Ce que nous faisons concrètement pour un expatrié au Portugal
Ce volet expose le droit applicable. La page que nous consacrons à l’expatriation au Portugal expose notre intervention : les profils que nous accompagnons, la façon dont nous coordonnons les conseils locaux, et ce qui relève de leur ressort plutôt que du nôtre.
25. Couple, régime matrimonial et protection
Les vingt-quatre chapitres qui précèdent répondent à des questions qui ont une réponse chiffrée. Celui-ci répond à des questions qui n’en ont pas, et qui décident pourtant du sort du patrimoine plus sûrement que n’importe quel taux : qui possède quoi dans le couple, ce que le survivant recueillera, ce qui se passe si vous vous séparez à Cascais plutôt qu’à Bordeaux, qui signera à votre place le jour où vous ne pourrez plus signer, et combien coûte l’école de vos enfants. Aucun de ces sujets n’apparaît dans une simulation fiscale. Tous apparaissent dans les dossiers qui se terminent mal.
Quatre faits ouvrent le chapitre, parce qu’ils sont contre-intuitifs et qu’ils commandent le reste. Un couple français marié sans contrat entre le 1er septembre 1992 et le 28 janvier 2019 voit la loi applicable à son régime matrimonial changer toute seule après dix ans de résidence habituelle commune au Portugal, sans acte, sans notaire et sans courrier. Le droit portugais, une fois applicable, interdit en principe de changer de régime en cours de mariage : l’article 1714.º du Código Civil pose l’immutabilité, là où le droit français l’a abandonnée. Le conjoint survivant est héritier réservataire au Portugal, ce qu’il n’est pas en France en présence d’enfants. Et l’ex-époux économiquement faible qui divorce sous loi portugaise n’a aucun droit au maintien de son niveau de vie : l’article 2016.º-A l’écrit noir sur blanc.
Aucun de ces quatre points n’est un argument contre le Portugal. Chacun est une décision à prendre, et à prendre avant le départ, parce qu’aucun ne se rattrape après. Nous ajoutons un cinquième point, moins juridique et souvent plus décisif : la scolarité. Les pages de l’AEFE et des établissements concernés, consultées le 29/07/2026, ne recensent que deux établissements français homologués au Portugal, l’un à Lisbonne et l’autre à Porto, et une famille de trois enfants qui les choisit inscrit de l’ordre de 17 000 € par an dans son budget, près de 23 000 € la première année. Sur beaucoup de dossiers, cette ligne mange la totalité du gain fiscal.
Le point qui déclasse tous les autres, à relire si vous partez à la retraite
Ce chapitre s’adresse aussi à des couples de retraités, et une correction s’impose avant toute discussion patrimoniale. L’IFICI, présenté partout comme un « RNH 2.0 », n’exonère pas les pensions. L’exonération des revenus de source étrangère ne figure pas dans l’EBF mais à l’article 81.º n.º 4 du CIRS, et sa liste vise les catégories A, B, E, F et G. La catégorie H — les pensions — n’y est pas. L’Ofício Circulado n.º 20276/2025, question 2, l’écrit expressément : « Regra geral : isenção de IRS, exceto no caso de rendimentos da categoria H ».
Conséquence, sans détour : une pension française perçue par un bénéficiaire de l’IFICI est imposée au barème progressif portugais de l’article 68.º, jusqu’à 48 %, majoré de la taxa adicional de solidariedade de l’article 68.º-A au-delà des seuils. Ni 0 %, ni les 10 % que le RNH appliquait depuis 2020. Un couple qui bâtit son budget familial — école comprise — sur la promesse d’un « RNH 2.0 » découvre l’erreur à sa première déclaration portugaise, quand le bail est signé, la maison française vendue et les enfants inscrits. Les chapitres 3 et 9 traitent le sujet en détail. Ne lisez pas la suite de ce chapitre sans les avoir lus.
Deux règles portugaises qui décident du reste, et qui n’ont rien à voir avec la fiscalité
Avant d’entrer dans le droit civil, deux règles fiscales portugaises doivent être posées, parce qu’elles gouvernent la manière dont un couple français est traité au Portugal et qu’elles fonctionnent à l’inverse du réflexe français.
La résidence fiscale s’apprécie tête par tête
L’article 16 n.º 5 du CIRS dispose : « A residência fiscal é aferida em relação a cada sujeito passivo do agregado. » Depuis la Lei n.º 82-E/2014, la résidence fiscale portugaise se détermine contribuable par contribuable, y compris entre époux. Il n’existe plus de règle d’attraction du conjoint : un couple peut parfaitement être composé d’un résident portugais et d’un non-résident, et cette configuration n’est ni anormale ni suspecte au Portugal.
Ce point est utile et dangereux à la fois. Utile, parce qu’il permet des installations décalées : l’un part en mars, l’autre reste jusqu’à la fin de l’année scolaire. Dangereux, parce que la France ne raisonne pas ainsi. Le foyer de l’article 4 B du CGI est le lieu où la famille réside habituellement : un dirigeant installé seul à Lisbonne dont le conjoint et les enfants restent à Paris conserve son foyer en France, quel que soit son décompte de jours portugais. Le chapitre 5 traite cette dissymétrie et la manière dont l’article 4 de la convention la départage. Retenez ici la conséquence familiale : un départ en deux temps se prépare, il ne s’improvise pas, et il vaut la peine d’examiner sérieusement l’hypothèse d’un départ groupé, même si elle coûte une année scolaire.
Le « quotient familial » portugais n’existe pas
C’est le point sur lequel le corpus francophone se trompe le plus souvent, et il coûte cher aux familles nombreuses à revenus élevés. L’article 69.º du CIRS institue un quociente conjugal : en cas d’option pour l’imposition conjointe, les taux applicables sont ceux correspondant au revenu imposable divisé par deux, l’impôt étant ensuite obtenu en multipliant le résultat par deux. Le diviseur est 2. Il est toujours 2. Il ne dépend pas du nombre d’enfants.
| France (art. 194 CGI) | Portugal (art. 69.º CIRS) | |
|---|---|---|
| Diviseur pour un couple marié | 2 parts | diviseur 2 |
| Effet du 1er enfant | +0,5 part, diviseur 2,5 | aucun effet sur le diviseur |
| Effet du 2e enfant | +0,5 part, diviseur 3 | aucun effet sur le diviseur |
| Effet du 3e enfant | +1 part, diviseur 4 | aucun effet sur le diviseur |
| Plafonnement de l'avantage | plafonnement du quotient familial | sans objet |
| Comment les enfants réduisent l'impôt | par le quotient, donc par l'assiette | par des credits d'impot forfaitaires (deducoes a coleta) |
Deuxième surprise : au Portugal, l’imposition séparée est le régime par défaut depuis la réforme de 2015. L’imposition conjointe est une option, ouverte aux époux non séparés judiciairement de personnes et de biens et aux partenaires en união de facto, et elle n’est pas toujours favorable : puisqu’elle divise par deux l’ensemble du revenu du foyer, elle avantage nettement les couples à revenus déséquilibrés et reste neutre pour les couples à revenus égaux. C’est l’inverse du réflexe français, où l’imposition commune est le principe et la déclaration séparée l’exception.
Couple, trois enfants, 150 000 € de revenu imposable portugais : ce que l'option change
Option pour l'imposition conjointe (art. 69.º CIRS)
Revenu imposable du foyer 150 000,00 €
Assiette des taux : 150 000 / 2 75 000,00 €
Part 1 : 46 566 € x 26,472 % (colonne B, tranche 7) 12 326,95 €
Part 2 : 28 434 € x 44,60 % (colonne A, tranche 8) 12 681,56 €
Coleta sur la moitie 25 008,51 €
Coleta du foyer : x 2 50 017,02 €
Surtaxe art. 68.º-A : appliquee a 75 000 € < 80 000 € 0,00 €
Meme revenu porte par une seule tete, sans option
Impot art. 68.º sur 150 000 € 60 612,82 €
Surtaxe art. 68.º-A : (150 000 - 80 000) x 2,5 % 1 750,00 €
Total 62 362,82 €
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Ecart en faveur de l'imposition conjointe 12 345,80 €Le gain vient du quociente conjugal, pas des enfants. Trois enfants n'y changent rien : le diviseur reste 2. Le calcul suit la méthode de l'article 68.º n.º 2 — une part au taux moyen de la plus grande tranche entièrement contenue, l'excédent au taux normal de la tranche supérieure — et le barème 2026 issu de la Lei n.º 73-A/2025.
Les enfants, eux, produisent leur effet ailleurs et beaucoup plus faiblement : par des deduções à coleta, c’est-à-dire des réductions imputées sur l’impôt calculé. L’article 78.º-A n.º 1 accorde 600 € par dépendant (300 € par parent en garde partagée), majorés soit de 126 € pour un enfant de moins de trois ans (n.º 2), soit de 300 € pour le deuxième dépendant et les suivants de moins de six ans (n.º 3), ces deux majorations n’étant pas cumulables pour un même dépendant (n.º 4). Les dépenses de santé ouvrent 15 % dans la limite de 1 000 € (art. 78.º-C), les dépenses de formation et d’éducation 30 % dans la limite de 800 €, portée à 1 100 € en cas de loyer d’étudiant déplacé (art. 78.º-D).
Et un plafond global neutralise l’essentiel pour les hauts revenus. L’article 78.º n.º 7 limite la somme des déductions des alíneas c) à h), k) et m) du n.º 1 : pas de plafond en dessous de 8 342 € de revenu imposable, plafond dégressif entre ce seuil et 80 000 €, et 1 000 € au-delà de 80 000 €. Le n.º 8 majore ces plafonds de 5 % par dépendant dans les foyers en comptant trois ou plus. Notre famille à 150 000 € avec trois enfants plafonne donc à 1 150 € pour la santé, l’éducation et le logement réunis — les 600 € par enfant de l’article 78.º-A relevant de l’alínea a), qui ne figure pas dans la liste plafonnée.
Une réserve de méthode, que nous préférons écrire plutôt que taire : la formule du plafond dégressif de l’article 78.º n.º 7 est restituée sous forme d’image sur le portail de l’Autoridade Tributária, et n’a donc pas pu être relue sur une source de premier rang. Le champ du plafond (alíneas c) à h), k) et m)), le seuil de déclenchement de 80 000 € et la majoration de 5 % du n.º 8 sont, eux, confirmés textuellement. Sur un foyer où l’écart se joue à quelques centaines d’euros, faites recalculer le plafond par votre comptable portugais.
La phrase à retenir est simple et désagréable : pour une famille française à hauts revenus avec trois enfants, le passage du quotient familial français aux déductions forfaitaires portugaises constitue une perte d’avantage fiscal, et non un gain. Ce n’est pas une raison de rester. C’est une ligne à mettre du bon côté du tableau quand on compare.
Votre régime matrimonial n’est peut-être plus celui que vous croyez
La première question à poser à un couple qui envisage le Portugal n’est pas « quel est votre régime ? » mais « quelle loi gouverne votre régime, et depuis quand ? ». Les deux réponses divergent bien plus souvent qu’on ne le croit, et c’est la date du mariage — jamais la date du départ — qui commande l’instrument applicable.
| Mariage célébré | Instrument qui désigne la loi applicable | Mutabilité automatique |
|---|---|---|
| Avant le 1er septembre 1992 | Règles françaises de conflit de source jurisprudentielle : autonomie de la volonté, à défaut premier domicile matrimonial | Non |
| Du 1er septembre 1992 au 28 janvier 2019 | Convention de La Haye du 14 mars 1978 sur la loi applicable aux régimes matrimoniaux | Oui, article 7 |
| À partir du 29 janvier 2019 | Règlement (UE) 2016/1103, chapitre III, par l'effet de l'article 69 § 3 | Non |
Le bloc du milieu : la mutabilité automatique de la Convention de La Haye
L’article 7, alinéa 2, chiffre 2, de la Convention du 14 mars 1978 prévoit que, si les époux n’ont « ni désigné la loi applicable, ni fait de contrat de mariage », la loi interne de l’État de leur résidence habituelle commune devient applicable « lorsque, après le mariage, cette résidence habituelle a duré plus de dix ans ». La convention a une portée universelle : son article 2 précise qu’elle s’applique même si la loi qu’elle désigne n’est pas celle d’un État contractant. Le Portugal n’est pas partie à cette convention ; cela n’empêche en rien un juge français d’appliquer la loi portugaise au régime matrimonial d’un couple français installé à Lisbonne depuis onze ans.
Le mécanisme est de plein droit. Il n’y a ni acte, ni notaire, ni publicité, ni courrier d’avertissement. L’article 8 précise que le changement « n’a d’effet que pour l’avenir » et que « les biens appartenant aux époux antérieurement à ce changement ne sont pas soumis à la loi désormais applicable ». C’est ce qui rend le piège coûteux : le régime ne bascule pas, il se dédouble.
Un couple, deux masses : le scénario chiffré
Couple français marié en 2010, sans contrat de mariage : régime légal français de communauté réduite aux acquêts. Installation commune au Portugal en juin 2019. En juin 2029, la résidence habituelle commune dépasse dix ans. La loi portugaise devient applicable au régime matrimonial, pour l’avenir seulement.
À compter de cette date, deux masses coexistent dans le même couple. Les biens acquis jusqu’en juin 2029 restent régis par le droit français ; ceux acquis ensuite relèvent du droit portugais. En cas de divorce ou de décès, il faut conduire deux liquidations, avec deux jeux de règles de qualification, de récompense et de preuve, et un point de rupture qu’il faudra dater bien de dix ans plus tard. Sur un patrimoine qui continue de se constituer après le départ — et c’est le cas de tous ceux qui viennent de céder une entreprise —, la masse portugaise devient rapidement la plus lourde des deux.
Deux échappatoires, et la première coûte quelques centaines d’euros. L’alinéa 2 de l’article 7 ne joue que si les époux n’ont « ni désigné la loi applicable, ni fait de contrat de mariage » : un contrat de mariage, même ancien, même adoptant purement et simplement le régime légal, neutralise entièrement la mutabilité. L’article 6 permet aussi aux époux de désigner en cours de mariage la loi de la nationalité de l’un d’eux ou celle de sa résidence habituelle, et de soumettre les immeubles à la loi de leur situation.
Deux autres cas de l’article 7 méritent d’être signalés, parce qu’ils frappent plus vite que la règle des dix ans. Le chiffre 1 vise les époux qui fixent leur résidence habituelle dans l’État dont ils ont tous deux la nationalité : un couple franco-portugais qui s’installe au Portugal peut basculer immédiatement si les deux époux ont la nationalité portugaise. Le chiffre 3 vise les couples qui n’avaient, au moment du mariage, aucune résidence habituelle commune et dont le régime était soumis à leur loi nationale commune : leur installation dans un même État emporte également le changement. Faites vérifier lequel des trois cas vous concerne ; ils ne se déclenchent pas au même moment.
Les mariages postérieurs au 29 janvier 2019
Le règlement (UE) 2016/1103 du 24 juin 2016, mettant en œuvre une coopération renforcée en matière de régimes matrimoniaux, est applicable depuis le 29 janvier 2019. La France et le Portugal figurent l’un et l’autre parmi les États membres participants : c’est un point à vérifier systématiquement, car la coopération renforcée ne lie pas les vingt-sept.
Son article 69 § 3 pose la transition : les dispositions du chapitre III, celles qui désignent la loi applicable, ne s’appliquent qu’aux époux qui se marient ou qui désignent la loi applicable à leur régime matrimonial après le 29 janvier 2019. Un couple marié en 2011 ne relève donc pas du règlement pour la détermination de la loi applicable — sauf s’il fait, après cette date, un choix exprès de loi, ce qui le fait basculer volontairement dans le règlement.
Pour les mariages qui en relèvent, l’article 26 § 1 fixe le rattachement une fois pour toutes : à défaut de choix, loi de la première résidence habituelle commune des époux après la célébration ; à défaut, nationalité commune au moment de la célébration ; à défaut, liens les plus étroits. Il n’y a pas de mutabilité décennale. Un couple marié à Lyon en 2021 et installé à Porto en 2028 reste sous loi française pour son régime matrimonial, indéfiniment. Un couple marié en 2021 alors qu’il vivait déjà au Portugal est sous loi portugaise depuis le premier jour, et il l’ignore presque toujours.
Une soupape existe, étroite. L’article 26 § 3 permet au juge, à titre exceptionnel et à la demande d’un époux, de retenir la loi d’un autre État si le demandeur démontre que la dernière résidence habituelle commune y a duré « significativement plus longtemps » et que les deux époux s’étaient fondés sur cette loi pour organiser leurs rapports patrimoniaux. Le paragraphe ne joue pas si une convention matrimoniale a été conclue avant cette résidence. Enfin, l’article 22 § 1 autorise une désignation expresse : loi de la résidence habituelle ou loi nationale de l’un des époux, au moment de la désignation.
Ce que vaut, concrètement, une clause de choix de loi
Un couple qui part au Portugal en 2027 et dont le mariage relève du règlement peut désigner expressément la loi française pour son régime matrimonial. L’acte est bref, il est reçu par notaire, et il coûte l’ordre de grandeur d’un contrat de mariage. Il produit deux effets : il fige la loi applicable quelle que soit la durée du séjour, et il préserve la faculté française de changer de régime en cours de mariage, que le droit portugais n’offre pas (voir plus bas, article 1714.º).
Pour un couple dont le mariage est antérieur au 29 janvier 2019 et relève de la Convention de La Haye, l’instrument n’est pas le même — c’est l’article 6 de la convention, ou tout simplement un contrat de mariage — mais l’effet recherché est identique : verrouiller la loi applicable avant que la règle des dix ans ne s’enclenche. Le mauvais moment pour s’en occuper, c’est la onzième année.
Ce qu’un contrat de mariage français vaut au Portugal
Sur la circulation des documents, la réponse est plus favorable qu’on ne le croit et elle se joue sur deux registres distincts. Les actes d’état civil — acte de mariage, acte de naissance — relèvent du règlement (UE) 2016/1191, applicable depuis le 16 février 2019 : entre États membres, l’autorité destinataire ne peut plus exiger d’apostille, et un formulaire type multilingue peut être annexé pour éviter la traduction. Le contrat de mariage reçu par un notaire français, lui, est un acte notarié et non un acte d’état civil : faites confirmer par le notaire portugais la formalité exigée pour l’acte lui-même, apostille comprise, avant de vous présenter à un guichet.
