La retraite de l'architecte en 30 secondes
C'est l'angle mort le plus mal anticipé de l'architecte : vous facturez 90 000, 150 000 € par an, vous versez chaque année des dizaines de milliers d'euros de cotisations obligatoires — et le jour de votre départ, votre pension ne couvrira sans doute qu'une moitié de votre dernier revenu, au mieux. Pire : au-delà d'un certain seuil, chaque euro de revenu supplémentaire cesse de créer le moindre droit retraite. La CIPAV est, de notoriété, l'une des caisses au rendement le plus faibleau regard des revenus de ses affiliés. Dans ce guide, vous allez comprendre d'où vient ce décrochage (étage par étage), combien ça vous coûte concrètement, et où se trouve le capital retraite que la CIPAV, elle, ne vous constituera jamais.
La retraite de l'architecte en 30 secondes
Une précision de méthode, d'emblée : ces chiffres supposent une carrière complète et régulière. La réalité de l'architecte — chantiers irréguliers, années en dents de scie, installation parfois tardive — tire le résultat vers le bas de la fourchette, pas vers le haut. Et surtout : l'architecte reste affilié à la CIPAV après la réforme de 2018 — jamais la CARMF (médecins), jamais la CNBF (avocats), jamais la SSI.
50 % au mieux, ça n'a rien d'irréversible — à condition de s'y prendre tôt. Le pourquoi structurel et les leviers concrets pour doubler cette pension sont détaillés dans notre guide pourquoi la retraite CIPAV est si faible (et comment la doubler). Ici, on commence par poser et chiffrer le diagnostic.
Déontologie : aucun montant individuel ne peut être garanti
Êtes-vous bien à la CIPAV ? (la réponse est oui)
Avant de chiffrer, levons la confusion la plus fréquente sur la caisse. L'architecte est une profession libérale réglementée : inscrit à l'Ordre des architectes en application de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, il n'est pas officier ministériel. Conséquence concrète, au passage : il cède librement sa clientèle ou son agence (un fonds libéral), sans droit de présentation ni agrément — un point qui compte au moment du départ en retraite.
La réforme de 2018 a restreint la CIPAV à une liste de professions et basculé les autres indépendants vers le régime général des travailleurs indépendants (la SSI, ex-RSI). Sur le plan du diagnostic c'est simple ; sur celui du portefeuille, beaucoup moins : l'architecte fait partie des professions qui restent affiliées à la CIPAV. Depuis 2023, les cotisations sont recouvrées par l'URSSAF, mais vos droits et votre pension restent gérés par la CIPAV.
Erreur n°1 : la caisse de l'architecte n'est ni la SSI, ni la CARMF, ni la CAVEC
Pour situer la CIPAV dans le paysage des caisses libérales et comprendre la logique commune par points, voyez notre panorama : le régime de retraite des professions libérales.
Les régimes gérés par la CIPAV : la vue d'ensemble
Pour comprendre pourquoi la pension décroche, il faut d'abord savoir comment elle se construit. Votre retraite obligatoire empile deux régimes de pension par points — la base et la complémentaire — auxquels s'ajoute un volet invalidité-décès. Chacun a sa logique, ses taux et son plafond propres.
| Régime | Géré par | Logique | Plafond d'assiette | Valeur de service du point 2026 |
|---|---|---|---|---|
| Base CNAVPL | CNAVPL (encaissé via la CIPAV) | Points, 2 tranches | 5 PASS = 240 300 € | ≈ 0,6599 € [à confirmer sur lacipav.fr] |
| Complémentaire CIPAV | CIPAV | Points, proportionnel (depuis 2023) | 4 PASS = 192 240 € | ≈ 2,89 € [à confirmer sur lacipav.fr] |
| Invalidité-décès | CIPAV | Prévoyance proportionnelle | — | (couverture forfaitaire limitée) |
Comment se calcule votre pension CIPAV
Pension annuelle (brut) = ( points de base x 0,6599 EUR ) + ( points complementaires x 2,89 EUR ) x coefficient de minoration (decote) ou de majoration (surcote)
Le calcul ne change pas d'un étage à l'autre : on convertit des points en euros, puis on applique le coefficient. Celui-ci dépend de votre âge et de votre durée d'assurance au moment de la liquidation. Valeurs de point 2026 à confirmer sur lacipav.fr.
