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400 000 €dorment sur le compte courant d'une société depuis plusieurs exercices. Le dirigeant le sait, cela finit par l'agacer, et il demande ce qu'on peut en faire. La réponse qu'il reçoit est courte, et elle marche : « c'est comme un compte à terme, mais mieux payé » — un fonds obligataire daté, échéance 2032, rendement affiché dès la souscription. Il souscrit. Puis rien, jusqu'à la clôture de l'exercice : son expert-comptable réintègre au résultat l'écart de valeur liquidative de l'année, et la société doit de l'impôt sur les sociétés sur un gain qu'elle n'a pas encaissé, et qu'elle n'encaissera pas avant 2032 si elle porte le fonds jusqu'à son terme. L'impôt, lui, se décaisse en numéraire — tout de suite.
Rien n'a été caché : la documentation du fonds est conforme, et le produit fait exactement ce qu'il annonce. Ce qui a été mal transposé, c'est le raisonnement. Pendant dix ans, la facilité de dépôt de la BCE est restée à zéro ou en dessous — de juillet 2012 à juillet 2022, avec un point bas à −0,50 % (BCE). Autrement dit : rien à afficher à un dirigeant qui demandait ce que sa trésorerie pouvait rapporter. Puis, avec effet au 17 juin 2026, la Banque centrale européenne a porté cette même facilité de dépôt à 2,25 %: une hausse, la première depuis le 20 septembre 2023. L'argument fondateur du récit commercial, « les taux vont baisser, figez votre rendement », s'en trouve inversé. Et en mars 2026, la catégorie obligataire française a perdu 8,6 milliards d'euros de valorisation en un mois — pendant que l'argent continuait d'y entrer (AMF, Cartographie 2026). La valeur liquidative varie, y compris quand on a l'intention de porter jusqu'au bout.
Les guides consacrés aux fonds obligataires datés datent pour l'essentiel de 2023-2025et visaient un particulier qui souscrit dans son assurance-vie, autour d'une seule phrase : « les taux vont baisser, figez votre rendement maintenant ». Cette page ne refait pas ce guide. Elle prend le sujet par l'autre bout: d'où vient ce succès, ce qu'il a de parfaitement rationnel, sur quelle prémisse de marché il repose — et pourquoi cette promesse, calibrée pour un particulier, se transpose mal à une société soumise à l'impôt sur les sociétés, dont l'impôt ne tombe pas à l'échéance du fonds, mais à chaque clôture d'exercice.
Le plan est simple : les faits datés qui expliquent l'engouement — dont celui qui, depuis le 17 juin 2026, en retourne la prémisse ; la ligne exacte où la comparaison avec un compte à terme cesse d'être vraie ; huit questions à poser à celui qui vous propose un fonds daté, chacune adossée à un document ou à un fait vérifiable ; et les cas où la bonne réponse est de ne pas placer. Aucun fonds, aucune société de gestion, aucun établissement n'est nommé dans cette page, et aucun classement n'y est proposé.
Cette page s'adresse donc à une société soumise à l'impôt sur les sociétés— SAS, SASU, SARL ou EURL à l'IS, SCI ou société civile à l'IS, holding à l'IS. Une société à l'IS n'a ni prélèvement forfaitaire unique, ni prélèvements sociaux, ni abattement pour durée de détention : ces régimes visent les personnes physiques(CGI art. 200 A ; CSS art. L. 136-6 et L. 136-7). Elle a l'IS (CGI art. 219). Une société à l'IR est un troisième cas, translucide, où l'imposition s'apprécie chez l'associé : le raisonnement de cette page ne s'y transpose pas.
1. La réponse en 30 secondes, et à qui s'adresse cette page
L'essentiel en 30 secondes
- Le succès s'explique par de vraies bonnes raisons : après une décennie sans rien à afficher, une échéance connue et un rendement annoncé sont des arguments légitimes.
- La promesse a été écrite pour un particulier, entre 2023 et 2025, sur une prémisse de marché qui s'est inversée le 17 juin 2026.
- Un fonds daté n'est pas un compte à terme : c'est une part d'organisme de placement collectif à capital risqué, pas un dépôt bancaire à capital contractuellement dû.
- Le rendement actuariel affiché est brut de frais et avant tout défaut — et il n'est pas garanti.
- Pour une société à l'IS, porter jusqu'à l'échéance ne diffère aucun impôt: l'écart de valeur liquidative est imposé à chaque clôture (CGI art. 209-0 A).
Le souscripteur visé ici est une société soumise à l'impôt sur les sociétés, jamais une personne physique : ni prélèvement forfaitaire unique, ni prélèvements sociaux, ni abattement pour durée de détention.
On ne place que la trésorerie durablement excédentaire
On ne place quela trésorerie durablement excédentaire, une fois sécurisés le besoin en fonds de roulement et son pic saisonnier, les échéances fiscales et sociales, les investissements décidés et une réserve de précaution calibrée avec l'expert-comptable. Placer la trésorerie d'exploitation n'est pas une optimisation : c'est une faute de gestion. La méthode de calcul — ce qui est réellement plaçable — est posée dans notre guide sur le placement de la trésorerie d'une société et dans notre page sur l'identification de la trésorerie durablement excédentaire.
Un point de méthode avant d'entrer dans le sujet, pour éviter le malentendu. Le mécanismedu produit — portefeuille porté jusqu'à maturité, fenêtre de souscription, décroissance de la duration, sort à l'échéance — est décrit pas à pas dans le guide dédié aux fonds obligataires datés, et le cadrage général de la trésorerie dans notre dossier trésorerie d'entreprise. Ici, on ne décrit pas le véhicule : on examine le discours qui l'accompagne.
Sommaire — 10 sections
- 1. La réponse en 30 secondes, et à qui s'adresse cette page
- 2. D'où vient l'engouement : dix ans sans rendement, puis près de quatorze mois de choc
- 3. Un engouement réel, mais que personne ne peut mesurer
- 4. Pourquoi cette promesse parle si bien à un dirigeant
- 5. Là où la ressemblance avec un compte à terme se brise
- 6. La promesse fiscale que personne n'écrit — et que l'IS dément à chaque clôture
- 7. L'étalon honnête : à quoi comparer un rendement affiché
- 8. Ce que la réglementation impose déjà au discours de vente
- 9. Les huit questions à poser avant de souscrire
- 10. Quand l'engouement fait prendre une mauvaise décision
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en gestion de patrimoine · fondateur de Hagnéré Patrimoine
Quentin Hagnéré dirige Hagnéré Patrimoine, cabinet de gestion de patrimoine et de fortune basé à Chambéry. Les habilitations réglementaires affichées concernent le cabinet.
