La retraite du kiné en 30 secondes
La retraite du kiné en 30 secondes
C'est un mauvais calcul que je vois passer toutes les semaines. Pendant trente ans, vous versez à la CARPIMKO des cotisations qui pèsent lourd dans votre trésorerie — et le jour venu, votre pension ne couvrira sans doute qu'un tiers à 40 % de votre dernier revenu d'activité. Pour un kiné à 50 000 € de bénéfice, le trou tourne souvent autour de 1 500 à 2 000 € par mois entre votre dernier revenu et votre pension (nous le chiffrerons section 7). La CARPIMKO fait son travail : elle vous verse un socle. Le malentendu, c'est de croire qu'un socle suffit à tenir votre niveau de vie ; elle a été conçue pour ça, pas pour maintenir votre train de vie. Et comme le kiné a des revenus modérés, la base — qui plafonne très vite — ne peut pas faire grand-chose pour lui.
On va faire comme en rendez-vous : d'abord comprendre et chiffrer le trou, ensuite voir par quel bout l'attaquer — en aperçu, car le détail des solutions est traité dans le guide dédié au PER du kiné pour compenser la chute de revenus à la retraite.
Déontologie : aucun montant individuel ne peut être garanti
Les 3 étages : base CNAVPL, complémentaire CARPIMKO et ASV
Commençons par le commencement : comment votre pension se construit, étage par étage. Le kinésithérapeute relève de la catégorie « santé » des professions libérales (article L. 640-1 du Code de la sécurité sociale), affiliée à la CNAVPL. Et la caisse qui gère tout pour vous, c'est la CARPIMKO — la Caisse Autonome de Retraite et de Prévoyance des Infirmiers, Masseurs-Kinésithérapeutes, Pédicures-podologues, Orthophonistes et Orthoptistes —, et jamais la CARMF (médecins), la CARCDSF (dentistes) ni la CAVP (pharmaciens). Elle gère trois régimes, chacun par points.
Trois régimes qui n'obéissent pas aux mêmes règles
| Régime | Base légale | Cotisation 2026 (ordre de grandeur) | Valeur de service du point |
|---|---|---|---|
| Base CNAVPL (par points) | CSS L. 642-1 | 8,73 % ≤ 1 PASS / 1,87 % de 1 à 5 PASS | 0,6599 € |
| Complémentaire CARPIMKO (réformée 2026) | CSS L. 644-1 | 8,70 % sur 0,5 à 3 PASS (24 030 à 144 180 €) | ≈ 21,48 € (à vérifier carpimko.fr) |
| ASV / PCV (conventionnés) | CSS L. 645-1 | Forfait ~224 € praticien + ~0,40 % (Assurance maladie ~2/3) | ≈ 1,50 € (à vérifier carpimko.fr) |
| Invalidité-décès | CSS L. 644-2 | Forfait ~1 022 € | — |
Un point à votre avantage : la déductibilité sans plafond
Cette logique du système par points n'est pas propre au kiné : elle est commune à toutes les caisses libérales. Pour la vue d'ensemble, voyez pourquoi la caisse obligatoire d'un libéral ne suffit jamais.
La base plafonnée : cotiser plus ne fait pas toucher plus
Si vous ne retenez qu'un chiffre de ce guide, c'est celui-là. Le régime de base CNAVPL (article L. 642-1 du CSS) attribue des points selon deux tranches : 525 points pour la part jusqu'à 1 PASS, et 25 points pour la part de 1 à 5 PASS. Au-delà de 5 PASS de revenu, vous butez sur 550 points par an, pas un de plus. Or à 0,6599 € le point, ces 550 points ne valent que…
Le plafonnement de la retraite de base CNAVPL
Points de base = 550 points / an au maximum
(525 points sur la tranche 1, jusqu a 1 PASS
+ 25 points sur la tranche 2, de 1 a 5 PASS)
Valeur de service du point de base (01/01/2026) = 0,6599 EUR
Droits de base acquis = 550 x 0,6599
= environ 363 EUR / an au plusDeux kinés, l'un à 40 000 € et l'autre à 120 000 € de bénéfice, acquièrent quasiment les mêmes droits de base : la base est construite pour plafonner. Prise isolément, elle ne sert qu'un montant minuscule. C'est de l'arithmétique pure : ni votre comptable ni votre bonne volonté n'y changeront rien — et c'est pour cela que la complémentaire (section 4) porte l'essentiel de la pension.
