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Guide architecte 202618 minMis à jour 24 juin 2026TVA récupérable 20 %

Acheter les murs de son agence d'architecture en SCI : le guide fiscal complet

Vous payez un loyer pour votre agence alors que vous pourriez en être propriétaire — et faire financer les murs par votre activité. En logeant l'acquisition dans une SCI, vous dissociez l'immobilier de l'exploitation, vous arbitrez entre IR et IS, et vous activez un levier que vos confrères médecins n'ont pas : assujetti à la TVA à 20 %, vous récupérez la TVA sur l'achat — 60 000 € sur un immeuble de 300 000 € HT. Et deux angles qu'on oublie presque toujours d'intégrer au calcul : vos revenus en dents de scie, qui fixent votre capacité d'emprunt, et une retraite CIPAV qu'il faudra compléter. On pose tout ça à plat avant que vous signiez le compromis. Par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine indépendant (ORIAS 23002291).

ACHAT DES MURS D'AGENCE 2026

Structurer l'achat des murs de votre agence et trancher IR / IS, option TVA

Audit indépendant : choix IR ou IS selon votre horizon et votre TMI, optimisation de l'option TVA (récupérer jusqu'à 20 % du prix HT), calibrage du loyer déductible, montage du financement face à des honoraires irréguliers, plan de transmission des parts. Une décision lourde, posée à l'euro avant la signature.

  • Arbitrage IR / IS chiffré sur la durée
  • Option TVA : récupérer 20 % du prix HT
  • Loyer de marché et bail sécurisés
  • Cabinet 100 % indépendant

TVA RÉCUPÉRABLE

20 %

PS FONCIER SCI IR

17,2 %

DÉFICIT FONCIER / AN

10 700 €

RÉGULARISATION TVA

20 ANS

IS PME / AU-DELÀ

15 / 25 %

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1POURQUOI UNE SCI·3 MIN

Acheter en SCI ou via la société d'architecture : pourquoi dissocier les murs

L'essentiel en 30 secondes

  • Le réflexe gagnant : ne pas acheter les murs dans votre société d'architecture, mais dans une SCI distincte qui les détient et les loue à votre agence.
  • Le loyer est une charge déductible chez l'exploitant (BNC, art. 93 CGI, ou résultat IS de la SEL d'architecture) et un revenu pour la SCI.
  • SCI à l'IR le plus souvent : revenus fonciers à votre TMI + 17,2 % de PS, mais plus-value des particuliers exonérée à 22 / 30 ans et parts transmissibles.
  • Le levier propre à l'architecte : assujetti à la TVA, vous pouvez opter pour la TVA sur les loyers (art. 260, 2°) et récupérer 60 000 € sur 300 000 € HT — ce que les SCI louant à des professions de santé exonérées n'obtiennent pas.
  • Le fil rouge à ne pas oublier : vos revenus irréguliers (capacité d'emprunt) et une retraite CIPAV faible que les murs viendront compléter.

Vous connaissez la situation : le bail de l'agence arrive à échéance, le propriétaire propose de vendre, ou un plateau idéal se libère dans le quartier. La question tombe : « j'achète les murs, mais comment ? » Et trop souvent, la réponse par défaut — « je les mets dans ma société d'architecture » ou « je les achète en nom propre » — coûte cher : sur des murs achetés 300 000 € HT puis revendus vingt-cinq ans plus tard, le mauvais montage transforme une plus-value quasi exonérée en une note fiscale de plusieurs dizaines de milliers d'euros, et laisse passer la récupération de TVA que votre statut d'assujetti vous ouvre pourtant.

Le principe est simple : vos murs ne sont pas votre agence. L'outil de travail, c'est votre activité, votre clientèle, vos missions de maîtrise d'œuvre, votre équipe. L'immobilier, c'est un actif patrimonial, par nature plus stable et plus long. Les mélanger, c'est exposer vos murs au risque de l'activité, alourdir leur fiscalité à la sortie et compliquer leur transmission. Les dissocier dans une SCI, c'est faire jouer à chacun son rôle.

Mémo express

Trois véhicules à ne jamais confondre

  • La SCI — société civile de droit commun (art. 1832 et 1857 du Code civil) qui détient les murs. Elle n'est pas soumise aux règles de capital de la profession.
  • La société d'architecture (SARL, SAS, SCP ou SEL d'architecture) — qui porte l'exploitation ; son capital est détenu majoritairement par des architectes (loi 77-2 du 3 janvier 1977, art. 13).
  • La SPFPL d'architectes — qui détient les titres de la société d'exploitation (décret 2016-876). Sujet distinct, traité dans notre guide holding SPFPL architecte.

