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Guide médecin spécialiste 202615 minMis à jour 8 juin 2026Capi PM ≈ 0,94 %/an

Que faire de la trésorerie de sa société quand on est médecin spécialiste ?

Votre SELARL ou votre SPFPL accumule un excédent qui dort. Avant de chercher le rendement, le bon réflexe du spécialiste à 45 % : quelle trésorerie placer dans quelle poche — SEL d'exercice, SPFPL ou holding patrimoniale — et pourquoi capitaliser dans la société l'emporte presque toujours sur la sortie en dividendes. Capi PM, compte à terme, SCPI, private equity, OPCVM : les enveloppes accessibles à une personne morale à l'IS, leur fiscalité réelle et les 4 pièges 2026. Par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine indépendant (ORIAS 23002291).

TRÉSORERIE DE SOCIÉTÉ 2026

Placer la trésorerie de votre SEL sans frottement et dans la bonne poche

Audit de votre trésorerie excédentaire : SEL, SPFPL ou holding, capi PM, SCPI, private equity, régime mère-fille. Cabinet 100 % indépendant, modélisation chiffrée et calibrage avec votre expert-comptable.

  • La bonne poche pour chaque euro
  • Capi PM : frottement réel chiffré
  • 0 prélèvement social dans la société
  • Cabinet 100 % indépendant

SORTIE EN DIVIDENDES

31,4 %

PS DANS LA SOCIÉTÉ

0 %

CAPI PM (frottement)

≈ 0,94 %/an

MÈRE-FILLE

≈ 1,25 %

CAS CHIFFRÉ

200 000 €

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1LE VRAI PROBLÈME·2 MIN

Trésorerie du spécialiste : un problème de riche, et un piège fiscal

L'essentiel en 30 secondes

Le constat : la trésorerie excédentaire d'une SELARL ou d'une SPFPL coûte 31,4 % à sortir en dividendes (2026), mais 0 prélèvement social si on la fait travailler dans la société.
La règle d'or : la bonne trésorerie dans la bonne poche — précaution dans la SEL, dividendes captés en SPFPL (objet exclusif), patrimonial de long terme en holding distincte.
La pièce maîtresse : le contrat de capitalisation personne morale, ≈ 0,94 %/an de frottement (105 % du TME à l'IS), sans aucune CSG.
Le piège : sur-capitaliser sans activité peut faire perdre le Pacte Dutreil à la transmission. Capitaliser, oui ; transformer sa société en coffre, non.

En tant que médecin spécialiste, votre SELARL a probablement dégagé une belle année et 150 000, 200 000, parfois 300 000 € dorment sur le compte de la société. Les sortir en dividendes coûte 31,4 % en 2026, plus des cotisations TNS — et gonfle un revenu déjà dans la tranche à 45 %. Les laisser dormir, c'est perdre environ 2 % par an à l'inflation. Capitaliser dans la société ? 0 prélèvement social. Encore faut-il la bonne poche et la bonne enveloppe — c'est tout ce qu'on regarde ici.

Et c'est là que neuf médecins sur dix tombent des nues en rendez-vous : une personne morale à l'impôt sur les sociétés ne paie ni 17,2 % ni 18,6 % de prélèvements sociaux sur ses placements. La CSG et la CRDS sont des prélèvements de personnes physiques (Code de la sécurité sociale, art. L. 136-6 et L. 136-7). Tant que l'argent reste dans la société et y travaille, ces prélèvements ne s'appliquent jamais. Le contrat de capitalisation personne morale, par exemple, ne frotte qu'environ 0,94 % par an (105 % du TME taxés à l'IS, art. 238 septies E). À comparer aux 31,4 % d'une sortie en dividendes : l'écart est structurel.

Chez le spécialiste, la note grimpe vite. Bénéfice souvent supérieur à 250 000 €, secteur 2 fréquent, tranche marginale à 41 ou 45 %, et un revenu fiscal de référence qui flirte avec les seuils des surtaxes : CEHR (art. 223 sexies du CGI : 3 % au-delà de 250 000 € de RFR pour un célibataire, 4 % au-delà de 500 000 €) et CDHR, la contribution différentielle sur les hauts revenus (art. 224, imposition minimale de 20 % du RFR), reconduite par la loi de finances 2026. Chaque euro sorti en dividendes vient nourrir cette mécanique. Avant même de se demander où placer, posez-vous la vraie question : faut-il seulement sortir cet argent ? Le plus souvent, non.

