La méthode : 6 axes, dans le bon ordre
En 30 secondes : l'optimisation fiscale du dentiste, c'est quoi ?
Avant de commencer : ni un catalogue, ni une initiation
Un chirurgien-dentiste qui dégage 180 000 € de bénéfice peut voir partir plus de la moitié de son revenu marginal en IR (tranche à 41-45 %) et en cotisations TNS. Le réflexe naturel — souscrire « un produit de défisc » en décembre — ne règle presque rien : à ce niveau de revenu, la plupart de ces réductions sont plafonnées à 10 000 € et, pour les plus hauts revenus, reprises par la CDHR. L'optimisation fiscale d'un dentiste, c'est une séquence, pas un achat de décembre.
L'ordre n'est pas cosmétique. Le statut commande tout le reste (axe 1) : c'est lui qui décide si votre bénéfice est taxé en bloc ou s'il peut respirer dans une société. Une fois ce socle posé, l'arbitrage de rémunération (axe 2) et le placement de la trésorerie mise de côté (axe 3) en découlent ; le PER et la prévoyance Madelin (axe 4), l'immobilier (axe 5) et la transmission (axe 6) se greffent ensuite, chacun à sa place. L'ordre compte donc autant que les outils : voici les 6 axes, et la raison pour laquelle on les active dans cette séquence précise.
La règle d'or : baisser l'assiette, pas le taux
Le tableau ci-dessous est la colonne vertébrale de ce guide : pour chaque axe, le levier principal, le gain à en attendre, la complexité de mise en œuvre, l'horizon, et le guide dédié pour creuser.
| Axe | Levier principal | Gain attendu | Complexité | Horizon |
|---|---|---|---|---|
| 1 · Statut | BNC → SEL à l'IS (report) | Élevé sur la part non consommée | Moyenne | Court / moyen |
| 2 · Rémunération / dividendes | Dosage salaire vs dividendes | Moyen (post-réforme) | Moyenne | Annuel |
| 3 · Trésorerie société | Capitalisation PM, compte à terme, SCPI | Moyen (différé d'IS) | Faible / moyenne | Moyen |
| 4 · PER + prévoyance | 154 bis (≤ 88 911 €) + Madelin | Élevé (IR) + protection | Faible | Court |
| 5 · Immobilier | Murs en SCI, déficit foncier, démembrement | Moyen / élevé (assiette) | Moyenne / élevée | Long |
| 6 · SPFPL + transmission | Mère-fille, apport-cession, Dutreil | Élevé (capitalisation + DMTG) | Élevée | Long |
Notre cas fil rouge : Camille, dentiste, 180 000 € de bénéfice
Pour rendre les 6 axes concrets, suivons une praticienne tout au long du guide. Camille, 44 ans, chirurgienne-dentiste conventionnée secteur 1, dégage un bénéfice BNC de 180 000 € (avant toute déduction de PER), célibataire sans personne à charge, exerce en nom propre (déclaration contrôlée 2035).
Situation de départ de Camille
Axe 1 — Le bon statut : BNC au réel ou SEL ?
Le BNC au réel : tout imposé, tout de suite
En BNC au réel (déclaration contrôlée, imprimé 2035-SD), votre bénéfice — recettes moins charges réelles — est imposé à l'IR au barème dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (article 92 du CGI). Le point qui change tout : 100 % de ce bénéfice subit l'IR à votre TMI et les cotisations TNS, que vous le consommiez ou non. Il n'y a pas d'« écran société ». Le régime micro-BNC(article 102 ter, abattement de 34 %, seuil de recettes 83 600 € sur 2026-2028) n'est qu'un étage de départ, vite dépassé par un dentiste.