2. D'où vient l'engouement : dix ans sans rendement, puis près de quatorze mois de choc
2.1. Dix ans pendant lesquels la trésorerie ne rapportait rien
Le taux de la facilité de dépôt de la BCE a été ramené à 0,00 % à compter du 11 juillet 2012, puis est devenu négatif du 11 juin 2014 (−0,10 %) jusqu'au 27 juillet 2022, date à laquelle il est revenu à 0,00 %, avec un point bas de −0,50 % à compter du 18 septembre 2019 (source : BCE, taux directeurs). Attention au raccourci : ce taux directeur n'est pasce que touchait le compte d'une PME, et nous n'avons aucune donnée agrégée fiable sur ce qu'elle percevait alors. Ce que dit ce chiffre est plus simple, et suffisant : pendant dix ans, il n'y avait rien à afficher à un dirigeant qui demandait combien sa trésorerie pouvait rapporter sans risque.
2.2. Puis près de quatorze mois qui ont tout changé
Entre le 27 juillet 2022 et le 20 septembre 2023, le même taux directeur est passé de 0,00 % à 4,00 %, soit près de quatorze mois(BCE). Un rendement obligataire lisible est réapparu, et avec lui un produit qui n'avait plus rien à vendre depuis une décennie. Le discours commercial s'est construit exactement là.
| Période | Le fait vérifié (BCE) | Ce que le discours commercial en a tiré |
|---|---|---|
| 2012-2022 | Facilité de dépôt à 0,00 % dès le 11 juillet 2012, puis négative du 11 juin 2014 jusqu'au 27 juillet 2022, date de son retour à 0,00 % | Rien à vendre : la trésorerie ne rapporte rien de lisible |
| 2022-2023 | 0,00 % → 4,00 % en près de quatorze mois (27 juillet 2022 → 20 septembre 2023) | Naissance de l'argument : un rendement lisible, une échéance connue |
| 2024-2025 | Détente continue jusqu'à 2,00 % le 11 juin 2025 | Apogée : « les taux vont baisser, figez votre rendement maintenant » |
| 17 juin 2026 | 2,25 % — première hausse depuis le 20 septembre 2023 | Le même argumentaire est toujours servi |
2.3. L'hypothèse de départ ne tient plus
Après une décennie de taux très bas, la remontée brutale de 2022-2023 a fait réapparaître un rendement obligataire qu'on pouvait afficher. L'argument de vente s'est construit là, puis s'est nourri de la détente de 2024-2025 : figez aujourd'hui un rendement que vous n'aurez plus demain. Depuis le 17 juin 2026, la Banque centrale européenne a relevé son taux de facilité de dépôt à 2,25 %— opérations principales de refinancement à 2,40 %, prêt marginal à 2,65 % — et le tableau officiel de la BCE ne comporte aucune ligne entre le 11 juin 2025 et le 17 juin 2026 : le mouvement est bien une hausse, la première depuis septembre 2023. Les trois taux directeurs ont ensuite été laissés inchangés le 23 juillet 2026 (BCE). La prémisse s'est inversée. L'argumentaire, souvent, non.
Où en est-on aujourd'hui ? L'€STR, la référence monétaire de la zone euro publiée par la BCE, ressortait à 2,184 % pour la date de référence du 28 juillet 2026. Nous n'en tirons rien de plus. Et pour couper court à une confusion qu'on lit encore dans des plaquettes : l'EONIA a cessé d'être publié le 3 janvier 2022 et ne peut plus servir de référence à quoi que ce soit.
Ce que cette page ne fait pas
Nous ne pronostiquons rien. Ni que les taux vont monter, ni qu'ils vont baisser. Un seul mouvement de 0,25 point ne fait pas une tendance, et la Banque centrale européenne revendique une approche réunion par réunion, sans engagement sur une trajectoire. Le seul point que nous relevons est factuel : un argument de vente qui repose sur une anticipationn'est pas un fait, et celui-ci n'a pas été réécrit depuis 2023.
Que le produit ait séduit, on le comprend très bien. Qu'il se vende encore en 2026 avec l'argumentaire de 2023, c'est autre chose.
3. Un engouement réel, mais que personne ne peut mesurer
3.1. Ce que le régulateur mesure vraiment
L'AMF publie chaque année une Cartographie des marchés et des risques. Celle de 2026, achevée de rédiger le 26 juin 2026, donne les seuls chiffres publics disponibles, et ils portent sur les fonds obligataires français dans leur ensemble: un actif net d'environ 374 milliards d'eurosfin 2025 ; une hausse d'encours de 30,9 Md€ en 2025— expliquée à hauteur de 75 % par les collectes — après 52,5 Md€ en 2024 ; une collecte nette de 23,1 Md€ en 2025 contre un record historique de 40,8 Md€ en 2024 ; et 8,2 Md€ de souscriptions au premier trimestre 2026, concentrées sur janvier.
Ces chiffres décrivent une classe d'actifs qui a effectivement attiré des capitaux. Ils ne mesurent pasles fonds datés, et les lire ainsi serait une faute : écrire « les fonds datés ont collecté 23,1 Md€ » attribue à un segment une statistique qui porte sur toute la catégorie obligataire.
Aller plus loin : vérifier vous-même les faits de cette page
Aucun chiffre de cette page ne vous demande de nous croire sur parole. Les taux directeurs se lisent sur la page key ECB interest rates du site de la Banque centrale européenne, qui publie l'historique complet ligne par ligne, avec la date d'effet de chaque décision. Les encours et les flux des fonds français se lisent dans la Cartographie des marchés et des risques que l'AMF publie chaque année, et les taux souverains dans les résultats d'adjudication de l'Agence France Trésor, publiés séance par séance. C'est le réflexe à garder devant une plaquette : pour chaque chiffre affiché, la source et la date. Un chiffre sans les deux n'est pas un argument.
3.2. « Fonds obligataire daté » n'est pas une catégorie
À notre connaissance, aucun texte français ou européen ne consacrele fonds obligataire daté. C'est une désignation de gestion et de commercialisationappliquée à un OPCVM ou à un fonds d'investissement alternatif de droit commun : le régime applicable est celui du véhicule, jamais un régime propre au fonds daté. Le fait se vérifie simplement : une recherche plein texte de la Cartographie 2026 ne renvoie aucune occurrencede « fonds daté », « obligataire daté » ou « maturité fixe ».
Mettez-le en regard du fonds monétaire : celui-ci est bel et bien une catégorie réglementée, par le règlement (UE) 2017/1131, avec des contraintes de maturité moyenne pondérée, de durée de vie moyenne pondérée et des ratios de liquidité minimaux — dont nous ne donnons pas les seuils ici : cette page n'en a pas besoin, et les citer de mémoire est le meilleur moyen de se tromper. Le détail est traité dans l'OPCVM monétaire souscrit par une entreprise et, pour la version grand public, dans les fonds monétaires en 2026. Retenez-en ceci pour votre prochaine lecture : quand un article annonce que « les fonds datés ont collecté X milliards », il n'a pas de source— aucune statistique publique n'isole ce segment.
