Combien d'impôt paie vraiment un chirurgien-dentiste en 2026 ?
L'essentiel en 30 secondes
Un chirurgien-dentiste libéral — omnipraticien, orthodontiste, implantologue, parodontiste — exerce le plus souvent en secteur 1 conventionné, mais dégage un bénéfice BNC ou une rémunération de SEL élevés qui le placent dans la tranche à 41 % dès environ 84 577 € par part, puis à 45 % au-delà d'environ 181 917 € par part (article 197 du CGI). Raisonner sur le seul taux marginal vous ferait passer à côté de l'essentiel : à votre niveau, l'impôt ne se résume pas au barème. Il s'empile.
Cet empilement a quatre étages. Le barème, jusqu'à 45 %. Au-dessus, les prélèvements sociaux sur vos revenus du capital (17,2 % ou 18,6 % selon le support, on y revient). La CEHR ensuite, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (article 223 sexies), qui frappe le revenu fiscal de référence au-delà de 250 000 €. Et celle qui change tout pour les plus hauts revenus en 2026, la CDHR (article 224) : un impôt minimum de 20 % du RFR. Le tableau ci-dessous met cet empilement à plat.
| Étage | Texte | Base de calcul | Taux / seuil 2026 |
|---|---|---|---|
| IR au barème | art. 197 CGI | Revenu net imposable par part | 0 / 11 / 30 / 41 / 45 % — tranche à 45 % > ~181 917 €/part |
| CEHR | art. 223 sexies CGI | Revenu fiscal de référence | 3 % de 250 k€ à 500 k€, 4 % au-delà (célibataire) ; 500 k€ / 1 M€ (couple) |
| CDHR | art. 224 CGI | RFR retraité | Impôt minimum de 20 % si RFR > 250 k€ (seul) / 500 k€ (couple) |
| Prélèvements sociaux | LFSS 2026 | Revenus du capital, selon support | 17,2 % (foncier, AV) ou 18,6 % (PER, FPCI, dividendes) |
Le point de bascule, ce n'est donc pas votre taux marginal, c'est cet empilement — et, pour les plus hauts revenus, ce plancher de 20 % du RFR. C'est lui qui rend inutile une partie des produits de défiscalisation qu'on vous propose, et c'est précisément ce que ce guide va trier. Pour le panorama d'ensemble du libéral fortement imposé, voyez la profession libérale à hauts revenus face à l'impôt et le hub défiscalisation du libéral.
Secteur 1 conventionné : pas de niche fiscale, mais la PCV de la CARCDSF
La CDHR et la CEHR : les deux plafonds qui changent tout
Deux contraintes encadrent toute votre optimisation, et ce sont elles qui trient ce qui marche encore de ce qui ne sert plus à rien. La seconde, la CDHR, est celle qui a tout changé pour un praticien à hauts revenus.
La CEHR (article 223 sexies du CGI) : la surtaxe permanente
La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus existe depuis 2012. Malgré son nom, elle est permanente. Elle frappe le revenu fiscal de référence (RFR), sans quotient familial : 3 % sur la fraction de RFR comprise entre 250 000 € et 500 000 € pour un célibataire (entre 500 000 € et 1 000 000 € pour un couple), puis 4 % au-delà. Un mécanisme de lissage existe pour les revenus exceptionnels. L'essentiel tient en une ligne : son assiette est le RFR, donc tout ce qui abaisse votre RFR abaisse mécaniquement la CEHR.
La CDHR (article 224 du CGI) : l'impôt minimum de 20 % du RFR
C'est elle qui rebat les cartes pour les plus hauts revenus. La contribution différentielle sur les hauts revenus garantit que votre imposition globale atteigne au moins 20 % de votre revenu fiscal de référence retraité, dès que ce RFR dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple). Si votre impôt « normal » (IR au barème + part forfaitaire de l'IR + CEHR + certaines majorations) tombe en dessous de ce seuil de 20 %, la CDHR vient combler la différence. C'est, littéralement, un impôt plancher. À la différence de la CEHR, elle est réservée aux résidents fiscaux français.