La SEL à l'IS : piloter son revenu imposable
En SEL à l'impôt sur les sociétés, vous ne vous imposez à l'IR (et aux cotisations) que sur la rémunération que vous vous versez. Le surplus capitalise dans la société à l'IS : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous conditions PME), puis 25 % (article 219 I-b du CGI) — jamais 100 000 €, l'amendement en ce sens n'a pas été retenu. Les dividendes ne sont imposés qu'à la distribution. C'est un report. Le cadre juridique est l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (ex-loi n° 90-1258), qui a recodifié le droit des SEL et SPFPL. Le contrôle du capital relève de l'ONCD(plus de 50 % du capital et des droits de vote aux praticiens exerçant ; le détail des règles de détention, en partie assoupli par décret, est à vérifier auprès de l'Ordre).
SELARL ou SELAS : c'est le statut social qui tranche
La fiscalité de la SELARL et de la SELAS est proche ; ce qui les distingue, c'est le statut social du dirigeant.
| Dirigeant | Régime social | Référence | Niveau de charges |
|---|---|---|---|
| Gérant majoritaire de SELARL | TNS (travailleur non salarié) | CGI art. 62 ; CSS L. 631-1 | Le moins cher |
| Gérant minoritaire / égalitaire de SELARL | Assimilé salarié | CSS L. 311-3, 11° ; CGI 80 ter | Régime général |
| Président de SELAS | Assimilé salarié | CSS L. 311-3, 23° ; CGI 80 ter | Charges ~75-82 % |
La SEL réorganise le BNC, elle ne le supprime pas
Le « point de bascule » : pas de seuil universel
Axe 2 — L'arbitrage rémunération / dividendes
Le seuil des 10 % du capital
Une fois en SEL, vous arbitrez entre rémunération et dividendes. La règle qui structure tout : la fraction de dividendes de SEL qui excède 10 % du capital social (majoré des primes d'émission et du solde moyen du compte courant d'associé) est réintégrée dans l'assiette des cotisations TNS du gérant majoritaire (article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale). Sous ce seuil de 10 %, les dividendes ne supportent que le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026), avec une option pour le barème possible (abattement de 40 %, article 158 3-2°). La validité de la règle des 10 % a été confirmée par le Conseil constitutionnel (n° 2010-24 QPC du 6 août 2010).
La « niche dividendes » SELAS est morte — et la SPFPL ne fait pas écran
Dernier point, et il pèse à hauts revenus : les dividendes pris au PFU ne portent que 12,8 % d'IR au numérateur de la CDHR (les prélèvements sociaux en sont exclus). Une distribution massive peut donc déclencher rapidement la CDHR — on y revient à l'axe transversal sur les surtaxes. Pour l'arbitrage complet : se rémunérer en salaire ou en dividendes.
Axe 3 — La trésorerie de la société : la faire travailler
Capitalisation, compte à terme, SCPI, compte-titres
Le bénéfice que vous laissez capitaliser en SEL ou en SPFPL (axe 1) ne doit pas dormir sur un compte courant. Les supports usuels pour le faire travailler dansla société :
- Le contrat de capitalisation détenu par une personne morale à l'IS (article 238 septies E du CGI) : imposition sur une assiette forfaitaire annuelle, capitalisation à l'IS, prélèvements sociaux à 17,2 % (branche capitalisation) — à opposer aux 18,6 % qui frappent les dividendes, intérêts et plus-values mobilières d'un compte-titres.
- Le compte à terme pour la poche de sécurité, le compte-titres de la société (produits et plus-values à l'IS, sans PFU), la SCPI inscrite au bilan, voire du capital-investissement (avec le garde-fou du risque et de l'illiquidité).
Garde-fou : la SCM n'est PAS un véhicule de placement
Le bon réflexe : un IS différé n'est pas un IS effacé
Note de méthode sur les rendements de SCPI et de capital-investissement
Pour le détail des supports et de leur fiscalité, voyez placer la trésorerie de sa SELARL : compte-titres, capitalisation, que faire de la trésorerie de sa SELARL de dentiste et la holding patrimoniale : mère-fille et capitalisation. Pour les enveloppes elles-mêmes : le compte à terme en 2026 et la SCPI au bilan de la société.
