Le constat : la CIPAV est un socle, pas un objectif de revenu
Vous avez cotisé toute votre carrière à la CIPAV, parfois lourdement les bonnes années, et pourtant, le jour de votre départ, votre pension obligatoire représentera nettement moins de la moitié de ce que vous gagniez. Pour un architecte à 100 000 € de bénéfice, le passage à la retraite peut signifier une chute de revenu de l'ordre de plusieurs milliers d'euros par mois — un écart qui ne se rattrape pas en quelques mois. Ce n'est ni une fatalité ni une malchance : c'est la mécanique même du régime (un point au rendement parmi les plus bas des caisses libérales, des revenus en dents de scie, des plafonds qui bloquent). La bonne nouvelle : cet écart se chiffre, puis se comble, par anticipation et par capitalisation. C'est tout l'objet de ce guide.
Les 6 leviers, en bref : doubler la part complémentaire
2. L'assurance-vie, à côté, reste la poche qu'on garde liquide et transmissible (abattement 152 500 € par bénéficiaire, art. 990 I), PS maintenus à 17,2 %.
3. La SCPI / l'immobilier apportent du revenu tangible : SCPI en assurance-vie, déficit foncier, LMNP.
4. La capi / le PEA capitalisent à frottement réduit (capi PM, art. 238 septies E) ou en franchise après 5 ans (PEA).
5. La cession de l'agence, elle, arrive en bout de course comme capital de départ, largement exonérable (238 quindecies).
6. La SEL / SPFPL ajoutent un étage de capitalisation pour qui exerce en société.
Elles ne s'opposent pas : elles s'empilent, dans un ordre qui dépend de votre TMI, de votre statut et de vos revenus.
Votre retraite d'architecte repose sur deux briques obligatoires : la base CNAVPL (commune à tous les libéraux, par points, valeur de service du point de l'ordre de 0,6599 € en 2026, à confirmer sur lacipav.fr) et le complémentaire de la CIPAV (par tranches de revenu, valeur de service du point de l'ordre de 2,89 €). L'architecte fait d'ailleurs partie des professions qui restent à la CIPAVaprès la réforme de 2018 (décret n° 2018-1048). C'est un socle viager indispensable… mais un socle seulement.
Le chiffre à retenir : à hauts revenus, l'ensemble de ces régimes vous remplace souvent moins de 40 à 50 % de vos revenus d'activité. C'est une estimation que nous formulons au conditionnel — jamais un chiffre réglementaire ni une projection de votre pension — et plus votre bénéfice est élevé, plus ce taux chute, parce que la base est plafonnée et le rendement du point faible. Nous ne re-posons pas ici le diagnostic complet : le « pourquoi » détaillé (mécanique des points, plafonds, valeurs 2026) est traité dans retraite CIPAV de l'architecte : à quoi vous attendre vraiment. Ce guide-ci répond à la question suivante : concrètement, comment combler le trou et doubler la part complémentaire ?
Pourquoi la retraite CIPAV est si faible : les 4 causes
« J'ai bien gagné ma vie, pourquoi ma pension est-elle si basse ? » C'est la phrase qui revient le plus en rendez-vous. Quatre causes s'additionnent, et aucune ne dépend de vous — c'est précisément ce qui rend le complément indispensable.
