La retraite du pharmacien titulaire en 30 secondes
La retraite du pharmacien en 30 secondes
Prenons un cas que je vois passer toutes les semaines. Après trente ans d'exercice à dégager 200 000 € et plus d'EBE, votre première pension CAVP tombera, pour une carrière pleine, autour de 2 700 à 2 900 € par mois — un ordre de grandeur, pas une promesse. La pension moyenne d'un pharmacien libéral se situe d'ailleurs de l'ordre de 19 400 €/an, soit ≈ 1 600 €/mois (à vérifier sur cavp.fr). La CAVP n'est pas « faible » dans l'absolu : elle est insuffisante en proportion du train de vie d'un titulaire. Le hic est arithmétique : votre EBE grimpe sans limite, vos cotisations retraite, elles, butent vite sur un plafond.
On va procéder comme en rendez-vous : comprendre d'où vient le trou (les trois étages de la CAVP, un par un), le chiffrer sur un titulaire à 250 000 € d'EBE, puis voir par où l'attaquer. À la fin, vous saurez exactement ce que la CAVP vous versera vraiment, et où chercher le reste. Le détail des solutions (rachat de points, PER, cession) est traité dans des guides dédiés, à commencer par celui sur la façon d' optimiser sa retraite CAVP par le rachat de points et la montée de classe.
Déontologie : aucun montant individuel ne peut être garanti
Les 3 étages de votre retraite : base CNAVPL, répartition, capitalisation
Avant de comprendre le décrochage, voyons comment la pension se monte. Vous relevez des professions libérales (article L. 640-1 du CSS), affilié à la CNAVPL, et la CAVP — Caisse d'Assurance Vieillesse des Pharmaciens, section professionnelle de la CNAVPL (article L. 641-1), gère pour vous trois régimes. Et là, une règle qui ne souffre aucune exception : le titulaire relève de la CAVP, jamais de la CARMF (médecins), de la CARCDSF (dentistes) ni de la CARPIMKO(kinés). Raisonner avec les chiffres d'une autre caisse, c'est se tromper sur toute la ligne.
Le pharmacien titulaire n'a PAS de PCV
Trois étages, trois logiques différentes
| Régime | Base légale | Cotisation 2026 (ordre de grandeur) | Droits acquis |
|---|---|---|---|
| Base CNAVPL (par points) | CSS L. 642-1 | 8,73 % ≤ 1 PASS / 1,87 % de 1 à 5 PASS | ≈ 557 + 25 pts/an ; point 0,6599 € |
| Complémentaire RÉPARTITION (RCR) | CSS L. 644-1 | 7 657 € forfaitaire (appel ~105,4 %) | Annuités ; valeur 328,80 €/annuité |
| Complémentaire CAPITALISATION (RCC) | CSS L. 644-1 | Classes 3 à 13 (×2 à ×12 de 1 453 €) = 2 906 à 17 436 € | Capital individuel → rente viagère |
Notez la structure : la base est proportionnelle mais plafonnée, la répartition est purement forfaitaire, la capitalisation est bornée par les classes. À chaque étage, un mécanisme différent vient brider la pension d'un haut revenu. C'est cet empilement de freins, et non un seul plafond, qui explique le faible taux de remplacement. Pour la logique d'ensemble du libéral, commune à toutes les caisses, voyez pourquoi la caisse obligatoire d'un libéral ne suffit jamais.
La complémentaire répartition (RCR) : forfaitaire, déconnectée du revenu
Le deuxième étage est le régime complémentaire en répartition (RCR, article L. 644-1 du CSS). Sa particularité : la cotisation est forfaitaire — de l'ordre de 7 657 € en 2026 — la même pour tous, que vous gagniez 100 000 € ou 300 000 € d'EBE. En contrepartie, les droits se mesurent en annuités, dont la valeur est de l'ordre de 328,80 € en 2026.
La pension de répartition
Pension RCR annuelle = Nombre d annuites x 328,80 EUR Carriere pleine a 67 ans = ~42,5 annuites => 42,5 x 328,80 EUR = ~13 974 EUR/an brut (+10 % pour 3 enfants et plus)
Comme la cotisation est forfaitaire, les droits sont identiques pour tous les titulaires, quel que soit l'EBE. C'est un régime de solidarité, pas un régime proportionnel au revenu : c'est la deuxième cause structurelle du faible taux de remplacement des hauts revenus.