Axe 4 — PER et prévoyance Madelin : protéger avant d'optimiser
Pourquoi la prévoyance passe AVANT l'optimisation (le risque du geste)
La prévoyance Madelin (article 154 bis)
Le contrat de prévoyance Madelin à barème professionnel indemnise l'incapacité d'exercer votre métier, et il est déductible du BNC au titre de l'article 154 bis : 7 % du PASS + 3,75 % du bénéfice, dans la limite d'un plafond de l'ordre de 11 534 € en 2026 (3 % de 8 PASS). Double bénéfice : couverture du risque métier etbaisse de l'IR et du RFR (donc de l'assiette de la CEHR et de la CDHR).
11 534 € est un plafond, pas le montant déductible de Camille
Le PER / Madelin retraite (article 154 bis)
En tant que travailleuse non salariée (BNC, ou gérante majoritaire de SELARL), Camille bénéficie du plafond spécifique de l'article 154 bis, bien plus large que celui des salariés.
Le plafond PER TNS du dentiste en 2026, du plancher au cas de Camille
PLAFOND PER TNS = 10 % x benefice (dans la limite de 8 PASS)
+ 15 % x (min(benefice, 8 PASS) - 1 PASS)
PASS 2026 = 48 060 EUR | 8 PASS = 384 480 EUR
PLANCHER = 10 % x 1 PASS = 4 806 EUR
MAXIMUM = 10 % x 384 480
+ 15 % x (384 480 - 48 060)
= 38 448 + 50 463 = 88 911 EUR
CAS CAMILLE — BENEFICE BNC 180 000 EUR (avant PER) :
= 10 % x 180 000
+ 15 % x (180 000 - 48 060)
= 18 000 + 19 791 = 37 791 EURPour Camille (180 000 € de bénéfice BNC avant déduction du PER), l'enveloppe 154 bis est de 37 791 €, sous le plafond maximal de 88 911 €. À une TMI de 41 %, déduire ce montant représente environ 15 494 € d'impôt en moins (37 791 × 41 %), et son RFR baisse d'autant. À cela s'ajoute, distinctement, l'enveloppe de prévoyance Madelin (de l'ordre de 10 114 € à son niveau de bénéfice).
Les limites à connaître : IR seul, non reportable, PS à 18,6 %
Pour le chiffrage du gain selon vos revenus, support par support, voyez combien un dentiste économise avec un PER selon ses revenus et la prévoyance Madelin du libéral. Sur la retraite obligatoire (CARCDSF) et ses compléments : préparer la retraite du libéral au-delà du régime obligatoire.
Axe 5 — L'immobilier : murs du cabinet, déficit foncier, démembrement
Jusqu'ici, on a piloté le revenu d'activité. L'immobilier ouvre un second front : il bâtit un patrimoine hors du cabinetet ouvre deux portes que la CDHR ne ferme pas — le déficit foncier et le démembrement. Trois briques se combinent : les murs du cabinet, la location nue déficitaire, et la nue-propriété.
Acheter les murs du cabinet en SCI
Le dentiste a un plateau technique lourd et un local souvent stratégique : loger les murs dans une SCI est un levier patrimonial fort. SCI à l'IR (transparence, revenus fonciers, prélèvements sociaux fonciers à 17,2 %, plus-value des particuliers à la revente avec abattement pour durée de détention) ou à l'IS (amortissement de l'immeuble, mais plus-value professionnelle lourde à la sortie par réintégration des amortissements). La SCI loue les murs à votre SEL : le loyer est une charge déductible côté SEL (cohérent avec le marché, sinon acte anormal de gestion, article 39), et un revenu foncier côté SCI. À la clé : un patrimoine constitué et une transmission préparée par la dissociation exploitation / immobilier. Pour creuser : acheter les murs de son cabinet dentaire en SCI.