Précision de statut, car elle change tout à la sortie : l'architecte est une profession libérale réglementée (inscription à l'Ordre des architectes, loi 77-2 du 3 janvier 1977), mais pas un officier ministériel. Il n'existe ni droit de présentation, ni finance d'office : la cession porte librement sur la clientèle et l'agence (le fonds libéral). Loger les murs dans la société d'exploitation reviendrait à transformer une plus-value immobilière en plus-value professionnelle et à alourdir la valeur des titres à céder — alors qu'un repreneur veut l'agence et la clientèle, pas l'immeuble.

Dissocier les murs via une SCI distincte cumule cinq avantages structurels par rapport à la détention dans la société d'architecture ou en nom propre.
Où loger les murs ?Conséquence concrète
Protection du patrimoineEn SCI distincte, les murs échappent au risque d'exploitation de l'agence : un créancier de l'activité ne peut pas les saisir.
Plus-value à la reventeEn SCI à l'IR, régime des particuliers (art. 150 U) : exonération à 22 / 30 ans, contre une plus-value professionnelle si les murs sont logés dans la société d'architecture.
Cession de l'agenceOn vend la clientèle / les parts de la société d'architecture sans vendre les murs : la SCI survit à la cession de l'activité.
TransmissionOn transmet des parts (par tranches, avec décote, en démembrement), et non un immeuble indivisible.
Loyer déductibleLa société d'architecture déduit un loyer (art. 93 CGI / résultat IS), qui rembourse le crédit de la SCI : l'activité finance le patrimoine.

Les murs ne sont pas un placement immobilier patrimonial

Attention à la frontière. Ce guide traite de votre immobilier d'exploitation : vos propres murs, votre outil de travail. L'immobilier patrimonial (diversifier votre épargne sans gestion) relève d'une autre logique : voyez nos guides SCPI en assurance-vie pour architecte et où placer son argent quand on est architecte. Les deux sont complémentaires, mais ne se pilotent pas de la même façon.
§ 2IR OU IS·4 MIN

SCI à l'IR ou à l'IS : le grand arbitrage de l'architecte

Une fois la SCI décidée, reste l'arbitrage qui pèse le plus lourd sur la durée : IR ou IS. Aucun des deux ne gagne dans l'absolu — le verdict dépend de votre horizon de détention, de votre TMI et de votre projet (revente ou transmission). Pour un architecte aux revenus volatils, l'IR garde de la souplesse : pas d'impôt latent qui explose à la vente.

SCI à l'IR — détention longue, transmission (le standard)

Transparence fiscale (art. 8 CGI) : vous payez l'impôt foncier pendant la détention (loyers à la TMI + 17,2 % de PS, pas d'amortissement déductible), mais à la revente la plus-value relève des particuliers (art. 150 U) et s'efface avec le temps : exonération d'impôt à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans. Déficit foncier jusqu'à 10 700 €/an. Parts transmissibles par tranches. Le bon choix pour des murs conservés jusqu'à la retraite ou destinés aux enfants.

SCI à l'IS — horizon court, forte TMI, sans distribution

Option pour l'IS (art. 239) : vous amortissez la construction (art. 39 et 39 C, le terrain n'est pas amortissable), donc l'impôt est quasi nul en détention (IS 15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà). Mais la revente est lourde : la plus-value se calcule sur la valeur nette comptable (amortissements réintégrés), sans abattement de durée (art. 209 I et 219), puis le boni distribué subit le PFU 31,4 % (PS à 18,6 %). Pertinent surtout pour une revente sous ~15 ans, sans besoin de sortir le cash.

L'IR paie l'impôt au fil de l'eau mais efface la plus-value et préserve les 17,2 % ; l'IS allège la détention mais reprend tout à la revente. L'horizon tranche.
CritèreSCI à l'IRSCI à l'IS
Impôt pendant la détentionLoyers en revenus fonciers à la TMI (41-45 %)IS 15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà
Prélèvements sociaux17,2 % sur les loyers (foncier, maintenu 2026)18,6 % seulement à la sortie du boni (PFU)
AmortissementNon déductibleDéductible (construction, hors terrain)
Plus-value à la reventeParticuliers : exo impôt 22 ans / PS 30 ans (art. 150 U)Pro sur la VNC, sans abattement de durée (15 / 25 % selon le résultat)
Sortie du cashLoyers nets perçus directementBoni au PFU 31,4 % (double couche)
Réversibilité du choixRéversible (on peut opter pour l'IS plus tard)Irrévocable au-delà de 5 exercices (art. 239)