Ce contraste peut se retourner en fausse sécurité, alors autant le dire tout de suite : être une catégorie réglementée ne rend pas le fonds monétaire garanti. Un fonds monétaire n'est pas un dépôt bancaire ; sa valeur liquidative peut baisser, et elle l'a fait lors d'épisodes de taux négatifs comme lors de tensions de liquidité ; il ne relève d'aucune garantie des dépôts ; et le mot « monétaire » ne signifie ni capital garanti, ni disponibilité garantie en toutes circonstances. Le réglementaire encadre comment le fonds est géré, pas ce que le porteur récupérera. Les risques propres à cette famille sont traités dans les risques d'un OPCVM monétaire pour une entreprise.
4. Pourquoi cette promesse parle si bien à un dirigeant
4.1. La trésorerie qui dort, en chiffres officiels
La Cartographie 2026reprend, d'après la Banque de France, les encours de dépôts des sociétés non financières à fin février 2026 (données provisoires) : 491 Md€ de dépôts à vue, rémunérés 0,46 % en moyenne ; 143 Md€ de dépôts à terme d'au plus deux ans, rémunérés 2,32 % en moyenne, contre 3,26 %un an plus tôt ; et 89 Md€ de dépôts à terme de plus de deux ans à 3,23 % en moyenne.
Ces chiffres se lisent avec deux réserves. Ce sont des moyennes calculées sur l'ensemble des sociétés non financières, grands groupes inclus : ce ne sont ni une offre commerciale, ni un taux qu'une PME obtiendrait, et il ne faut donc jamais présenter 2,32 % comme « le taux d'un compte à terme ». Cela posé, l'écart entre 0,46 % et ce que promet un support pluriannuel est réel et mesuré, et il explique l'attention que le sujet suscite.
4.2. Ce que la promesse a de rationnel
| Ce que le dirigeant entend | Ce que cela a de parfaitement fondé |
|---|---|
| « Une échéance connue » | Un horizon explicite est une discipline de gestion : il oblige à qualifier la durée pendant laquelle la trésorerie n'est pas nécessaire |
| « Un rendement lisible, affiché dès la souscription » | Après dix ans où il n'y avait rien à afficher, un chiffre qui se lit est une information utile |
| « Mieux que ce que me paie ma banque » | L'écart avec la rémunération moyenne des dépôts à vue des sociétés non financières (0,46 % à fin février 2026, Banque de France via AMF) est réel et mesuré |
| « Je sais quand je récupère mon argent » | La date de liquidation cible est inscrite dans la documentation du fonds |
Ces lignes sont vraies. Aucune, en revanche, ne dit que le capital est garanti, que le rendement affiché sera celui que la société conservera, ni que l'argent sera disponible avant l'échéance sans coût. Le rendement annoncé est brut de frais et avant tout défaut, la valeur liquidative varie en cours de vie, et aucun de ces termes n'est garanti. La suite ne cherche pas à démonter la promesse : elle cherche où elle s'arrête.
4.3. Le reflux qui a rendu l'argument urgent
La vraie explication de l'engouement de 2025-2026 est ailleurs, et elle se lit dans les chiffres de la Banque de France : la rémunération moyenne des dépôts à terme d'au plus deux ans des sociétés non financières est passée de 3,26 % (février 2025) à 2,32 % (février 2026, données provisoires). C'est précisément ce reflux qui rend séduisante la promesse de figer un rendement pluriannuel aujourd'hui. La mécanique du dépôt bancaire lui-même — capital contractuellement dû, conditions de sortie contractuelles — est traitée dans notre guide sur le compte à terme.
Une distinction rarement faite, et qui n'enlève rien à ce qui précède. Un compte à terme fige un taux contractuel ; un fonds daté affiche un rendement actuariel cible. Le premier est une obligation de résultat de la banque, le second une caractéristique de marché d'un portefeuille. Ce qui est fixé, c'est l'échéance ; ce qui est affiché, c'est un rendement brut de frais et avant défauts. Ce ne sont pas les mêmes choses. Notre guide grand public sur les fondamentaux de l'investissement obligataire traite le sujet du point de vue d'un particulier ; le régime d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés est différent, et c'est l'objet de cette page.
5. Là où la ressemblance avec un compte à terme se brise
La ressemblance est réelle : un montant, une durée affichée, un rendement annoncé. Elle s'arrête exactement là où commence le droit.
5.1. Un dépôt bancaire d'un côté, une part d'OPC de l'autre
Une ligne suffit à séparer les deux objets. Un compte à terme est un dépôt bancaire, dont le capital est contractuellement dûpar l'établissement et qui relève de la garantie des dépôts ; un fonds datéest une part ou une action d'organisme de placement collectif, à capital risqué, dont la garantie des titres ne couvre que la restitution des instruments financiers en cas de défaillance du teneur de compte, jamais leur perte de valeur. Les deux mécanismes, leurs plafonds respectifs et la ségrégationdes actifs du fonds chez un dépositaire distinct — qui protège de la défaillance de l'établissement, mais ni du marché, ni du défaut des émetteurs — sont exposés par le guide du mécanisme et le face-à-face structuré, critère par critère, par notre comparatif fonds daté et compte à terme. Ce qui nous intéresse ici, c'est plutôt de comprendre comment la confusion s'installe — et sur quoi elle tient.
| Ce que le dirigeant entend | Ce qui rend la confusion crédible | Ce que le droit dit en une ligne |
|---|---|---|
| « C'est comme un compte à terme » | Les trois mêmes paramètres sont affichés : un montant, une durée, un rendement | Dépôt bancaire d'un côté, part d'organisme de placement collectif de l'autre |
| « Mon capital est protégé » | Le mot « obligataire » évoque un remboursement, et une date de liquidation cible figure bien au prospectus | Aucune garantie du capital sans garantie formelle explicite (CMF art. R. 214-19) |
| « Il y a bien une garantie, comme à la banque » | Une garantie existe effectivement — mais elle ne porte pas sur ce que le dirigeant croit | Pour un dépôt, la garantie des dépôts ; pour des titres, une garantie limitée à leur restitution, jamais à leur valeur |
| « Je récupère mon argent à l'échéance » | La date cible est réellement inscrite dans la documentation du fonds | Elle engage la vie du fonds, pas le montant restitué |
Le test en une question : qui doit ce capital à ma société ?
Tout cela se ramène à une question, et elle se pose avant de signer, pas après : qui, nommément, doit à ma société le capital qu'elle apporte ?Sur un compte à terme, la réponse est l'établissement bancaire, contractuellement. Sur un fonds obligataire daté, la réponse est personne: ni la société de gestion, ni le dépositaire, ni les émetteurs pris ensemble ne s'engagent sur le montant qui sera restitué. La garantie des dépôts ne s'applique pas à un organisme de placement collectif, et la garantie des titres, qui est un mécanisme distinct, ne couvre que la restitution des instruments financiers en cas de défaillance du teneur de compte — jamais leur perte de valeur. Quand la réponse à la question est « personne », le capital est risqué, quel que soit le vocabulaire employé dans la plaquette.