Le réflexe à corriger : trésorerie ≠ épargne disponible

La trésorerie de votre société n'est pas de l'épargne personnelle disponible : c'est de l'argent déjà dans la société, qu'il vaut très souvent mieux y laisser fructifier que sortir pour le replacer en perso. Sortir, c'est payer un péage de 31,4 % (plus des cotisations) pour rapatrier des fonds qui travaillaient déjà sans frottement social. Pour situer cet arbitrage dans votre tranche, voyez médecin spécialiste dans la tranche à 45 % et la CDHR du médecin spécialiste.
§ 2LA COLONNE VERTÉBRALE·4 MIN

La bonne trésorerie dans la bonne poche : SEL, SPFPL ou holding

Avant de choisir un placement, on choisit une poche. C'est le faux pas qu'on voit le plus souvent chez le spécialiste qui a monté un groupe de sociétés : vouloir tout loger dans la SPFPL parce qu'elle « remonte les dividendes ». Or chaque structure a son objet, et placer hors de cet objet fragilise la société. Trois poches, trois logiques.

La SEL d'exercice : trésorerie de précaution, pas coffre patrimonial

La SELARL ou la SELAS dans laquelle vous exercez a pour objet l'exercice de la profession (ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, en vigueur le 1er septembre 2024). Elle peut tout à fait placer sa trésorerie d'exploitation et de précaution : compte à terme, fonds monétaire, voire un contrat de capitalisation de précaution. En revanche, y loger un placement patrimonial de long terme (SCPI déconnectée de l'activité, private equity) est plus fragile, au regard de l'objet social comme des règles de l'Ordre. La décision relève du représentant légal — gérant de SELARL (Code de commerce, art. L. 223-18) ou président de SELAS (art. L. 227-6)— dans la limite de cet objet ; au-delà, l'acte peut être contesté ou regardé comme un acte anormal de gestion.

La SPFPL : objet exclusif, pas un coffre de placement libre

Et c'est précisément là que le spécialiste se fait piéger. La SPFPL (société de participations financières de profession libérale) a un objet exclusif (ordonnance n° 2023-77, livre dédié aux SPFPL) : détenir des titres de SEL et exercer des activités accessoires « destinées exclusivement aux sociétés dont elle détient des participations ». Elle est l'outil idéal pour recevoir les dividendes de la SEL en régime mère-fille (95 % exonérés) et financer une croissance externe. Mais elle ne peut pas acheter librement une SCPI patrimoniale ou un fonds de private equity sans lien avec l'activité. Le faire, c'est dénaturer son objet. (À noter : on ne cite plus l'ancien article 31-1 de la loi 90-1258, abrogée par l'ordonnance de 2023.)

La holding patrimoniale : le vrai coffre du long terme

Pour le patrimonial durable, on utilise une holding patrimoniale classique (souvent une SAS ou une SARL à l'IS), distincte de la SPFPL, à objet large. C'est elle qui loge sereinement SCPI, private equity, portefeuille diversifié. Le montage fréquent du spécialiste ressemble alors à ceci : la SEL exerce et place sa précaution ; la SPFPL détient les titres de SEL et capte les dividendes en mère-fille ; une holding patrimoniale séparée reçoit ce qui doit être investi à long terme. Pour le détail de ce véhicule, voyez la holding patrimoniale, vrai coffre du long terme.

SEL d'exercice — la poche de précaution

Objet : exercice de la profession. Place sa trésorerie d'exploitation et de précaution (compte à terme, monétaire, capi de précaution). Peut distribuer des dividendes. À éviter : le placement patrimonial de long terme déconnecté de l'activité, fragile au regard de l'objet et de l'Ordre.

SPFPL & holding — capter et capitaliser

La SPFPL a un objet exclusif (titres de SEL) : elle reçoit les dividendes en mère-fille mais n'est pas un coffre libre. La holding patrimoniale, à objet large et distincte de la SPFPL, est le véhicule du long terme : SCPI, private equity, portefeuille diversifié.