Sur le fond, le droit portugais ne connaît aucune hostilité de principe. L’article 1698.º du Código Civil pose la liberté de choix : les futurs époux peuvent adopter l’un des régimes prévus par le code ou stipuler ce qu’ils souhaitent, dans les limites de la loi. La convenção antenupcial portugaise obéit à des règles de forme précises : acte reçu par notaire ou déclaration devant le conservateur du registre civil (art. 1710.º), enregistrement pour l’opposabilité aux tiers (art. 1711.º), et caducité si le mariage n’est pas célébré dans l’année de la convention (art. 1716.º). Le règlement 2016/1103 règle par ailleurs, à ses articles 23 et 25, la validité formelle de la convention matrimoniale et de l’accord de choix de loi : c’est le premier texte à ouvrir quand un acte français doit produire effet au Portugal.
Le droit portugais des régimes de biens : ce qu’il donne, ce qu’il interdit
Une fois établi que la loi portugaise gouverne — par la mutabilité décennale, par un mariage célébré au Portugal, ou par choix — il faut savoir ce que cette loi contient. Trois régimes, un régime supplétif, une interdiction structurante et deux règles impératives que les couples français ne voient jamais venir.
Les trois régimes et le régime supplétif
À défaut de convention antenuptiale, le régime supplétif est la comunhão de adquiridos, la communauté d’acquêts : articles 1717.º et 1721.º et suivants du Código Civil. Les biens acquis avant le mariage, ceux reçus par succession ou donation et ceux acquis en remploi restent propres ; le reste tombe en communauté. Un juriste français y reconnaîtra sans peine sa communauté réduite aux acquêts. Les deux autres régimes offerts par l’article 1698.º sont la comunhão geral de bens, communauté universelle (art. 1732.º à 1734.º), et la separação de bens, séparation de biens (art. 1735.º).
La proximité des concepts endort la vigilance. Elle ne doit pas la supprimer : les règles de qualification, de récompense, de preuve et surtout de partilha ne se recouvrent pas, et l’article 1790.º, sur lequel nous revenons à propos du divorce, fait au Portugal ce qu’aucun texte français ne fait.
L’immutabilité de l’article 1714.º, ou pourquoi la porte se referme
C’est la disposition la plus importante de cette section, et celle qu’aucune brochure d’expatriation ne mentionne. L’article 1714.º du Código Civil, n.º 1 : « Fora dos casos previstos na lei, não é permitido alterar, depois da celebração do casamento, nem as convenções antenupciais nem os regimes de bens legalmente fixados. » Hors des cas prévus par la loi, il n’est pas permis de modifier, après la célébration du mariage, ni les conventions antenuptiales ni les régimes de biens légalement fixés.
Les exceptions de l’article 1715.º sont judiciaires ou statutaires : révocation des dispositions à cause de mort de l’article 1700.º dans les cas et formes des articles 1701.º à 1707.º, simple séparation judiciaire de biens, séparation judiciaire de personnes et de biens, et les autres cas de séparation de biens en cours de mariage prévus par la loi. Il n’y a pas de changement consensuel de régime. Il n’y a pas d’équivalent de l’article 1397 du code civil français, que la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 a précisément assoupli en supprimant le délai de deux ans et en réservant l’homologation judiciaire à des cas limités.
La conséquence pratique est brutale et rarement anticipée. Un couple français marié sans contrat en 2010, installé au Portugal en 2019, dont le régime bascule sous loi portugaise en 2029, perd l’outil que les conseils français utilisent le plus souvent pour protéger le survivant ou reconfigurer un patrimoine après une cession : le changement de régime matrimonial. Le passage en communauté universelle avec clause d’attribution intégrale, l’adoption d’une société d’acquêts, l’ajout d’un avantage matrimonial : tout cela suppose une faculté de modification que le droit portugais ne donne pas.
Une question que nous ne tranchons pas, et qu'il faut faire trancher
Savoir si la faculté de modifier le régime relève de la loi nouvellement applicable — la loi portugaise et son article 1714.º — ou demeure gouvernée par la loi d’origine est une question de qualification que les fiches du dossier ne tranchent pas et sur laquelle nous n’avons retrouvé, à la date de rédaction, aucune décision française ou portugaise publiée statuant sur le couple France-Portugal. Nous ne la tranchons donc pas.
La conduite à tenir ne dépend pas de la réponse : si vous envisagez un changement de régime, faites-le avant le départ, sous loi française, quand la compétence et la loi ne se discutent pas. Un changement de régime traité en amont coûte quelques milliers d’euros ; le même sujet traité douze ans plus tard depuis Lisbonne coûte une consultation croisée, un aléa et parfois un contentieux. Les questions exactes à poser aux avocats figurent en fin de chapitre.
L’article 1714.º comporte deux autres alinéas dont l’effet est opérationnel immédiat. Le n.º 2 répute couverts par l’interdiction « os contratos de compra e venda e sociedade entre os cônjuges », sauf séparation judiciaire de personnes et de biens : la vente entre époux est prohibée. Sur les sociétés, l’interdiction civile est toutefois largement neutralisée par l’article 8.º n.º 1 du Código das Sociedades Comerciais, qui autorise « a constituição de sociedades entre cônjuges, bem como a participação destes em sociedades, desde que só um deles assuma responsabilidade ilimitada » : deux époux peuvent donc constituer ensemble une Lda ou une SA. Le n.º 3 de l’article 1714.º réserve expressément deux opérations licites : la participation des deux époux à une même sociedade de capitais, et la dation en paiement du conjoint débiteur à son conjoint.
Traduit en pratique : un couple sous loi portugaise ne peut pas se vendre un bien de l’un à l’autre, ce que les praticiens français utilisent parfois pour rééquilibrer un patrimoine ou refinancer. En revanche, deux époux peuvent être associés d’une même société de capitaux — la sociedade por quotas (Lda), forme la plus répandue au Portugal, en relève. Le chapitre 20 traite les sociétés portugaises ; retenez ici que la question « pouvons-nous créer cette structure à deux ? » a une réponse qui dépend de la forme sociale, et qu’elle se pose avant la constitution, pas après.
Se marier après soixante ans au Portugal : la séparation de biens s’impose
L’article 1720.º du Código Civil est court et il change la vie d’un nombre considérable de lecteurs de ce guide : « 1 — Consideram-se sempre contraídos sob o regime da separação de bens : a) O casamento celebrado sem precedência do processo preliminar de casamento ; b) O casamento celebrado por quem tenha completado sessenta anos de idade. 2 — O disposto no número anterior não obsta a que os nubentes façam entre si doações. »
Un mariage célébré par une personne ayant soixante ans révolus est impérativement soumis au régime de la séparation de biens. Ce n’est pas une option supplétive : c’est un régime imposé, et la volonté contraire des époux n’y peut rien. Pour un couple de retraités français qui se remarie au Portugal — configuration bien plus fréquente qu’on ne l’imagine dans les communautés françaises de l’Algarve et de la région de Lisbonne — l’écart avec l’attente est total : la communauté imaginée n’existera pas, et chaque euro acquis pendant le mariage restera propre à son acquéreur.
Le n.º 2 laisse une porte : les futurs époux peuvent se faire des donations. C’est l’outil de correction, et il se combine avec la renonciation réciproque de l’article 1707.º-A que nous décrivons plus bas — laquelle suppose précisément un régime de séparation de biens. Un couple qui se marie après soixante ans au Portugal a donc, dans le même acte prénuptial, matière à organiser beaucoup de choses. Encore faut-il savoir que la fenêtre existe et qu’elle se referme le jour de la célébration.
Précision de champ, pour ne pas semer d’inquiétude inutile : cette règle est une règle du droit matériel portugais. Elle s’applique lorsque la loi portugaise gouverne le régime matrimonial. Un couple qui se marie en France, sous loi française, et qui s’installe ensuite au Portugal n’est pas concerné par l’article 1720.º — sauf, précisément, si son régime bascule un jour sous loi portugaise, hypothèse qu’il faut alors faire examiner pour ce qu’elle emporte quant au régime applicable pour l’avenir.
La casa de morada de família : un veto qui ne dépend pas du régime
L’article 1682.º-A distingue deux situations. Son n.º 1 subordonne au consentement des deux époux, sauf en régime de séparation de biens, l’aliénation, le grèvement, la location ou la constitution de droits personnels de jouissance sur les immeubles propres ou communs, ainsi que sur le fonds de commerce. Son n.º 2 est plus fort : s’agissant de la maison d’habitation de la famille, l’aliénation, le grèvement, la location ou la constitution d’autres droits personnels de jouissance requièrent toujours le consentement des deux époux, quel que soit le régime de biens.
L’effet concret est celui-ci : sous loi portugaise, l’époux propriétaire exclusif de la villa de Cascais qui sert de résidence familiale ne peut ni la vendre, ni l’hypothéquer, ni la donner en location sans l’accord de son conjoint, même s’il est marié sous le régime de la séparation de biens et même s’il l’a payée seul. La protection est remarquable pour le conjoint non propriétaire. Elle est contraignante pour le propriétaire, et elle surprend en particulier ceux qui avaient choisi la séparation de biens précisément pour préserver leur autonomie de gestion. C’est un point à connaître avant de structurer une acquisition immobilière portugaise ; le chapitre 16 traite l’acquisition elle-même.
Le conjoint survivant : le Portugal le protège plus que la France
Une idée circule dans le corpus francophone selon laquelle le Portugal ignorerait la réserve héréditaire ou offrirait une liberté testamentaire quasi totale. Elle est fausse, et elle a été relevée comme telle dans les vérifications de ce dossier. L’article 2157.º du Código Civil : « São herdeiros legitimários o cônjuge, os descendentes e os ascendentes, pela ordem e segundo as regras estabelecidas para a sucessão legítima. » Le conjoint, les descendants et les ascendants sont héritiers réservataires.
Le contraste avec le droit français est net et il joue dans les deux sens. En France, en présence de descendants, le conjoint survivant n’est pas héritier réservataire : il a une vocation légale, il peut être gratifié, mais rien ne lui est réservé contre la volonté du défunt. Au Portugal, il l’est, et à un niveau élevé.
| Configuration familiale | Légitime (réserve globale) | Quotité disponible | Texte |
|---|---|---|---|
| Conjoint seul, sans descendant ni ascendant | 1/2 de la succession | 1/2 | art. 2158.º |
| Conjoint et enfants, en concours | 2/3 de la succession | 1/3 | art. 2159.º n.º 1 |
| Un seul enfant, sans conjoint survivant | 1/2 de la succession | 1/2 | art. 2159.º n.º 2 |
| Deux enfants ou plus, sans conjoint survivant | 2/3 de la succession | 1/3 | art. 2159.º n.º 2 |
| Conjoint et ascendants, en concours | 2/3 de la succession | 1/3 | art. 2161.º n.º 1 |
| Ascendants seuls : les parents | 1/2 de la succession | 1/2 | art. 2161.º n.º 2 |
| Ascendants seuls : du 2e degré et au-delà | 1/3 de la succession | 2/3 | art. 2161.º n.º 2 |
Une seconde règle complète le dispositif et elle est décisive pour les familles nombreuses. L’article 2139.º : le partage entre le conjoint et les enfants se fait par tête, la succession étant divisée en autant de parts qu’il y a d’héritiers, mais « a quota do cônjuge não pode ser inferior a uma quarta parte da herança ». Le conjoint ne peut recevoir moins d’un quart de la succession. Avec un enfant, la règle par tête donne un demi à chacun. Avec deux enfants, un tiers chacun. Avec trois enfants, le partage par tête donnerait un quart à chacun : le plancher est atteint. Avec quatre enfants ou plus, le plancher joue et le conjoint reçoit un quart, les enfants se partageant les trois quarts restants.
Succession de 3 000 000 € sous loi portugaise : conjoint et quatre enfants
Masse successorale 3 000 000 €
Devolution legale (art. 2139.º)
Partage par tete : 5 heritiers 600 000 € chacun
Plancher du conjoint : 1/4 de 3 000 000 € 750 000 €
Le plancher joue : le conjoint recoit 750 000 €
Les quatre enfants se partagent 2 250 000 € 562 500 € chacun
Marge de liberte du testateur (art. 2159.º n.º 1)
Legitime globale : 2/3 de 3 000 000 € 2 000 000 €
Quotite disponible : 1/3 1 000 000 €Le plancher de l'article 2139.º joue sur la dévolution légale ; la légitime de l'article 2159.º n.º 1 fixe, elle, ce que le testateur ne peut pas retirer à l'ensemble conjoint plus enfants. Les deux règles se cumulent et se calculent dans cet ordre. Chiffrage illustratif, à refaire sur la composition réelle de la masse.
Deux lectures opposées de ce tableau, et toutes deux sont légitimes. Un client dont l’objectif est de protéger son conjoint trouve dans le droit portugais un allié : la réserve joue pour lui, et le plancher du quart est un socle qu’aucun testament ne peut entamer. Un client remarié qui souhaite transmettre à ses enfants d’un premier lit découvre l’inverse : son conjoint capte une part réservataire qu’il ne captait pas sous loi française, et la marge de manœuvre testamentaire, un tiers, ne suffit pas toujours à corriger.
La loi applicable à la succession, elle, ne se confond pas avec la loi applicable au régime matrimonial : elle relève du règlement (UE) n° 650/2012, qui permet notamment de désigner par testament la loi de sa nationalité — la professio juris. Ce règlement coordonne la compétence et la loi successorale ; il ne répartit pas l’impôt. Choisir la loi française dans un testament ne choisit ni l’État d’imposition, ni une convention fiscale, ni le régime matrimonial. Le chapitre consacré à la succession et aux donations traite l’articulation complète, y compris la territorialité de l’imposto do selo portugais et celle de l’article 750 ter du CGI. Nous ne la dupliquons pas ici.
Un ordre s’impose toutefois, et il est impératif : on liquide un régime matrimonial avant de liquider une succession. Tant que la loi applicable au régime n’est pas identifiée, la masse successorale n’est pas déterminable, et tous les chiffrages de droits — français comme portugais — reposent sur du sable. C’est la raison pour laquelle ce chapitre précède le chapitre successoral et non l’inverse.
Le logement familial après le décès
L’article 2103.º-A du Código Civil accorde au conjoint survivant le droit d’être attributaire, au moment du partage, du droit d’habitation de la maison d’habitation de la famille et du droit d’usage de son mobilier, à charge de tornas — d’une soulte — aux cohéritiers si la valeur reçue excède sa part successorale et sa part de communauté. Ce n’est pas un droit automatique : c’est une attribution préférentielle que le survivant doit demander au moment du partage, et qui s’éteint s’il n’habite pas le logement pendant plus d’un an.
La différence avec le droit temporaire et le droit viager au logement du droit français mérite d’être expliquée à un couple qui déménage : le mécanisme portugais est un droit d’attribution dans le partage, non une prérogative légale qui s’impose sans démarche. Un survivant mal conseillé qui laisse passer le partage, ou qui quitte le logement plus d’un an pour se rapprocher de ses enfants restés en France, perd le bénéfice du texte. Cela se prépare par testament et par une note d’instructions écrite à l’attention du survivant, pas au moment du deuil.
La renonciation réciproque de l’article 1707.º-A
La Lei n.º 49/2018 et la Lei n.º 48/2018, toutes deux du 14 août 2018, ont modifié en profondeur deux pans du Código Civil. La seconde a introduit l’article 1707.º-A, qui ouvre aux futurs époux la possibilité de renoncer réciproquement, dans la convention antenuptiale, à la qualité d’héritier réservataire de l’autre. La faculté est subordonnée à une condition : le régime de biens applicable, conventionnel ou impératif, doit être la séparation de biens.
Le texte encadre les effets. La renonciation ne préjudicie ni au droit à aliments, ni aux prestations sociales dues au titre du décès. Elle s’accompagne d’un droit du conjoint survivant à demeurer dans la maison d’habitation de la famille appartenant au défunt pendant cinq ans, comme titulaire d’un droit réel d’habitation et d’un droit d’usage du mobilier, sauf s’il dispose d’un logement propre dans la même commune, ce droit devenant viager s’il a atteint soixante-cinq ans à l’ouverture de la succession et pouvant être renouvelé par le juge en cas de besoin particulier. La renonciation peut enfin être conditionnée à la survie ou non de successibles d’une classe donnée, et elle n’a pas nécessairement à être réciproque.
Un outil réel, mais dont la fenêtre est étroite
Pour une famille recomposée qui envisage un mariage au Portugal, l’article 1707.º-A est l’instrument le plus efficace du droit portugais : il permet, sous séparation de biens, de neutraliser la réserve du conjoint sans priver le survivant du toit. Combiné avec l’article 1720.º — séparation impérative au-delà de soixante ans —, il forme un couple de règles cohérent pour un remariage tardif.
La contrainte est de calendrier. La renonciation se stipule dans la convention antenuptiale, donc avant le mariage. Un couple déjà marié ne peut pas y recourir, et l’immutabilité de l’article 1714.º lui ferme aussi la voie du changement de régime qui serait le préalable. C’est un cas d’école de décision irréversible : la fenêtre se referme le jour de la célébration et ne se rouvre pas.
PACS, união de facto, concubinage : quatre statuts, aucune équivalence automatique
L’erreur la plus répandue tient en une phrase : « notre PACS sera reconnu comme une união de facto ». Rien ne le garantit, et les deux notions ne sont pas de même nature. Le PACS français est un contrat enregistré. L’união de facto portugaise, régie par la Lei n.º 7/2001 du 11 mai 2001, est une situation factuelle : elle résulte d’une vie commune de plus de deux ans dans des conditions analogues à celles des époux, et elle se prouve — classiquement par une déclaration délivrée par la junta de freguesia accompagnée d’une déclaration sur l’honneur — plutôt qu’elle ne s’enregistre.
