Ce que nous faisons concrètement pour un expatrié au Portugal
Ce volet expose le droit applicable. La page que nous consacrons à l’expatriation au Portugal expose notre intervention : les profils que nous accompagnons, la façon dont nous coordonnons les conseils locaux, et ce qui relève de leur ressort plutôt que du nôtre.
07. L'IRS de droit commun : le scénario par défaut désormais
Vous ne cherchez pas une définition de l’IRS. Vous cherchez un chiffre : ce que vous paierez, en euros, sur votre pension ou sur votre salaire, la première année complète de résidence portugaise. Ce chapitre le donne, pour trois foyers, jusqu’au bout du calcul, et le met en face de ce que les mêmes foyers paient aujourd’hui en France.
Il faut commencer par lever le malentendu qui rend ce chapitre nécessaire. Pendant douze ans, la fiscalité portugaise de droit commun n’intéressait presque aucun candidat français à l’expatriation : le régime du résident non habituel s’interposait, et c’est lui qu’on venait chercher. Il est fermé aux nouveaux arrivants depuis le 1erjanvier 2024, et aucune voie d’accès ne subsiste pour une personne devenue résidente fiscale du Portugal à compter du 1erjanvier 2025 — voir le chapitre 02 pour les textes, et le chapitre 04 si vous êtes déjà installé et que la question de votre recevabilité au régime transitoire reste ouverte. Le dispositif qui lui a succédé, l’IFICI, est vendu partout comme un « RNH 2.0 ». Il ne l’est pas, et le chapitre 03 en détaille les conditions d’accès, très étroites.
Résultat : le régime décrit ici — le barème progressif de l’article 68.º du Código do IRS, de 12,5 % à 48 %, plus la surtaxe de solidarité — n’est plus un repoussoir théorique. C’est le régime de la quasi-totalité des Français qui s’installent au Portugal aujourd’hui. Il mérite donc d’être traité comme le scénario central : en détail, avec ses mécanismes propres, ses déductions réelles, ses options, et les endroits où il est franchement moins favorable que le droit français.
Le point sur lequel se trompe le corpus francophone : l’IFICI n’exonère pas les pensions
L’exonération des revenus de source étrangère accordée aux bénéficiaires de l’IFICI ne figure pas dans l’Estatuto dos Benefícios Fiscaismais à l’article 81.º n.º 4 du CIRS, et elle vise les catégories A, B, E, F et G. La catégorie H — les pensions — n’y figure pas. Le texte : « Aos sujeitos passivos que beneficiem do regime previsto no artigo 58.º-A do Estatuto dos Benefícios Fiscais, e obtenham, no estrangeiro, rendimentos das categorias A, B, E, F e G, aplica-se o método da isenção, sendo obrigatoriamente englobados para efeitos de determinação da taxa a aplicar aos restantes rendimentos. » (redaçãode la Lei n.º 82/2023, du 29 décembre 2023.)
Le dépliant officiel de l’Autoridade Tributária consacré à l’IFICI énumère la même liste et s’arrête à G. L’Ofício Circulado n.º 20276/2025, question 2, l’écrit sans détour : « Regra geral: isenção de IRS, exceto no caso de rendimentos da categoria H ».
Conséquence, à lire deux fois si vous partez à la retraite : une pension française perçue par un bénéficiaire de l’IFICI est imposée au barème progressif portugais, jusqu’à 48 %, majoré de la taxa adicional de solidariedadede l’article 68.º-A au-delà des seuils. Ni 0 %, ni les 10 % que le RNH appliquait depuis 2020. Et l’IFICI aggrave même légèrement sa situation, puisque ses revenus étrangers exonérés sont obrigatoriamente englobadospour la détermination du taux applicable au reste — c’est une exonération avec progressivité, pas une exonération sèche.
Pour un retraité, le droit commun décrit dans ce chapitre n’est donc pas l’alternative à l’IFICI. C’est son régime. Un couple qui organise son départ en 2026 sur la promesse d’un « RNH 2.0 » découvre cela à sa première déclaration portugaise, c’est-à-dire au printemps de l’année suivante, quand le déménagement est fait, la maison française vendue et la convention fiscale a déjà transféré au Portugal le droit d’imposer la pension. C’est l’erreur la plus coûteuse du dossier portugais.
Le barème 2026, tranche par tranche
Le barème figure à l’article 68.º n.º 1 du CIRS. Sa rédaction en vigueur est celle de la Lei n.º 73-A/2025, du 30 décembre 2025, la loi de finances portugaise pour 2026 (Orçamento do Estado), publiée au Diário da República1.ª série, n.º 250, Suplemento. Il s’applique aux revenus de l’année 2026, déclarés en 2027.
Deux colonnes, et c’est là que commence la difficulté pour un lecteur français. La colonne A donne le taux normal de la tranche ; la colonne B donne le taux moyen atteint au plafondde cette tranche. La colonne B n’est pas un taux d’imposition global : c’est un paramètre de calcul, et nous verrons dans un instant qu’il est utilisé littéralement par la loi portugaise.
| # | Revenu imposable (rendimento coletável) | Taux normal — colonne A | Taux moyen au plafond — colonne B |
|---|---|---|---|
| 1 | jusqu'à 8 342 € | 12,50 % | 12,500 % |
| 2 | de plus de 8 342 € à 12 587 € | 15,70 % | 13,579 % |
| 3 | de plus de 12 587 € à 17 838 € | 21,20 % | 15,823 % |
| 4 | de plus de 17 838 € à 23 089 € | 24,10 % | 17,705 % |
| 5 | de plus de 23 089 € à 29 397 € | 31,10 % | 20,579 % |
| 6 | de plus de 29 397 € à 43 090 € | 34,90 % | 25,130 % |
| 7 | de plus de 43 090 € à 46 566 € | 43,10 % | 26,472 % |
| 8 | de plus de 46 566 € à 86 634 € | 44,60 % | 34,856 % |
| 9 | supérieur à 86 634 € | 48,00 % | — |
Deux mouvements ont joué simultanément au 1erjanvier 2026, et il ne faut pas les confondre. D’abord une revalorisation de toutes les limites de tranches de 3,51 %, destinée à neutraliser l’inflation : 8 059 € devient 8 342 €, 83 696 € devient 86 634 €, et ainsi de suite sur les huit seuils. Ensuite une baisse de 0,3 point du taux normal des 2e, 3e, 4e et 5e tranches, et de celles-là seulement : 16,00 → 15,70, 21,50 → 21,20, 24,40 → 24,10, 31,40 → 31,10. Les tranches 1, 6, 7, 8 et 9 sont inchangées en taux. Un chiffrage qui reprendrait le barème 2025 sur les tranches basses surestimerait donc l’impôt ; un chiffrage qui reprendrait les limites 2025 le surestimerait bien davantage.
La conclusion à ne pas escamoter : le taux marginal supérieur du barème portugais est de 48 %. Le taux marginal supérieur du barème français est de 45 %. Sur le continent portugais, et avant même la surtaxe de solidarité, l’impôt sur le revenu portugais est plus lourd au sommet que l’impôt français. Toute présentation du Portugal comme un « pays à faible fiscalité », hors régime de faveur et hors régions autonomes, est fausse. Nous y reviendrons avec les chiffres complets.
La méthode de calcul portugaise n’est pas la méthode française
L’article 68.º n.º 2 du CIRS ne prescrit pas un empilement de tranches à la française. Il prescrit une scission du revenu imposable en deux parts :
- une première part égale à la limite supérieure de la plus grande tranche qui tient entièrement dans le revenu imposable, à laquelle on applique le taux de la colonne Bde cette tranche ;
- une seconde part égale à l’excédent, à laquelle on applique le taux de la colonne A de la tranche immédiatement supérieure.
Sur les six premières tranches, cette méthode donne exactement le même résultat qu’un calcul par tranches à la française. Au-delà, elle diverge — de peu, mais elle diverge, et c’est le texte qui fait foi. La colonne B publiée n’est pas rigoureusement la moyenne que l’on reconstituerait à partir de la colonne A : aux 7e et 8e tranches, le taux légalement publié est supérieur d’un millièmeà cette moyenne (26,472 % contre 26,471 % ; 34,856 % contre 34,855 %). Le résultat correct est celui qu’on obtient avec le taux publié. Ne recalculez jamais « à la française » un impôt portugais au-delà de la 6e tranche.
L’écart est de l’ordre de la dizaine de centimes. Il n’a aucune importance économique, et il en a une considérable pour la crédibilité d’un chiffrage : un contribuable qui compare votre simulation à son avis d’imposition portugais et trouve un écart cesse de vous croire sur le reste. C’est aussi pour cela que nous arrondissons tous les montants de ce chapitre à l’euro : les colonnes B étant publiées au millième, un chiffrage individualisé porte une tolérance de l’ordre de dix centimes par part de calcul.
La mécanique de l'article 68.º n.º 2, appliquée à un revenu imposable de 35 413 €
REVENU IMPOSABLE (rendimento coletavel) ............ 35 413 €
ETAPE 1 - identifier la plus grande tranche qui tient entierement
Tranche 5 : jusqu'a 29 397 € ...................... elle tient
Tranche 6 : jusqu'a 43 090 € .............. elle ne tient pas
=> PREMIERE PART = 29 397 €
ETAPE 2 - taux de la colonne B de cette tranche
Colonne B, tranche 5 ............................... 20,579 %
29 397 x 20,579 % ................................. 6 050 €
ETAPE 3 - excedent au taux normal de la tranche SUPERIEURE
Excedent : 35 413 - 29 397 ......................... 6 016 €
Colonne A, tranche 6 ................................ 34,90 %
6 016 x 34,90 % ................................... 2 100 €
IMPOT (coleta) AVANT DEDUCTIONS A LA COLLECTE ....... 8 149 €
Taux moyen effectif sur le revenu imposable ......... 23,0 %
Taux marginal ....................................... 34,90 %Application numérique réalisée pour ce guide sur le barème de l'article 68.º n.os 1 et 2 du CIRS, rédaction de la Lei n.º 73-A/2025. Montants arrondis à l'euro : les taux moyens de la colonne B étant publiés au millième, un calcul au centime porte une tolérance de l'ordre de dix centimes par part. Aucune déduction à la collecte n'est appliquée ici, ni aucune convention fiscale : il s'agit de l'impôt portugais brut.
Le « minimum d’existence » n’est pas une tranche à taux zéro
Vous lirez partout que le Portugal applique un minimum d’existence de 12 880 €en 2026, et vous en conclurez spontanément qu’il existe, au Portugal comme en France, une tranche à 0 % en bas du barème. C’est faux, et l’erreur fausse toutes les comparaisons que vous ferez ensuite.
La valeur de référence est bien de 12 880 € : l’article 70.º n.º 1 du CIRS, dans sa rédaction issue de la Lei n.º 73-A/2025, retient le plus élevé de 12 880 € et de 1,5 × 14 × IAS, soit 11 280 € pour 2026 avec un Indexante dos Apoios Sociais de 537,13 €(Portaria n.º 480-A/2025/1, du 30 décembre 2025). C’est donc 12 880 € qui s’applique — soit exactement quatorze mensualités du salaire minimum portugais, porté à 920 €par le Decreto-Lei n.º 139/2025, du 29 décembre 2025.
Mais ce n’est pas un abattement à la base. C’est un abattement calculé et dégressif, réservé aux titulaires dont les revenus bruts proviennent principalement de la catégorie A, de certaines activités de catégorie B listées par voie réglementaire, et de la catégorie H — et il est intégralement supprimé dès que la somme des revenus bruts du foyer dépasse 2,2 × 14 × IAS par contribuable, soit 16 544 € par contribuable en 2026 (article 70.º n.º 4 a). Au-delà de ce seuil, le barème portugais frappe dès le premier euro, au taux de 12,5 %.
Autrement dit : pour la totalité des profils traités dans ce guide — une pension de 40 000 €, un salaire de 50 000 € — le minimum d’existence ne joue aucunrôle. Il n’y a pas de zone franche en bas du barème portugais. C’est la première raison structurelle pour laquelle l’impôt portugais dépasse l’impôt français sur des revenus modestes : la France exonère les 11 600 premiers euros de revenu net imposable, le Portugal en prélève 12,5 %.
La surtaxe de solidarité, et le vrai taux marginal supérieur
Au barème s’ajoute la taxa adicional de solidariedadede l’article 68.º-A du CIRS, dans sa rédaction issue de la Lei n.º 7-A/2016, du 30 mars 2016. La loi de finances 2026 ne l’a pas modifiée. Elle frappe la fraction du revenu imposable qui excède 80 000 € :
| Fraction du revenu imposable | Taux additionnel | Mécanique |
|---|---|---|
| de 80 000 € à 250 000 € | 2,5 % | Le taux s'applique à la seule fraction excédant 80 000 € |
| au-delà de 250 000 € | 5 % | L'excédent sur 80 000 € est scindé : une part de 170 000 € à 2,5 %, le surplus à 5 % (art. 68.º-A n.º 2) |
| Imposition conjointe (option des couples) | mêmes taux | La procédure s'applique « a metade do rendimento coletável », le résultat étant ensuite multiplié par deux (n.º 3) : le seuil de 80 000 € s'apprécie sur la moitié du revenu du foyer, ce qui revient économiquement à 160 000 € de revenu imposable du foyer |
Le taux marginal supérieur combiné est donc de 48 + 5 = 53 %. Ce n’est pas une reconstitution : on le retrouve tel quel en haut des tables de retenue à la source sur pensions, dont la dernière ligne porte un taux marginal maximum de 53,00 %. Écrire « 48 % » sans réserve laisse croire à un plafond qui n’existe pas.
Le n.º 3 mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il produit un effet contre-intuitif que nous chiffrerons plus loin. Un couple qui opte pour l’imposition conjointe voit le seuil de 80 000 € s’apprécier sur la moitiéde son revenu imposable : un foyer à 150 000 € de revenu imposable, imposé conjointement, échappe entièrement à la surtaxe, alors que le même revenu concentré sur une seule tête et imposé séparément la supporte à hauteur de 1 750 €.
Six catégories, trois régimes d’imposition
L’IRS portugais est un impôt cédulaire à la base et synthétique à l’arrivée. Chaque revenu est d’abord qualifié dans une catégorie, désignée par une lettre ; cette catégorie commande ses déductions propres et son mode d’imposition. Trois modes coexistent : l’englobement obligatoire au barème, le taux libératoire, et le taux spécial autonome avec option d’englobement.
| Catégorie | Contenu | Mode d'imposition de principe | Déduction propre |
|---|---|---|---|
| A | Travail dépendant (salaires) | Englobement obligatoire au barème de l'article 68.º | Déduction spécifique de l'article 25.º : 8,54 × IAS, soit 4 587 € en 2026, ou le montant réel des cotisations obligatoires s'il est supérieur |
| B | Revenus professionnels et d'entreprise (indépendants, professions libérales) | Englobement au barème, après application d'un coefficient en régime simplifié (art. 31.º) ou détermination par comptabilité organisée | Coefficient forfaitaire (0,15 / 0,35 / 0,50 / 0,75 / 0,95 / 1,00 selon la nature de l'activité), puis déduction des cotisations sociales pour leur fraction excédant 10 % des recettes brutes (art. 31.º n.º 2) |
| E | Revenus de capitaux : intérêts, dividendes, produits d'assurance-vie | Taux libératoire de 28 % (art. 71.º) ou taux spécial de 28 % (art. 72.º), avec option d'englobement | Aucune. Pour les dividendes, inclusion à 50 % de leur montant en cas d'englobement, sous les conditions strictes de l'article 40.º-A |
| F | Revenus fonciers (rendimentos prediais) | Taux spécial autonome, avec option d'englobement | Charges effectivement supportées, bien par bien (art. 41.º) — hors intérêts d'emprunt, amortissements, mobilier et AIMI |
| G | Gains patrimoniaux : plus-values mobilières et immobilières, crypto-actifs | 28 % pour le mobilier ; pour l'immobilier, englobement au barème de 50 % de la plus-value (art. 43.º n.º 2) | Abattements de durée de détention réservés aux titres cotés et aux parts d'OPC ouverts ; exclusion des crypto-actifs détenus 365 jours ou plus |
| H | Pensions, y compris les pensions de retraite françaises | Englobement obligatoire au barème de l'article 68.º, plus surtaxe de solidarité au-delà des seuils | Déduction spécifique de l'article 53.º, alignée sur celle de la catégorie A : 4 587 € en 2026. Aucun abattement d'âge, aucun abattement proportionnel |
Retenez la ligne H. Une pension française est un revenu de catégorie H. Elle est englobée d’officeau barème progressif, sans abattement proportionnel, sans abattement d’âge, sans quotient familial pour les enfants, et avec la surtaxe de solidarité au-delà de 80 000 €. C’est la borne de référence de toutes les comparaisons de ce guide.
L’option d’englobement : ce qu’elle est, et ce qu’elle interdit
Les revenus soumis à taux libératoire ou à taux spécial peuvent, sur option, être ramenés au barème. C’est l’englobamento, et c’est le seul arbitrage réellement ouvert à un résident portugais de droit commun. Deux limites, souvent tues.
Première limite : la condition d’activité.L’article 71.º n.º 9 réserve l’option aux résidents et aux revenus obtenus « fora do âmbito do exercício de atividades empresariais e profissionais ». Les revenus de capitaux rattachés à une activité professionnelle en sont exclus — cas fréquent d’un professionnel libéral français dont les placements sont inscrits à l’actif de son activité portugaise.
Seconde limite : l’option est globale.Elle emporte englobement de tous les revenus de la même nature. On ne choisit pas produit par produit. Un portefeuille qui combine des dividendes — pour lesquels l’englobement peut être favorable, l’article 40.º-A ne retenant que 50 % de leur montant — et des obligations, dont les intérêts seraient englobés à 100 %, peut parfaitement perdre à l’option.
Et l’inclusion à 50 % de l’article 40.º-A a un champ étroit : elle suppose une entité distributrice ayant son siège ou sa direction effective au Portugal, ou une entité d’un État de l’Union ou de l’Espace économique européen remplissant les conditions de la directive 2011/96/UE, avec production d’une preuve authentifiée délivrée par l’autorité fiscale étrangère (n.º 5). Un dividende suisse, britannique ou américain perçu par un résident portugais est englobé à 100 %, ce qui inverse totalement l’arbitrage. Pour un patrimoine financier français typique, exposé aux actions internationales, c’est le cas dominant. Aucun arbitrage d’englobement ne doit être arrêté sans simulation du foyer complet.
Les déductions spécifiques : ce qui se retranche avant le barème
Le Portugal ne connaît pas les « frais réels » de l’article 83 du CGI français pour les salaires. La déduction de la catégorie A est celle de l’article 25.º, point. Elle est forfaitaire et non proportionnelle : 8,54 × IAS, soit 4 587 € en 2026. Si les cotisations sociales obligatoires du salarié dépassent ce montant, c’est le montant total des cotisationsqui est déduit (n.º 2). Le point de bascule se situe autour de 41 700 €de salaire brut : en dessous, la déduction forfaitaire prime ; au-dessus, ce sont les 11 % de cotisations réelles.
S’y ajoutent les cotisations syndicales, plafonnées à 1 % du revenu brut de catégorie A et majorées de 100 %, et, pour les professions réglementées, les cotisations ordinales obligatoires, la déduction de base pouvant être portée jusqu’à 75 % de 12 × IAS de ce chef.
La catégorie H est alignée sur la catégorie A : l’article 53.º renvoie expressément à la limite de l’alinéa a) du n.º 1 de l’article 25.º, soit les mêmes 4 587 €. En dessous de ce montant, la pension est intégralement absorbée et l’impôt est nul ; au-dessus, la déduction est plafonnée à ce montant fixe. Ni les 10 % français, ni un abattement d’âge. Le n.º 4 de l’article 53.º n’y ajoute que deux postes marginaux : les cotisations syndicales, dans la limite de 1 % de la pension brute et majorées de 100 %, et les cotisations obligatoires de protection sociale pour leur seule fraction excédant la déduction du n.º 1.
Ce que le Portugal déduit plus généreusement que la France
Points forts
- Une pension brute inférieure à environ 45 900 € : la déduction fixe de 4 587 € dépasse l'abattement français de 10 %, qui n'atteint 4 587 € qu'à partir de ce niveau de pension
- Un salaire élevé : la déduction portugaise suit les cotisations réelles à 11 %, sans plafond de tranche, quand l'abattement français de 10 % est plafonné en valeur absolue
- Un indépendant au régime simplifié : les cotisations sociales sont déductibles pour leur fraction excédant 10 % des recettes brutes (art. 31.º n.º 2), soit environ cinq points de chiffre d'affaires supplémentaires pour qui cotise autour de 15 % du brut
Points de vigilance
- Cet avantage d'assiette ne compense jamais l'écart de barème : sur les trois foyers chiffrés plus loin, il représente quelques centaines d'euros face à des écarts d'impôt de plusieurs milliers
Ce que le Portugal ne déduit pas, et qui surprend
Points de vigilance
- Les intérêts d'emprunt en catégorie F : l'article 41.º les exclut expressément (« com exceção dos gastos de natureza financeira »), là où l'article 31 du CGI français les admet au réel. Un investisseur locatif qui finance à crédit perd son principal levier
- Les amortissements, le mobilier, l'électroménager et les articles de décoration : exclus par le même texte
- L'AIMI — l'impôt portugais sur la fortune immobilière — n'est pas déductible des revenus fonciers ; l'IMI l'est
- Aucun équivalent des frais réels pour les salariés : la déduction de l'article 25.º est exclusive
- Aucun abattement d'âge sur les pensions, contrairement à ce que plusieurs sources francophones laissent entendre
Pour la catégorie B — l’indépendant, la profession libérale, le consultant — le régime simplifié de l’article 31.º détermine le revenu imposable en appliquant un coefficientau chiffre d’affaires : 0,75 pour les activités professionnelles listées au tableau de l’article 151.º, 0,35 pour les autres prestations de services, 0,15 pour les ventes de marchandises, 0,95 pour les droits de propriété intellectuelle et les revenus de capitaux imputables à l’activité, 1,00 pour les prestations rendues à des sociétés dont le contribuable détient au moins 5 %. Le régime simplifié est ouvert jusqu’à 200 000 €de recettes brutes annuelles (article 28.º n.º 2), avec option toujours possible pour la comptabilité organisée.
Deux mécanismes que les présentations françaises omettent presque toujours. D’abord la condition de justification de 15 % : pour les coefficients de prestation de services, une fraction de la déduction implicite est subordonnée à la démonstration de charges professionnelles effectivement supportées et documentées à hauteur de 15 % du revenu brut de services. Le premier terme de cette justification est toutefois acquis d’office : l’alínea a) du n.º 13 impute la déduction spécifique de l’article 25.º — 4 587 € en 2026 — ou, si elles sont supérieures, les cotisations sociales obligatoires non déjà déduites au titre du n.º 2. S’y ajoutent les frais de personnel, les loyers professionnels, 1,5 % de la valeur patrimoniale fiscale des immeubles affectés à l’activité, et les autres achats et prestations liés à l’exploitation. À défaut, la différence est réintégrée. Ensuite la déductibilité des cotisations socialespour leur fraction excédant 10 % des recettes brutes (article 31.º n.º 2) : un indépendant qui cotise, comme c’est la règle, autour de 15 % de son brut déduit environ cinq points de chiffre d’affaires supplémentaires. Toute simulation qui applique le coefficient sans cette déduction surestime l’impôt.
Enfin, une facilité de démarrage : les coefficients de prestation de services sont réduits de 50 % la première année d’activité et de 25 % la deuxième, à condition que le contribuable ne perçoive pas par ailleurs de revenus de catégorie A ou H. Un consultant qui s’installe et déclare une activité indépendante portugaise voit donc son coefficient de 0,35 ramené à 0,175 la première année. C’est substantiel, et cela ne se cumule pas avec une pension.
Le « quotient familial » portugais : le diviseur est 2, et il le reste
C’est le point sur lequel le corpus francophone se trompe le plus souvent, et c’est aussi celui qui coûte le plus cher aux familles nombreuses.
L’article 69.º du CIRS institue un quociente conjugal : en cas d’option pour l’imposition conjointe, les taux applicables sont ceux correspondant au revenu imposable divisé par deux, l’impôt étant ensuite obtenu en multipliant par deuxle résultat. Le diviseur est 2. Il est toujours 2. Il ne dépend pas du nombre d’enfants.
| France — article 194 du CGI | Portugal — article 69.º du CIRS | |
|---|---|---|
| Diviseur pour un couple marié ou pacsé | 2 parts | Diviseur 2 |
| Effet du 1er enfant | +0,5 part → diviseur 2,5 | Aucun effet sur le diviseur |
| Effet du 2e enfant | +0,5 part → diviseur 3 | Aucun effet sur le diviseur |
| Effet du 3e enfant | +1 part → diviseur 4 | Aucun effet sur le diviseur |
| Plafonnement de l'avantage lié aux enfants | Plafonnement du quotient familial par demi-part | Sans objet : il n'y a pas d'avantage de quotient à plafonner |
| Comment les enfants réduisent l'impôt | Par le quotient, donc sur l'assiette et au taux marginal du foyer | Par des crédits d'impôt forfaitaires : 600 € par personne à charge, plus des majorations, imputés sur l'impôt calculé (art. 78.º-A) |
| Régime par défaut du couple | Imposition commune | Imposition séparée depuis la réforme de 2015 ; l'imposition conjointe est une option à exercer |
La conséquence est brutale pour un profil précis : le couple à revenus élevés avec trois enfants ou plus. En France, ses trois enfants portent le diviseur de 2 à 4 parts — un avantage plafonné, mais réel et proportionnel au taux marginal. Au Portugal, ils ouvrent droit à 1 800 € de crédits d’impôt forfaitaires, plus quelques majorations. Le passage du quotient familial français aux déductions forfaitaires portugaises est, pour ce foyer, une perte d’avantage fiscal, et non un gain. Nous le chiffrons plus loin.
Symétriquement, il faut se défaire d’un réflexe français : au Portugal, l’imposition conjointe n’est pas le principe, et elle n’est pas toujours favorable. Comme elle divise par deux l’ensembledu revenu du foyer, elle avantage les couples à revenus déséquilibrés et se révèle strictement neutre pour les couples à revenus égaux. Le régime par défaut est l’imposition séparée : si vous ne faites rien, vous êtes imposés séparément. C’est une case à cocher dans la déclaration annuelle, et l’oublier peut coûter plusieurs milliers d’euros, comme le montre le deuxième de nos trois foyers.