Pour le kiné, le piège n'est pas tant le plafond des 5 PASS — ses revenus l'atteignent rarement — que la faiblesse intrinsèque de la base : même en cotisant toute sa carrière, le socle de base reste modeste. C'est la complémentairequi fait le gros du travail, et c'est précisément elle qui change de règle en 2026.
Le décrochage est inscrit dans la structure
La complémentaire CARPIMKO change de règle au 1er janvier 2026
C'est LA nouveauté 2026, et la plupart de mes clients kinés tombent des nues quand je la leur explique. Le régime complémentaire (article L. 644-1 du CSS) fonctionnait jusqu'ici sur un système mixte : une cotisation forfaitaire (de l'ordre de 2 312 €) qui ouvrait droit à huit points attribués automatiquement, complétée d'une part proportionnelle. Au 1er janvier 2026, ce forfait et les huit points automatiques disparaissent.
Ce que la réforme change, ligne à ligne
La complémentaire reste de loin l'étage qui porte l'essentiel de votre future pension — mais elle reste plafonnée à 3 PASS, et la valeur de service de son point (de l'ordre de 21,48 €, à vérifier sur carpimko.fr) est revalorisée chaque annéepar le conseil d'administration, sans garantie qu'elle suive l'inflation. C'est le propre d'un régime par répartition : vous payez aujourd'hui pour les pensions d'aujourd'hui, et vos droits futurs dépendent de décisions futures.
Pourquoi une réforme de plus est un signal
L'ASV / PCV : l'avantage des conventionnés (et sa limite)
On monte au troisième étage — et là, pour une fois, le système joue en votre faveur. L'ASV — l'avantage social vieillesse, qu'on appelle aussi PCV, prestation complémentaire de vieillesse (article L. 645-1 du CSS) — est réservée au kiné conventionné. Son intérêt : l'Assurance maladie en finance environ les deux tiers. Sur un forfait global de l'ordre de 671 €, vous n'acquittez vous-même qu'environ 224 €, le reste (~447 €) étant pris en charge par la caisse, à quoi s'ajoute une part proportionnelle modeste (~0,40 %) sur vos revenus conventionnels.
Un avantage réel, mais modeste — et conditionnel
Faites le total des trois étages — base maigre, complémentaire plafonnée, ASV modeste — et vous obtenez une pension qui, en proportion de votre dernier revenu, décroche nettement. C'est ce que le cas chiffré de la section suivante va rendre tangible.
Âge, taux plein, décote : le piège de l'usure physique
La spécificité du kiné face à la retraite, c'est que son outil de travail, c'est son corps : le dos et les lombaires, les épaules, les poignets et les mains. Les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont la maladie professionnelle numéro un de la profession. Sur le terrain, beaucoup de kinés lèvent le pied, voire raccrochent, bien avant l'âge du taux plein, non par choix, mais par contrainte physique. Et cesser trop tôt a un coût chiffrable.
Arrêter avant 67 ans = décote + années de cotisation perdues
Le socle invalidité-décès de la CARPIMKO est trop court
Cas chiffrés : Sophie (50 000 € de BNC) et Karim (départ anticipé)
Mettons un visage sur tout ça. Deux profils réalistes — chiffres au conditionnel, comme toujours dès qu'on parle de pension.
Cas 1 — Sophie, kiné conventionnée, 62 ans, 50 000 € de BNC
- Cotisations retraite + prévoyance 2026 (illustratif) : base ≈ 8,73 % × 48 060 + 1,87 % sur la fraction au-delà d'1 PASS (~2 000 €) ≈ 4 196 € ; complémentaire réformée ≈ 8,70 % × (50 000 − 24 030) ≈ 2 259 € ; ASV ≈ 300 € (part praticien) ; invalidité-décès 1 022 €. Soit de l'ordre de 7 800 €/an, toutes déductibles du BNC.
