Combien d'impôt paie vraiment un pharmacien titulaire en 2026 ?
L'essentiel en 30 secondes
Pharmacien titulaire, pas pharmacien adjoint
Avant tout : votre officine n'est pas une activité libérale au sens BNC, contrairement au cabinet d'un médecin ou d'un dentiste. C'est une entreprise commerciale, imposée dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), qui exploite un fonds de commerce (la patientèle de l'officine, le droit au bail, le stock) et qui, à la différence du cabinet de soins, vend des biens soumis à la TVA (médicaments à 2,1 / 5,5 / 10 / 20 %) et récupère donc la TVA sur ses achats et ses investissements.
Conséquence directe sur votre feuille d'impôt : vous êtes presque toujours dans la tranche à 41 ou 45 % (article 197 du CGI, 45 % au-delà d'environ 181 917 € par part), et surtout, votre revenu fiscal de référence dépasse fréquemment 250 000 € — le seuil d'entrée des deux surtaxes des hauts revenus. Là où la CEHR et la CDHR sont l'exception pour beaucoup de contribuables, elles sont, pour le titulaire d'une officine rentable, la norme. Il faut donc raisonner autrement : non pas « quelle niche acheter », mais « quelle assiette en moins, quel report ».
| Étage | Texte | Base de calcul | Taux / seuil 2026 |
|---|---|---|---|
| IR au barème | art. 197 CGI | Revenu net imposable par part | 0 / 11 / 30 / 41 / 45 % — tranche à 45 % > ~181 917 €/part |
| CEHR | art. 223 sexies CGI | Revenu fiscal de référence | 3 % de 250 k€ à 500 k€, 4 % au-delà (célibataire) ; 500 k€ / 1 M€ (couple) |
| CDHR | art. 224 CGI | RFR retraité | Impôt minimum de 20 % si RFR > 250 k€ (seul) / 500 k€ (couple) |
| Prélèvements sociaux | LFSS 2026 | Revenus du capital, selon support | 17,2 % (AV, capi, foncier, fonds d'officine) ou 18,6 % (dividendes, intérêts, parts de SEL, PER) |
Le point de bascule, ce n'est donc pas votre taux marginal, mais cet empilement — et, pour les plus hauts revenus, ce plancher de 20 % du RFR. C'est lui qui rend inutile une partie des produits de défiscalisation qu'on vous propose. Pour le panorama d'ensemble du professionnel fortement imposé, voyez les hauts revenus face à l'impôt et le hub défiscalisation du professionnel. Ce guide-ci se concentre sur ce qui vous est propre : la SEL de pharmacie, la SPFPL encadrée par le Code de la santé publique, la trésorerie d'officine et la retraite CAVP.
CEHR + CDHR : pourquoi le titulaire d'officine est concerné
Deux contraintes encadrent toute votre optimisation, et le titulaire d'une officine rentable, par son niveau de revenu, est presque toujours dans le champ des deux. Ce sont elles qui trient ce qui marche encore de ce qui ne sert plus à rien.
La CEHR (article 223 sexies du CGI) : la surtaxe permanente
La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus existe depuis 2012 et, malgré son nom, elle est permanente. Elle frappe le revenu fiscal de référence, sans quotient familial : 3 % sur la fraction de RFR comprise entre 250 000 € et 500 000 € pour un célibataire (entre 500 000 € et 1 000 000 € pour un couple), puis 4 % au-delà. Son assiette est le RFR, donc tout ce qui abaisse votre RFR abaisse mécaniquement la CEHR. Pour un titulaire célibataire à 300 000 € de RFR, ce sont déjà environ 1 500 € de CEHR sur les 50 000 € au-dessus de 250 000 €.
La CDHR (article 224 du CGI) : l'impôt minimum de 20 % du RFR
C'est elle qui rebat les cartes. La contribution différentielle sur les hauts revenus garantit que votre imposition globale atteigne au moins 20 % de votre revenu fiscal de référence retraité, dès que ce RFR dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple). Si votre impôt « normal » (IR au barème + part forfaitaire de l'IR + CEHR + certaines majorations) tombe en dessous de ce seuil de 20 %, la CDHR comble la différence. C'est, littéralement, un impôt plancher, réservé aux résidents fiscaux français.