Les déductions à la collecte : petites, plafonnées, et pas cumulables
Les deduções à coletasont l’équivalent fonctionnel des réductions et crédits d’impôt français : elles s’imputent sur l’impôt calculé, pas sur l’assiette. Voici le barème 2026.
| Dispositif | Article du CIRS | Taux | Plafond 2026 |
|---|---|---|---|
| Personnes à charge (dépendants) | 78.º-A n.º 1 | Forfait | 600 € par dépendant ; 300 € par parent en résidence alternée |
| Majoration enfant de moins de 3 ans | 78.º-A n.º 2 | Forfait | +126 € (63 € par parent en résidence alternée) |
| Majoration 2e dépendant et suivants de moins de 6 ans | 78.º-A n.º 3 | Forfait | +300 € (150 € en résidence alternée) — NON CUMULABLE avec la majoration précédente (n.º 4) |
| Ascendants vivant au foyer | 78.º-A n.º 1 | Forfait | 525 € par ascendant dont les revenus n'excèdent pas la pension minimale ; +110 € s'il est l'ascendant unique |
| Dépenses générales familiales | 78.º-B | 35 % | 250 € par contribuable ; 45 % et 335 € pour les familles monoparentales |
| Dépenses de santé | 78.º-C | 15 % | 1 000 € pour le foyer |
| Formation et éducation | 78.º-D | 30 % | 800 € ; porté à 1 100 € en cas de loyers d'étudiant déplacé, la part loyers étant plafonnée à 400 € |
| Loyers d'habitation principale | 78.º-E n.º 1 a) | 15 % | 800 € en droit commun, porté à 900 € pour 2026 et à 1 000 € à partir de 2027 ; jusqu'à 1 100 € pour les revenus imposables les plus faibles |
| Intérêts de prêts immobiliers contractés jusqu'au 31/12/2011 | 78.º-E n.º 1 b) | 15 % | 296 €, majoré jusqu'à 450 € pour les bas revenus — NON CUMULABLE avec la déduction de loyers (n.º 6) |
| Établissements pour personnes dépendantes et maisons de retraite | 84.º | 25 % | 403,75 € |
| Exigence de facture (fraction de TVA supportée) | 78.º-F | 15 % de la TVA supportée | 250 € par foyer |
Deux clauses de non-cumul, toutes deux dans le texte, toutes deux systématiquement omises par les présentations en ligne. Les majorations des n.os 2 et 3 de l’article 78.º-A ne se cumulent pas : « As deduções referidas nos n.os 2 e 3 não são cumulativas ». Pour un deuxième enfant âgé de moins de trois ans, on retient soit 126 €, soit 300 € — jamais 426 €. Et les quatre déductions du n.º 1 de l’article 78.º-E — loyer d’habitation principale, intérêts de dettes contractées jusqu’au 31 décembre 2011, prestations de coopératives d’habitation, loyers de crédit-bail — sont exclusives les unes des autres(n.º 6). Un foyer qui loue sa résidence principale et supporte par ailleurs des intérêts sur un prêt antérieur à 2012 doit choisir.
Le plafonnement global : la règle qui annule l’intérêt des déductions au-delà de 80 000 €
L’article 78.º n.º 7 du CIRS plafonne la somme des déductions des alinéas c) à h), k) et m) du n.º 1 — santé, éducation, loyers, établissements pour personnes dépendantes, exigence de facture. Trois zones :
- revenu imposable inférieur ou égal à la limite de la première tranche de l’article 68.º — 8 342 € en 2026 — : aucun plafond ;
- revenu imposable compris entre cette limite et 80 000 € : plafond dégressif, décroissant de 2 500 € vers 1 000 € à mesure que le revenu monte ;
- revenu imposable supérieur à 80 000 € : 1 000 €, pour le foyer, toutes dépenses confondues. Attention à la mécanique de seuil : le n.º 7 précise que ces limites s’apprécient par foyer et, en cas d’imposition conjointe, après application du diviseur de l’article 69.º. Un couple à 142 400 € de revenu imposable qui opte pour l’imposition conjointe est donc apprécié sur 71 200 € et relève de la zone dégressive, non du plafond de 1 000 €.
Le n.º 8 majore ces plafonds de 5 % par dépendantdans les foyers comptant trois personnes à charge ou plus, ce qui porte le plafond de 1 000 € à 1 150 € pour un foyer de trois enfants.
Une réserve que nous assumons.La page de l’administration fiscale portugaise restitue la formule du plafond dégressif sous forme d’image, non de texte ; elle n’a pas pu être relue sur une source de premier rang lors de nos deux contrôles. Nous publions donc le principe et les deux bornes — pas de plafond en dessous de 8 342 €, 1 000 € au-delà de 80 000 € — et aucun chiffrage de plafonnement dans la zone intermédiaire. Sur un dossier réel, ce paramètre se rouvre sur le texte consolidé.
Ce qu’il faut en retenir : les déductions à la collecte ne sont pas un levier d’optimisation au Portugal. Pour un patrimoine élevé, elles plafonnent à 1 000 € par foyer. Toute présentation qui les présente comme un contrepoids au barème est trompeuse.
La retenue à la source 2026, et le décalage de trésorerie que personne ne vous annonce
Les tables de retenue applicables aux revenus payés à compter du 1er janvier 2026 résultent du Despacho n.º 233-A/2026du cabinet de la Secrétaire d’État aux affaires fiscales, signé le 5 janvier 2026 et publié au Diário da República 2.ª série, n.º 3, Suplemento, du 6 janvier 2026, sur le fondement de l’article 99.º-F n.º 1 du CIRS. Elles visent les titulaires résidents au continent : les Açores et Madère disposent de tables régionales distinctes.
Depuis 2023, la retenue repose sur un modèle de taux marginaux progressifs aligné sur les tranches de la liquidation annuelle, précisément pour éviter qu’une augmentation de brut fasse baisser le net. La formule est : rémunération mensuelle × taux marginal maximum − parcelle à déduire, minorée le cas échéant d’une parcelle additionnelle par personne à charge. La colonne « taxa efetiva mensal de retenção no limite do escalão » est indicative et ne sert pas au calcul (n.º 4 du despacho).
| Rémunération mensuelle | Taux marginal maximum | Parcelle à déduire | Taux effectif au plafond de la tranche |
|---|---|---|---|
| jusqu'à 920,00 € | 0,00 % | 0,00 € | 0,0 % |
| jusqu'à 1 042,00 € | 12,50 % | 12,50 % × 2,6 × (1 320,92 − R) | 3,8 % |
| jusqu'à 1 100,00 € | 15,70 % | 15,70 % × 1,35 × (1 627,01 − R) | 5,5 % |
| jusqu'à 1 133,00 € | 15,70 % | 111,70 € | 5,8 % |
| jusqu'à 1 239,00 € | 21,20 % | 174,02 € | 7,2 % |
| jusqu'à 1 869,00 € | 24,10 % | 209,96 € | 12,9 % |
| jusqu'à 2 114,00 € | 31,10 % | 340,79 € | 15,0 % |
| jusqu'à 2 361,00 € | 34,90 % | 421,13 € | 17,1 % |
| jusqu'à 3 462,00 € | 43,10 % | 614,74 € | 25,3 % |
| jusqu'à 5 833,00 € | 44,60 % | 666,67 € | 33,2 % |
| jusqu'à 18 332,00 € | 50,50 % | 1 010,82 € | 45,0 % |
| supérieur à 18 332,00 € | 53,00 % | 1 469,12 € | — |
Les deux dernières lignes — 50,50 % puis 53,00 % — intègrent la surtaxe de solidarité. C’est la confirmation pratique du taux marginal combiné de 53 %. À l’autre extrémité, une pension mensuelle inférieure ou égale à 920 € ne subit aucune retenue, ce qui reflète le minimum d’existence de 12 880 € rapporté à quatorze mensualités.
Le despacho comporte aussi plusieurs règles annexes utiles à qui a un enfant en situation de handicap ou un conjoint invalide : 84,82 € ajoutés à la parcelle à déduire par personne à charge présentant une incapacité permanente d’au moins 60 % pour un non-marié ou un marié titulaire unique, mais 42,41 € seulement pour un marié à deux titulaires ; 135,71 € lorsque, dans un foyer « marié, titulaire unique », le conjoint sans revenus des catégories A ou H présente une incapacité d’au moins 60 %. Ces montants peuvent être multipliés jusqu’à trois fois pour un non-marié ou un marié titulaire unique, et jusqu’à six fois pour un marié à deux titulaires, sur option communiquée à l’employeur avantle paiement. S’y ajoutent la réduction d’un point du taux pour les foyers de trois personnes à charge ou plus, l’application du taux effectif mensuel réduit de moitié au travail supplémentaire (article 99.º-C n.º 8), et la faculté d’opter pour un taux de retenue supérieur (article 98.º n.º 6), auquel cas seul le taux marginal maximum change, la parcelle à déduire restant inchangée.
Une pension privée française n’est retenue à la source nulle part : préparez la trésorerie
Ces tables gouvernent les sommes payées par une entité établie au Portugal. Une pension versée par une caisse française à un résident du Portugal ne passe par aucun mécanisme de retenue portugais— il n’y a pas d’entité portugaise en position d’opérer la retenue de l’article 99.º. Encore faut-il que la convention attribue au Portugal le droit d’imposer, et cela dépend de la nature de la pension. Les pensions privées, versées au titre d’un emploi antérieur, relèvent de l’article 19 de la convention franco-portugaise du 14 janvier 1971 et ne sont imposables qu’au Portugal : la France cesse alors de prélever. Les pensions publiques— celles versées par l’État, une collectivité ou une personne morale de droit public au titre de services rendus — relèvent de l’article 20 et demeurent imposables en France, sauf lorsque le bénéficiaire possède la nationalité portugaise sans avoir la nationalité française ; elles restent alors soumises à la retenue à la source de l’article 182 A du CGI. Un ancien fonctionnaire doit donc lire ce qui suit en distinguant, ligne à ligne, ses pensions privées de ses pensions publiques.
Concrètement : pendant votre première année portugaise, vous encaissez votre pension brute de tout impôt sur le revenu. Vous vivez douze mois avec un pouvoir d’achat artificiellement élevé. Puis la liquidation portugaise arrive, et elle porte sur l’année entière, en une fois. Sur la retraitée de notre premier foyer, cela représente 8 149 € à décaisser d’un coup, alors qu’elle n’a rien provisionné.
C’est l’incident de trésorerie le plus fréquent des premières années d’installation, et il est parfaitement évitable : il suffit de mettre de côté chaque mois le montant estimé. Faites confirmer le circuit exact par votre contabilista certificado portugais dès la première année — le calendrier déclaratif et les modalités de paiement relèvent du chapitre consacré aux obligations déclaratives portugaises, que ce chapitre-ci ne traite pas.
Trois foyers, calculés jusqu’au bout
Ce qui suit est constitué d’applications numériques réalisées pour ce guide, pas de chiffres publiés par une administration. Elles sont reproductibles à partir du barème ci-dessus. Elles appliquent, dans l’ordre : la déduction spécifique de catégorie, le barème de l’article 68.º selon la méthode du n.º 2, la surtaxe de l’article 68.º-A. Elles ignorent délibérément toute convention fiscale — il s’agit de l’impôt portugais brut.
Méthode et limites du comparatif France-Portugal
Le barème français retenu est celui applicable à l’imposition des revenus de 2025, indexé de 0,9 % par l’article 4, I-A et B, de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 : 0 % jusqu’à 11 600 € ; 11 % de 11 601 à 29 579 € ; 30 % de 29 580 à 84 577 € ; 41 % de 84 578 à 181 917 € ; 45 % au-delà.
Quatre paramètres du droit français ne figurent pas dans notre base vérifiée et ne sont donc pas publiés ici : la valeur du plafond de l’abattement de 10 % sur les pensions et sur les salaires, le montant du plafonnement du quotient familial par demi-part, les paramètres de la décote, et ceux de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus. Chaque fois que l’un d’eux pourrait jouer, nous le disons et nous donnons une fourchette au lieu d’un chiffre.
Ces réserves jouent toutes dans le même sens : elles augmenteraient l’impôt français calculé et resserreraient donc l’écart. Aucune ne peut l’inverser sur les trois foyers chiffrés ci-dessous — nous l’avons vérifié en recalculant l’impôt français dans l’hypothèse la plus défavorable, abattement nul et enfants sans effet.
Foyer A — Retraitée célibataire, pension française de 40 000 € brut par an
C’est le profil dominant des dossiers portugais : une personne seule, un peu plus de 3 300 € de pension mensuelle, aucun autre revenu. Elle s’installe en 2026, elle n’est éligible ni au RNH ni à son régime transitoire, et l’IFICI ne lui apporte rien puisque sa pension relève de la catégorie H.
Foyer A — l'impôt portugais, puis l'impôt français, sur la même pension
PORTUGAL - droit commun 2026, categorie H
Pension brute (categorie H) ....................... 40 000 €
- Deduction specifique art. 53.º (8,54 x IAS) ..... - 4 587 €
= Revenu imposable (rendimento coletavel) ......... 35 413 €
Part 1 : 29 397 x 20,579 % (colonne B, tranche 5) .. 6 050 €
Part 2 : 6 016 x 34,90 % (colonne A, tranche 6) .. 2 100 €
= IMPOT PORTUGAIS (coleta) ........................ 8 149 €
Surtaxe de solidarite (art. 68.º-A) ..................... 0 €
Taux effectif sur la pension brute .................. 20,4 %
Taux marginal ....................................... 34,90 %
FRANCE - baremes des revenus 2025, celibataire, 1 part
Pension brute ..................................... 40 000 €
- Abattement de 10 % .............................. - 4 000 €
= Revenu net imposable ............................ 36 000 €
Tranche a 0 % : 11 600 € ........................... 0 €
Tranche a 11 % : 17 979 € ....................... 1 978 €
Tranche a 30 % : 6 421 € ....................... 1 926 €
= IMPOT FRANCAIS .................................. 3 904 €
Taux effectif sur la pension brute ................... 9,8 %
ECART ANNUEL, PORTUGAL - FRANCE ................... + 4 245 €
soit, sur dix ans, sans indexation ............... + 42 450 €
POUR MEMOIRE - la meme pension sous le RNH a 10 %
10 % du revenu net de pension ..................... 3 541 €Applications numériques réalisées pour ce guide. Côté portugais : articles 53.º, 68.º n.os 1 et 2 et 68.º-A du CIRS, barème 2026 issu de la Lei n.º 73-A/2025, IAS de 537,13 € fixé par la Portaria n.º 480-A/2025/1. Côté français : barème applicable à l'imposition des revenus de 2025, indexé de 0,9 % par l'article 4 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026. Le calcul français retient l'abattement de 10 % à plein ; cet abattement est plafonné par foyer et la valeur du plafond ne figure pas dans notre base vérifiée. S'il jouait, l'impôt français serait légèrement supérieur et l'écart légèrement moindre — jamais inversé : même en supprimant totalement l'abattement, l'impôt français ressortirait à 5 104 €, contre 8 149 € au Portugal. La ligne RNH est donnée pour mémoire : elle correspond au taux de 10 % de l'ancien article 72.º n.º 12 du CIRS, applicable aux seuls bénéficiaires du régime transitoire, et n'est pas ouverte à un arrivant de 2026 (voir chapitres 02 et 04). Aucune déduction à la collecte n'est appliquée.
Trois observations, dans l’ordre où elles comptent pour cette cliente.
D’abord, l’écart n’est pas marginal : il est de 4 245 € par an, soit plus du double de l’impôt français. Sur dix ans, à pension constante, c’est 42 450 €. Ce n’est pas un détail dans un budget de retraite.
Ensuite, cet écart ne vient pasde l’assiette. La déduction portugaise de 4 587 € est plus favorable que l’abattement français de 4 000 € : le revenu imposable portugais est inférieurde 587 € au revenu net imposable français. L’écart vient intégralement du barème — une première tranche à 12,5 % au lieu de 0 %, une deuxième à 15,7 % au lieu de 11 %, une progression beaucoup plus rapide. C’est la démonstration du point que nous répétons dans ce guide : l’erreur française sur le Portugal ne porte presque jamais sur le chiffre, elle porte sur la règle qui entoure le chiffre.
Enfin, la ligne « pour mémoire ». Sous le RNH à 10 %, cette pension supportait 3 541 € — soit moinsque l’impôt français. C’est exactement pour cela que le régime avait la réputation qu’on lui connaît, et exactement pour cela que sa fermeture change la nature du dossier. Un client qui a lu un article de 2022 et n’a pas vu passer la loi de finances portugaise pour 2024 raisonne encore sur 3 541 € quand il en paiera 8 149 €.
Foyer B — Couple de retraités, pensions de 46 000 € et 14 000 €
Un couple marié, 60 000 € de pensions cumulées, très déséquilibrées : monsieur a cotisé une carrière complète de cadre, madame a interrompu la sienne. C’est le profil pour lequel l’option d’imposition conjointe portugaise fait la plus grosse différence — et c’est aussi celui qui la rate le plus souvent, parce qu’au Portugal elle n’est pas automatique.
Foyer B — l'option conjointe vaut 1 833 € par an, et il faut la cocher
ASSIETTE PORTUGAISE (categorie H, deux titulaires)
Titulaire 1 : 46 000 - 4 587 ...................... 41 413 €
Titulaire 2 : 14 000 - 4 587 ....................... 9 413 €
= Revenu imposable du foyer ....................... 50 826 €
(la deduction specifique de 4 587 € joue par titulaire)
HYPOTHESE 1 - IMPOSITION SEPAREE (le regime PAR DEFAUT)
Titulaire 1, sur 41 413 €
29 397 x 20,579 % ................................ 6 050 €
12 016 x 34,90 % ................................. 4 194 €
10 244 €
Titulaire 2, sur 9 413 €
8 342 x 12,50 % ................................. 1 043 €
1 071 x 15,70 % ................................... 168 €
1 211 €
= IMPOT PORTUGAIS ................................ 11 455 €
HYPOTHESE 2 - IMPOSITION CONJOINTE (art. 69.º, diviseur 2)
Revenu imposable / 2 .............................. 25 413 €
23 089 x 17,705 % (colonne B, tranche 4) ......... 4 088 €
2 324 x 31,10 % (colonne A, tranche 5) ........... 723 €
4 811 €
x 2 ............................................... 9 621 €
= IMPOT PORTUGAIS ................................. 9 621 €
Taux effectif sur 60 000 € de pensions brutes ....... 16,0 %
Taux marginal ....................................... 31,10 %
VALEUR DE L'OPTION ................................ - 1 833 €
FRANCE - couple, 2 parts, 60 000 € de pensions
Impot francais ................. entre 3 400 € et 3 600 €
ECART ANNUEL, PORTUGAL - FRANCE ....... de l'ordre de 6 100 €Applications numériques réalisées pour ce guide. Côté portugais : articles 53.º, 68.º et 69.º du CIRS, barème 2026. L'imposition séparée est le régime de droit commun depuis la réforme de 2015 ; l'imposition conjointe est une option à exercer dans la déclaration annuelle, ouverte aux époux non séparés judiciairement de personnes et de biens ainsi qu'aux partenaires en união de facto. Côté français : barème des revenus 2025 appliqué à deux parts. La fourchette de 3 400 à 3 600 € correspond aux deux bornes selon que le plafond de l'abattement de 10 % sur les pensions joue ou non — sa valeur ne figure pas dans notre base vérifiée. Le résultat français reste dans cette fourchette étroite parce que, à 2 parts, le revenu par part demeure sous le seuil de 29 579 € et n'est donc frappé qu'à 11 %.
Deux enseignements. Le premier est pratique : l’option conjointe vaut 1 833 € par an pour ce couple, et elle se perd par omission. Un couple français arrive au Portugal avec le réflexe de l’imposition commune, qui est le principe en France depuis toujours ; au Portugal, le principe est inverse depuis 2015. Il faut cocher, chaque année. Sur dix ans, l’oubli coûte 18 330 €.
Le second est plus dérangeant. Même avec l’option, ce couple paie environ 2,7 foisce qu’il paie en France. Et ce n’est pas parce que le Portugal traiterait mal les couples : le quociente conjugalfonctionne exactement comme le quotient conjugal français, avec le même diviseur 2. C’est simplement que la France, à ce niveau de revenu par part, reste dans sa tranche à 11 % quand le Portugal est déjà à 31,1 % de taux marginal.
Notez au passage la mécanique de la déduction spécifique : elle joue par titulaire, pas par foyer. Ce couple retranche 9 174 € au total. Si l’épouse n’avait aucune pension propre, le foyer ne retrancherait que 4 587 €. C’est un argument réel — et l’un des rares — en faveur d’un partage des droits à pension lorsque la structure familiale le permet. Ce n’est pas un conseil d’allocation : c’est un paramètre à intégrer dans la simulation avant le départ, parce qu’après il est trop tard.
Foyer C — Cadre dirigeant recruté à Lisbonne, 160 000 € brut, conjoint sans revenu, trois enfants
Le profil le plus mal servi par le Portugal de droit commun, et de très loin. Un dirigeant de 46 ans, recruté par une filiale portugaise, 160 000 € de rémunération brute annuelle. Son conjoint ne travaille pas. Trois enfants scolarisés. Il n’entre pas dans le champ de l’IFICI — son employeur ne relève d’aucune des catégories d’entités éligibles, voir le chapitre 03 — et le RNH lui est fermé.
Foyer C — 160 000 € brut, et ce qu'il en reste
PORTUGAL - assiette
Salaire brut (categorie A) ....................... 160 000 €
Cotisations sociales salarie, 11 %, sans plafond .. 17 600 €
Deduction art. 25.º : max(4 587 ; 17 600) ........ - 17 600 €
= Revenu imposable ............................... 142 400 €
HYPOTHESE 1 - IMPOSITION SEPAREE (regime par defaut)
86 634 x 34,856 % (colonne B, tranche 8) ......... 30 197 €
55 766 x 48,00 % (colonne A, tranche 9) ......... 26 768 €
= Coleta ......................................... 56 965 €
Surtaxe art. 68.º-A : (142 400 - 80 000) x 2,5 % .. 1 560 €
= IMPOT PORTUGAIS ................................ 58 525 €
HYPOTHESE 2 - IMPOSITION CONJOINTE (art. 69.º)
Revenu imposable / 2 .............................. 71 200 €
46 566 x 26,472 % (colonne B, tranche 7) ....... 12 327 €
24 634 x 44,60 % (colonne A, tranche 8) ....... 10 987 €
23 314 €
x 2 .............................................. 46 627 €
Surtaxe : la moitie du revenu (71 200 €) est sous
le seuil de 80 000 € du n.º 3 ......................... 0 €
= IMPOT PORTUGAIS ................................ 46 627 €
VALEUR DE L'OPTION CONJOINTE .................... - 11 898 €
DEDUCTIONS A LA COLLECTE, AU MAXIMUM
3 dependants x 600 € (art. 78.º-A n.º 1) .......... 1 800 €
Plafond global des autres deductions (art. 78.º
n.os 7 et 8) : sous l'option conjointe, le plafond
s'apprecie apres division par 2 (71 200 €), donc
dans la zone degressive du n.º 7 b), non chiffree
ici ; borne basse retenue par prudence .......... 1 150 €
= IMPOT PORTUGAIS NET, borne haute ............... 43 677 €
CE QUE COUTE CE SALARIE
Cout employeur : 160 000 x 1,2375 ................ 198 000 €
Prelevement total sur le salarie
(IRS net + cotisations) / brut .................... 38,3 %
FRANCE - a revenu imposable egal de 142 400 €
Couple + 3 enfants = 4 parts, quotient non plafonne 15 136 €
Couple sans effet des enfants = 2 parts .......... 28 928 €
=> l'impot francais reel se situe entre ces deux bornes
ECART ANNUEL, PORTUGAL - FRANCE
au plus favorable pour la France ................ + 28 541 €
au moins favorable pour la France ............... + 14 749 €Applications numériques réalisées pour ce guide. Côté portugais : articles 25.º, 68.º, 68.º-A, 69.º, 78.º n.os 7 et 8 et 78.º-A du CIRS ; taux contributif du régime général de l'article 53.º du Código dos Regimes Contributivos (34,75 % au total, dont 11 % à la charge du travailleur et 23,75 % à celle de l'employeur, sans plafond d'assiette pour les salariés du régime général). La déduction forfaitaire de 600 € par personne à charge relève de l'alinéa a) du n.º 1 de l'article 78.º, hors du champ du plafond global du n.º 7, qui vise les alinéas c) à h), k) et m). Côté français : barème des revenus 2025 appliqué au même revenu imposable de 142 400 €, une fois à 4 parts et une fois à 2 parts. La valeur réelle se situe entre ces deux bornes : l'avantage brut du quotient familial ressort ici à 13 792 €, très au-delà du plafonnement par demi-part, dont la valeur 2026 ne figure pas dans notre base vérifiée. Le calcul français est fait à revenu imposable identique parce qu'une comparaison de brut à brut exigerait les paramètres de la paie française — cotisations salariales, CSG déductible — que notre base vérifiée ne porte pas.
Ce foyer est celui pour lequel nous déconseillons le plus souvent le départ, et il faut dire pourquoi précisément.
Premièrement, la perte du quotient familial n’est compensée par rien.En France, ses trois enfants portent le foyer de 2 à 4 parts. Au Portugal, ils lui apportent 1 800 € de crédits forfaitaires et une majoration de 150 € du plafond des autres déductions. L’avantage français que ce foyer abandonne se compte en dizaines de milliers d’euros sur la durée de scolarisation des enfants.
Deuxièmement, les déductions plafonnent très vite.En imposition séparée, avec 142 400 € de revenu imposable, chaque titulaire est au-delà de 80 000 € : santé, éducation, loyers, factures et maison de retraite d’un ascendant sont plafonnés ensemble à 1 150 €. Sous l’option conjointe, le n.º 7 de l’article 78.º fait apprécier le plafond après application du diviseur de l’article 69.º, soit sur 71 200 € : le foyer relève alors de la zone dégressive, que nous ne chiffrons pas, et le plafond majoré reste compris entre 1 150 € et 2 875 €. Dans les deux cas, trois enfants scolarisés dans un établissement international à Lisbonne — plusieurs dizaines de milliers d’euros de frais — n’ouvrent droit à rien au-delà de ce plafond.
