Pourquoi un chirurgien-dentiste ne gère pas son patrimoine comme un cadre
Vous facturez de gros honoraires et vous avez pourtant l'impression de ne rien capitaliser. Vous n'êtes pas seul, et ce n'est pas un défaut de gestion : un cadre supérieur salarié et un chirurgien-dentiste à 200 000 € de BNC peuvent afficher des revenus comparables sans gérer du tout le même patrimoine. Le cadre a un employeur, une retraite cadre, une prévoyance collective et un salaire qui tombe chaque mois. Le dentiste, lui, a deux patrimoines à piloter, un filet social troué, une retraite obligatoire (la CARCDSF) très en dessous de son revenu — et un risque que personne d'autre ne porte : tout repose sur ses mains.
En 30 secondes : par où commencer
Trois spécificités qui changent tout
La plus décisive d'abord : tout votre revenu tient dans vos mains. La dépendance physique au geste joue sur la dextérité fine, mais aussi sur le dos et les cervicales (les troubles musculo-squelettiques, l'épidémie silencieuse du métier) et sur la vue. Vient ensuite un boulet propre à la profession : un plateau technique lourd et récurrent — fauteuils, fluides, imagerie 3D et cône beam, CFAO pour les prothèses — qu'il faut renouveler en permanence et qui ronge l'épargne année après année. Et enfin une caisse à part, la CARCDSF.
Dentiste = CARCDSF, jamais CARMF
Voilà ce qui vous éloigne radicalement du salarié : chez vous, la priorité n'est pas d'abord la performance d'un placement, c'est la sécurisation (de votre revenu en cas d'arrêt, de votre retraite, de votre famille) et la diversification hors de l'activité. Le placement performant attendra son tour : défiscalisation, immobilier et produits financiers viennent dans un ordre précis qu'on détaille ici. Pour la vue d'ensemble, voyez la gestion de patrimoine de la profession libérale.
Le diagnostic avant le placement : la méthode en 6 étapes
En dentisterie, on ne pose pas une couronne sans radio. En gestion de patrimoine non plus : on ne place pas un euro sans bilan. Avant tout produit, on suit un protocole en six étapes, dans cet ordre — parce qu'à votre niveau de revenu, ce n'est pas le produit qui fait la différence, c'est l'ordre dans lequel vous l'achetez.
| Étape | Ce qu'on regarde | Question à laquelle elle répond |
|---|---|---|
| 1 · Inventaire | Actif/passif de vos deux patrimoines | Que possédez-vous vraiment, et qu'est-ce qui est liquide ? |
| 2 · Flux | BNC − cotisations − plateau − impôt − train de vie | Quelle est votre capacité d'épargne réelle ? |
| 3 · Risques | Le geste, la prévoyance et la concentration | Que se passe-t-il si vous ne pouvez plus exercer ? |
| 4 · Objectifs | Retraite, transmission, diversification, fiscalité | Pour quoi épargnez-vous, et à quel horizon ? |
| 5 · Diagnostic fiscal | TMI 41-45 %, CEHR, CDHR, IFI | Quels leviers fonctionnent encore à votre niveau ? |
| 6 · Plan d'action | Pyramide des priorités | Par où commencer concrètement ? |
Le fil rouge : protéger avant d'optimiser, baisser l'assiette avant les réductions
Dérouler la méthode sur votre cas de dentiste
Un CGP indépendant applique les six étapes à vos chiffres réels : inventaire, capacité d'épargne réelle, prévoyance du geste, PER et diagnostic fiscal — et vous repartez avec un plan d'action hiérarchisé.
Étape 1 — L'inventaire : vos deux patrimoines, actif et passif
Avant de placer, on fait le tour du propriétaire — actif ET passif. Sans inventaire complet et honnête, vous pilotez à l'aveugle, et la première mauvaise surprise vient souvent du passif qu'on avait oublié de compter.
Le cabinet : beaucoup de valeur, presque pas de liquidité
Vos parts de SEL (SELARL ou SELAS, souvent l'actif de plus forte valeur), la patientèle et le droit de présentation, les murs du cabinet s'ils vous appartiennent, le plateau technique (fauteuils, imagerie 3D / cône beam, chaîne CFAO — autant d'immobilisations à amortir et à renouveler) et la trésorerie de la société. Tout cela a de la valeur — mais une valeur peu liquide : elle ne se transforme en argent disponible qu'à la cession, à un confrère agréé, dans un cadre réglementé. Ne confondez jamais la valeur de votre cabinet avec une épargne mobilisable.