5.2. Le rendement affiché n'est pas celui que la société conservera
Le rendement actuariel brut communiqué à la souscription est un calcul de gestion, brut de frais et avant tout défaut. Aucune norme ne fixe la façon de le calculer. Le seul chiffrage normé de l'impact des coûts est celui du document d'informations clés(règlement (UE) n° 1286/2014 et règlement délégué (UE) 2017/653), obligatoire pour les OPCVM à l'égard des clients non professionnels depuis le 1er janvier 2023.
La chaîne, étage par étage
rendement actuariel brut affiché − frais courants − impact des défauts éventuels − IS annuel (CGI art. 209-0 A) = ce que la société conserve réellement
Aucun des quatre termes n'est garanti. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cette page ne chiffre pas cette cascade : elle en explique la logique, le chiffrage étage par étage relevant de notre page sur les repères de rendement 2026.
Aller plus loin : où se lit chacun de ces quatre étages
Trois des quatre étages de cette cascade se lisent dans des documents que vous pouvez exiger. Le quatrième ne s'y trouve nulle part. Le rendement actuariel brut affiché vient de la plaquetteou du reporting de gestion, et aucune norme ne l'encadre : c'est la raison pour laquelle il faut demander comment il est calculé, et si une hypothèse de défaut y est intégrée. L'impact des frais se lit dans le document d'informations clés, rubrique des coûts : c'est le seul chiffrage norméde leur effet sur le rendement (règlement (UE) n° 1286/2014 et règlement délégué (UE) 2017/653). Le risque de crédit se lit dans l'indicateur synthétique de risque, gradué de 1 à 7 et intégrant à la fois le risque de marché et le risque de crédit, dans les scénarios de performancedu même document, et dans la politique d'investissement du prospectus, qui indique la qualité de crédit visée. Quant au quatrième étage, l'impôt sur les sociétés annuel, il ne figure dans aucun document du fonds— et il n'a pas à y figurer : il dépend de vos comptes, et c'est votre expert-comptable qui le chiffre.
La qualité de crédit, maintenant — et sans chiffre, faute de source générique exploitable : le risque de défaut d'un fonds daté à haut rendement est réel et significatif. Ce n'est pas un supplément de rendement, c'est une probabilité de perte en capital. Pour situer le contexte sans le chiffrer, l'AMF relevait en juin 2026 que, sur le segment de la catégorie spéculative cotée, les taux de défaut avaient continué de diminuer en 2025 et que les agences ne prévoyaient pas de dégradation en 2026 dans leur scénario central, tout en envisageant un scénario plus défavorable. Les deux familles sont traitées séparément dans les fonds datés à haut rendement et le guide des fonds obligataires datés.
5.3. La valeur liquidative varie, même quand on porte jusqu'au bout
Le fait est public et daté. En mars 2026, les fonds obligataires français dans leur ensemble ont enregistré un effet de valorisation négatif de 8,6 milliards d'euros sur un seul mois, accompagné de flux entrants (AMF, Cartographie 2026). Un porteur contraint de sortir ce mois-là l'aurait fait à une valeur liquidative dégradée, quelle qu'ait été son intention de départ. Le mécanisme joue dans les deux sens, autant l'écrire : la valeur liquidative d'un fonds obligataire monte quand les taux de marché baissent et recule quand ils montent — la même source relève ainsi un effet de valorisation positif de 6,7 Md€sur l'ensemble de l'année 2025. Cet épisode est antérieur à la décision de la BCE du 17 juin 2026, et rien ne permet de relier les deux.
La sensibilité aux taux d'un fonds daté décroîtà mesure que l'échéance approche ; le détail mécanique de ce phénomène est dans le guide dédié au fonctionnement des fonds datés.
5.4. Sortir avant l'échéance : possible, payant, parfois suspendu
Le rachat d'une part se fait à la valeur liquidative du moment, majorée ou diminuée des frais et commissions (règlement général de l'AMF art. 411-20) — donc potentiellement en moins-value. Des mécanismes anti-dilutionpeuvent s'appliquer (RG AMF art. 411-20-3), « visant à compenser ou à réduire les coûts de réaménagement du portefeuille supportés par l'ensemble des porteurs ». Et le plafonnement des rachats est possible en circonstances exceptionnelles (RG AMF art. 411-20-1 ; CMF art. L. 214-8-7). La directive (UE) 2024/927 du 13 mars 2024, dont la transposition était due au 16 avril 2026, impose aux fonds ouverts de se doter d'au moins deux outils de gestion de la liquidité — les fonds constitués avant cette date bénéficiant d'un régime transitoire jusqu'au 16 avril 2027, l'état exact de la transposition française restant à vérifier. Ces articles du règlement général de l'AMF s'appliquent aux OPCVM ; des dispositions équivalentes régissent les fonds d'investissement alternatifs.
Soyons justes : ces frais ne punissent pas le sortant. Ils lui font supporter le coût de réaménagement du portefeuille, qui pèserait sinon sur ceux qui restent. Sur le compte à terme, la formulation exacte est que les conditions de sortie anticipée d'un dépôt à terme sont contractuelles et se lisent dans les conditions générales. Sur le fonds daté, les frais de sortie anticipée figurent au prospectus : aucun niveau n'est chiffré ici, faute de source générique.
5.5. C'est l'enveloppe qui commande l'impôt, pas le produit
Le même fonds daténe suit pas le même régime selon l'enveloppe : sur un compte-titres de société, l'écart réel de valeur liquidative (CGI art. 209-0 A) ; dans un contrat de capitalisation, lorsque la personne morale y est éligible, un régime propre(CGI art. 238 septies E). Le contrat de capitalisation n'« échappe » pas à l'impôt : il en change l'assiette et le calendrier. Nous n'en disons pas plus ici — les conditions d'éligibilité, le régime lui-même et l'arbitrage entre les deux enveloppes sont traités par le contrat de capitalisation souscrit par une entreprise, notre page dédiée à la personne morale, le régime de l'article 238 septies E et l'arbitrage entre compte-titres et contrat de capitalisation.
Ce que cette page en retient est plus étroit, mais décisif : ce n'est pas le produit qui commande l'impôt, c'est l'enveloppe dans laquelle il est logé— et l'argumentaire commercial d'un fonds daté ne mentionne ni l'une, ni l'autre. Une question à poser avant toutes les autres : dans quoi ce support sera-t-il logé ? Le choix de l'enveloppe ne se tranche pas dans l'abstrait — il dépend de l'horizon, du besoin de disponibilité et de la situation de la société, et il se décide avec vos conseils.