Et ce ne sont pas des références théoriques : la CDHR a une histoire législative précise. Elle a été créée par l'article 10 de la loi de finances 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025), validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2025-874 DC du 13 février 2025). Elle a été reconduite par la loi de finances 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026), validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2026-901 DC du 19 février 2026), jusqu'au retour du déficit public sous 3 % du PIB. Sa pérennité au-delà de cette échéance reste, elle, conditionnelle.
Le calcul de la CDHR (principe)
CDHR due = max( 0 ; 20 % x RFR retraite
- [ IR au bareme
+ part IR du prelevement forfaitaire 12,8 %
+ CEHR
+ certaines majorations ] )
Majorations : + 1 500 EUR par personne a charge
+ 12 500 EUR pour un couple soumis a imposition communeLes prélèvements sociaux (17,2 % ou 18,6 %) ne figurent PAS au numérateur : ils ne « comptent » pas pour atteindre le plancher de 20 %. C'est pour cela que des dividendes de SELARL au PFU (12,8 % d'IR seulement) peuvent déclencher la CDHR. Une décote atténuerait l'entrée dans la contribution lorsque le RFR retraité reste sous 330 000 € (célibataire) ou 660 000 € (couple) ; le coefficient exact est à confirmer. Un acompte d'environ 95 % serait versé en décembre. Ces modalités fines sont formulées au conditionnel.
Pas (encore) de doctrine BOFiP sur la CDHR
Célibataire ou couple : la situation familiale change tout
La leçon centrale : on ne joue plus le taux, on joue l'assiette et le report
Réduction d'impôt, réduction d'assiette, report : la grille de lecture
C'est la grille de lecture que je pose devant chaque dentiste en rendez-vous. Tous les « avantages fiscaux » ne se valent pas : il en existe trois familles, et face à la CDHR, deux seulement tiennent debout.
Réduction d'impôt — neutralisée
FIP, FCPI, Girardin, Sofica, Malraux. L'avantage vient en diminution de l'IR, dans le plafond global des niches de 10 000 € (art. 200-0 A ; 18 000 € avec Girardin / Sofica). Problème : dès que l'IR passe sous le plancher de 20 % du RFR, la CDHR reprend l'avantage. À hauts revenus, ce levier est largement neutralisé.
Réduction d'assiette — efficace
PER et prévoyance Madelin (154 bis), déficit foncier, Monuments Historiques, nue-propriété / démembrement. L'avantage baisse le revenu imposable, donc le RFR lui-même. Hors plafond des niches, il abaisse aussi l'assiette de la CDHR et de la CEHR. C'est efficace, même à très hauts revenus.
Et il existe une troisième famille, souvent celle qui pèse le plus lourd pour un dentiste qui exerce en société : le report, en tête de la hiérarchie. Le bénéfice non distribué d'une SELARL à l'IS, ou la plus-value placée en report via l'apport-cession (article 150-0 B ter), sort tout simplement le revenu de votre déclaration de l'année. Ce revenu n'entre alors pas dans le RFR, et la plus-value en report est même retirée du revenu retraité de la CDHR.
| Levier | Effet sur l'IR | Baisse le RFR ? | Neutralisé par la CDHR ? |
|---|---|---|---|
| PER / Madelin (154 bis) | Oui — déduction d'assiette | Oui | Non — efficace |
| Prévoyance Madelin | Oui — déduction d'assiette | Oui | Non — efficace (+ protège le geste) |
| SEL à l'IS / pilotage rémunération | Oui — report | Oui (sort le revenu) | Non — efficace |
| Apport-cession 150-0 B ter | Report de la plus-value | PV retirée du RFR retraité | Non — efficace |
| Déficit foncier / MH / démembrement | Oui — déduction d'assiette | Oui | Non — efficace |
| FIP / FCPI / Malraux / Girardin | Réduction d'impôt | Non | Oui — rattrapée |
| FCPR / FPCI (163 quinquies B) | Exonération d'IR des gains | Non (mais hors plafond niches) | Non, mais ne baisse pas le RFR |
La méthode, dans l'ordre
Faut-il vraiment souscrire ce produit de défisc ?
Un CGP indépendant chiffre votre exposition à la CEHR et à la CDHR, puis trie vos options entre report et réduction d'assiette — et vous dit honnêtement quand un produit ne sert à rien à votre niveau de revenu.