L'actif personnel et le passif
Côté privé : résidence principale, immobilier locatif, épargne (assurance-vie, PEA, comptes-titres), PER. Et surtout le passif qu'on oublie trop souvent : crédits immobiliers, emprunt d'installation ou de rachat de patientèle, et comptes courants d'associé(une créance sur la société, pas une épargne disponible). L'inventaire net, c'est l'actif moins le passif — pas la somme des chiffres flatteurs.
| Poste | Nature | Liquidité | À noter |
|---|---|---|---|
| Parts de SELARL / SELAS | Professionnel | Faible | Cessibles à un confrère agréé seulement |
| Patientèle / droit de présentation | Professionnel | Très faible | Valeur de cession, non mobilisable |
| Murs du cabinet | Professionnel | Faible | Souvent via une SCI dédiée |
| Plateau technique (fauteuils, imagerie, CFAO) | Professionnel | Très faible | Amorti puis à renouveler régulièrement |
| Trésorerie de la société | Professionnel | Moyenne | Sortie = PFU 31,4 % sur les dividendes |
| Résidence principale / locatif | Personnel | Faible | Usage ou rendement, pas un coussin |
| Assurance-vie / PEA / CTO / PER | Personnel | Forte (PER bloqué) | Le cœur de votre épargne disponible |
| Passif (crédits, CCA, emprunt patientèle) | À déduire | — | L'inventaire NET seul a un sens |
Bien qualifier la nature de vos revenus
Deux précisions techniques qui pèsent sur le calcul de votre plafond PER et de vos cotisations. La rémunération technique de l'associé de SEL est imposée en BNC (article 92 CGI) depuis le 1er janvier 2024 — jamais en traitements et salaires — et le forfait de 5 % qui simplifiait la ventilation a été annulé (CE 8 avril 2025 n° 492154, voir aussi BOI-RES-BNC-000136) : la part technique et la part de gérance doivent désormais se justifier au cas par cas. La rémunération de gérance majoritairede SELARL, elle, relève de l'article 62 CGI.
IFI : vos parts de SEL ne sont pas forcément exonérées
Étape 2 — Les flux : pourquoi 200 000 € de BNC ne font pas 200 000 € d'épargne
200 000 € de BNC, 55 000 € qui finissent réellement épargnés : tout l'écart se joue ici, et c'est la source de la plupart des malentendus. Votre BNC n'est pas votre capacité d'épargne.Entre les deux, il y a les cotisations sociales, le renouvellement du plateau, l'impôt et le train de vie — et le delta est spectaculaire.
Du BNC à la capacité d'épargne réelle
On retranche, dans l'ordre : cotisations sociales TNS, renouvellement du plateau, impôt sur le revenu, contributions hauts revenus, train de vie. Ce qui reste, c'est votre vraie marge d'épargne. Le point le plus important en pratique : on lisse sur deux ou trois ans. Une bonne année — un gros chantier prothétique, une cession partielle — ne doit pas dimensionner vos versements : c'est la capacité récurrente qui compte. Pour affiner malgré des recettes en dents de scie, voyez calculer sa capacité d'épargne réelle malgré des revenus irréguliers.
La cascade : du BNC à la capacité d'épargne réelle
Capacite d'epargne reelle =
BNC (benefice non commercial)
- cotisations sociales TNS (CARCDSF + URSSAF)
- charges & renouvellement du plateau technique
- impot sur le revenu (TMI 41-45 %)
- CEHR / CDHR (le cas echeant)
- train de vie reel
= ce qui reste, a LISSER sur 2-3 ansÀ 200 000 - 300 000 € de BNC, ce solde tourne souvent autour de 50 000 à 65 000 € par an — soit environ un quart du revenu. C'est ce montant, et non la facturation, qui doit piloter votre épargne.
Cas 1 — Dr Camille, 38 ans, chirurgienne-dentiste en SELARL, BNC 220 000 €
BNC : 220 000 €.
− Cotisations sociales TNS (CARCDSF base/complémentaire/PCV/invalidité-décès + URSSAF) : ≈ −65 000 à −75 000 €.