6. La promesse fiscale que personne n'écrit — et que l'IS dément à chaque clôture
Le texte est court, et il ne prévoit pas d'exception pour les fonds datés. Les entreprises soumises à l'impôt sur les sociétés qui détiennent des parts ou actions d'OPCVM, et des autres placements collectifs visés par le texte, les évaluent à leur valeur liquidative de clôture ; l'écart avec la valeur d'ouverture, ou avec le prix d'acquisition la première année, entre dans le résultat imposable de l'exercice, sans cession et sans distribution (CGI art. 209-0 A ; BOFiP BOI-IS-BASE-10-20-10 et BOI-IS-BASE-10-20-20) — la nature exacte du véhicule se vérifiant au prospectus. La règle de principene distingue ni la nature des actifs du fonds, ni sa politique de distribution : une part de capitalisation n'y change rien. Le texte prévoit bien des dérogations— certaines tenant à l'entreprise qui détient les titres, d'autres aux titres eux-mêmes —, mais aucune ne joue en pratique pour une société qui place sa trésorerie dans un fonds obligataire daté. Leur périmètre exact et leurs conditions sont traités par la page qui porte le texte, et nous y renvoyons plutôt que de les reprendre.
Concrètement, pour votre société : la logique de portage — « je fige mon rendement, je réglerai l'impôt à la fin » — est exacte pour un particulier en assurance-vie et fausse pour une société à l'IS. La promesse fiscale est implicite: elle n'est jamais écrite, donc jamais démentie.
Porter jusqu'à l'échéance ne diffère aucun impôt pour une société à l'IS
C'est le point que presque tout ce qui s'écrit sur les fonds datés omet. L'argument du portage, « je fige mon rendement, je verrai l'impôt à la fin », ne procure aucun différé fiscalà une société soumise à l'impôt sur les sociétés : l'écart de valeur liquidative entre dans le résultat imposable à chaque clôture, alors que la société n'a rien vendu (CGI art. 209-0 A). La société paie donc année après année, sur la remontée d'une valeur liquidative qu'elle n'a pas encaissée, et cet impôt-là se décaisse en numéraire.
C'est précisément ce qui sépare l'organisme de placement collectif de deux autres solutions : le contrat de capitalisationdétenu par une personne morale, qui relève d'un régime propre (CGI art. 238 septies E), et le compte à terme, dont la rémunération se rattache aux exercices au fur et à mesure de son acquisition. Aucune des trois n'est « meilleure » dans l'abstrait : elles n'ont pas le même calendrier d'impôt, et le bon choix dépend de votre horizon comme de vos comptes, ce qui suppose une étude et non une plaquette. Retenez simplement qu'un argumentaire qui ne parle pas de calendrier ne parle pas d'impôt.
Ce constat serait malhonnête si l'on s'arrêtait là. L'écart joue aussi à la baisse : après compensation, par type de titres, des écarts positifs et négatifs de l'exercice, un écart net négatif est déduit du résultat imposable. Et il n'y a pas de double imposition : à la cession, le prix de revient fiscal est corrigé des écarts déjà imposés. L'article 209-0 A n'ajoute pas d'impôt : il en avance le paiement.Sur un fonds porté jusqu'en 2032, la société aura décaissé de l'impôt sur les sociétés à chaque acompte, sur un gain qu'elle ne touchera qu'à l'échéance.
Reste que cet impôt ne se paie pas « plus tard » : il se décaisse à des dates connues d'avance, au rythme des acomptes et du solde d'impôt sur les sociétés, au titre de parts que la société n'a pas vendues— le déroulé précis, exercice par exercice, étant traité par la page dédiée dont le lien suit. Attention à l'écriture comptable : la dépréciation passée sur ces titres n'est pas déductible, le régime de l'écart s'y substituant, et le classement comme le retraitement relèvent de l'expert-comptable et, le cas échéant, du commissaire aux comptes.
Le texte, la méthode de calcul et les obligations déclaratives ne sont pas repris ici : ils sont traités dans le régime de l'article 209-0 A du CGI, en détail, dans les plus-values latentes d'ETF et d'OPCVM détenues par une société à l'IS, dans les fonds qui échappent à la taxation annuelle et, exercice par exercice pour un fonds daté, dans la fiscalité des OPCVM détenus par une société à l'IS. Le catalogue des placements de trésorerie de ce site le dit déjà en une ligne — un fonds obligataire, même daté, est un organisme de placement collectif. Cette ligne d'une phrase suffit à annuler l'argument commercial principal du produit.
7. L'étalon honnête : à quoi comparer un rendement affiché
7.1. Le bon point de référence n'est ni le livret, ni le compte courant
Un rendement actuariel brut affiché ne se compare ni au monétaire, ni au compte courant de la société : il se compare au taux dit « sans risque »d'un titre d'État de même maturité. L'écart entre les deux est une prime de crédit BRUTE— avant frais et avant défauts. Cette lecture n'est pas une opinion de cabinet : la doctrine de l'AMF (position-recommandation DOC-2011-05) énonce que « si un OPCVM cherche à faire bénéficier les porteurs d'un rendement supérieur au taux dit “sans risque” du marché monétaire en recherchant des sources de rendement additionnelles par rapport aux instruments les plus sécurisés du marché monétaire, il ne saurait faire état d'un objectif de préservation du capital, qui n'est pas révélateur des risques pris par l'OPCVM ». Traduit sur les hypothèses du cas chiffré ci-dessous : les 1,28 pointqui séparent 4,50 % du souverain 2032 ne récompensent pas une meilleure gestion, ils paient un risque de crédit.
7.2. Les repères souverains, datés et sourcés
| Maturité approchante | Titre émis | Taux moyen pondéré | Adjudication |
|---|---|---|---|
| Un an au plus | BTF 51 semaines, échéance 16 juin 2027 | 2,640 % | 22 juin 2026 |
| Environ 6 ans | OAT 2 % 25 novembre 2032 | 3,22 % | 18 juin 2026 |
Ces deux lignes ne se comparent pas entre elles. Le BTF est un bon du Trésor à intérêts précomptés : son taux moyen pondéré est un taux monétaire en base ACT/360, qui n'est pas directement comparable au taux actuarield'une OAT. Et ces lignes se lisent comme des repères, pas comme des produits à acheter : les autres maturités souveraines, ainsi que les modalités par lesquelles une entreprise peut, ou ne peut pas, accéder à ces titres, sont traitées dans notre page sur les BTF et les OAT pour une entreprise.
7.3. Le cas chiffré : décomposer un rendement affiché
Illustration pédagogique datée du 29 juillet 2026 — un seul chiffre de ce tableau est réel
- Société : SAS soumise à l'IS au taux normal de 25 % (CGI art. 219 I). Le taux réduit de 15 %ne s'applique, sous conditions(chiffre d'affaires HT inférieur à 10 000 000 €, capital entièrement libéré, détention de 75 % au moins par des personnes physiques), qu'à la fraction de bénéfice imposable n'excédant pas 42 500 € par période de douze mois (CGI art. 219 I-b), sans règle d'affectation par nature de produit : une PME dont le bénéfice dépasse déjà ce seuil voit donc en pratique ses produits financiers imposés à la margeà 25 %.