Ce ne sont pas des références théoriques : la CDHR a une histoire législative précise. Elle a été créée par l'article 10 de la loi de finances 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025), validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2025-874 DC du 13 février 2025), puis reconduite par la loi de finances 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026), validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2026-901 DC du 19 février 2026), jusqu'au retour du déficit public sous 3 % du PIB. Sa pérennité au-delà de cette échéance reste, elle, conditionnelle.
Le calcul de la CDHR (principe)
CDHR due = max( 0 ; 20 % x RFR retraite
- [ IR au bareme
+ part IR du prelevement forfaitaire 12,8 %
+ CEHR
+ certaines majorations ] )
Majorations : + 1 500 EUR par personne a charge
+ 12 500 EUR pour un couple soumis a imposition communeLes prélèvements sociaux (17,2 % ou 18,6 %) ne figurent PAS au numérateur : ils ne « comptent » pas pour atteindre le plancher de 20 %. C'est précisément pour cela que des dividendes de SEL au PFU (12,8 % d'IR seulement) peuvent déclencher la CDHR. Une décote atténuerait l'entrée dans la contribution lorsque le RFR retraité reste sous 330 000 € (célibataire) ou 660 000 € (couple) ; le coefficient exact est à confirmer. Un acompte d'environ 95 % serait versé en décembre, et un quart des revenus exceptionnels (cession de l'officine ou des parts) serait retenu pour le calcul. Ces modalités fines sont formulées au conditionnel.
Pas (encore) de doctrine BOFiP sur la CDHR
Célibataire ou couple : la situation familiale change tout
Le piège contre-intuitif : le PFU des dividendes peut réveiller la CDHR
Voici le détail qu'on oublie de préciser en rendez-vous, et il commande tout le reste de ce guide. On vous répète que la CDHR « neutralise vos niches » : c'est vrai, mais incomplet. La vérité plus précise est qu'un titulaire imposé exclusivement au barème — un BIC d'officine en nom propre à 45 % — paie déjà bien plus de 20 % de son RFR. Sa CDHR est donc nulle. Au barème, vous êtes naturellement au-dessus du plancher.
La CDHR ne mord que dans un cas : lorsque votre taux d'imposition effectif descend sous 20 % du RFR. Deux choses font descendre ce taux effectif : le prélèvement forfaitaire à 12,8 %(les dividendes de SEL, les plus-values mobilières), ou des réductions d'impôt qui rabotent l'IR. Autrement dit :
Le PFU réveille la CDHR — la réduction d'assiette, non
En pratique : l'arbitrage entre rémunération et dividendes, en SEL de pharmacie, doit se faire surtaxes comprises. Un titulaire qui se verse de gros dividendes pour « optimiser » peut, sans le savoir, déclencher une CDHR qui annule une partie de l'économie attendue. Ce n'est pas un argument contre la SEL — dont l'intérêt, on le verra, est le report — mais un argument pour la piloter finement. Le sujet est développé, chiffres à l'appui, dans l'arbitrage salaire / dividendes en SEL de pharmacie.
Réduction d'impôt, réduction d'assiette, report : la grille de lecture
C'est la grille que je trace au tableau quand on regarde votre dossier ensemble. Tous les « avantages fiscaux » ne se valent pas : je les range en trois familles — et à votre niveau, je vous le dis franchement, deux suffisent.
Réduction d'impôt — neutralisée
FIP, FCPI, Girardin, Sofica, Malraux. L'avantage vient en diminution de l'IR, dans le plafond global des niches de 10 000 € (art. 200-0 A). Double problème : dès que l'IR passe sous le plancher de 20 % du RFR, la CDHR reprend l'avantage ; et depuis le 21/02/2026, les FCPI / FIP classiques sont supprimés de la réduction d'IR. Pour un pharmacien titulaire, ce levier est largement neutralisé.
Réduction d'assiette & report — efficaces
PER et prévoyance Madelin (154 bis), déficit foncier, démembrement : l'avantage baisse le RFR lui-même, hors plafond des niches, donc il abaisse aussi la CDHR et la CEHR. Le report (bénéfice non distribué d'une SEL à l'IS, remontée à une SPFPL, apport-cession 150-0 B ter) va plus loin : il sort le revenu de la déclaration de l'année. Efficaces même à très hauts revenus.