Le taux d'appel de 105,4 % : cotiser plus sans nouveaux droits
La répartition, elle, ignore complètement votre revenu. Un confrère à 130 000 € d'EBE et vous à 280 000 € touchez exactement la même pension de répartition. C'est la deuxième brique du plafonnement, après la base.
La part par capitalisation (RCC) : ce que seul le pharmacien possède
On arrive au troisième étage, le plus singulier : le régime complémentaire en capitalisation (RCC, article L. 644-1 du CSS). C'est le seul cas, parmi les caisses de professions libérales françaises, où une part de la retraite obligatoire fonctionne par capitalisation collective et non par répartition. Le pharmacien se constitue, année après année, un capital individuelqui générera plus tard une rente. Et c'est là votre singularité : vous détenez un dispositif que ni le médecin, ni le dentiste, ni le kiné ne possèdent.
La mécanique repose sur des classes de cotisation. Vous cotisez dans une classe numérotée de 3 à 13, chaque classe correspondant à un multiple (de 2 à 12 fois) une cotisation de référence de l'ordre de 1 453 € en 2026 — soit une cotisation annuelle comprise entre 2 906 € (classe 3, ×2) et 17 436 € (classe 13, ×12). La classe dépend de votre revenu de référence (RNS N-2), avec la possibilité d'opter pour une classe supérieure : c'est précisément l'un des leviers pour booster sa retraite. Des classes intermédiaires ont d'ailleurs été créées par le décret n° 2019-288 du 8 avril 2019 (effet au 1er janvier 2020) pour affiner ce réglage.
De la cotisation à la rente
Cotisations capitalisees et revalorisees (taux de distribution ~3 %/an)
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v
Capital individuel
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x coefficient de conversion (age, table de mortalite, taux technique, reversion)
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v
Rente viagere obligatoire (versee a vie)C'est, en quelque sorte, un PER rendu obligatoire et logé dans la caisse : vos cotisations s'accumulent et se revalorisent, puis sont converties en rente à la liquidation. Mais ce dispositif reste borné par les classes (cotisation maximale ~17 436 €/an) et la rente n'est jamais récupérable en capital.
Capitalisation CAVP ≠ PER : la rente n'est pas un capital disponible
Note de méthode : ce que vaut (et ne vaut pas) une projection
Comment monter en puissance sur cet étage ? En cotisant dans une classe supérieure ou en rachetant des points — deux leviers qui méritent un traitement à part. Nous les détaillons dans le guide dédié à la façon d' optimiser sa retraite CAVP par le rachat de points et la montée de classe.
Âge, taux plein, décote : à quel âge un pharmacien part vraiment
Reste la question de l'âge. L'âge légal de départ est en transition vers 64 ans (réforme des retraites de la loi du 14 avril 2023), mais ce calendrier a été gelé par la LFSS 2026 (loi du 30 décembre 2025) : les bornes par génération sont donc à confirmer pour votre année de naissance. Le repère stable, lui, ne bouge pas : le taux plein automatique est à 67 ans— à cet âge, la décote est annulée, quelle que soit votre durée d'assurance.
67 ans, le seul repère vraiment sûr
Or, dans les faits, l'âge moyen de départ constaté des pharmaciens se situe plutôt autour de 65,4 ans (ordre de grandeur à confirmer sur cavp.fr). Beaucoup partent donc avant67 ans, c'est-à-dire en s'exposant à une décote, qui vient creuser un peu plus le trou de pension. C'est un paramètre à intégrer très en amont dans la décision : mieux vaut décider de sa date de départ dès 60 ans que de la découvrir à 65.
Cas chiffré : le « trou » de pension du titulaire à 250 000 € d'EBE
Sébastien est venu me voir l'an dernier, six mois avant son départ. Son cas résume tout — chiffres au conditionnel, comme toujours dès qu'on parle de pension.