- Montant : 400 000 € de trésorerie durablement excédentaire — montant retenu pour la seule lisibilité du calcul.
- Support : un fonds obligataire daté générique à échéance novembre 2032. Aucun fonds, aucune société de gestion, aucun établissement n'est visé.
- Rendement actuariel brut affiché : 4,50 % — hypothèse purement fictive.Aucune donnée de marché agrégée ne permet de chiffrer le rendement d'un fonds daté : ce n'est ni une prévision, ni une promesse, ni un niveau constaté.
- Frais courants : 0,60 % par an — hypothèse purement fictive, retenue pour la seule lisibilité de la démonstration.
- Repère souverain : 3,22 % — chiffre réel et daté.Taux moyen pondéré de l'OAT 2 % 25 novembre 2032 à l'adjudication du 18 juin 2026 (Agence France Trésor).
- Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Aucun des termes de ce calcul n'est garanti.
| Étape | Valeur | Nature |
|---|---|---|
| Rendement actuariel brut affiché par le fonds daté (échéance 2032) | 4,50 % | Hypothèse fictive |
| Moins le taux d'État de maturité comparable (OAT 25 nov. 2032, adjudication du 18/06/2026) | 3,22 % | Chiffre réel et daté (AFT) |
| Égale la prime de crédit BRUTE | 1,28 point | Calcul |
| Moins les frais courants du fonds | 0,60 point | Hypothèse fictive |
| Égale la prime restante, AVANT tout défaut | 0,68 point | Calcul |
| Moins l'impact des défauts éventuels | Non chiffrable | Aucune source agrégée générique |
| Moins l'IS annuel sur l'écart de valeur liquidative (CGI art. 209-0 A) | Frappe chaque exercice, sans cession | Règle réelle |
| Ligne | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| Prime de crédit brute sur une année, sur la base initiale | 400 000 × 1,28 % | 5 120 € |
| Frais courants annuels | 400 000 × 0,60 % | 2 400 € |
| Prime restante, avant tout défaut | 5 120 − 2 400 | 2 720 € |
| Part de la prime de crédit brute absorbée par les frais | 2 400 / 5 120 | 46,9 % |
Sur ces 400 000 €, la société encaisse 5 120 € de prime brute et en rend 2 400 en frais. Restent 2 720 €— avant qu'un seul émetteur ait fait défaut. Autrement dit, près de la moitié de la prime de crédit brute est absorbée par les frais, soit 46,9 % (2 400 / 5 120 = 46,875 %) : le rendement affiché n'est pas ce que la société conserve. Et ce qui reste n'est pas un supplément gratuit : c'est la rémunération d'un risque de crédit, exactement ce que dit la doctrine de l'AMF citée plus haut. Ceci est une illustration pédagogique, pas une projection garantie ni une recommandation.
Et ce n'est pas tout : la prime restante s'apprécie avant IS. Sur un organisme de placement collectif, la société n'attend pas 2032 pour payer — l'écart de valeur liquidative est imposé à chaque clôture, au rythme des acomptes. L'étage fiscal n'est pas chiffré ici : il dépend du taux d'IS applicable à votre société et de sa date de clôture, ce qui suppose vos comptes. La décomposition étage par étage jusqu'au net d'IS appartient à notre page sur les repères de rendement des fonds datés en 2026, qui la construit avec ses propres hypothèses ; le déroulé fiscal exercice par exercice — combien, et à quelle date — est traité dans la fiscalité des OPCVM détenus par une société à l'IS, et le fonctionnement du véhicule dans notre guide sur le fonctionnement des fonds obligataires datés.
7.4. Ce que ce tableau ne permet pas de conclure
Où poser le doigt quand un rendement vous est annoncé
Ce tableau ne dit pas qu'une obligation d'État vaut mieux qu'un fonds daté, et ce n'est en aucun casune recommandation. Il dit sur quelle ligne poser le doigt quand on vous annonce 4,50 % : celle du souverain de même maturité d'abord, celle des frais ensuite. Le cabinet délivre une information générique : la comparaison utile est celle que fera votre conseiller sur les documents du fonds qu'on vous propose, au regard de votre situation.
8. Ce que la réglementation impose déjà au discours de vente
8.1. Risques et avantages, « de manière identique »
Le règlement (UE) 2019/1156 du 20 juin 2019, en son article 4, paragraphe 1, impose que les communications publicitaires soient identifiables en tant que telles, qu'elles décrivent les risques et les avantages de manière identique, et qu'elles soient correctes, claires et non trompeuses. Le paragraphe 2 ajoute qu'elles ne contredisent pas et ne diminuent pas la portée des informations du prospectus ou du document d'informations clés.
La doctrine de l'AMF (position-recommandation DOC-2011-24) est plus explicite encore : « les risques doivent figurer d'une manière aussi apparente que le sont les avantages » ; les informations sur les risques « ne sont pas reprises dans une note de bas de page ou affichées en petits caractères » ; la communication « s'abstient de formulations tendant à diminuer les risques, telles que “un investissement sûr” » ; et « toutes les déclarations contenues dans la communication publicitaire sont dûment justifiées à partir de sources objectives et vérifiables qu'il convient de citer » . Si la plaquette et le document d'informations clés divergent, ce sont le document d'informations clés et le prospectus qui font foi.
8.2. Le mot « garanti » est réservé
La doctrine de l'AMF (DOC-2011-05) réserve le terme garantiaux organismes bénéficiant d'une garantie formelle d'un dépositaire, d'un établissement de créditou d'une entreprise d'investissement (CMF art. R. 214-19). À défaut, un objectif de préservation du capital doit être présenté comme un « objectif de préservation du capital bien qu'il existe un risque de perte », et l'absence de garantie constitue « un inconvénient dont les conséquences doivent être expliquées ».
Précision nécessaire : ces développements figurent dans les parties de la doctrine consacrées aux OPCVM à assurance de portefeuille et aux fonds à formule, et non nominalement aux fonds obligataires datés. La règle se transpose— le terme « garanti » n'est pas disponible sans garantie formelle —, mais elle ne s'attribue pas : il serait inexact d'écrire que l'AMF a pris position sur les fonds datés, car aucune position spécifique de ce genre n'existe.
8.3. L'avertissement fiscal existe déjà — il est simplement lu avec les lunettes d'un particulier
La doctrine de l'AMF impose, dans les communications qui présentent des performances anticipées, « au moins un avertissement précisant que les performances futures sont soumises à l'impôt, lequel dépend de la situation personnelle de chaque investisseur » (DOC-2011-24, § 4.3.5). Et c'est là que tout se joue : cet avertissement existe déjà, il est même obligatoire. Lu par un particulier, il veut dire « vous paierez au rachat de votre contrat d'assurance-vie, ou à la cession sur votre compte-titres ». Lu par le gérant d'une SARL qui clôture au 31 décembre, il veut dire « vous paierez dès la première clôture ». Personne n'a rien dissimulé : la phrase n'a simplement pas le même destinataire.