| Levier | Effet sur l'IR | Baisse le RFR ? | Neutralisé par la CDHR ? |
|---|---|---|---|
| PER / Madelin (154 bis) | Oui — déduction d'assiette | Oui | Non — efficace |
| Prévoyance Madelin | Oui — déduction d'assiette | Oui | Non — efficace |
| SEL à l'IS (report) | Oui — report | Oui (sort le revenu) | Non — efficace |
| SPFPL mère-fille (report) | Oui — report | Oui (hors RFR) | Non — efficace |
| Apport-cession 150-0 B ter | Report de la plus-value | PV retirée du RFR retraité | Non — efficace |
| Déficit foncier / SCI murs | Oui — déduction d'assiette | Oui | Non — efficace |
| Dividendes de SEL (PFU) | PFU 12,8 % d'IR | Non | Peut RÉVEILLER la CDHR |
| FIP / FCPI / Girardin | Réduction d'impôt | Non | Oui — rattrapée / supprimée |
La méthode, dans l'ordre
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Levier n°1 : l'arbitrage rémunération / dividendes en SEL d'officine
En nom propre, 100 % du bénéfice de l'officine remonte à votre IR (41-45 %), majoré des cotisations TNS et, souvent, de la CEHR et de la CDHR. C'est tout l'intérêt de la SEL de pharmacie (SELARL ou SELAS) à l'impôt sur les sociétés : seule votre rémunération est imposée à l'IR ; la part de bénéfice que vous ne consommez pas capitalise dans la société à l'IS — 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice sous conditions PME, 25 % au-delà (article 219 du CGI) — et ne remonte pas à votre RFR. Au lieu de 45 % + surtaxes, ce bénéfice non distribué est taxé à 25 %, et la différence reste disponible pour investir ou rembourser un emprunt d'acquisition. C'est un report, et c'est ce qui pèse le plus à hauts revenus.
Le piège des dividendes de SEL : la règle des 10 %
Réforme 2024 : la rémunération de l'associé de SEL passe en BNC
Retenez l'essentiel : la SEL vaut pour le report, pas pour la distribution. On laisse capitaliser à l'IS, on ne se verse que la rémunération nécessaire, et on fait remonter la trésorerie excédentaire vers une SPFPL plutôt que de la sortir en dividendes personnels — où elle ressortirait au PFU plein. L'arbitrage chiffré, statut social compris, est traité dans SELARL ou SELAS de pharmacie : arbitrer salaire et dividendes et, pour la mécanique générale, dans les dividendes de SEL et la règle des 10 %.
Levier n°2 : le PER / Madelin au plafond (jusqu'à 88 911 €)
C'est le levier d'assiette le plus puissant à votre disposition, juste après la prévoyance. Le plan d'épargne retraite déductible n'est pas une réduction d'impôt : c'est une déduction du revenu. Il baisse donc à la fois votre IR et votre RFR — précisément ce que la CDHR ne neutralise pas.
En tant que travailleur non salarié (officine en nom propre, ou gérant majoritaire de SELARL), vous bénéficiez du plafond spécifique de l'article 154 bis du CGI : 10 % de votre bénéfice imposable (dans la limite de 8 PASS) majorés de 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS. Le PASS 2026 est de 48 060 €, le maximum absolu de 88 911 €pour un bénéfice supérieur à 384 480 €. Pour une officine dégageant 250 000 € de bénéfice, le plafond se calcule ainsi :
Le plafond PER TNS du pharmacien à 250 000 € de bénéfice (2026)
PLAFOND PER TNS = 10 % x benefice (dans la limite de 8 PASS)
+ 15 % x (min(benefice, 8 PASS) - 1 PASS)
PASS 2026 = 48 060 EUR | 8 PASS = 384 480 EUR
CAS PHARMACIEN BENEFICE 250 000 EUR :
= 10 % x 250 000
+ 15 % x (250 000 - 48 060)
= 25 000 + 30 291 = 55 291 EUR
ECONOMIE D'IR (TMI 45 %) :
55 291 x 45 % = ~24 881 EURPour une officine à 250 000 € de bénéfice, le plafond 154 bis atteint environ 55 291 €. À une TMI de 45 %, déduire ce montant représente de l'ordre de 24 881 € d'impôt en moins, et un RFR abaissé d'autant — donc une CEHR et une CDHR réduites également, puisqu'il s'agit d'une déduction d'assiette. Au-delà de 384 480 € de bénéfice, le plafond plafonne à 88 911 €.
Vous gagnez sur deux tableaux. L'économie d'IR (versement × TMI) tombe tout de suite — de l'ordre de 24 900 € ici. Mais c'est le second effet qui compte au-delà des seuils : votre RFR baisse du montant versé, ce qui désamorce d'autant la CEHR et la CDHR. Attention toutefois : cette déduction joue sur l'IR seul ; elle n'allège ni vos cotisations TNS ni votre retraite CAVP, et le plafond du 154 bis n'est pas reportable une fois consommé.