Le déficit foncier : baisser le revenu global
En location nue au réel, le déficit foncier (hors intérêts d'emprunt) s'impute sur le revenu global jusqu'à 10 700 € par an (article 156 I-3°), le surplus étant reportable 10 ans sur les revenus fonciers. Hors plafond des niches, il baisse le RFR — donc l'assiette de la CEHR et de la CDHR. Le plafond est porté à 21 400 € pour des travaux de rénovation énergétique faisant sortir un bien du statut de passoire (dispositif applicable jusqu'au 31 décembre 2027, sous réserve de prorogation et des conditions exactes, à confirmer au texte). Les prélèvements sociaux fonciers restent à 17,2 % en 2026.
LMNP et démembrement : des leviers d'assiette
La location meublée (LMNP, BIC) permet d'amortir le bien (article 39 C) pour des loyers peu fiscalisés, mais le déficit n'est pas imputable sur le revenu global, et la réforme Le Meur réintègre désormais les amortissements dans la plus-value à la cession (article 150 VB III, cessions depuis le 15/02/2025). Les prélèvements sociaux du meublé non professionnel relèvent d'une zone grise (17,2 % ou 18,6 %), à formuler avec prudence.
La nue-propriété / le démembrement temporaire est un levier d'assiette pur : décote de 25 à 40 %, aucun revenu pendant le démembrement, donc aucune hausse du RFR (efficace contre la CDHR) ; le nu-propriétaire est en principe hors IFI (article 968) et la reconstitution de la pleine propriété au terme se fait en franchise (article 1133). Pour creuser : le démembrement et la nue-propriété, levier d'assiette.
Usufruit temporaire apporté à une société : ce n'est pas neutre
Axe 6 — SPFPL et transmission : capitaliser puis transmettre
C'est l'axe que les dentistes attaquent en dernier, et souvent trop tard : monter une SPFPL prend des mois, pas une fin d'année. Là où l'axe 1 capitalise dans la SEL, la SPFPL ajoute un étage de holdingqui fait remonter les dividendes quasi sans frottement, finance les rachats à crédit et prépare la transmission. On regarde d'abord comment elle capitalise, puis comment elle transmet.
La SPFPL et le régime mère-fille
La SPFPL (société de participations financières de profession libérale) chapeaute votre SELARL. Les dividendes remontés de la SEL vers la SPFPL bénéficient du régime mère-fille (exonération de 95 %, quote-part de frais et charges de 5 %, articles 145 et 216 du CGI) : l'IS effectif est de l'ordre de 1,25 % (5 % × 25 %), contre un PFU de 31,4 % en distribution directe. De quoi capitaliser et réinvestir avant impôt. Conditions de l'article 145 : détention ≥ 5 %, conservation ≥ 2 ans, pleine propriété — un démembrement des parts fait perdre l'exonération (un piège, à articuler avec la donation démembrée plus bas). En intégration fiscale (article 223 A, dès 95 % de détention), la quote-part tombe à 1 %, soit une friction d'environ 0,25 %. La SPFPL permet aussi le rachat de parts à crédit (OBO), intérêts déductibles sous les plafonds anti-abus (ATAD article 212 bis, amendement « Charasse » article 223 B). Rappel de l'axe 2 : la remontée des dividendes ne fait pas écran à la réintégration sociale de la fraction supérieure à 10 % (Cass. 19/10/2023).
L'apport-cession (150-0 B ter) : le report par excellence
Transmettre : donation des parts, démembrement, pacte Dutreil
La transmission du cabinet combine plusieurs leviers. La donation des parts en démembrement : donner la nue-propriété (valorisée au barème de l'article 669) en conservant l'usufruit réduit l'assiette des droits et transmet progressivement — mais attention, ce démembrement fait perdre le régime mère-fille (condition de pleine propriété). Le pacte Dutreil (article 787 B) exonère 75 % de la valeur des parts. L'engagement collectif est d'au moins 2 ans (≥ 17 % des droits financiers et ≥ 34 % des droits de vote, titres non cotés), et l'engagement individuel a été porté de 4 à 6 ans par la loi de finances 2026, soit une durée totale minimale de 8 ans (pour les transmissions à compter du 21 février 2026).