Cette différence de nature a une conséquence sur les instruments européens. Le règlement (UE) 2016/1104 régit les effets patrimoniaux des partenariats enregistrés : il est distinct du règlement 2016/1103 sur les régimes matrimoniaux, il a son champ propre, et les deux textes ne créent aucune assimilation entre mariage et partenariat. Savoir si une união de facto portugaise, non enregistrée, entre dans le champ du règlement 2016/1104 est un point que les fiches de ce dossier ne tranchent pas et que nous ne trancherons pas ici. Il doit être arbitré avec un avocat portugais spécialisé en droit de la famille avant tout acte irréversible, et la question à lui poser est écrite en fin de chapitre.
Ce qui est établi, en revanche, tient en trois points, et il faut les distinguer soigneusement parce que le résultat n’est pas le même selon qu’on parle d’impôt ou de droit civil.
Fiscalement, le partenaire d’une união de facto est traité comme un conjoint. Il peut opter pour l’imposition conjointe au titre de l’article 14.º du CIRS, avec le quociente conjugal de l’article 69.º. Il figure expressément dans l’exonération de l’article 6.º alinéa e) du Código do Imposto do Selo, qui exonère du droit de timbre de la verba 1.2 « o cônjuge ou unido de facto, descendentes e ascendentes » bénéficiaires d’une transmission gratuite. Il peut enfin opter, avec son partenaire, pour l’imposition conjointe de l’AIMI au titre de l’article 135.º-D du CIMI, ce qui double la déduction de base.
Civilement, il n’est pas héritier. La liste des successibles du droit portugais ne permet pas de l’assimiler à un conjoint héritier, et la vérification contradictoire de ce dossier a expressément écarté l’affirmation inverse. Sans testament, le partenaire d’união de facto ne recueille rien à titre successoral. La protection passe par un testament, dans les limites de la quotité disponible, et par les droits que la loi lui attribue directement.
Le logement, lui, est protégé par un texte propre. L’article 5 de la Lei n.º 7/2001 accorde au survivant, en cas de décès du membre de l’union propriétaire de la maison d’habitation de la famille et de son mobilier, le droit d’y demeurer pendant cinq ans comme titulaire d’un droit réel d’habitation et d’un droit d’usage du mobilier ; si l’union a duré plus de cinq ans avant le décès, ces droits sont conférés pour une durée égale à celle de l’union.
Le couple pacsé est celui qui a le plus à perdre, et le moins de textes pour se défendre
Additionnez les trois points. Un couple pacsé français qui s’installe au Portugal n’a, en droit portugais, aucune vocation successorale automatique ; il n’a pas davantage de vocation successorale légale en droit français, le partenaire pacsé n’étant pas héritier. Il ne bénéficie du régime portugais de l’união de facto qu’à la condition d’en remplir les critères de fait — plus de deux ans de vie commune — et d’en administrer la preuve, ce qui suppose une démarche que personne ne lui indiquera spontanément.
La conduite à tenir est mécanique : testaments croisés rédigés avec un notaire, déclaration de vie commune constituée dès que les conditions sont réunies et conservée, et vérification des droits d’occupation du logement. Coût : quelques milliers d’euros. Coût de l’omission : le survivant sort de la maison.
Divorcer quand on réside au Portugal
Personne ne prépare son expatriation en pensant au divorce, et c’est précisément pour cela qu’il faut en parler. Trois questions distinctes se posent, et elles n’ont pas les mêmes réponses : quel juge, quelle loi pour le divorce lui-même, et quelle loi pour tout ce qui l’accompagne — le régime matrimonial, les aliments, les enfants. Les confondre est l’erreur d’analyse la plus fréquente.
Quel juge
Le règlement (UE) 2019/1111 du 25 juin 2019, dit Bruxelles II ter, applicable depuis le 1er août 2022, règle la compétence en matière matrimoniale et en matière de responsabilité parentale. Son article 3 retient une série de chefs de compétence bâtis autour de la résidence habituelle des époux, de celle du défendeur, et de situations particulières tenant à la durée de résidence du demandeur et à sa nationalité. Un point mérite d’être connu : en matière de divorce, ces chefs de compétence ne permettent pas aux époux de choisir leur juge d’un commun accord. Ils sont alternatifs, et le premier qui saisit fixe la juridiction.
La conséquence pratique est celle-ci : un couple installé au Portugal dont la relation se dégrade est dans une configuration où la première saisine compte. Ce n’est pas une invitation à la course au tribunal ; c’est une raison de ne pas laisser la question sans réponse pendant des mois. Le règlement 2016/1103 organise de son côté, à ses articles 4 à 6, la compétence en matière de régime matrimonial, en la concentrant en principe sur la juridiction déjà saisie de la succession ou du divorce, sous des conditions qu’un avocat devra vérifier au cas d’espèce.
Quelle loi
La loi applicable au divorce relève d’un texte différent : le règlement (UE) n° 1259/2010 du 20 décembre 2010, dit Rome III, mettant en œuvre une coopération renforcée dans le domaine de la loi applicable au divorce et à la séparation de corps. La France et le Portugal y participent l’un et l’autre. Son article 5 permet aux époux de désigner, par convention, la loi de leur résidence habituelle commune, celle de leur dernière résidence habituelle commune si l’un d’eux y réside encore, celle de la nationalité de l’un d’eux, ou la loi du for. À défaut de choix, l’article 8 déroule une cascade qui commence par la résidence habituelle des époux au moment de la saisine.
Traduction : un couple français résidant au Portugal depuis deux ans qui divorce sans avoir rien prévu divorce sous loi portugaise. Ce n’est ni bon ni mauvais en soi. C’est simplement une loi différente, avec des conséquences patrimoniales que la suite de cette section détaille et qui sont, pour l’époux économiquement faible, nettement moins favorables que le droit français.
Rome III a un champ étroit qu’il faut retenir : il désigne la loi applicable au divorce et à la séparation de corps, et rien d’autre. Il ne régit ni le régime matrimonial — c’est 2016/1103 ou La Haye 1978 —, ni les obligations alimentaires, ni la responsabilité parentale, ni la succession. Chacun de ces blocs a son propre instrument. Les obligations alimentaires relèvent du règlement (CE) n° 4/2009 pour la compétence, la reconnaissance et l’exécution, et du Protocole de La Haye du 23 novembre 2007 pour la loi applicable. Un couple peut donc parfaitement divorcer sous loi portugaise en liquidant un régime matrimonial français.
Comment on divorce au Portugal
La Lei n.º 61/2008, entrée en vigueur le 30 novembre 2008, a supprimé le divorce pour faute. L’article 1773.º ne connaît plus que deux modalités : le divorce par mutuel consentement et le divorce sans le consentement de l’un des époux.
Le divorce par mutuel consentement se demande devant la conservatória do registo civil (art. 1775.º et 1776.º) : c’est une procédure administrative, sans juge, rapide et peu coûteuse. Elle suppose que les époux joignent les accords requis, notamment sur les aliments dus à celui qui en a besoin et sur l’exercice des responsabilités parentales à l’égard des enfants mineurs. L’accord parental est soumis au Ministério Público, qui peut proposer des modifications ; l’article 1776.º-A règle le sort de la procédure lorsque les époux les refusent, et l’affaire est alors renvoyée au juge. Si les époux ne joignent pas l’un des accords exigés, la demande est présentée au tribunal, qui les invite à les modifier s’ils ne protègent pas suffisamment les intérêts de l’un d’eux ou des enfants, et fixe lui-même ce qui n’a pas fait l’objet d’un accord.
Le divorce sans le consentement de l’autre repose sur des causes objectives, énumérées par l’article 1781.º : la séparation de fait pendant un an consécutif, l’altération des facultés mentales de l’autre époux durant plus d’un an et compromettant par sa gravité la vie commune, l’absence sans nouvelles pendant un an au moins, et une clause générale — « quaisquer outros factos que, independentemente da culpa dos cônjuges, mostrem a ruptura definitiva do casamento ». Aucune de ces causes ne suppose d’établir une faute, et aucune n’emporte de conséquence patrimoniale attachée à une faute.
Un lecteur français attentif remarquera que la France dispose depuis 2017 d’un divorce par consentement mutuel par acte d’avocat déposé au rang des minutes d’un notaire, lui aussi sans juge. Sur le divorce consensuel, les deux systèmes se valent en simplicité. C’est sur les conséquences patrimoniales que l’écart devient considérable, et sur deux points précis.
L’article 1790.º : le plafond de la comunhão de adquiridos
C’est une règle sans équivalent français, et elle atteint frontalement les couples mariés sous communauté universelle. L’article 1790.º du Código Civil, dans sa rédaction issue de la Lei n.º 61/2008 : en cas de divorce, aucun des époux ne peut recevoir dans le partage plus qu’il ne recevrait si le mariage avait été célébré sous le régime de la comunhão de adquiridos. La communauté d’acquêts sert de plafond, quel que soit le régime réellement adopté.
Divorce sous loi portugaise d'un couple marié en communauté universelle
Composition du patrimoine au jour du divorce
Bien recu par succession par l'epoux A, avant mariage 800 000 €
Acquets constitues pendant le mariage 1 200 000 €
Total de la masse commune sous communaute universelle 2 000 000 €
Partage tel que le regime le prevoit
Moitie a chacun 1 000 000 €
Effet de l'article 1790.º : plafond de la comunhao de adquiridos
Sous comunhao de adquiridos, les 800 000 € recus par
succession seraient restes propres a l'epoux A
Masse commune recalculee 1 200 000 €
Part de l'epoux B plafonnee a 600 000 €
Part de l'epoux A : 600 000 € + 800 000 € propres 1 400 000 €
-------------------------------------------------------------------
Ecart pour l'epoux B par rapport au regime choisi 400 000 €Chiffrage illustratif. L'article 1790.º ne modifie pas le régime pendant le mariage : il plafonne ce que chacun peut recueillir dans le partage consécutif au divorce. Un couple qui a délibérément choisi la communauté universelle pour égaliser les patrimoines voit ce choix neutralisé au moment où il comptait.
Deux enseignements. Le premier vaut pour les couples déjà mariés en communauté universelle française et dont le régime basculerait sous loi portugaise : le calcul du partage en cas de divorce ne sera pas celui qu’ils ont en tête, au moins pour la masse postérieure à la bascule. Le second vaut pour ceux qui envisagent une communauté universelle comme outil de protection : sous loi portugaise, cet outil produit son effet au décès mais se dégonfle au divorce. Choisir un régime, c’est aussi choisir la manière dont il se défait.
La pension : ce que le droit portugais ne donne pas
Le second écart est plus lourd encore, et il concerne l’époux qui a mis sa carrière entre parenthèses. Le droit français connaît la prestation compensatoire de l’article 270 du code civil, destinée à compenser, autant qu’il est possible, la disparité que la rupture du mariage crée dans les conditions de vie respectives. Le droit portugais, depuis la Lei n.º 61/2008, part du principe inverse : chaque époux doit pourvoir à sa propre subsistance après le divorce (art. 2016.º). Le droit à des aliments existe, mais il est exceptionnel et subsidiaire, fondé sur un devoir de solidarité destiné à assurer un niveau de subsistance nécessaire à une existence digne, et il peut être refusé pour des raisons manifestes d’équité.
L’article 2016.º-A pose la règle qui fait la différence : le créancier d’alimentsn’a pas le droit d’exiger le maintien du niveau de vie dont il a bénéficié pendant le mariage. Et l’obligation alimentaire due aux enfants mineurs prime sur celle due à l’ex-conjoint.
Dire les choses telles qu'elles sont
Pour un couple où l’un des deux a cessé de travailler pour suivre l’autre — situation extrêmement fréquente dans les dossiers d’expatriation — le déménagement au Portugal transforme, à terme, une créance potentielle de prestation compensatoire chiffrable en centaines de milliers d’euros en un droit à aliments de subsistance, exceptionnel et subsidiaire, explicitement déconnecté du niveau de vie conjugal. Ce n’est pas un détail technique. C’est, sur certains dossiers, le poste le plus important du patrimoine du conjoint le plus faible.
Deux conséquences. La première : cette information appartient aux deux membres du couple, et elle doit être donnée aux deux, en même temps, avant la décision de partir. Un conseil qui n’expose ce point qu’au conjoint qui paie les honoraires fait mal son travail. La seconde : Rome III permet de choisir la loi applicable au divorce, et la loi française fait partie des lois désignables pour un couple de nationalité française. Cette convention se signe à froid, chez un notaire, quand tout va bien. Elle est inutile le jour où elle devient utile.
Les enfants, et l’avertissement qu’il faut lire deux fois
La responsabilité parentale relève du règlement Bruxelles II ter, qui rattache la compétence à la résidence habituelle de l’enfant. Le jour où votre enfant a sa résidence habituelle au Portugal — ce qui advient bien plus vite qu’on ne le croit, l’inscription scolaire et la vie sociale y contribuant fortement — c’est un juge portugais qui statuera sur sa garde, et ce sont les critères portugais de l’intérêt de l’enfant qui s’appliqueront.
L’avertissement qui suit est le plus important de ce chapitre pour les couples avec enfants mineurs. Une fois la résidence habituelle de l’enfant fixée au Portugal, le retour unilatéral en France avec l’enfant, sans l’accord de l’autre parent ou sans décision judiciaire, constitue un déplacement illicite au sens de la Convention de La Haye du 25 octobre 1980 sur les aspects civils de l’enlèvement international d’enfants, dont le mécanisme de retour est renforcé par le chapitre correspondant de Bruxelles II ter. La sanction n’est pas théorique : c’est une procédure de retour, et le parent qui l’a déclenchée par un départ précipité aborde ensuite la question de la garde dans les plus mauvaises conditions possibles.
Nous écrivons cela sans dramatiser et sans le taire : un couple dont la relation est déjà fragile ne devrait pas expatrier des enfants mineurs sans avoir écrit, avant le départ, ce qu’il advient d’eux en cas de séparation. Cela s’appelle une convention parentale, cela se rédige en une réunion, et cela vaut mieux qu’une procédure de retour.
L’incapacité : votre mandat de protection future traverse-t-il la frontière ?
La question se pose à deux moments : quand un couple de soixante-dix ans s’installe en Algarve, et quand un dirigeant de cinquante ans organise sa succession et se rend compte qu’il n’a rien prévu pour l’hypothèse où il ne pourrait plus décider. La réponse portugaise est plus construite qu’on ne le croit, et l’articulation avec la France est réglée par un instrument que presque personne ne cite.
Ce que le Portugal a mis en place en 2018
La Lei n.º 49/2018 du 14 août 2018 a créé le régime juridique du maior acompanhado et supprimé les institutions de l’interdição et de l’inabilitação. Les articles 138.º à 156.º du Código Civil forment désormais une sous-section intitulée « Maiores acompanhados ». La logique est celle d’une mesure sur mesure : le juge détermine l’étendue et le contenu de l’accompagnement en fonction de ce dont la personne a réellement besoin, plutôt qu’en appliquant un statut standard. Toutes les références légales aux anciennes incapacités que la loi n’a pas expressément modifiées s’entendent désormais comme des références au régime du majeur accompagné. Le régime prévoit aussi la possibilité, pour la personne concernée, de conclure un mandat pour la gestion de ses intérêts en prévision d’un besoin d’accompagnement.
La bonne nouvelle : France et Portugal sont liés par la même convention
La Convention de La Haye du 13 janvier 2000 sur la protection internationale des adultes lie les deux États. La France l’a signée le 13 juillet 2001, ratifiée le 18 septembre 2008, et elle y est en vigueur depuis le 1erjanvier 2009. Le Portugal l’a signée et ratifiée le 14 mars 2018, et elle y est en vigueur depuis le 1erjuillet 2018. C’est un point rarement mentionné dans le corpus francophone sur le Portugal, et il change la donne : l’articulation ne repose pas sur du droit commun incertain, elle repose sur un traité.
L’article 5 de la convention donne compétence, pour prendre des mesures de protection, aux autorités de l’État contractant de la résidence habituelle de l’adulte, et prévoit qu’en cas de changement de résidence habituelle vers un autre État contractant, les autorités du nouvel État deviennent compétentes. Autrement dit : une fois installé au Portugal, c’est un juge portugais qui ouvrira, le cas échéant, une mesure d’accompagnement, et il l’ouvrira selon le régime du maior acompanhado. Les mesures prises par les autorités d’un État contractant sont reconnues de plein droit dans les autres, l’article 22 réservant des motifs de refus limités.
L’article 15, et la clause d’une ligne qui manque à presque tous les mandats
L’article 15 de la convention est le texte qui gouverne le sort d’un mandat de protection future. Il dispose que l’existence, l’étendue, la modification et l’extinction des pouvoirs de représentation conférés par un adulte, soit par un accord soit par un acte unilatéral, pour être exercés lorsque cet adulte ne sera pas en état de pourvoir à ses intérêts, sont régis par la loi de l’État de la résidence habituelle de l’adulte au moment de l’accord ou de l’acte, à moins qu’une des lois mentionnées à son paragraphe 2 n’ait été désignée expressément par écrit. Les lois désignables sont celle d’un État dont l’adulte a la nationalité, celle d’un État de sa résidence habituelle antérieure, et celle de l’État où sont situés des biens de l’adulte, pour ces biens. Le paragraphe 3 ajoute que les modalités d’exercice de ces pouvoirs sont régies par la loi de l’État où ils sont exercés.
Deux conséquences opérationnelles, dont une qui coûte une phrase
Première conséquence. Un mandat de protection future signé en France alors que vous y résidiez habituellement est régi par la loi française, et il le reste : le rattachement de l’article 15 § 1 se cristallise au moment de l’acte. En revanche, un mandat signé après votre installation au Portugal sera régi par la loi portugaise — sauf si vous désignez expressément par écrit la loi française, ce que votre nationalité vous autorise à faire. Cette désignation tient en une phrase. Elle ne figure dans presque aucun mandat, parce que presque aucun mandat n’est rédigé en pensant à une expatriation ultérieure.