L'« exonération à 15 ans » n'existe PAS pour une SCI à l'IS

On lit parfois qu'une SCI exonère la plus-value « au bout de 15 ans ». C'est faux pour une SCI à l'IS. Les 15 ans, c'est l'abattement de l'article 151 septies B, réservé à la plus-value professionnelle d'un immeuble inscrit à l'actif d'une entreprise — jamais une SCI à l'IS, dont la plus-value se calcule sur la valeur nette comptable sans aucun abattement de durée. La seule exonération par le temps, c'est celle de la SCI à l'IR (régime des particuliers, art. 150 U) : 22 ans pour l'impôt, 30 ans pour les prélèvements sociaux.

Plus-value des particuliers (SCI à l'IR) — abattements pour durée de détention

IMPÔT SUR LE REVENU (19 %)
  • abattement 6 %/an de la 6e à la 21e année
  • abattement 4 % la 22e année
  → EXONÉRATION TOTALE D'IMPÔT à 22 ans

PRÉLÈVEMENTS SOCIAUX (17,2 %)
  • abattement 1,65 %/an de la 6e à la 21e année
  • abattement 1,60 % la 22e année
  • abattement 9 %/an de la 23e à la 30e année
  → EXONÉRATION TOTALE DE PS à 30 ans

Une SCI à l'IR qui détient les murs de l'agence depuis plus de 22 ans (et a fortiori 30 ans, l'horizon d'une carrière d'architecte) revend en franchise quasi totale. C'est l'argument décisif face à l'IS.

Choisir l'IR ou l'IS : la règle simple

Vous gardez les murs jusqu'à la retraite et vous les transmettez ? → IR. Vous visez une revente sous ~15 ans, votre TMI est forte et vous n'avez pas besoin de sortir le cash ? → l'IS mérite la modélisation. Dans le doute, l'IR est le défaut prudent : il est réversible par nature (vous pourrez toujours opter pour l'IS plus tard), alors que l'IS est un aller simple.
§ 3OPTION TVA·3 MIN

Le différenciateur : récupérer la TVA via l'option (art. 260, 2°)

C'est l'atout que vos confrères médecins, dentistes et kinés n'ont pas. La location de locaux nus est exonérée de TVA de plein droit (art. 261 D, 2° du CGI). Mais la SCI peut opter pour soumettre les loyers à la TVA (art. 260, 2°) — et cette option ouvre le droit à déduction, donc la récupération de la TVA d'acquisition.

Architecte (assujetti) vs médecin (exonéré) : le contraste qui change tout

L'architecte facture la TVA à 20 % sur ses honoraires de maîtrise d'œuvre (l'exonération des soins de l'art. 261-4-1° vise la santé humaine et ne s'applique pas). Il est donc assujetti : la TVA sur le loyer lui est déductible, l'option est neutre pour lui, et la SCI gagne 20 % à l'achat. À l'inverse, un médecin est exonéré : il ne déduit rien, et la TVA d'acquisition resterait pour sa SCI une charge sèche de 20 %. C'est tout le sujet de notre guide murs de cabinet médical en SCI : là où la TVA reste une charge sèche.

Récupération de TVA via l'option (art. 260, 2°)

Prix de l'immeuble                300 000 € HT
TVA à 20 %                       +  60 000 €
─────────────────────────────────────────────
Décaissement initial             360 000 € TTC

Option TVA exercée → la SCI récupère :
  300 000 € × 20 %  =  60 000 € remboursés par le Trésor
─────────────────────────────────────────────
Coût net de TVA                  300 000 €

L'option transforme une TVA de 60 000 € en simple avance de trésorerie : la SCI la décaisse puis se la fait rembourser. Les loyers facturés ensuite à la société d'architecture portent la TVA à 20 %, que celle-ci déduit à son tour (neutre).

La TVA n'est récupérable que si l'amont est taxé : neuf, VEFA ou travaux

Une réserve qu'on vous dira rarement chez le vendeur : la récupération suppose que l'achat lui-même est soumis à la TVA : immeuble neuf ou en VEFA (prix + TVA 20 %, publicité foncière réduite), ou travaux taxés. Un local ancien acheté à un particulier est hors champ de la TVA : il n'y a alors pas de TVA sur le prix à récupérer (mais des droits de mutation de l'ordre de 5,80 % à 6,40 % selon le département), et seuls d'éventuels travaux ouvriraient le droit à déduction. Ne vous laissez jamais promettre « 60 000 € de TVA » sur de l'ancien sans travaux.