| Cause | Mécanisme | Conséquence sur la pension |
|---|---|---|
| 1. Rendement du point CIPAV | Point servi ≈ 2,89 €/an pour un point acheté ≈ 47,40 € → ≈ 6 % de rendement instantané [à confirmer lacipav.fr] | L'un des plus faibles des caisses libérales : chaque euro cotisé rapporte peu |
| 2. Revenus irréguliers | Bénéfice en dents de scie selon les chantiers ; les années creuses acquièrent peu de points | Droits rabotés sur la durée de carrière |
| 3. Base CNAVPL plafonnée | Régime de base par points, plafonné (point ≈ 0,6599 €) : plus de droits au-delà du plafond | La base ne porte qu'une fraction modeste de la pension |
| 4. Complémentaire plafonné | Cotisation et acquisition de points plafonnées au-delà de 3 PASS de revenu (≈ 144 180 € en 2026) [à confirmer lacipav.fr] | Au-delà de ce plafond, plus aucun point complémentaire acquis |
Le cœur du problème : un rendement de régime, pas un placement
Un mot sur la quatrième cause, souvent ignorée : au-delà du plafond d'assiette du régime complémentaire (de l'ordre de 3 PASS, soit ≈ 144 180 € en 2026, à confirmer sur lacipav.fr), vous continuez à cotiser sans acquérir de nouveaux points dans cette tranche. Autrement dit, un architecte à très hauts revenus voit le rapport entre ce qu'il verse et ce qu'il touchera se dégrader encore. C'est exactement la situation où la capitalisation déductible (le PER) reprend la main.
Combien il vous manque pour atteindre 70 % de remplacement
Avant de choisir des produits, on chiffre l'écart. La règle de méthode que nous utilisons en rendez-vous : viser un taux de remplacement de 70 % du dernier revenu net (un repère de confort largement admis), en retrancher la pension obligatoire estimée, et obtenir le complément annuel à financer par capitalisation.
De l'objectif au complément à financer
REVENU CIBLE A LA RETRAITE = 70 % du dernier revenu net COMPLEMENT ANNUEL A FINANCER = revenu cible - pension obligatoire estimee (CNAVPL + CIPAV) Exemple (architecte 100 000 EUR de revenu) : revenu cible 70 % = 70 000 EUR / an pension obligatoire est. = 35 000 a 45 000 EUR / an (au conditionnel) -------------------------------------------------------------- COMPLEMENT A FINANCER = 25 000 a 35 000 EUR / an
La pension obligatoire est un ordre de grandeur au conditionnel (à estimer sur lacipav.fr et avec un bilan retraite), jamais un chiffre garanti. Le diagnostic détaillé est dans le guide dédié à la retraite CIPAV.
Garde-fou : votre pension n'est pas un placement (pas de PS du capital dessus)
« Doubler sa retraite », ce n'est pas une formule marketing : dans les faits, on double la part complémentaire (voire davantage) en ajoutant, à côté de la CIPAV, une rente issue de votre capital. Reste à savoir avec quels leviers et dans quel ordre.
Les 6 leviers ne s'opposent pas : ils s'empilent
Sur internet, on vous oppose « PER vs assurance-vie » ou on vous vend un produit. Le vrai sujet n'est pas de trancher entre PER et assurance-vie, mais de savoir dans quel ordre on remplit les enveloppes. Car elles ne se concurrencent pas : chacune répond à un besoin distinct — défiscaliser, rester liquide, transmettre, encaisser un revenu, capitaliser une trésorerie de société, transformer l'agence en capital.
L'ordre type d'un architecte en BNC à 41 % de TMI
2. L'assurance-vie en parallèle : la poche liquide et transmissible que le PER, bloqué, ne peut pas offrir.
3. La SCPI / l'immobilier : pour un revenu régulier et tangible qui diversifie l'épargne financière.
4. La capi / le PEA pour la trésorerie longue et la poche actions efficiente.
5. La cession de l'agence en fin de carrière, comme capital de départ.
6. En société, la SEL / SPFPL pour capitaliser un étage supplémentaire.
En pratique, deux familles de leviers se répondent. D'un côté la capitalisation financière (PER, assurance-vie, capi, PEA) : l'effet du temps, une fiscalité pilotable, des montants ajustables au centime — idéale pour des revenus irréguliers. De l'autre la capitalisation réelle et patrimoniale(immobilier + cession de l'agence) : des revenus tangibles, une valeur de revente, un ancrage hors des marchés.