Troisièmement, l’option conjointe est décisive et elle est fragile.Elle vaut 11 898 € par an pour ce foyer : 10 338 € d’écart sur le barème et 1 560 € de surtaxe entièrement évitée, puisque la moitié du revenu imposable reste sous 80 000 €. Elle repose sur une case cochée dans une déclaration annuelle, et sur une situation matrimoniale que le fisc portugais peut regarder. Si le conjoint retrouve une activité et que le foyer franchit 160 000 € de revenu imposable, la surtaxe réapparaît.
Quatrièmement, les cotisations sociales portugaises ne connaissent pas de plafond. L’article 53.º du Código dos Regimes Contributivosfixe un taux global de 34,75 % — 11 % salarié, 23,75 % employeur — et aucune limite supérieure d’assiette n’apparaît pour les salariés du régime général. Sur 160 000 €, cela fait 17 600 € de cotisations salariales et 38 000 € de charges patronales. La bonne nouvelle relative, c’est que ces cotisations sont intégralement déductibles de l’assiette de l’IRS dès qu’elles dépassent 4 587 €. La mauvaise, c’est qu’elles pèsent sur la totalité de la rémunération.
Un mot sur ce qui n’est pasdans ce calcul, et qui joue en sens inverse. Si ce dirigeant avait été recruté par une entité éligible à l’IFICI, ses revenus d’activité portugais auraient été taxés à 20 % — c’est le chapitre 03 qui traite cette hypothèse, et les conditions d’éligibilité y sont beaucoup plus étroites que ce qu’on lit ailleurs. La différence, sur ce foyer, dépasse 20 000 € par an. C’est le seul point du dossier qui mérite un audit approfondi de l’employeur avant la signature du contrat de travail, et non après.
La courbe complète : Portugal contre France, à revenu imposable égal
Les trois foyers ci-dessus donnent trois points. Voici la courbe. Le tableau applique les deux barèmes au même revenu imposable, pour une personne seule, sans aucune déduction ni réduction d’impôt de part et d’autre. C’est la seule comparaison rigoureuse possible, puisque les deux pays ne construisent pas leur assiette de la même façon.
| Revenu imposable | IRS portugais (barème + surtaxe) | Taux effectif portugais | IR français (1 part) | Taux effectif français | Rapport Portugal / France |
|---|---|---|---|---|---|
| 15 000 € | 2 503 € | 16,7 % | 374 € | 2,5 % | 6,7 |
| 25 000 € | 4 682 € | 18,7 % | 1 474 € | 5,9 % | 3,2 |
| 35 000 € | 8 005 € | 22,9 % | 3 604 € | 10,3 % | 2,2 |
| 50 000 € | 13 859 € | 27,7 % | 8 104 € | 16,2 % | 1,7 |
| 80 000 € | 27 239 € | 34,0 % | 17 104 € | 21,4 % | 1,6 |
| 145 000 € | 59 838 € | 41,3 % | 43 251 € | 29,8 % | 1,4 |
| 300 000 € | 139 363 € | 46,5 % | 111 524 € | 37,2 % | 1,2 |
La lecture de la dernière colonne est contre-intuitive et il faut s’y arrêter. Plus le revenu est modeste, plus l’écart relatif est violent.À 15 000 € de revenu imposable, le Portugal prélève près de sept fois l’impôt français ; à 300 000 €, un peu plus d’une fois et quart. La raison est mécanique : la France n’impose rien jusqu’à 11 600 € et 11 % seulement jusqu’à 29 579 €, quand le Portugal démarre à 12,5 % dès le premier euro et atteint 31,1 % de taux marginal à 23 089 €.
Ce constat contredit frontalement l’idée reçue selon laquelle le Portugal serait « intéressant pour les petites retraites ». Hors régime de faveur, c’est exactement l’inverse : c’est sur les petites retraites que le passage au droit commun portugais détruit le plus de pouvoir d’achat, en proportion. En valeur absolue, évidemment, l’écart croît avec le revenu — 2 129 € à 15 000 €, 27 839 € à 300 000 €.
Une précision de méthode : ce tableau isole l’impôt sur le revenu. Il ne dit rien du coût de la vie, du niveau des loyers, des prélèvements sociaux français que vous continuerez ou cesserez de subir sur votre patrimoine conservé en France, ni de la fiscalité du patrimoine portugaise — IMI, AIMI, imposto do selo— qui fait l’objet des chapitres dédiés. Un projet d’expatriation ne se décide pas sur une seule ligne d’un tableau.
Ce qui coûte plus cher qu’en France, et ce qui coûte moins
Un guide qui ne dirait que du bien du Portugal serait un guide commercial. Voici l’inventaire, sans symétrie forcée : la liste des postes plus chers est plus longue que l’autre, et c’est la réalité du droit commun portugais en 2026.
| Poste | France | Portugal, droit commun 2026 | Verdict |
|---|---|---|---|
| Barème de l'impôt sur le revenu | 0 % jusqu'à 11 600 €, taux marginal supérieur de 45 % | 12,5 % dès le premier euro, taux marginal supérieur de 48 %, porté à 53 % avec la surtaxe de solidarité | Nettement plus cher au Portugal, à tous les niveaux de revenu |
| Enfants à charge | Quotient familial : +0,5 part par enfant, +1 part à partir du troisième, avantage plafonné | Aucun effet sur le diviseur. Crédits forfaitaires de 600 € par enfant, plus majorations non cumulables | Nettement plus cher au Portugal pour les familles nombreuses à revenus élevés |
| Réductions et crédits d'impôt | Nombreux dispositifs, plafonnement global des niches à 10 000 € | Plafond global de 1 000 € par foyer au-delà de 80 000 € de revenu imposable, majoré de 5 % par dépendant à partir du troisième | Plus cher au Portugal dès que le revenu est élevé |
| Cotisations sociales du salarié | Assiettes plafonnées pour plusieurs cotisations, PASS de 48 060 € en 2026 | 11 % sans plafond d'assiette pour le salarié, 23,75 % pour l'employeur | Plus cher au Portugal sur les hautes rémunérations, mais intégralement déductible de l'assiette de l'IRS |
| Revenus fonciers financés à crédit | Intérêts d'emprunt déductibles au réel (art. 31 du CGI) | Intérêts d'emprunt expressément exclus des charges déductibles (art. 41.º du CIRS) | Beaucoup plus cher au Portugal pour un investisseur qui finance à crédit |
| Prélèvements sociaux sur les revenus du capital | 17,2 % ou 18,6 % selon l'assiette | Aucun prélèvement social portugais comparable à la CSG-CRDS sur les revenus du capital | Moins cher au Portugal — mais ne jamais additionner « 28 % portugais + 17,2 % » : ce serait un contresens |
| Transmission en ligne directe | Droits de mutation à titre gratuit après abattements | Exonération d'imposto do selo pour le conjoint, le partenaire d'união de facto, les ascendants et les descendants sur la verba 1.2 — mais la verba 1.1 à 0,8 % reste due sur une donation d'immeuble, et l'impôt est territorial | Moins cher au Portugal, dans les limites de son champ territorial |
| Crypto-actifs détenus plus de 365 jours | Imposition au prélèvement forfaitaire unique | Hors du champ de l'imposition portugaise au-delà de 365 jours de détention — sous réserve que la perte de la qualité de résident portugais est assimilée à une cession (art. 10.º n.º 25 du CIRS) | Moins cher au Portugal tant que la résidence est maintenue |
| Baux d'habitation de longue durée | Régime réel ou micro-foncier, imposition au barème plus prélèvements sociaux | Taux autonome réduit, jusqu'à 0 % pour les baux très longs — assorti d'une déchéance rétroactive avec intérêts compensatoires si le bail cesse par le fait du bailleur (art. 72.º n.os 20 et 21) | Moins cher au Portugal, avec une clause de déchéance à lire avant de signer |
Madère : le seul levier de barème qui subsiste, et ses angles morts
Il existe une exception au constat de ce chapitre, et elle est géographique. Depuis 2026, la Région autonome de Madère applique le différentiel fiscal maximal de 30 % aux neuftranches du barème d’IRS — auparavant, le différentiel plein n’était consenti que sur les tranches basses — avec des limites de tranches identiques à celles du continent, actualisées de 3,51 %. Chaque taux régional est le taux continental multiplié par 0,70.
| # | Revenu imposable | Madère — taux normal | Madère — taux moyen au plafond | Continent — taux normal |
|---|---|---|---|---|
| 1 | jusqu'à 8 342 € | 8,75 % | 8,750 % | 12,50 % |
| 2 | de 8 342 € à 12 587 € | 10,99 % | 9,505 % | 15,70 % |
| 3 | de 12 587 € à 17 838 € | 14,84 % | 11,076 % | 21,20 % |
| 4 | de 17 838 € à 23 089 € | 16,87 % | 12,394 % | 24,10 % |
| 5 | de 23 089 € à 29 397 € | 21,77 % | 14,406 % | 31,10 % |
| 6 | de 29 397 € à 43 090 € | 24,43 % | 17,591 % | 34,90 % |
| 7 | de 43 090 € à 46 566 € | 30,17 % | 18,530 % | 43,10 % |
| 8 | de 46 566 € à 86 634 € | 31,22 % | 24,399 % | 44,60 % |
| 9 | supérieur à 86 634 € | 33,60 % | — | 48,00 % |
Pour la retraitée de notre foyer A, l’effet est immédiat : sur un revenu imposable de 35 413 €, l’impôt madérien ressort à 5 705 €contre 8 149 € sur le continent, soit 2 444 € d’économie annuelle. Le taux marginal supérieur régional est de 33,60 %, inférieur de plus de quatorze points au continent et inférieur à la tranche marginale française de 45 %. C’est, à ce jour, le principal levier légal restant après la fermeture du RNH, et il est très peu exploité par le conseil francophone.
Trois angles morts de Madère, à instruire avant tout arbitrage
1. La surtaxe de solidarité.Les sources régionales consultées le 29 juillet 2026 — l’Agenda Fiscalde l’administration fiscale madérienne et l’annexe régionale du document de l’Ordem dos Contabilistas Certificados — ne visent que les taxas gerais et les taxas liberatórias. Elles ne mentionnent pasl’article 68.º-A. Nous ne savons donc pas si la surtaxe de solidarité s’applique à Madère au taux continental, à un taux réduit, ou pas du tout. Sur un revenu imposable supérieur à 80 000 €, c’est décisif.
2. Les taux spéciaux de l’article 72.º.Mêmes sources, même silence : rien n’a pu être établi sur le sort madérien des 28 % des plus-values mobilières et des taux applicables aux loyers d’habitation. Ce sont précisément les taux qui intéressent un patrimoine financier et locatif. Nous n’affirmons rien.
3. L’IFICI madérien n’est pas opérationnel.Madère a adapté l’IFICI à son territoire pour les contribuables devenant résidents dans la région à compter du 1erjanvier 2026 et n’ayant pas été résidents en territoire portugais au cours des cinq années antérieures. Mais l’opérationnalisation de cette adaptation est renvoyée à un decreto regulamentar regionalqui, à la date d’arrêté de ce chapitre, n’était pas publié. Aucune promesse d’IFICI à Madère ne doit être faite avant sa parution.
Question précise à poser à nos avocats partenaires spécialisés sur le Portugal, avant tout acte irréversible : « Le Decreto Legislativo Regional n.º 8/2025/M, publié au JORAM, adapte-t-il à la Région autonome de Madère l’article 68.º-A du CIRS (taxa adicional de solidariedade) et les taxas especiais de l’article 72.º ? Si oui, à quels taux ? Et le decreto regulamentar regional opérationnalisant l’IFICI madérien a-t-il été publié ? » Pièces à réunir : la structure complète de vos revenus par catégorie portugaise, la localisation projetée de votre résidence, et le calendrier de vos cessions d’actifs sur les cinq prochaines années.
Le jeune actif : l’IRS Jovem, et pourquoi il ne se cumule avec rien
Il existe un second dispositif de droit commun, largement ignoré des présentations françaises parce qu’il ne concerne pas les retraités : l’IRS Jovemde l’article 12.º-B du CIRS, dans sa rédaction issue de la Lei n.º 45-A/2024 du 31 décembre 2024. C’est une exonération partielle et dégressive sur les revenus des catégories A et B.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Condition d'âge | Jusqu'à 35 ans, et ne pas être considéré comme dépendant |
| Durée | Les 10 premières années de perception de revenus des catégories A ou B — les années sans revenus A ou B ne consomment pas le compteur |
| Année 1 | 100 % d'exonération |
| Années 2 à 4 | 75 % |
| Années 5 à 7 | 50 % |
| Années 8 à 10 | 25 % |
| Plafond annuel de revenu exonéré | 55 × IAS, soit 29 542 € en 2026 |
| Exclusions | Contribuables ayant bénéficié du RNH, de l'IFICI, ayant opté pour l'imposition de l'article 12.º-A, ou dont la situation fiscale n'est pas régularisée |
Trois précisions qui changent la portée du dispositif et qu’on lit rarement. Le n.º 3 de l’article répète deux fois « sem ultrapassar a idade máxima » de 35 ans : la durée de dix ans est un maximum borné par l’âge. Un Français de 30 ans qui s’installe au Portugal en dispose de six, pas de dix. Ensuite, le régime est optionnel et déclaratif : il se demande, chaque année. Enfin, les revenus exonérés sont englobés pour la détermination du taux applicable au reste — c’est, là encore, une exonération avec progressivité.
L’exclusion réciproque avec le RNH et l’IFICI est posée par le texte lui-même. Un jeune cadre de moins de 35 ans qui remplit par ailleurs les conditions de l’IFICI doit donc arbitrer, et l’arbitrage n’est pas théorique : sur des revenus salariaux inférieurs à 29 542 €, l’IRS Jovem à 100 % la première année est plus puissant que les 20 % de l’IFICI ; au-delà, l’arbitrage s’inverse rapidement, d’autant que l’IFICI ouvre aussi l’exonération avec progressivité des revenus étrangers des catégories A, B, E, F et G. C’est un calcul sur dix ans, pas sur un exercice, et il doit intégrer l’évolution attendue de la rémunération.
Chiffrer votre IRS portugais avant de signer quoi que ce soit
Nous établissons, avant votre départ, la liquidation portugaise complète de votre foyer : qualification de chaque revenu par catégorie, déductions spécifiques, arbitrage imposition séparée ou conjointe, options d'englobement, plafonnement des déductions à la collecte, surtaxe de solidarité, et comparaison ligne à ligne avec votre imposition française actuelle. Sur les points de droit portugais qui ne relèvent pas de notre agrément — adaptation régionale du barème madérien, éligibilité d'un employeur à l'IFICI, recevabilité au régime transitoire du RNH — nous vous mettons en relation avec nos avocats partenaires spécialisés sur le Portugal.
Les cas où il ne faut pas partir
Nous ne conseillons à personne de rester par principe, et nous ne conseillons pas le Portugal à tout le monde. Voici les configurations pour lesquelles, sur le seul terrain de l’impôt sur le revenu, le départ est une erreur mesurable.
Les profils pour lesquels l'IRS de droit commun disqualifie le projet
Points de vigilance
- Le retraité aux revenus modestes, entre 15 000 € et 30 000 € de pension : c'est là que l'écart relatif avec la France est le plus violent — jusqu'à un rapport de 6,7 à 15 000 € de revenu imposable — et là que le budget absorbe le moins bien un surcoût
- Le couple à hauts revenus avec trois enfants ou plus : la perte du quotient familial français n'est compensée par aucun mécanisme portugais, et les déductions à la collecte plafonnent à 1 150 € pour l'ensemble du foyer
- L'investisseur qui comptait financer un locatif portugais à crédit : les intérêts d'emprunt ne sont pas déductibles en catégorie F, ce qui détruit l'économie de l'opération à effet de levier
- Le dirigeant ou le cadre supérieur qui s'installe sur le continent sans accès à l'IFICI : 53 % de taux marginal combiné, cotisations sociales sans plafond d'assiette, et déductions plafonnées à 1 000 €
- Celui dont le projet reposait sur un régime de faveur qu'il n'a pas fait vérifier : le RNH est fermé aux arrivants depuis 2025, et l'IFICI n'apporte rien à une pension
Les profils pour lesquels le droit commun portugais reste tenable
Points forts
- Le contribuable dont l'essentiel des revenus relève de la catégorie E ou des plus-values mobilières de la catégorie G, soumises à des taux autonomes de 28 % sans prélèvements sociaux portugais, plutôt que du barème — la plus-value immobilière, elle, reste englobée au barème pour 50 % de son montant
- Le retraité prêt à s'établir à Madère : 5 705 € d'impôt au lieu de 8 149 € sur une pension de 40 000 €, sous les trois réserves régionales exposées plus haut
- Le jeune actif de moins de 35 ans, qui dispose de l'IRS Jovem à 100 % la première année dans la limite de 29 542 €
- L'indépendant relevant du coefficient 0,35 en début d'activité : coefficient réduit de moitié la première année, du quart la deuxième, et cotisations déductibles au-delà de 10 % des recettes brutes
- Le couple à revenus très déséquilibrés : le quociente conjugal et la déduction spécifique par titulaire produisent, ensemble, un effet réel — 1 833 € par an sur notre foyer B
- Celui dont la décision ne repose pas d'abord sur l'impôt sur le revenu : coût de la vie, climat, projet de vie, transmission en ligne directe
Un mot sur une objection que nous entendons souvent : « oui, mais je paierai moins cher sur mes revenus financiers ». C’est vrai sur un point précis et faux en général. Vrai : le Portugal ne prélève aucune contribution sociale sur les revenus du capital comparable à la CSG-CRDS, si bien que les 28 % portugais sont un impôt sur le revenu pur, à comparer aux 12,8 % du prélèvement forfaitaire unique français sansses prélèvements sociaux. Faux en général : le prélèvement forfaitaire unique français global n’est plus de 30 % sur toutes les assiettes. Depuis l’article 12 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026, la CSG sur les revenus du capital est portée à 10,6 %, soit 18,6 % de prélèvements sociaux et 31,4 %au total sur les dividendes, les intérêts et les plus-values mobilières ; le total de 30 % (12,8 + 17,2) ne reste exact que sur les assiettes maintenues à 9,2 % de CSG par le IV du même article, dont l’assurance-vie. Face aux 28 % portugais, l’écart est donc de 3,4 points sur un portefeuille de titres et de 2 points sur un contrat d’assurance-vie — pas de dix-sept. Et surtout, si vos revenus financiers sont modestes rapportés à votre pension, ces quelques points ne compenseront jamais les 4 245 € d’écart annuel du foyer A. N’additionnez jamais « 28 % portugais + 17,2 % » — c’est un contresens qui circule, et il conduit à surestimer massivement l’avantage portugais dans un sens comme dans l’autre.
Une seconde objection, plus légitime : « le coût de la vie compense ». Il peut, et ce n’est pas notre métier de le chiffrer. Mais posez le calcul dans le bon ordre : l’écart d’impôt du foyer A représente 354 € par mois. Sur les marchés immobiliers de Lisbonne, de Cascais et de l’Algarve, où se concentre la clientèle française, cette somme ne couvre pas l’écart de loyer avec une ville moyenne française. L’arbitrage se fait, mais il ne se fait pas tout seul.
Ce que ce chapitre ne tranche pas
Un guide qui ne signale jamais ses limites n’est pas lu comme sincère. Voici ce que nous n’avons pas établi, ce que nous refusons de combler au jugé, et la question exacte à poser.
Cinq points ouverts, et ce qu’il faut demander pour les lever
- La formule du plafond dégressif des déductions à la collecte(article 78.º n.º 7 du CIRS). La page de l’administration fiscale portugaise la sert sous forme d’image, non de texte ; elle n’a pas pu être relue sur une source de premier rang. Nous publions les deux bornes — aucun plafond en dessous de 8 342 €, 1 000 € au-delà de 80 000 € — et rien entre les deux. Question à poser :« Quelle est la formule exacte du n.º 7 dans le texte consolidé au 1er janvier 2026 ? » Pièces à réunir :votre revenu imposable prévisionnel et le détail de vos dépenses de santé, d’éducation et de logement.
- La surtaxe de solidarité et les taux spéciaux à Madère et aux Açores. Les sources régionales consultées ne visent que les taux généraux et les taux libératoires. Question à poser :« Le Decreto Legislativo Regional n.º 8/2025/M pour Madère, et le Decreto Legislativo Regional n.º 27/2025/A pour les Açores, adaptent-ils les articles 68.º-A et 72.º du CIRS ? À quels taux ? »
- Le taux général d’impôt sur les sociétés des Açores et la réduction d’IRS açorienne en 2026.Le taux de 8,75 % qui circule pour les micro, petites et moyennes entreprises açoriennes est celui de l’article 41.º-B n.º 10 de l’EBF — un bénéfice fiscal assorti de ses propres conditions d’éligibilité, non relues — et non le taux de droit commun régional. Ne pas le présenter comme acquis.
- Les paramètres français que nous n’avons pas publiés : plafond de l’abattement de 10 % sur les pensions et les salaires, plafonnement du quotient familial par demi-part, décote, contribution exceptionnelle sur les hauts revenus. Ils sont publics et se rouvrent en cinq minutes sur le barème officiel ; nous ne les avons simplement pas contrôlés sur source primaire pour ce chapitre, et nous préférons le dire que les recopier.
- Le plancher de cotisation des travailleurs indépendants portugais en 2026. Le texte consolidé du Código dos Regimes Contributivosporte 20 € à l’article 163.º n.º 2, mais le n.º 8 prescrit son actualisation sur l’IAS et les sources portugaises secondaires sont contradictoires. Nous ne publions aucun montant. Question à poser :« Quelle est la valeur du plancher de cotisation mensuelle des indépendants pour 2026, telle que publiée par la Segurança Social ? »
Sur chacun de ces points, la règle est la même : nous exposons l’état de la question, nous ne tranchons pas, et nous ne chiffrons pas. Un arbitrage irréversible — un déménagement, une cession, une signature de contrat de travail — ne se prend pas sur une hypothèse.
Dernier point de méthode, et il vaut pour tout ce chapitre. Les chiffres portugais donnés ici sont arrêtés au 29 juillet 2026. Le barème de l’article 68.º est actualisé chaque année par la loi de finances portugaise, votée en décembre pour l’année suivante ; les tables de retenue à la source sont refaites par despacho, et l’année 2025 a connu deux jeux de tables successifs. Toute source francophone qui reproduit un barème portugais sans préciser l’année de la loi de finances dont il est issu, ou des tables de retenue « 2025 » sans préciser le semestre, est à écarter. Sur un dossier réel, ces paramètres se revérifient à la date de la décision.
Et une remarque qui n’est pas une conclusion mais un avertissement de calendrier : ce chapitre décrit l’impôt portugais brut, avant toute application de la convention franco-portugaise et avant tout crédit d’impôt. Il ne dit rien du droit d’imposer — quel État peut taxer quoi — qui relève du chapitre consacré à la convention, ni des prélèvements sociaux français que vous continuerez de subir sur les revenus fonciers et les plus-values immobilières de source française, qui relèvent du chapitre consacré au patrimoine conservé en France. Les trois chiffrages de ce chapitre sont donc des bornes hautes en situation purement portugaise. Ce sont, pour un retraité dont la pension privée française est attribuée au Portugal par l’article 19 de la convention, exactement les montants qu’il paiera — mais ce n’est vrai que parce que la France, dans ce cas précis, ne prélève plus rien.
Un bilan qui commence par la liquidation portugaise, pas par la brochure
Hagnéré Patrimoine — cabinet de conseil en gestion de patrimoine et de fortune, CIF, COA et COBSP, ORIAS 23002291. Nous ne vendons pas un pays. Nous établissons la liquidation portugaise complète de votre foyer sur dix ans, nous la comparons à votre situation française actuelle, et nous vous disons quand le calcul dit non.
08. Dividendes, intérêts et plus-values mobilières
« J’ai un compte-titres de 1,2 million chez mon courtier français, essentiellement des actions européennes et un peu de trésorerie. Si je m’installe à Cascais et que je vends l’année suivante, je paie quoi, et à qui ? » La réponse tient en trois lignes, et aucune des trois n’est celle que le lecteur attend. La France ne prélève rien sur la plus-value. Le Portugal prélève 28 %. Et la question de savoir si votre régime portugais — droit commun, RNH résiduel ou IFICI — change ce résultat n’a pas la même réponse pour les dividendes, pour les intérêts et pour les plus-values, alors que tout le monde les traite ensemble.
Ce chapitre traite les revenus du capital mobilier d’un résident fiscal du Portugal : ce que le Portugal impose et à quel taux, quand l’option pour le barème est un cadeau et quand elle est un piège, comment se calcule une plus-value sur titres, ce qu’il advient d’un portefeuille resté en France, et ce que devient un portefeuille de crypto-actifs — le sujet sur lequel le corpus francophone est le plus périmé, parce que le Portugal a bougé deux fois depuis 2023 et que la seconde fois n’a été comprise nulle part.
Deux précisions de périmètre avant d’entrer dans le détail. L’assurance-vie, française comme luxembourgeoise, relève d’un chapitre à part : sa qualification conventionnelle n’est pas tranchée et elle mérite mieux qu’un paragraphe. Le PEA, les livrets réglementés et le PER ont également leur chapitre. Ici, on parle de titres détenus en direct ou via un compte-titres ordinaire, de parts d’organismes de placement collectif, de créances, et de crypto-actifs. État du droit arrêté au 29 juillet 2026.
Le préalable qui commande tout le chapitre : votre régime portugais
Trois régimes coexistent au Portugal en 2026, et ils ne traitent pas les revenus du capital de la même façon. Le droit commun est le régime de tout arrivant ordinaire. Le régime du résident non habituel est fermé aux nouveaux arrivants, mais des cohortes entières y sont encore, jusqu’aux revenus de 2033 au plus tard. L’IFICI est un régime professionnel étroit, réservé à des activités limitativement énumérées.