Le formalisme est léger : une lettre au service des impôts des entreprises, possible par anticipation avant même l'acquisition (utile en VEFA). L'option s'exerce par immeuble (art. 193 de l'annexe II au CGI) et prend effet le 1er jour du mois qui suit sa formulation — elle n'est pas rétroactive — pour une durée minimale (art. 194 de l'annexe II). Le Conseil d'État a même admis qu'elle puisse être exercée local par local au sein d'un même immeuble (CE 9 septembre 2020, n° 439143, SCI Emo). Pour le montage générique détaillé, voyez notre guide pilier acheter les murs de son cabinet en SCI.

§ 4RÉGULARISATION·2 MIN

Le garde-fou : l'engagement de 20 ans et la régularisation

L'option TVA n'est pas un cadeau sans contrepartie. La TVA déduite sur un immeuble est régularisable sur 20 ans, par fractions d'un vingtième par année civile (BOI-TVA-DED-60-20-10). En pratique, la déduction n'est définitivement acquise qu'au terme de cette période ; une sortie anticipée du circuit taxé déclenche un reversement des vingtièmes restants.

Optez — mais raisonnez sur un engagement de 20 ans

Si la SCI cède l'immeuble, en change l'usage ou dénonce son option avant le terme, elle doit reverser la fraction de TVA correspondant aux années restantes (par exemple, une cession à 12 ans = 8/20 reversés). On l'évite en optant pour taxer la cession elle-même (art. 260, 5° bis) ou par transfert du droit à déduction à un acquéreur assujetti. L'option sur les loyers, elle, n'est dénonçable qu'à compter du 1er janvier de la 9e année. La logique commande donc une détention longue— précisément celle des murs d'une agence : à 20 ans, la TVA est définitivement acquise.

Cet horizon de vingt ans n'a rien d'un obstacle pour qui achète les murs de son agence : il est cohérent avec une carrière, le remboursement d'un crédit et un projet de transmission. Le risque n'apparaît que pour celui qui revendrait vite — et c'est précisément le profil pour lequel l'option, comme l'IS, mérite une modélisation préalable.

§ 5FINANCEMENT·3 MIN

Financer l'achat : crédit, et le piège des revenus en dents de scie

Le montage le plus courant est aussi le plus efficace : la SCI emprunte, et c'est le loyer versé par votre société d'architecture qui paie les échéances. Votre activité finance, mensualité après mensualité, la constitution d'un patrimoine immobilier personnel.

Mémo express

L'effet de levier, étape par étape

  • La SCI achète à crédit : peu ou pas d'apport, le bien sert de garantie.
  • L'agence paie un loyer déductible ; ce loyer couvre la mensualité de la SCI.
  • À l'IR, les intérêts d'emprunt sont déductibles des revenus fonciers, ce qui minore l'impôt foncier les premières années (intérêts élevés = base imposable faible).
  • À terme, le crédit est soldé : vous détenez des murs libres de dette, qui produisent un revenu et que vous transmettez.

Intérêts d'emprunt : un déficit qui ne descend PAS sur le revenu global

Ne confondez pas deux mécanismes. Les intérêts d'emprunt ne s'imputent que sur les revenus fonciers (avec report 10 ans), jamais sur le revenu global. Le déficit foncier imputable sur le revenu global jusqu'à 10 700 €/an (art. 156, I-3°), lui, exclut justement les intérêts : il se forme sur les autres charges (travaux, taxe foncière, assurance). Un crédit in fine adossé à un placement peut être pertinent en SCI à l'IR, car des intérêts élevés et constants minorent durablement la base foncière — nous le détaillons dans notre guide le crédit in fine adossé à une SCI.

Revenus en dents de scie : le vrai sujet, c'est la capacité d'emprunt

C'est ici que l'architecte diffère du médecin. Les honoraires d'architecture sont volatils (chantiers en pointillé, soldes de missions décalés), et la banque regarde la régularité avant le montant. Le loyer et la mensualité doivent pouvoir être servis même lors d'un exercice creux : un loyer calibré sur une « bonne » année étrangle la trésorerie une année faible. La règle d'or : ne pas sur-immobiliser, conserver un matelas, et lisser via la trésorerie de la société. Voyez nos guides trésorerie de votre SELARL d'architecte et architecte aux revenus en dents de scie : lisser sa fiscalité.