Capitalisation financière (PER, AV, capi, PEA)
Points forts
- Effet du temps et des intérêts composés
- Fiscalité pilotable (déduction PER à l'entrée, abattements AV à la sortie)
- Montants ajustables : on charge les bonnes années, on lève le pied les creuses
- Transmission optimisée via l'assurance-vie (990 I)
Points de vigilance
- Risque de perte en capital selon les supports
- PER bloqué jusqu'à la retraite
- Pas de revenu « tangible » avant la sortie
Capitalisation réelle / patrimoniale (immobilier + cession)
Points forts
- Revenu régulier et tangible (loyers)
- Valeur de revente (immobilier, agence)
- Effet de levier du crédit possible (immobilier)
- La cession de l'agence : un capital de départ souvent décisif
Points de vigilance
- Liquidité faible (vente d'un bien, aléa de cession)
- Gestion et vacance locative à anticiper
- Fiscalité des revenus fonciers lourde à TMI haute
Dans les sections suivantes, on prend chaque levier un à un, puis on les met face à face dans un tableau comparatif et une méthode chiffrée pour viser 70 %.
Levier 1 — Le PER : le moteur fiscal à TMI élevée
On attaque par le levier qui fait le plus mal à votre impôt quand vous êtes à 41 ou 45 % de tranche : le Plan d'épargne retraite (PER). Sa force tient au plafond spécifique des travailleurs non salariés de l'article 154 bis du CGI (héritage de la loi Madelin). Vous déduisez vos versements de votre bénéfice imposable, dans une enveloppe bien plus large que celle d'un salarié.
Le plafond de déduction PER de l'architecte (art. 154 bis, 2026)
PLAFOND 154 bis = 10 % du benefice (dans la limite de 8 PASS)
+ 15 % de la fraction de benefice entre 1 et 8 PASS
PLANCHER 2026 = 4 806 EUR (meme si benefice faible)
PLAFOND MAX 2026 = 88 911 EUR (benefice >= 8 PASS = 384 480 EUR)
1 PASS 2026 = 48 060 EURBase de calcul : le bénéfice de l'année. Les plafonds non utilisés se reportent jusqu'à 5 ans depuis la LF 2026 (pour les plafonds nés à compter de 2026 ; 3 ans pour les plafonds 2023-2025, art. 163 quatervicies) — un atout décisif pour des revenus irréguliers. Le détail BNC par BNC est dans le guide PER de l'architecte.
L'économie d'impôt immédiate
ECONOMIE D'IMPOT = versement deductible x TMI
Exemple : 10 000 EUR verses a TMI 41 %
= 4 100 EUR d'IR en moins -> effort net reel 5 900 EURL'économie est réelle et immédiate : c'est le grand avantage du PER pour un architecte à 41 ou 45 % de TMI.
Les quatre garde-fous du PER (à connaître avant de verser)
2. Plafond reportable. Les plafonds 154 bis / 163 quatervicies non utilisés se reportent jusqu'à 5 ans depuis la LF 2026 (pour les plafonds nés à compter de 2026 ; 3 ans pour les plafonds 2023-2025) et se mutualisent entre conjoints : idéal pour charger les bonnes années.
3. Épargne bloquée. Jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé de l'art. L. 224-4 du CMF (accidents de la vie ; acquisition de la résidence principale).
4. PS 18,6 % à la sortie. Les gains supportent des prélèvements sociaux de 18,6 %en 2026 (et non 17,2 % comme l'assurance-vie).
À la sortie, le PER se fiscalise. En capital, la part correspondant aux versements déduits est imposée au barème de l'IR sans l'abattement de 10 % des pensions, et les gains au PFU (12,8 % d'impôt + PS 18,6 %). En rente, la fraction imposable suit le régime des pensions. La transmissiond'un PER assurantiel relève des articles 990 I / 757 B, comme l'assurance-vie.