Un point doit être posé d’emblée parce qu’il empoisonne tout le dossier : l’IFICI n’exonère pas les pensions. L’exonération des revenus de source étrangère est à l’article 81.º n.º 4 du CIRS, et sa liste vise les catégories A, B, E, F et G. La catégorie H — les pensions — n’y figure pas. L’Ofício Circulado n.º 20276/2025, question 2, l’écrit textuellement : « Regra geral: isenção de IRS, exceto no caso de rendimentos da categoria H ». Une pension française perçue par un bénéficiaire de l’IFICI est imposée au barème progressif portugais, jusqu’à 48 %, plus la taxa adicional de solidariedade de l’article 68.º-A. Ni 0 %, ni les 10 % que le RNH appliquait depuis 2020. Les chapitres 02, 03 et 04 traitent ces trois régimes en détail ; ce chapitre-ci en tire les conséquences sur vos revenus financiers.
Le postulat : résident portugais, revenus mondiaux
Dès lors que vous êtes résident fiscal du Portugal au sens de l’article 16.º du Código do IRS — le chapitre 05 détaille les critères et la résidence partielle en cours d’année —, l’IRS porte sur l’ensemble de vos revenus, d’où qu’ils viennent. Tout le mécanisme d’élimination de la double imposition de l’article 81.º du CIRS n’a de sens que par ce postulat : on n’éliminerait rien si le Portugal n’imposait que ses propres sources.
L’IRS portugais est cédulaire à la base et synthétique à l’arrivée. Chaque revenu est d’abord qualifié dans une catégorie, et c’est la catégorie qui commande les déductions, le taux et le mode d’imposition. Trois catégories nous intéressent ici :
- Catégorie E — les revenus de capitaux : intérêts de dépôts et d’obligations, dividendes, produits d’opérations du ramo vida, et de manière générale tout ce que l’article 5.º du CIRS range là.
- Catégorie G — les mais-valias et autres accroissements patrimoniaux : cessions de parts sociales et de valeurs mobilières, d’instruments dérivés, de warrants et certificats, de créances, de droits de propriété intellectuelle et — c’est l’alinéa k) du n.º 1 de l’article 10.º — de « criptoativos que não constituam valores mobiliários ».
- Catégorie B — quand l’activité financière devient professionnelle. C’est le cas du minage de crypto-actifs et du trading pour compte propre exercé à titre habituel. On y revient plus bas : la frontière est mal balisée et elle change tout.
Il n’y a pas, au Portugal, de prélèvement social sur les revenus du capital comparable à la CSG-CRDS française. C’est un fait, et c’est le seul avantage structurel du système portugais sur le système français en matière financière. Tout le reste, on va le voir, est plus nuancé que ce qu’en disent les comparatifs.
Le « 28 % portugais » n’est pas le PFU français
C’est le premier réflexe du lecteur français : 28 % contre 30 %, deux points de gagnés, l’affaire est entendue. Elle ne l’est pas, et pour trois raisons qui ne jouent pas toutes dans le même sens.
| Point de comparaison | France — PFU | Portugal — taux de 28 % |
|---|---|---|
| Composition du taux | 12,8 % d'impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux = 30 % | 28 % d'impôt sur le revenu, et rien d'autre : il n'existe pas de prélèvement social portugais sur les revenus du capital |
| Unicité du taux | Un taux unique sur dividendes, intérêts et plus-values mobilières | 28 % sur les intérêts, les dividendes et les plus-values sur titres ; 25 % sur les loyers d'habitation, ramenés à 10 % en 2026 pour un loyer mensuel inférieur ou égal à 2 300 € ; 35 % sur certaines sources. Il faut vérifier produit par produit |
| Option pour le barème | Option globale pour le barème, avec abattement de 40 % sur les dividendes ; le barème démarre à 0 % | Option pour l'englobamento, avec inclusion à 50 % des seuls dividendes éligibles à l'article 40.º-A ; le barème démarre à 12,5 % dès le premier euro |
| Enveloppes de report ou de capitalisation | PEA, assurance-vie, PER : trois enveloppes qui neutralisent ou diffèrent l'impôt | Le PPR portugais existe, avec des plafonds de déduction de 300 à 400 € par an. Le Portugal ne reconnaît pas le PEA comme enveloppe fiscale : point traité au chapitre consacré au PEA et aux livrets |
Le troisième point est celui qui surprend le plus. En France, l’option pour le barème est favorable aux foyers peu imposés, parce que le barème commence à 0 % et que la première tranche imposable est à 11 %. Au Portugal, la première tranche de l’article 68.º frappe à 12,5 % dès le premier euro de revenu imposable. Il n’y a pas de tranche à taux zéro. Le mínimo de existência de l’article 70.º, souvent présenté en ligne comme un abattement de 12 880 €, n’en est pas un : c’est un abattement dégressif, réservé aux revenus provenant principalement des catégories A, de certaines activités de catégorie B et de la catégorie H, et il est intégralement supprimé lorsque la somme des revenus bruts du foyer dépasse 2,2 × 14 × IAS par contribuable, soit 16 543,60 € en 2026. Il ne protège aucun revenu de capitaux.
Article 71.º ou article 72.º : deux chemins pour arriver au même taux
Le CIRS distingue les taxas liberatórias de l’article 71.º et les taxas especiais de l’article 72.º. La différence n’est pas cosmétique : elle détermine qui prélève, quand, et ce que vous avez à déclarer.
L’article 71.º organise une retenue à la source à titre définitif, au taux de 28 %, sur les revenus de capitaux obtenus en territoire portugais et payés par des entités résidentes ou des établissements stables, ainsi que sur les revenus de capitaux de source étrangère versés à des résidents par l’intermédiaire d’entités mandatées. Deux autres taux figurent au même article : 25 % pour les revenus du travail, d’entreprise et les pensions perçus par des non-résidents, et 35 % pour les revenus versés sur des comptes ouverts au nom de titulaires non identifiés ou payés à des non-résidents domiciliés dans une juridiction figurant sur la liste ministérielle.
L’article 72.º s’applique quand il n’y a pas eu de retenue : le contribuable déclare, et l’impôt est liquidé au taux autonome de 28 % sur le solde net des plus-values de l’article 10.º et sur les revenus de capitaux de l’article 5.º non retenus à la source.
Traduit dans votre situation réelle : si vous conservez votre compte-titres chez votre courtier français et que vos dividendes sont crédités directement sur ce compte, aucune retenue portugaise n’est opérée. Vous êtes dans le champ de l’article 72.º : vous déclarez et vous payez au moment de la liquidation de l’IRS. Si vous logez le même portefeuille chez un intermédiaire établi au Portugal, ce dernier retient 28 % à la source. Le taux est identique. La trésorerie ne l’est pas — et l’écart de trésorerie sur un portefeuille de plusieurs millions n’est pas anecdotique la première année.
Le point que la doctrine francophone escamote : l’option d’englobement est fermée aux revenus professionnels
Le texte complet de l’article 71.º n.º 9 du CIRS, relu sur le code republié par l’Autoridade Tributária le 28 juillet 2026, se lit : « Os rendimentos a que se refere o n.º 1 podem ser englobados para efeitos da sua tributação, por opção dos respetivos titulares, residentes em território nacional, desde que obtidos fora do âmbito do exercício de atividades empresariais e profissionais ».
La condition finale est presque toujours supprimée dans les traductions qui circulent. Elle ferme l’option à un indépendant ou à un professionnel libéral installé au Portugal dont les placements sont inscrits à l’actif de son activité. Si vous exercez au Portugal sous recibo verde et que votre trésorerie professionnelle produit des intérêts, ces intérêts ne sont pas englobables. On le vérifie avant de construire un arbitrage dessus.
L’option pour l’englobement : quand elle rapporte, quand elle coûte
L’englobamento consiste à renoncer au taux forfaitaire et à faire entrer le revenu dans l’assiette du barème progressif. En cas d’option, la retenue déjà opérée devient un simple acompte. L’option est ouverte aux résidents, elle est annuelle et surtout elle est globale : elle emporte englobement de tous les revenus de la même nature. On ne choisit pas produit par produit.
Pour les dividendes, l’article 40.º-A du CIRS ajoute un mécanisme déterminant : « os lucros devidos por pessoas coletivas sujeitos e não isentos do IRC são, no caso de opção pelo englobamento, considerados em apenas 50 % do seu valor ». La moitié seulement du dividende entre dans l’assiette. Mais ce mécanisme a des conditions, et ce sont elles qui décident.
- n.º 2 : l’entité distributrice doit avoir son siège ou sa direction effective au Portugal, et le bénéficiaire doit y résider.
- n.º 4 : la règle est étendue aux bénéfices distribués par une entité résidente d’un autre État membre de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen, à la condition qu’elle remplisse les exigences de l’article 2 de la directive 2011/96/UE. Le n.º 3, lui, ne comporte aucun élément d’extranéité : il étend la règle aux revenus de l’associação em participação et de l’associação à quota.
- n.º 5 : une preuve authentifiée délivrée par l’autorité fiscale étrangère est exigée. Ce n’est pas une formalité de confort : sans elle, l’inclusion à 50 % n’est pas acquise.
Conséquence directe pour un patrimoine français typique, exposé aux actions internationales : un dividende suisse, britannique ou américain perçu par un résident portugais est englobé à 100 %. L’arbitrage s’inverse complètement. Et comme l’option est globale, un portefeuille mixte — actions européennes distribuant des dividendes éligibles, obligations produisant des intérêts qui ne bénéficient d’aucune inclusion à 50 % — peut perdre à l’option alors même que le calcul sur les seuls dividendes la recommandait.
Un chiffrage complet, sur un cas qui ressemble à votre dossier
Prenons une retraitée célibataire installée au Portugal sous le régime de droit commun, en 2026. Pension française de 40 000 € bruts, imposable au Portugal en catégorie H. Et 20 000 € de dividendes annuels. Trois hypothèses sur ces dividendes, un seul barème.
Trois traitements possibles des mêmes 20 000 € de dividendes — barème IRS 2026, célibataire
SOCLE COMMUN — la pension
Pension brute .......................................... 40 000 €
Déduction spécifique catégorie H (art. 53.º) ........... − 4 587 €
Revenu imposable de la pension ......................... 35 413 €
29 397 € x 20,579 % (colonne B, tranche 5) .............. 6 050 €
6 016 € x 34,90 % (colonne A, tranche 6) .............. 2 100 €
Impot sur la seule pension ............................. 8 150 €
HYPOTHESE 1 — taux autonome de 28 %, pas d'option
Dividendes 20 000 € x 28 % ............................. 5 600 €
IMPOT TOTAL ........................................... 13 750 €
HYPOTHESE 2 — englobement, dividendes eligibles a l'art. 40.º-A
Dividendes retenus a 50 % .............................. 10 000 €
Revenu imposable total ................................. 45 413 €
43 090 € x 25,130 % (colonne B, tranche 6) ............ 10 829 €
2 323 € x 43,10 % (colonne A, tranche 7) .............. 1 001 €
IMPOT TOTAL ........................................... 11 830 €
HYPOTHESE 3 — englobement, dividendes suisses ou americains
Dividendes retenus a 100 % ............................. 20 000 €
Revenu imposable total ................................. 55 413 €
46 566 € x 26,472 % (colonne B, tranche 7) ............ 12 327 €
8 847 € x 44,60 % (colonne A, tranche 8) .............. 3 946 €
IMPOT TOTAL ........................................... 16 273 €Même contribuable, même montant de dividendes, trois résultats séparés de 4 443 €. Ce n'est pas le montant du dividende qui décide, c'est le siège de la société distributrice et la capacité à produire la preuve authentifiée du n.º 5 de l'article 40.º-A. Calcul établi selon la mécanique de l'article 68.º n.º 2 du CIRS, qui scinde le revenu imposable en une part soumise au taux moyen de la colonne (B) et un excédent soumis au taux normal de la colonne (A) de la tranche immédiatement supérieure.
L’écart entre l’hypothèse 2 et l’hypothèse 1 est de 1 920 € en faveur de l’option. L’écart entre l’hypothèse 3 et l’hypothèse 1 est de 2 523 € en faveur du taux forfaitaire. Il n’existe donc pas de réponse générale à la question « faut-il opter pour le barème au Portugal ? » : il existe une réponse par foyer, par année et par composition de portefeuille.
Deux effets de bord s’ajoutent, et ils vont dans le même sens — contre l’option, pour les revenus élevés. D’abord, l’englobement augmente le rendimento coletável et peut faire franchir le seuil de 80 000 € de la taxa adicional de solidariedade de l’article 68.º-A : 2,5 % sur la fraction comprise entre 80 000 € et 250 000 €, 5 % au-delà. Ensuite, il abaisse mécaniquement le plafond des deduções à coleta de l’article 78.º n.º 7, dont la formule est décroissante avec le revenu imposable et tombe à 1 000 € par foyer au-delà de 80 000 €. Le plafonnement joue donc contre l’option pour tout foyer qui déduit effectivement des dépenses de santé, d’éducation ou de loyer. Nous ne le chiffrons pas. Seuls le champ du plafond et son plancher de 1 000 € au-delà de 80 000 € de revenu imposable sont établis ; la formule dégressive du n.º 7 n’est publiée par l’Autoridade Tributária que sous forme d’image et n’a pas pu être relue sur le texte consolidé du Diário da República. L’effet exact sur un dossier se calcule avec votre contabilista certificado, jamais sur un ordre de grandeur.
La règle de méthode que nous appliquons en cabinet
Aucun arbitrage englobement / taux forfaitaire n’est arrêté sans simulation du foyer complet : pension, revenus d’activité portugais, revenus fonciers, plus-values, dividendes ligne par ligne avec le pays de siège de chaque société, et capacité effective à produire la preuve authentifiée de l’article 40.º-A n.º 5. Une règle du type « au-dessous de tel taux marginal, optez » ne survit pas au premier portefeuille réel, parce qu’elle ignore le caractère global de l’option et la structure géographique du portefeuille.
L’englobement obligatoire : le piège des titres détenus moins d’un an
Il existe un cas où l’on ne choisit pas. L’article 72.º n.º 14 du CIRS impose l’englobement du solde des plus-values portant sur des actifs détenus moins de 365 jours lorsque le revenu imposable du contribuable, ce solde inclus, atteint ou dépasse le seuil de la dernière tranche de l’article 68.º — soit 86 634 € en 2026. Le taux autonome de 28 % disparaît, le barème s’applique, et avec lui la tranche marginale à 48 % puis la surtaxe de solidarité.
Ce mécanisme a été introduit pour décourager la spéculation courte. Il frappe en pratique des situations qui n’ont rien de spéculatif : un arbitrage de portefeuille après un changement de gérant, la vente d’une ligne souscrite six mois plus tôt lors d’une augmentation de capital, la liquidation d’un fonds daté. Voici ce qu’il coûte.
Deux dates de cession, sept mille euros d'écart — cadre résident du Portugal, droit commun 2026
DONNEES
Salaire portugais, revenu imposable ................... 60 000 €
Solde net de plus-values sur titres .................. + 40 000 €
CAS A — titres cedes apres 13 mois de detention
Impot sur le salaire :
46 566 € x 26,472 % (colonne B, tranche 7) ......... 12 327 €
13 434 € x 44,60 % (colonne A, tranche 8) .......... 5 992 €
---------
18 319 €
Plus-values au taux autonome : 40 000 € x 28 % ....... 11 200 €
Surtaxe de solidarite : revenu coletavel 60 000 € .......... 0 €
TOTAL ............................................... 29 519 €
CAS B — memes titres cedes apres 4 mois de detention
Englobement OBLIGATOIRE (art. 72.º n.º 14)
Revenu imposable total ............................... 100 000 €
86 634 € x 34,856 % (colonne B, tranche 8) ......... 30 197 €
13 366 € x 48,00 % (colonne A, tranche 9) .......... 6 416 €
---------
36 613 €
Surtaxe art. 68.º-A : 20 000 € x 2,5 % ................... 500 €
TOTAL ............................................... 37 113 €
ECART IMPUTABLE A LA SEULE DATE DE CESSION ............. 7 594 €Le taux effectif supporté par la plus-value passe de 28 % à 47 %. Rien n'a changé dans le dossier sauf le calendrier. C'est, dans ce chapitre, le seul paramètre entièrement sous votre contrôle : la date.
Une précision technique dont dépend le résultat : le seuil de 86 634 € s’apprécie sur le revenu imposable y compris le solde de plus-values. Un contribuable dont le revenu imposable hors plus-values est de 60 000 € n’est pas à l’abri : c’est l’addition qui compte. Il ne joue en revanche pas pour les crypto-actifs : le n.º 14 ne vise que le solde des opérations de l’alínea b) du n.º 1 de l’article 10.º — parts sociales et autres valeurs mobilières —, augmenté des seuls revenus des alíneas b) et c) du n.º 18 de l’article 72.º. Les crypto-actifs relèvent de l’alínea k), qui n’y est pas citée : leur solde reste au taux autonome de 28 %, l’englobement n’y étant qu’une option.
Les plus-values mobilières : assiette, durée de détention, moins-values
L’assiette est le solde entre les plus-values et les moins-values de l’année (article 43.º n.º 1 du CIRS), imposé au taux autonome de 28 % avec option d’englobement. Ce solde est annuel, mais il n’est pas enfermé dans l’année : l’article 55.º n.º 1 alínea d) du CIRS autorise le report du solde négatif sur les cinq années suivantes, à la condition expresse que le contribuable opte pour l’englobement de ces revenus ou y soit obligé.
Le report des moins-values : cinq ans, et seulement si vous optez pour l’englobement
Le report existe, et il est conditionnel. L’article 55.º n.º 1 alínea d) du CIRS, dans sa rédaction issue de la Lei n.º 82/2023, dispose que « o saldo negativo apurado num determinado ano, relativo às operações previstas nas alíneas b), c), e), f), g), h) e k) do n.º 1 do artigo 10.º, pode ser reportado para os cinco anos seguintes quando o sujeito passivo opte ou seja obrigado a englobar esses rendimentos ». Trois conséquences pratiques : le report est de cinq ans, et non de dix comme en France ; il couvre les crypto-actifs, visés à l’alínea k) ; et il est subordonné à l’englobement. Une année où l’on choisit le taux forfaitaire de 28 % parce qu’il est plus favorable est une année où le stock de moins-values ne s’impute pas : l’arbitrage englobement / taux forfaitaire ne se décide donc jamais sur la seule année en cours.
Question à poser à nos avocats partenaires au Portugal, avant toute cession dégageant une moins-value significative : « Quelles sont les modalités déclaratives du report de l’article 55.º n.º 1 d) du CIRS dans la Modelo 3, et que devient un solde négatif reporté au titre d’une année où le contribuable n’exerce pas l’option pour l’englobamento : est-il perdu, ou seulement suspendu jusqu’au terme des cinq ans ? » Pièces à réunir : relevés de portefeuille avec dates et prix d’acquisition ligne par ligne ; historique des cessions des trois dernières années ; déclarations Modelo 3 déjà déposées ; détail des instruments concernés (titres cotés, parts d’organismes de placement collectif, titres non cotés, dérivés).
Deux atténuations d’assiette figurent à l’article 43.º, et elles sont plus étroites que ce que laissent croire les présentations en ligne.
- n.º 3 — les micro et petites entreprises. Le solde des plus-values sur parts de « micro e pequenas empresas não cotadas nos mercados regulamentado ou não regulamentado da bolsa de valores », au sens de l’annexe au Decreto-Lei n.º 372/2007, n’est retenu qu’à 50 % de sa valeur. Le taux effectif tombe donc à 14 %. Pour un dirigeant qui cède sa société d’exploitation, c’est l’article décisif — encore faut-il que la cible réponde à la définition de l’annexe, ce qui se vérifie sur pièces et non sur intuition.
- n.º 5 — les exclusions pour durée de détention. Une fraction de la plus-value est exclue de l’assiette selon la durée : 10 % entre 2 et 5 ans, 20 % entre 5 et 8 ans, 30 % à partir de 8 ans. Le champ, confirmé le 29 juillet 2026 sur le code republié par l’Autoridade Tributária, est restreint aux « valores mobiliários admitidos à negociação » et aux « partes de organismos de investimento coletivo abertos », dans la rédaction issue de la Lei n.º 31/2024, de 28 de junho. Les titres non cotés — parts de holding familiale, de société d’exploitation, de société civile — en sont donc exclus, quelle que soit la durée de détention : ils ne peuvent relever, sous conditions strictes, que de l’abattement distinct de 50 % du n.º 3.
Réserve sur ce second point. Le détail des conditions cumulatives d’accès aux exclusions de 10, 20 et 30 % — quels instruments exactement, quelles obligations déclaratives, quelle articulation avec l’option d’englobement — n’a pas été relu intégralement sur le texte consolidé dans nos travaux. Nous publions les taux et le champ général parce qu’ils sont établis ; nous ne publions pas de tableau détaillé instrument par instrument, et nous ne chiffrons pas de cession sur cette base sans validation préalable. Sur un portefeuille de titres cotés détenus depuis plus de huit ans, l’enjeu est de 8,4 points de taux effectif (28 % appliqués à 70 % de l’assiette, soit 19,6 %) : cela mérite une vérification, pas une approximation.
L’absence de réévaluation à l’entrée : le trou noir du dossier
Voici la question que personne ne pose et qui, sur un portefeuille ancien, pèse plus lourd que tout le reste de ce chapitre : quand vous devenez résident fiscal du Portugal, votre prix de revient est-il réévalué à la valeur du jour ? Autrement dit, la plus-value que vous avez accumulée pendant vingt ans de résidence française entre-t-elle dans l’assiette portugaise le jour où vous vendez ?
Nos travaux n’ont pas établi l’existence d’un mécanisme de réévaluation à l’entrée en résidence portugaise. Nous formulons cette phrase avec précision, parce que l’affirmation inverse — « il n’existe aucun step-up » — serait une négative universelle que nous ne pouvons pas démontrer. Ce que nous pouvons dire est double, et tient dans un fait et un indice. Le fait : aucune disposition instituant une réévaluation générale à l’entrée n’a été identifiée dans les pages du CIRS consultées les 28 et 29 juillet 2026. L’indice : le législateur portugais a institué un fait générateur à la sortie pour les crypto-actifs (article 10.º n.º 25, voir plus bas) sans créer de symétrie à l’entrée, ce qui suggère plutôt une continuité des valeurs d’acquisition qu’une remise à zéro.
Ce que cela signifie concrètement, si l’absence de réévaluation se confirme : un portefeuille acheté 300 000 € en 2006 et valant 1 300 000 € le jour de votre installation à Lisbonne porte une plus-value latente de 1 000 000 € qui entrerait intégralement dans l’assiette portugaise à la revente. Le coût dépend alors de la nature des titres : 196 000 € s’il s’agit de valeurs mobilières admises à la négociation ouvrant droit à l’exclusion de 30 % de l’article 43.º n.º 5 (28 % sur 70 % de l’assiette), 280 000 € pleins s’il s’agit de titres non cotés, que cette exclusion ne vise pas. La France, elle, n’imposera rien — l’article 14 § 3 de la convention lui retire le droit d’imposer, comme on le verra. Le Portugal ne prend donc pas la relève d’un impôt français : il en crée un là où il n’y en avait pas, sur une plus-value française. C’est exactement l’inverse de ce que dit le discours commercial ambiant sur le Portugal.
Question à instruire avant de partir, pas après
À poser à nos avocats partenaires au Portugal : « Le CIRS comporte-t-il une disposition de réévaluation des valeurs d’acquisition de titres et de crypto-actifs à la date de prise de résidence fiscale portugaise ? À défaut, quelle valeur d’acquisition l’Autoridade Tributária retient-elle pour un titre acquis pendant une période de résidence étrangère : le prix historique, ou une valeur d’entrée ? Existe-t-il une informação vinculativa sur ce point ? »
Pièces à réunir : état du portefeuille à la veille du transfert de résidence, valorisé et daté, établi par le teneur de compte ; historique complet des acquisitions avec prix de revient ; le cas échéant, la déclaration d’exit tax déposée en France et l’état des plus-values latentes qu’elle porte, qui constitue une valorisation contemporaine opposable.
Ce que la France prélève encore — et ce qu’elle ne prélève plus
Un résident du Portugal n’est imposable en France que sur ses revenus de source française, et la convention du 14 janvier 1971 répartit ces droits. Le tableau ci-dessous donne le résultat net par flux. Il contient une ligne que la plupart des cédants d’entreprise ignorent, et qui vaut plusieurs centaines de milliers d’euros.
| Flux de source française | Droit interne français | Convention | Résultat en France |
|---|---|---|---|
| Dividendes de sociétés françaises versés à une personne physique | Retenue à la source de 12,8 % (art. 119 bis 2 et art. 187 1-2° du CGI) ; 75 % en cas de versement dans un État ou territoire non coopératif | Article 11 § 2 : plafond de 15 % | 12,8 %. Le droit interne est déjà sous le plafond conventionnel : aucune démarche de réduction n'a d'objet, et aucune restitution ne peut être demandée au titre de la convention |
| Intérêts de source française | Pas de retenue pour un bénéficiaire situé dans un État coopératif ; prélèvement de 75 % en cas de versement dans un ETNC (art. 125 A III et III bis du CGI) | Article 12 § 2 : plafond de 12 %, ramené à 10 % pour les obligations émises en France après le 1er janvier 1965 | 0 %. Le plafond conventionnel ne trouve donc pas à s'appliquer en pratique |
| Plus-values de cession de titres, hors prépondérance immobilière | Art. 244 bis C : l'article 150-0 A ne s'applique pas aux non-résidents. Art. 244 bis B : prélèvement en cas de participation supérieure à 25 % des bénéfices sociaux à un moment des cinq années précédentes | Article 14 § 3 : imposition exclusive dans l'État de résidence | 0 % en France, y compris pour une participation substantielle |
| Plus-values sur titres à prépondérance immobilière française | Art. 244 bis A | Article 14 § 1, 3e phrase, issue de la convention multilatérale BEPS : test des 50 % à tout moment au cours des 365 jours précédant l'aliénation | 19 % plus prélèvements sociaux : le chapitre consacré à l'immobilier français y revient |
| Redevances | Art. 182 B | Article 13 § 2 : plafond de 5 % du montant brut | 5 % après application de la procédure conventionnelle (formulaire 5000-SD et son annexe 5003-SD) |
La ligne des plus-values mobilières mérite qu’on s’y arrête. L’article 244 bis B du CGI, que tout cédant d’entreprise redoute, est inopérant face à cette convention. L’article 14 § 3 attribue les gains de cession de titres à l’État de résidence, et le texte de 1971 ne comporte pas la clause de participation substantielle que la France insère dans ses conventions récentes — celle qui lui conserve le droit d’imposer pendant cinq ou dix ans après le départ. Ce silence est la raison technique de l’attractivité du Portugal pour un cédant. Il explique aussi pourquoi l’exit tax est le seul levier français restant sur ce type d’opération, et pourquoi elle occupe dans ce dossier une place hors de proportion avec son importance dans d’autres destinations.