Dutreil : une SPFPL purement passive n'est pas animatrice
À la cession à titre onéreux (départ en retraite), plusieurs régimes de plus-values professionnelles peuvent jouer : exonération selon les recettes (article 151 septies), selon la valeur (article 238 quindecies), abattement fixe de 500 000 € pour le dirigeant partant en retraite (article 150-0 D ter, IR seul, prélèvements sociaux dus). Les seuils exacts sont à revérifier à la source avant tout chiffrage ;ce sujet est traité en détail ailleurs et n'est ici qu'en renvoi.
Le plafond invisible : CDHR et CEHR à hauts revenus
En 30 secondes : pourquoi ces deux surtaxes changent la stratégie
C'est la contrainte qui décide, en arrière-plan, lesquels de vos 6 axes valent encore quelque chose. Deux surtaxes assises sur le revenu fiscal de référence encadrent toute votre optimisation.
La CEHR (article 223 sexies)
La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, malgré son nom, est permanente. Elle frappe le RFR : 3 % sur la fraction comprise entre 250 000 et 500 000 € (célibataire), entre 500 000 et 1 000 000 € (couple), puis 4 % au-delà. Son assiette étant le RFR, tout ce qui abaisse votre RFR abaisse mécaniquement la CEHR.
La CDHR (article 224) : l'imposition minimale de 20 %
La contribution différentielle sur les hauts revenus garantit une imposition d'au moins 20 % du RFR retraité dès que ce RFR dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple). Si votre impôt « normal » tombe sous ce plancher, la CDHR comble la différence. Elle a été créée par la loi de finances 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025, validée par le Conseil constitutionnel n° 2025-874 DC du 13 février 2025) et reconduite par la loi de finances 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, validée par le Conseil constitutionnel n° 2026-901 DC du 19 février 2026), jusqu'au retour du déficit public sous 3 % du PIB. Sa pérennité au-delà de 2026 reste conditionnelle.
Le calcul de la CDHR (principe)
CDHR due = max( 0 ; 20 % x RFR retraite
- [ IR au bareme
+ part IR du prelevement forfaitaire 12,8 %
+ CEHR
+ certaines majorations ] )
Majorations : + 1 500 EUR par personne a charge
+ 12 500 EUR pour un couple soumis a imposition communeLes prélèvements sociaux (18,6 % ou 17,2 %) ne figurent PAS au numérateur : ils ne comptent pas pour atteindre le plancher de 20 %. C'est pour cela que des dividendes de SELARL au PFU (12,8 % d'IR seulement) peuvent déclencher la CDHR. Une décote atténuerait l'entrée dans la contribution lorsque le RFR retraité reste sous 330 000 € (célibataire) ou 660 000 € (couple), avec un abattement de l'ordre de 82,5 % ; les revenus exceptionnels (cession de cabinet) seraient retenus pour 25 %, et un acompte d'environ 95 % serait versé entre le 1er et le 15 décembre. Faute de doctrine BOFiP, ces modalités fines sont formulées au conditionnel et à recalculer au simulateur officiel.
Quels leviers résistent ?
Efficaces — ils baissent l'assiette
PER et prévoyance Madelin (154 bis), déficit foncier, démembrement, capitalisation en SEL / SPFPL (report), apport-cession 150-0 B ter (la plus-value en report est retirée du RFR retraité). Concrètement : un dentiste déduit son PER même à 250 000 € de RFR, là où un Girardin de 10 000 € serait repris par la CDHR. C'est la différence entre déduire et réduire.
Neutralisées — ce sont des réductions d'impôt
FIP, FCPI, Malraux, Girardin, Sofica. L'avantage vient en diminution de l'IR, dans le plafond global des niches de 10 000 € (art. 200-0 A). Dès que l'IR passe sous le plancher de 20 % du RFR, la CDHR reprend l'avantage. À hauts revenus, largement neutralisées.
Les dons restent efficaces — ne dites pas l'inverse
Pour la mécanique détaillée des deux surtaxes : la CDHR expliquée en détail et la mécanique des deux surtaxes des hauts revenus.