Levier n°1 : le PER / Madelin au plafond (jusqu'à 88 911 €)
C'est le levier d'assiette le plus efficace à votre disposition, et il devrait être votre premier réflexe d'épargne. Le plan d'épargne retraite déductible n'est pas une réduction d'impôt : c'est une déduction du revenu. Il baisse donc à la fois votre IR et votre RFR — précisément ce que la CDHR récompense.
En tant que travailleur non salarié (BNC, ou gérant majoritaire de SELARL), vous bénéficiez du plafond spécifique de l'article 154 bis du CGI, bien plus large que celui des salariés : 10 % de votre bénéfice imposable (dans la limite de 8 PASS) majorés de 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS. Le PASS 2026 est de 48 060 €. Un dentiste dont le bénéfice dépasse 384 480 € (8 PASS) atteint le plafond maximal de 88 911 €.
Le plafond PER TNS du dentiste en 2026, du plancher au maximum
PLAFOND PER TNS = 10 % x benefice (dans la limite de 8 PASS)
+ 15 % x (min(benefice, 8 PASS) - 1 PASS)
PASS 2026 = 48 060 EUR | 8 PASS = 384 480 EUR
PLANCHER = 10 % x 1 PASS = 4 806 EUR
MAXIMUM = 10 % x 384 480
+ 15 % x (384 480 - 48 060)
= 38 448 + 50 463 = 88 911 EUR
CAS DENTISTE BNC 200 000 EUR :
= 10 % x 200 000
+ 15 % x (200 000 - 48 060)
= 20 000 + 22 791 = 42 791 EURPour un dentiste à 200 000 € de BNC, le plafond 154 bis est de l'ordre de 42 791 €. À une TMI de 41-45 %, déduire ce montant représente de l'ordre de 17 500 à 19 250 € d'impôt en moins, et un RFR abaissé d'autant.
L'effet est double. D'abord l'économie d'IR immédiate, qui vaut approximativement votre versement × votre TMI. Ensuite, et c'est ce qui compte au-delà des seuils, le RFR baisse du montant versé : le PER agit donc sur l'assiette de la CEHR et de la CDHR. Attention toutefois : cette déduction joue sur l'IR seul ; elle n'allège ni vos cotisations TNS ni votre retraite CARCDSF, et le plafond n'est pas reportable une fois consommé au titre du 154 bis.
PER de droit commun, report des plafonds et sortie à 18,6 %
Le PER face à la CDHR : pertinent, mais à simuler
Note de méthode : une déduction n'est pas un placement garanti
Pour le calcul détaillé, support par support, et le chiffrage du gain selon vos revenus, voyez combien un dentiste économise avec un PER selon vos revenus et combien déduire avec le PER d'une profession libérale (154 bis).
Levier n°2 : la prévoyance Madelin, protéger le geste avant tout
C'est le levier que la plupart des plaquettes oublient, et qui devrait pourtant venir juste après le PER chez un dentiste — parfois même avant. La raison est simple : votre revenu dépend entièrement de votre geste, et un geste s'abîme.
La prévoyance et la complémentaire santé Madelin relèvent du même article 154 bis que le PER, mais elles disposent d'une enveloppe de déduction distincte : de l'ordre de 7 % du PASS + 3,75 % du bénéfice, dans une limite globale d'environ 11 534 € en 2026 (avec un plancher de 7 % du PASS, soit ≈ 3 364 €). Une enveloppe de perte d'emploi existe en sus (1,875 % du bénéfice ou 2,5 % du PASS). Ce plafond se cumuleavec celui du PER retraite : ce sont deux déductions différentes.
Pourquoi la prévoyance est prioritaire pour un dentiste
Le bénéfice est double. D'un côté, la cotisation est déductible du BNC (article 154 bis) : elle baisse votre IR et votre RFR, donc l'assiette de la CEHR et de la CDHR — exactement comme le PER. De l'autre, elle protège le revenu qui finance tout le reste. La phrase que je répète en rendez-vous : on ne défiscalise pas un revenu qu'on n'est plus capable de produire.Avant de chercher la moindre niche, sécurisez d'abord la source.