PER de droit commun, report 5 ans et sortie à 18,6 %
La CAVP : votre caisse, et un volet capitalisation… insuffisant
Levier n°3 : la prévoyance Madelin, protéger le revenu de l'officine
On sécurise avant d'optimiser. Et le titulaire d'officine porte un risque que beaucoup sous-estiment : il est presque toujours fortement endettésur l'acquisition de son fonds (souvent plusieurs centaines de milliers d'euros remboursés sur 7 à 12 ans). Or c'est l'EBE de l'officine qui sert cette dette. Une incapacité de travail, même temporaire, met en péril à la fois votre revenu et le remboursement de votre emprunt.
La prévoyance Madelin (article 154 bis II du CGI) répond exactement à ce risque : elle indemnise l'incapacité d'exercer et garantit le maintien du revenu qui finance tout le reste. Elle est déductible du bénéfice dans une enveloppe distincte du plafond retraite — de l'ordre de 7 % du PASS + 3,75 % du bénéfice, plafonnée à 3 % de 8 PASS, soit environ 11 534 € en 2026 (un volet « perte d'emploi » existe aussi, à hauteur de 1,875 % du bénéfice ou 2,5 % du PASS). Comme elle baisse le bénéfice imposable, elle réduit aussi votre IR et votre RFR : un levier d'assiette doublé d'une protection.
Madelin retraite fermé, prévoyance ouverte
Levier n°4 : placer la trésorerie de l'officine et de la SPFPL
Une officine rentable génère du cash. Le laisser dormir à 0 % sur le compte de la société, c'est le pire des deux mondes : aucun rendement aujourd'hui, et le jour où vous le sortez, le PFU à 31,4 % vous attend quand même. L'enjeu n'est pas tant de « défiscaliser » que de faire travailler une trésorerie de personne moraledans des enveloppes adaptées à l'impôt sur les sociétés.
Officine vs SPFPL : deux poches, deux logiques
Les principales enveloppes pour une personne morale à l'IS : le contrat de capitalisation souscrit par la société (article 238 septies E du CGI), dont les produits sont soumis aux prélèvements sociaux à 17,2 % et qui permet de diversifier sans imposition annuelle au fil de l'eau ; le compte à terme, pour la sécurité et la liquidité ; les SCPI détenues à l'IS, pour un rendement immobilier régulier ; et des fonds obligataires ou monétaires. Ce ne sont pas des produits de défiscalisation — leurs produits restent imposés à l'IS — mais des outils de gestion de la trésorerie longuequi évitent l'empilement « cash dormant puis dividende à 31,4 % ».
Le comparatif détaillé des enveloppes, avec rendements et fiscalité, est traité dans où placer le cash excédentaire de votre officine et faire fructifier la trésorerie de votre SPFPL. Pour la mécanique générale, le pilier SCPI et le compte à terme 2026 complètent le tableau.
Note de méthode sur les rendements
Levier n°5 : la SPFPL de pharmacie (mère-fille + effet de levier au rachat)
Pour un titulaire qui veut détenir plusieurs officines ou préparer un rachat, c'est la pièce centrale du montage. La société de participations financières de profession libérale (SPFPL) de pharmaciens détient les titres de votre ou vos SEL d'officine. Son atout fiscal central : le régime mère-fille (articles 145 et 216 du CGI). Les dividendes que la SEL remonte à la SPFPL sont exonérés à 95 % ; seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste imposable à l'IS, soit un IS effectif d'environ 1,25 %.
100 000 € de dividendes : SPFPL vs distribution directe
DISTRIBUTION DIRECTE (PFU 31,4 %) : 100 000 x 31,4 % = 31 400 EUR d impot REMONTEE A LA SPFPL (regime mere-fille) : quote-part 5 % x 100 000 = 5 000 (base imposable) 5 000 x 25 % (IS) = 1 250 EUR d impot -> IS effectif = 1,25 %
Conditions du régime mère-fille : détention d'au moins 5 % du capital, conservation des titres pendant 2 ans. Le calcul retient ici l'IS au taux normal de 25 % sur la quote-part de 5 % (1,25 % effectif) ; si la SPFPL est éligible au taux réduit PME (base imposable inférieure à 42 500 €, ce qui est souvent le cas), l'IS tombe à 15 % sur cette quote-part, soit 0,75 % effectif. Sur 100 000 € de dividendes, la remontée à la SPFPL ne laisse donc qu'environ 1 250 € d'impôt (750 € au taux réduit), contre 31 400 € en distribution directe au PFU. Les fonds restent ensuite dans la SPFPL pour être placés ou rembourser un emprunt — ils ne sont pas dans votre poche personnelle, mais ils ne subissent pas non plus le RFR.