Seconde conséquence. Le paragraphe 3 renvoie les modalités d’exercice à la loi du lieu d’exercice. Un mandat français exercé au Portugal — devant une banque portugaise, un notaire portugais, un établissement de santé portugais — se heurtera à des exigences de forme et de preuve portugaises. Prévoyez une traduction assermentée et faites vérifier en amont, par un notaire portugais, ce qu’un guichet local exigera réellement. C’est le genre de vérification qui prend une heure avant, et six semaines après.
Une friction procédurale mérite d’être signalée, parce qu’elle est mécanique et que personne ne la mentionne. La prise d’effet d’un mandat de protection future français obéit à l’article 481 du code civil : le mandataire produit au greffe du tribunal judiciaire le mandat et un certificat médical émanant d’un médecin choisi sur la liste mentionnée à l’article 431, c’est-à-dire sur la liste établie par le procureur de la République ; le greffier vise le mandat, date sa prise d’effet et le restitue au mandataire. Un médecin portugais n’est pas sur cette liste. La famille d’un mandant résidant en Algarve doit donc organiser une expertise conforme, ce qui suppose un déplacement ou une articulation dont il vaut mieux avoir parlé avant.
Nous ne tranchons pas ici la question de savoir si, et dans quelles conditions, un mandat de protection future français activé selon la procédure française produit tous ses effets au Portugal sans intervention d’une autorité portugaise. Les fiches de ce dossier ne la traitent pas, et nous n’avons pas retrouvé de décision publiée statuant sur le couple France-Portugal. Le point doit être arbitré avec un avocat portugais et un notaire français avant tout acte irréversible. Les questions exactes figurent en fin de chapitre.
La scolarité : la ligne de budget que personne ne calcule
Sur un dossier familial, c’est presque toujours le premier poste de dépense récurrente créé par l’expatriation, et c’est presque toujours celui qui n’apparaît pas dans la simulation qu’on vous a montrée. Trois voies existent, elles ne coûtent pas du tout la même chose, et le choix se fait moins sur la pédagogie que sur la géographie.
L’école publique portugaise
Elle est gratuite, elle accueille les enfants des résidents étrangers, et elle propose un dispositif de soutien linguistique en portugais langue non maternelle. L’inscription se fait de préférence en ligne, par le Portal das Matrículas, avec authentification par Cartão de Cidadão, Chave Móvel Digital ou identifiants de l’Autoridade Tributária. Les pièces demandées sont l’identification et le NIF de l’élève et du responsable légal, une photographie numérique et un justificatif de domicile : le NIF et le comprovativo de morada sont donc des préalables, ce qui rattache la scolarité au calendrier d’installation traité au chapitre 6.
Les échéances sont fixées par année de scolarité et elles tombent tôt : mi-juin pour la préscolaire et la première année du ensino básico, courant juillet pour les années suivantes, jusqu’au dernier jour ouvré de juillet pour le reste des cycles. Ces dates varient d’une campagne à l’autre : vérifiez-les sur le portail officiel pour l’année qui vous concerne avant de caler votre déménagement, car une arrivée en septembre peut signifier une affectation subie.
Deux points d’honnêteté. L’affectation dépend largement du secteur de résidence : le choix du quartier détermine l’école, ce qui inverse l’ordre habituel des décisions — on choisit d’abord l’école, puis le logement. Et l’entrée en cours de scolarité dans un système entièrement lusophone est un exercice réel pour un adolescent ; elle se passe généralement bien avant onze ou douze ans, et beaucoup moins bien au lycée.
Les deux établissements français homologués
Il y en a deux, et la géographie est décisive : le Lycée français Charles Lepierre à Lisbonne et le Lycée français international de Porto. Les pages de l’AEFE et les sites de ces deux établissements, consultés le 29/07/2026, ne mentionnent aucun autre établissement homologué au Portugal. Nous formulons volontairement cette phrase de cette façon plutôt que d’écrire qu’il n’en existe aucun autre : la différence n’est pas rhétorique, l’offre scolaire homologuée évoluant d’une année à l’autre.
La conséquence pratique est celle qui change le plus de décisions dans ce chapitre : l’Algarve n’a pas d’établissement français homologué. Ni Comporta, ni Setúbal, ni Braga, ni Coimbra. Une famille avec enfants scolarisés qui veut le système français doit vivre dans l’aire de Lisbonne ou dans celle de Porto. Ce seul fait élimine, pour beaucoup de familles, l’essentiel des destinations dont elles rêvaient.
| Poste | Lycée français Charles Lepierre, Lisbonne | Lycée français international de Porto |
|---|---|---|
| Année scolaire des tarifs lus | 2026-2027 | 2026-2027 |
| Maternelle et élémentaire | 6 098 € par an (ressortissants FR, PT et UE) ; 6 776 € autres nationalités | 5 683 € par an en maternelle |
| Collège | 6 384 € par an (FR, PT, UE) ; 7 062 € autres nationalités | non lu sur la page officielle |
| Lycée | 7 609 € par an (FR, PT, UE) ; 8 286 € autres nationalités | non lu sur la page officielle |
| Droits de première inscription | 2 500 €, ramenés à 1 800 € à partir du deuxième enfant | 1 030 €, plus 50 € de frais de dossier |
| Réinscription | non lu séparément | 550 € avant le 28/02/2026, 650 € du 01/03 au 30/04/2026 |
| Réduction fratrie | 10 % pour le 2e enfant, 20 % pour le 3e, 30 % au-delà | non lu sur la page officielle |
Trois enfants au lycée français de Lisbonne : première année et régime de croisière
Hypothese : CE2, CM2 et 5e, ressortissants francais, tarifs 2026-2027
Scolarite annuelle
Enfant 1, elementaire, plein tarif 6 098 €
Enfant 2, elementaire, - 10 % 5 488 €
Enfant 3, college, - 20 % 5 107 €
Sous-total scolarite 16 693 €
Premiere annee, droits d'inscription
Enfant 1 2 500 €
Enfants 2 et 3, 1 800 € chacun 3 600 €
Sous-total droits 6 100 €
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Cout de la premiere annee, hors cantine et transport 22 793 €
Cout des annees suivantes, hors cantine et transport 16 693 €Calcul illustratif à partir des tarifs publiés. Restauration, transport scolaire, sorties, fournitures et activités ne sont pas compris : sur trois enfants, ces postes se chiffrent couramment en milliers d'euros supplémentaires. Refaites le calcul sur la grille de l'année concernée avant d'arrêter un budget.
Le privé international
L’offre est abondante autour de Lisbonne, Cascais et Oeiras, et bien plus mince ailleurs. Les ordres de grandeur que nous donnons ici proviennent de bases de données et de comparateurs spécialisés, non de sources officielles : traitez-les comme des repères de budget et vérifiez-les établissement par établissement. Les fourchettes annoncées pour Lisbonne s’étalent d’environ 10 500 € à 26 800 € par an, celles de Cascais d’environ 8 000 € à 25 000 €. Un établissement américain de la région de Lisbonne affiche pour 2025-2026 une fourchette de 11 716 € à 22 736 € ; un établissement britannique annonce un premier niveau à 12 693 € pour 2025-2026, les repas étant facturés à part, de l’ordre de 1 209 € à 1 410 € par an selon le niveau.
Les frais annexes sont ceux qui font déraper un budget bâti sur la seule scolarité : frais de dossier et de test d’admission de l’ordre de 150 à 400 €, non remboursables, frais d’inscription unique de 800 à 3 500 €, fonds de développement annuel de 500 à 2 500 € dans les établissements les plus cotés, transport scolaire de 2 200 à 3 800 € par an. Comptez, pour une famille de deux enfants dans un établissement international de la région de Lisbonne, un budget d’entrée qui dépasse fréquemment 30 000 € la première année.
Une remarque de méthode sur les cursus. Les deux établissements français préparent le baccalauréat français. Les établissements internationaux préparent le baccalauréat international, des cursus américains ou britanniques. Les équivalences d’accès à l’enseignement supérieur portugais, gérées par la Direção-Geral do Ensino Superior, relèvent d’une réglementation propre que nous n’avons pas vérifiée pour ce guide : si votre enfant entre en seconde et vise une université portugaise, faites confirmer le parcours d’accès avant de choisir l’établissement, pas l’année du bac.
Les bourses AEFE, et pourquoi vous n’en aurez probablement pas
Les bourses scolaires de l’AEFE existent, elles sont réservées aux enfants de nationalité française scolarisés dans un établissement homologué, elles sont attribuées sous conditions de ressources et de patrimoine, et elles sont instruites par le service consulaire. Pour la première campagne 2026-2027, la date limite de dépôt était fixée au 8 février 2026, le dossier étant transmis par la plateforme dédiée ou sur formulaire papier. Une règle mérite d’être connue avant de compter dessus : les bourses ne sont pas cumulables avec les prestations familiales versées par la caisse d’allocations familiales en France, et une attestation de radiation de la CAF est exigée.
Nous ne détaillons pas les barèmes, qui varient par pays et par campagne. Nous disons simplement ce que l’honnêteté commande : le lecteur type de ce guide, qui envisage le Portugal après une cession ou avec un patrimoine significatif, n’entre pas dans les critères. Le budget scolaire doit être calculé sans bourse, et une bourse éventuelle traitée comme une bonne surprise, jamais comme une ligne de financement.
L’arbitrage que personne ne pose
Mettez les deux chiffres côte à côte, et la discussion change de nature. Une famille de trois enfants en système français à Lisbonne inscrit de l’ordre de 17 000 € par an, hors frais annexes, et près de 23 000 € la première année. Une famille de deux enfants en système international de la région de Lisbonne dépasse fréquemment 30 000 € la première année. Un gain fiscal de 25 000 € par an, qui paraît considérable dans une simulation, est absorbé en totalité par l’une ou l’autre de ces lignes.
Nous ne disons pas que cela disqualifie le projet : un système scolaire international a une valeur propre, et beaucoup de familles la paieraient de toute façon. Nous disons que la ligne doit figurer dans le tableau, du bon côté, dès la première conversation. Une décision d’expatriation qui ne tient qu’à un écart de taux et qui s’effondre dès qu’on ajoute l’école n’était pas une bonne décision ; elle était un calcul incomplet.
Cartographier la situation familiale avant de fixer une date de départ
Nous reconstituons l'ordre dans lequel les questions se posent : date du mariage et instrument de conflit applicable, existence ou non d'un contrat, échéance de la règle des dix ans, effet du départ sur la protection du conjoint et sur la faculté de changer de régime, situation des enfants et budget scolaire réel. Sur les points de droit civil français et portugais, sur tout changement de régime et sur tout acte prénuptial, la mise en relation avec un notaire français et un avocat portugais spécialisé en droit de la famille fait partie de l'accompagnement : ces actes relèvent de professions réglementées que nous n'exerçons pas.
Les configurations où nous déconseillons le départ, et celles où il tient
Un guide qui ne dit que du bien de sa destination est un document commercial. Voici, sur les seuls critères de ce chapitre, les configurations dans lesquelles nous conseillons de renoncer, de reporter, ou de traiter un préalable avant de signer quoi que ce soit.
Les configurations qui tiennent
Point commun : la situation familiale est stable, et les actes qui devaient être passés sous loi française l'ont été avant le départ.
Les configurations où il faut s'arrêter
Point commun : une décision irréversible est sur le point d'être prise avant que le préalable n'ait été traité.
Ce qu’il faut faire arbitrer, et les questions exactes à poser
Notre cabinet est immatriculé en France comme conseiller en investissements financiers, courtier d’assurance et intermédiaire en opérations de banque. La consultation juridique, la rédaction d’actes et le notariat portugais relèvent de professions réglementées distinctes : nous ne les exerçons pas, et aucun élément de ce chapitre ne constitue un acte. Ce que nous faisons, c’est identifier les questions, les hiérarchiser, réunir les pièces et vous aider à identifier les professionnels indépendants à mandater. Voici la liste, dans l’ordre où elle se traite.
Les six questions à poser, et les pièces à réunir avant le rendez-vous
1. Quelle loi régit aujourd’hui notre régime matrimonial, et à quelle date exacte cette loi peut-elle changer ? À poser à un notaire français. Pièces : acte de mariage, contrat de mariage s’il en existe un, historique daté des résidences communes depuis la célébration, nationalités des deux époux à la date du mariage et aujourd’hui.
2. Un changement de régime, ou une désignation expresse de la loi française, est-il opportun avant le départ ? Et si notre régime bascule un jour sous loi portugaise, la faculté de le modifier survit-elle ? Question à poser conjointement au notaire français et à l’avocat portugais : c’est la question de qualification que nous ne tranchons pas. Pièces : état du patrimoine par époux avec origine de propriété, projet de calendrier de départ.
3. Comment la réserve du conjoint de l’article 2159.º s’articule-t-elle avec nos dispositions testamentaires existantes, et une professio juris est-elle souhaitable ? À poser au notaire français et à un avocat portugais. Pièces : testaments existants, donations antérieures avec dates et montants, composition de la famille, liste des biens par pays de situation.
4. Notre PACS ouvre-t-il droit au régime de l’união de facto, à partir de quelle date, et comment en constituer la preuve ? Le règlement 2016/1104 s’applique-t-il à une union de fait portugaise non enregistrée ? À poser à un avocat portugais spécialisé en droit de la famille. Pièces : convention de PACS, attestation d’enregistrement, justificatifs de vie commune datés.
5. Devons-nous signer une convention de choix de loi applicable au divorce au titre de l’article 5 de Rome III, et sous quelle forme pour qu’elle soit valable dans les deux États ? À poser à un avocat pratiquant le droit international privé de la famille. Pièces : état civil, historique des résidences, nationalités.
6. Notre mandat de protection future français produira-t-il effet au Portugal, faut-il y insérer une désignation expresse de la loi française au titre de l’article 15 § 2 de la Convention de La Haye de 2000, et quelles formalités portugaises un guichet exigera-t-il ? À poser au notaire français et au notaire portugais. Pièces : mandat existant, traduction assermentée, liste des établissements devant lesquels il devra être produit.
Une dernière remarque, qui vaut pour tout ce chapitre. Les six questions ci-dessus se traitent en deux ou trois rendez-vous et coûtent quelques milliers d’euros. Chacune d’elles, non traitée, se paie ensuite en dizaines ou en centaines de milliers d’euros, et se paie au pire moment : un décès, une séparation, une incapacité. C’est le seul chapitre de ce guide où le rapport entre le coût de la prévention et le coût de l’omission est aussi disproportionné, et c’est aussi celui que les clients repoussent le plus volontiers, parce qu’il oblige à parler de choses désagréables au moment précis où l’on projette une nouvelle vie.
Le droit portugais de la famille n’est ni meilleur ni pire que le droit français. Il protège davantage le conjoint survivant et le conjoint non propriétaire du logement familial ; il protège nettement moins l’époux économiquement faible au moment du divorce ; il fige ce que le droit français a rendu mobile. Ce qui est certain, c’est qu’il n’est pas le vôtre aujourd’hui, et qu’il le deviendra peut-être sans que personne ne vous écrive. Le savoir avant, c’est tout ce que ce chapitre demande.
27. Liquider sa retraite entre les deux pays
La question que vous vous posez n’est pas « comment fonctionne la coordination européenne ». Elle est plus concrète : si je m’installe au Portugal avant d’avoir liquidé ma retraite, qui traite mon dossier, combien de temps cela prend, et qu’est-ce que je perds en route ? La réponse tient en une phrase, et elle surprend presque tout le monde : à partir du jour où vous êtes résident du Portugal, votre demande de retraite française peut se déposer auprès de la sécurité sociale portugaise, qui la transmet — mais ce n’est pas la seule voie : l’article 45 § 4 du règlement (CE) n° 987/2009 vous laisse le choix de l’adresser directement à l’institution du dernier État membre dont la législation vous était applicable, c’est-à-dire à votre caisse française.
Ce chapitre traite la mécanique : où déposer, quand, avec quels formulaires, ce que la totalisation des périodes fait réellement et ce qu’elle ne fait pas, comment les deux calendriers d’âge s’articulent — ils ne s’articulent pas —, ce que coûte le cumul emploi-retraite au Portugal, et les deux formalités annuelles qui suspendent le paiement d’une pension quand on les oublie. Il se termine par un cas complet, chiffré ligne à ligne, de départ à soixante-deux ans.
Il ne traite pas la fiscalité des pensions. Le chapitre 09le fait, avec le détail des trois régimes portugais qui coexistent en 2026 et l’écart entre eux ; le chapitre 10déroule les articles 19, 20 et 23 de la convention franco-portugaise, qui décident lequel des deux États a le droit d’imposer. Nous ne reprenons ici de ces deux chapitres que ce qui est nécessaire pour comprendre pourquoi la datede liquidation, et non son seul montant, change l’addition.
Un avertissement de méthode, parce qu’il commande la lecture de tout ce qui suit. Notre socle documentaire est portugais et européen : nous avons lu le Guia Prático — Pensão de Velhice de l’Instituto da Segurança Social, le Código dos Regimes Contributivos, le règlement (CE) n° 883/2004 et les portariasqui fixent l’âge et l’Indexante dos Apoios Sociais. Les paramètres français de votre propre retraite — âge légal de votre génération, nombre de trimestres exigés, montant estimé — n’en font pas partie, et nous ne les reconstituons pas au jugé. Ils figurent sur votre relevé de carrière et dans l’estimation indicative globale que votre caisse vous adresse. Chaque fois que ce chapitre les mobilise, il le dit.
Une seule règle commande tout le reste : le guichet, c’est votre pays de résidence
Le principe est posé par les règlements (CE) n° 883/2004 et n° 987/2009, qui coordonnent les systèmes de sécurité sociale des États membres. L’article 45 § 4 du règlement n° 987/2009 ouvre une alternative : la demande est présentée « soit à l’institution de son lieu de résidence, soit à l’institution du dernier État membre dont la législation était applicable ». L’institution saisie centralise l’instruction et transmet aux institutions des autres États où vous avez cotisé, la date de dépôt valant à l’égard de toutes les institutions concernées (§ 5 du même article). Si le demandeur n’a jamais relevé de la législation de son État de résidence, cette institution transmet la demande à l’État de dernière activité.
