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BTF et OAT : les titres d'État français pour une entreprise

Deux instruments seulement : les BTAN ne sont plus émis depuis le 1er janvier 2013. Ce qu'une société soumise à l'IS peut réellement acheter, par quel circuit, à quelles conditions — et pourquoi le marché primaire est réservé à une quinzaine d'établissements agréés dont votre société ne fait pas partie, quel que soit le montant qu'elle apporte.

Deux titres seulement
1 €La coupure nominale
Accès aux adjudications
2017Les BTAN sont éteints
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Un dirigeant laisse 400 000 € dormir sur le compte courant de sa société. On lui suggère d'« acheter des bons du Trésor » : c'est l'État, c'est simple, et l'on ajoute volontiers que ce sera sans intermédiaire et sans frais. Il va tomber sur trois murs. Le marché primaire lui est fermé, et le refus ne porte pas sur la taille du ticket. Le titre le mieux calibré pour sa trésorerie, le BTF, est justement celui qu'il atteindra le plus difficilement. Et à la clôture, sa société supporte l'IS sur un produit couru qu'elle n'a pas encaissé, ce qui vaut sans discussion possible pour une OAT dont le prochain coupon tombe après la date de clôture, parce que sortir du champ de l'article 209-0 A du CGI ne procure aucun différé d'imposition. On prend les trois dans l'ordre, sources officielles et calcul détaillé à la clé.

Le blocage n'est pas là où on l'attend. La coupure nominale d'une OAT comme d'un BTF est de 1 €: aucun titre d'État n'est trop gros pour la trésorerie d'une PME. Et pourtant le nombre d'entreprises admises à soumissionner aux adjudications de l'Agence France Trésor est de zéro: les soumissionnaires sont une quinzaine d'établissements agréés, et votre société n'en fait pas partie. C'est entre ces deux chiffres que se joue l'accès réel d'une société aux bons du Trésor, à commencer par la promesse d'un achat en direct sans intermédiaire et sans frais : les deux termes de cette formule sont faux— ni « sans intermédiaire », ni « sans frais ».

Cette page est écrite pour une société soumise à l'impôt sur les sociétés— SAS, SASU, SARL, EURL à l'IS, société civile ayant opté, holding patrimoniale. Une telle société ne connaît ni prélèvement forfaitaire unique, ni prélèvements sociaux, ni abattement pour durée de détention : elle a l'IS, et rien d'autre (CGI, art. 219 ; CGI, art. 200 A et CSS, art. L. 136-6 et L. 136-7, qui visent les personnes physiques). Une société à l'IR est un troisième cas, translucide, où l'imposition s'apprécie chez l'associé : il n'est pas traité ici.

Ce qui s'écrit sur les titres d'État français s'adresse à l'épargnant particulier, et une partie est périmée : on lit encore, en 2026, que l'État émet des BTAN. Il n'en émet plus depuis le 1er janvier 2013, et les deux dernières lignes ont été remboursées en 2017. Le point de départ est donc l'inventaire exact — deux instruments, l'OAT et le BTF. La question du dirigeant est plus simple que celle du marché : qu'est-ce que ma société peut acheter, par quel circuit, à quel prix ? La réponse n'est pas la même pour les deux titres : le marché primaire est fermé aux deux par un statut de soumissionnaire ; l'OAT reste accessible sur un marché organisé ; le BTF, en pratique, beaucoup moins.

1. La réponse en 30 secondes

L'essentiel

  1. Depuis 2013, l'État français n'émet plus que deux catégories de valeurs du Trésor normalisées : les OAT et les BTF (Agence France Trésor, Les produits).
  2. BTF : maturité d'un an au plus, durée exprimée en nombre entier de semaines, intérêt précompté— aucun coupon, le gain est l'écart entre le prix payé et le nominal remboursé.
  3. OAT : maturité de 2 à 50 ans, taux fixe, remboursement in fine, coupon annuel, coupure nominale de 1 €.
  4. Les BTAN appartiennent au passé : plus aucune nouvelle ligne depuis le 1er janvier 2013, deux dernières lignes remboursées les 25 février et 25 juillet 2017.
  5. Le marché primaire est fermé à votre société : les soumissionnaires en adjudication sont les Spécialistes en Valeurs du Trésor, une quinzaine d'établissements. Aucune société commerciale n'y figure, quel que soit le montant qu'elle apporte.
  6. Sur le secondaire, l'OAT est accessible — marché organisé en partenariat avec Euronext, ordre passé via un intermédiaire, sur un compte-titres au nom de la société. Le BTF, en pratique, beaucoup moins : négociation de gré à gré entre professionnels, aucun compartiment de détail.

L'État français n'émet plus que deux titres : des OAT et des BTF. L'OAT est achetable par une société, sur un marché organisé. Le BTF, beaucoup plus difficilement.

QH

À propos de l'auteur

Quentin Hagnéré

Conseiller en gestion de patrimoine · fondateur de Hagnéré Patrimoine

Quentin Hagnéré dirige Hagnéré Patrimoine, cabinet de gestion de patrimoine et de fortune basé à Chambéry. Les habilitations réglementaires affichées concernent le cabinet.

Auteur du guideCabinet Hagnéré Patrimoine : ORIAS 23002291

2. À qui s'adresse cette page — et ce qu'elle suppose acquis

2.1. Une société soumise à l'IS, et elle seule

On raisonne ici du point de vue d'une personne morale passible de l'impôt sur les sociétés. Son taux normal est de 25 % ; un taux réduit de 15 % s'applique à la fraction de bénéfice jusqu'à 42 500 € par période de douze mois, sous trois conditions cumulatives : un chiffre d'affaires hors taxes inférieur ou égal à 10 000 000 €, un capital intégralement libéré, et une détention à 75 % au moins, directement ou indirectement, par des personnes physiques (CGI, art. 219 I et I b ; BOI-IS-LIQ-20-10). Une PME déjà bénéficiaire a le plus souvent absorbé cette fraction, si bien que ses produits financiers supportent en pratique le taux marginal de 25 %.

2.2. On ne place que la trésorerie durablement excédentaire

On ne place que ce qui reste après avoir sécurisé le besoin en fonds de roulement et son pic saisonnier, les échéances fiscales et sociales, les investissements programmés et un matelas de sécurité. Placer la trésorerie d'exploitation, c'est se retrouver à vendre au mauvais moment pour payer l'URSSAF. Et l'horizon commande l'instrument: une trésorerie nécessaire dans huit semaines n'a rien à faire sur une OAT à dix ans, dont le prix varie.

Le classement au bilan— valeurs mobilières de placement ou immobilisations financières selon l'intention de détention (règlement ANC n° 2014-03) —, les provisions éventuelles et le rattachement effectif du produit relèvent de votre expert-comptable, et le cas échéant du commissaire aux comptes — pas de nous.

Le cadrage amont est traité ailleurs, et cette page ne le refait pas : elle décrit un inventaire d'instruments et leur accessibilité réelle. Pour savoir qui décide, sur quel document et avec quelles pièces : la méthode complète pour placer la trésorerie d'une société. Pour isoler la part réellement plaçable, poche par poche : identifier la trésorerie durablement excédentaire. Et si vous en êtes encore à choisir la famille de support, le panorama des placements de trésorerie 2026 ouvre les autres cases — celle-ci n'en traite qu'une. Le tout est adossé au dossier trésorerie d'entreprise.

3. Ce que l'État français émet aujourd'hui : l'OAT et le BTF

3.1. Deux catégories normalisées depuis 2013

L'émetteur est l'État— la République française ; la gestion de la dette et de la trésorerie de l'État est confiée à l'Agence France Trésor, service à compétence nationale. Celle-ci écrit que, depuis 2013, la composition de la dette de l'État a été rationalisée par la seule émission de deux catégories de valeurs du Trésor normalisées: les OAT et les BTF, qui se distinguent par leur maturité à l'émission.

La coupure nominale est de 1 €, pour les OAT comme pour les BTF (0,01 € pour les certificats zéro-coupon issus du démembrement). L'obstacle d'accès n'est donc pas la taille unitaire du titre. Il est ailleurs, et la section 7 y répond. Trois choses différentes se cachent en revanche derrière le mot « minimum » : la valeur nominale unitaire fixée par l'émetteur, qui est un fait sourcé ; la quotité négociable chez votre intermédiaire ; et le ticket praticable pour obtenir une exécution correcte. Nous ne chiffrons ni la deuxième ni la troisième : aucune source publique ne le permet.