Exemple chiffré : le cas d'un canal carpien à 45 ans
Pour le détail des garanties et le calibrage des cotisations, voyez la prévoyance Madelin du libéral en détail et, côté entreprise, la prévoyance du dirigeant.
Levier n°3 : la SELARL à l'IS et la holding SPFPL (le report)
On arrive au levier qui pèse le plus lourd sur votre RFR dans la durée — et, de loin, le plus mal compris. L'idée n'est pas de payer moins d'impôt sur ce que vous consommez, mais de ne pas faire remonter à votre déclaration personnelle le bénéfice que vous ne consommez pas.
Capitaliser dans la SELARL plutôt que tout sortir
Tant que vous exercez en BNC, l'intégralité de votre bénéfice est imposée à votre nom, au barème, qu'elle soit consommée ou non. En SELARL (ou SELAS) à l'impôt sur les sociétés, le bénéfice que vous laissez dans la société est imposé à l'IS — 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous conditions PME), puis 25 % (article 219) — et ne remonte pas à votre RFR. Vous décidez de ce que vous vous versez, donc vous pilotez directement l'assiette de la CDHR. Le cadre juridique est l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, qui a recodifié le droit des SEL et des SPFPL (l'ancienne loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990). La détention de la SEL et l'inscription au tableau relèvent du Conseil national de l'Ordre des chirurgiens-dentistes (ONCD). La société n'a d'intérêt que sur la part du bénéfice que vous n'avez pas besoinde consommer ; sur ce que vous sortez pour vivre, le gain est nul.
La SPFPL et le régime mère-fille
Au-dessus de votre SELARL, vous pouvez interposer une SPFPL (société de participations financières de profession libérale), une holding dédiée aux libéraux. Les dividendes remontés de la SEL vers la SPFPL bénéficient du régime mère-fille : ils sont exonérés à 95 % (articles 145 et 216), seule une quote-part de frais et charges de 5 % étant imposée — soit un frottement effectif d'environ 1,25 %(et même de l'ordre de 0,25 % en intégration fiscale). De quoi capitaliser et réinvestir votre trésorerie de dentiste avant impôt, bien plus efficacement qu'une distribution directe au PFU de 31,4 %.
Le piège des dividendes au-delà de 10 % du capital
Statut social et arbitrage salaire / dividendes
Levier n°4 : l'apport-cession (150-0 B ter), le report par excellence
L'apport-cession en 30 secondes
Si un jour vous cédez vos titres de SELARL, votre patientèle valorisée en titres, ou votre part dans un centre dentaire, vous risquez une plus-value lourdement taxée l'année de la vente. Pour ce cas précis, l'apport-cessionest l'outil de report le plus efficace.
Le principe : avant de vendre, vous apportez vos titres à une holding que vous contrôlez. La plus-value d'apport est alors placée en report d'imposition (article 150-0 B ter du CGI) : elle n'est pas imposée l'année de l'opération. Mieux encore pour un dentiste exposé à la CDHR : cette plus-value en report est retirée du revenu retraité servant au calcul de la contribution. C'est un report, pas une exonération : l'impôt sera dû plus tard, en cas d'événement déclencheur — mais le différé peut durer des années. La notion de contrôle est présumée acquise à partir de 33,33 %des droits de vote ou des bénéfices, dès lors qu'aucun autre associé n'en détient davantage (et au-delà par la majorité ou le contrôle de fait).
La contrepartie : si la holding cède les titres apportés dans les trois ans, elle doit réinvestir au moins 70 % du produit de cession dans les 36 mois dans une activité économique éligible (ou des parts de fonds type FCPR / FPCI), faute de quoi le report tombe ; les actifs de remploi doivent ensuite être conservés au moins cinq ans. Ce seuil de 70 % (relevé par rapport à 60 %) et ce délai de trois ans (au lieu de deux) sont issus d'un durcissement de la loi de finances 2026 ; nous les signalons au conditionnel, à confirmer au texte. Au-delà de trois ans de détention, la holding cède librement, sans obligation de remploi. À la sortie, la levée du report se fait au PFU de 31,4 % ; le report se purge au décès et se transfère en cas de donation (purge selon une conservation de 6 ou 11 ans). Une soulte éventuelle ne doit pas dépasser 10 % de la valeur nominale des titres reçus.