Le Guia Prático — Pensão de Velhicede l’ISS, I.P. l’écrit dans les termes du droit portugais, à sa section F1 : « Se viver fora de Portugal, deve pedir a pensão na instituição de segurança social do país onde mora, se esse país tiver acordo com Portugal. Se não houver acordo, o pedido deve ser feito ao Centro Nacional de Pensões. » Le portail européen Your Europeénonce la règle symétrique : « Vous devez adresser une demande à l’organisme de retraite de votre pays de résidence ou de celui où vous avez travaillé en dernier lieu. »
Traduit dans votre situation, cela donne trois cas de figure, et ils ne se valent pas.
- Vous liquidez avant de partir. Vous êtes encore résident de France : vous déposez en France, dans le dossier unique de demande de retraite en ligne, qui couvre simultanément le régime de base et les régimes complémentaires. Un seul interlocuteur, une seule langue, aucune transmission entre institutions.
- Vous liquidez après vous être installé. Vous déposez auprès de la Segurança Social portugaise. Le Centro Nacional de Pensõesinstruit ce qui relève du Portugal — souvent rien, si vous n’y avez jamais cotisé — et transmet le reste aux caisses françaises, avec les formulaires de liaison.
- Vous avez cotisé dans un troisième État. La demande unique déclenche l’instruction dans tous les États concernés. Chaque État calcule et paie sa propre pension ; aucun ne paie pour les autres.
Les formulaires portugais de liaison sont le RP 5068 — demande de pension de vieillesse —, le RP 5071— demande de pension d’invalidité ou de vieillesse adressée à l’institution étrangère compétente — et le RP 5081, déclaration de carrière. Vous n’aurez pas à les choisir vous-même : le Centro Distritalles émet. Vous aurez en revanche à fournir la matière qu’ils contiennent, et c’est là que les dossiers s’enlisent — un employeur disparu, une période d’apprentissage non reportée, deux années de chômage indemnisé à retrouver.
Notre position : liquidez en France avant de partir chaque fois que le calendrier le permet
Ce n’est pas une règle de droit, c’est un arbitrage de praticien, et nous l’assumons comme tel. Déposer en France pendant que vous y résidez encore vous évite quatre frictions : la traduction et la légalisation de pièces, la transmission entre deux institutions qui ne se répondent pas au même rythme, l’absence d’interlocuteur identifié pendant l’instruction, et le risque de recevoir dix-huit mois d’arriérés sur un seul exercice fiscal portugais — nous chiffrons ce dernier point plus bas, il vaut plus de six mille euros sur le profil chiffré plus bas — une pension de 38 000 € brut —, moins sur une pension modeste, et davantage à mesure qu’elle monte.
Deux réserves, qui font que ce n’est pas une règle absolue. D’abord, la date d’effet de la pension et la date de dépôtde la demande sont deux choses différentes : on peut déposer en mars et demander un effet au 1er janvier suivant. La question de savoir si une caisse française reste compétente pour instruire une demande déposée avant le départ mais produisant effet après l’installation au Portugal doit être posée par écrità la caisse, et la réponse conservée. Ensuite, si votre âge légal n’est pas atteint, vous ne pouvez tout simplement pas liquider avant de partir : c’est le cas central du départ à soixante-deux ans, traité plus loin.
| Ce que vous comparez | Liquidation avant le départ | Liquidation après l'installation |
|---|---|---|
| Où se dépose la demande | En France, dossier unique de demande de retraite en ligne : base et complémentaires ensemble | Auprès de la Segurança Social portugaise, qui instruit sa part et transmet le reste (Guia Prático ISS, section F1) |
| Interlocuteur pendant l'instruction | Votre caisse, en français, avec un numéro de dossier | Le Centro Distrital puis le Centro Nacional de Pensões, en portugais, puis la caisse française sans lien direct avec vous |
| Formulaires | Les formulaires français habituels | RP 5068, RP 5071 et RP 5081 en sus des pièces françaises |
| Risque de concentration des arriérés | Faible : les premiers versements tombent avant ou autour du changement de résidence | Réel : un dossier instruit en dix-huit mois produit un rappel imposé sur un seul exercice portugais, au barème progressif |
| Formulaire S1 et couverture maladie | Demandé à la caisse avant le départ, remis au CDSS à l'arrivée | Impossible tant qu'aucune pension n'est liquidée : voir la section sur l'angle mort de la coordination |
| Ce que cela ne change pas | Le droit d'imposer la pension appartient au Portugal dès que vous y êtes résident (convention, art. 19) | Idem : le lieu de dépôt de la demande n'a aucune incidence sur la répartition du droit d'imposer |
Un point de calendrier, et il est le seul chiffre de délai que nos sources établissent : l’anticipation recommandée est d’au moins six moisavant la date d’effet souhaitée. Six mois pour un dossier purement français. Pour un dossier transfrontalier, prenez-en douze, et gardez de la trésorerie : nous expliquons plus bas pourquoi.
La totalisation : ce qu’elle fait, et les quatre choses qu’elle ne fait pas
Le mot est mal choisi et il induit en erreur. « Totalisation » évoque une fusion des carrières : on additionnerait vingt-cinq ans en France et huit ans au Portugal pour obtenir trente-trois ans quelque part. Ce n’est pas ce que fait le mécanisme. Chaque État calcule et sert sa propre pension, au titre de sa propre carrière. La totalisation ne sert qu’à une chose : tenir compte des périodes accomplies ailleurs pour vérifier que vous remplissez les conditions d’ouverture du droit.
Le droit portugais l’énonce de façon précise. Le Guia Práticode l’ISS, à sa section C4, renvoie aux articles 29.º et 31.º du Decreto-Lei n.º 187/2007et dresse la liste exacte de ce à quoi servent les périodes étrangères : « Os períodos contributivos de outros regimes, desde que não se sobreponham ao regime geral de Segurança Social, contam para: cumprimento do prazo de garantia ; acesso à Pensão de Velhice antecipada ou bonificada […] ; cálculo do fator de redução ou bonificação da pensão ; total de anos com registo de salários para determinar a taxa anual de formação da pensão. » Sont expressément visés les régimes de sécurité sociale étrangers garantissant une protection en cas de vieillesse — donc le régime général français et, sous les réserves que nous formulons plus bas, les régimes qui lui sont rattachés.
Quatre usages, donc : franchir le prazo de garantia, accéder à une pension anticipée ou bonifiée, calculer le facteur de réduction ou de bonification, et déterminer le taux annuel de formation de la pension. Aucun de ces quatre usages n’augmente le montant de votre pension française. Aucun ne transfère de droits d’un pays vers l’autre.
La condition portugaise que personne ne mentionne : un an de cotisations au Portugal
Pour que le Portugal accepte de totaliser des périodes accomplies dans d’autres systèmes, le Guia Práticode l’ISS pose à sa section C1.2.1 une condition d’entrée : il faut « ter pelo menos 1 ano de descontos no regime geral da Segurança Social ». Au moins une année de cotisations au régime général portugais.
La conséquence est nette et elle ferme une illusion répandue : un Français qui n’a jamais cotisé au Portugal ne peut pas « importer » sa carrière française pour obtenir une pension portugaise. Il n’obtiendra rien du Portugal, quels que soient ses quarante-trois années de carrière française et sa résidence à Lagos. La totalisation n’est pas un droit d’accès : c’est un correctif appliqué à une carrière portugaise qui existe déjà, fût-elle courte.
Le prazo de garantia portugais est de 15 années civiles avec enregistrement de rémunérations, continues ou non, pour les salariés comme pour les indépendants — 144 mois pour le seguro social voluntário. C’est ce seuil de quinze ans que la totalisation permet de franchir avec des années françaises, à condition d’avoir franchi, d’abord, la marche portugaise d’un an.
Voici, en regard, ce que la totalisation ne fait pas, et que nous voyons attribué à ce mécanisme dans à peu près toutes les conversations de préparation au départ.
- Elle ne crée pas une pension unique. Vous recevrez autant de pensions que d’États où vous avez ouvert des droits, chacune versée par son institution, avec son propre calendrier et sa propre revalorisation. Le Portugal verse ses pensions quatorze fois par an — douze mensualités plus un versement supplémentaire en juillet et un en décembre. La France en verse douze. Vos deux pensions ne tomberont donc pas au même rythme.
- Elle ne modifie pas le montant de votre pension française. Les périodes portugaises servent, côté français, à vérifier l’ouverture du droit et le taux ; le montant, lui, reste calculé sur votre seule carrière française, proratisée. Une année cotisée au Portugal n’ajoute pas un trimestre payant à votre retraite française.
- Elle ne change pas l’âge auquel chaque État vous paie. Chaque pension s’ouvre à l’âge fixé par la législation qui la régit. Nous y venons.
- Elle ne dit rien du droit d’imposer. La coordination sociale et la convention fiscale sont deux corps de règles étrangers l’un à l’autre. Une pension portugaise totalisée reste une pension de source portugaise au regard de l’impôt ; une pension française reste attribuée au Portugal par l’article 19 de la convention dès lors que vous y résidez. Le chapitre 10 traite ce partage.
Un point technique pour les carrières réellement internationales, que le Guia Práticone traite pas et qui relève du règlement européen. Si vous êtes titulaire de pensions de plusieurs États membres, l’article 24 § 2 b) du règlement 883/2004désigne l’institution qui supporte le coût de vos soins : celle de l’État « à la législation duquel l’intéressé a été soumis pendant la période la plus longue », et, si cette règle en désigne plusieurs, celle à laquelle il a été soumis en dernier lieu. Pour quelqu’un qui a travaillé quinze ans en Allemagne, vingt en France et qui s’installe au Portugal, la question de savoir qui paiera ses soins — et donc qui prélèvera une cotisation maladie sur ses pensions — se règle par cet alinéa, pas par le pays d’où vient la plus grosse pension.
Deux calendriers d’âge qui ne se superposent jamais
Côté portugais, l’idade normal de acesso à pensão de velhice est fixée chaque année par une portaria, en fonction de l’évolution de l’espérance de vie. Deux textes, deux années, et l’erreur d’attribution est fréquente : la Portaria n.º 358/2024/1, du 30 décembre 2024, fixe l’âge normal de 2026 à 66 ans et 9 mois ; la Portaria n.º 476/2025/1, du 29 décembre 2025, fixe celui de 2027 à 66 ans et 11 mois et le facteur de soutenabilité applicable en 2026.
Ce fator de sustentabilidadeest le mécanisme le plus dur du système portugais, et il n’a pas d’équivalent exact en France. Il s’applique aux départs avant l’âge normal et il réduit la pension de façon définitive. Sa valeur en 2026 est de 0,8237, soit une réduction de 17,63 %. Le Guia Práticode l’ISS l’écrit sans précaution : « Em 2026, o FS reduz a pensão em 17,63% ». Ce n’est pas une décote temporaire rattrapée à l’âge du taux plein : c’est une amputation permanente du montant.
Côté français, l’âge légal a été relevé progressivement de 62 à 64 ans par la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023, selon la date de naissance, et l’âge d’annulation de la décote demeure fixé à 67 ans. Nous ne publions pas ici la table génération par génération : elle n’appartient pas au socle documentaire de ce guide, et l’âge exact applicable à votre situation, comme le nombre de trimestres exigés, figure sur votre relevé de carrière. C’est la seule pièce qui fasse foi et c’est la première à réunir.
| Paramètre | Portugal | Ce que cela implique pour vous |
|---|---|---|
| Âge normal d'accès à la pension de vieillesse — 2026 | 66 ans et 9 mois (Portaria n.º 358/2024/1, du 30 décembre 2024) | Aucune pension portugaise avant cet âge, sauf régimes d'anticipation, et l'anticipation se paie |
| Âge normal — 2027 | 66 ans et 11 mois (Portaria n.º 476/2025/1, du 29 décembre 2025) | L'âge se déplace chaque année : le vérifier l'année de la demande, pas celle du projet |
| Fator de sustentabilidade applicable en 2026 | 0,8237, soit une réduction de 17,63 % pour un départ avant l'âge normal | Réduction définitive, non rattrapée : elle pèse sur toute la durée de service de la pension |
| Prazo de garantia (régime général, salariés et indépendants) | 15 années civiles avec enregistrement de rémunérations, continues ou non | Franchissable par totalisation des années françaises, à condition d'avoir au moins un an de cotisations portugaises |
| Prazo de garantia (seguro social voluntário) | 144 mois de cotisations | Régime ouvert aux étrangers résidant au Portugal depuis plus d'un an (art. 169.º n.º 3 du CRC) |
| Nombre de versements annuels | 14 : douze mensualités, plus un versement en juillet et un en décembre | Décalage de trésorerie avec une pension française versée douze fois |
La conséquence pratique est celle qu’on n’anticipe pas : vous pouvez être retraité en France et à quatre ans d’une éventuelle pension portugaise. Chaque État applique son propre âge à sa propre pension. Un salarié français qui liquide à soixante-quatre ans et qui a, par ailleurs, six années de cotisations portugaises, touchera sa pension française à soixante-quatre ans et devra attendre l’âge normal portugais pour la part portugaise. Rien ne les synchronise. Et pendant cet intervalle, la question de savoir qui supporte le coût de ses soins — donc s’il paie ou non la cotisation d’assurance maladie française sur sa pension — reste ouverte à la France, puisqu’il n’est pas encore titulaire d’une pension de son État de résidence.
Ce que vaut une pension portugaise, et pourquoi nous ne publions pas la formule
Le calcul portugais repose sur une remuneração de referência et sur une taxa de formaçãoannuelle, elle-même variable selon la longueur de la carrière. Nous ne publions pas cette formule, et la raison mérite d’être dite parce qu’elle illustre la méthode de tout ce guide. La contre-vérification de notre socle a relevé deux approximations dans la première rédaction de la fiche : le plafond de 92 % qu’on lit un peu partout n’est pas celui de la taxa global de formação mais celui des bonifications — le Guia Prático le situe à sa section D1.1, « o valor não pode ultrapassar 92% da melhor remuneração de referência usada no cálculo da pensão » —, et le taux annuel de formation de 2 % ne vaut que pour les carrières de vingt ans ou moins, un barème par tranches s’appliquant au-delà. Tant que le Decreto-Lei n.º 187/2007n’a pas été relu article par article, publier une formule reviendrait à publier un montant faux avec l’autorité d’un calcul. Nous ne le ferons pas.
Ce que nous publions, en revanche, ce sont les montants planchers et les paramètres, qui suffisent à cadrer un ordre de grandeur et à décider si le sujet mérite un rendez-vous à la Segurança Social.
| Carrière contributive portugaise | Pension minimale mensuelle 2026 |
|---|---|
| Moins de 15 ans | 341,08 € |
| De 15 à 20 ans | 357,80 € |
| De 21 à 30 ans | 394,82 € |
| 31 ans et plus | 493,52 € |
Une précision que nous n’avons pas pu établir et sur laquelle nous ne trancherons pas :ces minima s’appliquent-ils à une pension portugaise proratisée après totalisation ? Autrement dit, quelqu’un qui aurait deux ans de carrière portugaise et quarante ans de carrière française, dont le droit s’ouvre grâce à la totalisation, perçoit-il 341,08 € par mois ou une fraction de ce montant proportionnelle à sa carrière portugaise ? La logique du prorata européen conduit à la seconde réponse, mais nous ne l’avons lue nulle part dans les sources que nous avons ouvertes, et une déduction logique n’est pas une source. La question se pose au Centro Nacional de Pensões avant de fonder quoi que ce soit dessus.
Le piège fiscal d'une pension portugaise : elle n'est pas exonérée, même sous le régime du résident non habituel
Voici un point que nous n’avons vu traité nulle part et qui inverse le raisonnement de beaucoup de dossiers. Le taux de 10 % dont bénéficient encore les résidents non habituels de la seconde génération procède de l’ancien article 72.º n.º 12 du CIRS, maintenu pour eux par l’article 236.º n.º 3 de la Lei n.º 82/2023. Or ce texte vise les revenus nets de pensions « não considerados obtidos em território português »— c’est-à-dire les pensions de source étrangère.
Une pension servie par la Segurança Social portugaise est, par construction, de source portugaise. Elle est donc imposée au barème progressif de l’article 68.º du CIRS, y compris chez un résident non habituel, et elle s’ajoute à la pension française pour la détermination de la tranche. Le même raisonnement vaut sous l’IFICI, où la catégorie H n’est de toute façon pas dans la liste des revenus étrangers exonérés de l’article 81.º n.º 4 du CIRS. Se constituer une petite pension portugaise pour des raisons sociales — nous montrons plus bas que cela peut valoir plusieurs milliers d’euros par an — a donc un coût fiscal marginal qu’il faut inscrire dans le calcul. Le chapitre 09 détaille les trois régimes et le chapitre 04 le sort de la cohorte transitoire.
Dernier élément de cadrage : au Portugal, les pensions ne supportent aucune cotisation de sécurité sociale. Elles ne supportent que la retenue d’IRS. Formulé avec la prudence qui s’impose : le Código dos Regimes Contributivos et le Guia Prático — Pensão de Velhicede l’ISS, consultés le 28 juillet 2026, ne prévoient aucune cotisation sociale assise sur les pensions de retraite. C’est une différence de structure avec la France, où votre pension supportait CSG, CRDS et CASA. Elle ne signifie pas que votre pension française cesse de supporter un prélèvement français : nous y venons.
L’année cotisée au Portugal : le seul levier réellement actionnable
Reprenons la chaîne. Un an de cotisations portugaises ouvre la totalisation. La totalisation permet de franchir le prazo de garantia de quinze ans avec des années françaises. Le franchissement du prazo de garantiaouvre, à l’âge normal portugais, un droit à une pension portugaise, fût-elle modeste. Et l’existence d’une pension portugaise change quelque chose de bien plus lourd que son propre montant : elle déplace vers le Portugal la charge de vos soins.