− Quote-part annuelle de renouvellement du plateau (fauteuil, imagerie, CFAO amortis) : poste structurel propre au dentiste, à ne jamais oublier.
− Impôt sur le revenu (barème 2026, TMI 41-45 %), montant réduit si une partie est déductible via le PER : ≈ −45 000 à −55 000 €.
− Train de vie (résidence, famille, charges) : ≈ −45 000 à −60 000 €.
= Capacité d'épargne réelle ≈ 45 000 à 60 000 €/an (selon le poids du renouvellement du plateau), pas 220 000 €.
À retenir : c'est l'épargne réelle qui pilote, pas la facturation
Étape 3 — Le risque n°1 du dentiste : vos mains, votre dos, vos yeux
C'est ici que se joue presque tout, et c'est ce qui distingue vraiment un dentiste d'un autre haut revenu. Avant de penser rendement, on cartographie ce qui peut faire dérailler tout le reste. Et pour un chirurgien-dentiste, ce qui peut tout arrêter, ce n'est pas un krach boursier : c'est le geste.
La dépendance physique au geste
Votre activité repose sur une dextérité fine maintenue des heures durant, dans une posture contrainte. Trois points cèdent en premier : les mains (tendinite, syndrome du canal carpien, arthrose), le rachis (les TMS, première cause d'arrêt prolongé du métier), et la vue, dont la moindre baisse complique tout travail de précision. Et c'est bien là que tout bascule : une atteinte même partielle peut vous empêcher d'exercer alors même que vous restez « valide » au sens médical général. L'acte dentaire ne se délègue pas ; le jour où vous ne pouvez plus tenir une fraise, le revenu s'arrête.
Le trou de couverture du régime obligatoire
Le régime de base verse des indemnités journalières via la CPAM du 4e au 90e jour seulement (carence de 3 jours, plafond modeste de l'ordre de 198,15 €/jour en 2026, décret n° 2021-755 du 12 juin 2021, à vérifier au règlement). Au-delà du 90e jour, le relais est assuré par le régime invalidité-décès de la CARCDSF, de l'ordre de 113 €/jour dès le 91e jour, soit environ 3 396 €/mois— à comparer aux 9 000 à 20 000 € mensuels d'un praticien en exercice, et c'est cet écart, pas le principe, qui doit dimensionner le contrat. S'y ajoutent, en cas d'invalidité ou de décès, une rente d'invalidité et un capital décès dont les montants restent dérisoires pour une famille habituée au train de vie d'un dentiste (valeurs communiquées par la CARCDSF, à confirmer au règlement sur carcdsf.fr).
Le piège du barème : fonctionnel ou professionnel ?
La solution prioritaire : la prévoyance Madelin (art. 154 bis CGI)
C'est la première brique à poser, avant même le PER. Le volet prévoyance de l'article 154 bis CGI permet de déduire les cotisations d'un contrat Madelin : 7 % du PASS + 3,75 % du bénéfice, dans la limite de 3 % de 8 PASS, soit environ 11 534 € en 2026 (BOI-BIC-CHG-40-50-40-20). Cette enveloppe est autonomedu plafond retraite/PER : les deux ne se cannibalisent pas. Un volet perte d'emploi existe également (1,875 % du bénéfice, ou 2,5 % du PASS au minimum).
Madelin : un avantage IR, pas une niche pure
Cas 2 — Dr Sophie, 45 ans, BNC 130 000 €, syndrome du canal carpien ⭐
Dr Sophie développe un syndrome du canal carpien bilatéral. Après chirurgie et rééducation, elle ne peut plus exercer la dentisterie — mais elle n'est pas « invalide » au sens d'un barème fonctionnel : elle conduit, écrit, vit normalement.
Couverture obligatoire : IJ CPAM jusqu'au 90e jour (≈ 198,15 €/j), puis relais CARCDSF de l'ordre de 113 €/j (≈ 3 396 €/mois) — une chute brutale par rapport à son revenu net.
Avec un contrat Madelin à barème fonctionnel : indemnisation faible, voire nulle, car elle reste « valide » au droit commun.
Avec un contrat Madelin à barème professionnel (ou croisé) : l'incapacité d'exercer son métierest reconnue, la rente se déclenche et comble l'écart. C'est exactement la différence entre une prévoyance utile et une prévoyance décorative.