Exit tax : les deux assiettes qu’on ne mélange jamais
Le chapitre consacré au départ de France traite l’article 167 bis du CGI en entier. Deux chiffres doivent néanmoins figurer ici, parce que ce sont eux que l’on retrouve mal calculés dans les notes qui circulent.
- L’imposition des plus-values latentes ressort en 2026 à 31,4 % : 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, les plus-values mobilières ne figurant pas dans la liste dérogatoire du IV de l’article L. 136-8 du code de la sécurité sociale. Sur 5 M€ de plus-value latente : 1 570 000 €.
- La garantie exigée en cas de sursis sur option vaut 12,8 % du montant brut, sans abattement et sans prélèvements sociaux (V de l’article 167 bis). Sur les mêmes 5 M€ : 640 000 €.
Ce ne sont pas deux façons de dire la même chose. On n’applique jamais l’un des deux taux à l’assiette de l’autre. Et pour un départ vers le Portugal, la question de la garantie ne se pose pas : le sursis est de plein droit en cas de transfert dans un État membre de l’Union européenne, sans garantie ni représentant fiscal.
Le dégrèvement intervient à l’expiration d’un délai de deux ans, porté à cinq ans lorsque la valeur globale des titres excède 2 570 000 € à la date du transfert. Les quinze ans sont abrogés pour les départs postérieurs au 1erjanvier 2019 — l’amendement qui voulait les rétablir a été adopté en séance le 3 novembre 2025 puis est tombé le 21 novembre avec le rejet de la première partie du budget, avant toute navette. Ils régissent en revanche encore les départs de 2014 à 2018 : si vous êtes parti dans cette fenêtre, le délai qui vous concerne est bien de quinze ans.
Les prélèvements sociaux français : hors champ, et il faut le dire clairement
Pour un non-résident, les prélèvements sociaux français ne frappent que deux assiettes : les revenus fonciers et les plus-values immobilières de source française. Les dividendes, les intérêts, les plus-values mobilières, les produits du PEA et ceux d’un contrat d’assurance-vie français sont hors champ. Un résident du Portugal ne supporte donc aucune CSG ni CRDS sur les revenus traités dans ce chapitre.
Corollaire à ne pas manquer : le fameux taux réduit de 7,5 % dit « de Ruyter » n’a aucun objet ici, puisqu’il n’y a rien à réduire. Il concerne les revenus fonciers et les plus-values immobilières, et il suppose deux conditions cumulatives : relever d’une législation de sécurité sociale d’un État de l’Union, de l’Espace économique européen ou de la Suisse, et ne pas être à la charge d’un régime obligatoire français d’assurance maladie. Un retraité couvert par un formulaire S1 remplit la première et pas la seconde : il reste à 17,2 %. Le fait que le Portugal soit dans l’Union ne prouve rien à lui seul. Le chapitre consacré au patrimoine immobilier français traite ce point en détail, ainsi que la controverse ouverte depuis la LFSS 2026 sur le taux applicable aux plus-values immobilières des non-résidents, où la lettre des textes conduit à 18,6 % quand la pratique retient encore 17,2 %.
Un dernier mot sur le vocabulaire, parce qu’il produit des contresens en série. Le chiffre « 7,5 % » recouvre au moins trois notions distinctes dans ce dossier : le taux de Ruyter que l’on vient de décrire, le prélèvement de solidarité de l’article 235 ter du CGI, et le prélèvement forfaitaire de l’article 125-0 A applicable aux produits d’un contrat d’assurance-vie de plus de huit ans. Trois régimes, trois assiettes, un seul nombre. On précise toujours lequel.
L’élimination de la double imposition : ce que la convention fait, et ce qu’elle ne fait pas
Côté portugais, la convention ne connaît qu’une méthode : l’imputation ordinaire de l’article 24 § 2. Le Portugal accorde sur son propre impôt une déduction égale à l’impôt français, plafonnée au moins élevé de deux montants : la fraction de l’impôt français correspondant à la fraction du revenu imposée au Portugal, et la fraction de l’impôt portugais correspondant aux revenus imposés en France. Il n’y a pas, côté portugais, de méthode d’exemption conventionnelle : quand la convention donne un droit exclusif à la France, le Portugal n’a tout simplement pas de compétence, et l’article 24 § 2 ne trouve pas à jouer.
Un dividende français de 10 000 € encaissé par un résident du Portugal — droit commun 2026
Dividende brut ......................................... 10 000 €
Retenue a la source francaise, 12,8 % (art. 119 bis 2) .. 1 280 €
Net encaisse ............................................ 8 720 €
Portugal, taux autonome de 28 % sur le brut ............. 2 800 €
Credit d'impot conventionnel (art. 24 § 2),
limite au moins eleve de :
- impot francais correspondant .............. 1 280 €
- fraction de l'impot portugais ............. 2 800 €
soit ................................................ − 1 280 €
IRS portugais effectivement du .......................... 1 520 €
CHARGE TOTALE (France + Portugal) ....................... 2 800 €
soit un taux effectif de ................................... 28 %
Pour memoire, meme dividende percu par un resident de France :
PFU 30 % (12,8 % IR + 17,2 % PS) ...................... 3 000 €L'écart réel entre les deux résidences est de deux points, soit 200 € sur 10 000 €. La convention n'a rien fait gagner : elle a évité que 10 000 € ne supportent 12,8 % en France puis 28 % au Portugal, soit 4 080 €. C'est sa fonction, et c'est la seule.
Deux remarques sur ce calcul. La première : le crédit est plafonné à l’impôt portugais afférent au revenu concerné. Si votre régime portugais exonère le dividende — cas du RNH résiduel ou de l’IFICI, voir plus bas —, il n’y a pas d’impôt portugais à réduire, donc pas de crédit, et la retenue française de 12,8 % devient une charge définitive. L’exonération portugaise n’efface jamais la retenue de l’État de la source.
La seconde : l’article 81.º n.º 10 du CIRS écarte le crédit unilatéral de droit interne des n.os 1 et 8 pour les titulaires de revenus étrangers auxquels la convention applique la méthode du crédit d’impôt dans l’État de la source. Nous signalons cette disposition parce qu’elle existe et qu’elle peut affecter la mécanique déclarative ; nous ne construisons pas de raisonnement dessus, sa portée exacte n’ayant pas été établie dans nos travaux. Votre contabilista certificado portugais est le bon interlocuteur pour la ligne à servir.
Symétriquement, côté français, l’article 24 § 1 combine deux méthodes selon la catégorie. L’exonération avec taux effectif est la règle de principe. Le crédit d’impôt est réservé à cinq catégories limitativement énumérées, dont les dividendes (impôt portugais effectivement payé, plafond de 15 %) et les intérêts (10 % du brut pour les obligations et titres d’emprunts négociables, 12 % pour les autres emprunts). Ces règles vous concernent si vous conservez, ou reprenez, la résidence française tout en percevant des revenus portugais ; le chapitre consacré au retour les traite.
Sous le RNH résiduel : la surprise des plus-values mobilières
Le régime du résident non habituel est fermé aux nouveaux arrivants — le chapitre 02 expose la chronologie de la fermeture et le chapitre 04 le régime transitoire de l’article 236.º de la Lei n.º 82/2023, y compris les inscriptions que l’administration portugaise admet encore en 2026. Ceux qui y sont encore le restent jusqu’au terme de leurs dix ans, et la dernière année possible du dispositif est 2033. Deux cohortes s’éteignent dans l’immédiat : qui est entré en 2017 en est à sa dernière année en 2026, qui est entré en 2018 le sera en 2027.
Pour les revenus qui nous occupent, la mécanique du RNH reposait sur les n.os 4 à 8 de l’article 81.º du CIRS dans leur rédaction antérieure, maintenus en vigueur pour les bénéficiaires du transitoire par l’article 236.º n.º 3 de la Lei n.º 82/2023. L’ancien n.º 5 visait les catégories B, E, F et G et subordonnait l’exonération à une condition d’imposabilité — non d’imposition effective — dans l’État de la source selon la convention applicable. Une précision qui change le résultat de tout foyer mixte : l’ancien n.º 7 du même article rendait ces revenus exonérés obligatoirement englobés pour la détermination du taux applicable aux autres revenus. L’exonération du RNH est donc, elle aussi, une exonération avec progressivité : des dividendes ou des intérêts français exonérés relèvent le taux moyen frappant un loyer portugais, un salaire portugais hors activités à valeur ajoutée élevée, ou une pension imposée à 10 %. Précision utile pour éviter une confusion fréquente : l’exonération des pensions ne relevait pas de ce n.º 5 mais du n.º 6, abrogé dès 2020 par l’article 334.º de la Lei n.º 2/2020.
Appliquons cette condition d’imposabilité, flux par flux, à un patrimoine français.
| Revenu de source française | Article de la convention | La France peut-elle imposer ? | Conséquence sur l'exonération RNH (catégories E et G) |
|---|---|---|---|
| Dividendes de sociétés françaises | Article 11 § 2 : imposition partagée, plafond de 15 % | Oui | La condition d'imposabilité est remplie : l'exonération portugaise joue |
| Intérêts de source française | Article 12 § 2 : imposition partagée, plafond de 12 % ou 10 % | Oui, en droit, même si le droit interne français ne prélève rien | La condition porte sur la possibilité, pas sur le prélèvement effectif : l'exonération portugaise joue |
| Plus-values de cession de valeurs mobilières | Article 14 § 3 : imposition exclusive dans l'État de résidence | Non | La condition d'imposabilité n'est PAS remplie : notre lecture conduit à l'imposition au Portugal, au taux autonome de 28 % |
| Plus-values sur titres à prépondérance immobilière française | Article 14 § 1, 3e phrase (clause des 365 jours issue de la convention multilatérale BEPS) | Oui | La condition est remplie : l'exonération portugaise joue, la France impose |
La troisième ligne mérite d’être écrite en toutes lettres, parce qu’elle contredit frontalement ce que le client croit avoir acheté en s’inscrivant au RNH. Un bénéficiaire du RNH qui cède un portefeuille de titres français n’est pas exonéré au Portugal. Non pas parce que le Portugal serait sévère, mais parce que la convention lui a donné un droit exclusif : le gain ne « peut » pas être imposé en France, la condition de l’ancien n.º 5 n’est donc pas satisfaite, et l’exonération tombe. Sur une plus-value de 500 000 €, cela fait 140 000 € que le client n’avait pas budgétés.
Statut de cette lecture : raisonnée, cohérente, et non confirmée par une prise de position publiée
Nous devons être précis sur le statut de ce que nous venons d’écrire. Le raisonnement s’appuie sur deux éléments établis : le critère d’imposabilité conventionnelle pour les catégories E, F et G sous l’ancien article 81.º n.º 5, et le texte de l’article 14 § 3 de la convention, qui réserve les gains de cession de titres au seul État de résidence. La combinaison des deux conduit au résultat exposé. Elle est d’ailleurs la même que celle qui, sur d’autres flux, refermait la boucle au profit du Portugal.
Mais aucune prise de position publiée de l’administration portugaise ou française, ni décision juridictionnelle, n’a été retrouvée sur ce point précis à la date du 29 juillet 2026. Nous ne le présentons donc pas comme une règle acquise. Nous le traitons comme un risque à cartographier dossier par dossier — et, sur une cession significative, comme un point à faire trancher avant l’acte, pas après.
Question à poser à nos avocats partenaires au Portugal : « Une plus-value de cession de valeurs mobilières françaises réalisée par un bénéficiaire du régime transitoire du résident non habituel remplit-elle la condition d’imposabilité de l’ancien article 81.º n.º 5 du CIRS, alors que l’article 14 § 3 de la convention franco-portugaise attribue au Portugal un droit exclusif ? Une informação vinculativa est-elle opportune avant la cession ? » Pièces à réunir : attestation d’inscription au RNH et année de prise de résidence ; anexos L des Modelo 3 déjà déposées ; inventaire du portefeuille avec dates et prix d’acquisition ; nature exacte des titres cédés et prépondérance immobilière éventuelle de la société émettrice.
Une conséquence pratique s’impose, et elle vaut pour toutes les cohortes proches de leur terme. Si votre RNH s’éteint fin 2026 ou fin 2027, toutes les décisions dont le calendrier est maîtrisable — arbitrage de portefeuille, cession de titres, distribution de dividendes par une société que vous contrôlez, rachat sur un contrat — doivent être instruites maintenant, en tenant compte du fait que l’exonération ne couvre pas tout ce que le client croit. Ces dossiers sont ceux où il reste réellement quelque chose à faire.
Deux points de rappel enfin, pour ceux qui hésitent encore entre RNH transitoire et IFICI. Les deux régimes sont mutuellement exclusifs et définitivement : l’article 58.º-A n.º 10 a) de l’EBF exclut de l’IFICI quiconque « beneficie ou tenha beneficiado » du RNH, et le n.º 12 réserve l’IFICI à un usage unique. Aucun basculement n’est possible en fin de période de dix ans. Et l’exonération du RNH était une option annuelle, pas un régime de plein droit auquel on renoncerait : elle se demande, elle se documente, elle se déclare.
Sous l’IFICI : une exonération qui augmente l’impôt sur le reste
L’IFICI exonère les revenus de source étrangère des catégories A, B, E, F et G. Pour un portefeuille financier, cela signifie : dividendes étrangers exonérés, intérêts étrangers exonérés, plus-values mobilières étrangères exonérées. C’est vrai, et c’est important. Mais le texte de l’article 81.º n.º 4 ne s’arrête pas là, et la moitié qu’on supprime dans les citations en ligne est celle qui coûte de l’argent.
Article 81.º n.º 4 du CIRS, texte intégral en vigueur
« 4 — Aos sujeitos passivos que beneficiem do regime previsto no artigo
58.º-A do Estatuto dos Beneficios Fiscais, e obtenham, no estrangeiro,
rendimentos das categorias A, B, E, F e G, aplica-se o metodo da isencao,
sendo OBRIGATORIAMENTE ENGLOBADOS para efeitos de determinacao da taxa
a aplicar aos restantes rendimentos. »
(Redacao da Lei n.º 82/2023, de 29 de dezembro.)Ce n'est pas une exemption simple : c'est une exemption avec progressivité. Les revenus étrangers exonérés sont obligatoirement englobés pour déterminer le taux applicable aux autres revenus du foyer. Et la liste s'arrête à la catégorie G : les pensions, catégorie H, n'y figurent pas.
L’effet est mécanique et il se chiffre. Prenons un bénéficiaire de l’IFICI qui perçoit une pension française de 30 000 € — catégorie H, donc non exonérée — et 60 000 € de dividendes et intérêts étrangers, exonérés au titre du n.º 4.
Ce que coûtent 60 000 € de revenus « exonérés » — bénéficiaire de l'IFICI, 2026
Pension francaise brute ................................ 30 000 €
Deduction specifique categorie H ...................... − 4 587 €
Revenu imposable de la pension ......................... 25 413 €
SANS PROGRESSIVITE (calcul faux, mais c'est celui que tout le monde fait)
23 089 € x 17,705 % (colonne B, tranche 4) ............. 4 088 €
2 324 € x 31,10 % (colonne A, tranche 5) ............... 723 €
Impot ................................................. 4 811 €
AVEC L'ENGLOBEMENT OBLIGATOIRE DU N.º 4 (calcul reel)
Assiette de determination du taux : 25 413 + 60 000 ... 85 413 €
46 566 € x 26,472 % (colonne B, tranche 7) .......... 12 327 €
38 847 € x 44,60 % (colonne A, tranche 8) ........... 17 326 €
Impot theorique sur l'assiette totale ................. 29 653 €
Taux moyen : 29 653 / 85 413 ........................... 34,72 %
Applique au seul revenu imposable de la pension :
25 413 € x 34,72 % .................................... 8 823 €
SURCOUT IMPUTABLE AUX REVENUS « EXONERES » .............. 4 012 €Les 60 000 € de revenus étrangers ne supportent effectivement aucun impôt portugais. Mais ils font passer le taux appliqué à la pension de 18,9 % à 34,7 %. Chiffrage établi selon la mécanique standard de l'exemption avec progressivité et selon l'article 68.º n.º 2 du CIRS ; les modalités exactes de détermination du taux par l'Autoridade Tributária doivent être validées avec votre contabilista certificado avant tout arbitrage.
Trois précisions ferment ce point. La première est structurelle : un retraité n’entre pas dans l’IFICI. Le n.º 3 de l’article 58.º-A de l’EBF subordonne le maintien du régime à la perception, chaque année, de revenus tirés d’une des activités éligibles du n.º 1 — activités toutes rattachées à des entités portugaises. Un bénéficiaire de l’IFICI a nécessairement des revenus d’activité imposés au Portugal, au taux spécial de 20 % de l’article 58.º-A n.º 2. L’hypothèse d’un bénéficiaire de l’IFICI dont tous les revenus seraient exonérés est juridiquement impossible.
La deuxième concerne le champ de la progressivité. Le taux relevé par l’englobement s’applique aux « restantes rendimentos », c’est-à-dire aux revenus soumis au barème : une pension, des revenus de catégorie E, F ou G de source portugaise, des revenus d’activité hors périmètre éligible. Il ne remonte pas le taux spécial de 20 % qui frappe les revenus d’activité éligibles, lequel est un taux autonome. Un bénéficiaire de l’IFICI sans aucun revenu soumis au barème ne subit pas d’effet de progressivité.
La troisième est une clause anti-abus qu’il ne faut pas manquer. L’article 81.º n.º 5 dans sa rédaction en vigueur écarte l’exonération pour les revenus payés par des entités non résidentes sans établissement stable au Portugal et domiciliées dans un pays, territoire ou région soumis à un régime fiscal clairement plus favorable, au sens de la liste approuvée par la Portaria n.º 150/2004, de 13 de fevereiro. Le taux devient alors 35 %. L’exemple que donne l’Autoridade Tributária elle-même, à la question 7 de son Ofício Circulado : un salarié de startup sous IFICI détenant des actions d’une société de Dubaï est imposé à 20 % sur son salaire et à 35 % sur les dividendes émiratis.
Cette même logique de 35 % existe en droit commun, sous une autre base légale : le n.º 18 de l’article 72.º frappe à 35 % les revenus de capitaux versés par des entités non résidentes domiciliées en juridiction à fiscalité privilégiée, les gains sur titres émis par de telles entités et les gains issus de structures fiduciaires qui y sont localisées. Si votre portefeuille comporte des lignes logées dans des juridictions figurant sur la Portaria n.º 150/2004, le taux applicable n’est pas 28 %. On vérifie la liste avant, pas après.
Les crypto-actifs : ce que le Portugal a changé, et que presque personne n’a suivi
C’est le sujet sur lequel le corpus francophone est le plus périmé. Deux générations d’articles cohabitent en ligne : ceux d’avant 2023, qui expliquent que le Portugal n’impose pas les crypto-actifs — c’était vrai, ce ne l’est plus depuis la loi de finances 2023 —, et ceux d’après, qui retiennent la seule règle des 365 jours et s’arrêtent là. Ni les uns ni les autres ne mentionnent ce que le Decreto-Lei n.º 97/2026 a fait à l’article 10.º du CIRS.
Le régime de base
- Fait générateur : l’aliénation onéreuse de crypto-actifs ne constituant pas des valeurs mobilières, article 10.º n.º 1 alínea k). La restriction compte : un jeton qui répond à la qualification de valeur mobilière suit le régime des valeurs mobilières, pas celui-ci.
- Taux : 28 % au titre de l’article 72.º pour une détention inférieure à 365 jours, sauf option pour l’englobement. L’englobement obligatoire de l’article 72.º n.º 14 ne s’applique pas ici : ce paragraphe ne vise que les opérations de l’alínea b) du n.º 1 de l’article 10.º, et les crypto-actifs relèvent de l’alínea k). Un gain crypto de court terme ne bascule donc pas au barème du seul fait du niveau de revenu.
- Détention longue : le n.º 22 de l’article 10.º exclut d’imposition « os ganhos obtidos, bem como as perdas incorridas » sur les crypto-actifs détenus 365 jours ou plus. La symétrie mérite d’être notée : les pertes sur ces mêmes actifs sont, elles aussi, hors champ.
- Méthode d’imputation : l’article 43.º pose la règle du premier entré, premier sorti — « tratando-se de criptoativos, os alienados são os adquiridos há mais tempo ». Vous ne choisissez pas quels jetons vous cédez : ce sont les plus anciens, donc en principe ceux qui franchissent le seuil des 365 jours.
- Échange crypto contre crypto : le n.º 23 dispose qu’il « não há lugar a tributação » lorsque la contrepartie prend la forme de crypto-actifs, la valeur d’acquisition des actifs remis étant reportée sur les actifs reçus. Il n’y a donc fait générateur qu’à la sortie vers de la monnaie fiduciaire. Ce report de prix de revient est à documenter opération par opération, faute de quoi vous ne saurez pas reconstituer votre base.
- Activité professionnelle : le minage relève de la catégorie B avec un coefficient de 0,95 au régime simplifié — autrement dit, 95 % du chiffre d’affaires est imposable. Le trading pour compte propre exercé à titre habituel relève également de la catégorie B, avec un coefficient de 0,15. La frontière entre gestion privée et activité habituelle n’est pas définie par un seuil chiffré dans nos sources : c’est une qualification de fait, et elle se prépare.
L’exit tax crypto portugaise : quitter le Portugal vaut cession
Voici la disposition que les comparatifs en ligne ignorent, et qui inverse la lecture de tout le reste. L’article 10.º n.º 25 du CIRS : « Para efeitos do disposto na alínea k) do n.º 1, a perda da qualidade de residente em território português é equiparada a uma alienação onerosa ». La perte de la qualité de résident portugais est assimilée à une cession à titre onéreux.
Le Portugal a donc institué une exit tax crypto de droit interne. Ce que l’on vend comme un avantage — 0 % après un an de détention — est en réalité conditionné au maintien de la résidence portugaise au moment de la cession réelle. Quitter le Portugal avec un portefeuille de crypto-actifs n’est pas une opération neutre. C’est le point de contact le plus dangereux entre ce chapitre et celui consacré au retour en France, et il est absent des deux corpus, français et portugais, qui circulent sur le sujet.
Une précision de méthode s’impose sur la numérotation, car elle explique pourquoi la disposition passe inaperçue. Le Decreto-Lei n.º 97/2026, de 20 de maio, a inséré trois numéros dans l’article 10.º et décalé de +3 les paragraphes relatifs aux crypto-actifs. Tout ce qui a été écrit avant mai 2026 renvoie donc aux mauvais numéros.
| Contenu de la disposition | Numéro avant le DL n.º 97/2026 | Numéro en vigueur |
|---|---|---|
| Exclusion des gains sur crypto-actifs détenus 365 jours ou plus | n.º 19 | n.º 22 |
| Échange crypto contre crypto : pas d'imposition, report du prix de revient | n.º 20 | n.º 23 |
| Carve-out pour les juridictions non coopératives | n.º 21 | n.º 24 |
| Perte de la qualité de résident assimilée à une aliénation onéreuse | n.º 22 | n.º 25 |
Cette renumérotation a produit un défaut textuel qu’il faut signaler plutôt que d’ignorer : le n.º 24 en vigueur dispose toujours « O disposto nos n.os 19 e 20 não se aplica… », alors que les paragraphes visés portent désormais les numéros 22 et 23. Le renvoi interne n’a pas été mis à jour dans la version servie par l’administration. La conséquence est pratique : le champ exact du carve-out « juridictions non coopératives » ne peut pas être établi sur cette source. Si votre portefeuille est logé sur des plateformes établies hors de l’Union européenne, de l’Espace économique européen ou d’un État lié au Portugal par une convention ou un accord d’échange de renseignements, ce point doit être instruit sur le texte consolidé du Diário da República.
Le point non tranché : la cession réputée bénéficie-t-elle de l’exclusion des 365 jours ?
L’enjeu est simple à énoncer et lourd à chiffrer : 28 % sur l’intégralité de la plus-value latente du portefeuille, ou 0 %. Sur un portefeuille de 500 000 € comportant 300 000 € de plus-value latente, l’écart théorique est de 84 000 €, exigible au seul motif du départ.
La lecture littérale plaide pour l’application de l’exclusion : le n.º 25 assimile la perte de résidence à une alienação onerosa « para efeitos do disposto na alínea k) do n.º 1 », et le n.º 22 exclut d’imposition les gains résultant « das operações previstas na alínea k) do n.º 1 » sur des crypto-actifs détenus 365 jours ou plus. La cession réputée relevant de l’alinéa k), l’exclusion devrait lui bénéficier.
Ce n’est pas une conclusion. L’articulation n’a pas pu être confirmée sur le texte consolidé du Diário da República, et le renvoi interne périmé du n.º 24 aggrave l’incertitude sur la cohérence d’ensemble du bloc. Tant que ce point n’est pas tranché, nous ne chiffrons aucun coût de sortie, dans un sens ni dans l’autre. Le montant de 84 000 € ci-dessus est l’ordre de grandeur de l’enjeu, pas une prévision.
Question à poser à nos avocats partenaires au Portugal : « La cession réputée résultant de la perte de la qualité de résident, article 10.º n.º 25 du CIRS, bénéficie-t-elle de l’exclusion d’imposition du n.º 22 pour les crypto-actifs détenus depuis plus de 365 jours ? Quelle est la date d’appréciation de la durée de détention et du fait générateur ? Quelle valeur de cession retenir ? Une informação vinculativa est-elle opportune avant le transfert ? » Pièces à réunir : inventaire daté du portefeuille avec dates et prix d’acquisition ; historique complet des échanges crypto contre crypto, avec le report de prix de revient du n.º 23 ; justificatifs des plateformes et de leur juridiction d’établissement ; date envisagée de transfert de résidence.
Ce que nous pouvons dire sans réserve, en revanche : sur un portefeuille de crypto-actifs, le calendrier est le seul levier réellement à votre main. La date d’acquisition détermine le franchissement des 365 jours, la règle du premier entré premier sorti détermine quels jetons sont réputés cédés, et la date de perte de la résidence portugaise déclenche un fait générateur. Trois dates. Elles se posent sur un calendrier, ensemble, avant d’acheter un billet.