Source : Agence France Trésor, fiches produits et calendrier d'adjudications, consultés le 29 juillet 2026.
CaractéristiqueOATBTF
DénominationObligation assimilable du TrésorBon du Trésor à taux fixe et à intérêt précompté
Maturité à l’origine2 à 50 ansUn an au plus, en nombre entier de semaines
Durées usuellesProgramme 2026 : nouvelles souches à 3 ans, 5 à 6 ans et 10 ans, et segments plus longs (AFT, programme de financement de l’année)13, 26 et 52 semaines ; émissions hors calendrier de 4 à 7 semaines
RémunérationCoupon annuel, taux fixeAucun coupon : intérêt précompté, retranché du prix d’achat
RemboursementIn fineIn fine
Coupure nominale1 €1 €
Base de calculCoupon couru ACT/ACTACT/360
Rythme d’adjudication1er jeudi (segments longs) et 3e jeudi (segment moyen terme, borné de 2 à 8,5 ans dans le calendrier 2024), soumissions jusqu’à 10 h 50Tous les lundis, soumissions jusqu’à 14 h 50
RèglementJ+2J+2
Fonction pour l’ÉtatFinancement à moyen et long termeInstrument de gestion de la trésorerie de l’État

3.2. À quelle échelle se traite cette dette

Un ordre de grandeur, pour situer. Au 30 juin 2026, la dette négociable de l'État s'élevait à 2 858 Md€, dont 221 Md€ de BTF, répartis sur une vingtaine de lignes en vie— décompte que nous avons établi nous-mêmes sur le tableau du bulletin, et non un chiffre publié comme tel — d'un encours unitaire de l'ordre de 4 à 11 Md€ ; la maturité moyenne de la dette de court terme ressortait à 125 jours (AFT, bulletin mensuel n° 434, juillet 2026). Côté détention, au premier trimestre 2026, les investisseurs non-résidents détenaient 57,5 % de la dette négociable et les OPCVM français 1,8 % (Banque de France, via l'AFT).

Le marché des valeurs du Trésor françaises est massivement institutionnel et international. Une PME ou une holding patrimoniale y est un intervenant marginal. Cela ne l'empêche pas d'acheter, mais cela explique pourquoi l'infrastructure de marché n'a pas été conçue pour elle.

4. Le BTF : aucun coupon, un prix d'achat sous le nominal

4.1. Le mécanisme du précompte

L'Agence France Trésor le dit ainsi : les BTF sont assortis d'un intérêt précompté, appliqué au montant nominal du bon, calculé prorata temporis sur la base d'un taux d'escompte, payé à l'émission et retranché du prix d'achat. Il n'y a donc aucun paiement de coupon.

Traduction opérationnelle pour une société : elle paie moins que le nominal à l'achat, et encaisse exactement le nominal à l'échéance. Le gain tient entièrement dans l'écart entre les deux montants, et il ne se matérialise qu'au remboursement. Rien ne tombe sur le compte entre-temps — ce qui, on le verra en section 8, ne signifie pas que rien n'est imposable entre-temps.

4.2. Deux taux, à ne pas confondre

C'est là que la plupart des calculs dérapent. Le taux d'escompte est celui qui, dans la description du mécanisme, sert à calculer l'intérêt retranché du nominal. Le taux de rendement in fine est la convention de cotation des soumissions et du marché secondaire — trois décimales, base ACT/360, règlement J+2—, et c'est celui que l'AFT publie. Ce sont deux nombres différents, et les intervertir donne un prix faux.

Prix d'achat d'un BTF à partir du taux publié par l'AFT

Prix = Nominal / (1 + r x j / 360)
  • Nominal :montant remboursé à l'échéance
  • r :taux de rendement in fine publié par l'AFT (convention ACT/360)
  • j :nombre de jours exacts entre le règlement et l'échéance

Cette écriture n'est pas une reconstitution de notre part : c'est la règle de place publiée par le Comité de Normalisation Obligataire (CNO France), recommandation du 1er janvier 2019 relative aux règles de calcul du montant net d'une transaction sur BTF et STRIPS, soit P = 100 / (1 + r x nbj / nbj_base) en base ACT/360. Attention : la formule d'escompte Nominal x (1 - r x j/360) suppose un taux d'escompte, qui est un autre nombre, et elle ne s'applique pas au taux de rendement in fine publié par l'AFT.

4.3. Un cas chiffré, hypothèses sur la table

Le taux repris ci-dessous est un taux d'adjudication: votre société n'y a pas accès (section 7). Le calcul sert à comprendre le précompte, pas à chiffrer ce que vous obtiendriez.

L'illustration ci-dessous part d'une adjudication réelle, et non d'un rendement inventé. Hypothèses explicites : un BTF de 51 semaines adjugé le 22 juin 2026, règlement le 24 juin 2026, échéance le 16 juin 2027, soit 357 jours exacts ; taux moyen pondéré de cette adjudication 2,640 % (AFT) ; nominal acheté 400 000 € (hypothèse de travail) ; frais retenus : zéro, hypothèse simplificatrice assumée faute de source publique sur les frais de courtage et les droits de garde — le calcul surestime donc le gain réel ; taux d'IS retenu 25 %, avec une variante à 15 %.

Un lecteur attentif verra une contradiction avec le tableau de la section 3 : les durées usuelles sont de 13, 26 et 52 semaines, or les deux exemples ci-dessous portent sur 51 et 14 semaines. C'est l'effet de l'assimilation: une ligne créée à 52 semaines puis réabondée la semaine suivante se présente alors à 51 semaines de son échéance, une ligne de 26 semaines réabondée devient une ligne de 25, puis de 24 semaines, et ainsi de suite. La durée résiduelle affichée en adjudication n'est donc pas la durée d'origine de la souche : le point se recoupe sur les fiches produits de l'AFT.

Le calcul, étape par étape

Prix = 400 000 / (1 + 0,02640 x 357 / 360)
     = 400 000 / 1,026180
     = 389 795,16 EUR
Illustration pédagogique arrêtée au 29 juillet 2026, à partir de données publiées par l'Agence France Trésor. La variante à 15 % suppose que la fraction concernée reste dans la limite de 42 500 € de bénéfice et que les trois conditions cumulatives du CGI, art. 219 I b, exposées en section 2.1, soient remplies. Ce n'est ni une projection, ni une garantie, ni une recommandation.
ÉtapeMontant
Nominal remboursé le 16 juin 2027400 000,00 €
Prix payé le 24 juin 2026389 795,16 € (soit 97,4488 pour 100 de nominal)
Produit brut de l’opération10 204,84 €
IS à 25 %− 2 551,21 €
Produit net après IS à 25 %7 653,63 €
Variante : IS à 15 %− 1 530,73 €
Variante : produit net après IS à 15 %8 674,11 €
Rendement net après IS à 25 %, rapporté au prix payé, sur 357 joursenviron 1,96 % (rendement de période, non annualisé ; 1,98 % en base annuelle ACT/360)

Les limites de ce calcul

  • Le taux retenu est un taux d'adjudication de marché primaire obtenu par des professionnels à une date donnée. Ce n'est pas une condition offerte à une entreprise, et ce n'est pas une prévision.
  • Une société achetant sur le marché secondaire supporterait en plus les frais de son intermédiaire et l'écart entre prix acheteur et prix vendeur — non chiffrables faute de source.
  • La ventilation du produit entre exercices comptables n'est pas tranchée ici : voir la section 8, et faire arbitrer par votre expert-comptable.
  • Le rendement passé ne préjuge pas du rendement futur.

4.4. Ce que le précompte change pour une société : quatre échéances par an

Refaisons le calcul sur une maturité courte, c'est là que ça se voit — mêmes hypothèses que ci-dessus, frais retenus : zéro, IS à 25 %. Même adjudication du 22 juin 2026, ligne 14 semaines (98 jours), taux moyen pondéré 2,388 % (AFT) : le prix ressort à 397 416,53 € pour 400 000 € de nominal, soit un produit brut de 2 583,47 €, un IS de 645,87 € à 25 % et 1 937,60 € nets. Sur 400 000 €, un bon de quatorze semaines produit donc moins de 2 000 € nets.