Le risque de concentration : tout repose sur vous
Au-delà de l'arrêt de travail, il y a le risque structurel : votre patrimoine et votre revenu reposent sur un actif unique et non diversifié — votre capacité d'exercer, plus le cabinet qui en dépend. La parade patrimoniale est mécanique : sortir régulièrement du capital de l'activitépour le placer dans des actifs qui ne dépendent pas de vos mains (assurance-vie, immobilier, SCPI). C'est l'objet de l'étape 6 et de la section « construire au-delà du cabinet ».
Couverture obligatoire seule
IJ CPAM du 4e au 90e jour (≈ 198,15 €/j), relais CARCDSF ≈ 113 €/j (3 396 €/mois) au 91e jour, rente d'invalidité et capital décès modestes. Très insuffisant pour un revenu de dentiste : un arrêt long ou une atteinte du geste vous expose à une chute brutale.
Couverture renforcée Madelin
Franchise calée à 90 jours, IJ et rente d'invalidité dimensionnées sur votre revenu réel, barème PROFESSIONNEL ou croisé (l'incapacité d'exercer son métier suffit à déclencher), capital décès adapté à la famille et aux crédits. C'est le socle à sécuriser avant tout placement.
La retraite CARCDSF : la chute de revenus que personne n'anticipe
En rendez-vous, c'est la ligne qui surprend le plus mes clients dentistes : leur retraite obligatoire ne couvrira qu'une petite partie de leur train de vie, et beaucoup le découvrent le jour où ils demandent leur relevé CARCDSF — souvent trop tard. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir cotisé : ce sont les assiettes elles-mêmes qui sont plafonnées. Rappel du garde-fou : pour un dentiste, c'est la CARCDSF, jamais la CARMF.
Les trois étages de la CARCDSF
L'architecture combine le régime de base (CNAVPL, géré par la CARCDSF), le régime complémentaire et, pour les praticiens conventionnés, la PCV (prestation complémentaire de vieillesse). Le régime de base se cotise par tranches : 8,73 % jusqu'à 1 PASS et 1,87 % jusqu'à 5 PASS. Le complémentaire associe une part forfaitaire et une part proportionnelle plafonnée. La PCV, enfin, est cofinancée aux deux tiers par l'Assurance Maladiepour les conventionnés — un avantage réel, mais qui ne change pas l'ordre de grandeur final.
| Régime CARCDSF 2026 | Part forfaitaire | Part proportionnelle | À noter |
|---|---|---|---|
| Base (CNAVPL) | Cotisation minimale | 8,73 % ≤ 1 PASS ; 1,87 % jusqu'à 5 PASS | Plafonné à 5 PASS |
| Complémentaire (RC) | ≈ 3 210,60 € | ≈ 11,35 % (plafonnée) | Valeur du point ≈ 31,82 € |
| PCV (conventionnés) | ≈ 1 663,60 € | ≈ 0,725 % | Cofinancée aux 2/3 par l'Assurance Maladie |
Le paradoxe : cotisations plafonnées, revenu non plafonné
Étape 4 — Définir ses objectifs : retraite, transmission, diversification, fiscalité
Risques cartographiés, on fixe le cap. Faute d'objectifs classés, on se retrouve avec trois assurances-vie ouvertes au fil des rendez-vous bancaires et aucune ligne directrice — c'est ce qu'on voit le plus souvent en première consultation. Chez le dentiste, quatre caps reviennent presque à chaque bilan.
Retraite : le PER / Madelin (art. 154 bis)
Combler l'écart entre une CARCDSF plafonnée et votre train de vie est l'objectif n°1 d'un haut revenu. Le volet retraite de l'article 154 bis CGI offre une déduction de 10 % du bénéfice (dans la limite de 8 PASS) + 15 % de la fraction de bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS, soit un plancher de 4 806 € et un plafond maximal de 88 911 € en 2026 (bénéfice ≥ 384 480 €). Le PER de droit commun (article 163 quatervicies CGI) couvre les autres cas (gérant minoritaire de SELAS, versements personnels). La LF 2026 a porté le report des plafonds non utilisés de 3 à 5 ans et confirmé la fin de la déductibilité après 70 ans. Attention enfin : à la sortie, les gains du PER supportent des prélèvements sociaux à 18,6 % (et non 17,2 %). Pour le chiffrage par tranche, voyez combien d'impôts un PER économise selon vos revenus de dentiste.