Pas de montage artificiel : l'abus de droit veille
Levier n°5 : l'immobilier qui baisse le RFR (à commencer par les murs du cabinet)
En immobilier, deux dentistes au même niveau de revenu peuvent acheter le même immeuble et obtenir un résultat fiscal opposé, selon qu'ils visent une réduction d'impôt (neutralisée par la CDHR) ou une réduction d'assiette (efficace). Et chez un dentiste, le premier réflexe immobilier est souvent sous ses pieds : les murs de son cabinet.
Acheter les murs du cabinet en SCI
Plutôt que de louer vos locaux à un tiers, vous pouvez les acquérir via une SCI et les louer à votre SEL. Côté SEL, le loyer est une charge déductible ; côté SCI, c'est un revenu foncier. La SCI à l'IR assure la transparence et ouvre le déficit foncier ; la SCI à l'IS permet d'amortir les murs (loyers peu fiscalisés) mais la plus-value n'est pas purgée et le régime est plus lourd à la sortie. C'est avant tout un levier patrimonial et de transmission qui sécurise votre outil de travail. Le détail : acheter les murs de son cabinet dentaire en SCI et, plus largement, acheter les murs de son cabinet en SCI.
Le déficit foncier (location nue)
Quand vous achetez un bien ancien à rénover et que vous le louez nu, les travaux déductibles s'imputent sur vos revenus fonciers, et l'excédent sur votre revenu global jusqu'à 10 700 € par an (porté à 21 400 € pour des travaux de rénovation énergétique permettant de sortir le bien du statut de passoire thermique — dispositif applicable aux travaux payés jusqu'au 31 décembre 2027, sous réserve de confirmation au texte). Le surplus est reportable dix ans. C'est une pure réduction d'assiette : elle baisse votre RFR, donc l'assiette de la CDHR. Bon à savoir : les prélèvements sociaux sur les revenus fonciers restent à 17,2 % en 2026 (et non 18,6 %).
La nue-propriété et le démembrement
Pour un dentiste déjà fortement imposé, la nue-propriété est sans doute le levier d'assiette le plus net. Vous achetez la nue-propriété d'un bien (avec une décote d'environ 25 à 40 % sur le prix de la pleine propriété), l'usufruit étant détenu temporairement par un bailleur, souvent institutionnel. Pendant toute la durée du démembrement, vous ne percevez aucun loyer : votre RFR n'augmente pas d'un euro, ce qui est précieux quand on cherche à rester sous les seuils. Le bien échappe à l'IFI pour le nu-propriétaire (article 968, barème de l'article 669), et la reconstitution de la pleine propriété au terme n'est pas taxée(article 1133). Hors plafond des niches, sans revenu imposable : idéal pour votre profil.
Monuments Historiques — déduction d'assiette
Articles 156 II 1° ter et 156 bis du CGI : déduction des charges et travaux du revenu global, sans plafonnement de niches. C'est une DÉDUCTION D'ASSIETTE : elle baisse le RFR et n'est donc PAS neutralisée par la CDHR. L'outil immobilier des très hauts revenus exposés à la contribution. Engagement de conservation de 15 ans, bien exigeant à sélectionner.
Malraux — réduction d'impôt
Article 199 tervicies du CGI : réduction d'impôt de 22 % ou 30 % des travaux, hors plafond des niches mais qui reste une RÉDUCTION D'IMPÔT. Donc partiellement reprise par la CDHR dès que l'IR passe sous le plancher de 20 %. Pertinent seulement si votre IR effectif reste durablement au-dessus de ce seuil.
LMNP : un point de vigilance (et une zone grise sur les PS)
Note de méthode : l'immobilier reste un investissement, pas une niche
Levier n°6 : le capital-investissement bien trié (FPCI vs FIP / FCPI)
Chaque automne, c'est le rayon le plus achalandé : la plaquette FCPI « −18 % » qui arrive par mail entre deux patients. Et c'est précisément là que le tri par la CDHR est le plus brutal. Deux produits qui se ressemblent sur la plaquette commerciale n'ont rien à voir au plan fiscal : le FIP/FCPI d'un côté, le FPCI de l'autre.