À ce niveau, des frais de courtage et des droits de garde — que nous ne pouvons pas chiffrer, mais qui existent — pèsent lourd dans le résultat. Et l'opération doit être répétée quatre fois par an sur un bon de treize semaines : quatre décisions, quatre saisies comptables, quatre risques de réinvestissement à un taux qu'on ne connaît pas d'avance. Ce n'est pas neutre pour une PME sans ressource de trésorerie dédiée : la détention directe n'a pas la même économie selon le montant et selon la maturité.

Une comparaison revient toujours à ce stade de la discussion : le compte à terme est un dépôt bancaire dont les conditions de sortie sont contractuelles, tandis qu'un BTF est un titre. Deux natures juridiques différentes, deux régimes de garantie différents — la section 9 y revient. Le face-à-face complet entre un dépôt bancaire et un support obligataire porté à échéance est traité dans fonds obligataire daté ou compte à terme là-bas, on compare un dépôt bancaire à un fonds ; ici, on reste sur le titre d'État détenu en direct.

5. L'OAT : coupon annuel, assimilation, variantes indexées

5.1. Les caractéristiques

Une OAT a une maturité de 2 à 50 ans, un taux fixe, un remboursement in fine, une coupure nominale de 1 € et un coupon annuel, le coupon couru étant calculé en base ACT/ACT ; les échéances et les coupons sont fixés au 1er, 24 ou 25 du mois.

La technique de l'assimilation vaut d'être comprise : c'est elle qui fait la liquidité du marché. Une nouvelle émission est rattachée à une tranche d'emprunt émise antérieurement, dont les caractéristiques restent identiques, seul le prix d'émission étant ajusté aux conditions du moment. L'État évite ainsi la multiplication de petits emprunts aux caractéristiques différentes et concentre les encours sur des souches de grande taille, donc plus liquides. Sur le marché secondaire, l'acheteur paie le prix pied de coupon plus le coupon couru: ce coupon couru n'est pas un frais, c'est la part d'intérêts déjà courue au profit du vendeur, que l'acheteur lui rembourse.

5.2. Les variantes officielles

À côté des OAT nominales, l'AFT émet aussi des titres indexés sur l'inflation. Les OATi sont indexées sur l'indice des prix à la consommation hors tabac, France entière, publié par l'INSEE (première émission le 15 septembre 1998). Les OAT€i sont indexées sur l'indice harmonisé hors tabac de la zone euro, publié par Eurostat (première émission en octobre 2001). La mécanique est commune : le coupon réel est appliqué au nominal multiplié par un coefficient d'indexation, et le remboursement suit le même coefficient. L'AFT indique émettre environ 10 % de son programme annuel sous cette forme.

Le plancher attaché à ces titres protège moins qu'on ne le croit, et il faut lire exactement ce qu'il couvre : le remboursement est garanti au minimum égal au nominal à l'échéance, si la référence d'inflation à maturité est inférieure à la référence de base. En cas de revente avant l'échéance, le titre se vend au prix du marché et ce plancher ne protège de rien. Une OAT indexée n'est donc pas un instrument de trésorerie déguisé.

Restent deux familles qu'un dirigeant croisera dans la presse plus que dans un dossier de trésorerie : les OAT vertes (première en janvier 2017, première OAT€i verte en mai 2022) et les OAT démembrées, le démembrement étant autorisé depuis 1991 et donnant naissance à des certificats zéro-coupon de valeur nominale 0,01 €.

Un piège d'analyse sur les OAT indexées

Le taux servi par une OAT indexée est un taux réel, hors inflation : s'y ajoute l'inflation constatée, via le coefficient d'indexation. Le comparer tel quel au taux d'une OAT nominale revient à comparer un rendement réel à un rendement nominal — l'écart n'est pas un détail : c'est l'inflation entière qui manque à l'appel. Second point : l'AFT ne propose pas d'OAT à taux variable comme produit courant ; les OAT sont à taux fixe, éventuellement indexées sur l'inflation. Le TEC 10 publié par l'AFT est un indice de référence: on le lit, on ne l'achète pas.

5.3. Une OAT longue n'est pas un placement de trésorerie

Il suffit de mettre deux taux côte à côte. Le TEC 10, rendement d'une OAT notionnelle de maturité exactement dix ans, ressortait à 3,89 % au 16 juillet 2026 (AFT, bulletin n° 434 ; données propriété de la Banque de France), tandis que lors de l'adjudication du 22 juin 2026 les taux moyens pondérés des BTF allaient de 2,388 % à quatorze semaines à 2,640 % à cinquante-et-une semaines (AFT). Ces points sont relevés à un mois d'intervalle, à des dates voisines mais non identiques : ce n'est pas une courbe arrêtée à une date unique, et les niveaux de taux ont évolué entre les deux. L'écart reste assez large pour que la conclusion tienne : sur un horizon de trésorerie, ce n'est pas le rendement affiché qui décide, c'est la date à laquelle la société aura besoin de l'argent. Une OAT à dix ans revendue avant l'échéance se vend au prix du marché: si les taux ont monté depuis l'achat, la société encaisse une moins-value réelle, sans qu'aucun défaut ne soit survenu.

Les fondamentaux de l'obligation — nominal, coupon, cotation en pourcentage du pair, sensibilité et duration — sont exposés dans les fondamentaux de l'investissement obligataire : écrit pour un investisseur personne physique — la fiscalité y est celle des particuliers, pas celle de l'IS.

6. Les BTAN : ce qu'ils étaient, et pourquoi on en parle encore à tort

Les BTAN, bons du Trésor à intérêts annuels, sont nés de la réforme du marché monétaire de fin 1985 ; la première émission par adjudication date du 11 février 1986. Entre 1986 et 2013, près de 1 188 Md€ de dette ont été émis sous cette forme. Ils ont donc réellement existé, et longtemps.

Leur extinction s'est faite en deux étapes, et l'ordre a son importance. Au 1er janvier 2013, dans un souci de simplification, l'AFT cesse de créer de nouvelles lignes de BTAN — les titres de référence de maturité à l'origine 2 ans et 5 ans sont désormais émis sous la forme d'OAT, dénomination initialement réservée aux maturités longues. Les deux dernières lignes déjà en vie, d'un encours de 35,5 Md€ au 31 décembre 2016, ont couru jusqu'au bout : remboursées le 25 février puis le 25 juillet 2017 (AFT, Anciens produits).

En pratique : il n'y a rien à acheter. Si un tableau comparatif vous propose un BTAN en 2026, il tourne sur une documentation vieille de plus de dix ans. Attention à deux raccourcis fréquents. Ce sont les maturités de référence— la fonction — qui ont basculé vers l'OAT en 2013 ; les lignes de BTAN alors existantes, elles, ont simplement couru jusqu'à leur échéance naturelle. Autre confusion : les BTF ne sont pas les anciens bons du Trésor sur formule, produit de détail éteint que la doctrine fiscale mentionne encore parmi les titres à revenu fixe.

7. Comment une société y accède réellement : un statut, pas un seuil

7.1. Le marché primaire est fermé, et ce n'est pas une question de taille

L'État émet par adjudication au prix demandé, dite « à la hollandaise », depuis 1985 : chaque soumissionnaire servi paie exactement le prix qu'il a demandé. La syndication est réservée aux lancements de titres innovants ou à certains segments très longs.

Or les soumissionnaires sont les Spécialistes en Valeurs du Trésor — une quinzaine d'établissements pour le mandat 2025-2027, sélectionnés par le ministre chargé de l'économie sur recommandation du directeur général du Trésor, et décrits par l'AFT comme ses contreparties privilégiées. Leurs offres sont transmises à la Banque de France avant l'heure de la séance : 10 h 50 pour les OAT à moyen et long terme, 11 h 50 pour les titres indexés, 14 h 50 pour les BTF. Le montant minimal de soumission est de 1 000 000 €.