La bonne trésorerie dans la bonne poche. La SPFPL n'est pas un coffre de placement libre : le patrimonial de long terme va en holding patrimoniale classique.
Qui peut placer quoi ?SEL d'exerciceSPFPL (objet exclusif)Holding patrimoniale
Trésorerie de précaution (CAT, monétaire)OuiOui (accessoire)Oui
Contrat de capitalisation PMOuiPossibleOui
SCPI patrimoniale, private equityFragile (objet)Non (hors objet)Oui
Reçoit les dividendes en mère-fille—Oui (cœur de métier)Oui
Risque si l'on dériveActe anormal de gestionObjet exclusif dénaturéRequalification si excès

Spécificité santé : le compte courant d'associé reste encadré

L'ordonnance de 2023 a assoupli plusieurs règles des SEL, mais pour les professions de santé, l'encadrement du compte courant d'associé reste un point d'attention spécifique : on ne peut pas faire de la SEL un coffre de prêt sans limite. Avant tout apport ou retrait significatif en compte courant, faites valider le cadre par votre expert-comptable. Pour aller plus loin sur la structure dédiée au spécialiste, voyez la SPFPL pour médecin spécialiste et la SPFPL du libéral et son objet exclusif.
§ 3LE CALCUL À 45 %·4 MIN

Capitaliser ou sortir : le calcul du spécialiste à 45 %

L'arbitrage tient en une phrase, plus simple qu'on ne le croit. Sortir la trésorerie en dividendes, c'est subir trois coûts cumulés. Capitaliser dans la société, c'est n'en subir aucun avant le jour, peut-être lointain, où vous voudrez consommer cet argent en perso.

Premier coup de rabot, le PFU à 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux (CSG 10,6 % depuis la LFSS 2026 + CRDS 0,5 % + prélèvement de solidarité 7,5 %). Vient ensuite des cotisations TNS sur la fraction de dividendes excédant 10 % du capital, des primes d'émission et du compte courant (CSS art. L. 131-6) — et la Cour de cassation a jugé que ce coût social s'applique même lorsque les dividendes transitent par une SPFPL interposée (Cass. 2e civ., 19 octobre 2023, n° 21-20.366). Et pour finir, ces dividendes gonflent votre RFR et peuvent déclencher ou aggraver la CEHR et la CDHR.

100 € de trésorerie : sortir en dividendes vs garder dans la société

SORTIR (dividendes)
  100 EUR distribues
  - PFU 31,4 %                       = -31,40 EUR
  - cotisations TNS (fraction > 10 %)  = cout social en sus
  - RFR augmente -> CEHR / CDHR possibles
  => il reste < 68,60 EUR a investir en perso

GARDER (capitaliser dans la societe)
  100 EUR placards dans un capi PM
  - frottement IS annuel ~ 0,94 %      = -0,94 EUR / an
  - 0 prelevement social (art. L. 136-6/7)
  => 100 EUR continuent de travailler en entier

Le différé n'est pas une exonération : la sortie reste taxable plus tard. Mais tant que l'objectif n'est pas la consommation personnelle immédiate, capitaliser dans la société conserve une base d'investissement bien plus large.

Un exemple chiffré, volontairement simple. Un spécialiste qui hésite à sortir 50 000 € de dividendes pour les replacer en assurance-vie personnelle :

Sortir 50 000 € pour les replacer en personne ampute d'au moins 15 700 € la base d'investissement, avant même les cotisations TNS et l'effet RFR. Capitaliser dans la société conserve les 50 000 € intacts.
Sortir 50 000 € en dividendesMontant
PFU 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS)− 15 700 €
Cotisations TNS sur la fraction > 10 %coût social en sus (selon capital)
Impact RFR → CEHR / CDHRaggravation possible des surtaxes
Net réellement disponible pour investir en perso≈ 34 300 € (avant cotisations)

À ne pas survendre : capitaliser, c'est différer, pas effacer

Soyons honnêtes : l'argent capitalisé dans la société reste, un jour, taxable à la sortie (dividende, liquidation, cession). Capitaliser ne fait pas disparaître l'impôt : cela le diffère et fait travailler une base plus large entre-temps, sans frottement social annuel. La vraie question est donc l'horizon : si vous avez besoin de cet argent dans votre poche maintenant, sortez-le ; sinon, laissez-le fructifier. C'est aussi le cœur de l'arbitrage salaire ou dividendes du libéral et de dividendes de SEL et cotisations sociales. Sur la dualité 18,6 / 17,2 %, voyez les prélèvements sociaux 2026.
Hagnéré Patrimoine

Sortir ou capitaliser : on chiffre votre cas réel

Un CGP indépendant compare, sur votre situation, le coût d'une sortie en dividendes (PFU, cotisations TNS, effet RFR) et la capitalisation dans la société — et vous dit, sans biais commercial, ce qui sert vraiment votre projet.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 4LES ENVELOPPES·4 MIN

Les enveloppes accessibles à une société de médecin à l'IS

Une fois la poche choisie, restent les enveloppes. Voici les grandes familles, sans le détail des frais : la sélection support par support est traitée dans le guide pilier placer la trésorerie de sa SEL.