Le mécanisme est celui de l’article 23 du règlement 883/2004 : la personne qui perçoit des pensions de deux ou plusieurs États membres, dont l’un est l’État membre de résidence, et qui a droit aux prestations en nature selon la législation de cet État, reçoit ces prestations de l’institution du lieu de résidence et à sa charge. La condition soulignée est décisive et elle est régulièrement escamotée : l’article 23 suppose une pension servie par l’État où vous vivez. Tant que vous ne percevez que des pensions françaises, c’est l’article 24qui s’applique, et la charge reste française.
Trois conséquences en cascade, et deux d’entre elles se chiffrent.
- Le formulaire S1 délivré par la France cesse, puisque la France ne supporte plus le coût de vos soins.
- La cotisation d’assurance maladie de l’article L. 131-9 du code de la sécurité sociale — la COTAM — cesse. C’est l’application de l’article 30 du règlement 883/2004, qui interdit à un État d’appeler des cotisations sur une pension au-delà de ce que justifient les dépenses qu’il supporte. Les taux sont de 3,20 % sur la retraite de base du régime général et de 4,20 % sur les complémentaires, assis sur le montant brutde la pension (article D. 242-8 du code de la sécurité sociale, dans sa version en vigueur depuis le 30 septembre 2018, issue du décret n° 2018-821 du 27 septembre 2018). Le taux de 7,10 %applicable aux retraites d’un régime de travailleur indépendant est publié par les organismes, en particulier le CLEISS ; nous n’avons pas identifié sa base réglementaire, ni à l’article D. 242-8, ni à l’article D. 242-9, et nous le donnons donc sans référence de décret.
- La seconde condition du taux réduit de prélèvements sociaux devient remplie. Le I ter de l’article L. 136-6 du code de la sécurité sociale exonère de CSG les personnes qui relèvent d’une législation de sécurité sociale soumise au règlement 883/2004et qui ne sont pas à la charge d’un régime obligatoire de sécurité sociale français. Deux conditions cumulatives. Le titulaire d’un S1 français échoue à la seconde ; celui dont la charge est passée au Portugal la remplit.
Ce que vaut la bascule, sur un profil banal
SITUATION
Pension de base du regime general ................... 22 000 €
Retraite complementaire ............................. 16 000 €
Revenus fonciers nets de source francaise ........... 14 000 €
Residence fiscale : Portugal
TANT QUE LA CHARGE DES SOINS EST FRANCAISE (S1 francais)
COTAM 3,20 % sur 22 000 € ............................. 704 €
COTAM 4,20 % sur 16 000 € ............................. 672 €
Prelevements sociaux sur les loyers, 17,2 % ......... 2 408 €
Total des prelevements sociaux francais ............. 3 784 €
APRES BASCULE DE LA CHARGE SUR LE PORTUGAL
COTAM ................................................... 0 €
Prelevements sociaux sur les loyers, 7,5 % .......... 1 050 €
Total des prelevements sociaux francais ............. 1 050 €
ECART ANNUEL .......................................... 2 734 €
dont fin de la COTAM ................................ 1 376 €
dont passage de 17,2 % a 7,5 % sur les loyers ....... 1 358 €Chiffrage d'illustration réalisé pour ce guide au 29 juillet 2026. Taux de COTAM : article D. 242-8 du code de la sécurité sociale, assiette brute. Taux de 17,2 % sur les revenus fonciers de source française : c'est le taux retenu par la pratique déclarative, mais il n'est publié comme tel par aucune source administrative — la fiche « Je suis non-résident, suis-je redevable des prélèvements sociaux ? » d'impots.gouv.fr, consultée le 29 juillet 2026, ne mentionne que le prélèvement de solidarité de 7,5 %. La lettre du IV de l'article L. 136-8 du CSS, dont la liste limitative ne vise que le I de l'article L. 136-6 et non le I bis applicable aux non-résidents, conduirait à 18,6 % depuis le relèvement de la CSG à 10,6 % par l'article 12 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026. Aucune prise de position administrative ni décision juridictionnelle sur cette configuration n'a pu être identifiée : l'écart de 1,4 point doit être vérifié avant tout engagement. Taux de 7,5 % : prélèvement de solidarité de l'article 235 ter du CGI, seul dû lorsque les deux conditions du I ter de l'article L. 136-6 du CSS sont réunies. L'affiliation s'apprécie au 31 décembre de l'année de perception des revenus ; déclaration par les cases 8SH et 8SI du formulaire 2042 C.
Deux mille sept cent trente-quatre euros par an, sur ce profil. Sur vingt ans de retraite, en euros constants, cinquante-quatre mille euros. C’est considérable rapporté à ce qui le déclenche : une année de cotisations portugaises. Mais avant d’en faire une recommandation, il faut poser les quatre objections, et elles sont sérieuses.
La lecture n'est adossée à aucune prise de position administrative
Le raisonnement combine les articles 23, 24 et 30 du règlement 883/2004, l’article L. 131-9 et le I ter de l’article L. 136-6 du code de la sécurité sociale. Il est cohérent avec la pratique des caisses. Mais la fiche « Je suis non-résident, suis-je redevable des prélèvements sociaux ? » d’impots.gouv.fr et le BOI-RFPI-PVINR-20-20 du 29 juin 2022, consultés les 28 et 29 juillet 2026, ne mentionnent pas le cas du retraité titulaire d’un formulaire S1 délivré par la France, et aucune décision juridictionnelle sur cette configuration précise n’a été retrouvée. C’est la lecture qui s’impose au vu des textes ; ce n’est pas une position acquise. Elle se sécurise dossier par dossier.
Vous perdez la prise en charge de vos soins lors de vos séjours en France
C’est le coût caché de la bascule, et il est réel. Tant que la France supporte la charge de vos soins, ameli.fr rappelle que « votre caisse d’assurance maladie en France reste compétente pour la prise en charge de tous les soins médicaux reçus lors de vos séjours temporaires en France ». Une fois la charge basculée sur le Portugal, vous relevez du système portugais, avec une carte européenne d’assurance maladie portugaise pour vos séjours ailleurs. Pour qui conserve un suivi médical en France — un spécialiste, un protocole, une équipe qu’on ne quitte pas —, ce n’est pas un détail administratif.
Le gain n'existe que si vous avez des revenus fonciers français
Sur les 2 734 € de l’exemple, 1 358 € viennent du passage de 17,2 % à 7,5 % sur des loyers français. Si vous n’avez pas d’immobilier locatif en France, le gain se réduit à la seule fin de la COTAM — 1 376 € sur ce profil, et proportionnellement moins sur une pension plus modeste. À l’inverse, si vous détenez plusieurs biens locatifs ou si vous envisagez une cession immobilière en France, l’enjeu grimpe vite : sur une plus-value nette imposable de 200 000 €, l’écart entre 17,2 % et 7,5 % représente 19 400 €. Le chapitre 17 traite l’immobilier français conservé.
La quatrième objection est la plus prosaïque : on ne cotise pas un an au Portugal pour cotiser un an au Portugal. Il faut une activité réelle — un emploi, même à temps partiel, ou une activité indépendante déclarée. Si votre projet de vie ne comporte aucune activité, ce levier n’existe pas pour vous, et il ne sert à rien de vous le vendre. Si en revanche vous envisagiez déjà une activité d’appoint, une mission de conseil, la reprise d’un petit commerce ou la gestion déclarée d’un alojamento local — que le chapitre 18traite —, alors l’arithmétique ci-dessus doit entrer dans votre décision, parce qu’elle change l’équilibre de l’opération.
Une dernière subtilité, qui rend l’affaire moins linéaire qu’elle n’en a l’air : l’exercice d’une activité au Portugal, sans pension portugaise, ne relève pasde l’article 23. Il relève de l’article 11 § 3 a)du règlement, qui soumet à la législation portugaise la personne qui exerce une activité sur le territoire portugais, et de l’article 17pour le service des prestations. La conséquence pratique — fin de la charge française — est probablement la même, mais le fondement diffère, et sur un point précis la réponse n’est pas acquise. Nous y revenons à propos du cumul emploi-retraite.
Partir à soixante-deux ans : le cas complet
Voici le cas que nous voyons le plus souvent, et celui dont les conséquences sont les moins anticipées. Il ne s’agit pas d’un retraité qui s’installe au soleil. Il s’agit de quelqu’un qui arrête de travailler avantd’avoir liquidé quoi que ce soit, et qui découvre qu’il vient d’entrer dans une zone où aucun des deux systèmes ne le prend en charge.
La situation
Catherine a soixante-deux ans. Cadre dans un bureau d’études nantais pendant vingt-huit ans, salariée du privé sur toute sa carrière, elle a négocié une rupture conventionnelle fin 2025 et n’a aucune intention de retravailler. Son relevé de carrière lui donne deux dates : celle de son âge légal, dans dix-huit mois, et celle du taux plein, dans deux ans. Son estimation indicative globale chiffre sa retraite au taux plein à 38 000 € brut par an, dont 22 000 € de régime de base et 16 000 € de complémentaire. Une liquidation immédiate, avec décote, la ramènerait selon sa caisse autour de 33 500 € — nous reprenons ce montant tel que sa caisse le lui a communiqué, nous ne le recalculons pas.
Elle a vendu la maison familiale, net vendeur 420 000 €. Elle conserve un appartement locatif à Nantes qui produit 14 000 € de revenus fonciers netspar an. Le reste, environ 700 000 €, est placé dans des enveloppes financières françaises. Elle s’installe à Faro le 15 mars 2026, y prend un bail, obtient son NIF et son NISS, et devient résidente fiscale du Portugal — le chapitre 05 traite la caractérisation de la résidence et le chapitre 11le fractionnement de l’année de départ. Devenue résidente en 2026, elle est hors du régime du résident non habituel, réservé aux résidences acquises au plus tard le 31 décembre 2024 : son régime, c’est le droit commun portugais.
2026 et 2027 : les deux années sans pension, et l’angle mort de la coordination
Pendant deux ans, Catherine ne perçoit aucune pension. Ni française, puisque son âge légal n’est pas atteint. Ni portugaise, puisqu’elle n’a jamais cotisé au Portugal et que la totalisation lui est fermée faute de l’année portugaise préalable. Elle vit sur ses loyers nantais et sur des rachats dans ses enveloppes financières — le chapitre 14 traite le sort de ces enveloppes après le départ, et le chapitre 08 leur traitement portugais.
C’est sa couverture maladie qui pose le vrai problème, et il faut le nommer sans l’arrondir. Le formulaire S1destiné aux pensionnés est délivré par l’organisme débiteur de la pension. Catherine n’a pas de pension : elle n’entre pas dans ce circuit. Elle n’est pas davantage active au Portugal, donc l’article 11 § 3 a) du règlement, qui rattache le travailleur à la législation de son lieu d’activité, ne lui est d’aucun secours. Elle est ce que la coordination appelle une personne inactive non pensionnée, et notre socle documentaire ne traite pas cette configuration : les pages de l’ACSS relatives à l’accès des citoyens étrangers au Serviço Nacional de Saúdeet la page « Retraite à l’étranger » d’ameli.fr, consultées le 28 juillet 2026, décrivent le circuit du pensionné avec S1, pas celui de l’inactif de moins de soixante-cinq ans qui n’a encore rien liquidé.
La question à régler avant de signer le bail, pas après
Deux voies existent en théorie et aucune n’est établie dans nos sources pour ce profil. La première : la Base 21 de la Lei n.º 95/2019et l’article 4.º du Decreto-Lei n.º 52/2022définissent comme bénéficiaires du SNS l’ensemble des citoyens de l’Union résidant au Portugal, à titre permanent ou temporaire ; l’accès y est un critère de résidence, sans contrepartie cotisée. La seconde : la doctrine administrative de l’ACSS exige, pour les ressortissants européens, la production d’un document portable, et son circuit est écrit pour les pensionnés. Ces deux lectures coexistent, et notre socle les identifie expressément comme un point non tranché.
Ce qu’il faut faire, dans l’ordre. Écrire au Centro Distrital de Segurança Socialde votre future zone de résidence et à l’ACSS, avant le départ, en exposant la situation exacte : ressortissant français, inactif, non titulaire d’une pension, s’installant durablement au Portugal, sans activité projetée. Demander quelle pièce ouvre le número de utentedans cette configuration. Conserver la réponse écrite. En parallèle, interroger votre CPAM sur les conditions de maintien de vos droits français et sur la délivrance éventuelle d’un document portable dans une hypothèse autre que celle du pensionné.
Ce qu’il ne faut pas faire :partir en supposant que « le SNS est universel, donc ça ira ». Cela finira probablement par aller. Entre-temps, vous pouvez passer plusieurs mois sans número de utente, c’est-à-dire sans accès autre que payant au système de santé, à un âge où l’on ne souhaite pas être dans cette situation. Une couverture privée de transition, souscrite avantle départ, relève ici du bon sens élémentaire — et elle se souscrit avant, jamais après, parce qu’une adhésion tardive se paie en franchises, en exclusions de pathologies préexistantes et en primes qui progressent avec l’âge.
Il y a toutefois une contrepartie favorable à cette situation, et elle est contre-intuitive. N’étant titulaire d’aucun S1 français, Catherine n’est pas à la charge d’un régime obligatoire de sécurité sociale français. Si, par ailleurs, elle relève bien de la législation portugaise en matière d’assurance maladie, les deux conditions cumulatives du I ter de l’article L. 136-6 du code de la sécurité sociale sont réunies, et ses revenus fonciers français ne supportent que le prélèvement de solidarité de 7,5 % au lieu de 17,2 %. Sur 14 000 € de loyers, l’écart est de 1 358 € par an.
Nous écrivons « si », et le conditionnel est délibéré. Ce résultat suppose établi le rattachement de Catherine à la législation portugaise, ce qui est précisément le point que le CDSS doit confirmer par écrit. L’affiliation s’apprécie au 31 décembrede l’année de perception des revenus et se déclare par les cases 8SH et 8SIdu formulaire 2042 C : cocher ces cases sans attestation d’affiliation à produire en cas de demande est une prise de risque, pas une optimisation. Le chapitre 13traite l’ensemble des prélèvements sociaux du non-résident.
2028 : la liquidation, et l’addition complète
Catherine dépose sa demande à l’été 2027 auprès du Centro Distrital de Faro, pour un effet au 1er janvier 2028. Le dossier passe par le Centro Nacional de Pensões, qui n’a aucune carrière portugaise à instruire et transmet aux caisses françaises avec les formulaires RP 5071 et RP 5081. La pension française lui est servie à compter de janvier 2028 : 38 000 € brut par an.
Catherine, 2028 : première année pleine de retraite, résidente du Portugal
REVENUS BRUTS DE L'ANNEE
Pension de base du regime general ................... 22 000 €
Retraite complementaire ............................. 16 000 €
Revenus fonciers nets de source francaise ........... 14 000 €
Total ............................................... 52 000 €
IMPOSITION PORTUGAISE DE LA PENSION (categorie H, droit commun)
Pension brute ....................................... 38 000 €
- deduction specifique art. 53.º du CIRS ........... - 4 587 €
= revenu imposable de categorie H ................... 33 413 €
29 397 € au taux moyen de 20,579 % (tranche 5) ..... 6 049,61 €
4 016 € au taux normal de 34,90 % (tranche 6) ...... 1 401,58 €
IRS portugais ...................................... 7 451,19 €
Taux effectif sur la pension brute ..................... 19,6 %
Taux marginal .......................................... 34,9 %
PRELEVEMENTS FRANCAIS SUR LA PENSION
COTAM 3,20 % sur 22 000 € (art. D. 242-8 CSS) ......... 704 €
COTAM 4,20 % sur 16 000 € ............................. 672 €
Sous-total ......................................... 1 376 €
IMPOSITION FRANCAISE DES LOYERS
Impot sur le revenu, taux minimum de 20 % ........... 2 800 €
(option pour le taux moyen possible : chapitre 13)
Prelevements sociaux, 17,2 % ........................ 2 408 €
(le S1 francais fait perdre le taux de 7,5 %)
Sous-total ......................................... 5 208 €
TOTAL DES PRELEVEMENTS ............................. 14 035 €
Taux global sur 52 000 € de revenus bruts .............. 27,0 %
Revenu net disponible .............................. 37 965 €
CE QUE LA LIQUIDATION A COUTE, HORS IMPOT SUR LA PENSION
Apparition de la COTAM ............................. + 1 376 €
Passage des loyers de 7,5 % a 17,2 % ............... + 1 358 €
Surcout social annuel declenche par la liquidation ... 2 734 €Chiffrage d'illustration réalisé pour ce guide au 29 juillet 2026. Barème de l'article 68.º du CIRS dans sa rédaction issue de la Lei n.º 73-A/2025, du 30 décembre 2025, appliqué selon la méthode de l'article 68.º n.º 2 : la fraction égale à la limite supérieure de la tranche inférieure au taux moyen de cette tranche, l'excédent au taux normal de la tranche atteinte. Déduction spécifique de la catégorie H : le plus élevé de 4 104 € et de 8,54 × IAS, soit 4 587,09 € pour un IAS 2026 de 537,13 € (art. 53.º renvoyant à l'art. 25.º n.º 1 a) du CIRS). Calcul sans deduções à coleta et sans autre revenu que ceux indiqués : il illustre le barème, il ne vaut pas liquidation. La question de savoir si la COTAM française vient en diminution de la base portugaise de catégorie H n'est pas tranchée par nos sources et doit être posée à votre contabilista certificado.
Trois observations sur ce tableau, et la troisième est celle qui compte.
Première observation. Aucun organisme ne prélève d’IRS portugais à la source sur une pension française : le payeur est français, il n’est pas collecteur pour l’administration portugaise. Le premier avis d’imposition portugais tombera donc l’année suivant la première année pleine, et il portera sur douze mois d’un coup. Sept mille quatre cent cinquante-et-un euros à sortir, sans qu’aucun prélèvement mensuel ne les ait provisionnés. Mettez-les de côté dès la première année, ou vous les paierez sur votre épargne au pire moment.