Pas de régime ASV : ce n'est pas une omission
Étage 1 : la base CNAVPL plafonnée
La base est commune à toutes les professions libérales (art. L. 642-1 du Code de la sécurité sociale). Elle se cotise par tranches et achète des points — mais le nombre de points acquis chaque année est plafonné. C'est là que le décrochage commence.
| Tranche | Assiette | Taux 2026 | Points max / an |
|---|---|---|---|
| T1 | 0 → 1 PASS (48 060 €) | ≈ 8,73 % | ≈ 525 [à confirmer] |
| T2 | 0 → 5 PASS (240 300 €) | ≈ 1,87 % | ≈ 25 |
Le plafonnement n°1 : la base bute à 5 PASS
Plafond d'assiette de la base = 5 PASS = 240 300 EUR Points de base = de l'ordre de 550 / an au maximum Valeur de service du point de base (2026) = 0,6599 EUR [a confirmer] Pension de base, carriere pleine = de l'ordre de 14 500 EUR / an au plus (soit environ 1 210 EUR / mois, en brut)
Au-delà de 5 PASS de revenu, vous n'acquérez plus aucun point de base. Pour un architecte à 90-120 k€, cette base seule ne remplace qu'environ 12 à 16 % du revenu : elle ne « fait » pas la retraite.
Vous cotisez davantage, vous ne toucherez pas un euro de plus
Étage 2 : la complémentaire au rendement d'environ 6,1 %
La complémentaire CIPAV (art. L. 644-1 CSS) constitue en général la part la plus importante de la pension de l'architecte. C'est l'étage qui « fait » votre retraite — mais c'est aussi celui dont le rendement est notoirement faible et qui plafonne le plus tôt.
Depuis 2023, la cotisation complémentaire est proportionnelle, par tranches de revenu(fin des anciennes classes forfaitaires). En 2026, à confirmer sur lacipav.fr, elle s'établit autour de :
| Tranche | Assiette | Taux 2026 [à confirmer] |
|---|---|---|
| T1 | jusqu'à 1 PASS (48 060 €) | ≈ 11 % |
| T2 | de 1 à 4 PASS (48 060 → 192 240 €) | ≈ 21 % |
Le rendement de la complémentaire CIPAV
Prix d'achat du point (2026) ≈ 47,40 EUR Valeur de service du point ≈ 2,89 EUR / an Rendement = 2,89 / 47,40 ≈ 6,1 % Duree pour recuperer sa cotisation ≈ 16 ans de retraite
Un rendement instantané d'environ 6,1 % : il faut vivre une bonne quinzaine d'années à la retraite pour récupérer le seul montant cotisé, hors revalorisation. C'est l'un des plus faibles des régimes complémentaires libéraux — l'argument central de ce guide.
Le plafonnement n°2 : la complémentaire s'arrête à 4 PASS
Pour situer ce 6,1 % : l'ordre de grandeur d'un PER
Ce double constat — rendement faible + plafond bas — est exactement ce qui rend la pension CIPAV si décevante au regard des revenus. Et il prépare le piège le plus coûteux pour les hauts revenus, que nous voyons maintenant.
Le piège : le double plafonnement
Tout part d'un mécanisme, celui qui fait dire que « la CIPAV est faible » : le double plafonnement. La base s'arrête de produire des points à 5 PASS (240 300 €), la complémentaire à 4 PASS (192 240 €) [à confirmer sur lacipav.fr]. Pour un architecte à hauts revenus, cela change tout.
Au-delà de 4 PASS, votre revenu ne génère plus de droits
La théorie de la caisse
Deux régimes obligatoires par points (base CNAVPL, complémentaire CIPAV) couvrent votre retraite, plus un volet invalidité-décès. Les cotisations sont déductibles de votre bénéfice BNC. Sur le papier, l'architecte est protégé comme tout libéral.
Ce que vous touchez à l'arrivée
La base plafonne à 5 PASS, la complémentaire à 4 PASS et rend ~6,1 %. Au-delà, plus de droits. Résultat : plus vous gagnez, plus l'écart entre votre dernier revenu et votre pension explose — et plus le taux de remplacement s'effondre, arithmétiquement.
Le constat est brutal : plus l'architecte gagne, plus la chute est raide. Le « notoirement faible » de la CIPAV se vérifie surtout aux hauts revenus. Le pourquoi structurel — et la stratégie pour doubler la pension — est développé dans pourquoi la retraite CIPAV est si faible et comment la doubler.
Étage 3 : invalidité-décès (une couverture limitée)
Le troisième volet géré par la CIPAV n'est pas un étage de pension, mais une prévoyance obligatoire (art. L. 644-2 CSS) : rente d'invalidité, capital décès, rente au conjoint ou aux enfants. La cotisation a, elle aussi, été alignée sur une logique proportionnelle. Nous ne chiffrons pas ici de rente précise : les montants sont forfaitaires et limités, et dépendent de votre situation.
Une couverture qui ne tient pas votre train de vie
Pour calibrer cette couverture complémentaire et la coordonner avec le volet CIPAV, voyez notre guide compléter la couverture invalidité-décès limitée du libéral.
