de la SELARL, plutôt que de le laisser dormir, solidifie tout l'édifice. Reste à choisir le bon contenant.
Une société à l'IS ne paie pas de prélèvements sociaux
Dernier point de cadre avant d'entrer dans le comparatif : pour structurer une vraie poche d'investissement de long terme, on raisonne souvent à plusieurs étages — SELARL d'exercice, SPFPL de dentiste, voire holding patrimoniale. Le pilier transverse de référence reste le guide du placement de la trésorerie d'une SEL, valable pour toutes les professions libérales.
Les 6 véhicules de placement passés en revue
Voici la palette complète accessible à une personne morale à l'IS. Cherchez le « meilleur » véhicule dans l'absolu et vous tournerez en rond : chacun ne vaut que pour un besoin, un horizon et un niveau de risque donnés. Le but n'est pas d'en choisir un, mais de les combinerselon trois poches : précaution, moyen terme, long terme.
Les véhicules de capitalisation et de précaution
Points forts
- Contrat de capitalisation : fiscalité forfaitaire lissée, différé, le pivot du moyen-long terme
- Compte à terme : capital garanti, rendement faible, IS sur les intérêts
- Fonds monétaire : liquidité quotidienne, risque très faible, suit les taux courts
Les véhicules de croissance et de rendement
Points forts
- Compte-titres / OPCVM / ETF : large univers, très liquide, fiscalité annuelle des plus-values latentes
- SCPI à l'IS ou en nue-propriété : revenus fonciers à l'IS ou différé pendant le démembrement
- Private equity / FPCI : rendement cible élevé, mais illiquide, risqué, ticket important
Je passe chacun au même crible : imposition à l'IS, liquidité, risque, horizon, ticket d'entrée. Ensuite un tableau les aligne, et un cas chiffré pose les montants.
Aller plus loin : le pilier de la trésorerie en SEL
Le contrat de capitalisation personne morale (238 septies E)
C'est le plus souvent le pivot de la trésorerie excédentaire de moyen-long terme, et tout tient à un mécanisme fiscal. Une société à l'IS qui détient un contrat de capitalisation n'est pas imposée sur la performance réelle du contrat : elle l'est sur une assiette forfaitaire définie par l'article 238 septies E du CGI (doctrine BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-20).
La fiscalité forfaitaire 105 % du TME
Chaque année, la base imposable à l'IS est égale à 105 % du dernier TME connu à la souscription (le TME est le taux moyen des emprunts d'État de durée supérieure à 7 ans, publié par la Banque de France), appliquée à la valeur de souscription. Et ce TME est figé à la souscription : l'intérêt du contrat est donc maximal quand on souscrit en période de taux bas.
Le coût annuel réel d'un contrat de capitalisation à l'IS (art. 238 septies E CGI)
Assiette annuelle imposable a l IS = 105 % x TME a la souscription x Valeur de souscription Exemple avec un TME de 3,58 % (janvier 2026, source Banque de France) : Assiette annuelle = 105 % x 3,58 % = 3,76 % de la valeur Frottement IS a 25 % = 3,76 % x 25 % = environ 0,94 % par an Frottement IS a 15 % = 3,76 % x 15 % = environ 0,56 % par an
Quelle que soit la performance réelle du contrat, vous ne payez l'IS que sur cette assiette forfaitaire. Si le contrat gagne 4 ou 5 % brut, tout l'excédent au-delà de 3,76 % capitalise en différé jusqu'au rachat, où une régularisation intervient. C'est cet effet de différé qui fait la force du véhicule sur le moyen-long terme.
Concrètement : sur un contrat logeant un fonds euros et des unités de compte, vous ne supportez qu'environ 0,94 % de frottement IS par an sur la valeur, là où un compte-titres ferait remonter chaque année toutela plus-value latente au résultat imposable. C'est l'essence du choix « capitalisation contre compte-titres », que l'on tranche en section 5.
Exemple chiffré : l'effet du différé sur 10 ans
Note de méthode sur les projections
Pas d'avantage successoral comme l'assurance-vie
Le compte à terme et le fonds monétaire : la trésorerie d'attente
Ce sont les véhicules de la poche de précaution : ils ne cherchent pas la performance, mais la sécurité et la disponibilitédu capital. À réserver à la trésorerie d'exploitation et aux sommes que vous pourriez devoir mobiliser à court terme.