Le PER gagne dès que votre tranche baisse à la retraite
Levier 2 — L'assurance-vie : la poche liquide et transmissible
Le PER excelle à défiscaliser, mais il bloque l'épargne — et c'est précisément là qu'intervient l'assurance-vie, doublement précieuse pour un architecte aux revenus irréguliers. Pas de déduction à l'entrée, mais une liquidité totale : les rachats sont libres à tout moment, et seuls les gains sont taxés (le capital ressort sans impôt). C'est la poche disponible que le PER, verrouillé, ne peut pas offrir — celle dans laquelle on puise les années creuses.
Après 8 ans de détention, le rachat devient très doux : 7,5 % jusqu'à 150 000 € de primes nettes (12,8 % au-delà), un abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) sur les gains, et des prélèvements sociaux maintenus à 17,2 % en 2026 (art. 125-0 A CGI). Pour piloter votre complément, vous avez le choix : des rachats partiels programmés (mensuels, par exemple) ou la mise en place d'une rente.
L'argument transmission : l'assurance-vie reste imbattable
La dualité des prélèvements sociaux 2026 (à garder en tête)
Levier 3 — La SCPI et l'immobilier : du revenu tangible
L'immobilier, lui, apporte ce que les enveloppes financières n'ont pas : un revenu régulier et tangible, qui diversifie l'épargne PER/AV et peut bénéficier de l'effet de levier du crédit. À 41-45 % de TMI, tout l'enjeu est de maîtriser la fiscalité des loyers, qui peut vite devenir confiscatoire.
La SCPI en assurance-vie : la porte d'entrée la plus efficace
Les SCPI apportent un revenu immobilier sans aucune gestion. Mais en direct, les SCPI distribuent des revenus fonciers soumis au barème de l'IR + PS 17,2 % : à 45 % de TMI, on frôle les 62 % de fiscalité. La parade la plus simple : loger les SCPI dans une assurance-vie, qui leur applique la fiscalité douce de l'enveloppe (rachats à 7,5 % après 8 ans, abattement annuel). C'est souvent l'entrée immobilière la plus efficace pour un architecte fortement imposé, détaillée dans SCPI en assurance-vie pour architecte : l'immobilier sans la fiscalité foncière et le pilier guide complet des SCPI.
Le déficit foncier : effacer du revenu global (location nue)
En location nue, le déficit foncier (charges et travaux supérieurs aux loyers) s'impute jusqu'à 10 700 € par an sur le revenu global (art. 156 CGI), le surplus étant reportable 10 ans sur les revenus fonciers. À TMI haute, c'est un outil de réduction d'impôt très efficace sur les années de forte tranche. Les revenus fonciers nus restent ensuite soumis aux PS à 17,2 %.
Le LMNP : amortir pour neutraliser les loyers
En location meublée (LMNP), le régime réel permet d'amortir le bien : pendant des années, les loyers imposables sont largement neutralisés. Attention à la dualité des PS 2026 : les loyers meublés (LMNP) sont à 18,6 %, alors que le foncier nu reste à 17,2 % — à ne pas confondre.
À TMI haute, fuyez le foncier nu en direct sans travaux
Choisir les bonnes enveloppes pour doubler votre retraite
Un CGP indépendant estime votre trou de retraite CIPAV, puis dimensionne et empile les 6 leviers (PER, assurance-vie, SCPI, capi/PEA, cession, SEL/SPFPL) à votre bénéfice et à votre âge — sans vous survendre un produit. Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant.
Levier 4 — Le contrat de capitalisation et le PEA
On termine la capitalisation financière par deux enveloppes que personne ne cite jamais quand on parle « retraite » : une qui se loge dans votre société, une autre dans votre patrimoine privé.
Le contrat de capitalisation en société (art. 238 septies E)
Lorsqu'une société à l'IS (votre SELARL ou une SPFPL) souscrit un contrat de capitalisation, l'article 238 septies E du CGI impose chaque année un revenu forfaitaire calculé sur une base de 105 % du dernier TME connu à la date de souscription (taux figé), avec régularisation au dénouement sur le gain réel. En clair : vous savez dès la souscription que la société paiera chaque année un IS faible et connu d'avance, pendant que le reste du capital fructifie — c'est l'outil de placement de la trésorerie longue d'une société d'architecture. Le détail est dans placer la trésorerie de votre SELARL d'architecte.