Âge, taux plein, décote : à quel âge partir
Le montant n'est qu'une moitié de la question ; l'autre, c'est : à quel âge partir sans se faire mordre par la décote ? L'âge légal se relève de 62 à 64 ans selon la génération (réforme de 2023, loi n° 2023-270), mais une suspension du calendrier de relèvement a été votée par la LFSS 2026 à compter du 1er septembre 2026 : les bornes par génération sont donc à confirmer. Ne tenez pas « 64 ans » pour gravé dans le marbre tant que le calendrier reste mouvant.
Le repère stable, lui, c'est le taux plein automatique à 67 ans : à cet âge, votre pension (base et complémentaire) est liquidée sans décote, quelle que soit votre durée d'assurance. C'est l'âge de référence pour sécuriser une pension non minorée.
| Paramètre | Valeur (ordres de grandeur 2026) | Précision |
|---|---|---|
| Âge légal de départ | 62 → 64 ans selon la génération | Suspension du calendrier annoncée au 01/09/2026 — à confirmer |
| Durée pour le taux plein | 172 trimestres (43 ans) | Générations 1966 et suivantes (171 pour 1965) |
| Taux plein automatique | 67 ans | Sans décote, quelle que soit la durée d'assurance |
| Décote (départ anticipé) | ≈ 1,25 % / trimestre manquant | Plafonnée à 20 trimestres (jusqu'à −25 %), définitive, base + complémentaire |
Le piège des trimestres dispersés et le rachat oublié
Pourquoi votre pension décroche : les trois causes
« La CIPAV est faible » n'est pas un argument de vente : c'est un calcul. Trois causes structurelles se cumulent pour un architecte.
- La base est plafonnée (point à ≈ 0,6599 €, plus de droits au-delà de 5 PASS) : elle ne porte qu'une fraction modeste de la pension.
- La complémentaire rend ≈ 6,1 % et plafonne à 4 PASS : c'est l'essentiel de la pension, mais à un rendement parmi les plus faibles des régimes libéraux.
- Les revenus sont en dents de scie (chantiers irréguliers) : les années creuses acquièrent peu de points, et ce manque ne se rattrape pas. C'est le piège propre à l'architecte.
Ce n'est pas un raté de gestion : ces trois freins sont écrits dans les règles mêmes du régime. Et ils se renforcent l'un l'autre. Plus vous gagnez, plus le plafonnement mord ; plus votre carrière est heurtée, plus les années creuses pèsent ; et pendant ce temps, le rendement de la complémentaire reste, lui, désespérément bas. Ce n'est donc pas « votre » CIPAV qui est mauvaise : c'est le régime, par construction, qui ne peut pas suivre un haut revenu d'architecte.
Une pension en brut : ne confondez pas avec les prélèvements du capital
L'effet « dents de scie » sur les points acquis mérite une stratégie à part entière, abordée dans revenus en dents de scie : lisser sa fiscalité d'architecte. Et la solution structurelle pour reconstituer le niveau de vie est développée dans comment doubler sa retraite CIPAV.
Cas chiffrés : Hélène, Karim et Sophie
Place aux chiffres. En rendez-vous, c'est l'exercice que les architectes réclament le plus : poser, côte à côte, leur dernier revenu et la pension qu'ils toucheront réellement. Les prénoms sont fictifs, les ordres de grandeur réalistes pour une carrière d'architecte. Tout est présenté au conditionnel, en brut, pour une carrière pleine et régulière sauf mention : ce sont des estimations indicatives, à vérifier sur le RIS et sur lacipav.fr, jamais une projection nominative.
Cas 1 — Hélène, 64 ans, architecte en BNC, dernier revenu ≈ 90 000 €
Complémentaire CIPAV : cotisation ≈ 5 287 € (T1) + 8 807 € (T2) ≈ 14 100 €/an, soit ≈ 297 points/an ; sur 40 ans ≈ 11 900 points × 2,89 € → de l'ordre de 34 400 € par an.
Total ≈ 48 500 € par an (≈ 4 040 € par mois, brut) → taux de remplacement ≈ 54 %.
Mais uniquement pour une carrière pleine et régulière. En dents de scie, c'est nettement moins.
Cas 2 — Karim, 64 ans, architecte en SELARL, dernier revenu ≈ 200 000 €
Complémentaire CIPAV : plafonnée à 4 PASS, cotisation max ≈ 35 565 €/an → ≈ 750 points/an ; sur 40 ans ≈ 30 000 points × 2,89 € → de l'ordre de 86 700 € par an.
Total ≈ 101 200 € par an sur un dernier revenu de 200 000 € → taux de remplacement ≈ 50 %… en apparence.