Un million d'euros n'est pas la barrière

Une SAS, une SARL ou une holding patrimoniale ne peut pas soumissionner en adjudication, quel que soit son montant. Ce n'est pas un seuil, c'est un statut. La barrière est en amont du montant. Corollaire immédiat : les taux d'adjudication publiés par l'AFT sont des conditions de marché primaire obtenues par des professionnels à une date donnée. Ce ne sont pas des conditions offertes à une entreprise.

7.2. L'asymétrie OAT / BTF sur le marché secondaire

Les deux titres ne sont pas également accessibles.

Sources : Agence France Trésor, présentation des OAT et du marché secondaire, techniques d'émissions et conventions de cotation des BTF, consultées le 29 juillet 2026. L'absence de compartiment de détail sur les BTF est une lecture de l'absence de tout dispositif équivalent publié par l'AFT, et non une affirmation de sa part.
CircuitOATBTF
Marché primaireFermé : les soumissionnaires sont les Spécialistes en Valeurs du TrésorFermé : les soumissionnaires sont les Spécialistes en Valeurs du Trésor
Marché secondaireOrganisé en partenariat avec Euronext et les SVT, animé par des teneurs de marché engagés à animer les transactions ; l’AFT présente ce marché comme accessibleL’AFT ne publie aucun dispositif de marché secondaire équivalent pour les BTF : la négociation s’opère de gré à gré entre professionnels, selon des conventions de place (taux in fine à trois décimales, ACT/360, règlement J+2)
Passation d’ordreAuprès d’un intermédiaire financier ou d’un courtier en ligne, au prix du marchéSuppose un intermédiaire acceptant de traiter sur ce marché : ce n’est pas le cas de tous
Réalité pour une société à l’ISAchat possible sur un compte-titres ouvert au nom de la personne morale, comme toute valeur mobilièreJuridiquement non interdit, opérationnellement rare
Ce que nous ne pouvons pas chiffrerFrais de courtage, droits de garde, écart acheteur-vendeur, taille minimale d’ordreIdem

L'asymétrie a une conséquence paradoxale. Le titre le plus adapté à une trésorerie d'entreprise — le BTF, dont la maturité n'excède jamais un an et dont la date de remboursement est connue à la semaine — est précisément celui auquel une société accède le moins facilement. Et le titre le plus accessible— l'OAT, négociée sur un marché organisé — est celui dont la maturité, de deux à cinquante ans, correspond le moins souvent à un horizon de trésorerie.

Un exemple d'école, sur les hypothèses de la section 4 : une SARL de négoce qui clôture au 31 décembre et sait n'avoir aucun besoin de ses 400 000 € avant seize mois. Elle demande du BTF à son établissement : réponse souvent négative, ou renvoi vers un fonds. Elle demande une OAT: c'est faisable, mais les souches qu'on lui propose courent jusqu'en 2032 ou au-delà. Elle se retrouve donc à choisir entre un titre qu'elle n'obtient pas et un titre trop long pour son horizon — et c'est là que la question du fonds se pose (section 10).

Il existe une voie intermédiaire : acheter sur le secondaire une OAT de maturité résiduelle courte, c'est-à-dire une souche ancienne dont l'échéance tombe dans quelques mois ou quelques trimestres. Le titre reste une OAT, donc négociable sur le marché organisé, mais son horizon devient compatible avec une trésorerie. Restent deux points pratiques : le prix payé intègre le coupon couru dû au vendeur, ce qui n'est pas un frais mais modifie la trésorerie sortante au jour de l'achat ; et la liquidité d'une souche en fin de vie n'est pas celle d'une souche de référence, l'écart entre prix acheteur et prix vendeur pouvant s'en trouver élargi. Nous ne le chiffrons pas, faute de source publique, et ce point se vérifie auprès de votre teneur de compte.

Une échéance ne se reconduit pas. À la date de remboursement, le nominal revient sur le compte de la société et il faut repasser un ordre, au prix du marché du jour et avec les frais correspondants : quatre fois par an sur une maturité de treize semaines (section 4.4), davantage sur une trésorerie fractionnée en plusieurs lignes d'échéances différentes. C'est ce coût de gestion, et non un obstacle juridique, qui explique le plus souvent pourquoi la détention directe reste marginale chez les PME (section 10).

7.3. Le véhicule : un compte-titres au nom de la société

Le titre est inscrit sur un compte-titres ordinaire ouvert au nom de la personne morale, avec les pouvoirs et les pièces d'usage — jamais au nom du dirigeant. Il n'existe aucune enveloppe dédiée aux titres d'État pour une société. L'ouverture et le fonctionnement de ce compte sont traités en détail dans le compte-titres détenu par une société à l'IS on n'en retient ici que la conséquence : c'est le seul véhicule d'accès pratique. Si l'intention est de porter les titres longtemps, la logique de portage en société est décrite dans la détention longue de titres sur un compte-titres de société.

7.4. Les chiffres qu'aucune source publique ne donne

Quatre chiffres que vous ne trouverez pas ici

  • Aucune source publique agrégée ne permet de chiffrer un ticket minimum sur le marché secondaire, des frais de courtage, des droits de garde ou un écart acheteur-vendeur. Nous ne les inventons donc pas.
  • Ce que l'on lit ailleurs — « il faut un million d'euros » — transpose à tort le minimum de soumission en adjudication, qui vise les Spécialistes en Valeurs du Trésor, à un marché secondaire qui n'obéit pas à cette règle.
  • Formulation exacte à retenir : la taille minimale d'une transaction et le niveau de frais dépendent de l'établissement teneur de compte ; à vérifier auprès du vôtre avant toute décision.
  • Enfin, un point de vocabulaire qui n'est pas cosmétique : on n'écrit jamais « valeur liquidative » à propos d'un BTF ou d'une OAT détenus en direct. La valeur liquidative est une notion d'organisme de placement collectif ; un titre vif a un prix de marché.

Aller plus loin : les trois questions à poser à votre teneur de compte

  1. Que savez-vous réellement traiter ? Les OAT sur le marché secondaire, oui ; les BTF, pas nécessairement. C'est la question qui décide de tout le reste, et elle se pose avant de choisir un instrument, pas après.
  2. Quelle taille minimale d'ordre, et quels frais ? Courtage, droits de garde, écart entre prix acheteur et prix vendeur. Demandez un montant en euros sur une ligne de la taille envisagée, et non un pourcentage isolé : c'est ce montant qu'il faut retrancher du gain brut calculé en section 4.
  3. Le compte-titres peut-il être ouvert au nom de la personne morale ? Avec quelles pièces, quels pouvoirs et quel délai. Un compte au nom du dirigeant ne règle pas la question : le titre doit être inscrit au nom de la société.

Les réponses sont propres à chaque établissement: aucune source publique ne permet de les chiffrer, et nous ne les inventons pas. Elles conditionnent pourtant l'essentiel — sur une maturité courte et un montant modeste, elles peuvent absorber la totalité du gain attendu.

Hagnéré Patrimoine

Avant d'ouvrir un compte-titres au nom de la société

Un point d'accès, avant de parler d'instrument : ce que votre établissement sait réellement traiter, la taille d'ordre praticable, et les frais exprimés en euros sur la ligne envisagée plutôt qu'en pourcentage isolé.

Étude personnaliséeCIF ORIAS 23002291Sans engagement

8. L'impôt tombe avant l'encaissement : le rattachement à l'exercice

8.1. Le mark-to-market des OPC ne s'applique pas

En cinq lignes, et sans le refaire : une entreprise soumise à l'IS qui détient des parts ou actions d'OPCVM— et de certains placements collectifs relevant du Code monétaire et financier — les évalue à leur valeur liquidative à la clôture de chaque exercice, l'écart entre l'ouverture et la clôture entrant dans le résultat imposable sans cession et sans distribution (CGI, art. 209-0 A ; BOI-IS-BASE-10-20-10), sous réserve des exclusions prévues par le texte — notamment celle des organismes investis de façon constante à 90 % au moins en actions de sociétés de l'Union européenne soumises à l'IS, exclusion structurellement hors d'atteinte d'un fonds monétaire ou d'un fonds obligataire. Ce qui compte ici tient en une phrase : le texte vise des parts ou actions de ces organismes, et rien d'autre — un BTF ou une OAT détenus en direct sont des titres vifs, donc hors de son champ.