L'apport qui ne sert pas l'opération reste investi

Tentation fréquente : vider la trésorerie professionnelle pour limiter l'emprunt. Mauvaise idée pour un revenu irrégulier. Mieux vaut conserver une réserve disponible et laisser l'effet de levier du crédit jouer : l'épargne non mobilisée doit rester investie et liquide. C'est l'objet de notre guide où placer son argent quand on est architecte.
Hagnéré Patrimoine

IR ou IS, option TVA, crédit ou in fine : faisons les chiffres.

IR ou IS, option TVA, crédit amortissable ou in fine : ces choix s'engagent pour vingt ans et ne se rattrapent pas. Autant les chiffrer sur votre cas réel — horizon, TMI, régularité des honoraires, financement, transmission — avant de signer, pas après.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 6LOYER / BAIL·3 MIN

Fixer le bon loyer et sécuriser le bail

Le loyer est le pivot du montage : c'est lui qui rend la déduction réelle chez votre agence et qui alimente la SCI. Deux erreurs le font requalifier — le fixer au doigt mouillé, ou ne pas l'écrire dans un bail.

Le niveau de loyer : la valeur de marché, sous peine d'acte anormal de gestion

La déductibilité n'est pas un blanc-seing. Le loyer doit correspondre à la valeur locative de marché, documentée par des comparables. Un loyer manifestement excessif verrait son excédent réintégré dans le résultat de la société d'architecture (théorie de l'acte anormal de gestion, art. 38 et 39 CGI) ; un loyer anormalement bas peut être redressé côté SCI (renonciation à recette). Un écart significatif au prix de marché fait présumer l'anomalie et renverse la charge de la preuve (CE plénière, 21 décembre 2018, n° 402006, transposable aux loyers entre parties liées). Le réflexe qui protège : sortez trois annonces de plateaux comparables dans votre secteur et alignez le loyer dessus — c'est cette liasse de comparables qui tient en cas de contrôle.

Le loyer versé à soi-même est déductible (Conseil d'État, 2008)

Le principe est posé : un titulaire de BNC qui conserve un local tout en l'affectant à sa profession peut déduire un loyer versé à lui-même (CE 11 avril 2008, n° 287808 et n° 300302), à deux conditions : un versement effectif et son imposition corrélative en revenus fonciers. Transposable à l'architecte en BNC (loyer déductible, art. 93 CGI) et, a fortiori, en société (le loyer réduit le résultat IS). Avec une SCI, vous n'êtes plus locataire de vous-même au sens littéral : c'est une société tierce qui émet la quittance, ce qui rend le flux incontestable — à condition que le loyer soit réellement viré chaque mois, pas seulement écrit dans le bail.

Côté contrat, optez pour un bail professionnel (art. 57 A de la loi 86-1290 du 23 décembre 1986, durée minimale de 6 ans) ou un bail commercial 3/6/9 selon la nature exacte des locaux ; prévoyez une indexation (indice ILAT pour les activités tertiaires). En société, le bail entre votre SCI et votre société d'architecture est une convention réglementée (vous signez des deux côtés) : faites-la approuver dans les formes.

Mémo express

Checklist : sécuriser le loyer et le bail

  • Bail écrit et daté, antérieur à la prise d'effet du loyer.
  • Loyer = valeur de marché, documentée par des comparables locaux.
  • Révision indiciaire prévue (ILAT).
  • Flux réels : le loyer est effectivement payé, mois après mois.
  • Convention réglementée approuvée lorsque les deux structures sont liées.
§ 7DÉONTOLOGIE·2 MIN

Un architecte a-t-il le droit de détenir ses murs en SCI ?

Beaucoup d'architectes craignent que l'Ordre y voie une activité commerciale interdite. Il n'en est rien : oui, détenir et louer ses propres murs via une société civile de droit commun est une opération courante et parfaitement admise pour un architecte.

Ce que dit (et ne dit pas) le cadre déontologique

La SCI est une société civile de droit commun : elle se situe hors du champ de la loi 77-2 du 3 janvier 1977 (art. 13), qui ne vise que la société d'exploitation (la société d'architecture) et ses règles de capital. Une réserve déontologique s'applique néanmoins : selon le Code de déontologie des architectes, les activités de nature différente doivent rester distinctes et l'indépendance de l'architecte préservée ; l'architecte informe le conseil régional de l'Ordre des intérêts susceptibles d'interférer avec l'exercice de sa profession. En clair : détenir ses murs en SCI ne pose pas de difficulté, à condition que cette détention ne crée pas de conflit d'intérêts avec ses missions de maîtrise d'œuvre.