Le compte à terme (CAT)
Le compte à terme bloque une somme pour une durée déterminée en échange d'un taux fixé à l'avance : le capital est garanti par l'établissement, le rendement est connu mais faible, et les intérêts sont imposés au résultat à l'IS. C'est l'outil le plus simple pour une trésorerie dont vous connaissez l'échéance (par exemple un investissement prévu dans 12 ou 24 mois). En contrepartie, sortir avant terme entraîne en général une pénalité de taux. Voyez notre guide dédié au compte à terme en 2026.
Le fonds monétaire
Le fonds monétaire (souvent un OPCVM ou un ETF monétaire) suit les taux courts et offre une liquidité quotidienne avec un risque très faible. Il est plus souple que le compte à terme : vous récupérez l'argent en quelques jours sans pénalité. Comme tout OPCVM logé sur un compte-titres de société, ses gains entrent dans le résultat imposable à l'IS (valorisation annuelle, article 209-0 A du CGI). Réserve à garder en tête : son rendement suit les taux courts et baissera mécaniquement si la BCE assouplit sa politique monétaire.
La règle d'or de la liquidité
Le compte-titres, les OPCVM et les ETF (et le régime mère-fille)
Une personne morale à l'IS peut parfaitement détenir un compte-titres ordinaire et y loger des OPCVM, des ETF ou des titres vifs. C'est le véhicule de la plus grande liquidité et du plus large univers d'investissement — actions monde, obligations, ETF indiciels à faibles frais. Son talon d'Achille face au contrat de capitalisation est fiscal.
La fiscalité annuelle des plus-values latentes
À l'IS, les plus-values latentes sur les OPCVM et ETF sont en principe imposées chaque année selon l'évolution de leur valeur liquidative (article 209-0 A du CGI), et les plus-values réalisées comme les dividendes encaissés entrent dans le résultat imposable à 15 % ou 25 %. Traduction : pas de différé— contrairement au contrat de capitalisation, vous payez l'IS sur la performance au fil de l'eau, ce qui freine l'effet boule de neige.
Compte-titres / ETF
Points forts
- Liquidité immédiate, univers le plus large
- Frais bas avec des ETF indiciels
- Idéal pour une gestion active ou des titres vifs
Points de vigilance
- Plus-values latentes des OPCVM imposées chaque année (209-0 A)
- Pas de différé fiscal, effet boule de neige freiné
- Volatilité : risque de perte en capital
Contrat de capitalisation
Points forts
- Imposition forfaitaire ≈ 0,94 %/an, différé jusqu'au rachat
- Supports diversifiés : fonds euros, UC, parfois ETF
- Le plus efficace fiscalement sur le moyen-long terme
Points de vigilance
- Liquidité contractuelle (rachats) un peu moins immédiate
- Frais d'enveloppe à surveiller
- Pas d'avantage successoral propre
Le régime mère-fille : un vrai levier, mais rarement sur de la trésorerie placée
Le régime mère-fille (articles 145 et 216 du CGI) exonère de 95 % les dividendes qu'une société perçoit d'une filiale détenue à au moins 5 % et conservée deux ans : seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste imposée, soit un frottement effectif d'environ 1,25 %. C'est très puissant pour faire remonter les dividendes d'une SELARL vers une SPFPL de dentiste. En revanche, sur un ETF diversifié, le seuil de 5 % par ligne n'est jamais atteint : les dividendes encaissés sont alors imposés au résultat à 15 % ou 25 %. Ne comptez donc pas sur le mère-fille pour de la gestion financière diffuse : c'est un outil de participations significatives.
Capitalisation ou compte-titres : lequel pour votre trésorerie ?
Un CGP indépendant chiffre le frottement IS réel de chaque véhicule sur votre trésorerie de SELARL, compare le différé du contrat de capitalisation à la fiscalité annuelle du compte-titres, et calibre la combinaison avec votre expert-comptable.
La SCPI à l'IS et la nue-propriété en démembrement temporaire
Une société à l'IS peut acheter des parts de SCPI pour s'exposer à l'immobilier sans en assumer la gestion. Deux modes très différents fiscalement : la pleine propriété et la nue-propriété temporaire.