Le mécanisme lui-même, son périmètre exact, l'ensemble de ses exclusions et son report dans la liasse sont traités dans le régime de l'article 209-0 A du CGI ici, on retient seulement qu'il ne concerne pas un titre d'État détenu en direct, ce qui ne signifie pas qu'il n'y a pas d'impôt. Pour la démonstration chiffrée de l'imposition sans cession : les plus-values latentes d'ETF et d'OPCVM en société à l'IS. Pour le traitement du coupon dans le résultat imposable : coupons et dividendes en société à l'IS ce qui nous occupe ici, c'est l'exercice auquel il se rattache.

8.2. Le faux soulagement : hors du 209-0 A n'est pas sans impôt annuel

Sortir du champ de l'article 209-0 A ne fait pas sortir du champ de l'impôt annuel. Le mark-to-market annuel des organismes de placement collectif ne s'applique pas à un titre d'État détenu en direct. Cela ne veut pas dire « pas d'impôt avant l'échéance » : cela veut dire que l'impôt arrive par une autre porte.

Pour l'OAT : les produits de placement à revenus fixes sont rattachés aux résultats de l'exercice au cours duquel ils ont couru (CGI, art. 38 ; BOI-BIC-PDSTK-10-20-20, § 8, 30 et 40), et non à l'exercice du détachement du coupon. Les titres visés incluent expressément « les obligations, les titres participatifs, les effets publics et tous autres titres d'emprunt négociables émis par l'État » (CGI, art. 118). Conséquence très concrète, chiffrée sur les bases de la section 4 : 400 000 € de nominal, clôture au 31 décembre, coupon détaché le 25 mai, et un coupon annuel de 3,80 % retenu par hypothèse — niveau voisin du taux moyen pondéré relevé lors de l'adjudication du 4 juin 2026 sur une OAT d'échéance 2036 (AFT), repris ici comme simple hypothèse de calcul. Du 25 mai au 31 décembre, il court 220 jours sur les 365 de la période de coupon, soit environ 9 162 € de produit rattaché à l'exercice et environ 2 290 € d'IS à 25 % — alors qu'aucun euro n'a été encaissé.

Pour le BTF : n'ayant aucun coupon, son gain s'analyse en prime de remboursement, les intérêts précomptés étant expressément rangés parmi les éléments constitutifs de la prime (BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-10).

8.3. Le régime spécial de l'article 238 septies E ne joue pas

Le régime d'étalement actuariel des primes de remboursement suppose deux conditions cumulatives (BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-20, § 20) : que la prime de remboursement excède 10 % du prix d'acquisition du titre, et que le prix moyen à l'émission n'excède pas 90 % de la valeur de remboursement.

Reprenons le BTF du cas chiffré de la section 4 : la prime représente environ 2,62 % du prix payé, très loin des 10 %, et le prix ressort à 97,45 % du nominal, très au-dessus des 90 %. Aucune des deux conditions n'est remplie. Il faudrait un rendement à un an supérieur à environ 10 % et une décote d'émission de plus de dix points : inatteignable sur une maturité d'un an à des niveaux de taux normaux. Contrôle sur l'OAT : lors de l'adjudication du 18 juin 2026, une OAT d'échéance 2032 s'est adjugée à 93,04 % du nominal (AFT) — donc au-dessus du seuil de 90 % : la seconde condition n'est pas davantage remplie.

Les deux conditions ne s'apprécient pas au même niveau: la première dépend du prix que vous payez, la seconde non. Une prime supérieure à 10 % du prix d'acquisition dépend bien du prix que vous payez, et un achat très décoté sur le marché secondaire peut la remplir. La seconde ne dépend pas de votre prix d'achat : elle porte sur le prix moyen à l'émission de la souche, caractéristique arrêtée à l'émission et à chaque tranche d'assimilation. Acheter une OAT à 60 % du pair sur une souche émise en moyenne autour du pair ne fait donc pas franchir ce second seuil : un achat décoté sur le secondaire, à lui seul, ne suffit jamais à déclencher le régime spécial. Cela s'apprécie ligne par ligne, avec votre expert-comptable.

Une précision utile pour éviter une confusion fréquente : l'article 238 septies E est le même article que celui qui fonde le régime forfaitaire du contrat de capitalisation détenu par une personne morale — un produit forfaitaire réintégré chaque exercice, au taux de 105 % du dernier TME connu lors de la souscription : c'est le taux qui est figé, non l'assiette, laquelle s'accroît à chaque clôture, de sorte que les annuités imposables sont progressives, avec régularisation au dénouement dans les deux sens —, mais c'est un autre alinéa, et ce régime n'est pas refait ici : le régime forfaitaire du contrat de capitalisation en société et le contrat de capitalisation souscrit par une entreprise.

8.4. La réserve honnête, que nous ne tranchons pas

Deux commentaires administratifs, deux lectures possibles

La question de savoir si le gain d'un BTF est rattaché à l'exercice du remboursement ou étalé prorata temporis se pose dès que l'échéance du bon ne tombe pas dans le même exercice que l'achat. C'est un point à faire arbitrer par votre expert-comptable : la doctrine relative aux primes de remboursement prévoit qu'hors régime spécial la prime est en principe imposée lors de sa perception, étant précisé que les intérêts sont en tout état de cause rattachés à l'exercice au cours duquel ils ont couru (BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-20, § 10) ; la doctrine relative aux créances négociables retient, elle, un rattachement des produits à l'exercice au cours duquel ils ont couru (BOI-BIC-PDSTK-10-20-40, § 30). Ce second commentaire date du 9 janvier 2013 et repose sur une nomenclature antérieure à la réforme de 2016 des titres de créances négociables. Sa liste ne mentionne pas les BTF sous ce sigle. Mais son § 10 traite expressément des « bons du Trésor en compte courant », désignation historique des bons dématérialisés représentés par une inscription en compte dans les livres de la Banque de France : la réserve est donc plus faible qu'il n'y paraît, et elle joue plutôt en faveur du rattachement prorata temporis. Nous ne tranchons pas pour autant à la place de votre expert-comptable.

Aucun texte, en revanche, ne permet de différer l'imposition du gain d'un BTF jusqu'au remboursement au motif qu'il ne s'agit pas d'un organisme de placement collectif. Acheter en direct « pour ne pas être taxé chaque année » repose sur une croyance fausse.

9. Garantie des dépôts, garantie des titres, et ce qui ne relève ni de l'une ni de l'autre

Quatre situations à ne jamais confondre. Sources : arrêté du 27 octobre 2015 relatif à la mise en œuvre de la garantie des dépôts, au plafond d'indemnisation et aux modalités d'application de l'art. L. 312-4-1 du CMF (art. 7) pour la garantie des dépôts ; arrêté du 18 mars 2024 et CMF, art. L. 322-3, pour la garantie des titres ; FGDR.
MécanismeCe qui est couvertPlafondCe qui n'est jamais couvert
Garantie des dépôts (FGDR)Dépôts bancaires : compte courant, compte à terme, livrets bancaires100 000 € par déposant et par établissementLes instruments financiers, et toute variation de marché. La couverture des personnes morales et les exclusions se lisent au cas par cas aux art. L. 312-4 et s. du CMF
Garantie des titres (FGDR)L’indisponibilité des instruments financiers que l’établissement défaillant n’est pas en mesure de restituer. Les sociétés commerciales et les holdings patrimoniales sont couvertes quelle que soit leur taille ; les entités du secteur financier (établissements de crédit, entreprises d’investissement, organismes de placement collectif, organismes d’assurance, fonds de retraite) en sont exclues70 000 € par bénéficiaire pour les instruments financiers. Les espèces du compte associé suivent le statut du teneur de compte : 70 000 € s’il est entreprise d’investissement, 100 000 € s’il est établissement de crédit. Les deux plafonds ne sont pas fongibles.La baisse du cours des instruments : le dispositif indemnise l’indisponibilité, à la valeur constatée à la date d’indisponibilité, jamais la perte de valeur de marché
Des parts d’OPCVM (monétaire, obligataire daté)Aucune des deux garanties ci-dessus. En revanche, les actifs du fonds sont la propriété des porteurs et conservés par un dépositaire, donc hors bilan de l’établissementLa baisse de la valeur liquidative, en toutes circonstances
Le titre lui-même (OAT, BTF)RienLa baisse de son prix de marché

Une OAT ou un BTF logés sur le compte-titres de la société ne sont pas un dépôt bancaire— le plafond de 100 000 € ne s'y applique pas. Et ce qui protège le porteur n'est aucun de ces deux fonds : c'est la signature de l'État et l'inscription des titres en compte chez un dépositaire.