Gardez en tête cette répartition, car l'administration et l'Ordre la lisent séparément : la SCI détient les murs (société civile, hors loi 77-2) ; la société d'architecture porte l'exploitation (capital réglementé, loi 77-2 art. 13) ; la SPFPL d'architectes, le cas échéant, détient les titres (décret 2016-876). Mélanger les deux premières est l'erreur qui coûte le plus cher à la sortie.

§ 8CAS CHIFFRÉ·3 MIN

Cas chiffré : Camille, 300 000 € HT, SCI à l'IR avec option TVA

Hypothèses — Camille, 44 ans, architecte associée

Camille exerce en SELARL d'architecture (gérante majoritaire, TMI 41 %), avec des revenus irréguliers. Elle acquiert, via une SCI à l'IR, les murs neufs de son agence pour 300 000 € HT, financés à crédit, et les loue à sa SELARL à un loyer de marché. Chiffres arrondis pour la démonstration.

Camille · architecte en SELARL · SCI à l'IR · option TVA

60 000 € de TVA récupérés, puis des loyers peu fiscalisés au démarrage

Première étape, l'option TVA. L'immeuble étant neuf, la SCI exerce l'option de l'art. 260, 2° et récupère 60 000 € de TVA.

Effet de l'option TVA (Camille)

Prix HT                          300 000 €
TVA 20 %                       +  60 000 €
Décaissement TTC                 360 000 €
TVA remboursée par le Trésor   −  60 000 €
─────────────────────────────────────────
Coût net de TVA                  300 000 €

La TVA de 60 000 € n'est qu'une avance de trésorerie : décaissée puis remboursée. Sans l'option (ou pour un médecin exonéré), ces 60 000 € resteraient une charge définitive.

Le gros est passé ; reste le quotidien, c'est-à-dire les loyers. Camille fixe un loyer de marché d'environ 18 000 € HT/an (≈ 6 % du HT), facturé à sa SELARL avec TVA à 20 % (que la SELARL déduit : neutre). Côté SCI, ces 18 000 € sont des revenus fonciers au barème 41 % + 17,2 % de PS… mais les intérêts d'emprunt sont déductibles : les premières années, la base réellement imposée est faible, parfois nulle.

À l'IR, l'impôt foncier monte à mesure que le crédit s'amortit, mais la plus-value de sortie s'efface (22 / 30 ans) et la TVA a été récupérée dès l'achat.
Poste (SCI à l'IR, ordres de grandeur)Effet
Loyer annuel facturé à la SELARL≈ 18 000 € HT (+ TVA 20 % déduite par la SELARL)
Loyer déductible chez la SELARL≈ 18 000 € en moins de résultat imposable à l'IS
Revenus fonciers de la SCI18 000 € − intérêts − taxe foncière − assurance
Impôt foncier (TMI 41 % + 17,2 % PS)Faible au démarrage (intérêts élevés → base minorée), croissant ensuite
AmortissementAucun (régime IR) — c'est la contrepartie des 17,2 % et de l'exo à terme

Le contre-exemple : la même opération en SCI à l'IS (le piège de la revente)

Si Camille avait opté pour l'IS, l'impôt aurait été quasi nul pendant la détention grâce à l'amortissement de la construction. Mais à la revente, la plus-value se serait calculée sur la valeur nette comptable (amortissements réintégrés), taxée à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %) sans abattement de durée, puis le boni distribué aurait subi le PFU 31,4 % (PS à 18,6 %). L'amortissement n'efface pas l'impôt, il le décale : Camille le retrouverait entièrement le jour où elle revend. Pour elle, qui pourrait revendre ou transmettre, l'IR est plus sûr.

Lucas · architecte en BNC · local ancien · pas de TVA récupérée

L'ancien sans travaux : pas de 60 000 €, mais les murs comme actif de retraite

Lucas, 52 ans, exerce en BNC (déclaration contrôlée 2035). Il achète un local ancien de 250 000 €, sans gros travaux. L'achat étant hors champ de la TVA, il n'y a pas de TVA sur le prix à récupérer (mais des droits de mutation de l'ordre de 5,80 % à 6,40 % selon le département, soit ≈ 14 500 à 16 000 €). Seuls d'éventuels travaux, via l'option, ouvriraient un droit à déduction.