SCPI en pleine propriété : revenus fonciers à l'IS, mais amortissables
En pleine propriété, les revenus fonciers distribués par la SCPI sont imposés à l'IS (15 % ou 25 %). L'atout d'une détention à l'IS — par rapport à une détention en direct par une personne physique — est que la société peut amortir les parts, ce qui réduit la base imposable les premières années. La contrepartie est la faible liquidité : la revente de parts de SCPI n'est pas immédiate, et des frais de souscription élevés imposent un horizon long.
SCPI en nue-propriété : zéro revenu, zéro impôt pendant le démembrement
C'est l'option la plus efficace fiscalement quand la SELARL n'a aucun besoin des revenus avant 8 ou 10 ans. En acquérant la nue-propriété de parts en démembrement temporaire (souvent 5 à 10 ans), la société achète avec une décote de l'ordre de 20 à 40 % et ne perçoit aucun revenu pendant la durée du démembrement : elle n'est donc imposée sur rien. Au terme, la pleine propriété se reconstitue automatiquement sans imposition supplémentaire, et la SCPI recommence à distribuer. Un placement à fiscalité différée par construction. Le détail dans notre guide de la SCPI en nue-propriété.
Quand la SCPI démembrée a du sens
Attention : le risque immobilier reste entier
Le private equity et les FPCI : la poche de croissance illiquide
Le placement le plus risqué et le plus rémunérateur de la liste : le capital-investissement. Une personne morale à l'IS peut souscrire à des fonds de private equity, notamment des FPCI (fonds professionnels de capital-investissement), pour viser des rendements supérieurs aux marchés cotés.
Mais c'est la poche la plus exigeante de la palette : capital bloqué souvent 8 à 10 ans, risque de perte en capital réel, et ticket d'entrée élevé (fréquemment 100 000 € et plus). Fiscalement, à l'IS, les plus-values et distributions du fonds entrent dans le résultat imposable selon les règles applicables. Attention à un piège fréquent : les exonérations d'impôt sur le revenu propres aux FCPR/FPCI fiscaux de l'article 163 quinquies B du CGI visent les personnes physiques et ne se transposent pas telles quellesà une société soumise à l'IS.
Une part minoritaire, jamais le cœur de la trésorerie
Le tableau comparatif : fiscalité, liquidité, risque, horizon, ticket
Voici les six véhicules mis côte à côte, sur les cinq critères qui comptent vraiment pour une société à l'IS. Lisez-le en partant de votre besoin (horizon, liquidité), pas du rendement affiché.
| Véhicule | Fiscalité à l'IS | Liquidité | Risque | Horizon | Ticket |
|---|---|---|---|---|---|
| Contrat de capitalisation | Forfaitaire ≈ 0,94 %/an (105 % du TME, 238 septies E), différé jusqu'au rachat | Bonne (rachats) | Selon supports (faible à moyen) | Moyen-long | Faible à moyen |
| Compte à terme | IS sur les intérêts (15 / 25 %) | Bloquée jusqu'au terme | Très faible (capital garanti) | Court | Faible |
| Fonds monétaire | IS sur les gains annuels (209-0 A) | Quotidienne | Très faible | Court | Faible |
| Compte-titres / ETF | Plus-values latentes imposées chaque année (209-0 A) ; dividendes au résultat | Immédiate | Moyen à élevé (volatilité) | Moyen-long | Faible |
| SCPI (pleine propriété) | Revenus fonciers à l'IS, parts amortissables | Faible | Moyen | Long | Moyen |
| SCPI démembrée (nue-propriété) | Aucun revenu, aucune imposition pendant le démembrement | Très faible (durée fixe) | Moyen | Long (5-10 ans) | Moyen |
| Private equity / FPCI | Plus-values et distributions au résultat (IS) | Bloquée 8-10 ans | Élevé (perte en capital) | Très long | Élevé (≥ 100 k€) |
La logique de combinaison plutôt que de choix unique
Cas chiffré : une SELARL de dentiste avec 200 000 € à placer
Prenons un cas concret pour mettre des montants en face. Camille, 47 ans, chirurgien-dentiste à Annecy, a laissé s'accumuler 200 000 €de trésorerie excédentaire dans sa SELARL, dont elle n'a pas l'usage personnel immédiat. Voici une répartition-type en trois poches, à recalibrer selon votre situation.