Transmission : protéger et transmettre au moindre coût
Deux repères côté transmission : l'assurance-vie offre un abattement de 152 500 € par bénéficiaire sur les primes versées avant 70 ans (article 990 I CGI) et un abattement global de 30 500 € sur les primes versées après 70 ans (article 757 B CGI). Pour les parts de SEL, le pacte Dutreil (article 787 B CGI) exonère 75 % de la valeur transmise, sous conditions. En cas de cession du cabinet, plusieurs régimes de plus-values professionnelles peuvent jouer (articles 151 septies, 238 quindecies, 151 septies A pour le départ en retraite, 150-0 D ter pour l'abattement fixe de 500 000 € sur les titres — IR exonéré mais prélèvements sociaux dus, seuils à vérifier à la source). Et si une réorganisation se profile, l'apport-cession (article 150-0 B ter CGI) permet de reporter l'imposition de la plus-value, sous obligation de remploi ; attention, une soulte sans justification économique fait courir un risque d'abus de droit — cadre tracé par CE 29 septembre 2023 n° 471003, qui a écarté l'abus dans une espèce où la soulte, bloquée et donnée en garantie, n'avait pas été appréhendée. Pour creuser : transmettre son cabinet et son patrimoine, la donation et la succession.
Diversification & fiscalité : les deux autres caps
Étape 5 — Le diagnostic fiscal du dentiste : TMI 41-45 %, CEHR, CDHR, IFI
À votre niveau de revenu, l'impôt ne se résume pas à la tranche marginale : plusieurs contributions se superposent. Et c'est en comprenant lesquelles rabotent vos défiscalisationsqu'on fixe le bon ordre des priorités.
Les trois contributions qui frappent un haut revenu
| Étage | Mécanisme | Déclenchement |
|---|---|---|
| IR (art. 197 CGI) | TMI 41 % puis 45 % | 45 % au-delà d'environ 181 917 € par part |
| CEHR (art. 223 sexies CGI) | 3 % puis 4 % du RFR | RFR > 250 000 / 500 000 € (célibataire) ; 500 000 / 1 000 000 € (couple) |
| CDHR (art. 224 CGI) | Imposition minimale 20 % du RFR | RFR > 250 000 € (célibataire) / 500 000 € (couple) |
La CDHR (contribution différentielle sur les hauts revenus, article 224 CGI) a été créée par la LF 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025 ; la CDHR n'a pas été censurée par le Cons. const. n° 2025-874 DC du 13 février 2025, qui ne s'est pas prononcé sur sa conformité au fond) et reconduite par la LF 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, Cons. const. n° 2026-901 DC du 19 février 2026) jusqu'au retour du déficit public sous 3 % du PIB. Son principe : si votre imposition effective (IR + CEHR) passe sous 20 % de votre revenu fiscal de référence, un complément est dû pour atteindre ce plancher. Le périmètre exact du calcul (revenus retenus, taux moyen, mécanisme de décote dans la zone d'entrée) et sa pérennité au-delà de 2026 doivent s'apprécier au cas par cas et au conditionnel : pour la mécanique fine, voyez la CDHR : l'imposition minimale de 20 % des hauts revenus.
La CDHR neutralise vos réductions d'impôt — pas vos leviers d'assiette
| Levier | Type | Baisse le RFR / l'assiette ? | Repris par la CDHR ? |
|---|---|---|---|
| PER / Madelin retraite (154 bis) | Déduction d'assiette | Oui | Non — pleinement efficace |
| Prévoyance Madelin (154 bis) | Déduction d'assiette | Oui | Non |
| Déficit foncier (156 I-3°) | Déduction d'assiette | Oui (jusqu'à 10 700 €) | Non |
| Capitalisation en SEL/SPFPL | Report d'imposition | Oui (revenu non distribué) | Non |
| Girardin / FIP / FCPI / Sofica | Réduction d'impôt | Non | Oui — largement neutralisé |
Cas 3 — Couple Dr Karim (SELARL, BNC 260 000 €) & Dr Léa (salariée), RFR ≈ 310 000 €
CEHR : pour un couple, les seuils sont de 500 000 puis 1 000 000 € → à 310 000 €, la CEHR n'est pas due.