Le loyer qu'il verse à sa SCI reste déductible de son BNC (art. 93), ce qui réduit l'assiette de son impôt et de ses cotisations. Surtout, Lucas raisonne retraite : la CIPAV servira une pension notoirement faible au regard de ses revenus. Une fois le crédit soldé, les murs nets de dette produiront un loyer — versé par son successeur — qui deviendra un revenu de retraite régulier. Les murs jouent ici le rôle d'un complément de pension. Nous y revenons dans nos guides retraite CIPAV de l'architecte et doubler une retraite CIPAV faible.

Note de méthode : ce que valent (et ne valent pas) ces projections

Ces cas sont illustratifs et arrondis aux taux 2026. Les montants réels dépendent du prix du terrain (non amortissable), du rythme d'amortissement, des charges déductibles, de votre TMI exacte, des taux de crédit et du marché local. Les performances passées et les projections ne préjugent pas des résultats futurs, et une plus-value immobilière n'est jamais garantie. Aucun de ces cas ne remplace une modélisation nominative— c'est d'autant plus vrai à l'IS et avec l'option TVA, dont les choix sont durablement engageants.
§ 9SORTIE·3 MIN

Revendre, transmettre, IFI, retraite : préparer la sortie

C'est le jour de la revente, de la donation ou du départ à la retraite que le choix de régime se paie — ou se récompense. Voici les quatre échéances à border avant même de signer le compromis : la revente, la transmission, l'IFI et la retraite.

La SCI à l'IR offre la sortie la plus douce : plus-value qui s'efface, transmission par parts facilitée. L'IS ajoute une couche d'impôt latent à chaque étape.
Sujet de sortieÀ l'IRÀ l'IS
Revente des mursPlus-value des particuliers (150 U / 150 VC) : exo impôt 22 ans, PS 30 ans, PS à 17,2 %Plus-value pro sur la VNC, sans abattement, + PFU 31,4 % pour sortir le cash
Transmission des partsDonation 100 000 €/enfant/15 ans (779), démembrement (669)Idem, mais valeur des parts plus complexe (impôt latent)
Cession de parts (droits)5 % (parts de SCI à prépondérance immobilière, art. 726, I-2°)5 % également
IFIParts dans l'assiette si patrimoine immobilier taxable > 1,3 M€ (art. 975, au conditionnel)Idem, exonération « biens pro » rarement retenue

Transmettre les parts : trois points à ne pas manquer

• Donation échelonnée : 100 000 € par enfant et par parent tous les 15 ans en franchise (art. 779), en démembrement (vous gardez l'usufruit et les loyers, valeur taxable réduite selon le barème de l'art. 669). Le passif (emprunt en cours) minore la valeur des parts données — un atout pour transmettre tôt. Détails dans notre guide démembrement de propriété.• Pacte Dutreil exclu : l'abattement de 75 % (art. 787 B) ne s'applique pas à une SCI de location nue (activité civile). N'y comptez pas.• Cession de parts : droits d'enregistrement de 5 % (art. 726, I-2°), souvent inférieurs aux DMTO d'une vente directe de l'immeuble.

IFI : les parts dans l'assiette (au conditionnel)

La valeur des parts de votre SCI est susceptible d'entrer dans l'assiette de l'IFI si votre patrimoine immobilier taxable dépasse 1,3 M€. Les murs loués nus à votre société d'exploitation ne sont pas automatiquement exonérés au titre des biens professionnels (art. 975 CGI ; BOI-PAT-IFI-30-10-10-10) : l'exonération conditionnelle est strictement encadrée et rarement retenue. À étudier nominativement — voyez notre guide optimisation de l'IFI.

Les murs : un actif de retraite quand la CIPAV est faible

L'architecte cotise au régime de base CNAVPL et au régime complémentaire de la CIPAV (il fait partie des professions qui y sont restées après la réforme de 2018). Le rendement de la CIPAV est notoirement défavorable au regard des revenus : la pension sera faible. C'est là que les murs prennent tout leur sens — une fois le crédit soldé, le loyer versé par le repreneur de l'agence devient un complément de revenu de retraite, que l'on transmet ensuite en parts. Pour articuler le tout, voyez notre feuille de route patrimoniale de l'architecte et l'arbitrage SELARL ou BNC de la structure qui paiera le loyer. Pour un panorama immobilier complet, notre guide immobilier et profession libérale élargit le sujet.
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Sources et références légales