8.4. « Ma société est-elle un investisseur professionnel ? »
La directive 2014/65/UE (MiFID II), annexe II, section I, point 2, ne qualifie de cliente professionnelle la grande entreprise que si elle réunit deux des trois critères suivants : un total de bilan au moins égal à 20 000 000 €, un chiffre d'affaires net au moins égal à 40 000 000 €, des capitaux propres au moins égaux à 2 000 000 €, appréciés sur une base individuelle. En dessous de ces seuils, votre société relève en principe de la clientèle de détail, la qualification se vérifiant au cas par cas (CMF art. D. 533-11). Un client de détail peut demander à être traité comme professionnel (MiFID II, annexe II, section II) : il y perd alors une partie des protectionsdécrites ci-dessous. Concrètement, il y perd l'évaluation d'adéquation et le document d'informations clés : signer cette renonciation coûte des protections, pas seulement une case.
Votre société a donc droit, comme un particulier, au document d'informations clés — indicateur synthétique de risque de 1 à 7, intégrant à la fois le risque de marché et le risque de crédit, scénarios de performance, coûts et leur impact sur le rendement —, au prospectus, à une présentation équilibrée des risques et des avantages, et à une évaluation d'adéquationlorsqu'un conseil lui est délivré (CMF art. L. 533-13). Votre société n'est probablement pas un investisseur professionnel : exigez les mêmes documents qu'un particulier, et lisez-les.
9. Les huit questions à poser avant de souscrire
| # | La question à poser | Le fondement |
|---|---|---|
| 1 | Le fonds bénéficie-t-il d'une garantie formelle du capital — et de qui ? | CMF art. R. 214-19 ; doctrine AMF DOC-2011-05 |
| 2 | Le rendement annoncé est-il brut ou net de frais, intègre-t-il une hypothèse de défaut — et que disent, en regard, l'indicateur synthétique de risque (1 à 7) et les scénarios de performance ? | Aucune norme n'encadre le rendement affiché ; seul le document d'informations clés chiffre l'impact des coûts et le risque (règlement (UE) n° 1286/2014 et règlement délégué (UE) 2017/653). Le décompte étage par étage est traité par notre page sur les repères de rendement 2026 |
| 3 | De quand date l'argument qui m'est présenté, et sur quelle anticipation de taux repose-t-il ? | Fait vérifiable : la BCE a relevé sa facilité de dépôt à 2,25 % avec effet au 17 juin 2026, puis l'a laissée inchangée le 23 juillet 2026. Un argumentaire écrit en 2023 sur une baisse attendue n'est pas un fait |
| 4 | Quelle qualité de crédit vise le portefeuille : investment grade ou catégorie spéculative ? | Vocabulaire officiel employé par l'AMF |
| 5 | Que coûte une sortie avant l'échéance, à quelle valeur liquidative, et ces frais sont-ils acquis à l'OPC ? | Règlement général de l'AMF art. 411-20 et 411-20-3 |
| 6 | Les rachats peuvent-ils être plafonnés ou suspendus ? Quels outils de liquidité figurent au prospectus ? | RG AMF art. 411-20-1 ; CMF art. L. 214-8-7 ; directive (UE) 2024/927 |
| 7 | Quel IS ma société décaissera-t-elle chaque année, et avec quelles ressources ? | CGI art. 209-0 A — la question que la plaquette ne pose jamais |
| 8 | Mon horizon réel coïncide-t-il avec l'échéance du fonds — et que devient le fonds à cette date (liquidation, fusion, prorogation) ? | Prospectus, propre à chaque fonds |
Reste la question que tout le monde pose : « quels sont les meilleurs fonds datés ? » Nous n'y répondrons pas, ici comme ailleurs. Nous ne nommons aucun fonds, aucune société de gestion, aucun établissement : la sélection d'un support relève d'une étude individualisée, pas d'un classement publié. En revanche, les huit questions ci-dessus s'appliquent à celui qu'on vous propose, et la grille de sélection complète est traitée dans le guide des fonds obligataires datés.
Vous avez une plaquette sur le bureau
Apportez-la avec le document d'informations clés : nous vérifions ligne par ligne ce que le rendement affiché devient une fois les frais retirés, puis ce que la première clôture coûtera à votre société. Votre expert-comptable est associé à la lecture.
Ce que cette page est, et ce qu'elle n'est pas
Hagnéré Patrimoine est conseiller en investissements financiers (ORIAS 23002291), courtier en assurance et en opérations de banque. Les communications à caractère promotionnel des conseillers en investissements financiers doivent être exactes, claires et non trompeuses(CMF art. L. 541-8-1, 8° ; règlement général de l'AMF art. 325-12), et une recommandation personnalisée— au sens de l'article D. 321-1 du même code — suppose une évaluation d'adéquation (CMF art. L. 541-8-1, 4° ; RG AMF art. 325-7 et suivants). Cette page délivre une information générique : elle ne recommande ni de souscrire, ni de ne pas souscrire. Le traitement comptable et fiscal individualisé relève de votre expert-comptable et, le cas échéant, de votre commissaire aux comptes. La décision engage le dirigeant, qui l'apprécie au regard de l'objet social et de l'intérêt socialde la société ; un placement manifestement étranger à cet intérêt pourrait, le cas échéant, être discuté sur le terrain de l'acte anormal de gestion — point dont la qualification juridique exacte reste à vérifier au cas par cas avec vos conseils [à vérifier].
10. Quand l'engouement fait prendre une mauvaise décision
Le dirigeant qui souscrit un fonds daté a rarement commencé par mesurer son horizon. Il a vu passer trois articles, entendu un confrère, comparé au 0,46 % que rapporte en moyenne un dépôt à vue de société non financière (Banque de France via AMF, fin février 2026) — et l'échéance inscrite noir sur blanc au prospectus a fait le reste. Ce sont de bonnes raisons de s'y intéresser. Ce n'en sont pas de souscrire.
Cinq dérapages, formulés comme des biais de décision
- L'horizon a été calé sur l'échéance du fonds, et non l'inverse.Une SASU d'ingénierie qui clôture au 31 décembre et vise le rachat de son local en 2029 souscrit un fonds à échéance novembre 2032 : l'échéance du fonds a fixé l'horizon, au lieu que l'horizon choisisse le fonds. En 2029, sortir voudra dire vendre à la valeur liquidative du jour, frais de sortie déduits.
- La trésorerie placée était déjà affectée.Sur les 400 000 € de l'illustration fictive précédente, 90 000 € garantissaient en réalité une caution de bail commercial et 60 000 € étaient promis à une machine commandée pour l'exercice suivant : 150 000 € n'étaient pas plaçables, et personne ne l'avait écrit. La méthode de calcul de ce qui est réellement plaçable est dans notre guide sur le placement de la trésorerie d'une société.
