Le paradoxe : cotiser beaucoup, toucher peu en proportion
La retraite du dentiste en 30 secondes
Prenons un cas que je vois passer toutes les semaines. Après trente ans d'exercice à 12 000-16 000 € de revenu mensuel, votre première pension CARCDSF tombera, pour une carrière pleine, autour de 3 000 € par mois — un ordre de grandeur, pas une promesse. La CARCDSF n'est pas « faible » dans l'absolu : elle est insuffisante en proportion du train de vie d'un chirurgien-dentiste qui dégage 150 000 à 250 000 € de bénéfice. Tout se résume à ça : votre revenu n'a pas de plafond, vos cotisations retraite, si (et la PCV est en partie forfaitaire).
Voyez cette page comme un diagnostic : d'abord on comprend pourquoi le trou se creuse et on le chiffre, ensuite on regarde par où commencer pour le combler — en aperçu, car le détail des solutions est traité dans le guide dédié à la façon de compléter sa retraite de dentiste face à la baisse de pension.
Déontologie : aucun montant individuel ne peut être garanti
CARCDSF ou CARMF ? Levons tout de suite la confusion
C'est l'erreur que j'entends le plus souvent, autant la corriger tout de suite. Le chirurgien-dentiste relève de la CARCDSF — la Caisse Autonome de Retraite des Chirurgiens-Dentistes et des Sages-Femmes — et jamais de la CARMF, qui est la caisse des médecins. La CARCDSF est la section professionnelle de la CNAVPLdédiée aux dentistes et aux sages-femmes (article L. 641-1 du Code de la sécurité sociale). C'est elle qui gère vos trois régimes obligatoires et votre couverture invalidité-décès.
Dentiste et orthodontiste = CARCDSF, médecin = CARMF
Et ce n'est pas qu'un détail de vocabulaire : les valeurs de point, les barèmes de cotisation et les conditions de la PCV ne sont pas les mêmes d'une caisse à l'autre. Raisonner avec les chiffres de la CARMF sur un dossier de dentiste, c'est se tromper sur toute la ligne. Pour la logique d'ensemble du libéral, commune à toutes les caisses, voyez pourquoi la caisse obligatoire d'un libéral ne suffit jamais.
Les 3 étages de votre retraite obligatoire : base, complémentaire, PCV
Avant de comprendre le décrochage, voyons comment la pension se monte. Vous relevez de la catégorie « santé » des professions libérales (article L. 640-1 du CSS), affiliée à la CNAVPL, et la CARCDSF gère pour vous trois régimes : la base, la complémentaire et, pour le praticien conventionné, la PCV. Chacun fonctionne par points — mais chacun bute sur le même plafond.
Trois étages, un même plafond : 5 PASS
| Régime | Base légale | Cotisation 2026 (ordre de grandeur) | Plafond d'assiette | Valeur du point |
|---|---|---|---|---|
| Base CNAVPL (par points) | CSS L. 642-1 | 8,73 % ≤ 1 PASS / 1,87 % de 1 à 5 PASS | 5 PASS = 240 300 € | 0,6599 € |
| Complémentaire CARCDSF | CSS L. 644-1 | Forfait ~3 210,60 € + ~11,35 % de 0,65 à 5 PASS | 5 PASS = 240 300 € | ≈ 31,82 € (à vérifier carcdsf.fr) |
| PCV (conventionnés) | CSS L. 645-1 à L. 645-3 | Forfait ~1 663,60 € + ~0,725 % ≤ 5 PASS | 5 PASS = 240 300 € | (à vérifier carcdsf.fr) |
Un point à votre avantage : la déductibilité sans plafond
La PCV : un troisième étage à moitié financé par l'Assurance maladie
Un mot sur la PCV, parce qu'elle cache un piège de raisonnement. Sa part forfaitaire à la charge du praticien (de l'ordre de 1 663,60 € en 2026) est complétée par l'Assurance maladie, qui finance environ les deux tiers du total, uniquement pour le praticien conventionné. C'est une vraie couverture. Mais comme cette part est forfaitaire, elle est déconnectée du revenu : un dentiste à 250 000 € valide les mêmes droits PCV qu'un confrère à 100 000 €. La part proportionnelle (≈ 0,725 %) est, elle, plafonnée à 5 PASS. Bref, ce troisième étage ne décolle pas avec votre revenu, lui non plus.