Le PEA : la poche actions efficiente (côté privé)
Côté patrimoine privé, le PEA est l'enveloppe actions la plus efficiente sur le long terme : après 5 ans de détention, les retraits sont exonérés d'impôt sur le revenu (seuls les PS à 18,6 % en 2026 restent dus sur les gains). Pour un architecte avec un horizon long, c'est un complément naturel de l'assurance-vie sur la poche dynamique. La vue d'ensemble des placements est dans où placer son argent quand on est architecte à hauts revenus.
Capi PM vs PEA : société ou privé, pas le même usage
Levier 5 — La cession de l'agence comme capital de départ
Pour beaucoup d'architectes, la vente de l'agence au moment du départ est le capital de retraite le plus important — et il peut être largement exonéré.
Garde-fou : l'architecte n'est PAS un officier ministériel
Sauf que ces quatre régimes ne se valent pas, et c'est là que beaucoup d'architectes laissent de l'argent sur la table : deux effacent tout — l'impôt sur le revenu ET les prélèvements sociaux (les vrais « zéro fiscalité ») —, deux autres ne grattent que l'impôt sur le revenu et laissent les prélèvements sociaux à payer (18,6 % en 2026 sur la plus-value professionnelle).
Côté fonds libéral, deux articles visent la plus-value de la clientèle et de l'agence et l'effacent en totalité. L'article 151 septies joue selon vos recettes : exonération totale tant que les recettes moyennes des deux années précédentes restent ≤ 90 000 €, dégressive jusqu'à 126 000 € (prestations de services, activité d'au moins 5 ans). L'article 238 quindecies joue, lui, selon la valeur de cession : exonération totale tant que la valeur cédée reste inférieure à 500 000 €, dégressive jusqu'à 1 000 000 €. Pour une agence de taille moyenne, c'est ce dernier qui est le plus souvent le levier phare.
Pour qui part à la retraite, deux autres régimes prennent le relais, mais ils n'effacent que l'impôt sur le revenu : l'article 151 septies A pour la cession du fonds ou de l'activité (cessation et liquidation des droits dans les 24 mois), et l'article 150-0 D ter pour la cession des titres d'une SEL par le dirigeant partant à la retraite (abattement fixe de 500 000 €, prorogé jusqu'au 31 décembre 2031). Dans les deux cas, les prélèvements sociaux de 18,6 %restent dus sur la plus-value : l'exonération porte sur l'IR, jamais sur les PS. Le tableau ci-dessous remet ces quatre régimes côte à côte.
| Article CGI | Condition clé | Ce qui est effacé |
|---|---|---|
| 151 septies | Recettes moy. ≤ 90 000 € (dégressif jusqu'à 126 000 €) | IR + PS (exonération totale) |
| 238 quindecies | Valeur cédée < 500 000 € (dégressif jusqu'à 1 000 000 €) | IR + PS (exonération totale) |
| 151 septies A | Départ à la retraite (cession du fonds / activité) | IR seul — PS 18,6 % dus |
| 150-0 D ter | Cession de titres de SEL, dirigeant retraite | IR seul (abatt. 500 000 €) — PS 18,6 % dus |
Anticiper la cession : ce n'est pas une formalité de dernière minute
Levier 6 — La SEL et la SPFPL pour capitaliser
Si vous exercez en société (SELARL, SELAS ou société d'architecture), votre structure n'est pas qu'un outil de facturation : c'est aussi un coffre-fort à l'IS où l'argent est taxé à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice puis 25 %, là où il subirait jusqu'à 45 % entre vos mains. Résultat : il reste plus de capital à faire travailler avant toute distribution.