Deuxième observation. Symétriquement, il faut obtenir de la caisse française qu’elle n’applique pas la retenue à la source de l’article 182 A du CGI, la pension étant imposable au seul Portugal en vertu de l’article 19 de la convention. Cela suppose de justifier de la résidence fiscale portugaise auprès de l’organisme payeur. Un point de vigilance, parce qu’il est mal connu : cette retenue n’est pas un simple acompte. L’article 197 B du CGIrend les tranches à 0 % et à 12 % libératoiresde l’impôt sur le revenu. Une retenue appliquée par défaut n’est donc pas intégralement récupérable par voie de déclaration : la régularisation passe par une réclamation. Le chapitre 13 détaille ce mécanisme.
Troisième observation, et c’est la moins intuitive. Liquider sa retraite a coûté à Catherine 2 734 € par an de prélèvements sociaux français, indépendamment de tout impôt sur la pension elle-même. Tant qu’elle n’avait pas de pension, elle n’avait pas de S1, donc pas de COTAM, et ses loyers relevaient potentiellement du taux réduit. Le jour où sa pension est servie, la France redevient l’État qui supporte le coût de ses soins au titre de l’article 24 du règlement, prélève la COTAM sur ses deux pensions, et lui referme la porte du taux réduit sur ses loyers. Personne ne le lui aura dit. Ce n’est pas une raison pour différer sa retraite : 38 000 € de pension valent évidemment plus que 2 734 € de charges. C’est une raison pour ne pas s’étonner de l’écart entre le montant annoncé et le montant reçu, et pour reposer la question de la bascule vers le Portugal à ce moment-là.
Trois variantes, et ce qu’elles changent
| Variante | Ce qui change | Effet annuel chiffré |
|---|---|---|
| Elle liquide immédiatement, à 62 ans, avec décote | Pension ramenée à 33 500 € brut selon sa caisse. IRS portugais : 33 500 − 4 587 = 28 913 € de base, soit 23 089 € au taux moyen de 17,705 % (4 087,90 €) et 5 824 € au taux normal de 31,10 % (1 811,26 €), total 5 899 €. COTAM et perte du taux réduit dès la première année | Elle avance deux ans de pension et perd 4 500 € de pension par an à vie ; l'IRS portugais baisse de 1 552 €, l'écart net reste négatif d'environ 2 950 € par an |
| Elle exerce une activité salariée à mi-temps au Portugal de 2026 à 2028 | Une année de cotisations portugaises ouvre la totalisation ; le prazo de garantia de quinze ans devient franchissable avec ses années françaises ; une pension portugaise s'ouvrira à l'âge normal portugais, vers 2031. Dès 2026, l'activité la rattache à la législation portugaise en matière d'assurance maladie | 2 734 € par an de prélèvements sociaux français évités à compter de la bascule, sous les réserves exposées plus haut. En contrepartie : 11 % de cotisations salariales tant qu'elle n'est pas pensionnée, 7,5 % ensuite (art. 91.º n.º 2 du CRC), et l'imposition portugaise du salaire — marginale et faible avant la liquidation, à 34,9 % une fois la pension servie |
| Elle est devenue résidente fiscale du Portugal en 2024 et n'a jamais demandé le RNH | Le régime transitoire du résident non habituel lui reste ouvert pour la durée résiduelle, jusqu'aux revenus de 2033, à la double condition de justifier de l'un des six éléments d'ancrage de l'article 236.º n.º 3 alínea c) de la Lei n.º 82/2023 — promesse ou contrat de travail ou de détachement, visa ou titre de séjour valable, procédure de titre de séjour engagée, tous trois au 31 décembre 2023 ; bail, promesse d'acquisition ou scolarisation des enfants, au 10 octobre 2023 — et de déposer sa demande sans délai, l'inscription tardive ne produisant effet qu'à compter de l'année du dépôt (art. 236.º n.º 5). Sa pension serait alors imposée à 10 % au lieu du barème : 10 % × 33 413 € = 3 341 € au lieu de 7 451 € | 4 110 € par an, jusqu'en 2033 inclus. C'est, de loin, le levier le plus puissant du chapitre — et le seul qui soit strictement réservé à une cohorte fermée. Voir le chapitre 04 |
La troisième variante mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle produit un effet de calendrier que nous n’avons vu écrit nulle part. Pour un membre de la cohorte transitoire, chaque année de report de la liquidation est une année de régime à 10 % perdue. La fenêtre du résident non habituel se ferme à une date fixe — au plus tard les revenus de 2033 pour une résidence acquise en 2024 —, indépendamment de la date à laquelle vous commencez à percevoir votre pension. Liquider en 2028 donne six exercices à 10 %, soit environ 24 660 € d’économie cumulée sur ce profil. Liquider en 2031 n’en donne plus que trois, soit 12 330 €. Différer sa retraite pour améliorer son montant a donc, pour cette population et pour elle seule, un coût fiscal qu’il faut mettre en regard du gain de surcote — lequel se chiffre auprès de la caisse, pas ici.
Le cumul emploi-retraite, des deux côtés de la frontière
Reprendre une activité au Portugal quand on perçoit déjà une pension française est une situation banale et mal documentée. Le droit portugais la traite explicitement, et il la traite d’une manière qui surprend : vous cotisez, et vous n’êtes presque pas couvert.
Le salariat : un taux réduit, une protection amputée
L’article 89.º du Código dos Regimes Contributivos vise « os pensionistas de invalidez e velhice de qualquer regime de proteção social que cumulativamente exerçam atividade profissional ». La formule « qualquer regime » couvre les régimes étrangers : un titulaire d’une pension française qui prend un emploi au Portugal entre dans ce champ.
L’article 91.ºfixe les taux, et ils sont plus bas que le taux de droit commun de 34,75 %. Pour un pensionné de vieillesse en activité : 23,9 %, dont 16,4 % à la charge de l’employeur et 7,5 % à la charge du salarié. Pour un pensionné d’invalidité : 28,2 % (19,3 % et 8,9 %). Pour un pensionné de vieillesse exerçant des funções públicas : 25,3 % (17,5 % et 7,8 %). Notez au passage l’absence de plafond : les pages officielles seg-social.pt et gov.pt consultées le 28 juillet 2026 ne mentionnent aucun plafond d’assiette pour les salariés du régime général, contrairement à la France. Sur une rémunération élevée, la cotisation portugaise court jusqu’au dernier euro.
Et voici la contrepartie, posée par l’article 90.º n.º 2 : « Os pensionistas de velhice têm direito à proteção nas eventualidades de parentalidade, doenças profissionais, velhice e morte. » Quatre éventualités. La maladien’y figure pas — le n.º 3 ne la rétablit que pour ceux qui exercent des funções públicas — et le chômagenon plus. Vous cotisez 7,5 % de votre salaire, et vous n’ouvrez droit ni aux indemnités journalières portugaises en cas d’arrêt, ni à l’allocation de chômage si l’emploi s’arrête.
Une distinction qu'il ne faut surtout pas confondre : le subsídio de doença et l'accès aux soins
L’eventualidade doença du code contributif portugais désigne le subsídio de doença, c’est-à-dire une prestation en espèces qui remplace le revenu pendant un arrêt de travail. Elle ne désigne pas les soins. Les prestations en nature— consultations, hospitalisations, examens — ne relèvent pas au Portugal du système contributif : elles relèvent du Serviço Nacional de Saúde, ouvert sur critère de résidenceet sans contrepartie cotisée, en application de la Base 21 de la Lei n.º 95/2019 et de l’article 4.º du Decreto-Lei n.º 52/2022.
Cette distinction n’est pas doctrinale : elle décide de la réponse à la question qui vaut 2 734 € par an dans notre exemple. Conclure du champ réduit de l’article 90.º n.º 2 que le retraité qui travaille au Portugal « n’y a pas de droit propre en maladie », et en déduire que la France reste débitrice de ses soins et continue de prélever la COTAM, revient à transposer au registre des soins une règle qui ne concerne que les indemnités journalières. C’est une erreur, et elle pousse dans le sens défavorable au client.
L’activité indépendante : une exonération réelle, qui ne s’obtient pas toute seule
L’article 157.º n.º 1 b) du CRCexonère de l’obligation de cotiser le travailleur indépendant qui est « simultaneamente pensionista de invalidez ou de velhice de regimes de proteção social, nacionais ou estrangeiros », dès lors que l’activité est légalement cumulable avec la pension. Le texte vise expressément les régimes étrangers : un retraité français qui ouvre une activité indépendante au Portugal est, à la lettre de ce texte, dispensé de cotiser à la Segurança Social.
Deux précisions font toute la différence entre la théorie et le guichet.
- L’exonération n’est pas automatique. Le n.º 2 du même article dispose que sa reconnaissance « é oficioso sempre que as condições que a determinam sejam do conhecimento direto da instituição de segurança social competente, dependendo da apresentação de requerimento do interessado nos demais casos ». Une pension françaisen’est, par construction, pas du conhecimento direto de la sécurité sociale portugaise. Il faut donc déposer un requerimento, avec justificatifs de pension. C’est une démarche à accomplir, pas un effet de plein droit : en son absence, vous recevrez des appels de cotisation, et vous les contesterez a posteriori.
- Affiliation et obligation de cotiser sont deux questions distinctes. L’article 145.º n.º 1reporte l’effet de la première affiliation au régime des indépendants « no primeiro dia do 12.º mês posterior ao do início de atividade » — soit environ un an sans cotisation, mais aussi sans couverture à ce titre. L’article 146.º permet toutefois de renoncer à ce report : « Os trabalhadores independentes podem requerer que o enquadramento neste regime produza efeitos em data anterior », l’effet se produisant alors le premier jour du mois suivant la demande. Pour qui cherche à être rattaché sans délai à la législation portugaise, c’est le levier — et il est presque toujours ignoré.
Pour mémoire, si vous êtes assujetti : le taux des indépendants est de 21,4 %, porté à 25,2 % pour les empresários em nome individualet les titulaires d’EIRL. L’assiette mensuelle est du tiers du rendimento relevante du trimestre, avec un plafond de 12 × IAS, soit 6 445,56 € par mois en 2026, et une cotisation plancher de 20,00 € par mois— applicable aussi bien en l’absence de revenus que lorsque la cotisation calculée serait inférieure à ce montant, ce plancher étant légalement indexé sur l’IAS (article 163.º n.ºs 2 et 8). Une réserve à conserver : les sources portugaises secondaires que nous avons consultées divergent sur la valeur 2026 de ce plancher, et nous ne publions donc pas de montant actualisé sans lecture de la publication annuelle de la Segurança Social. Le chapitre 19traite en détail l’installation en indépendant.
Ce que devient votre couverture maladie : le point que personne ne tranche
Voici la question, posée dans les termes exacts où elle se pose : la résidence légale au Portugal, combinée à l’assujettissement à la législation portugaise au titre d’une activité, suffit-elle à faire du Portugal l’État qui supporte la charge de vos soins ? Si oui, le S1 français cesse, la COTAM tombe, et le taux réduit de 7,5 % s’ouvre. Si non, la France reste débitrice et rien ne change.
Deux lectures coexistent, et nous ne trancherons pas entre elles. La première : l’exercice d’une activité au Portugal fait jouer l’article 11 § 3 a) du règlement, le Portugal devient l’État compétent, l’article 17 organise le service des prestations, la charge cesse d’incomber à la France. La seconde : si vous êtes dispensé de cotiser par l’article 157.º n.º 1 b), vous n’ouvrez pas de droit propre au titre de la législation portugaise, l’article 24 continue de s’appliquer, et la France demeure débitrice. Aucune position de l’Instituto da Segurança Social, du Centro Distritalou de l’ACSS sur cette articulation n’a été retrouvée dans les recherches menées pour ce guide les 28 et 29 juillet 2026.
Ce que cette incertitude vous impose en pratique : ne fondez aucune décision déclarative sur l’hypothèse favorable avant d’avoir obtenu une attestation. Concrètement, demandez au CDSS une attestation de couverture — celle qui établit que vous relevez du système portugais —, et demandez à votre caisse française la confirmation écrite de la cessation du S1 et de la COTAM. Ces deux pièces, et elles seules, justifient de cocher les cases 8SH et 8SI. Un contrôle sur ce point porte sur trois années, et l’écart entre 7,5 % et 17,2 % se rappelle avec intérêts de retard.
Côté français : la question à poser par écrit avant de reprendre une activité
Le régime français du cumul emploi-retraite obéit à ses propres conditions : liquidation de l’ensemble des pensions, taux plein, règles particulières lorsque l’activité est reprise chez le dernier employeur. Nous ne les développons pas ici, pour la même raison que nous n’avons pas publié la table des âges : elles ne figurent pas dans le socle documentaire de ce guide, et une reconstitution de mémoire n’a pas sa place dans un document sur lequel quelqu’un va fonder une décision irréversible.
Ce que nous pouvons dire avec certitude, c’est que la question doit être posée dans une formulation précise, parce que la formulation approximative reçoit une réponse approximative. Écrivez à votre caisse de base et à votre caisse complémentaire, séparément, dans ces termes : « Je réside au Portugal. J’envisage d’exercer, à compter du [date], une activité [salariée / indépendante] exercée exclusivement sur le territoire portugais et relevant de la législation portugaise de sécurité sociale en application de l’article 11 § 3 a) du règlement (CE) n° 883/2004. Cette activité a-t-elle une incidence sur le service de ma pension ? Ouvre-t-elle des droits nouveaux au titre du régime français ? Modifie-t-elle le formulaire S1 dont je suis titulaire et la cotisation d’assurance maladie prélevée sur ma pension ? » Conservez la réponse. Elle vous servira deux fois : devant la caisse et devant l’administration fiscale française.
Un dernier point d’articulation, pour ceux qui envisagent une activité qualifiée. Si votre activité portugaise relève de l’une des catégories éligibles à l’IFICI — recherche, enseignement supérieur, professions hautement qualifiées, startupscertifiées et les autres cas de l’article 58.º-A de l’EBF —, le taux spécial de 20 % peut s’appliquer à vos revenus d’activité portugais. Il ne s’appliquera jamaisà votre pension : la catégorie H ne figure pas dans la liste des revenus étrangers exonérés de l’article 81.º n.º 4 du CIRS, et l’Ofício Circulado n.º 20276/2025 le confirme sans détour à sa question 2 : « Regra geral: isenção de IRS, exceto no caso de rendimentos da categoria H ». Pire : les revenus étrangers effectivement exonérés sont obligatoirement englobés pour la détermination du taux, de sorte qu’ils relèventle taux appliqué à votre pension, qui, elle, n’est pas exonérée. Les chapitres 03 et 09 traitent ce mécanisme.
Les deux formalités annuelles qui suspendent le paiement de votre pension
C’est, en pratique, le premier incident de trésorerie d’un retraité expatrié — bien avant toute question fiscale. Ce n’est ni sophistiqué ni intéressant, et c’est exactement pour cela qu’on l’oublie.
Côté français. Un certificat de vie annuel est exigé des retraités résidant hors de France. Il est mutualisé entre les régimes via le service en ligne de l’Assurance retraite, et depuis juin 2024une application dédiée, « Mon certificat de vie », permet de le fournir depuis un smartphone, avec code QR et contrôle biométrique. À défaut : suspension du paiement.
Côté portugais. Le Decreto-Lei n.º 40/2025, du 26 mars 2025, « estabelece a obrigação de realização da prova de vida pelos pensionistas do regime geral de segurança social residentes no estrangeiro, bem como as consequências do seu incumprimento ». La campagne annuelle court du 1er mai au 15 septembre— un délai exceptionnel avait été fixé au 30 novembre 2025 pour la première campagne. Trois modalités sont ouvertes : le portail de la Segurança Socialavec reconnaissance faciale, la présentation en consulat ou auprès des services, ou un certificat délivré par une autorité du pays de résidence. Même sanction : suspension du paiementjusqu’à régularisation.
Ce qu'il faut inscrire dans votre calendrier, avant tout le reste
Ces deux obligations sont indépendantes et ne se substituent pas l’une à l’autre. Si vous percevez une pension française et une pension portugaise en résidant au Portugal, vous devez la preuve de vie française — parce que vous résidez hors de France — et vous devrez la prova de vidaportugaise si vous quittez un jour le Portugal en conservant une pension portugaise. Tant que vous résidez au Portugal et n’y percevez qu’une pension française, seule l’obligation française vous concerne. Le jour où vous déménagez — vers l’Espagne, vers la France, ailleurs —, refaites la vérification dans les deux sens.
La sanction n’est pas une pénalité : c’est l’arrêt du virement. Elle tombe sans préavis utile, elle se régularise en quelques semaines dans le meilleur des cas, et elle survient statistiquement chez les personnes les moins à l’aise avec les démarches en ligne, c’est-à-dire les plus âgées. Une adresse électronique relevée, une procuration donnée à un proche, et la date notée dans un agenda partagé règlent le problème pour dix ans.
Les délais réels, et ce que personne ne vous dira
Nous ne publierons pas de délai moyen de liquidation transfrontalière : les sources réunies pour ce guide n’en comportent aucune. Ce que nous pouvons dire, c’est ce que la structure du circuit implique. Votre dossier passe par une institution portugaise qui n’a rien à instruire pour son propre compte, puis vers une ou plusieurs caisses françaises, puis revient. Aucune des deux ne se considère responsable du délai de l’autre. Personne ne vous préviendra si votre dossier est bloqué, parce que du point de vue de chaque institution, il ne l’est pas : il est chez l’autre.
D’où trois consignes opérationnelles, et une seule d’entre elles est chiffrée par nos sources.
- Déposez au moins six mois avant la date d’effet souhaitée. C’est l’anticipation recommandée pour un dossier ordinaire. Pour un dossier transfrontalier, nous conseillons douze mois, et nous l’assumons comme une marge de prudence et non comme une règle.
- Conservez douze mois de dépenses en trésorerie disponible. Non pas parce que la pension serait en danger, mais parce que le décalage entre la date d’effet et le premier versement effectif se compte en mois, et que vous vivrez sur autre chose pendant ce temps.
- Relancez par écrit, tous les deux mois, les deux institutions, avec les deux numéros de dossier. Un courriel horodaté vaut mieux qu’un appel. C’est fastidieux ; c’est ce qui fait avancer les dossiers.
Le décalage n’est pas seulement une gêne de trésorerie. Il a un coût fiscal, et il est important, parce que le barème portugais est progressif et qu’un rappel concentre plusieurs exercices de pension sur une seule année d’imposition.