Notez enfin le vocabulaire : pour le dentiste, on parle de PCV(prestation complémentaire de vieillesse). Le terme « ASV », qu'on lit parfois par analogie, est réservé aux médecins (CARMF). Encore une raison de ne pas calquer un raisonnement de médecin sur un dossier de dentiste.
Le décrochage : pourquoi plus vous gagnez, moins vous êtes couvert
Ce plafond, ce n'est pas de la tuyauterie technique : c'est lui qui fait tout basculer. Prenons un dentiste à 200 000 € de bénéfice. Il cotise — et acquiert des droits — comme s'il était à 200 000 € ; mais un confrère à 280 000 € acquiert exactement les mêmes droits de base et de complémentaire au-delà de 240 300 €, c'est-à-dire aucun de plus. La fraction de revenu au-dessus de 5 PASS ne génère aucun point. Et la PCV, en partie forfaitaire, ne suit pas davantage le revenu.
Le décrochage de proportion
Revenu d activite (BNC) = 200 000 EUR
Plafond d assiette base + complementaire = 240 300 EUR (5 PASS)
PCV : part forfaitaire (~1 663,60 EUR) identique a 100k comme a 250k
Taux de remplacement =
Pension annuelle CARCDSF (base + complementaire + PCV)
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Dernier revenu d activiteAu-delà de 5 PASS (240 300 €), aucun nouveau droit ne se constitue, et la part forfaitaire de la PCV est identique quel que soit le revenu. Plus le revenu monte, plus le dénominateur grossit sans que le numérateur suive : le taux de remplacement s'effondre. Ce n'est pas une question de conjoncture : c'est arithmétique, ça ne se négocie pas.
Un repère concret pour la base : avec une valeur de point de l'ordre de 0,6599 € (article L. 642-1), le régime de base ne sert qu'un montant de droits annuels modeste, fortement écrêté par le plafond. Un dentiste à 80 000 € et un autre à 200 000 € acquièrent, en base, des points très proches : c'est tout le problème. L'essentiel de l'écart de cotisation entre eux ne se retrouve pas dans leur pension future.
Un système par répartition sous tension
Au bout du compte, pour un dentiste à hauts revenus, la seule CARCDSF se situe le plus souvent sous 30-40 %du dernier revenu (estimation sectorielle, au conditionnel) — et d'autant plus bas que le revenu est élevé. Reste à le vérifier sur votre propre relevé.
Quel est VOTRE taux de remplacement réel ?
Un CGP indépendant lit votre relevé de carrière CARCDSF, estime votre pension future et chiffre précisément le trou entre votre dernier revenu et votre retraite obligatoire — pour savoir combien capitaliser, et à partir de quand.
L'usure physique du métier : la décote que personne ne chiffre
La spécificité du dentiste face à la retraite, c'est que son outil de travail, c'est son corps : les mains et la dextérité fine, le dos et les cervicales (troubles musculo-squelettiques), la vue. Un canal carpien, une cervicalgie chronique ou une baisse d'acuité visuelle peuvent vous empêcher de tenir une fraise alors que vous restez « valide » au sens du droit commun. Conséquence très concrète : beaucoup de praticiens cessent avant 67 ans, non par choix, mais par contrainte physique.
Arrêter avant 67 ans = décote + années de cotisation perdues
Le trou de 90 jours de la couverture obligatoire
Cas chiffré : Dr Claire M., 60 ans, 200 000 € de BNC
Mettons un visage sur tout ça. Voici un profil réaliste — chiffres au conditionnel, comme toujours dès qu'on parle de pension.
Cas 1 — Dr Claire M., chirurgienne-dentiste, 200 000 € de BNC, départ envisagé à 64 ans
- Revenu d'activité : ≈ 200 000 € de bénéfice par an, soit de l'ordre de 16 600 €/mois.
- Droits acquis : elle cotise sur 200 000 €, sous le plafond de 240 300 €. Pour une consœur à 250 000 €, les 9 700 € au-dessus du plafond ne rapporteraient aucun droit supplémentaire ; et la part forfaitaire de la PCV est la même que pour un praticien à 100 000 €.