FIP et FCPI : le levier laminé en 2026
Les FIP (fonds d'investissement de proximité) et FCPI (fonds communs de placement dans l'innovation) offrent une réduction d'impôt de 18 % des versements (article 199 terdecies-0 A), dans la limite de 12 000 € (24 000 € pour un couple). Problème pour vous : cette réduction entre dans le plafond des niches de 10 000 € et se trouve neutralisée par la CDHR dès que votre IR passe sous le plancher de 20 %. Pire, la loi de finances 2026 a exclu les FCPI de la réduction d'impôt pour les versements effectués à compter du 21 février 2026, sauf les FCPI investis en titres de jeunes entreprises innovantes (JEI).
FPCI : l'exonération de plus-value (article 163 quinquies B)
Le FPCI (fonds professionnel de capital-investissement) « fiscal » joue sur une tout autre mécanique. Le souscripteur personne physique qui conserve ses parts au moins 5 ans et réinvestit les distributions bénéficie d'une exonération d'impôt sur le revenu sur les distributions et la plus-value de cession (article 163 quinquies B), sous condition de quota d'investissement du fonds. Ce n'est pas une réduction d'impôt : c'est une exonération, donc elle n'est pas neutralisée par la CDHR. Deux réserves : les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus sur les gains, et surtout vos parts sont bloquées huit à dix ans, avec un vrai risque de perdre une partie de votre capital. Un FPCI ne se souscrit jamais pour sa ligne fiscale : on l'achète parce qu'on croit à la classe d'actifs, en acceptant le blocage et le risque de perte.
FPCI (exonération) plutôt que FCPI (réduction laminée)
Cas chiffré : un chirurgien-dentiste à 200 000 € de BNC
Prenons le dossier qu'on voit le plus souvent arriver en rendez-vous : une chirurgienne-dentiste omnipraticienne à 200 000 € de bénéfice BNC, célibataire. C'est le profil pour lequel la grille de lecture fait toute la différence — et qui montre que, sous les seuils CEHR / CDHR, le levier d'assiette reste pleinement utile contre l'IR au barème.
Camille, omnipraticienne, BNC 200 000 €, célibataire
Étape 1 — PER au plafond. Plafond 154 bis ≈ 10 % × 200 000 + 15 % × (200 000 − 48 060) = 42 791 €. Si elle verse ce montant, économie d'IR de l'ordre de 17 500 à 19 250 € (fraction à 41-45 %), et RFR ramené à ≈ 157 000 €.
Vient ensuite la prévoyance Madelin. Environ 11 534 €déductibles supplémentaires, qui couvrent le risque du geste et réduisent encore l'IR et le RFR.
Bilan. Revenu imposable ramené de 200 000 € à ≈ 145 000 € ; IR ramené d'environ 66 500 € à ≈ 43 500 €, soit de l'ordre de 23 000 €d'impôt en moins — dont une bonne part finance sa retraite et sa protection. Si elle exerce en cabinet de groupe avec une SCM, cela ne change rien à ce calcul (la SCM n'est pas un placement).
| Scénario | Revenu imposable | IR estimé | Bénéfice |
|---|---|---|---|
| Sans optimisation | ≈ 200 000 € | ≈ 66 500 € | Tout le revenu exposé au barème |
| PER 42 791 € + prévoyance 11 534 € | ≈ 145 000 € | ≈ 43 500 € | ≈ 23 000 € d'IR en moins + retraite + protection |
| + un FIP « −18 % » (le réflexe à interroger) | Inchangé | Réduction plafonnée (niches 10 000 €) | Argent immobilisé sans baisse de RFR |
Variante — le couple Martin, dentistes associés, BNC cumulé 360 000 €
Variante — apport-cession à la cession du cabinet, et des ordres de grandeur
La SCM et ce qui ne marche (presque) plus pour un dentiste
C'est la page que je conseille de garder ouverte quand un commercial appelle en novembre — et celle où l'on dissipe la confusion la plus fréquente du cabinet de groupe : la SCM.