Ce que coûte un rappel de dix-huit mois versé sur un seul exercice
HYPOTHESE
Pension annuelle ................................... 38 000 €
Dossier liquide avec 18 mois de retard : la premiere
annee de versement porte 18 mois de pension ........ 57 000 €
SCENARIO A — TOUT SUR UN EXERCICE
Base imposable : 57 000 − 4 587 .................... 52 413 €
46 566 € au taux moyen de 26,472 % (tranche 7) .. 12 326,95 €
5 847 € au taux normal de 44,60 % (tranche 8) .... 2 607,76 €
IRS portugais ................................... 14 934,71 €
SCENARIO B — LE MEME MONTANT ETALE SUR DEUX EXERCICES
Base imposable par an : 28 500 − 4 587 ............. 23 913 €
23 089 € au taux moyen de 17,705 % (tranche 4) ... 4 087,90 €
824 € au taux normal de 31,10 % (tranche 5) ........ 256,26 €
IRS portugais par an ............................. 4 344,17 €
Sur deux exercices ............................... 8 688,34 €
SURCOUT DE LA CONCENTRATION ...................... 6 246,37 €Chiffrage d'illustration réalisé pour ce guide au 29 juillet 2026, sur le barème de l'article 68.º du CIRS issu de la Lei n.º 73-A/2025 et selon la méthode de l'article 68.º n.º 2. Le scénario B est une comparaison arithmétique destinée à isoler l'effet de la progressivité ; il ne décrit pas une option ouverte au contribuable. Le CIRS comporte-t-il un mécanisme d'étalement des revenus se rapportant à des années antérieures ? Nos fiches ne l'établissent pas, et nous n'affirmons ni son existence ni son absence : la question doit être posée à votre contabilista certificado avant le dépôt de la déclaration modelo 3, parce que la réponse vaut ici plus de six mille euros.
Ce chiffre est le meilleur argument que nous connaissions en faveur d’une liquidation déposée avant le départ, ou à tout le moins d’une anticipation généreuse. Six mille deux cents euros perdus parce qu’un dossier a mis dix-huit mois à revenir de Lisbonne, ce n’est pas un risque théorique : c’est la conséquence mécanique d’un barème progressif appliqué à un revenu concentré. Et l’effet s’aggrave à mesure que la pension monte : sur une retraite de 80 000 €, le même retard fait franchir la surtaxe de solidarité de l’article 68.º-A.
Les cas où il ne faut pas partir avant d’avoir arbitré
Un guide qui n’énumère que les situations favorables est un argumentaire. Voici les configurations dans lesquelles nous demandons systématiquement un arbitrage préalable, et parfois déconseillons le départ.
Votre retraite est une pension publique
Le paragraphe 2 de l’article 20 de la convention, dans sa rédaction issue de l’avenant du 25 août 2016, attribue les pensions payées par un État contractant au titre de services rendus à cet État à l’État payeur, sauf si le pensionné est résident de l’autre État et en possède la nationalité. Une retraite du Service des retraites de l’État, de la CNRACL ou la part publique de l’Ircantec reste donc imposable en France pour un Français résidant au Portugal. Le déménagement ne change rien à l’imposition de cette pension. Si elle constitue l’essentiel de vos revenus, le Portugal ne vous apporte aucun avantage fiscal sur votre retraite : ce qui reste, c’est le coût de la vie et le climat, qui sont d’excellentes raisons, mais qui ne sont pas celles qu’on vous a vendues.
Votre retraite vient d’une caisse de profession libérale, ou prendra la forme d’une rente
L’article 19 de la convention ne vise que les pensions versées « au titre d’un emploi antérieur ». Une pension servie au titre d’une activité non salariéen’est pas versée au titre d’un emploi : elle relève alors de l’article 23, l’article balai, dont l’attribution à l’État de résidence est conditionnée à ce que le revenu y soit effectivement assujetti à l’impôt. Le même raisonnement vaut, a fortiori, pour les rentes viagèreset pour la sortie en rente d’un PER ou d’un contrat Madelin. La doctrine fiscale française retient une formulation plus large et plus favorable — BOI-INT-CVB-PRT-10-20, § 440 : « les pensions de retraite privées ne sont donc imposables que dans l’État dont le bénéficiaire est le résident » — mais ce commentaire est dans sa version du 25 juin 2014, antérieure à l’avenant de 2016 qu’il ne commente donc pas, et il est opposable à l’administration, non au juge. Aucune prise de position de la DGFiP ni de l’Autoridade Tributária sur une pension CNAVPL, CARMF, CAVEC ou CIPAV versée à un résident du Portugal n’a été retrouvée dans les recherches menées pour ce guide. Si votre retraite vient d’une caisse de profession libérale, ce point s’arbitre avant le départ, pas après.
Votre pension est modeste
Le barème portugais n’est pas confiscatoire par le bas. Sur une pension de 18 000 € brut, l’impôt portugais de droit commun ressort à environ 1 884 €, soit 10,5 % — et le régime à 10 % du résident non habituel, quand il est encore accessible, n’en fait économiser que 543 € par an. Le chapitre 09détaille ce calcul. À cette échelle, l’argument fiscal ne décide de rien ; ce qui décide, c’est le coût de la vie, l’accès effectif aux soins et la question, très concrète, de savoir si vous serez capable de gérer deux administrations dans deux langues à quatre-vingts ans. Un conseil qui vend un régime fiscal à ce profil vend un avantage qui n’existe pas à son échelle.
Votre pension est élevée
À l’autre extrémité, la neuvième tranche du barème portugais atteint 48 %au-delà de 86 634 € de revenu imposable, et la taxa adicional de solidariedadede l’article 68.º-A du CIRS ajoute 2,5 %sur la fraction comprise entre 80 000 € et 250 000 € et 5 %au-delà. Une pension de 150 000 € perçue au Portugal en droit commun supporte donc une charge portugaise qui n’a plus rien d’attractif, alors même que la convention en attribue l’imposition exclusive au Portugal — sans possibilité de choisir la France. C’est un cas où le calcul doit précéder le déménagement de plusieurs mois, et où la réponse est parfois : non.
Vous avez besoin de la France pour vos soins
Nous devons le dire, parce que c’est la seule chose que nos clients regrettent réellement. Le Serviço Nacional de Saúdeest un système public de bon niveau, gratuit dans son principe et financé par la résidence. Il est aussi sous tension : les reprises de presse d’un rapport de l’ACSS de février 2026 font état de plus d’un million et demi d’usagers sans médecin de famille et de listes d’attente chirurgicales importantes. Nous citons ces chiffres avec attribution explicite : le rapport lui-même n’a pas été consulté à la source, et ce sont des reprises de presse, pas des données officielles vérifiées. Le couple « SNS plus complémentaire privée » est la configuration majoritaire des retraités français au Portugal, et la complémentaire se souscrit avantle départ, à un âge où elle est encore accessible à un tarif raisonnable. Après soixante-cinq ans, elle se paie en franchises, en exclusions de pathologies préexistantes et en primes qui progressent avec l’âge.
Ce que nous ne tranchons pas
Un chapitre sur la liquidation d’une retraite transfrontalière qui ne comporterait aucune incertitude serait suspect. Voici les nôtres, avec, pour chacune, la question à poser et les pièces à réunir. Ce sont des points à arbitrer avec des avocats et des contabilistas certificados établis au Portugal, et pour le volet français avec un avocat fiscaliste, avant tout acte irréversible.
Six incertitudes assumées, et ce qu'il faut demander pour les lever
- La couverture maladie de l’inactif non pensionné. Question au Centro Distrital de Segurança Socialet à l’ACSS : « Quel document ouvre le número de utenteà un ressortissant français résidant durablement au Portugal, sans activité et sans pension d’aucun État ? » Question à la CPAM : « Quels droits français subsistent, et un document portable peut-il être délivré hors qualité de pensionné ? » Pièces : attestation de résidence, atestado de residênciaou certificat d’enregistrement, NISS, bail, justificatif d’absence d’activité.
- Le sort du titulaire d’un S1 français au regard du taux réduit de 7,5 %. La lecture des textes conduit à écarter le taux réduit ; aucune prise de position administrative expresse ni décision juridictionnelle sur cette configuration n’a été identifiée. Question à un avocat fiscaliste français : « Un rescrit est-il opportun avant de cocher les cases 8SH et 8SI ? » Pièces : S1, attestation de la caisse sur la COTAM, attestation portugaise de couverture, avis d’imposition portugais.
- L’effet d’une activité portugaise sur la charge des soins, lorsque l’intéressé est dispensé de cotiser par l’article 157.º n.º 1 b) du CRC. Deux lectures documentées, aucune position institutionnelle retrouvée. Question à l’ISS et au CDSS, par écrit, avec copie de la décision d’exonération.
- Le champ exact de la totalisation pour la retraite complémentaire française. L’Agirc-Arrco se demande dans le même dossier unique, mais son articulation avec la totalisation du règlement 883/2004 n’est pas établie dans nos sources au même titre que celle du régime de base. Question à la caisse complémentaire et au CLEISS : « Les périodes portugaises sont-elles prises en compte, et à quel titre ? »
- Le calcul de la pension portugaise et l’application des minima à une carrière proratisée. Nous ne publions pas de formule tant que le Decreto-Lei n.º 187/2007n’a pas été relu article par article, et nous ignorons si les minima de la section D3 du Guia Práticos’appliquent en plein ou au prorata après totalisation. Demandez une simulation écrite au Centro Nacional de Pensões avant de fonder une décision sur un montant.
- La qualification conventionnelle des pensions de non-salariés et des rentes. Article 19 ou article 23 de la convention ? La réponse change tout, puisque l’article 23 conditionne l’attribution au Portugal à une imposition effective au Portugal. Question à un avocat fiscaliste international : « Une demande de rescrit auprès de la DGFiP, doublée d’une informação vinculativaauprès de l’AT, est-elle opportune avant l’installation ? » Pièces : notification de pension mentionnant la caisse et la nature du régime, relevé de carrière, contrat Madelin ou PER et modalités de liquidation retenues, certificat de résidence fiscale portugais.
Faire poser les bonnes questions aux bonnes institutions, dans le bon ordre
Nous instruisons un projet de retraite au Portugal dans l'ordre où les administrations le liront : lecture du relevé de carrière et des deux dates qui en découlent, arbitrage entre liquidation avant ou après le départ, qualification conventionnelle de chaque pension au regard des articles 19, 20 et 23, séquencement de la couverture maladie entre le départ et la première pension, puis simulation du foyer complet sur la durée du régime portugais applicable. Sur les points de qualification franco-portugaise, sur les demandes adressées à la Segurança Social et sur toute réclamation, la mise en relation avec des avocats fiscalistes et des contabilistas certificados établis au Portugal fait partie de l'accompagnement.
Le calendrier opérationnel
Le tableau ci-dessous ordonne les démarches par rapport à la date d’effet souhaitée de votre pension, notée J. Il ne remplace pas le calendrier du départ lui-même, que le chapitre 11traite : il s’y superpose.
| Échéance | Démarche | Pourquoi maintenant |
|---|---|---|
| J − 24 mois | Demander son relevé de carrière et son estimation indicative globale. Faire chiffrer par la caisse les deux dates : âge légal et taux plein, et les deux montants correspondants | Ces deux dates commandent tout le reste, y compris la date du déménagement. Aucune décision ne se prend sans elles |
| J − 24 mois | Qualifier chaque pension au regard de la convention : régime de base et complémentaires de salarié (art. 19), pension publique (art. 20 § 2), caisse de profession libérale ou rente viagère (art. 19 ou 23, non tranché) | C'est la seule qualification qui décide de l'État qui imposera. Le chapitre 10 la déroule |
| J − 18 mois | Écrire au CDSS et à l'ACSS sur la couverture maladie dans la configuration exacte qui sera la vôtre entre l'installation et la première pension. Souscrire, le cas échéant, une couverture privée de transition | Une souscription tardive se paie en franchises et en exclusions. Et un trou de couverture à soixante-deux ans n'est pas un risque acceptable |
| J − 12 mois | Déposer la demande de retraite. L'article 45 § 4 du règlement n° 987/2009 laisse le choix : institution du lieu de résidence, ou institution du dernier État membre dont la législation était applicable — donc, pour une carrière achevée en France, directement la caisse française, y compris après l'installation au Portugal. Demander simultanément le formulaire S1 si une pension est liquidée | L'anticipation recommandée est d'au moins six mois pour un dossier ordinaire ; douze est notre marge pour un dossier transfrontalier |
| J − 6 mois | Première relance écrite des deux institutions, avec les deux numéros de dossier. Répéter tous les deux mois | Personne ne vous préviendra si le dossier est bloqué entre les deux : de leur point de vue, il est chez l'autre |
| J − 3 mois | Justifier auprès de l'organisme payeur français de la résidence fiscale portugaise, pour éviter l'application par défaut de la retenue de l'article 182 A du CGI | Cette retenue n'est pas un simple acompte : ses tranches à 0 % et 12 % sont libératoires (art. 197 B du CGI) |
| J | Vérifier le montant du premier versement, la présence éventuelle d'un rappel et l'absence de retenue française | Un rappel concentré sur un exercice se paie au barème progressif portugais : 6 246 € de surcoût dans notre exemple, et davantage sur une pension élevée |
| J + 1 mois | Provisionner l'IRS portugais : aucun prélèvement à la source ne l'anticipe. Compter environ un cinquième de la pension brute sur le profil du cas chiffré | Le premier avis portugais tombe l'année suivante et porte sur douze mois d'un coup |
| Chaque année | Certificat de vie français, via le service en ligne de l'Assurance retraite ou l'application « Mon certificat de vie ». Prova de vida portugaise entre le 1er mai et le 15 septembre si une pension portugaise est servie | Sanction identique dans les deux pays : suspension du paiement jusqu'à régularisation |
Sources et portée de ce chapitre
Côté portugais : Instituto da Segurança Social, I.P., Guia Prático — Pensão de Velhice, sections C1, C1.2, C1.2.1, C4, D1, D1.1, D3 et F1 ; Decreto-Lei n.º 187/2007, articles 29.º et 31.º, cités par ce guide pratique ; Código dos Regimes Contributivosapprouvé par la Lei n.º 110/2009, articles 51.º, 53.º, 89.º, 90.º, 91.º, 141.º, 145.º, 146.º, 157.º, 162.º, 163.º, 168.º et 169.º ; Portaria n.º 358/2024/1, du 30 décembre 2024 ; Portaria n.º 476/2025/1, du 29 décembre 2025 ; Portaria n.º 480-A/2025/1, du 30 décembre 2025 (IAS 2026) ; Decreto-Lei n.º 40/2025, du 26 mars 2025 (prova de vida) ; Base 21 de la Lei n.º 95/2019et article 4.º du Decreto-Lei n.º 52/2022 ; articles 25.º, 53.º, 68.º, 68.º-A, 72.º et 81.º du CIRS dans leur rédaction issue de la Lei n.º 73-A/2025, du 30 décembre 2025 ; article 58.º-A de l’EBF ; article 236.º de la Lei n.º 82/2023 ; Ofício Circulado n.º 20276/2025 ; page de l’ACSS « Acesso de cidadãos estrangeiros ao SNS ».
Côté européen et français : règlements (CE) n° 883/2004 — articles 11, 17, 23, 24, 25, 29 et 30 — et n° 987/2009 ; portail Your Europede la Commission européenne ; fiches du CLEISS sur les formulaires A1 et S1 et sur le départ à la retraite dans l’Union ; convention franco-portugaise du 14 janvier 1971 dans sa version consolidée publiée par la DGFiP, intégrant l’avenant du 25 août 2016 et la convention multilatérale BEPS — articles 19, 20, 23 et 24 ; BOI-INT-CVB-PRT-10-20 dans sa version du 25 juin 2014, antérieure à cet avenant ; BOI-RFPI-PVINR-20-20 du 29 juin 2022 ; articles 182 A, 197 A, 197 B et 235 ter du CGI ; articles L. 131-9, L. 136-1, L. 136-6 — dans sa version en vigueur depuis le 16 février 2025, issue de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 —, L. 136-7, L. 136-8 et D. 242-8 du code de la sécurité sociale ; loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 pour le principe du relèvement de l’âge légal ; pages ameli.fr et Service des retraites de l’État sur la retraite à l’étranger et sur la cotisation d’assurance maladie. Ensemble consulté pour l’établissement du socle documentaire de ce guide les 28 et 29 juillet 2026.
Trois limites de portée, énoncées sans détour. Premièrement, ce chapitre ne contient aucun paramètre chiffré du droit français de la retraite — âge de votre génération, trimestres exigés, taux de décote ou de surcote, conditions du cumul emploi-retraite — parce que ces éléments ne figurent pas dans le socle documentaire portugais sur lequel ce guide est bâti. Ils se lisent sur votre relevé de carrière et se confirment auprès de vos caisses. Deuxièmement, les applications numériques sont des illustrations du barème portugais, établies sans deduções à coleta, sans quotient conjugal et sans autre revenu que ceux indiqués : elles montrent le sens et l’ordre de grandeur d’un effet, elles ne valent pas liquidation. Troisièmement, une lecture postérieure de plus de six mois doit rouvrir ces sources : les portariasqui fixent l’âge normal et l’IAS se publient chaque fin décembre, la loi de finances portugaise également, et ce sont les véhicules qui modifient le barème, la déduction spécifique de la catégorie H et les paramètres de la pension portugaise.
Hagnéré Patrimoine est un cabinet de conseil en gestion de patrimoine immatriculé à l’ORIAS sous le numéro 23002291, en qualité de conseiller en investissements financiers, courtier d’assurance et courtier en opérations de banque et en services de paiement. Ce chapitre décrit des mécanismes sociaux et fiscaux et des catégories de solutions ; il ne constitue ni une consultation juridique, ni une recommandation personnalisée, ni une promesse de résultat. La liquidation d’une pension relève des organismes de retraite compétents ; le droit fiscal portugais relève d’avocats et de contabilistas certificados établis au Portugal, avec lesquels nous travaillons.