Au 29 juillet 2026, l'Agence France Trésor publie les notations suivantes de la République française : A+ chez Fitch (perspective stable), A+ chez Standard & Poor's (stable) et Aa3 chez Moody's (perspective négative). La dette de l'État français n'est plus notée AAA par aucune des trois principales agences (d'autres agences, également référencées par l'AFT, maintiennent des notes plus élevées), et ces notations évoluent. Quant au risque de prix : une OAT portée jusqu'à l'échéance rembourse le nominal sauf défaut de l'émetteur ; revendue avant, elle se vend au prix du marché, donc potentiellement en moins-value si les taux ont monté. « Sans risque de défaut » n'est pas « sans risque ».

La fiche fiscale de l'Agence France Trésor n'est pas écrite pour votre société

L'Agence France Trésor publie une rubrique fiscale sur sa page destinée aux particuliers: elle y expose le prélèvement forfaitaire unique et les prélèvements sociaux. Ce régime est celui d'une personne physique fiscalement domiciliée en France, et lui seul. Votre société n'est concernée par aucune de ces lignes : ni prélèvement forfaitaire, ni prélèvements sociaux, ni abattement pour durée de détention. Elle a l'impôt sur les sociétés, et rien d'autre. Lire cette fiche en croyant qu'elle décrit la situation d'une SAS est l'une des erreurs les plus fréquentes sur ce sujet.

10. Pourquoi la plupart des sociétés passent par un fonds

Ce qui plaide pour la détention directe

Points forts

  • Aucun frais de gestion récurrent prélevé sur l'encours.
  • Échéance et montant remboursé connus à l'avance, sauf défaut de l'émetteur.
  • Hors du champ du mark-to-market annuel de l'article 209-0 A du CGI — sans que cela procure le moindre différé d'imposition (section 8).
  • Exposition exactement au risque souverain choisi, sans intermédiation de portefeuille.

Ce qui plaide contre

Points de vigilance

  • Marché primaire fermé par statut, quel que soit le montant.
  • BTF quasi inaccessible en direct : aucun compartiment organisé de détail.
  • Réinvestissement à gérer soi-même à chaque échéance : quatre opérations par an sur un bon de treize semaines.
  • Frais de courtage et droits de garde non standardisés, susceptibles d’absorber le gain sur de petits montants.
  • Charge comptable et suivi des échéances disproportionnés pour une PME sans ressource dédiée.
  • Aucun différé d'imposition : l'argument fiscal supposé n'existe pas (section 8).

Passer par un fonds règle un problème d'accès, pas un problème de risque

Le raisonnement ci-dessus ne dit pas qu'un fonds est plus sûr : il dit qu'il est plus praticable. Un OPCVM, monétaire ou obligataire, n'est ni un dépôt bancaire, ni un capital garanti : sa valeur liquidative peut baisser, ce qui s'est produit lors d'épisodes de taux négatifs et lors de tensions de liquidité. Le mot « monétaire » ne signifie ni capital garanti ni disponibilité assurée en toutes circonstances. Aucune des deux garanties détaillées en section 9 ne couvre cette baisse : le Fonds de garantie des dépôts et de résolution n'indemnise pas la perte de valeur d'un OPCVM. Le détail des risques propres à cette famille de supports est traité dans les risques d'un OPCVM monétaire c'est l'axe de cette page-là ; ici, on ne retient que le contraste avec le titre d'État détenu en direct. Et pour un fonds obligataire daté, le rendement actuariel affiché à la souscription est un rendement brut de frais et avant tout défaut d'émetteur: ce que la société encaisse réellement lui est inférieur, et n'est pas garanti — porter un fonds jusqu'à sa maturité cible n'est pas détenir une obligation en direct.

S'y ajoute la contrepartie fiscale que la détention directe évite, et qui joue en sens inverse : les parts d'un fonds monétaire ou d'un fonds obligataire entrent, elles, dans le champ de l'évaluation annuelle de l'article 209-0 A du CGI (section 8). Le choix oppose donc des frais de gestion récurrents et une imposition annuelle de la valeur liquidative, d'un côté, à quatre réinvestissements par an et un marché où votre teneur de compte ne traite peut-être pas, de l'autre. Il s'instruit au cas par cas, avec votre expert-comptable pour le volet comptable et fiscal.

10.1. Mais attention : un fonds monétaire français n'expose que marginalement aux titres d'État

Une SAS qui souscrit un fonds monétaire français en pensant acheter de la dette de l'État se trompe de risque. Au premier trimestre 2026, les titres de créance détenus par les fonds monétaires français étaient émis à 75 % par des institutions financières monétaires — essentiellement bancaires — et à 3 % seulement par des administrations publiques (Banque de France). Ces pourcentages se rapportent au portefeuille de titres de créance, non à l'actif total, et la catégorie « administrations publiques » recouvre le papier public au sens large, la part de l'État français n'étant pas isolée par la source. L'AMF relevait par ailleurs, en mars 2026, qu'il n'existe pas en France de fonds monétaire de dette publique à valeur liquidative constante, et que les fonds à valeur liquidative à faible volatilité y restent très peu représentés, ces catégories étant très généralement domiciliées ailleurs dans l'Union.

Conséquence : une société qui souscrit un fonds monétaire français achète très majoritairement un risque de crédit bancaire diversifié à très court terme, et non un risque souverain français. Le raccourci « passez par un fonds monétaire plutôt que d'acheter des BTF » est donc inexact en France. Le règlement européen sur les fonds monétaires définit bien une catégorie de fonds de dette publique, tenue d'investir au moins 99,5 % de ses actifs en instruments du marché monétaire de dette publique, prises en pension adossées à de la dette publique et liquidités (règlement (UE) 2017/1131, art. 2, pt 11) — mais ces fonds sont très généralement domiciliés hors de France.

Le fonds est l'autre chemin, et il obéit à des règles fiscales différentes, exposées dans l'OPCVM monétaire souscrit par une entreprise. Pour les fonds de droit étranger : fonds monétaires européens la taxonomie complète du règlement européen, court terme et standard, VNAV, LVNAV et CNAV de dette publique, y est exposée ; on n'en retient ici que la conséquence sur l'exposition souveraine. Pour le cadre général, côté grand public : le fonctionnement d'un fonds monétaire. Et si la question qui se pose est en réalité celle de l'enveloppe plutôt que du support, le face-à-face est traité dans compte-titres ou contrat de capitalisation en holding que cette page ne refait pas.

11. Six cas où il ne faut pas acheter en direct

Trésorerie d'exploitation, horizon court, frais : les cas d'arrêt

  1. La trésorerie concernée est une trésorerie d'exploitation : besoin en fonds de roulement, échéances fiscales et sociales, investissements programmés ou matelas de sécurité non sécurisés. On ne place pas.
  2. L'horizon de la société est plus court que la maturité du titre, avec un besoin de cash probable avant l'échéance : la revente se fait au prix du marché, donc possiblement en moins-value.
  3. Le montant est trop faible : sur 400 000 € placés quatorze semaines, le produit brut ressort à 2 583 € et le net après IS à 25 % à 1 938 € (section 4.4). Un courtage et des droits de garde en absorbent une part que nous ne pouvons pas chiffrer, et qu'il faut donc faire chiffrer avant de décider.
  4. La société veut acheter des BTF en direct sans disposer d'un intermédiaire acceptant de traiter sur ce marché.
  5. Il n'existe aucune ressource comptable pour gérer le rattachement à l'exercice et le suivi des échéances.
  6. La motivation est la recherche d'un différé d'imposition : ce motif repose sur une croyance fausse.

Ces solutions peuvent convenir à certains horizons et à certaines situations, après étude ; elles ne conviennent pas dans les cas ci-dessus. Cette page délivre une information générique et ne constitue pas une recommandation personnalisée : la décision engage le dirigeant, et le traitement comptable et fiscal individualisé relève de votre expert-comptable. Ne rien acheter est parfois la décision la mieux fondée.