C'est aussi l'outil du rachat d'officine à effet de levier : la SPFPL emprunte pour acquérir les titres de la SEL, déduit les intérêts d'emprunt de son résultat, et se rembourse avec les dividendes que la SEL lui remonte quasi en franchise d'impôt. Résultat : vous financez l'acquisition sans sortie de cash personnelle, là où un achat en direct exigerait de vous verser des dividendes lourdement taxés. L'apport-cession (article 150-0 B ter)permet par ailleurs de reporter l'imposition d'une plus-value de titres apportés à la holding, sous conditions de remploi durcies par la loi de finances 2026.
Combien d'officines via une SPFPL ? Les plafonds du Code de la santé publique
Substance obligatoire (anti-abus de droit)
Levier n°6 : l'immobilier qui baisse le RFR (murs en SCI, déficit foncier)
Beaucoup de titulaires sont locataires des murs de leur officine. Les acquérir via une SCI à l'impôt sur le revenu est un double levier. Côté exploitation, le loyer versé par la SEL à la SCI est une charge déductible de son résultat : au lieu de payer un loyer à un tiers, vous remboursez un bien qui finira à vous. Côté patrimoine, vous percevez des revenus fonciers (barème + prélèvements sociaux à 17,2 %), dont vous déduisez les intérêts d'emprunt et les travaux.
Surtout, dissocier les murs (SCI) du fonds (SEL) protège l'immobilier en cas de difficulté de l'exploitation et facilite une transmission séparée — vous pouvez transmettre les murs à vos enfants tout en gardant le contrôle de l'exploitation, ou l'inverse. La SCI à l'IS, qui permet d'amortir le bâtiment et de réduire le résultat imposable, est une option : elle alourdit en revanche la plus-value de cession (réintégration des amortissements), donc à arbitrer selon votre horizon.
Le déficit foncier (article 156 du CGI) ajoute un effet d'assiette : si les charges déductibles (hors intérêts) dépassent les loyers, le déficit s'impute sur votre revenu global dans la limite de 10 700 € par an (21 400 €en cas de rénovation énergétique d'une passoire, dispositif prorogé jusqu'au 31/12/2027), l'excédent et les intérêts étant reportables. C'est un levier qui baisse le RFR, donc la CEHR et la CDHR.
LMNP : prélèvements sociaux en zone grise
Levier n°7 : le compte courant d'associé rémunéré
Quand vous laissez de l'argent à disposition de votre SEL — via votre compte courant d'associé (CCA) —, la société peut vous verser des intérêts déductibles de son résultat. C'est une façon de vous rémunérer en sortant de la logique « salaire ou dividende », dans la limite d'un taux plafond.
Ce taux maximal déductible côté société est celui de l'article 39, 1, 3° du CGI : le taux moyen annuel des prêts à taux variable aux entreprises, qui ressort à environ 4,55 % pour les exercices clos fin 2025 / début 2026 (à vérifier au taux publié au Journal officiel pour votre exercice). Condition : le capital de la société doit être entièrement libéré. Côté associé, ces intérêts sont des revenus de capitaux mobiliers, imposés au PFU de 31,4 %(12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux) ou au barème sur option.
Le CCA gonfle la base de la règle des 10 %
Cas chiffré : un pharmacien titulaire à 250 000 € d'EBE
Prenons Karim, 47 ans, titulaire d'une officine en SELARL, EBE de 250 000 €, célibataire. Sans optimisation, l'essentiel de son bénéfice remonte à l'IR : il est en tranche à 45 %, son RFR dépasse 250 000 €, ce qui le place dans le champ de la CEHR (environ 1 500 € si son RFR ressort autour de 300 000 €, soit 3 % de la fraction au-dessus de 250 000 €) et l'expose à la CDHR. C'est exactement le dossier où l'ordre dans lequel on actionne les leviers fait la différence.