Synthèse : la feuille de route de Camille
Reprenons Camille une dernière fois, axe par axe. À 180 000 € de bénéfice BNC, voici l'enchaînement des 6 axes, dans l'ordre de priorité.
| Priorité | Action | Effet attendu |
|---|---|---|
| 1 · Sécuriser (axe 4) | Prévoyance Madelin (~10 114 € à son niveau) + PER 154 bis (37 791 €) | Protection du geste + ~15 494 € d'IR en moins, RFR abaissé |
| 2 · Étudier la bascule SEL (axe 1) | Si capacité d'épargne réelle | Report d'IS (15 / 25 %) sur la part non consommée |
| 3 · Arbitrer rémunération / dividendes (axe 2) | Une fois en SEL | Dividendes sous 10 % du capital, PFU 31,4 % |
| 4 · Faire travailler la trésorerie (axe 3) | Capitalisation PM, compte à terme | Différé d'IS, PS 17,2 % |
| 5 · Acquérir les murs (axe 5) | SCI, long terme | Patrimoine + déficit foncier (assiette) |
| 6 · Préparer la transmission (axe 6) | SPFPL, mère-fille, Dutreil | Capitalisation ~1,25 % + DMTG optimisés |
Un rappel qui compte : à 180 000 € en célibataire, la CEHR et la CDHR ne mordent pas encore (RFR sous 250 000 €). Mais l'anticipation reste décisive si le revenu monte, en cas de cession de cabinet, ou si le foyer cumule deux revenus de praticiens. Pour la vision d'ensemble : la méthode d'optimisation fiscale de la profession libérale et, pour bâtir au-delà du seul cabinet, la gestion de patrimoine du chirurgien-dentiste.
Comment lire les chiffres de ce guide
Séquencer vos 6 axes avec un CGP indépendant
Un CGP indépendant chiffre votre exposition à la CEHR et à la CDHR, puis ordonne vos 6 axes — du point de bascule SEL à la transmission — en calibrant chaque levier avec votre expert-comptable. On vous dit aussi quand un dispositif ne sert à rien à votre niveau de revenu.
5 erreurs fréquentes (et comment les éviter)
Ce sont les cinq pièges qui reviennent le plus souvent en rendez-vous avec des chirurgiens-dentistes. Quatre sur cinq viennent d'une même illusion — « la société efface l'impôt » — et se corrigent avant la première écriture comptable.
- Croire que la SEL supprime le BNC.La rémunération de l'activité libérale de l'associé reste imposée en BNC (article 92) ; le Conseil d'État a annulé la tolérance des 5 % (CE 8 avril 2025, n° 492154). La SEL réorganise le BNC, elle ne l'efface pas.
- Utiliser la SCM pour placer la trésorerie.La SCM est transparente (article 239 quater A) : elle ne fait que refacturer des moyens. Pour placer, c'est la SEL ou la SPFPL.
- Distribuer trop de dividendes.Au-delà de 10 % du capital, ils sont réintégrés aux cotisations TNS (article L. 131-6 ; Cass. 19/10/2023, espèce dentiste) ; et au PFU, ils déclenchent vite la CDHR.
- Démembrer les parts de SEL détenues par la SPFPL. Le démembrement fait perdre le régime mère-fille (condition de pleine propriété, article 145). On articule donc la donation démembrée avec soin.
- Empiler les réductions d'impôt à hauts revenus.Le plafond des niches (10 000 €) et la reprise par la CDHR les neutralisent largement : on privilégie les déductions d'assiette et le report.
Garde-fous métier à retenir
Qui rédige ce guide
Structurer votre fiscalité de dentiste avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On séquence vos 6 axes — statut, rémunération, trésorerie, PER et prévoyance du geste, immobilier, SPFPL et transmission — on chiffre votre exposition à la CEHR et à la CDHR, et on construit votre patrimoine au-delà du seul cabinet. Et quand un levier ne tient pas la route à votre niveau, on vous le dit noir sur blanc.