- Pension obligatoire estimée (base + complémentaire + ASV cumulés, carrière pleine à ce niveau de revenu) : souvent bien en dessous de 50 % du dernier revenu, soit de l'ordre de 1 000 à 1 200 €/mois (à affiner sur le RIS et le simulateur carpimko.fr).
- Taux de remplacement : rapporté à un revenu d'activité d'environ 4 200 €/mois (50 000 € de BNC / 12), la pension ne représente plus que de l'ordre de 25 à 30 % du dernier revenu : c'est tout le problème.
- Le trou à combler : de l'ordre de 1 500 à 2 000 €/mois — c'est exactement ce que la capitalisation à son nom doit reconstruire.
Cas 2 — Karim, kiné, départ contraint à 63 ans avec 8 trimestres manquants
- Cause : une tendinopathie de l'épaule et un syndrome du canal carpien l'obligent à cesser avant le taux plein (TMS, le risque numéro un du métier).
- Décote : 8 trimestres manquants × 1,25 % = -10 % à vie sur sa pension de base et complémentaire.
- Impact : sur une pension de l'ordre de 1 100 €/mois, c'est -110 €/mois définitifs, auxquels s'ajoutent les années de cotisation qu'il n'a pas effectuées.
- Leçon : l'usure physique n'est pas qu'un risque médical, c'est un risque financier chiffrable — d'où la priorité absolue de la prévoyance Madelin et de l'épargne anticipée.
Comment lire ces cas
Reste la question qui compte : combien mettre de côté chaque mois pour combler ce trou ? Le calcul du plafond PER et de l'effort d'épargne est détaillé dans le guide PER kiné : compenser la chute de revenus à la retraite CARPIMKO.
La réversion CARPIMKO : ce que touche le conjoint
Un mot sur la réversion, sujet souvent oublié dans la préparation de la retraite. À votre décès, votre conjoint peut percevoir une fraction de votre pension — mais les règles de la CARPIMKO réservent quelques pièges qu'il vaut mieux connaître à l'avance.
| Régime | Taux de réversion (ordre de grandeur) | Condition principale |
|---|---|---|
| Base CNAVPL | ≈ 54 % | Âge minimum + condition de ressources |
| Complémentaire CARPIMKO | ≈ 60 % | Mariage requis |
| ASV / PCV | ≈ 50 % | Mariage requis |
Le mariage est requis : PACS et concubinage = 0 €
Et même pour un couple marié, ces taux partiels (54 / 60 / 50 %) appliqués à une pension déjà modeste ne reconstituent pas le revenu du ménage. Pour le détail des conditions et du calcul, voyez le guide dédié à la pension de réversion en 2026, et pour l'outil de transmission, le guide de l' assurance-vie comme complément de revenu et levier de transmission.
Votre vrai capital retraite n'est pas à la CARPIMKO
C'est souvent à ce moment du rendez-vous que mes clients kinés relâchent les épaules. Tant qu'on regarde la CARPIMKO, on ne voit que des contraintes : cotisations imposées, plafonds figés, réformes décidées sans vous. Le vrai capital retraite du kiné, lui, se construit à côté, et vous en gardez la main.
Ce que fait la CARPIMKO
Points de vigilance
- Régime obligatoire, par répartition
- Base plafonnée (~363 €/an), complémentaire écrêtée à 3 PASS
- Ne suit pas vos revenus : taux de remplacement 30-40 %
- Règles réformées sans vous (complémentaire 2026)
- Réversion partielle, réservée au conjoint marié
Ce que vous construisez à votre nom
Points forts
- PER / Madelin : capitalisation + déduction 154 bis
- Assurance-vie : disponibilité et transmission (990 I)
- Immobilier et SCPI : un revenu régulier à la retraite
- Cession de la patientèle : un capital de fin de carrière
- Des leviers que vous pilotez et calibrez sur votre trou réel
La cession de la patientèle : la brique de retraite spécifique du kiné
Le kiné a un actif que le salarié n'a pas : la valeur de cession de sa patientèle. Et côté impôts, le kiné est plutôt bien loti : la fiscalité de cette cession est très favorable pour un profil de revenus modérés. L'activité de kiné étant une prestation de services en BNC, elle relève de l'article 151 septies : l'exonération de la plus-value est totale si les recettes sont inférieures ou égales à 90 000 € (dégressive jusqu'à 126 000 €), pour une activité exercée depuis au moins 5 ans. Autrement dit, pour le kiné médian, la cession est souvent exonérée d'impôt sur le revenu. S'y ajoutent l'article 238 quindecies (exonération selon la valeur de cession, totale ≤ 500 000 €) et l'article 151 septies A (départ en retraite : IR exonéré, mais prélèvements sociaux dus).