Madère : un levier réel, et une promesse qu’il ne faut pas vous faire
Le Portugal n’a pas un seul barème. Madère applique, depuis l’exercice 2026 et sur les neuf tranches, un abattement de 30 % sur chacun des taux de l’article 68.º : sa tranche marginale est à 33,60 % contre 48,00 % au continent, les limites de tranches étant identiques. Ses taxas liberatórias sont réduites dans la même proportion : 19,6 % au lieu de 28 %. Base : Decreto Legislativo Regional n.º 8/2025/M.
Pour un patrimoine financier, l’écart est considérable — sur le papier. Deux réserves l’encadrent, et elles portent précisément sur ce qui vous intéresse.
- Les sources régionales consultées le 29 juillet 2026 ne traitent que les taxas gerais et les taxas liberatórias. Elles ne disent rien de la surtaxe de solidarité de l’article 68.º-A ni des taux spéciaux de l’article 72.º — c’est-à-dire ni de la surtaxe qui frappe les hauts revenus, ni du taux applicable aux plus-values mobilières. Or c’est l’article 72.º qui porte le 28 % des plus-values. Nous ne pouvons donc pas vous affirmer qu’une plus-value mobilière est taxée à 19,6 % à Madère. Nous pouvons vous dire que le point n’est pas établi et qu’il est déterminant.
- La déclinaison madérienne de l’IFICI, applicable en principe aux installations à compter du 1er janvier 2026, attend son décret réglementaire régional : elle n’est pas opérationnelle, ni ses codes de professions ni ses codes d’activités ne sont fixés. Aucune promesse d’IFICI à Madère ne doit vous être faite.
Notre position, et nous l’assumons comme une opinion : pour un foyer dont les revenus sont principalement des pensions ou des salaires, l’arbitrage continent / Madère pèse davantage que la plupart des optimisations qu’on peut lui proposer par ailleurs, et il mérite d’être instruit sérieusement. Pour un foyer dont les revenus sont principalement financiers, l’écart dépend entièrement d’un point non établi. On ne déménage pas à Funchal sur une hypothèse.
Ce qui coûte plus cher qu’en France
Un guide qui ne dirait que du bien du Portugal serait un prospectus. Voici, sur le seul terrain des revenus du capital, ce que vous perdez en changeant de résidence. La liste n’est pas symétrique de la liste des avantages, et elle n’a pas à l’être.
Ce que le Portugal fait mieux
Trois avantages réels, et ils tiennent.
Ce que vous perdez, et que personne ne chiffre
Six pertes, dont deux structurelles.
Ce qui n'est pas tranché, et qui peut tout changer
Trois inconnues qui commandent le résultat.
Un mot sur la comparaison brute des taux, qui revient dans toutes les conversations. 28 % contre 30 % : deux points. Sur 50 000 € de revenus financiers annuels, mille euros par an. Ce n’est pas rien, ce n’est pas non plus une raison de déménager. Les deux points ne survivent d’ailleurs pas au premier accident de parcours : une cession de titres détenus onze mois, un dividende suisse englobé à 100 %, une année où le revenu imposable franchit 86 634 €, et l’avantage a disparu pour trois ans.
Les cas où nous déconseillons le départ, au moins pour l’instant
Il existe des situations où, sur le seul terrain des revenus financiers, l’installation au Portugal détruit de la valeur. Les voici, sans précaution oratoire.
- Le portefeuille très ancien et très plus-valué, hors enveloppe. Tant que la question de la réévaluation à l’entrée n’est pas tranchée, transférer sa résidence avec une plus-value latente de plusieurs centaines de milliers d’euros revient à parier sur une règle non établie. Un contribuable français qui conserve ses titres jusqu’au décès purge la plus-value par le jeu de la valeur vénale retenue à l’ouverture de la succession ; le même contribuable installé au Portugal et vendant de son vivant paie 28 % sur toute l’antériorité. La comparaison honnête n’est pas 28 contre 30.
- Le PEA important et ancien. Le plan survit au départ, avec son antériorité — le transfert du domicile hors de France n’entraîne pas sa clôture, sauf transfert vers un État ou territoire non coopératif, ce que le Portugal n’est pas. Mais il perd tout intérêt relatif : le compte-titres ordinaire d’un résident du Portugal est déjà exonéré de plus-value en France, et le Portugal ne reconnaît pas le PEA comme une enveloppe fiscale. Vous conservez une enveloppe qui ne sert plus à rien, sauf si vous revenez. Le chapitre consacré au PEA et aux livrets traite ce point : le traitement portugais des opérations réalisées à l’intérieur du plan n’est pas établi et ne doit pas être présumé favorable.
- Le foyer avec trois enfants ou plus et des revenus élevés. Le passage du quotient familial français aux déductions forfaitaires portugaises est une perte d’avantage, pas un gain. Additionnée au plafonnement des déductions à 1 000 € au-delà de 80 000 € de revenu imposable, elle peut annuler à elle seule le bénéfice du taux de 28 %.
- Le retraité qui part pour l’« IFICI 2.0 ». Il n’existe pas. La pension est au barème, jusqu’à 48 % plus surtaxe, et le retraité n’entre structurellement pas dans le champ de l’IFICI. Ce n’est pas un sujet de revenus financiers, mais c’est le motif de départ le plus fréquent : il faut le vérifier avant de raisonner sur le portefeuille.
- Le dirigeant en cours de cession dont l’opération se dénoue dans les douze mois. L’articulation exit tax française et fiscalité portugaise de la plus-value se pilote sur un calendrier, avec la lettre d’intention et le calendrier de closing sur la table. Partir « pour être prêt » avant d’avoir instruit ce calendrier est la manière la plus efficace de perdre les deux avantages à la fois.
Faire chiffrer votre portefeuille avant le transfert, pas à la première déclaration portugaise
Sur les revenus du capital, le Portugal n'est ni le paradis décrit par les comparatifs, ni un piège : c'est un système différent, dont trois paramètres décident du résultat — le régime portugais dont vous relevez, la composition géographique de votre portefeuille, et le calendrier de vos cessions. Nous modélisons le foyer complet sur la durée résiduelle du régime applicable, ligne par ligne, en intégrant l'arbitrage englobement / taux forfaitaire, le seuil des 365 jours, et le sort de vos crypto-actifs à l'entrée comme à la sortie. Sur les points de droit portugais non tranchés — réévaluation à l'entrée, report des moins-values, cession réputée de l'article 10.º n.º 25 —, la mise en relation avec nos avocats partenaires au Portugal fait partie de l'accompagnement. Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine, CIF, COA et COBSP, ORIAS 23002291.
Le déclaratif, en quelques lignes
Côté portugais, l’impôt sur le revenu se déclare par la Modelo 3, déposée d’avril à juin pour les revenus de l’année précédente, accompagnée des annexes correspondant aux catégories de revenus perçues — revenus de capitaux, plus-values, revenus de source étrangère, et le cas échéant l’annexe propre au régime dont vous relevez. Les bénéficiaires du RNH servaient l’anexo L, en y indiquant le mode d’élimination de la double imposition retenu et, pour les revenus d’activité, les codes d’activité concernés. Le détail des lignes est du ressort de votre contabilista certificado : nous ne le reproduisons pas ici, parce qu’une notice mal recopiée est pire qu’une absence de notice.
Trois points de vigilance méritent d’être connus du client, parce qu’ils ne se rattrapent pas.
- L’option pour l’englobement s’exerce dans la déclaration. Elle est annuelle et globale. Une déclaration déposée sans l’option laisse le taux forfaitaire s’appliquer, et l’arbitrage que l’on aura passé trois heures à modéliser n’aura servi à rien.
- La preuve authentifiée de l’article 40.º-A n.º 5 se demande à l’autorité fiscale étrangère, ce qui prend des semaines et parfois des mois. Elle se sollicite pendant l’année, pas au moment de déclarer. Personne ne vous préviendra qu’elle manque avant que l’inclusion à 50 % ne soit refusée.
- Le report de prix de revient des échanges crypto contre crypto (n.º 23) suppose que vous soyez capable, des années plus tard, de reconstituer la chaîne des opérations. Les plateformes ferment, changent d’interface, perdent l’historique. On exporte au fil de l’eau.
Les montages qui circulent et qui ne tiennent pas
Quatre idées reviennent dans les conversations de départ. Elles ont en commun de reposer sur une règle vraie appliquée à une situation qu’elle ne vise pas.
- « Je m’inscris au RNH, tous mes revenus financiers sont exonérés. » Faux pour les plus-values mobilières, selon notre lecture de la condition d’imposabilité de l’ancien article 81.º n.º 5 combinée à l’article 14 § 3 de la convention. Et matériellement impossible pour un nouvel arrivant, le régime étant fermé.
- « L’IFICI, c’est le nouveau RNH. » Non. C’est un régime professionnel étroit, subordonné à l’exercice effectif et annuel d’une activité éligible auprès d’entités portugaises, incompatible à vie avec le RNH, utilisable une seule fois, et qui n’exonère pas les pensions. Son exonération des revenus étrangers est assortie d’une progressivité qui remonte le taux sur tout le reste.
- « Je garde mon PEA, c’est mon enveloppe défensive. » Vous le gardez, en effet. Mais il ne vous protège plus de rien côté français, puisque vos plus-values y sont déjà hors champ, et le traitement portugais des opérations réalisées dans le plan n’est pas établi. À noter par ailleurs que les dividendes de sociétés françaises logés dans le plan demeurent, en principe, soumis à la retenue de l’article 119 bis 2 du CGI pendant la période de non-résidence, l’exonération attachée au PEA étant une exonération d’impôt sur le revenu propre aux résidents.
- « Je passe mes crypto-actifs sur une plateforme non européenne avant de partir, comme ça le Portugal ne voit rien. » Outre que la dissimulation n’est pas un montage, c’est exactement la configuration que vise le carve-out du n.º 24 de l’article 10.º — dont le champ exact, précisément, ne peut pas être établi sur la source servie par l’administration en raison du renvoi interne périmé. Se placer volontairement dans une zone dont on ne peut pas lire la frontière est une mauvaise idée.
Ce que nous faisons trancher avant tout acte irréversible
Six points de ce chapitre ne sont pas tranchés par les sources dont nous disposons. Nous les listons ici avec la question exacte à poser et les pièces à réunir, parce qu’un point ouvert n’est utile que s’il est instruisable.
| Point ouvert | Question à poser | Pièces à réunir | Enjeu |
|---|---|---|---|
| Réévaluation du prix de revient à l'entrée en résidence portugaise | Le CIRS comporte-t-il une disposition de réévaluation des valeurs d'acquisition à la date de prise de résidence ? À défaut, quelle valeur l'AT retient-elle pour un titre acquis pendant une période de résidence étrangère ? | État du portefeuille valorisé et daté à la veille du transfert ; historique des acquisitions ; déclaration d'exit tax française le cas échéant | 28 % sur toute la plus-value accumulée avant l'installation |
| Report des moins-values de catégorie G : modalités du report de cinq ans | Le report de cinq ans de l'article 55.º n.º 1 d) du CIRS étant subordonné à l'englobement, que devient un solde négatif reporté au titre d'une année où l'option n'est pas exercée ? Quelles lignes de la Modelo 3 le portent ? | Relevés de portefeuille avec dates et prix d'acquisition ; historique des cessions des trois dernières années ; Modelo 3 déjà déposées | Le coût fiscal d'une année de mauvaise performance suivie d'une bonne |
| Plus-values mobilières d'un bénéficiaire du RNH transitoire | La condition d'imposabilité de l'ancien article 81.º n.º 5 est-elle satisfaite alors que l'article 14 § 3 de la convention donne au Portugal un droit exclusif ? Une informação vinculativa est-elle opportune ? | Attestation d'inscription au RNH et année de prise de résidence ; anexos L déposés ; inventaire du portefeuille ; nature des titres cédés | 140 000 € sur une plus-value de 500 000 € |
| Crypto-actifs : cession réputée à la sortie du Portugal | La cession réputée du n.º 25 bénéficie-t-elle de l'exclusion des 365 jours du n.º 22 ? Quelle date d'appréciation, quelle valeur de cession ? | Inventaire daté du portefeuille ; historique des échanges crypto contre crypto ; justificatifs des plateformes et de leur juridiction ; date envisagée de transfert | 28 % sur la plus-value latente, ou 0 % |
| Champ du carve-out « juridictions non coopératives » (art. 10.º n.º 24) | Quel est le champ exact du n.º 24, dont le renvoi interne vise encore les n.os 19 et 20 après la renumérotation du Decreto-Lei n.º 97/2026 ? | Liste des plateformes utilisées avec leur juridiction d'établissement ; conventions ou accords d'échange de renseignements applicables | Perte de l'exclusion des 365 jours et du report crypto contre crypto |
| Assurance-vie française d'un résident du Portugal | Les produits rachetés relèvent-ils de l'article 12 ou de l'article 23 de la convention ? Quelle position de l'AT sur leur rattachement à la catégorie E et leur imposition selon le régime portugais du souscripteur ? | Date de souscription et antériorité du contrat ; ventilation versements / produits ; historique des rachats ; régime portugais du souscripteur ; certificat de résidence fiscale | Retenue française plafonnée à 12 % ou droit exclusif du Portugal ; base de la CSG au rachat |
Un mot sur l’article 23 de la convention, qui plane sur tout ce chapitre
La convention comporte un article balai — l’article 23 — qui n’attribue le droit d’imposer à l’État de résidence qu’à condition que le revenu y soit effectivement assujetti à l’impôt. La question est donc de savoir ce qui se passe lorsque le Portugal exonère. La réponse dépend du régime et de la nature du revenu, et elle n’est pas la même dans tous les cas : elle est plutôt rassurante sous l’ancien régime du résident non habituel, dont l’exonération était elle-même conditionnée à l’imposabilité dans l’État de la source ; elle est ouverte sous l’IFICI, dont l’exonération de l’article 81.º n.º 4 est inconditionnelle.
Elle ne concerne pas les revenus traités dans ce chapitre : les dividendes relèvent de l’article 11, les intérêts de l’article 12, les plus-values mobilières de l’article 14 § 3. Elle concerne au premier chef vos produits d’assurance-vie et vos capitaux de PER, traités dans leurs chapitres respectifs. Aucune prise de position publiée de l’administration française ou portugaise n’a été retrouvée sur ce point à la date du 29 juillet 2026. Nous le traitons comme un risque à cartographier dossier par dossier, jamais comme une règle acquise.
Trois décisions à prendre, et le calendrier qui les commande
Si l’on devait ne retenir que ce qui se décide, et non ce qui s’apprend, il resterait ceci. La première décision est celle du régime : si vous êtes encore inscriptible au RNH transitoire, l’arbitrage avec l’IFICI est irréversible et unique, il se fait sur simulation du foyer complet sur dix ans, et il ne se rattrape pas. La deuxième est celle du calendrier des cessions : les 365 jours de l’article 72.º n.º 14, les 365 jours de l’article 10.º n.º 22 pour les crypto-actifs, les durées de 2, 5 et 8 ans des exclusions de l’article 43.º n.º 5, et la date d’extinction de vos droits acquis constituent ensemble une grille de dates qui se pose une fois, avant le départ. La troisième est celle de la localisation : continent ou Madère, et sur quelle base — sachant que la base est solide pour les pensions et les salaires, et non établie pour les plus-values mobilières.
Le chapitre suivant reprend là où celui-ci s’arrête, sur les revenus fonciers et l’immobilier — où le Portugal a beaucoup bougé en 2026, et où les non-résidents ont, pour une fois, gagné quelque chose.
Portée de ce chapitre et date d’arrêté du droit
Ce chapitre expose l’état du droit au 29 juillet 2026, établi sur les textes publiés : articles 5.º, 10.º, 16.º, 22.º, 25.º, 31.º, 40.º-A, 43.º, 53.º, 58.º-A de l’Estatuto dos Benefícios Fiscais, 68.º, 68.º-A, 69.º, 70.º, 71.º, 72.º, 78.º, 78.º-A à 78.º-F, 81.º, 99.º et 101.º du Código do IRS ; Lei n.º 2/2020, Lei n.º 82/2023 et son article 236.º, Lei n.º 31/2024, Lei n.º 45-A/2024, Lei n.º 73-A/2025 et Decreto-Lei n.º 97/2026 ; Portaria n.º 150/2004 et Portaria n.º 480-A/2025/1 ; Decreto Legislativo Regional n.º 8/2025/M ; Ofício Circulado n.º 20276/2025 et documentation publiée par l’Autoridade Tributária e Aduaneira ; convention entre la France et le Portugal du 14 janvier 1971, son avenant du 25 août 2016 et la convention multilatérale BEPS ; articles 119 bis, 125 A, 150-0 A, 164 A, 167 bis, 182 B, 187, 238-0 A, 244 bis A, 244 bis B et 244 bis C du code général des impôts ; articles L. 136-6, L. 136-7 et L. 136-8 du code de la sécurité sociale dans leur rédaction issue de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 ; doctrine BOFiP citée avec ses identifiants.
Les chiffrages sont des illustrations construites sur des hypothèses explicites, et non des prévisions. Ils ne valent que pour les paramètres 2026 rappelés au fil du texte et pour un contribuable relevant du barème continental. Plusieurs points signalés dans ce chapitre ne sont tranchés ni par le texte consolidé, ni par une prise de position administrative publiée, ni par une décision juridictionnelle retrouvée à la date de rédaction : ils sont identifiés comme tels et doivent être arbitrés avec nos avocats partenaires au Portugal avant tout acte irréversible.
Ce chapitre ne constitue ni une consultation juridique ni une garantie de traitement fiscal, et il ne recommande aucune allocation d’actifs. Aucun établissement financier n’y est nommé : nous décrivons des catégories de solutions, jamais des produits. Le cabinet est enregistré à l’ORIAS sous le numéro 23002291 et intervient en qualité de conseiller en investissements financiers, courtier d’assurance et intermédiaire en opérations de banque et services de paiement ; les points de qualification fiscale internationale se traitent avec des avocats fiscalistes, et le droit portugais avec des conseils établis au Portugal.
09. Pensions : le chapitre décisif pour un retraité
Vous ne cherchez pas la définition d’une pension. Vous cherchez à savoir combien il vous restera. Sur une retraite de 40 000 € par an, la réponse portugaise oscille aujourd’hui entre zéro et 8 149 €d’impôt, selon un critère qui n’a rien à voir avec le montant de votre pension : la date à laquelle vous êtes devenu résident fiscal du Portugal. Trois régimes coexistent en 2026. Deux d’entre eux sont fermés aux nouveaux arrivants. Le troisième, celui dont on vous parlera le plus, ne vous accorde rien.
C’est le point sur lequel le corpus francophone se trompe le plus, et il se trompe précisément contre le public le plus nombreux. Le régime du residente não habitual — le RNH — est fermé aux personnes devenues résidentes fiscales du Portugal à compter du 1er janvier 2025. Le dispositif qui lui a succédé, l’IFICI, est vendu partout comme un « RNH 2.0 ». Il ne l’est pas, et il l’est encore moins pour vous :l’exonération qu’il accorde aux revenus de source étrangère ne couvre pas les pensions. Une retraite française perçue par un bénéficiaire de l’IFICI est imposée au barème progressif portugais, jusqu’à 48 %, plus la surtaxe de solidarité au-delà de 80 000 €. Ni 0 %, ni les 10 % que le RNH appliquait depuis 2020.
Ce chapitre traite donc, dans cet ordre : qui a le droit d’imposer votre pension avant même qu’on parle de taux — et la distinction pension privée / pension publique, qui décide de tout et que presque personne n’écrit ; la démonstration textuelle que la catégorie H est exclue de l’exonération IFICI ; ce que le RNH accorde encore, à qui, et jusqu’à quand ; la mécanique exacte du barème portugais appliqué à une pension ; cinq retraités chiffrés, dont deux pour lesquels le Portugal a cessé d’être une bonne idée ; ce qui reste français — cotisation maladie, prélèvements sociaux, preuve de vie ; et la liste des points que nous ne tranchons pas, avec les questions exactes à poser avant tout acte irréversible.
État du droit arrêté au 29 juillet 2026.Les textes portugais cités l’ont été sur les diplômes publiés au Diário da República et sur les codes republicadosque l’administration fiscale portugaise publie article par article, dans leur rédaction en vigueur et dans leurs rédactions antérieures datées. Cette précaution n’est pas de forme : sur ce sujet précis, la moitié des erreurs qui circulent consiste à citer un numéro de paragraphe qui, dans le texte d’aujourd’hui, porte la mention « Revogado » ou vise un tout autre régime.
Le point sur lequel ce chapitre ne transigera pas
L’exonération des revenus de source étrangère accordée aux bénéficiaires de l’IFICI ne figure pas dans l’Estatuto dos Benefícios Fiscais mais à l’article 81.º n.º 4 du CIRS, et elle vise les catégories A, B, E, F et G. La catégorie H — les pensions — n’y figure pas.
Texte, dans sa rédaction issue de la Lei n.º 82/2023, du 29 décembre 2023 : « Aos sujeitos passivos que beneficiem do regime previsto no artigo 58.º-A do Estatuto dos Benefícios Fiscais, e obtenham, no estrangeiro, rendimentos das categorias A, B, E, F e G, aplica-se o método da isenção, sendo obrigatoriamente englobados para efeitos de determinação da taxa a aplicar aos restantes rendimentos. »
Trois documents administratifs portugais disent la même chose : le dépliant officiel de l’Autoridade Tributáriaconsacré à l’IFICI, dont l’énumération s’arrête à G ; l’Ofício Circulado n.º 20276/2025, question 2 — « Regra geral : isenção de IRS, exceto no caso de rendimentos da categoria H » ; et la FAQ n.º 5495de l’AT, qui reprend cette réponse mot pour mot. L’Ordre des experts-comptables portugais l’écrit de son côté dans son tableau comparatif : pour l’IFICI, ligne « pensions », tributação às taxas gerais.
Avant tout calcul portugais : qui a le droit d’imposer votre pension
L’ordre du raisonnement compte. Tant que la convention fiscale n’a pas désigné l’État qui impose, le taux portugais est sans objet. Et sur ce point, la convention franco-portugaise ne traite pas toutes les pensions de la même façon : elle en distingue trois catégories, dont deux mènent à Lisbonne et une à Paris. La confusion entre elles est l’erreur la plus fréquente après celle sur l’IFICI, et elle est plus insidieuse, parce qu’elle donne un résultat plausible.
Le texte applicable est la convention entre la France et le Portugal du 14 janvier 1971, modifiée par l’avenant du 25 août 2016— publié par le décret n° 2018-7 du 4 janvier 2018 — puis par la convention multilatérale BEPS, entrée en vigueur le 1er janvier 2019 pour la France et le 1er juin 2020 pour le Portugal. Première précision utile : les pensions relèvent de l’article 19 de cette convention, pas de l’article 18. L’article 18 y traite des artistes et des sportifs. Le numéro 18 est celui du modèle OCDE, et la numérotation de cette convention n’est pas décalée d’un pas constant par rapport au modèle : elle intercale un article 21 consacré aux enseignants, absent du modèle, de sorte que les articles suivants glissent de deux rangs. Ne jamais déduire un numéro d’article : le vérifier sur le texte consolidé.
Catégorie 1 — Les pensions privées : Portugal seul, et sans condition
Article 19 de la convention : « Sous réserve des dispositions du paragraphe 1 de l’article 20, les pensions et autres rémunérations similaires, versées à un résident d’un Etat contractant au titre d’un emploi antérieur, ne sont imposables que dans cet Etat. » Une retraite versée au titre d’un emploi privé antérieur à un résident du Portugal n’est imposable qu’au Portugal. La France perd tout droit d’imposer : pas de retenue à la source, pas d’impôt sur le revenu, rien.
Sont concernées, sans que la liste soit limitative : les pensions du régime général de la sécurité sociale française, les retraites complémentaires Agirc-Arrco, les pensions des régimes complémentaires facultatifs d’entreprise. La doctrine française le confirme sans détour : « les pensions versées par la Sécurité sociale française à des résidents du Portugal échappent à l’impôt français, dès l’instant où lesdites pensions ont un caractère privé ».
Le mot important est inconditionnel. L’article 19 ne subordonne pas l’attribution exclusive au Portugal à une imposition effective au Portugal. C’est ce qui le distingue de l’article 23, sur lequel nous reviendrons, et c’est ce qui explique qu’un retraité du privé sous RNH « génération 1 », exonéré au Portugal, ne redevienne pas imposable en France pour autant. Toute rédaction affirmant le contraire doit s’appuyer sur l’article 4 § 1 — la qualité même de résident — et non sur l’article 19.
Catégorie 2 — Les pensions publiques : France seule, sauf un cas que la loi ne verrouille pas
Article 20 § 2, dans sa rédaction issue de l’article 3 de l’avenant du 25 août 2016, applicable aux périodes d’imposition ouvertes à compter du 1er janvier 2013 : « Les pensions et autres rémunérations similaires payées par un Etat contractant ou l’une de ses subdivisions politiques ou administratives ou collectivités locales ou territoriales ou par une de leurs personnes morales de droit public […] au titre de services rendus à cet Etat, subdivision, collectivité ou personne morale ne sont imposables que dans cet Etat. Toutefois, ces pensions et autres rémunérations similaires ne sont imposables que dans l’autre Etat contractant si la personne physique est un résident de cet Etat et en possède la nationalité. »
Traduction : une pension de la fonction publique d’État, de la CNRACL, une pension militaire, reste imposable en France seule, quelle que soit votre installation au Portugal. Vous déménagez, votre pension ne déménage pas.
L’exception mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle est asymétrique et que l’asymétrie est volontaire. Pour les salairespublics, le § 1 du même article exige que le bénéficiaire soit résident et national de l’autre État « sans posséder en même temps la nationalité du premier Etat » : un binational franco-portugais employé par l’État français reste donc imposable en France. Pour les pensions, cette clause n’existe pas. Elle a été supprimée par l’avenant de 2016 pour le § 2, et maintenue pour le § 1.
| Condition posée par le texte | § 1 — salaires publics | § 2 — pensions publiques |
|---|---|---|
| Résidence dans l'autre État | Exigée | Exigée |
| Nationalité de l'autre État | Exigée | Exigée |
| Services rendus dans l'autre État | Exigée | Non exigée |
| Ne pas posséder en même temps la nationalité de l'État payeur | Exigée | NON exigée — la clause est absente |
Conséquence à écrire noir sur blanc : un retraité de la fonction publique française, résident du Portugal, qui acquiert la nationalité portugaise, transfère au Portugal l’intégralité du droit d’imposer sa pension publique— y compris s’il reste français. Ce n’est pas une lecture doctrinale hardie. C’est ce qu’a jugé l’administration portugaise elle-même dans une ficha doutrinária de premier ordre, processo n.º 11/2018, avec despachoconcordant de la Subdiretora-Geral do IR du 2 mai 2018, sur le cas d’un contribuable résidant au Portugal, de double nationalité française et portugaise, percevant une pension de vieillesse payée par l’État français : la nationalité portugaise « écarte la compétence d’imposition des revenus par l’État français », la compétence étant « exclusivement attribuée au Portugal », à charge pour l’intéressé de déclarer ces revenus à l’annexe J de sa déclaration modelo 3.