Compte à terme et fonds monétaire : la poche sûre

Le compte à terme (CAT) offre un capital garanti et un rendement connu d'avance ; ses intérêts sont imposés à l'IS au fil de l'eau, et les dépôts sont couverts par le FGDR jusqu'à 100 000 € par établissement. Le fonds monétaire (via un OPCVM) est plus souple, mais ses parts sont valorisées au marché chaque année (art. 209-0 A du CGI) : pas de différé d'imposition. Ces deux supports forment la réserve de précaution ; on les garde liquides.

Le contrat de capitalisation personne morale : la pièce maîtresse

C'est l'équivalent de l'assurance-vie pour une société — l'assurance-vie lui étant fermée, faute de tête à assurer (Code des assurances, art. L. 132-1). Sa fiscalité est forfaitaire et annuelle : chaque année, on intègre au résultat 105 % du dernier TME connu à la souscription (art. 238 septies E ; BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-10). Avec un TME de 3,58 % (janvier 2026), l'assiette ressort à 3,76 % et le frottement à ≈ 0,94 % par an à 25 % d'IS, sans aucun prélèvement social. Tout rendement supérieur à 3,76 % capitalise en différé ; au rachat, une régularisation évite la double imposition (BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-20). Une réserve toutefois : contrairement à l'assurance-vie, le capi PM n'ouvre aucun abattement de transmission (ni 152 500 € de l'art. 990 I, ni 30 500 € de l'art. 757 B) — sa valeur de rachat suit les droits de mutation de droit commun. Pour les gros patrimoines, une version luxembourgeoise existe (voyez la capitalisation luxembourgeoise).

SCPI et private equity : capitaliser sur le long terme

En pleine propriété, les SCPI détenues par une société génèrent des loyers imposés à l'IS. En pratique, on achète souvent l'usufruit temporaire des parts : amortissable linéairement sur sa durée (immobilisation incorporelle de valeur nulle au terme), il neutralise une bonne part de l'IS sur les loyers ; la valorisation suit le barème de l'art. 669 II du CGI. Attention au piège de l'art. 13, 5° : il ne faut jamais apporter un usufruit préexistant, car la première cession d'un usufruit temporaire est imposée comme un revenu, même rémunérée en titres (CE 30 mars 2026, n° 502243) ; on démembre donc dès l'origine. Le private equity / FPCI, lui, capitalise en différé et bénéficie d'un taux réduit de 15 % sur les plus-values long terme après cinq ans (art. 219 I a sexies-0 ter). Ces actifs patrimoniaux se logent en holding patrimoniale, pas en SPFPL. Pour la SCPI, voyez notre guide SCPI (pleine propriété ou démembrement).

Synthèse des enveloppes d'une société à l'IS. Aucune ne supporte de prélèvement social tant que les fonds restent dans la société. Le détail des frais et de la sélection est traité dans le guide pilier.
EnveloppeLiquiditéFiscalité ISPSHorizon
Compte à termeMoyenne (terme fixé)Intérêts au fil de l'eau0Court
Fonds monétaire / OPCVMForteMark-to-market annuel (209-0 A)0Court / moyen
Capi PMForte (rachat)Forfait 105 % TME ≈ 0,94 %/an0Moyen / long
SCPI (pleine propriété)FaibleLoyers à l'IS0Long
SCPI (usufruit temporaire)Très faibleLoyers neutralisés par amortissement0Long
Private equity / FPCITrès faiblePVLT 15 % après 5 ans (219)0Long

Exemple chiffré : 100 000 € en capi PM contre une sortie en dividendes

D'abord la sortie : pour replacer en perso, on distribue 100 000 €, on subit le PFU à 31,4 % (− 31 400 €) et il ne reste que 68 600 € à investir, base sur laquelle votre épargne devra ensuite produire un rendement. Ensuite la capitalisation : les mêmes 100 000 € restent entiers dans la société, ne frottent qu'environ 940 €/an dans un capi PM (105 % du TME à 25 % d'IS) et continuent de travailler en totalité. Au final, capitaliser revient à faire fructifier près de 46 % de base en plus (100 000 contre 68 600) — c'est l'effet de levier du différé d'imposition, tant que l'objectif n'est pas la consommation immédiate.
§ 5FISCALITÉ IS·3 MIN