12. Repères datés, périmètre du guide et pages de relais

À jour au 29 juillet 2026

  • IS : 25 % ; taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice par période de douze mois, sous trois conditions cumulatives (BOI-IS-LIQ-20-10).
  • BCE : le cycle de taux s'est retourné à la hausse en juin 2026 (facilité de dépôt portée à 2,25 % le 17 juin 2026, statu quo confirmé le 23 juillet 2026) : aucune prévision n'est formulée ici. L'EONIA n'est plus publié depuis le 3 janvier 2022 et ne peut servir de référence ; la référence monétaire de la zone euro est l'€STR, publié par la BCE.
  • AFT : dette négociable de 2 858 Md€ au 30 juin 2026, dont 221 Md€ de BTF ; TEC 10 à 3,89 % au 16 juillet 2026 ; notations de la France A+ / A+ / Aa3 (Fitch, S&P, Moody's).
  • Fiscalement, rien n'a changé en 2026 pour les titres d'État détenus par une société : la loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février 2026, est muette sur le sujet, et la doctrine relative à l'article 209-0 A est en vigueur depuis le 12 septembre 2012 sans modification. Le panorama du millésime est dans la loi de finances 2026.
  • La taxe annuelle sur certaines sociétés patrimoniales issue de la loi de finances pour 2026 exclurait la trésorerie et les placements financiers de son assiette, la trésorerie comptant en revanche pour l'appréciation du seuil de déclenchement — point à confirmer à la source : la taxe sur les holdings patrimoniales.
  • Les niveaux de taux évoluent, et le rendement passé ne préjuge pas du rendement futur.

12.1. Ce que ce guide traite, et ce qu'il ne traite pas

Cette page traite l'inventaire des titres d'État français et leur accessibilité concrète pour une personne morale. Le cadrage du placement de trésorerie est traité ailleurs, le fonds monétaire aussi, la fiscalité du compte-titres de société également : ici, on regarde ce que l'État émet, ce que votre société peut en acheter, et par quel chemin. Ce guide s'arrête sur trois points : l'inventaire daté à deux instruments, avec les BTAN remis au passé ; l'asymétrie d'accès OAT / BTF sur le marché secondaire ; et le rattachement du produit à l'exercice, qui ruine l'argument du différé fiscal.

12.2. Les pages qui prennent le relais

Pour le cadrage amont — combien la société peut réellement placer, et selon quelle méthode : le hub trésorerie d'entreprise et la méthode de placement de la trésorerie d'une société. Pour la fiscalité des titres en société : l'article 209-0 A du CGI et le traitement des coupons en société à l'IS.

Pour aller plus loin sur la poche obligataire de la trésorerie, trois guides du même cocon prolongent celui-ci : investir en obligations — la classe d'actifs au-delà de la France et la diversification d'émetteurs ; investir en obligations — l'obligataire d'entreprise et le cadrage de la poche ; et les fonds obligataires datés — le portage, la fenêtre de souscription et le coût de la sortie anticipée.

Mentions et sources

Hagnéré Patrimoine est un cabinet de conseil en gestion de patrimoine établi à Chambéry (73000), CIF membre de la CNCEF Patrimoine, COA et COBSP, immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 23002291. Ce guide délivre une information générique et ne constitue pas une recommandation personnalisée au sens des articles L. 541-8-1 et D. 321-1 du Code monétaire et financier. Aucun établissement, aucun fonds et aucune société de gestion ne sont cités ; les seules entités nommées le sont comme infrastructure de marché ou comme agence de notation, d'après les publications de l'Agence France Trésor. Le traitement comptable et fiscal individualisé relève de votre expert-comptable, et la décision engage le dirigeant. Les points présentés au conditionnel doivent être confirmés à la source avant toute décision. Avis clients : 4,7/5 sur 26 avis Trustpilot.

Sources : Agence France Trésor — Les produits, Présentation des BTF, Présentation des OAT, Les OATi, Les OAT€i, Les OAT vertes, Les OAT démembrées, Anciens produits, Les techniques d'émissions, Présentation des Spécialistes en Valeurs du Trésor, Les OAT aux particuliers, Notations de la France, historiques officiels des adjudications de BTF et d'OAT arrêtés à fin juin 2026, et bulletin mensuel n° 434 de juillet 2026 ; CGI art. 38, 118, 200 A, 209-0 A, 219 I et I b, 238 septies E ; BOFiP BOI-IS-LIQ-20-10, BOI-IS-BASE-10-20-10, BOI-BIC-PDSTK-10-20-20, BOI-BIC-PDSTK-10-20-40, BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-10 et BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-20 ; CSS art. L. 136-6 et L. 136-7 ; règlement (UE) 2017/1131 du 14 juin 2017 (art. 2, pt 11, et art. 10, § 3) ; arrêté du 27 octobre 2015 et CMF art. L. 312-4-1 ; arrêté du 18 mars 2024 et CMF art. L. 322-3 ; règlement ANC n° 2014-03 ; Banque centrale européenne (taux directeurs et €STR) ; EMMI (cessation de la publication de l'EONIA le 3 janvier 2022) ; Banque de France (fonds d'investissement français, premier trimestre 2026) ; AMF (indicateurs sur le marché des fonds monétaires français, mars 2026) ; loi de finances pour 2026 promulguée le 19 février 2026 ; CMF art. L. 541-8-1 et D. 321-1. Données arrêtées au 29 juillet 2026.

Hagnéré Patrimoine

Une trésorerie excédentaire, et une décision à instruire

Nous reprenons la question dans l'ordre : ce qui est réellement plaçable, la date de besoin, l'instrument cohérent avec cet horizon, le gain net attendu après IS et le rattachement à l'exercice — en lien avec votre expert-comptable, y compris si la conclusion est de ne rien acheter.

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Questions fréquentes

BTF et OAT pour une entreprise — questions fréquentes

Non. Dans un souci de simplification, aucune nouvelle ligne de BTAN n'a été créée depuis le 1er janvier 2013 : les titres de référence de maturité à l'origine 2 ans et 5 ans sont depuis émis sous la forme d'OAT. Les deux dernières lignes existantes, dont l'encours s'élevait à 35,5 milliards d'euros au 31 décembre 2016, sont arrivées à échéance et ont été remboursées le 25 février 2017 et le 25 juillet 2017 (source : Agence France Trésor, « Anciens produits »). Il n'y a donc rien à acheter : une page, un tableau ou un interlocuteur qui présente aujourd'hui le BTAN comme un instrument disponible se trompe.

Deux catégories seulement depuis 2013 : les OAT, obligations assimilables du Trésor, de maturité 2 à 50 ans, à taux fixe, remboursables in fine et servant un coupon annuel ; et les BTF, bons du Trésor à taux fixe et à intérêt précompté, de maturité d'un an au plus, exprimée en nombre entier de semaines, et sans aucun coupon. L'Agence France Trésor précise que la coupure nominale de ces titres est de 1 euro. Les OAT démembrées donnent par ailleurs naissance à des certificats zéro-coupon d'une valeur nominale de 0,01 euro.

L'intérêt est appliqué au montant nominal du bon, calculé prorata temporis sur la base d'un taux d'escompte, payé à l'émission et retranché du prix d'achat : il n'y a donc aucun paiement de coupon. Concrètement, la société paie moins que le nominal à l'achat et encaisse exactement le nominal à l'échéance ; le gain n'est pas un flux périodique, c'est un écart qui se matérialise au remboursement. Attention à ne pas confondre deux nombres : le taux d'escompte du mécanisme, et le taux de rendement in fine qui constitue la convention de cotation et de publication de l'Agence France Trésor, en base ACT/360 avec règlement à J+2. La formule de prix et un calcul complet figurent en section 4 de ce guide.

Non. Les soumissionnaires en adjudication sont les Spécialistes en Valeurs du Trésor, une quinzaine d'établissements retenus pour le mandat 2025-2027, sélectionnés par le ministre chargé de l'économie sur recommandation du directeur général du Trésor ; leurs offres sont transmises à la Banque de France avant l'heure de la séance, fixée à 10 h 50 pour les OAT à moyen et long terme, 11 h 50 pour les titres indexés et 14 h 50 pour les BTF. Le montant minimal de soumission est d'un million d'euros, mais ce n'est pas lui qui ferme la porte : une SAS, une SARL ou une holding patrimoniale ne peut pas soumissionner, quel que soit son montant. Le montant n'y change rien : la porte est fermée en amont, au niveau du statut de soumissionnaire.