En réalité bien moins : tout son revenu au-delà de 192 240 € (et tous ses pics de chantiers) n'a créé aucun droit. Un architecte qui passe ses dernières années à 250-300 k€ a un taux de remplacement réel proche de 35-40 %.
Cas 3 — Sophie, 60 ans, architecte aux revenus en dents de scie
Estimation prudente : fourchette ≈ 1 500 à 2 200 € par mois (brut) → taux de remplacement ≈ 25-35 %. La réalité de l'architecte (chantiers, trous, installation tardive) rapproche du bas de la fourchette, pas du haut.
| Repère (estimation au conditionnel, brut) | Hélène — 90 000 € | Karim — 200 000 € |
|---|---|---|
| Dernier revenu annuel | ≈ 90 000 € | ≈ 200 000 € |
| Pension de base CNAVPL | ≈ 14 100 € | ≈ 14 500 € |
| Pension complémentaire CIPAV | ≈ 34 400 € | ≈ 86 700 € (plafonnée à 4 PASS) |
| Pension totale estimée | ≈ 48 500 €/an | ≈ 101 200 €/an |
| Taux de remplacement | ≈ 54 % | ≈ 50 % en apparence, ~35-40 % réel |
Note de méthode : ce que ces cas chiffrent (et ne chiffrent pas)
Quel est VOTRE taux de remplacement ?
Un CGP indépendant estime votre pension CIPAV réelle à partir de votre relevé de carrière, chiffre l'écart mensuel avec votre revenu d'activité et calibre le capital à constituer — et on ne vous vend pas un PER si une assurance-vie sert mieux votre cas.
Votre vrai capital retraite n'est pas à la CIPAV
Le diagnostic est posé : la CIPAV ne reconstituera jamais le niveau de vie d'un architecte à haut revenu. La conclusion logique n'est pas de cotiser davantage — le plafonnement vous l'interdit — mais de faire reposer votre retraite sur une seconde jambe : la capitalisation à votre nom. Trois leviers, que je détaille chacun dans son guide.
Trois leviers complémentaires pour combler l'écart
Note de méthode : une projection n'est pas une promesse
Le PER : déduire de votre BNC (art. 154 bis CGI)
Le PER est le levier le plus puissant de l'architecte à hauts revenus. L'article 154 bis du CGI vous laisse déduire de votre bénéfice 10 % (dans la limite de 8 PASS) + 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS, jusqu'à un maximum de 88 911 € en 2026. À 45 % de tranche, 20 000 € versés sur un PER, c'est 9 000 € d'impôt en moins l'année du versement ; à la sortie, les gains supportent 18,6 % de prélèvements sociaux. Le détail chiffré : PER architecte : combien déduire de votre BNC et le guide complet du Plan d'épargne retraite.
Assurance-vie et SCPI : liquidité, transmission et revenu régulier
Là où le PER bloque l'épargne jusqu'à la retraite, l'assurance-vie reste disponible et se transmet hors succession (avec des prélèvements sociaux maintenus à 17,2 %). Pour un revenu qui tombe chaque mois, les SCPI — y compris logées dans une assurance-vie pour lisser la fiscalité — distribuent des loyers sans gestion directe. Voyez la SCPI en assurance-vie pour l'architecte et où placer son argent à 41 % de TMI.
Cession de l'agence et arbitrage dividendes
Deux leviers de structuration jouent directement sur la retraite. Au départ, la cession de votre agence peut bénéficier de l'article 151 septies A du CGI (exonération d'impôt sur le revenu de la plus-value, mais prélèvements sociaux de 18,6 % dus — CE 12 octobre 2018 n° 401292), sous réserve d'une activité d'au moins 5 ans et d'une cessation suivie de la liquidation des droits dans 24 mois : une cession libre, puisque l'architecte n'est pas officier ministériel — céder son agence au départ en retraite. Pendant l'activité, l'arbitrage rémunération / dividendes en SELARL réduit l'assiette de cotisation… donc les points CIPAV ; et la fraction de dividendes > 10 % du capital est de toute façon réintégrée aux cotisations sociales, y compris via une SPFPL (Cass. 2e civ. 19 octobre 2023 n° 21-20.366) — dividendes de SELARL et SPFPL d'architecte et SELARL ou BNC : l'impact sur l'assiette de cotisation.
On part toujours de votre relevé, jamais d'un produit
Construire votre complément retraite d'architecte
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant et multi-partenaires. On part de votre relevé de carrière réel, on chiffre l'écart à combler et on arbitre le bon mix PER / assurance-vie / SCPI selon votre tranche et vos revenus en dents de scie — en coordination avec votre expert-comptable.