La fiscalité IS des produits : jamais de PFU, jamais de PS

Voici l'échelle de frottement, du moins cher au plus cher. À l'exception du capi (forfait) et de l'usufruit de SCPI (amortissement), la plupart des produits financiers d'une société — intérêts de CAT, gains d'OPCVM ou de compte-titres, dividendes hors mère-fille — sont imposés au résultat ordinaire de l'IS : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous conditions PME : chiffre d'affaires HT ≤ 10 M€ et capital libéré détenu à 75 % au moins par des personnes physiques), puis 25 % au-delà (art. 219 du CGI). Aucun PFU, aucun prélèvement social.

Le régime mère-fille : remonter les dividendes de la SEL à ≈ 1,25 %

C'est l'outil clé de la SPFPL. Dès lors qu'elle détient au moins 5 % du capital de la SEL et conserve les titres deux ans (art. 145), les dividendes remontés sont exonérés à 95 % : seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste imposable (art. 216), soit un frottement effectif d'environ 1,25 % (5 % × 25 % d'IS). En intégration fiscale (détention d'au moins 95 %), la quote-part tombe même à 1 %, soit ≈ 0,25 % — mais c'est rare pour une SPFPL. À comparer aux 31,4 % + cotisations TNS d'une distribution directe au praticien : la remontée en mère-fille est presque gratuite. Pour le choix mère-fille / intégration, voyez régime mère-fille ou intégration fiscale.

Attention au 5 % et au 12 % qu'on confond toujours

Ne mélangez pas deux quote-parts qui n'ont rien à voir. Le 5 %, c'est la quote-part de frais et charges du régime mère-fille (dividendes ; art. 216). Le 12 %, c'est la quote-part des plus-values long terme sur titres de participation (art. 219 I a quinquies : 0 % d'imposition mais quote-part de 12 %, soit ≈ 3 % effectif), réservée aux titres détenus au moins deux ans — cela ne concerne pas la trésorerie placée. Deux mécanismes distincts : on ne parle jamais de « mère-fille à 12 % ».

Aller plus loin : pourquoi le frottement IS bat toujours le frottement perso

Le classement parle de lui-même. Dans la société à l'IS, les pires produits financiers frottent à 15 ou 25 % d'IS sur le seul gain, sans aucun prélèvement social ; le capi PM tombe à ≈ 0,94 %/an et la mère-fille à ≈ 1,25 %. En face, sortir l'argent en perso, c'est 31,4 % immédiats sur la distribution, puis encore 30 % (assurance-vie) à 31,4 % (compte-titres) sur les gains replacés. Capitaliser dans la société n'est pas un détail d'optimisation : c'est un changement d'ordre de grandeur. Pour la structure dédiée au spécialiste, voyez la SPFPL du médecin spécialiste, investir sans frottement.
§ 6CALIBRAGE·2 MIN

Combien laisser dans la société avant de placer l'excédent

Placer ne veut pas dire tout immobiliser. Avant d'engager un euro sur du moyen ou long terme, on calibre la réserve de précaution : environ six mois de charges (loyers, salaires et charges sociales, échéances de prêt, IS à venir), gardés en placements liquides et garantis— compte à terme court ou fonds monétaire. C'est cette poche qui absorbe un imprévu sans vous forcer à racheter au mauvais moment.

On provisionne ensuite l'IS dû et les éventuels dividendes prévus dans l'année, puis on ne place en moyen ou long terme que l'excédent réellement durable. Ce calibrage a une vertu double : il protège l'exploitation, et il évite de sur-capitaliser au point de dénaturer l'activité — un excès de trésorerie financière pesant lourd au regard de l'activité réelle peut, on le verra, fragiliser certaines exonérations de transmission. Autrement dit : on dimensionne la structure sur le besoin réel de l'exploitation, et pas le contraire. Pour la logique générale du placement du libéral, voyez où placer son argent quand on est en profession libérale.