CDHR : avec un RFR de 310 000 €, le couple est sous le seuil de 500 000 € : il n'entre pas dans le champ de la CDHR. Mais un BNC en forte hausse, une cession ou des revenus du capital pourraient l'y faire basculer — d'où l'intérêt de piloter le RFR.
Leçon : si demain le foyer approchait le seuil, la bonne stratégie passerait par les leviers d'assiette — un PER saturéqui réduit le RFR — plutôt que par une réduction d'impôt type Girardin, qui serait reprise. Le PER baisse l'assiette ; la réduction, elle, se heurte au plancher de 20 %.
IFI et dualité des prélèvements sociaux 2026
Deux derniers points de diagnostic. L'IFI (articles 964 et 975 CGI) frappe le patrimoine immobilier net taxable au-delà de 1,3 M€ (barème dès 800 000 €) : le réflexe immobilier fréquent chez les soignants augmente vite cette exposition, à surveiller. Et la dualité des prélèvements sociaux 2026, qui modifie chaque arbitrage entre dividende et assurance-vie : les dividendes de SEL/SPFPL subissent des PS à 18,6 % (PFU global de 31,4 %, jamais 30 %), tandis que l'assurance-vie, la capitalisation et les revenus fonciers nus restent à 17,2 % (flat tax assurance-vie de 30 %).
2026 : 31,4 % sur les dividendes, 17,2 % sur l'assurance-vie
Étape 6 — Le plan d'action priorisé : la pyramide du dentiste
Les cinq étapes précédentes débouchent sur une seule question : dans quel ordre agir. Le réflexe le plus courant — commencer par la défiscalisation, l'immobilier ou le produit à la mode — est précisément l'ordre à ne pas suivre. Pour un dentiste, la pyramide se lit du socle au sommet, avec une particularité : la prévoyance passe avant le PER, parce que le risque du geste prime sur tout le reste.
| Niveau | Action | Pourquoi à cette place |
|---|---|---|
| 1 · Socle | Épargne de précaution (3 à 12 mois) | Disponible immédiatement, avant tout placement long |
| 2 · Priorité dentiste | Prévoyance Madelin (barème professionnel) | Vous dépendez de vos mains : le risque n°1 |
| 3 · Levier fiscal n°1 | PER / Madelin retraite (art. 154 bis) | Déduction sur l'IR à 41-45 %, hors plafond des niches, baisse le RFR |
| 4 | Structuration SEL / SPFPL | La structure sert le patrimoine, pas l'inverse |
| 5 | Assurance-vie / SCPI / immobilier | Diversifier hors activité, à arbitrer au bilan |
| 6 · Sommet | Produits exotiques (PE, dette privée, défisc) | En dernier — et la CDHR neutralise les réductions d'impôt |
Le PER : le levier fiscal n°1 une fois le revenu sécurisé
Pour un dentiste à 41-45 % de TMI, le PER ou Madelin retraite (article 154 bis CGI) est l'outil le plus puissant : la déduction s'impute sur l'IR seul (effet maximal à 45 %), elle réduit le RFR (donc reste efficace face à la CDHR) et elle est exclue du plafond global des niches de 10 000 € (article 200-0 A). Mais — c'est tout l'angle de ce guide — il vient aprèsla prévoyance : la plus belle déduction d'impôt ne pèse rien face à un canal carpien non couvert qui fait s'effondrer le revenu.
Plafond PER 2026 et économie d'impôt (cas Dr Camille, bénéfice 220 000 €)
PLAFOND PER 154 bis (benefice 220 000 EUR) 10 % x 220 000 = 22 000 EUR 15 % x (220 000 - 48 060) = 25 791 EUR => plafond deductible = 47 791 EUR (plafond max absolu 2026 = 88 911 EUR, des 384 480 EUR de benefice) ECONOMIE D'IMPOT = versement x TMI si elle verse 25 000 EUR a 41 % : 25 000 x 41 % = 10 250 EUR d'IR en moins
La déduction PER porte sur l'IR seul, réduit le RFR et reste hors du plafond des niches de 10 000 € : c'est le levier le plus efficace à 41-45 % de TMI — mais seulement une fois la prévoyance sécurisée.