- Pension obligatoire estimée (base + complémentaire + PCV cumulés, carrière pleine) : de l'ordre de 35 000 à 45 000 €/an (estimation sectorielle, à affiner sur le RIS).
- Taux de remplacement : de l'ordre de 18 à 23 % de son dernier revenu — le bas de la fourchette générale (25-40 %), justement parce que son revenu est élevé — soit un « trou » de l'ordre de 155 000 à 165 000 €/an de revenu d'activité à compenser.
- Vigilance départ anticipé : si une cervicalgie l'oblige à arrêter à 62 ans, avant le taux plein, une décote s'ajoute et le trou se creuse encore.
Comment lire ce cas
Reste la question qui compte vraiment : combien mettre de côté, et à partir de quel âge ? La capacité d'épargne réelle d'un dentiste tourne souvent autour du quart de son bénéfice, une fois retranchés les cotisations sociales, les charges du cabinet, le renouvellement du plateau technique et l'impôt sur le revenu à 41-45 %. C'est cette capacité qu'il faut orienter vers la bonne architecture — sujet que nous abordons côté patrimoine global dans le guide de gestion de patrimoine du chirurgien-dentiste.
Combler le trou : les leviers à connaître (aperçu)
Le diagnostic est posé ; la bonne nouvelle, c'est que ce trou se comble — mais avec une architecture, pas un seul produit miracle. Cette page installe le problème ; le détail chiffré des solutions est traité dans le guide dédié, pour ne pas tout mélanger.
Concrètement, quatre chantiers, et dans cet ordre. Le PER / Madelin d'abord, parce qu'à 41-45 % de tranche c'est la déduction la plus rentable tant que vous facturez. L'assurance-vie pour la liquidité que le PER, bloqué jusqu'à la retraite, ne donne pas. L'immobilier et les SCPI pour un revenu qui tombe tous les trimestres et prend le relais de votre activité. Et la cession du cabinetou des parts de SEL pour finir : souvent l'étage le plus lourd, plusieurs centaines de milliers d'euros d'un coup (section 8). Prise isolément, aucune de ces quatre familles ne reconstruit la retraite d'un dentiste à 200 000 € : c'est l'empilement, calibré sur votre trou réel, qui fait le travail.
Les leviers pour reconstruire votre revenu de retraite
- 1. Le PER / Madelin (article 154 bis) : déduction à l'entrée, imbattable à 41-45 % de tranche ; jusqu'à 88 911 € déductibles en 2026.
- 2. L'assurance-vie : liquidité, souplesse et transmission hors succession (abattement de 152 500 € par bénéficiaire, article 990 I), prélèvements sociaux maintenus à 17,2 %.
- 3. L'immobilier et les SCPI : un revenu régulier et tangible (foncier nu à 17,2 % de PS).
- 4. Le cabinet et la SEL : la cession comme capital de sortie (voir section 8).
| Levier | Atout principal | Prélèvements sociaux 2026 | Pour aller plus loin |
|---|---|---|---|
| PER / Madelin (154 bis) | Déduction à l'entrée (TMI 41-45 %) | 18,6 % sur les gains à la sortie | le PER du dentiste |
| Assurance-vie | Liquidité + transmission (990 I) | 17,2 % maintenu | l'assurance-vie |
| Immobilier / SCPI | Revenu régulier | 17,2 % (foncier nu / PV immo) | les SCPI |
| Cession du cabinet / parts | Capital de sortie | 17,2 % fonds BNC / 18,6 % parts SEL | voir section 8 |
Le PER comble le trou, il ne le remplace pas
Le détail — combien verser, sur quels supports, dans quel ordre, et le chiffrage du gain selon vos revenus — figure dans deux guides complémentaires : comment compléter sa retraite de dentiste face à la baisse de pension et combien un dentiste économise avec un PER selon ses revenus. Pour le PER en général, voyez le guide complet du Plan d'épargne retraite ; pour l'étage liquidité et transmission, le guide de l' assurance-vie comme complément de revenu et outil de transmission.