La SCM n'est PAS un outil de défiscalisation ni un placement
Quant aux produits qu'on continue de vous vendre alors qu'ils ne tiennent plus la route à hauts revenus :
| Produit | Type d'avantage | Plafond | Effet CDHR | Verdict dentiste |
|---|---|---|---|---|
| FIP / FCPI | Réduction d'impôt 18 % | Niches 10 000 € | Neutralisé (et FCPI exclus depuis 21/02/2026 sauf JEI) | À éviter au-delà des seuils |
| Pinel | Réduction d'impôt | Niches 10 000 € | Éteint pour les nouvelles opérations | Hors sujet |
| Malraux | Réduction d'impôt 22 / 30 % | Hors niches | Partiellement repris (≠ MH, déduction) | MH préférable |
| Girardin industriel | Réduction « one-shot » | Niches 18 000 € | Peut « écraser » la CDHR mais pari risqué | Prudence |
Un dispositif ne se justifie jamais par le seul impôt
Spécificités du dentiste : CARCDSF, TVA, plateau technique
Trois sujets propres au terrain dentaire, et un seul compte vraiment : votre retraite, qui décrochera plus durement que vous ne l'imaginez. Commençons par lui — et par le garde-fou qui fait toute la différence.
La retraite du chirurgien-dentiste : la CARCDSF (et surtout pas la CARMF)
Le point à ne jamais confondre : le chirurgien-dentiste relève de la CARCDSF (Caisse Autonome de Retraite des Chirurgiens-Dentistes et des Sages-Femmes), jamais de la CARMF, qui est la caisse des médecins. Votre retraite se compose d'un régime de base (géré pour le compte de la CNAVPL), d'un régime complémentaire, d'une prestation complémentaire de vieillesse (PCV) réservée aux praticiens conventionnés et cofinancée pour les deux tiers par l'Assurance Maladie, et d'un régime invalidité-décès (RID). Le paradoxe des hauts revenus joue à plein : les cotisations de ces régimes sont plafonnées alors que votre revenu d'activité ne l'est pas, ce qui conduit souvent à un taux de remplacement faible au regard de vos revenus. D'où le rôle central du PER (section 4) et de la capitalisation en SEL / SPFPL comme étages de retraite complémentaire. Les valeurs de cotisations 2026 sont à vérifier sur carcdsf.fr (elles évoluent chaque année). Pour aller plus loin : préparer la retraite du libéral au-delà du régime obligatoire.
TVA des actes, prothèses et orthodontie
Vos soins dentaires et la fourniture de prothèses par le praticien qui les pose sont exonérés de TVA (article 261-4-1° du CGI) : c'est le régime de droit commun de l'activité de soins. Une nuance importante toutefois : la fourniture d'orthèses, notamment les appareils d'orthodontie et les gouttières d'alignement (aligneurs), peut relever du taux normal de TVA lorsqu'elle s'analyse comme une livraison de biens distincte des soins. Un dentiste à forte activité d'orthodontie ou d'aligneurs peut donc voir une part de son chiffre d'affaires entrer dans le champ de la TVA. Conséquence pratique : l'activité de soins exonérée n'ouvre pas droit à récupération de la TVA, ce qui limite la déduction de TVA sur le plateau technique. À faire valider avec votre expert-comptable selon la composition réelle de votre activité.
Le plateau technique : de la déduction de charge, pas une niche
Fauteuils, fluides médicaux, imagerie 3D (cône beam), empreinte optique, chaîne CFAO (conception et fabrication assistées par ordinateur) : ce sont des investissements amortis côté BNC ou SEL. Le seul vrai levier de pilotage, c'est le timing d'acquisition (un investissement de fin d'exercice anticipe la déduction). Mais soyons clairs : c'est de la déduction de charge professionnelle, pas un dispositif de défiscalisation. On n'achète pas un cône beam « pour défiscaliser » : on l'achète parce qu'il sert la pratique.
Qui rédige ce guide
Trier votre défiscalisation de dentiste avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On chiffre votre exposition à la CEHR et à la CDHR et on sécurise votre prévoyance du geste, avant d'arbitrer report et réduction d'assiette, de structurer SELARL et SPFPL et de construire votre patrimoine au-delà du seul cabinet. Et quand un produit de défisc ne tient pas la route à votre niveau, on vous le dit noir sur blanc — même si ça ne nous rapporte rien.