Sur le marché secondaire. L'Agence France Trésor a mis en place, en partenariat avec Euronext et les spécialistes en valeurs du Trésor, un marché secondaire animé par des teneurs de marché, sur lequel un ordre se passe auprès d'un intermédiaire financier ou d'un courtier en ligne, au prix du marché du moment. Côté société, le titre est inscrit sur un compte-titres ordinaire ouvert au nom de la personne morale, jamais au nom du dirigeant : il n'existe pas d'enveloppe dédiée aux titres d'État pour une entreprise. La taille minimale d'une transaction et le niveau des frais dépendent de l'établissement teneur de compte : la question se pose avant l'ordre, pas après.

Juridiquement, rien ne l'interdit ; opérationnellement, c'est rare. Il n'existe aucun compartiment organisé de détail pour les BTF : la négociation se fait de gré à gré entre professionnels, selon des conventions de place (taux de rendement in fine à trois décimales, base ACT/360, règlement à J+2). Acheter un BTF en direct suppose donc un intermédiaire acceptant de traiter sur ce marché, ce qui n'est pas le cas de tous. C'est là que l'écart se creuse : l'OAT se traite sur un marché organisé, le BTF non.

Trois chiffres circulent, et ils ne mesurent pas la même chose. La valeur nominale unitaire fixée par l'émetteur est de 1 euro pour les OAT comme pour les BTF, et de 0,01 euro pour les certificats zéro-coupon issus du démembrement (source : Agence France Trésor). La quotité négociable chez votre intermédiaire est autre chose. Le ticket réellement praticable pour obtenir une exécution correcte est une troisième chose encore. Le minimum d'un million d'euros que l'on lit souvent vise les soumissions en adjudication, réservées aux spécialistes en valeurs du Trésor : il ne se transpose pas au marché secondaire. Aucune source publique ne permet de chiffrer les deux dernières notions : elles se vérifient auprès de votre teneur de compte.

Non. Un taux d'adjudication est une condition de marché primaire obtenue par des professionnels à une date donnée. Une société qui achète sur le marché secondaire supporte en plus les frais de son intermédiaire et l'écart entre le prix acheteur et le prix vendeur, que nous ne pouvons pas chiffrer faute de source publique. Le prix d'un titre déjà émis dépend par ailleurs du niveau des taux au moment de l'achat, et non du taux de son adjudication d'origine. Enfin, les niveaux de taux évoluent et le rendement passé ne préjuge pas du rendement futur.

Le mécanisme d'évaluation annuelle de l'article 209-0 A du CGI ne vise que les parts ou actions d'organismes de placement collectif : un BTF ou une OAT détenus en direct sont des titres vifs, hors de son champ. Mais cela ne procure aucun différé d'imposition. Les produits de placement à revenus fixes sont rattachés aux résultats de l'exercice au cours duquel ils ont couru, et non à l'exercice du détachement du coupon (CGI, art. 38 et 118 ; BOI-BIC-PDSTK-10-20-20). Une société qui clôture le 31 décembre et détient une OAT dont le coupon tombe le 25 mai supporte donc l'IS sur la fraction courue jusqu'à la clôture, alors qu'aucun euro n'a été encaissé. Le régime de l'article 209-0 A est traité en détail dans notre guide dédié ; le rattachement à l'exercice, lui, se règle avec votre expert-comptable.

Le gain d'un BTF, qui ne verse aucun coupon, s'analyse en prime de remboursement : les intérêts précomptés sont expressément rangés parmi les éléments constitutifs de la prime (BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-10). Le régime spécial d'étalement actuariel de l'article 238 septies E du CGI suppose deux conditions cumulatives : que la prime excède 10 % du prix d'acquisition et que le prix moyen à l'émission n'excède pas 90 % de la valeur de remboursement. Un bon d'un an au plus ne remplit aucune des deux aux niveaux de taux observables. Reste le droit commun, sur lequel deux commentaires administratifs ne disent pas exactement la même chose : la doctrine relative aux primes de remboursement prévoit qu'hors régime spécial la prime est en principe imposée lors de sa perception, tandis que celle relative aux créances négociables retient un rattachement des produits à l'exercice au cours duquel ils ont couru. C'est une question à faire arbitrer par votre expert-comptable, et nous ne tranchons pas à sa place. Ce qui est certain en revanche : aucun texte ne permet de différer l'impôt jusqu'au remboursement au motif qu'il ne s'agit pas d'un organisme de placement collectif.

Non : un titre inscrit sur un compte-titres n'est pas un dépôt bancaire, et le plafond de 100 000 euros par déposant et par établissement de la garantie des dépôts ne s'y applique pas. La garantie des titres est un mécanisme distinct, plafonné à 70 000 euros par bénéficiaire pour les instruments financiers (arrêté du 18 mars 2024) ; les espèces du compte associé relèvent de la garantie des titres, pour 70 000 euros, si le teneur de compte est une entreprise d'investissement, et de la garantie des dépôts, pour 100 000 euros, s'il s'agit d'un établissement de crédit — les deux plafonds ne sont pas fongibles. Les sociétés commerciales et les holdings patrimoniales sont couvertes quelle que soit leur taille, les entités du secteur financier (établissements de crédit, entreprises d'investissement, organismes de placement collectif, organismes d'assurance, fonds de retraite) en étant exclues. Cette garantie indemnise l'indisponibilité des instruments que l'établissement défaillant n'est pas en mesure de restituer, à leur valeur constatée à la date d'indisponibilité, et jamais la baisse de leur cours. Ce qui protège le porteur d'un BTF ou d'une OAT n'est aucun de ces deux fonds : c'est la signature de l'État et l'inscription des titres en compte chez un dépositaire.

Oui, si elle est revendue avant l'échéance : elle se vend alors au prix du marché, et ce prix baisse quand les taux montent. Portée jusqu'à l'échéance, une OAT rembourse le nominal sauf défaut de l'émetteur. Au 29 juillet 2026, l'Agence France Trésor publie les notations suivantes de la République française : A+ chez Fitch avec perspective stable, A+ chez Standard & Poor's avec perspective stable, et Aa3 chez Moody's avec perspective négative. « Sans risque de défaut » n'est pas « sans risque » : un titre d'État n'est ni garanti, ni noté AAA par les trois principales agences.

Très peu, et c'est contre-intuitif. Au premier trimestre 2026, les titres de créance détenus par les fonds monétaires français étaient émis à 75 % par des institutions financières monétaires, essentiellement bancaires, et à 3 % seulement par des administrations publiques (Banque de France) — cette dernière catégorie recouvrant le papier public au sens large, la part de l'État français n'étant pas isolée par la source. L'AMF relevait par ailleurs en mars 2026 qu'il n'existe pas en France de fonds monétaire de dette publique à valeur liquidative constante, ces catégories étant très généralement domiciliées ailleurs dans l'Union. Une société qui souscrit un fonds monétaire français achète donc majoritairement un risque de crédit bancaire diversifié à très court terme, et non un risque souverain français : le raccourci « passez par un fonds monétaire plutôt que d'acheter des BTF » est inexact en France.

En pratique, la plupart passent par un fonds, pour des raisons opérationnelles plus que fiscales. Du côté de la détention directe : aucun frais de gestion récurrent prélevé sur l'encours, une échéance et un montant remboursé connus à l'avance sauf défaut de l'émetteur, et une exposition exactement au risque choisi. Du côté opposé : un marché primaire fermé par statut, un BTF quasi inaccessible en direct, un réinvestissement à gérer soi-même à chaque échéance — quatre opérations par an sur un bon de treize semaines —, des frais de courtage et des droits de garde non standardisés qui peuvent absorber le gain sur de petits montants, une charge de suivi comptable réelle, et surtout aucun différé d'imposition. La conclusion peut parfaitement être de ne rien acheter : c'est une décision légitime, et souvent la bonne quand la trésorerie n'est pas durablement excédentaire.