  • Structure de la SCI et arbitrage IR / IS

    Art. 1832 et 1857 du Code civil (société civile, responsabilité au prorata des parts). Art. 8 CGI (transparence : revenus fonciers, SCI à l'IR). Art. 239 CGI (option IS, irrévocable après le 5e exercice). Art. 39, 1-2° et 39 C CGI (amortissement de la construction à l'IS, terrain non amortissable). Art. 219 CGI (IS 15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà). Art. 209 I et 219 CGI (plus-value de cession à l'IS sur la valeur nette comptable, sans abattement de durée). Art. 151 septies B CGI (abattement 15 ans réservé à l'actif professionnel, exclu pour une SCI à l'IS). Loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, art. 13 (capital de la société d'architecture, la SCI n'y est pas soumise) ; décret n° 2016-876 du 29 juin 2016 (SEL d'architecture et SPFPL) ; ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023.

  • Option TVA et régularisation

    Art. 261 D, 2° CGI (exonération de plein droit de la location de locaux nus). Art. 260, 2° CGI (option pour soumettre les loyers à la TVA, droit à déduction). Art. 261-4-1° CGI (exonération des soins, non applicable à l'architecte assujetti à 20 %). Art. 193, 194, 195 et 207 de l'annexe II au CGI (option par immeuble, effet le 1er du mois, durée et régularisation par vingtièmes sur 20 ans). Art. 260, 5° bis CGI (option pour taxer la cession, neutralise le reversement). CE 9 septembre 2020 n° 439143 (SCI Emo : option exerçable local par local). Doctrine : BOI-TVA-CHAMP-50-10, BOI-TVA-DED-60-20-10.

  • Loyer, charges, déficit foncier et plus-values

    Art. 93 CGI (loyer déductible du BNC de l'architecte). Art. 31 et 156, I-3° CGI (charges foncières, déficit foncier 10 700 €/an hors intérêts). Art. 150 U et 150 VC CGI (plus-value des particuliers : exonération d'impôt à 22 ans, de PS à 30 ans). CE 11 avril 2008 n° 287808 et n° 300302 (loyer versé à soi-même : versement effectif et imposition corrélative). CE plénière 21 décembre 2018 n° 402006, Croë Suisse (acte anormal de gestion : un écart significatif au marché renverse la charge de la preuve). Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026) : 17,2 % maintenu sur le foncier et les plus-values immobilières, 18,6 % sur les dividendes et le boni.

  • Bail, transmission, IFI, déontologie et caisse

    Art. 57 A de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986 (bail professionnel, durée minimale 6 ans). Art. 779 et 669 CGI (donation de parts : abattement 100 000 € par enfant tous les 15 ans, barème de l'usufruit). Art. 726, I-2° CGI (cession de parts de SCI à prépondérance immobilière : 5 %). Art. 787 B CGI (Dutreil exclu pour la location nue). Art. 975 CGI et BOI-PAT-IFI-30-10-10-10 (biens professionnels et IFI, au conditionnel). Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 (LF 2026 : barème IR, IS, CDHR). Code de déontologie des architectes (décret n° 80-217 : activités distinctes, indépendance, au conditionnel). Caisse : régime de base CNAVPL + complémentaire CIPAV (l'architecte reste à la CIPAV après la réforme de 2018).

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. L'achat des murs de votre agence d'architecture en SCI, le choix du régime fiscal (IR ou IS) et l'exercice de l'option TVA doivent faire l'objet d'une étude individualisée préalable (horizon de détention, TMI, régularité des honoraires, structure du financement, plan de transmission, exposition à l'IFI). L'option pour l'IS est irrévocable au-delà de cinq exercices et l'option TVA engage une régularisation sur vingt ans : elles ne se corrigent pas. Les références au Code de déontologie des architectes et au traitement IFI des parts de SCI sont signalées au conditionnel lorsqu'elles dépendent d'une analyse nominative. Les chiffres et taux cités sont à jour au 24 juin 2026 mais peuvent évoluer (LF/LFSS annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence).

Foire aux questions

Tout sur l'achat des murs de votre agence d'architecture en SCI IR ou IS, option TVA, loyer déductible, financement et transmission.

Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous : SCI ou société d'architecture, IR ou IS, récupérer la TVA, architecte vs médecin, loyer à soi-même, piège de l'IS à la revente, revenus irréguliers et déontologie de l'Ordre. Réponses sourcées et à jour 2026.