- Le besoin de garantie en capital a été cru satisfait.Le dirigeant cherchait un capital dû à une date. Il a lu « échéance novembre 2032 » et entendu « remboursement en novembre 2032 ». Aucun organisme de placement collectif ne doit ce capital, sauf garantie formelle explicite d'un dépositaire, d'un établissement de crédit ou d'une entreprise d'investissement.
- Personne n'a chiffré l'IS de la première clôture.Cet impôt porte sur un gain latent, non encaissé, immobilisé jusqu'à l'échéance, alors que les acomptes tombent à dates fixes : il se décaisse en numéraire, sur une trésorerie que la société n'a pas reçue.
- Le montant est trop faible au regard des frais et du gain net d'IS.À 40 000 € placés au lieu de 400 000, les mêmes hypothèses fictives de la section 7 donnent 512 € de prime brute pour 240 € de frais : la question cesse d'être le rendement, elle devient le temps passé à suivre la ligne. Aucun montant plancher n'est réglementaire ni sourçable : méfiez-vous de tout article qui en avance un.
À part, un sixième cas : la société est à l'IR(translucide) — l'imposition s'apprécie chez l'associé, et le raisonnement de cette page ne s'y transpose pas. Voir la trésorerie d'une SCI.
Dans plusieurs de ces cas, la bonne décision est de ne pas placer — ou de ne pas placer ici. Ce n'est pas une position de principe contre les fonds obligataires datés : c'est la conséquence d'un horizon, d'un besoin de disponibilité ou d'une capacité à financer un impôt annuel. Une solution peut convenir à tel horizon, sous conditions et après étude ; elle ne convient pas dans tel autre.
10.1. Repères datés et pages qui prennent le relais
Le produit, lui, est décrit ailleurs : son fonctionnement pas à pas, le régime fiscal des organismes de placement collectif détenus par une société, le face-à-face avec le compte à terme. Ce qui nous occupait ici, c'est la phrase de vente— et ce qu'elle devient une fois passée au bilan d'une personne morale. Trois pages voisines traitent ce que celle-ci laisse volontairement de côté : les fonds obligataires datés décrivent la mécanique du produit pas à pas ; l'article 209-0 A du CGI porte le texte, la méthode de calcul et les obligations déclaratives, dont nous ne tirons ici qu'une conséquence commerciale ; et placer la trésorerie d'une société calcule ce qui est réellement plaçable, cette page ne traitant qu'un produit une fois ce calcul fait.
Un fonds obligataire daté n'est ni un scandale ni un raccourci. C'est un organisme de placement collectif dont l'argument de vente le plus efficace — porter jusqu'au bout et régler l'impôt à la fin — est précisément le seul qui ne fonctionne pas pour une société à l'IS. Tout le reste se lit dans deux documents que vous pouvez réclamer avant de signer : le document d'informations clés et le prospectus.
Les repères chiffrés de cette page, en cinq lignes
- Facilité de dépôt de la BCE : 2,25 % depuis le 17 juin 2026, première hausse depuis le 20 septembre 2023, puis statu quo le 23 juillet 2026 ; €STR à 2,184 % pour la date de référence du 28 juillet 2026 (BCE).
- Fonds obligataires français dans leur ensemble : ≈ 374 Md€ d'actif net fin 2025, collecte nette de 23,1 Md€ en 2025 après un record de 40,8 Md€ en 2024, et effet de valorisation négatif de 8,6 Md€ en mars 2026 (AMF, Cartographie 2026).
- Dépôts des sociétés non financières à fin février 2026 : 491 Md€ à vue rémunérés 0,46 % en moyenne ; 143 Md€ à terme d'au plus deux ans à 2,32 %, contre 3,26 % un an plus tôt (Banque de France, via AMF).
- Repères souverains : adjudications de juin 2026— BTF 51 semaines à 2,640 % (taux monétaire ACT/360, intérêts précomptés) et OAT novembre 2032 à 3,22 % (Agence France Trésor).
- Pages du cocon qui prennent le relais : fonds daté et compte à terme, les repères de rendement 2026, le guide des fonds obligataires datés, la fiscalité des OPCVM détenus par une société à l'IS et les BTF et les OAT pour une entreprise.
Mentions et sources
Hagnéré Patrimoine est un cabinet de conseil en gestion de patrimoine établi à Chambéry (73000), CIF membre de la CNCEF Patrimoine, COA et COBSP, immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 23002291, noté 4,7/5 sur 26 avis Trustpilot. Ce guide délivre une information génériqueet ne constitue pas une recommandation personnalisée au sens de l'article D. 321-1 du Code monétaire et financier, laquelle supposerait une évaluation d'adéquation (CMF art. L. 541-8-1, 4° ; RG AMF art. 325-7 et suivants). Aucun fonds, aucune société de gestion, aucun établissement n'est cité, et aucune sélection de support n'est proposée ici. Le traitement comptable et fiscal individualisé relève de votre expert-comptable et, le cas échéant, de votre commissaire aux comptes ; la décision engage le dirigeant.
Sources: CGI art. 200 A, 209-0 A, 219 I et I b, 238 septies E ; BOFiP BOI-IS-BASE-10-20-10, -20 et -30 ; CSS art. L. 136-6 et L. 136-7 ; Code monétaire et financier art. L. 214-8-7, L. 312-4-1, L. 322-3, L. 533-13, L. 541-8-1 4° et 8°, D. 321-1, D. 533-11, R. 214-19 ; arrêtés du 27 octobre 2015 et du 18 mars 2024 ; règlement général de l'AMF art. 325-7 et suivants, 325-12, 411-20, 411-20-1 et 411-20-3 ; règlement (UE) 2017/1131 ; règlement (UE) 2019/1156 art. 4 ; règlement (UE) n° 1286/2014 et règlement délégué (UE) 2017/653 ; directive 2014/65/UE annexe II sections I et II ; directive (UE) 2024/927 ; AMF, positions-recommandations DOC-2011-05 et DOC-2011-24 (§ 4.3.5) ; AMF, Cartographie 2026 des marchés et des risques(achevée de rédiger le 26 juin 2026), § 1.3 et 3.2.2 et tableau 4 d'après Banque de France ; BCE, key ECB interest rates (décisions du 11 juin 2026 et statu quo du 23 juillet 2026) et euro short-term rate; EMMI (arrêt de l'EONIA le 3 janvier 2022) ; Agence France Trésor, résultats d'adjudication de juin 2026 ; FGDR ; entreprendre.service-public.gouv.fr fiche F23575. Données arrêtées au 29 juillet 2026. Les hypothèses de rendement (4,50 %) et de frais (0,60 %) du cas chiffré sont explicitement fictives et ne constituent ni une prévision ni un niveau constaté.
Commencer par la date, pas par le produit
Nous partons de la date à laquelle votre société aura besoin de cet argent, pas du support qu'on lui propose. Il arrive que la réponse soit de ne rien placer : nous la donnons aussi.