Check-list de calibrage avant de placer

1. Réserve de précaution ≈ 6 mois de charges en CAT court ou monétaire.
2. Provision IS de l'exercice + dividendes prévus mis de côté.
3. On ne place en moyen / long terme que l'excédent durable restant.
4. On vérifie que la trésorerie financière ne devient pas disproportionnée au regard de l'activité (risque de requalification, voir §8).
§ 7CAS CHIFFRÉ·4 MIN

Cas chiffré : un spécialiste avec 200 000 € de trésorerie excédentaire

Prenons un dossier réaliste, anonymisé. Dr Lemoine, dermatologue, exerce en SELARL avec une SPFPL au-dessus. Secteur 2, bénéfice de l'ordre de 300 000 €, RFR ≈ 320 000 € (déjà dans le champ de la CDHR), TMI 45 %. Après avoir constitué sa réserve de précaution, il dispose de 200 000 € d'excédent durable. Voici la répartition que l'on bâtirait avec lui — à titre d'illustration, pas de recommandation personnalisée.

Répartition des 200 000 € de Dr Lemoine. Chaque euro va dans la poche cohérente avec son objet et son horizon — la SPFPL n'absorbe pas le patrimonial de long terme, qui est logé en holding.
Poche / objectifMontantVéhiculeFrottement
Précaution (≈ 6 mois de charges)50 000 €CAT / fonds monétaire dans la SELIS au fil de l'eau, 0 PS
Capitalisation moyen terme100 000 €Contrat de capitalisation PM≈ 0,94 %/an, 0 PS
Patrimonial long terme50 000 €SCPI démembrée dès l'origine + FPCI, en holding patrimonialeLoyers neutralisés / PVLT 15 %

Le frottement du capi PM sur les 100 000 € de Dr Lemoine

Assiette annuelle = capital x 105 % x TME
                = 100 000 x 105 % x 3,58 %
                ~ 3 760 EUR

IS du au taux de 25 %  = 3 760 x 25 %
                       = 940 EUR / an   (~ 0,94 %)

Prelevements sociaux   = 0 EUR  (societe a l'IS)

TME de 3,58 % (janvier 2026) retenu pour l'exemple, à figer au mois réel de souscription (≈ 3,4–3,8 % début 2026). Si le contrat rapporte 4 %, le frottement de 940 € représente environ 23,5 % du gain ; tout ce qui dépasse 3,76 % capitalise sans IS additionnel jusqu'au rachat.

Note de méthode : ces chiffres sont des illustrations, pas des promesses

Les montants ci-dessus reposent sur des hypothèses (TME figé à 3,58 %, IS à 25 %, rendement supposé) et servent à illustrer une mécanique, non à garantir un résultat. Le frottement du capi PM (≈ 0,94 %/an) est, lui, robuste car forfaitaire et connu d'avance ; le rendement des supports (fonds euros, unités de compte, SCPI, private equity) ne l'est jamais. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et les supports en unités de compte comportent un risque de perte en capital et d'illiquidité. Toute projection doit être recalculée sur votre situation réelle, avec votre expert-comptable.

Et s'il sortait les 200 000 € en dividendes ?

Mettons que Dr Lemoine décide plutôt de tout sortir en dividendes pour replacer en perso. Le PFU à 31,4 % lui coûterait 62 800 € d'impôt et prélèvements : il ne resterait que 137 200 € à investir — avant les cotisations TNS sur la fraction excédant 10 % du capital (dues même via la SPFPL, Cass. 2023) et avant l'aggravation de sa CEHR / CDHR liée à 200 000 € de RFR supplémentaires. En capitalisant au contraire, l'intégralité des 200 000 € continue de travailler, pour un frottement de l'ordre de 940 € par an sur la seule part en capi. La capitalisation l'emporte largement tant que l'objectif n'est pas la consommation personnelle immédiate.

Cas plus simple — Dr Berger, anesthésiste (60 000 € d'excédent)

Tous les spécialistes n'ont pas de SPFPL. Dr Berger exerce en SELARL seule et dispose de 60 000 € d'excédent. Inutile d'empiler les structures : on garde 30 000 € en CAT / monétaire pour la précaution, et on place 30 000 € en capi PM au sein de la SEL. Pas de holding tant que les montants restent modestes — la structure suit le besoin, pas l'inverse. Le jour où la trésorerie grossit et où la transmission se prépare, on étudiera l'ajout d'une holding.