En coiffant la SEL d'une holding (SPFPL), on bénéficie du régime mère-fille (art. 145 et 216 CGI) : les dividendes remontés de la SEL vers la holding sont exonérés à 95 % (seule une quote-part de frais et charges de 5 % est imposée à l'IS, soit une friction d'environ 1,25 %). Le capital ainsi remonté peut être réinvesti ou placé en capi PM (art. 238 septies E). Depuis l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, une SPFPL peut détenir jusqu'à 100 % des droits d'une SEL.
Anti-mythe : non, la SEL ne sert pas à « surcotiser » ses droits CIPAV
Une précision réglementaire : la quotité de détention du capital d'une société d'architecture et l'existence d'une SPFPL propre aux architectes sont encadrées par la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 (art. 13) — les seuils exacts (détention majoritaire par des architectes) sont à vérifier à la source ; à défaut d'une SPFPL d'architectes, une holding de droit commun détenant la société d'architecture reste envisageable. À étudier au cas par cas avec votre conseil.
Le comparatif des 6 leviers en un tableau
Quentin pose le même tableau en rendez-vous, sur les critères qui décident vraiment d'un complément de retraite : l'avantage à l'entrée, la fiscalité à la sortie, les prélèvements sociaux 2026, la liquidité et l'usage type.
| Levier | Avantage à l'entrée | PS 2026 | Liquidité | Usage type |
|---|---|---|---|---|
| PER | Déduction 154 bis (jusqu'à 88 911 €) | 18,6 % (gains) | Bloqué (sauf L. 224-4 CMF) | Défiscaliser les bonnes années |
| Assurance-vie | Aucune | 17,2 % | Totale (rachats libres) | Liquidité + transmission + années creuses |
| SCPI / immobilier | Amortissement LMNP / déficit foncier | 17,2 % (nu) · 18,6 % (LMNP) | Faible (vente du bien) | Revenu tangible diversifiant |
| Capi PM / PEA | Capi : différé IS · PEA : exo IR après 5 ans | 18,6 % (PEA gains) | Capi : bonne · PEA : bonne après 5 ans | Trésorerie de société · poche actions |
| Cession de l'agence | Exonération de PV (238 quindecies) | 0 % si < 500 k€ · sinon 18,6 % | Ponctuelle (au départ) | Capital de départ |
| SEL / SPFPL | IS réduit + mère-fille 95 % | — | Selon distribution | Étage de capitalisation en société |
Ce que ce tableau dit vraiment : si on vous vend « LE » placement retraite, méfiez-vous
La méthode des 70 % : de l'objectif à l'effort mensuel
On déroule le calcul que Quentin pose au tableau en rendez-vous, en quatre étapes : de « je veux 70 % de mon revenu » jusqu'au chiffre qui compte vraiment — combien mettre de côté chaque mois. C'est exactement ce qu'un bilan retraite affine ensuite à partir de votre situation réelle.
Les 4 étapes : de l'objectif 70 % à l'effort mensuel
ETAPE 1 - OBJECTIF = 70 % du dernier revenu net ETAPE 2 - ECART = objectif - pension obligatoire estimee ETAPE 3 - CAPITAL CIBLE = ecart annuel x 25 (retrait prudent ~ 4 %/an) ETAPE 4 - EFFORT MENSUEL = f(capital cible, nombre d'annees, rendement) Exemple (ecart de 25 000 EUR/an a financer) : capital cible = 25 000 x 25 = 625 000 EUR sur 20 ans a 4 % net -> effort de l'ordre de 1 700 EUR / mois sur 25 ans a 4 % net -> effort de l'ordre de 1 250 EUR / mois
Le « x 25 » découle d'un taux de retrait prudent d'environ 4 %/an. Hypothèse de rendement de 4 % net/an signalée : ce sont des ordres de grandeur pédagogiques, pas une promesse de performance. Le capital n'est pas garanti.
Sur l'effort à fournir, le PER reprend la main grâce à la déduction : à TMI élevée, vous épargnez « plus » pour un effort net moindre.