Cession ≠ location : le piège anti-montage et la dualité des PS
Le mécanisme complet — calcul de l'assiette, articulation des trois régimes, calendrier des 24 mois — est détaillé dans le guide céder sa patientèle de kiné : plus-value, exonérations et capital de sortie.
Combler le trou : PER, assurance-vie, immobilier
Le diagnostic est posé ; rassurez-vous, ce trou se comble — mais avec une architecture, pas un seul produit miracle. Quatre familles de leviers, à empiler selon votre situation.
| Levier | Atout principal | Prélèvements sociaux 2026 | Quand le privilégier |
|---|---|---|---|
| PER / Madelin (154 bis) | Déduction à l'entrée (10 % + 15 % de 1 à 8 PASS ; max 88 911 €) | 18,6 % sur les gains à la sortie | TMI 30-41 %, horizon retraite |
| Assurance-vie | Liquidité + transmission (990 I, 152 500 €/bénéf.) | 17,2 % maintenu | Liquidité, réversion, transmission |
| Immobilier / SCPI | Revenu régulier complémentaire | 17,2 % (foncier nu) | Revenu récurrent à la retraite |
| Cession de la patientèle (151 septies) | Capital de fin de carrière, souvent exo d'IR | 18,6 % (PV professionnelle) | Au départ en retraite |
La dualité des prélèvements sociaux 2026
Le PER comble le trou, il ne le remplace pas
Note de méthode : ce que vaut une projection de capitalisation
Le détail — combien verser, sur quels supports, dans quel ordre — figure dans nos guides complémentaires : le PER du kiné pour compenser la chute de revenus, où placer son épargne professionnelle de kiné et la défiscalisation du kiné, pour réduire ses impôts tout en épargnant. Pour le PER en général, voyez le guide complet du Plan d'épargne retraite, le PER du libéral et son plafond 154 bis, et pour l'étage revenu, les SCPI comme complément de revenu à la retraite.
La feuille de route : par où commencer
En capitalisation, c'est le nombre d'années qui compte, plus encore que la mise de départ. Concrètement, voilà dans quel ordre on s'y prend, dossier de kiné après dossier de kiné.
- Demandez votre RIS (relevé individuel de situation) sur carpimko.fr et chiffrez votre pension réelle estimée — pas la moyenne sectorielle, la vôtre.
- Calculez le trou mensuelentre cette pension et votre revenu d'activité actuel : c'est votre objectif de reconstruction.
- Sécurisez d'abord la prévoyance Madelin(article 154 bis) face à l'usure physique — TMS, invalidité partielle empêchant le geste. C'est la priorité : un PER ne sert à rien si un accident vous force à le casser en catastrophe.
- Calibrez ensuite la capitalisation : PER au plafond utile, assurance-vie pour la liquidité, immobilier / SCPI pour le revenu, et anticipez la cession de la patientèle (conditions des 5 ans, fenêtre des 24 mois).
Préparer votre retraite de kiné avec Quentin Hagnéré
On estime votre taux de remplacement CARPIMKO, on chiffre le trou réel et on bâtit l'architecture qui le comble — prévoyance du geste, PER, assurance-vie, immobilier et cession de la patientèle — calibrée avec votre expert-comptable.
Une note pratique pour finir : votre choix entre micro-BNC et régime réel influe sur l'assiette de vos cotisations CARPIMKO, et donc indirectement sur vos droits — un arbitrage à intégrer dans votre stratégie retraite (voir micro-BNC ou réel : ce qui change pour votre fiscalité et vos cotisations). Et pour replacer le sujet dans le cadre commun à toutes les professions libérales, voyez la retraite du libéral au-delà du régime obligatoire.