Bonus — la mère-fille en action

Imaginons que la SPFPL de Dr Lemoine reçoive 40 000 € de dividendes de la SEL en régime mère-fille. La quote-part de frais et charges de 5 % rend imposables 2 000 €, soit un IS de 500 € à 25 % : un frottement effectif de 1,25 % sur la remontée. Les mêmes 40 000 € distribués directement au praticien auraient subi 31,4 % de PFU plus des cotisations TNS. La SPFPL n'est pas un coffre de placement, mais c'est un formidable outil pour capitaliser les dividendes sans frottement.
§ 8VIGILANCE 2026·4 MIN

Les 4 pièges 2026 que les guides datés ignorent

Beaucoup d'articles sur le placement de trésorerie datent de 2023 ou 2024 et passent à côté de quatre points devenus déterminants. Les voici.

Piège 1 : les dividendes coûtent 31,4 %, pas 30 %

Depuis la LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025), la CSG sur les revenus du capital est passée de 9,2 % à 10,6 %. Les prélèvements sociaux sur les dividendes et les intérêts atteignent donc 18,6 %, et le PFU global 31,4 % — et non « la flat tax à 30 % » que répètent encore beaucoup de guides. À noter : l'assurance-vie et le contrat de capitalisation restent à 17,2 % de prélèvements sociaux. Cette dualité est expliquée dans prélèvements sociaux 2026 : la dualité 18,6 % / 17,2 %.

Piège 2 : la SPFPL n'est pas un coffre, et le CCA santé reste encadré

On ne le répétera jamais assez : la SPFPL a un objet exclusif et n'est pas un coffre de placement libre. Loger une SCPI patrimoniale ou un fonds de PE déconnecté de l'activité dans la SPFPL fragilise son objet. Et pour la santé, l'encadrement du compte courant d'associé reste un point d'attention. On ne cite plus l'article 31-1 de la loi 90-1258 (abrogée) : la référence est l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023.

Piège 3 : trop de trésorerie peut faire perdre le Pacte Dutreil

Une trésorerie financière excédentaire trop lourde au regard de l'activité peut fragiliser le caractère animateur d'une holding — et donc faire perdre l'exonération Dutreil (art. 787 B, 75 % d'abattement) et le statut de biens professionnels exonérés d'IFI (art. 975). La Cour de cassation a précisé que l'animation s'apprécie au fait générateur de l'impôt (jour du décès, par exemple), que la preuve incombe au contribuable, et qu'animer de simples SCI ne suffit pas (Cass. com. 17 décembre 2025, n° 24-17.415). Le Conseil d'État, dans l'arrêt Cofices (CE 13 juin 2018, n° 395495), retient un faisceau d'indices, sans seuil de 50 % figé. En clair, faire fructifier une trésorerie excédentaire ne pose pas de problème ; c'est l'absence d'activité réelle derrière une grosse poche financière qui en pose un. Pour la transmission, voyez transmettre son cabinet : Dutreil et trésorerie excédentaire.

Piège 4 : la taxe « holdings » 2026, garde-fou et non épouvantail

La loi de finances 2026 a instauré une taxe visant les actifs improductifs somptuaires détenus par certaines structures : résidences de jouissance, véhicules de luxe, yachts et aéronefs non professionnels, bijoux, métaux précieux, chevaux, grands crus. Trois conditions cumulatives : actifs ≥ 5 M€, détention à plus de 50 % par une personne physique, et plus de 50 % de produits passifs. En pratique, une trésorerie placée en capi, en SCPI ou sur un compte-titres reste hors champ. Un radiologue ou un cardiologue avec 200 000 € de réserve n'est pas la cible : cette taxe vise les très grands patrimoines somptuaires.

Les 4 pièges en un coup d'œil

1. Dividendes 2026 = 31,4 % (PS 18,6 %), pas 30 %.
2. SPFPL = objet exclusif ; CCA santé encadré ; citer l'ordonnance 2023-77, pas la loi 90-1258.
3. Excès de trésorerie → risque de perte du caractère animateur (Dutreil 787 B, IFI 975).
4. Taxe biens somptuaires (seuil 5 M€) = garde-fou, ne vise pas la trésorerie placée.
§ 9DÉONTOLOGIE & MÉTHODE·2 MIN

Déontologie, prudence et accompagnement

Reste un point propre à votre métier. Le médecin reste tenu à une gestion prudente, et les produits financiers de la société ne doivent jamais devenir son activité réelle : votre métier est le soin, pas la spéculation. C'est aussi ce qui protège votre structure du risque de requalification vu plus haut. Concrètement : chaque euro dans la poche qui correspond à son objet, des supports calés sur l'horizon, et tout démembrement validé avant signature.