Note de méthode : ce que ces chiffres disent — et ce qu'ils ne disent pas
La SPFPL n'efface pas les cotisations sociales
Le bon ordre : sécuriser → déduire → structurer → diversifier
Sortir de la sur-concentration : construire au-delà du cabinet
On en arrive au cœur du sujet, celui qui donne son titre à ce guide. La richesse d'un dentiste est dangereusement concentrée : fonds et patientèle, parts de SEL, plateau technique, parfois les murs. Le tout dépend de votre santé. Construire au-delà du cabinet, c'est transférer méthodiquement du capital de l'outil professionnel vers un patrimoine personnelqui, lui, ne s'arrête pas le jour où vous arrêtez d'exercer.
En 30 secondes : sortir de la sur-concentration
Capitaliser l'excédent en SEL / SPFPL
Quand la capacité d'épargne est dégagée et que la prévoyance et le PER sont en place, l'excédent de trésorerie de la société peut être capitalisé plutôt que distribué : l'IS à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice puis 25 % (article 219 CGI) est souvent plus doux que le PFU de 31,4 % sur des dividendes, et une SPFPL fait remonter ces dividendes à environ 1,25 % via le régime mère-fille (articles 145 et 216 CGI). Le garde-fou, déjà vu : la fraction de dividendes excédant 10 % du capital, des primes et du compte courant reste soumise aux cotisations TNS (Cass. 19 octobre 2023 n° 21-20.366). Pour creuser : que faire de la trésorerie de sa SELARL de dentiste et la holding patrimoniale.
Immobilier et marchés financiers
Côté privé, on diversifie sur des classes d'actifs décorrélées de votre cabinet : murs du cabinet en SCI, SCPI, assurance-vie (capitalisation et transmission), immobilier locatif. Rappel de l'arbitrage fiscal 2026 : l'assurance-vie, la capitalisation et les revenus fonciers nus restent à 17,2 % de prélèvements sociaux, contre 18,6 % sur les dividendes. Pour approfondir : acheter les murs de son cabinet dentaire en SCI, l'assurance-vie : capitalisation et transmission et les SCPI pour diversifier hors de son activité.
Garde-fou : la SCM n'est pas un placement
CGP, expert-comptable, banquier : qui fait quoi ?
Trois interlocuteurs, trois métiers complémentaires : il ne faut pas attendre de l'un ce que fait l'autre.
Expert-comptable
Tient la comptabilité du cabinet, établit la 2035, optimise les charges et la structure (SELARL/SELAS, gérance). Indispensable côté entreprise — mais il ne pilote pas votre patrimoine personnel.
Banquier
Gère vos liquidités et votre crédit (installation, murs, résidence). Précieux pour le financement — mais souvent juge et partie sur les placements qu'il distribue.
CGP indépendant
Construit la stratégie patrimoniale globale : inventaire, flux, risques, objectifs, diagnostic fiscal et plan d'action priorisé, sur tout votre patrimoine. Sans produit-maison, en lien avec votre comptable.
Faire son bilan patrimonial de chirurgien-dentiste : par où commencer concrètement
Vous avez la méthode ; elle ne vaut que confrontée à vos relevés : votre 2035, votre échéancier CARCDSF, vos contrats de prévoyance existants. C'est tout l'objet d'un bilan patrimonial : dérouler les six étapes sur vos chiffres réels et en sortir un plan d'action priorisé. À ne pas confondre avec un bilan comptable (la 2035), qui photographie votre exercice professionnel : le bilan patrimonial agrège votre patrimoine global, vos flux et vos objectifs de vie.
Chez Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine 100 % indépendant basé à Chambéry (conseiller Quentin Hagnéré, ORIAS 23002291, Trustpilot 4,7/5 sur 26 avis), le premier bilan patrimonial est gratuit et sans engagement : inventaire, capacité d'épargne réelle, prévoyance calibrée sur le risque du geste, PER, diagnostic fiscal et ordre des priorités chiffré — sans produit-maison ni biais commercial, en présentiel ou en visio. Pour la définition générale d'un bilan et son coût, voyez ce qu'est un bilan patrimonial et combien il coûte ; et pour la trame appliquée au libéral, la méthode complète du bilan patrimonial du libéral en 6 étapes.
Faire le point sur votre patrimoine avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On déroule la méthode en 6 étapes sur votre cas de chirurgien-dentiste : inventaire, capacité d'épargne réelle, prévoyance du geste, PER, diagnostic fiscal — et vous repartez avec un plan d'action chiffré et hiérarchisé : quoi sécuriser d'abord, combien mettre au PER, quand penser structuration.