Répartition-type d'une trésorerie de 200 000 € (illustration)
POCHE PRECAUTION 40 000 EUR (20 %) -> compte a terme + fonds monetaire POCHE MOYEN-LONG 100 000 EUR (50 %) -> contrat de capitalisation diversifie POCHE CROISSANCE 60 000 EUR (30 %) -> CTO en ETF / SCPI demembree / part PE Cout fiscal annuel approximatif (frottement IS) : Contrat de capitalisation : 100 000 x 0,94 % = environ 940 EUR/an CTO en ETF (selon perf.) : impose chaque annee sur la PV latente SCPI demembree : 0 EUR pendant le demembrement
Cette répartition n'est qu'une illustration. Les pourcentages dépendent de votre besoin de liquidité, de votre horizon et de votre tolérance au risque. Le frottement IS du contrat de capitalisation (≈ 940 €/an sur 100 000 €) est faible et différé ; à comparer à la fiscalité annuelle d'un compte-titres sur la même somme.
Le point clé à retenir de cet exemple : sur la poche socle de 100 000 €, un contrat de capitalisation ne coûte qu'environ 940 € d'IS par an tout en laissant la performance capitaliser en différé ; sur la poche croissance de 60 000 €, la SCPI démembrée ne génère aucune imposition pendant le démembrement, et l'ETF logé en compte-titres apporte la liquidité au prix d'une fiscalité annuelle. Ce qui paie, pour Camille, ce n'est pas de trouver LE bon placement : c'est de répartir ses 200 000 € entre ces trois poches selon ses besoins réels.
Sortir ou garder : un arbitrage en amont
Les garde-fous : objet social, requalification, taxe LF 2026
Placer la trésorerie d'une société d'exercice n'est pas un acte anodin : trois garde-fous doivent cadrer l'ampleur et la nature des placements.
L'objet social et les règles de l'Ordre
Une SELARL a pour objet l'exercice de l'art dentaire, encadré par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 et le code de déontologie des chirurgiens-dentistes. Placer une trésorerie de précaution et capitaliser un excédent raisonnable est admis ; en revanche, faire de la société une pure machine à placements sort de son objet. L'objet social est certes inopposable aux tiers (article L. 223-18 du Code de commerce) — un placement hors objet n'est pas nul — mais il engage la responsabilité interne et déontologique du gérant.
La requalification en holding patrimoniale et la taxe LF 2026
C'est le point le plus délicat. Commençons par lever une confusion fréquente : la taxe créée par l'article 7 de la loi de finances 2026 (nouvel article 235 ter C du CGI) ne vise pas la trésorerie placée. Elle frappe à 20 % la valeur vénale des actifs somptuaires et de jouissance personnelle détenus par certaines sociétés patrimoniales — yachts, avions, véhicules de tourisme, chevaux de course, vins et alcools, bijoux, métaux précieux, logement réservé à la jouissance de l'associé. La trésorerie et les actifs financiers placés (compte à terme, OPCVM, contrat de capitalisation, ETF, SCPI) sont expressément exclus de l'assiette, et le dispositif ne s'applique qu'aux grosses structures : actifs d'au moins 5 M€, personne physique détenant au moins 50 %, revenus principalement passifs, pour les exercices clos à compter du 31 décembre 2026. Une SELARL de dentiste qui place sa trésorerie excédentaire n'est donc pas concernée (la pérennité du dispositif au-delà de 2026 restant à confirmer).
Le vrai garde-fou est ailleurs : le risque de requalification en société à prépondérance patrimoniale ou la perte d'un éventuel caractère animateurd'une holding, si l'activité réelle de soins cesse d'être prépondérante au profit de la seule gestion de placements. C'est ce rapport entre l'activité d'exercice et le poids des placements qu'il faut surveiller.
À cadrer avec votre expert-comptable
En synthèse : le bon véhicule existe pour chaque besoin, mais chez nous, on regarde toujours l'objet social, l'étage de détention et le risque de requalification avant de parler rendement. Un dentiste de Chambéry qui nous appelle pour « le meilleur placement » repart d'abord avec un cadrage juridique de sa SELARL — le support vient après. C'est la méthode que nous appliquons chez Hagnéré Patrimoine, en lien avec votre expert-comptable. Le placement de la trésorerie n'est d'ailleurs qu'un des leviers du dentiste : voyez aussi nos guides sur les 6 axes d'optimisation fiscale du chirurgien-dentiste et la défiscalisation du chirurgien-dentiste.
Ce qu'il faut retenir