| Étape | Mécanisme | Effet sur l'assiette / le RFR | Ordre de grandeur |
|---|---|---|---|
| Situation initiale | Bénéfice à l'IR (45 %) + cotisations TNS | RFR > 250 000 € → CEHR + exposition CDHR | CEHR ~1 500 € |
| Prévoyance Madelin | Déduction du bénéfice (154 bis II) | Baisse l'IR et le RFR | ~11 534 € déduits |
| PER 154 bis | Déduction du bénéfice (assiette) | Baisse l'IR et le RFR | ~55 291 € déduits → IR −~24 881 € |
| Report en SEL | Bénéfice non distribué capitalisé à l'IS (15 / 25 %) | Sort le revenu du RFR | IS 25 % au lieu de 45 % + surtaxes |
| Résultat | Assiette + report combinés | RFR ramené vers / sous le seuil | CEHR et CDHR fortement réduites |
En cumulant la prévoyance Madelin (~11 534 €) et le PER 154 bis (~55 291 €), Karim déduit de l'ordre de 66 800 € de son bénéfice imposable, soit une économie d'IR d'environ 30 000 € à 45 % et, surtout, un RFR abaissé d'autant. Sur la part de bénéfice qu'il ne consomme pas, le report en SELà l'IS (25 % au lieu de 45 % + surtaxes) sort encore du revenu du RFR. Le tout fait reculer son exposition à la CEHR et à la CDHR.
La leçon du cas : assiette + report, avant toute niche
Préparer la cession et la transmission de l'officine
Le jour où vous vendez, la fiscalité dépend entièrement de ce que vous cédez— et la dualité des prélèvements sociaux 2026 rend la distinction décisive. C'est l'erreur la plus coûteuse que l'on voit en rendez-vous.
Cession des parts de SEL vs cession du fonds d'officine
Si vous cédez les parts de votre SEL (des titres), vous relevez de l'article 150-0 D ter : un abattement fixe de 500 000 € pour le dirigeant partant en retraite, l'IR au PFU ou au barème sur le surplus — mais des prélèvements sociaux à 18,6 %sur la totalité de la plus-value (conditions : société IS/PME, exercice et direction depuis au moins 5 ans, cessation des fonctions et liquidation des droits à retraite dans les 24 mois).
Si vous cédez le fonds de commerce d'officine (une plus-value professionnelle), vous relevez de l'article 238 quindecies (exonération totale jusqu'à 500 000 € de valeur de cession, dégressive jusqu'à 1 000 000 €) et/ou de l'article 151 septies A (départ en retraite : IR exonéré, mais prélèvements sociaux à 17,2 % dus). Retenez la règle : parts à 18,6 %, fonds à 17,2 %. Ne pas confondre.
Transmettre l'officine à ses enfants
Pour transmettre : l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans (article 779) se cumule avec le pacte Dutreil (article 787 B), qui exonère 75 % de la valeur des titres ou du fonds transmis sous engagements de conservation (collectif puis individuel) et exercice d'une fonction de direction — la SPFPL devant alors être animatrice. Une donation en pleine propriété avant 70 ans ouvre en outre une réduction de 50 %des droits (article 790). Ces dispositifs lourds se préparent plusieurs années à l'avance.
Ce hub survole ; le détail des montages est traité dans céder son activité en exonérant la plus-value, le rachat de parts d'officine via SPFPL, l'apport-cession 150-0 B ter et la donation et le pacte Dutreil.
Ce qui distingue le pharmacien : BIC, CAVP, TVA récupérable
Trois traits propres au titulaire d'officine doivent rester présents à l'esprit, car ils changent le raisonnement par rapport à un médecin ou un dentiste libéral.
| Critère | Pharmacien titulaire (officine) | Dentiste / médecin libéral |
|---|---|---|
| Nature de l'activité | Commerciale — BIC (fonds de commerce) | Libérale — BNC (patientèle / clientèle) |
| TVA | Ventes de médicaments soumises (2,1 / 5,5 / 10 / 20 %), TVA récupérable | Soins exonérés (art. 261-4-1°), TVA non récupérable (un coût) |
| Retraite | CAVP (+ capitalisation obligatoire) | CARCDSF (dentiste) / CARMF (médecin) |
| Structure d'exercice | SEL de pharmacie / SPFPL (plafonds CSP) | SELARL / SELAS, SPFPL |
| Rémunération associé SEL | BNC depuis 2024 | BNC depuis 2024 |
Le matériel et l'agencement de l'officine
CAVP : la caisse du pharmacien, jamais la CARMF