Votre cabinet est votre dernier étage de retraite
À revenus égaux, le dentiste a un actif que le salarié n'a pas : la valeur de cession de son cabinet ou de sa patientèle. Bien anticipée, cette cession peut représenter plusieurs années de pension d'un coup. Trois régimes de faveur cohabitent au départ en retraite, selon que vous cédez un fonds / une patientèle (en BNC) ou des parts de SEL — et la distinction est tout sauf anodine pour les prélèvements sociaux.
| Régime | Article | Portée | Impôt sur le revenu | Prélèvements sociaux 2026 |
|---|---|---|---|---|
| Cession clientèle / fonds BNC | 151 septies A | Exonération d'IR (départ retraite) | Exonéré | Dus — 17,2 % |
| Cession d'activité (valeur) | 238 quindecies | Totale < 500 000 €, dégressive jusqu'à 1 M€ | Exonéré | Exonérés (PV à long terme, ≤ 500 000 €) |
| Cession de parts de SEL | 150-0 D ter | Abattement fixe de 500 000 € | Abattu | Dus — 18,6 % |
Le piège : l'abattement ne couvre que l'IR, jamais les prélèvements sociaux
Cas 3 — Dr Sophie B., en SELARL, cession des parts à 65 ans
Conditions communes à anticiper
Le mécanisme complet de la cession — calcul de l'assiette, articulation des régimes, calendrier des 24 mois — est détaillé dans le guide céder son cabinet et exonérer la plus-value (238 quindecies, 151 septies A, 150-0 D ter). Un guide dédié à la cession du cabinet dentaire au départ en retraite(avec l'abattement de 500 000 €) complète ce panorama pour le profil dentaire.
Avant la retraite, sécurisez l'invalidité : la priorité du dentiste
Préparer sa retraite suppose d'abord de protéger la machine à générer du revenu — c'est-à-dire vous. Pour un dentiste, le risque numéro un n'est pas le décès : c'est l'invalidité partielle (main, dos, vue) qui empêche le geste sans rendre invalide au sens du droit commun. Sans prévoyance complémentaire, le trou de revenu commence dès le premier arrêt, pas à la retraite.
La prévoyance Madelin : prioritaire, et déductible
Pourquoi la prévoyance passe avant l'épargne retraite
Quand commencer ? Votre feuille de route par âge
En capitalisation, c'est le nombre d'années qui compte, plus encore que la mise de départ : un dentiste qui démarre à 42 ans s'épargne un effort mensuel autrement lourd à 58. Commencer tôt, c'est aussi se laisser le temps de lisser les marchés. Voici une feuille de route par tranche d'âge.
Note de méthode : ce que valent (et ne valent pas) les projections
40-50 ans : poser les fondations
Sécurisez d'abord la prévoyance Madelin du geste, ouvrez un PER et versez au plus haut de votre tranche, prenez date sur une assurance-vie (l'antériorité fiscale se construit tôt) et visez l'immobilier de rendement. À cet âge, chaque euro capitalisé travaille quinze à vingt-cinq ans : c'est le moment le plus rentable.
50-60 ans : structurer
Densifiez le PER, structurez la SEL / SPFPL en réservoir d'épargne si vous exercez en société, et commencez à préparer l'architecture de cession : le 150-0 D ter et le 151 septies A exigent de l'anticipation (conditions des 5 ans, calendrier des 24 mois). C'est aussi l'âge où l'on arbitre le poids respectif du capital et du revenu locatif visés à la retraite.
60-67 ans : déclencher au bon moment
Calez votre départ sur le taux plein automatique à 67 ans dès lors que votre carrière est incomplète (il annule la décote), déclenchez la cession dans la fenêtre des 24 mois, et tenez compte de l'usure physique : si le geste devient difficile, organisez la sortie pendant que vous choisissez encore le calendrier — plutôt que de la subir, décote comprise, sur un arrêt imposé par le dos ou la main.
Le bon réflexe : partir du trou, pas du produit
Préparer votre retraite de dentiste avec Quentin Hagnéré
On estime votre taux de remplacement CARCDSF, on chiffre le trou réel et on bâtit l'architecture qui le comble — PER, prévoyance du geste, assurance-vie, immobilier et cession du cabinet — calibrée avec votre expert-comptable.
Pour aller plus loin : le guide compléter sa retraite de dentiste face à la baisse de pension déroule les solutions en détail, et celui sur la retraite du libéral au-delà du régime obligatoire replace le sujet dans le cadre commun à toutes les professions libérales. Si vous touchez bientôt un capital de cession ou de départ, voyez aussi comment placer un capital de départ en retraite en 2026.