Le coût réel d'un versement PER (TMI 41 %)
1 000 EUR verses sur un PER, a TMI 41 % : - economie d'IR = 410 EUR - effort net reel = 590 EUR => le levier fiscal reduit l'effort d'epargne d'environ 40 %
À TMI élevée, le PER permet d'épargner « plus » pour un effort net moindre. C'est précisément ce qui en fait le levier n°1 de l'architecte fortement imposé. Raisonnement de méthode, pas une promesse.
Signature « dents de scie » : adapter l'effort au cycle des chantiers
Comment lire nos projections (et pourquoi le 4 % n'est pas une promesse)
Cas chiffrés : Sophie, Marc et Camille
Trois profils types qu'on voit passer à Chambéry. Les prénoms sont fictifs ; les calculs de plafond PER (art. 154 bis) sont précis aux taux 2026 (1 PASS = 48 060 €), mais les montants de capital et de pension sont des ordres de grandeur pédagogiques, au conditionnel — pas une projection de votre situation. La formule du plafond appliquée est : 10 % du bénéfice + 15 % × (bénéfice − 1 PASS), dans la limite de 8 PASS.
Cas 1 — Sophie, BNC 100 000 €, TMI 41 %, 50 ans (le plan PER + AV + SCPI)
Écart à combler : revenu cible 70 % ≈ 70 000 € − pension obligatoire estimée ≈ 35-45 k€ → écart de l'ordre de 25-35 k€/an (au conditionnel, renvoi diagnostic).
Le plan sur 15 ans : PER 10 000 €/an (−4 100 € d'IR) ≈ 200 000 € + assurance-vie 6 000 €/an ≈ 120 000 € + SCPI en AV 400 €/mois ≈ 95 000 € → de l'ordre de 400 000 à 450 000 € (4 % net).
Une rente prudente (~4 %/an) sur ce capital ≈ 16-18 k€/an, qui double la part complémentaire de sa pension. Le PER, c'est sa colonne vertébrale ; l'assurance-vie, le matelas dans lequel elle pioche l'année où un gros chantier capote.
Cas 2 — Marc, SELARL gérant TNS, 150 000 € de revenu, TMI 45 %, 55 ans (charger + société)
Plafond CIPAV atteint : au-delà du plafond du complémentaire, Marc n'acquiert plus de points → la capitalisation déductible est d'autant plus rentable.
Le plan : PER chargé au plafond avec report jusqu'à 5 ans (LF 2026, pour les plafonds nés à compter de 2026) + capi en SPFPL (238 septies E) sur la trésorerie + cession des titres au départ (150-0 D ter, abattement 500 000 €, mais PS 18,6 % dus).
Pour un architecte en société à très haute TMI, le couple PER chargé + capitalisation en SPFPL est le moteur principal du complément.
Cas 3 — Camille, BNC en dents de scie 80 000 → 140 000 €, 42 ans (le pilotage du cycle)
Années fortes (140 k€) : PER chargé à 20-25 k€ (plafond élevé), consommation du report des années creuses, déduction à 41-45 % → effet fiscal maximal.
Années creuses (80 k€) : on lève le pied sur le PER et on alimente (ou on laisse) l'assurance-vie, liquide, sans se mettre en tension de trésorerie.
Résultat : sur 25 ans, l'effort est lissé sur le cycle, pas subi année par année. Le pilotage détaillé est dans lisser sa fiscalité quand on a des revenus en dents de scie.
| Persona | Profil | Levier prioritaire | Chiffre clé |
|---|---|---|---|
| Sophie | BNC 100 000 €, TMI 41 %, 50 ans | PER + AV + SCPI en AV | 17 791 € déductibles · vise à doubler la part compl. |
| Marc | SELARL TNS, 150 000 €, TMI 45 %, 55 ans | PER chargé + capi SPFPL + cession | 30 291 € déductibles · plafond CIPAV atteint |
| Camille | BNC 80 → 140 k€ (dents de scie), 42 ans | PER les bonnes années + AV les creuses | Report jusqu'à 5 ans (LF 2026) · effort lissé sur le cycle |
Note de méthode
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