Deux réflexes valent pour tous les dossiers. Le premier : faire valider tout démembrement, tout apport en compte courant et tout plan d'amortissement avec votre expert-comptable, le seul à avoir la vue comptable et fiscale complète de vos sociétés. Le second : raisonner à l'échelle du foyer et du projet plutôt que du rendement seul : capitaliser dans la société n'a de sens qu'articulé à votre rémunération, votre retraite et votre transmission. C'est exactement le rôle d'un CGP indépendant — sans produit-maison, sans biais commercial, et sans aucune promesse de rendement.

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Sources et références légales

  • Contrat de capitalisation et placements à l'IS

    Art. 238 septies E CGI (prime forfaitaire annuelle de 105 % du TME pour le contrat de capitalisation d'une personne morale à l'IS). Art. 209-0 A CGI (OPCVM et monétaires valorisés au marché chaque année). Art. 219 CGI (IS à 15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà ; I a sexies-0 ter : FCPR/FPCI au taux réduit de 15 % après 5 ans). Code des assurances art. L. 132-1 (l'assurance-vie suppose une tête à assurer : fermée à une personne morale). Doctrine : BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-10 et -20.

  • Structures du médecin (SEL, SPFPL, holding)

    Ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (JORFTEXT000047106119), en vigueur le 1er septembre 2024 : refonte du droit des SEL et SPFPL, objet exclusif de la SPFPL ; elle abroge la loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 (ne plus citer son art. 31-1). Code de commerce art. L. 223-18 (gérant de SELARL) et L. 227-6 (président de SELAS). Pour la santé, la restriction du montant des comptes courants d'associés reste encadrée — point à vérifier au cas par cas.

  • Régime mère-fille et plus-values

    Art. 145 et 216 CGI (exonération de 95 % des dividendes, quote-part de frais et charges de 5 %, soit un frottement d'environ 1,25 % à 25 % d'IS ; 1 % en intégration fiscale). Art. 219 I a quinquies CGI et BOI-IS-BASE-20-20-10-20 (plus-values long terme sur titres de participation : 0 % et quote-part de 12 %, à ne pas confondre avec le 5 % mère-fille). Doctrine : BOI-IS-BASE-10-10-20.

  • Cotisations sociales, transmission et hauts revenus

    CSS art. L. 136-6 et L. 136-7 (CSG/CRDS dues par les personnes physiques : une société à l'IS n'y est pas assujettie sur ses placements). CSS art. L. 131-6 (réintégration des dividendes de SEL excédant 10 % du capital dans l'assiette TNS ; Cass. 2e civ. 19/10/2023 n° 21-20.366, y compris via SPFPL). Art. 787 B et 975 CGI (Dutreil, biens professionnels IFI ; Cass. com. 17/12/2025 n° 24-17.415, CE 13/06/2018 n° 395495 Cofices). Art. 223 sexies (CEHR) et 224 (CDHR) CGI. Art. 13, 5° et 669 II CGI (usufruit temporaire ; CE 30/03/2026 n° 502243).

  • Réformes 2026 (LF / LFSS)

    Loi n° 2025-1403 du 30/12/2025 (LFSS 2026) : CSG sur le capital portée à 10,6 %, prélèvements sociaux à 18,6 % sur dividendes et intérêts (PFU global 31,4 %), maintien à 17,2 % pour l'assurance-vie et le contrat de capitalisation. Loi n° 2026-103 du 19/02/2026 (LF 2026) : reconduction de la CDHR et taxe sur la détention de biens somptuaires (seuil de 5 M€). TME de référence : 3,58 % en janvier 2026 (Banque de France), à figer au mois réel de souscription.

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Le choix de la poche (SEL, SPFPL, holding), de l'enveloppe et tout démembrement ou plan d'amortissement doivent faire l'objet d'une étude individualisée, validée avec votre expert-comptable. Les chiffres et taux cités sont à jour au 8 juin 2026 mais peuvent évoluer (LF/LFSS annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence, niveau du TME). Les placements évoqués comportent un risque de perte en capital et d'illiquidité ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Aucune promesse de rendement n'est faite.

Foire aux questions

Tout sur la trésorerie de société du médecin spécialiste poche, enveloppes, fiscalité IS, requalification.

Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous : garder ou sortir, capi PM, SPFPL et SCPI, mère-fille, combien laisser, risque de requalification. Réponses sourcées et à jour 2026.