Selon le niveau de pension, ce transfert est favorable ou ruineux. Nous le chiffrons plus bas (cas n° 5) : sur une pension publique de 55 000 €, la naturalisation portugaise fait passer la charge fiscale de l’ordre de 4 900 € à 14 000 € par an. Demander la nationalité portugaise n’est donc pas, pour un fonctionnaire retraité, une formalité administrative : c’est une décision patrimoniale, et elle produit ses effets fiscaux tant que résidence et nationalité portugaises sont réunies.
Catégorie 3 — Les pensions publiques d’activité d’entreprise, et ce qui n’est pas tranché
Article 20 § 3 : les articles 16, 17, 18 et 19 s’appliquent aux rémunérations et pensions payées « au titre de services rendus dans le cadre d’une activité d’entreprise » exercée par un État ou l’une de ses personnes morales de droit public. Autrement dit : une pension publique rattachée à une activité d’entreprise bascule dans le régime des pensions privées, donc au Portugal.
Cette catégorie décide du sort de retraités entiers de secteurs à statut. Elle n’est pas délimitée. Le texte consolidé de la DGFiP, la doctrine administrative française correspondante, les rapports parlementaires de ratification de l’avenant et la ficha doutrináriaproc. 11/2018, consultés les 28 et 29 juillet 2026, ne fournissent aucune liste des régimes français rangés dans cette catégorie.Le cas des retraités de la SNCF, de la RATP, des industries électriques et gazières, de La Poste et de France Télécom n’est donc pas tranché sur source primaire. Si vous relevez de l’un de ces régimes, ce point se fait arbitrer avant le départ, pas après la première déclaration : la question n’est pas de savoir quel taux vous paierez, mais dans quel pays.
Deux avertissements de source, à conserver dans tout dossier
1. L’article 19 commence par « sous réserve des dispositions du paragraphe 1 de l’article 20 », et ce renvoi est faux.Ce n’est pas une incertitude d’interprétation, c’est une coordination oubliée. Dans le texte de 1971, le § 1 de l’article 20 couvrait bien « les rémunérations, y compris les pensions » publiques : le renvoi était exact. L’avenant de 2016 a scindé ce paragraphe — § 1 salaires « autres que les pensions », § 2 pensions, § 3 clause d’entreprise — sans actualiser le renvoi de l’article 19, qui vise donc désormais ce qui figure au § 2. La lecture littérale, qui ferait échapper les pensions publiques à l’article 20, est séduisante et perdante : les deux administrations appliquent le § 2. Le signaler a un seul objet — vous éviter de bâtir un dossier dessus.
2. La doctrine administrative française sur cet article date du 25 juin 2014, donc d’avant l’avenant. Elle décrit la numérotation antérieure. Un conseil qui la cite sur l’article 20 cite un état du droit périmé de plus de dix ans. Nous la citons ici uniquement là où elle porte sur l’article 19, dont le texte n’a pas bougé depuis 1971.
La zone grise : rentes viagères, caisses de libéraux, sortie en rente d’un PER
L’article 19 vise les pensions versées « au titre d’un emploi antérieur ». Le mot emploin’est pas décoratif. Une pension servie au titre d’une activité non salariée— CNAVPL, CARMF, CAVEC, CIPAV, régimes de commerçants et d’artisans — n’est pas, à la lettre, versée au titre d’un emploi. Elle relèverait alors de l’article 23, l’article balai de la convention, dont la rédaction est d’une autre nature :
« Les éléments du revenu d’un résident d’un Etat contractant qui ne sont pas expressément mentionnés dans les articles précédents de la présente Convention ne sont imposables que dans cet Etat, à condition qu’ils y soient assujettis à l’impôt, selon la législation fiscale de cet Etat. »
La différence est considérable. L’article 19 attribue ; l’article 23 attribue sous condition. Si le Portugal n’impose pas effectivement le revenu, la condition n’est pas remplie et la France recouvre son droit d’imposer en droit interne — avec la retenue à la source de l’article 182 A du CGI. Sur une pension de 45 000 €, l’écart entre « rien » et « imposition française » est de l’ordre de 6 000 à 9 000 € par an.
Deux lectures s’opposent, et elles sont l’une et l’autre documentées. La doctrine française écrit largement que « les pensions de retraite privées ne sont donc imposables que dans l’État dont le bénéficiaire est le résident », sans distinguer selon la nature de l’activité antérieure ; mais cette formulation date de 2014, elle est opposable à l’administration et non au juge, et la même doctrine range expressément les rentes viagèresà l’article 23. La lecture littérale du texte conventionnel, elle, conduit à sortir les pensions de non-salariés de l’article 19.Aucune prise de position de la DGFiP ou de l’administration fiscale portugaise sur une pension CNAVPL, CARMF, CAVEC ou CIPAV versée à un résident du Portugal n’a été retrouvée au 29 juillet 2026.
La sortie en rente d’un PER ou d’un contrat Madelinse situe exactement sur cette frontière, et elle s’y trouve deux fois : côté conventionnel, entre pension de l’article 19 et rente viagère de l’article 23 ; côté portugais, entre catégorie H et catégorie E — ce qui n’est pas neutre, puisque l’exonération de l’IFICI couvre la catégorie E et pas la catégorie H. Un même flux peut donc être exonéré ou taxé au barème selon une qualification que personne n’a écrite.
Ce que nous faisons de cette zone grise, et ce que nous ne faisons pas
Nous ne tranchons pas. Nous la cartographions dossier par dossier, et nous la traitons avantle départ, parce qu’après, les options de calendrier ont disparu. Si votre retraite provient d’une caisse de profession libérale, ou si elle prend la forme d’une rente viagère, ce point doit être arbitré avec un avocat fiscaliste international, le cas échéant par voie de rescrit auprès de la DGFiP doublé d’une informação vinculativaauprès de l’administration portugaise.
La question à leur poser, mot pour mot.« Une pension servie par [nom de la caisse] au titre d’une activité libérale antérieure relève-t-elle de l’article 19 ou de l’article 23 de la convention franco-portugaise ? Dans la seconde hypothèse, la condition d’assujettissement est-elle regardée comme remplie lorsque le bénéficiaire est exonéré au Portugal ? Un rescrit est-il opportun avant l’installation ? »
Les pièces à réunir.Notification de pension mentionnant la caisse et la nature du régime ; relevé de carrière ; conditions générales et modalités de liquidation du PER ou du contrat Madelin ; certificat de résidence fiscale portugais ; le cas échéant, avis d’imposition portugais montrant le traitement effectif du flux.
Trois régimes portugais, trois traitements — et un seul est ouvert aujourd’hui
Une fois la convention passée, votre pension privée arrive au Portugal. Ce qu’elle y subit dépend d’un seul paramètre : le régime portugais sous lequel vous êtes placé. Il y en a trois, ils ne se cumulent pas, et l’accès aux deux premiers dépend de dates désormais passées.
| Régime | Qui en relève | Traitement de la pension privée française | Extinction |
|---|---|---|---|
| RNH « génération 1 » | Inscrit comme RNH au 1er avril 2020, ou demande alors déposée et en cours d'examen, ou résident fiscal à cette date ayant demandé son inscription jusqu'au 31 mars 2020 ou jusqu'au 31 mars 2021 au titre respectivement de 2019 ou 2020 — sauf option exercée pour la nouvelle rédaction | Exonération (art. 81.º n.º 6 du CIRS, rédaction antérieure à la Lei n.º 2/2020), MAIS avec englobement obligatoire pour la détermination du taux applicable aux autres revenus (art. 81.º n.º 7, même rédaction) | Au plus tard avec les revenus de l'année 2029 |
| RNH « génération 2 », y compris toute la cohorte transitoire | Tous les autres bénéficiaires du RNH, dont l'intégralité de ceux admis au régime transitoire de l'article 236.º de la Lei n.º 82/2023 | 10 % sur les revenus nets de pensions (art. 72.º n.º 12 du CIRS, rédaction antérieure à la Lei n.º 82/2023, maintenue par l'art. 236.º n.º 3), avec faculté d'option pour l'englobement au barème (art. 72.º n.º 13, en vigueur) | Au plus tard avec les revenus de l'année 2033, déclarés en 2034 |
| IFICI | Résident fiscal exerçant chaque année l'une des activités éligibles de l'article 58.º-A n.º 1 de l'EBF, n'ayant jamais bénéficié du RNH | Aucun traitement de faveur : barème progressif de l'article 68.º, la catégorie H étant absente de la liste de l'article 81.º n.º 4 — et à un taux déterminé en tenant compte des revenus étrangers exonérés | Régime de dix ans, sans effet sur les pensions |
| Droit commun | Toute personne devenue résidente fiscale du Portugal à compter du 1er janvier 2025 sans activité éligible à l'IFICI — c'est-à-dire la quasi-totalité des retraités qui arrivent aujourd'hui | Barème progressif de l'article 68.º : 12,5 % à 48 %, plus la taxa adicional de solidariedade de l'article 68.º-A au-delà de 80 000 € | Sans terme |
Pourquoi l’IFICI n’est pas le successeur du RNH pour vous — quatre raisons dont chacune suffit
Premièrement, il n’accorde rien aux pensions.Nous l’avons établi d’entrée sur le texte de l’article 81.º n.º 4 du CIRS et sur trois documents de l’administration portugaise. Une précision de base légale utile pour ne pas être contredit : l’IFICI n’exonère rien par lui-même. L’article 58.º-A de l’Estatuto dos Benefícios Fiscais, ajouté par l’article 263.º de la Lei n.º 82/2023, n’institue qu’un taux spécial de 20 % sur les revenus nets des catégories A et B de source portugaise tirés d’une activité éligible. L’exonération des revenus étrangers est ailleurs, dans le CIRS, et elle s’arrête à la catégorie G. Citer l’article 58.º-A comme siège de l’exonération, c’est se tromper de texte et perdre l’argument.
Deuxièmement, il aggrave l’imposition de votre pension au lieu de l’alléger.La fin de la phrase de l’article 81.º n.º 4 est aussi importante que son début : les revenus étrangers exonérés sont « obrigatoriamente englobados para efeitos de determinação da taxa a aplicar aos restantes rendimentos ». Ce n’est pas une exonération sèche, c’est une exonération avec progressivité. Vos revenus fonciers français, vos dividendes, vos plus-values — exonérés au Portugal sous IFICI — relèvent le taux appliqué à votre pension, laquelle est déjà au barème faute d’appartenir aux catégories exonérées. À revenus égaux, un bénéficiaire de l’IFICI paie donc, sur la même pension, plusqu’un résident de droit commun.
L'effet de l'englobement, sur une situation banale
Pension française .................................. 40 000 €
− déduction spécifique art. 53.º ............... − 4 587 €
= revenu imposable de catégorie H .............. 35 413 €
Tranche atteinte ....... 6e (29 397 € – 43 090 €), marginal 34,90 %
Ajoutons 30 000 € de revenus fonciers français,
exonérés au Portugal sous IFICI mais englobés pour le taux :
Base de détermination du taux .................. 65 413 €
Tranche atteinte ....... 8e (46 566 € – 86 634 €), marginal 44,60 %
La pension n'a pas bougé. Le taux qui la frappe, si.Illustration du mécanisme de l'article 81.º n.º 4 in fine. La liquidation exacte relève de la déclaration modelo 3 et de votre contabilista certificado : ce calcul montre le sens de l'effet, pas le montant final.
Troisièmement, le régime vous est de toute façon fermé.L’article 58.º-A n.º 1 de l’EBF exige l’exercice de l’une des activités limitativement énumérées — enseignement supérieur et recherche, emplois qualifiés sous bénéfices contractuels à l’investissement, professions hautement qualifiées, recherche et développement, startupscertifiées, activités reconnues par l’AICEP ou l’IAPMEI, régions autonomes. Le n.º 3 exige de percevoir chaque annéedes revenus tirés de cette activité. Un retraité sans activité éligible n’y a pas accès, et l’hypothèse d’un bénéficiaire de l’IFICI dont tous les revenus seraient exonérés est juridiquement impossible : les activités du n.º 1 sont toutes rattachées à des entités portugaises, donc de source portugaise, et le régime tombe l’année où l’on cesse d’en tirer des revenus.
Quatrièmement, RNH et IFICI sont exclusifs l’un de l’autre, définitivement.L’article 58.º-A n.º 10 a) de l’EBF exclut de l’IFICI ceux qui « beneficiem ou tenham beneficiado do regime do residente não habitual » ; le n.º 10 b) exclut ceux qui ont opté pour le régime des ex-résidents de l’article 12.º-A du CIRS ; et le n.º 12 dispose que le régime « só pode ser utilizado uma vez pelo mesmo sujeito passivo ». Aucun basculement du RNH vers l’IFICI n’est possible en fin de période de dix ans. Si vous êtes encore inscriptible au RNH et que vous vous y inscrivez, vous vous fermez l’IFICI à vie ; et réciproquement. Pour un retraité, l’arbitrage est simple — le RNH donne 10 % sur la pension, l’IFICI ne donne rien — mais il ne l’est plus dès qu’un conjoint plus jeune envisage une activité au Portugal.
Ce que le RNH accorde encore, à qui, et pour combien de temps
Deux affirmations circulent, et les deux sont fausses. La première : « le RNH permet toujours d’exonérer sa retraite française ». La seconde : « le RNH est mort depuis le 31 mars 2025, il n’y a plus rien à faire ». Elles ne trompent pas les mêmes personnes, et la seconde coûte plus cher que la première.
Ce qui est fermé.L’article 317.º, alínea b) de la Lei n.º 82/2023 a abrogé, avec effet au 1er janvier 2024, les n.os 8 à 12 de l’article 16.º du CIRS — la définition du RNH, sa durée et sa procédure d’inscription — ainsi que les n.os 10 et 12 de l’article 72.º, dont celui qui portait les 10 % sur les pensions étrangères. Une personne devenue résidente fiscale du Portugal à compter du 1er janvier 2025est hors du régime, en toute hypothèse, et sans rattrapage possible. L’administration portugaise l’a confirmé dans sa ficha doutrinária proc. n.º 25941, despachodu 17 novembre 2025. Cette décision mérite d’être lue en entier : l’administration y admet qu’une simple demande de rendez-vous adressée par courriel aux services d’immigration en octobre 2023 ouvre bien la subalínea vi) de l’article 236.º n.º 3 c), et elle refuse le régime au seul motif que l’intéressé n’était toujours pas devenu résident fiscal du Portugal au 31 décembre 2024. C’est la date de résidence, et elle seule, qui ferme la porte.
Ce qui ne l’est pas.Ce qui a fermé le 31 mars 2025, c’est la fenêtre d’inscription à effet rétroactif. Le régime transitoire lui-même reste ouvert à l’inscription tardive, en vertu du n.º 5 de l’article 236.º de la Lei n.º 82/2023 : « Nos casos em que a inscrição seja efetuada fora do prazo referido no n.º 4, a tributação […] produz efeitos a partir do ano em que a inscrição seja efetuada, pelo prazo remanescente ». Le dépassement du délai ampute la durée ; il n’éteint pas le droit.
Trois sources l’établissent, dont deux administratives et une postérieure de trois mois à peine à la rédaction de nos fiches. L’Ofício-Circulado n.º 90068, du 16 février 2024, FAQ n° 5 annexée, exemple 2 : un contribuable devenu résident fiscal en 2024 qui dépose sa demande le 27 août 2027 verra enregistrés « Ano Início » 2027 et « Ano Fim » 2033, soit sept années de régime — l’administration décrit donc elle-même, dans sa doctrine, une inscription déposée en 2027 et acceptée. L’informação vinculativa proc. n.º 26080, despachodu 8 mai 2026 : une contribuable résidente du Portugal depuis juillet 2021, qui aurait dû s’inscrire avant le 31 mars 2022 et ne l’a pas fait, « pode requerer a inscrição neste regime ». Et la FAQ publique faqs-00309 de l’administration : « o regime pode ainda ser aplicável, a determinados sujeitos passivos, que preencham os requisitos definidos nos números 3, 4 e 5 do artigo 236.º ».
Si vous êtes déjà installé et jamais inscrit, lisez ce paragraphe deux fois
Un Français devenu résident fiscal portugais en 2024, remplissant l’une des conditions de fond de l’article 236.º n.º 3, et qui ne s’est jamais inscrit, peut encore déposer sa demande aujourd’hui. Il obtiendrait le régime de 2026 à 2033, soit huit années sur dix, à 10 % sur sa pension au lieu du barème.
Le conseil n’est donc pas « il est trop tard ». Il est : déposez sans délai — chaque 1er janvier qui passe coûte une année pleine de régime. Toute personne installée au Portugal en 2023 ou en 2024 doit être interrogée sur ce point avantqu’on lui applique le barème de droit commun. C’est une perte de chance directe, elle se chiffre, et elle est opposable au conseil qui l’a laissée se produire.
Les quatre portes d’entrée du régime transitoire figurent aux alíneas a) à d) du n.º 3 de l’article 236.º : a) déjà inscrit comme RNH au 1er janvier 2024 ; b) réunissant au 31 décembre 2023 les conditions de résidence fiscale de l’article 16.º, même sans inscription ; c) devenu résident fiscal jusqu’au 31 décembre 2024 et justifiant de l’un des six éléments de rattachement ; d) membre du foyer fiscald’un bénéficiaire des trois précédentes — le conjoint et les enfants suivent donc le régime du chef de famille, ce qui est régulièrement oublié. Le détail de ces six éléments et de leurs deuxdates butoirs — 31 décembre 2023 pour la promesse ou le contrat de travail et le détachement, le visa ou titre de séjour valable, et la simple procédure engagée, y compris une demande de rendez-vous ; 10 octobre 2023 pour le bail, la promesse d’acquisition et l’inscription scolaire des enfants — fait l’objet du chapitre 04, auquel nous renvoyons.
Ce que coûte une année d'attente, pour un résident de 2024 jamais inscrit
Année de prise de résidence fiscale ....................... 2024
Terme du régime, fixé une fois pour toutes ................ 2033
Demande déposée en 2026 ........... régime 2026-2033 ... 8 ans
Demande déposée en 2027 ........... régime 2027-2033 ... 7 ans
Demande déposée en 2028 ........... régime 2028-2033 ... 6 ans
Demande déposée en 2030 ........... régime 2030-2033 ... 4 ans
Demande déposée en 2033 ........... régime 2033 ........ 1 an
Demande déposée en 2034 ........... plus rienArticle 236.º n.º 5 de la Lei n.º 82/2023 : l'inscription tardive produit effet à compter de l'année du dépôt, pour la durée restante, la borne finale restant fixée par l'année d'acquisition de la résidence. Sur une pension de 40 000 € brut, chaque année perdue vaut environ 4 600 € (voir cas n° 2).
Deux règles de comptage sont systématiquement fautives dans les notes qui circulent, et il faut les poser correctement. La durée de dix ans se compte à partir de l’année où le contribuable est devenu résident, année incluse — jamais à partir de l’année d’inscription au registre RNH. Et le statut peut être suspendu puis repris sur les seules années restantesde cette période de dix ans : c’est une fenêtre calendaire, pas un crédit de dix années de bénéfice effectif. Une année d’absence est perdue, elle n’est pas reportée.
| Année de prise de résidence fiscale | Dernière année d'application du RNH | Ce qu'il reste à faire |
|---|---|---|
| 2017 | 2026 — s'éteint dans les mois qui viennent | Arbitrer maintenant tout ce dont le calendrier est maîtrisable |
| 2018 | 2027 | Idem, avec un exercice de plus |
| 2019 | 2028 | Anticiper la sortie de régime |
| 2020 | 2029 | Dernière cohorte pouvant relever de l'exonération « génération 1 » |
| 2021 | 2030 | — |
| 2022 | 2031 | — |
| 2023 | 2032 | Vérifier qu'une demande a bien été déposée |
| 2024 | 2033 — dernière cohorte possible | Si jamais inscrit : déposer sans délai (art. 236.º n.º 5) |
Deux points de base légale, pour que votre dossier tienne devant un confrère. D’abord, laligne de partage entre les deux générations de pensions RNH n’est pas la date d’inscription au 1er avril 2020. L’article 329.º n.º 2 de la Lei n.º 2/2020 préserve l’ancienne rédaction — donc l’exonération — pour troispopulations, dont celle qui, résidente fiscale à cette date, a demandé son inscription jusqu’au 31 mars 2020 ou jusqu’au 31 mars 2021au titre respectivement de 2019 ou de 2020. Un contribuable inscrit en mars 2021 au titre de 2020 relève donc de la génération 1 — exonération — là où le critère de la seule date d’inscription le classerait à tort à 10 %. L’erreur fait perdre l’exonération à un retraité qui y a droit jusqu’au terme de ses dix ans.
Ensuite, la survie de cette exonération repose sur une double disposition transitoire chaînée, et non sur le seul article 236.º de la Lei n.º 82/2023. Celui-ci préserve les n.os 4 à 8 de l’article 81.º « na redação anterior à introduzida pela presente lei », c’est-à-dire la rédaction en vigueur au 31 décembre 2023 — laquelle ne contient plusde n.º 6, celui-ci ayant été abrogé trois ans plus tôt par l’article 334.º de la Lei n.º 2/2020 : « É revogado o n.º 6 do artigo 81.º do Código do IRS, na sua redação atual. » Lu seul, l’article 236.º ne restitue donc pas l’exonération des pensions. Elle survit parce que l’article 329.º n.º 2 de la Lei n.º 2/2020 n’a jamais été abrogé— les dix alíneas de l’article 317.º de la Lei n.º 82/2023 ne le visent pas. Citer l’un sans l’autre rend la démonstration vérifiable en dix minutes, et fausse.
Trois références qui circulent, et qui rendent une note invérifiable
- L’exonération des pensions sous RNH était à l’article 81.º n.º 6, pas au n.º 5. Le n.º 5 antérieur visait les catégories B, E, F et G. C’est l’alínea b) de ce n.º 6 — revenu non réputé de source portugaise au sens de l’article 18.º n.º 1 — qui rendait l’exonération quasi automatique pour une pension française : l’explication technique du « Portugal à 0 % ».
- L’article de la Lei n.º 2/2020 qui a ajouté le n.º 12 à l’article 72.º est le 326.º, pas le 329.º — ce dernier étant la disposition transitoire, à conserver pour ce seul objet. Et l’entrée en vigueur de cette loi résulte de son article 430.º.
- L’article de la Lei n.º 82/2023 qui réécrit l’article 81.º du CIRS est le 230.º, pas le 235.º — lequel porte sur la réduction des retenues à la source des titulaires d’un bail d’habitation permanente, et n’a rien à voir.
Un dernier point sur la génération 1, parce qu’il inverse une conclusion patrimoniale. L’exonération de la pension n’était pas une franchise : le n.º 7 de l’article 81.º, dans sa rédaction alors en vigueur, visait expressément les n.os 4, 5 et 6, et disposait que les revenus exonérés étaient « obrigatoriamente englobados » pour la détermination du taux applicable aux autres revenus. L’englobement était obligatoire, pas facultatif. Un RNH de la génération 1, exonéré sur sa pension française mais titulaire de revenus fonciers portugais, d’une plus-value ou d’un salaire portugais, ne paie pas 0 % sur ces revenus-là : sa pension exonérée relève le taux moyen qui leur est appliqué. La phrase « au Portugal votre retraite est à 0 % » est exacte sur la pension et fausse sur le reste du foyer. Ajoutons que cette exonération n’était pas de plein droit : elle résultait d’une option exercée chaque année, catégorie par catégorie, dans l’anexo Lde la déclaration, entre méthode de l’exonération et méthode du crédit d’impôt. Une année sans option est une année perdue.
Le barème portugais appliqué à une pension : la mécanique exacte
Puisque c’est là que tombent aujourd’hui la quasi-totalité des arrivants, autant en connaître la mécanique. Une pension est un revenu de catégorie H. Elle est obligatoirement englobée au barème progressif de l’article 68.º du CIRS, après une déduction spécifique et une seule.
Étape 1 — la déduction spécifique de l’article 53.º.Elle est alignée sur celle des salaires : 8,54 × l’Indexante dos Apoios Sociais, soit pour 2026 8,54 × 537,13 = 4 587,09 €. En dessous de ce montant, la pension est intégralement absorbée. Au-delà, la déduction est plafonnée à ce montant fixe. S’y ajoutent les cotisations syndicales et les cotisations obligatoires à des régimes de protection sociale pour leur fraction excédant la déduction de base. Il n’y a ni abattement de 10 % à la française, ni abattement d’âge.Le caractère forfaitaire de cette déduction est structurant : plus la pension est élevée, plus la déduction est proportionnellement dérisoire. Sur 130 000 €, elle représente 3,5 % du brut.