Cas 1 — Sébastien, 67 ans, pharmacien titulaire, EBE 250 000 €
- Revenu d'activité : ≈ 250 000 € d'EBE, pour un revenu net imposable de l'ordre de 135 000 €/an.
- Carrière pleine, départ à 67 ans (taux plein, pas de décote).
| Étage | Estimation annuelle brute | Commentaire |
|---|---|---|
| Base CNAVPL | ≈ 9 900 € | plafonnée à 5 PASS |
| Complémentaire répartition (RCR) | ≈ 13 974 € | 42,5 annuités × 328,80 € |
| Complémentaire capitalisation (RCC) | ≈ 8 000 à 11 000 € | selon la classe et le capital constitué |
| TOTAL pension CAVP | ≈ 32 000 à 35 000 €/an brut | ≈ 2 700 à 2 900 €/mois |
Le taux de remplacement de Sébastien
Taux de remplacement = Pension CAVP (~33 000 EUR) / Dernier revenu (~135 000 EUR) = ~24 %
Un taux de remplacement de l'ordre de 24 % laisse un trou d'environ 90 000 à 105 000 €/an à combler pour maintenir le train de vie. Et plus l'EBE est élevé, plus ce taux chute : c'est le cœur du problème du titulaire à haut revenu.
Cas 2 — Claire, titulaire, EBE 130 000 € : le taux remonte quand le revenu baisse
Comment lire ces cas
Sébastien ou Claire : lequel est votre profil ?
On lit votre relevé de carrière CAVP, on estime votre pension étage par étage (base, répartition, capitalisation) et on chiffre le trou exact entre votre dernier revenu et votre retraite obligatoire — pour savoir combien capitaliser, et à partir de quand.
Pourquoi cotiser plus ne comble pas le trou
Beaucoup de titulaires se disent alors : « je vais simplement cotiser plus à la caisse ». C'est justement le piège, et voici l'arithmétique qui le montre. À chaque étage, le rendement de la cotisation supplémentaire est plafonné, forfaitaire ou borné. Votre EBE, lui, n'a pas de plafond : il monte, pendant que la pension, elle, se heurte à ses limites. Mécaniquement, le taux de remplacement s'effondre quand le revenu grimpe.
Votre revenu d'officine
Points forts
- Non plafonné : EBE de 150 000 à 400 000 €
- TMI souvent à 41 % voire 45 %
- Croît avec la performance de l'officine
Points de vigilance
- Définit votre train de vie réel
- C'est lui, le dénominateur du taux de remplacement
Votre pension CAVP
Points forts
- Base CNAVPL : plafonnée à 5 PASS (240 300 €)
- Répartition : forfaitaire, identique pour tous
- Capitalisation : bornée par les classes (max ~17 436 €/an)
Points de vigilance
- Plafonne mécaniquement, quel que soit l'EBE
- Taux d'appel 105,4 % : on cotise plus sans droits de plus
La bonne réponse : capitaliser à son nom, pas surcotiser à la caisse
Votre vrai capital retraite n'est pas votre pension : c'est votre officine
C'est là que la plupart des titulaires se trompent de focale. Pour un pharmacien titulaire, la plus grosse ligne du patrimoine retraite n'est pas la pension CAVP : c'est la valeur de cession de l'officine (le fonds de commerce), souvent devant les murs et le PER. Bien anticipée, cette cession peut représenter plusieurs années de pension d'un coup. Trois leviers se combinent — et je renvoie au détail, car chacun mérite son propre guide.
| Levier | Dispositif | Prélèvements sociaux 2026 | Pour aller plus loin |
|---|---|---|---|
| Cession du fonds d'officine (BIC) | 151 septies A / 238 quindecies | 18,6 % (151 septies A) — exonérés ≤ 500 k€ (238 quindecies) | le guide cession d'officine |
| Cession des parts de SEL | 150-0 D ter (abattement 500 000 €) | 18,6 % sur la totalité | le guide cession d'officine |
| PER / Madelin | art. 154 bis CGI | 18,6 % sur les gains à la sortie | le PER du pharmacien |
| Murs / SCPI / assurance-vie | foncier / 990 I | 17,2 % | les murs de l'officine, l'assurance-vie |
2026 : 18,6 % de PS sur le fonds comme sur les parts — la vraie différence est ailleurs
Les deux autres leviers complètent le tableau. Le PER / Madelin (article 154 bis) déduit à l'entrée — imbattable à 41-45 % de tranche, jusqu'à 88 911 € déductibles en 2026 — mais attention : le PER ne crée aucun droit CAVP, il s'ajoute, il ne remplace pas la caisse. Le détail du calibrage figure dans le guide sur le PER du pharmacien titulaire et la déduction de ses cotisations et, pour le PER en général, dans le guide complet du Plan d'épargne retraite. Enfin, les murs de l'officine détenus en SCI génèrent un revenu foncier régulier (PS 17,2 %) : un actif retraite à part entière, traité dans le guide acheter les murs de son officine en SCI (IR ou IS). Pour la liquidité et la transmission, l' assurance-vie reste le complément de revenu et l'outil de transmission de référence.
Pour aller plus loin : transformer un capital de cession en revenu de retraite
Le bon réflexe : penser sa retraite 15 ans avant
Préparer votre retraite de pharmacien avec Quentin Hagnéré
On estime votre taux de remplacement CAVP, on chiffre le trou réel et on bâtit l'architecture qui le comble — PER au plafond 154 bis, assurance-vie, immobilier et cession de l'officine — calibrée avec votre expert-comptable.
Pharmacien à hauts revenus : CEHR, CDHR et fiscalité de la pension
Un mot sur le contexte fiscal, parce qu'il pèse sur la stratégie. Le titulaire à haut EBE est en général dans les tranches à 41 ou 45 % du barème (article 197 du CGI), et peut être concerné par deux contributions sur les hauts revenus. La CEHR (article 223 sexies) : 3 % puis 4 % au-delà de 250 000 / 500 000 € de RFR pour un célibataire (500 000 / 1 000 000 € pour un couple). Et la CDHR (article 224), contribution différentielle assurant une imposition minimale de 20 % du RFR au-delà de 250 000 / 500 000 €, reconduite par la LF 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, Cons. const. n° 2026-901 DC).
Plus la TMI est haute, plus la déduction PER est puissante
Et la pension elle-même, comment est-elle imposée ? Comme une pension de retraite (article 158-5 a du CGI), au barème progressif, après l'abattement de 10 % (BOI-RSA-PENS-30-10-20). Point important : la rente issue de la part par capitalisation suit, elle aussi, le régime des pensions, et non celui des rentes viagères à titre onéreux. Ne lui appliquez donc pasles 18,6 % du capital : une pension supporte l'IR (après abattement de 10 %) et la CSG/CRDS au taux des revenus de remplacement, pas les prélèvements sociaux du patrimoine.
La feuille de route : par où commencer
Le diagnostic est posé ; voici les six étapes, dans l'ordre où on les déroule en rendez-vous avec un titulaire. Rien de sorcier — mais l'ordre compte.
Six étapes, dans cet ordre
- 1. Demandez votre RIS / EIG : le seul document qui donne votre vrai montant de pension, étage par étage.
- 2. Chiffrez le trou : écart entre votre pension estimée et votre revenu cible à la retraite.
- 3. Optimisez la CAVP : montée de classe au régime de capitalisation, rachat de points (guide rachat de points CAVP).
- 4. Capitalisez à votre nom : PER au plafond 154 bis, assurance-vie pour la liquidité, SCPI pour le revenu.
- 5. Préparez la cession / transmission de l'officine 24 mois à l'avance (fonds vs parts, Dutreil, murs).
- 6. Construisez la stratégie globale : une vision 360°, du relevé de carrière au capital de sortie (guide hub).
En résumé : la pension est un socle, le vrai capital se construit et se révèle
Pour aller plus loin : le guide pour optimiser sa retraite CAVP (rachat de points, montée de classe), celui sur le PER du pharmacien titulaire, et celui qui replace le sujet dans le cadre commun à tous les libéraux — préparer la retraite du libéral au-delà du régime obligatoire. Avant de maximiser le PER, n'oubliez pas de sécuriser votre prévoyance Madelin (invalidité-décès) : protéger le revenu d'activité passe avant l'épargne retraite.