Étape 2 — le barème, et sa méthode de calcul, qui n’est pas la méthode française.L’article 68.º n.º 2 prescrit de scinder le revenu imposable en deux parts : une part égale à la limite supérieure de la plus grande tranche qui y tient entièrement, à laquelle on applique le taux moyen publiéde la colonne (B) de cette tranche ; et l’excédent, auquel on applique le taux normalde la colonne (A) de la tranche immédiatement supérieure. Le résultat est proche d’un calcul par tranches à la française, sans lui être identique : aux 7e et 8etranches, le taux légalement publié en colonne (B) est supérieur d’un millième à la moyenne dérivable de la colonne (A). C’est le taux publié qui fait foi. Ne jamais recalculer « à la française » un impôt portugais au-delà de la 6e tranche.
| # | Revenu imposable (rendimento coletável) | Taux normal (A) | Taux moyen (B) |
|---|---|---|---|
| 1 | jusqu'à 8 342 € | 12,50 % | 12,500 % |
| 2 | de plus de 8 342 € à 12 587 € | 15,70 % | 13,579 % |
| 3 | de plus de 12 587 € à 17 838 € | 21,20 % | 15,823 % |
| 4 | de plus de 17 838 € à 23 089 € | 24,10 % | 17,705 % |
| 5 | de plus de 23 089 € à 29 397 € | 31,10 % | 20,579 % |
| 6 | de plus de 29 397 € à 43 090 € | 34,90 % | 25,130 % |
| 7 | de plus de 43 090 € à 46 566 € | 43,10 % | 26,472 % |
| 8 | de plus de 46 566 € à 86 634 € | 44,60 % | 34,856 % |
| 9 | supérieur à 86 634 € | 48,00 % | — |
Étape 3 — la surtaxe de solidarité.L’article 68.º-A du CIRS ajoute 2,5 %sur la fraction du revenu imposable comprise entre 80 000 € et 250 000 €, et 5 %au-delà de 250 000 €. Le taux marginal supérieur combiné du Portugal est donc de 53 %, et non de 48 %. On le retrouve, ce qui est une bonne vérification, en haut des tables de retenue à la source sur pensions. En imposition conjointe, le n.º 3 du même article applique le mécanisme à la moitié du revenu imposable puis multiplie par deux — ce qui revient économiquement à un seuil de 160 000 € pour le foyer. L’article 68.º-A n’a pas été modifié par la loi de finances portugaise pour 2026.
Étape 4 — ce qui vient réduire l’impôt, et ce qui ne le réduit pas.Le Portugal ne connaît pas de quotient familial au sens français. L’article 69.º prévoit un quociente conjugal dont le diviseur est 2 : il est toujours 2, il ne dépend pas du nombre d’enfants, et l’imposition séparée est le régime par défaut depuis la réforme de 2015. Les enfants n’augmentent pas le diviseur : ils ouvrent droit à des crédits d’impôt forfaitaires — 600 € par dépendant, avec majorations. Pour une famille française à hauts revenus, le passage du quotient familial aux déductions forfaitaires portugaises est une perte, pas un gain.
Quant aux deduções à coleta— santé, éducation, loyers, maisons de retraite, exigence de facture — elles sont plafonnées globalement par l’article 78.º n.º 7. Au-delà de 80 000 € de revenu imposable, le plafond est de 1 000 € par foyer, tous postes confondus. Ne jamais présenter les déductions portugaises comme un levier d’optimisation pour un patrimoine élevé : leur effet sur le taux effectif d’un haut revenu est marginal. À l’autre bout, l’article 70.º garantit un minimum d’existence dont la valeur de référence est de 12 880 €en 2026 — soit exactement quatorze mensualités du salaire minimum portugais de 920 €.
Retenue à la source, calendrier déclaratif, et le choc de trésorerie de la première année
Les tables de retenue à la source 2026 résultent du Despacho n.º 233-A/2026, publié au Diário da República 2.ª série du 6 janvier 2026. La table VIIIest celle des pensions pour un titulaire non marié, ou marié avec deux titulaires. Elle est instructive à deux extrémités : rien n’est retenu jusqu’à 920 € de pension mensuelle— le minimum d’existence — et les deux dernières lignes portent des taux marginaux de 50,50 % puis 53,00 %, qui intègrent la surtaxe de solidarité.
| Pension mensuelle | Taux marginal maximum | Taux effectif au plafond de la ligne |
|---|---|---|
| jusqu'à 920,00 € | 0,00 % | 0,0 % |
| jusqu'à 1 239,00 € | 21,20 % | 7,2 % |
| jusqu'à 1 869,00 € | 24,10 % | 12,9 % |
| jusqu'à 2 361,00 € | 34,90 % | 17,1 % |
| jusqu'à 3 462,00 € | 43,10 % | 25,3 % |
| jusqu'à 5 833,00 € | 44,60 % | 33,2 % |
| jusqu'à 18 332,00 € | 50,50 % | 45,0 % |
| supérieur à 18 332,00 € | 53,00 % | — |
Ces tables organisent la retenue opérée par le débiteur du revenu. Une caisse de retraite française n’est pas un agent de retenue portugais : en pratique, l’impôt portugais sur votre pension française se règle à la liquidation, après dépôt de la déclaration modelo 3, laquelle se dépose selon l’article 60.º du CIRS du 1er avril au 30 juinde l’année suivante — modalité à faire confirmer par votre contabilistala première année. La conséquence pratique est un décalage de trésorerie que personne n’annonce : vous percevez douze mois de pension sans prélèvement portugais, et vous découvrez ensuite une note correspondant à un exercice entier. Provisionnez-la dès le premier mois. Sur une pension de 40 000 €, c’est 8 149 € à sortir en une fois.
Cinq retraités, cinq additions
Les chiffrages qui suivent sont des applications numériques du barème 2026, avant toute dedução à coleta— ce qui donne une borne haute — et sans autre revenu que celui indiqué. Ils illustrent la mécanique ; ils ne remplacent pas une liquidation. Les taux moyens de la colonne (B) étant arrondis au millième par le législateur, une tolérance de quelques dizaines de centimes par tranche est normale : tous les montants sont arrondis à l’euro, et la somme des lignes peut s’écarter d’un euro du total.
Cas n° 1 — La petite pension : 18 000 € brut, célibataire, arrivée en 2026
Droit commun portugais, pension de 18 000 € brut
Pension brute (catégorie H) .......................... 18 000 €
− déduction spécifique art. 53.º ................. − 4 587 €
= revenu imposable ............................... 13 413 €
12 587 € × 13,579 % (colonne B, tranche 2) ........ 1 709 €
826 € × 21,20 % (colonne A, tranche 3) ........ 175 €
Impôt (coleta) .................................... 1 884 €
Taux effectif sur la pension brute .................. 10,5 %
Taux marginal ....................................... 21,2 %
Pour mémoire, sous RNH « génération 2 » :
10 % × 13 413 € ................................... 1 341 €
Écart annuel ........................................ 543 €Le résultat contredit l'intuition dominante : sur une petite pension, le régime à 10 % du RNH ne vaut presque rien. Le régime portugais de droit commun n'est pas confiscatoire par le bas — il l'est par le haut.
Ce cas mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il défait un raccourci commercial. Pour une pension de cet ordre, la fermeture du RNH n’est pas un événement patrimonial : 543 € par an. Ce qui décide de l’installation d’un retraité modeste au Portugal, ce n’est pas la fiscalité de sa pension — c’est le coût de la vie, l’accès aux soins et la question de la couverture maladie, traitée plus bas. Un conseil qui vend le RNH à ce profil vend un avantage qui n’existe pas à son échelle.
Cas n° 2 — La pension moyenne : 40 000 € brut, célibataire, les quatre régimes comparés
Une même pension de 40 000 €, quatre régimes portugais
Pension brute (catégorie H) .......................... 40 000 €
− déduction spécifique art. 53.º ................. − 4 587 €
= revenu imposable ............................... 35 413 €
DROIT COMMUN ET IFICI
29 397 € × 20,579 % (colonne B, tranche 5) ........ 6 050 €
6 016 € × 34,90 % (colonne A, tranche 6) ........ 2 099 €
Impôt ............................................. 8 149 €
Taux effectif sur le brut ........................... 20,4 %
Taux marginal ....................................... 34,9 %
RNH « GÉNÉRATION 2 » — 10 % sur les revenus nets de pensions
10 % × 35 413 € ................................... 3 541 €
Écart annuel avec le droit commun ................. 4 608 €
Sur huit exercices .............................. 36 864 €
RNH « GÉNÉRATION 1 » — exonération
Impôt sur la pension ................................... 0 €
Mais : englobement obligatoire pour le taux
applicable aux autres revenus du foyer.Sous IFICI, l'impôt est au minimum celui du droit commun : la catégorie H n'est pas exonérée. Il est supérieur dès que le foyer perçoit des revenus étrangers des catégories A, B, E, F ou G, obligatoirement englobés pour la détermination du taux.
C’est le profil le plus fréquent, et c’est celui sur lequel se joue la perte de chance décrite plus haut. Si cette personne est arrivée au Portugal en 2024, éligible au régime transitoire et jamais inscrite, elle a devant elle huit exercices à 10 % au lieu du barème, soit près de 37 000 € cumulés — à condition de déposer sa demande cette année. Si elle est arrivée en 2025 ou 2026, elle n’a rien à demander : la porte est fermée, et aucune circonstance ne la rouvre.
Une précision sur la génération 1. L’exonération de la pension est réelle, mais elle ne protège que la pension. Si ce retraité perçoit également 20 000 € de salaire portugais, ce salaire pris isolément atteindrait la 3etranche, marginal 21,20 % ; englobé avec la pension exonérée pour la détermination du taux, il est frappé au taux correspondant à un revenu global de plus de 50 000 €, soit la 8etranche et un marginal de 44,60 %. Le « 0 % » ne s’étend pas au reste du foyer.
Cas n° 3 — Le couple : 34 000 € et 16 000 €, et le réflexe français qui se retourne
Deux conjoints, deux pensions privées de source française, installés au Portugal en 2026, sans autre revenu. En France, l’imposition commune est le principe et il ne vient à personne l’idée de la remettre en cause. Au Portugal, l’imposition séparée est le régime par défaut, et l’option pour l’imposition conjointe n’est pas systématiquement favorable : elle divise par deux l’ensemble du revenu du foyer, ce qui avantage les couples à revenus déséquilibrés et reste neutre pour les couples à revenus égaux.
Imposition séparée contre imposition conjointe, revenus déséquilibrés
IMPOSITION SÉPARÉE (régime par défaut)
Conjoint A : 34 000 € − 4 587 € ................. 29 413 €
29 397 € × 20,579 % ............................ 6 050 €
16 € × 34,90 % ............................... 5 €
Impôt A ........................................ 6 055 €
Conjoint B : 16 000 € − 4 587 € ................. 11 413 €
8 342 € × 12,500 % ............................ 1 043 €
3 071 € × 15,70 % .............................. 482 €
Impôt B ........................................ 1 525 €
TOTAL DU FOYER .................................... 7 580 €
IMPOSITION CONJOINTE (art. 69.º, quociente conjugal, diviseur 2)
Revenu imposable du foyer ....................... 40 826 €
÷ 2 ............................................. 20 413 €
17 838 € × 15,823 % ............................ 2 823 €
2 575 € × 24,10 % .............................. 620 €
Sous-total ..................................... 3 443 €
× 2 ............................................... 6 886 €
Gain de l'option conjointe .......................... 694 €Application numérique du barème 2026. La déduction spécifique de l'article 53.º est retenue par titulaire de revenus de catégorie H ; comme toute application chiffrée, ce point se recontrôle avec un contabilista certificado avant de déposer l'option.
Le gain est ici de 694 € par an, et il croît avec le déséquilibre des pensions. Il tomberait à zéro pour deux pensions égales. Le point à retenir n’est pas le montant : c’est que ce calcul doit être refait chaque année, l’option étant annuelle, et qu’il change dès qu’un des deux conjoints perçoit un revenu portugais ou étranger. Le réflexe français — cocher l’imposition commune sans réfléchir — n’est pas transposable.
Cas n° 4 — La grosse pension : 130 000 € brut. Le Portugal a cessé d’être une bonne idée
Droit commun portugais, pension consolidée de 130 000 € brut, célibataire
Pension brute (catégorie H) ......................... 130 000 €
− déduction spécifique art. 53.º ................. − 4 587 €
= revenu imposable .............................. 125 413 €
86 634 € × 34,856 % (colonne B, tranche 8) ....... 30 197 €
38 779 € × 48,00 % (colonne A, tranche 9) ....... 18 614 €
Impôt de l'article 68.º .......................... 48 811 €
Taxa adicional de solidariedade (art. 68.º-A) :
(125 413 € − 80 000 €) × 2,5 % .................... 1 135 €
IMPÔT TOTAL ...................................... 49 946 €
Taux effectif sur la pension brute .................. 38,4 %
Taux marginal ................................ 48 % + 2,5 % = 50,5 %
Plafond des déductions à la collecte ............... 1 000 €
Pour mémoire, sous RNH « génération 2 » :
10 % × 125 413 € ................................. 12 541 €
Écart annuel ..................................... 37 405 €Le même barème produit 10,5 % d'imposition effective sur une pension de 18 000 € et 38,4 % sur une pension de 130 000 €. C'est un impôt progressif appliqué sans quotient familial et sans abattement d'âge : la progressivité y est plus brutale qu'on ne l'anticipe depuis la France.
Écrivons-le sans détour : pour ce profil, le Portugal de droit commun n’est pas un pays à fiscalité basse. Son taux marginal supérieur combiné de 53 % est supérieur au taux marginal supérieur du barème français de l’impôt sur le revenu. Il n’y a plus de quotient familial, les déductions à la collecte sont plafonnées à 1 000 €, et la déduction spécifique de 4 587 € ne représente plus rien. La décision de s’installer garde toutes ses raisons — le climat, le coût de la vie, la transmission en ligne directe, la sécurité — mais la fiscalité de la pension n’en est plus une. Un conseil qui présente encore le Portugal comme une destination fiscale à ce niveau de revenu n’a pas mis ses chiffres à jour.
Ajoutons ce que ce cas ne montre pas. Cette personne a probablement conservé un patrimoine français : revenus fonciers, plus-values, contrats. Les prélèvements sociaux français continuent de s’appliquer à ses revenus fonciers et à ses plus-values immobilières de source française — et, si elle relève d’un formulaire S1 délivré par la France, au taux plein. Le calcul d’opportunité doit se faire sur le foyer complet, pas sur la seule pension. Deux chapitres y sont consacrés : celui sur le patrimoine conservé en France et celui sur les prélèvements sociaux.
Cas n° 5 — Le fonctionnaire retraité : 55 000 €. Le Portugal ne change rien, et la naturalisation change tout
Retraité de la fonction publique d’État, pension de 55 000 €, s’installant au Portugal en 2026. Sa pension relève de l’article 20 § 2 de la convention : elle n’est imposable qu’en France. Le Portugal n’a aucune compétence d’imposition sur ce revenu, et le mécanisme d’élimination de la double imposition de l’article 24 § 2 — qui suppose un impôt portugais à réduire — ne trouve pas à s’appliquer. Aucun régime portugais, RNH ou IFICI, n’a la moindre incidence sur cette pension : le régime portugais ne peut pas exonérer un revenu qu’il n’impose pas.
Ce qu'il paie en France, et ce qu'il paierait au Portugal après naturalisation
SITUATION ACQUISE — pension publique, art. 20 § 2, France seule
Retenue de l'article 182 A du CGI, sur une assiette
nette annuelle de 55 000 € :
jusqu'à 17 275 € ......... 0 % ...................... 0 €
de 17 275 € à 50 112 € ... 12 % sur 32 837 € ..... 3 940 €
au-delà de 50 112 € ...... 20 % sur 4 888 € .......978 €
Retenue totale .................................... 4 918 €
Taux effectif ....................................... 8,9 %
Article 197 B : les tranches à 0 % et 12 % sont LIBÉRATOIRES.
Seule la fraction de 4 888 € est réintégrée au barème,
la retenue de 978 € s'imputant alors.
S'y ajoute, s'il est couvert par un formulaire S1 français,
la cotisation d'assurance maladie (COTAM) :
3,20 % × 55 000 € ................................. 1 760 €
APRÈS ACQUISITION DE LA NATIONALITÉ PORTUGAISE
L'imposition bascule intégralement au Portugal (art. 20 § 2,
seconde phrase ; ficha doutrinária AT proc. n.º 11/2018).
55 000 € − 4 587 € = revenu imposable ............ 50 413 €
46 566 € × 26,472 % (colonne B, tranche 7) .... 12 327 €
3 847 € × 44,60 % (colonne A, tranche 8) ..... 1 716 €
Impôt portugais .................................. 14 043 €
Taux effectif ...................................... 25,5 %
Multiplication de la charge fiscale ................. × 2,9La retenue de l'article 182 A n'est pas un simple acompte : les tranches à 0 % et 12 % sont libératoires de l'impôt sur le revenu (art. 197 B du CGI). C'est ce caractère libératoire, appliqué à un barème à trois tranches, qui explique un taux effectif français aussi bas — et qui rend la naturalisation portugaise coûteuse pour ce profil.
Pour ce retraité, l’installation au Portugal est fiscalement neutre sur sa pension : il continue de payer en France, ni plus ni moins. Le Portugal ne lui apporte, sur ce poste, aucun avantage — et il perd, en s’expatriant, la possibilité de raisonner sur un barème français familial. S’il envisage la nationalité portugaise, pour des raisons parfaitement légitimes qui n’ont rien de fiscal, il doit savoir qu’elle multiplie par près de trois l’imposition de sa pension, sans possibilité de retour tant que résidence et nationalité portugaises sont réunies. C’est exactement le genre de décision qui se prend en connaissance de cause, et presque jamais avec l’information devant soi.
Un dernier point, ouvert, qu’il faut signaler à ce profil. Le droit portugais prévoit, à l’article 81.º n.º 9 du CIRS, que les revenus étrangers auxquels une convention applique la méthode de l’exemption avec progressivité sont obligatoirement englobés pour déterminer le taux applicable aux autres revenus. Or la convention franco-portugaise ne prévoit, côté portugais, que l’imputation ordinaire : elle ne connaît pas de méthode d’exemption avec progressivité. Les sources consultées ne tranchent pasla question de savoir si cet englobement s’applique néanmoins aux pensions publiques françaises exclusivement imposables en France. Si ce retraité perçoit par ailleurs un revenu imposable au Portugal, la question devient chiffrable, et elle se pose à son contabilistaau moment de remplir l’annexe J.
Faire le calcul avant de vendre la maison, pas après la première déclaration portugaise
Nous instruisons un projet de retraite au Portugal dans l'ordre où l'administration le lira : nature exacte de chaque pension au regard des articles 19, 20 et 23 de la convention, date d'acquisition de la résidence fiscale et existence éventuelle d'une demande RNH jamais déposée, simulation du foyer complet sur la durée du régime applicable, puis raccordement au patrimoine conservé en France — prélèvements sociaux, couverture maladie, calendrier des arbitrages. Sur les points de qualification franco-portugaise et sur toute demande d'inscription, la mise en relation avec des avocats fiscalistes et des contabilistas certificados établis au Portugal fait partie de l'accompagnement.
Ce qui reste français quand la pension part au Portugal
Perdre le droit d’imposer une pension ne signifie pas, pour la France, cesser tout prélèvement sur elle. Deux choses subsistent, et l’une d’elles a des conséquences en cascade sur le reste de votre patrimoine.
La CSG, la CRDS et la CASA cessentsur les pensions : la contribution sur les revenus de remplacement suppose la domiciliation fiscale en France. La cotisation d’assurance maladie de l’article L. 131-9 du code de la sécurité sociale — la COTAM — la remplacedès lors que vous restez à la charge de l’assurance maladie française, c’est-à-dire dès lors que la France vous a délivré un formulaire S1. Les taux, désormais sourcés sur l’article D. 242-8 du code de la sécurité sociale dans sa version issue du décret n° 2018-821 du 27 septembre 2018, sont de 3,20 % sur les pensions servies par les organismes du régime général et de 4,20 % sur les autres avantages de retraite, dont les complémentaires. Les pensions des régimes spéciaux— fonction publique d’État, CNRACL, régimes à statut — ne relèvent pas de cet article mais de l’article D. 711-5 du même code, qui retient lui aussi3,20 %sur l’avantage de retraite du régime spécial et4,20 %sur la retraite complémentaire correspondante : c’est ce texte, et non l’article D. 242-8, que vise le Service des retraites de l’État. Le Service des retraites de l’État précise que le prélèvement est assis sur le montant brut de la pension.
Un faux ami à écarter tout de suite
L’adhésion volontaire à la Caisse des Français de l’Étranger n’exonère pas de la COTAM : le Service des retraites de l’État l’écrit expressément. La CFE est une couverture complémentaire, pas une sortie du régime français. Seules l’ouverture d’un droit à pension portugaise ou l’exercice d’une activité au Portugal déplacent la charge des soins sur le Portugal — et font alors tomber la cotisation, en application de l’article 30 du règlement (CE) n° 883/2004, qui interdit à un État d’appeler des cotisations maladie lorsqu’il ne supporte pas le coût des prestations.
Le second point est plus coûteux, et il est presque universellement mal écrit. Le taux réduit de 7,5 %— le seul prélèvement de solidarité, sans CSG ni CRDS — sur les revenus fonciers et les plus-values immobilières de source française n’est pas acquis du seul fait que vous résidez dans l’Union. L’article L. 136-6 I ter du code de la sécurité sociale pose deux conditions cumulatives : relever, en matière d’assurance maladie, d’une législation soumise au règlement 883/2004 ; et ne pas être à la charge d’un régime obligatoire de sécurité sociale français. Le retraité titulaire d’un formulaire S1 délivré par la France remplit la première et échoue à la seconde— par construction, puisque c’est l’institution française qui supporte le coût de ses soins et qui prélève la COTAM à ce titre. Il supporte donc les prélèvements sociaux au taux plein sur ses revenus fonciers français.
Cette lecture est celle qui s’impose au vu des textes — articles L. 136-6 I ter et L. 136-7 I ter du code de la sécurité sociale, articles 24 et 30 du règlement 883/2004, article L. 131-9 du même code. Nous devons cependant la présenter pour ce qu’elle est : la fiche « non-résident et prélèvements sociaux » du site des impôts et la doctrine administrative française relative aux plus-values immobilières des non-résidents, consultées le 28 juillet 2026, ne mentionnent pas explicitement le cas du retraité titulaire d’un S1 délivré par la France, et aucune décision juridictionnelle sur ce point précis n’a été identifiée. Ce qu’il faut cesser de reproduire, en revanche, c’est le raccourci « résident de l’Union égale 7,5 % », que l’on trouve partout et qui est faux dans la configuration la plus fréquente du lectorat de ce guide.
Symétriquement, dès que vous acquérez une pension portugaise ou que vous exercez une activité au Portugal, la charge de vos soins bascule sur le Portugal, le S1 français cesse, la COTAM cesse — et la seconde condition du I ter devient remplie. Un petit revenu d’activité portugaise peut donc avoir un effet disproportionné sur la fiscalité de votre patrimoine français. C’est l’un des rares points de ce dossier où une décision mineure produit un gain structurel, et il mérite d’être posé sur la table avant l’installation.
Un mot sur les polypensionnés, nombreux dans ce lectorat — France, Suisse, Luxembourg, Royaume-Uni, Belgique. L’État qui prend en charge vos soins n’est pas nécessairement la France : l’article 24 § 2 b) du règlement 883/2004 désigne l’institution de l’État à la législation duquel vous avez été soumis pendant la période la plus longue ; à durée égale, celui auquel vous l’avez été en dernier lieu. C’est cet État qui délivre le S1, et c’est de lui que dépend l’exigibilité de la cotisation maladie française. Faites établir ce point avant le départ : il commande tout le volet santé, et il commande aussi, par ricochet, le taux de vos prélèvements sociaux français.
La formalité qui coupe les pensions, et dont personne ne parle
Chaque année, les caisses de retraite françaises exigent un certificat de viedes retraités résidant hors de France ; depuis juin 2024, l’application « Mon certificat de vie » permet de le fournir depuis un smartphone. Depuis 2025, la sécurité sociale portugaise impose la même chose à ses propres pensionnés résidant à l’étranger, entre le 1er mai et le 15 septembre, en application du Decreto-Lei n.º 40/2025, de 26 de março et de la Portaria n.º 274/2025/1, de 31 de julho, déployée par vagues : Suisse et Luxembourg en 2025, Pays-Bas, Belgique, Cap-Vert et Royaume-Uni en 2026, tous les pays de résidence à compter de 2027 — trois modalités : portail de la Segurança Socialavec reconnaissance faciale, présentation en consulat, ou certificat délivré par une autorité du pays de résidence. Dans les deux pays, la sanction est identique et immédiate : suspension du paiementjusqu’à régularisation. C’est, en pratique, le premier incident de trésorerie d’un retraité expatrié — bien avant toute question fiscale. Mettez ces deux échéances dans votre calendrier avant tout le reste.
Pour qui le Portugal reste pertinent, et pour qui il ne l’est plus
Les profils pour lesquels la réponse reste oui
Points forts
- Le retraité devenu résident fiscal au plus tard le 31 décembre 2024, éligible au régime transitoire et jamais inscrit : jusqu'à huit exercices à 10 % au lieu du barème, à condition de déposer sa demande sans attendre
- Le retraité de la génération 1, inscrit ou demande déposée au 1er avril 2020, ou inscription demandée jusqu'au 31 mars 2020 ou 2021 : exonération de la pension jusqu'aux revenus 2029, sous réserve de l'englobement pour le taux des autres revenus
- La pension modeste, jusqu'à 20 000 € environ : le droit commun portugais y est peu différent d'un régime à 10 %, et le sujet se déplace vers le coût de la vie et la couverture maladie
- Le couple à pensions très déséquilibrées, qui tire un gain réel du quociente conjugal de l'article 69.º
- Le foyer dont l'enjeu principal est la transmission : ni droits de succession ni imposto do selo entre époux, ascendants et descendants sur les biens situés au Portugal, sous réserve de la verba 1.1 sur les donations d'immeubles
Les profils pour lesquels la réponse est devenue non
Points de vigilance
- La pension élevée arrivant après le 1er janvier 2025 : 38,4 % d'imposition effective sur 130 000 €, marginal à 50,5 %, taux marginal supérieur combiné de 53 % — au-dessus du taux marginal supérieur du barème français
- Le retraité de la fonction publique : sa pension reste imposable en France seule (art. 20 § 2), aucun régime portugais n'y change quoi que ce soit, et la naturalisation portugaise multiplierait sa charge fiscale
- Celui qui part sur la promesse d'un « RNH 2.0 » : l'IFICI n'exonère pas la catégorie H, il lui est structurellement fermé faute d'activité éligible, et il relèverait le taux appliqué à sa pension
- La famille avec enfants à charge et hauts revenus : le Portugal ne connaît pas le quotient familial, et les déductions à la collecte sont plafonnées à 1 000 € au-delà de 80 000 € de revenu imposable
- L'ancien libéral dont la pension pourrait relever de l'article 23 de la convention, et celui qui liquide un PER en rente : la qualification n'est pas tranchée, et partir avant de l'avoir fait trancher, c'est parier
Ce que nous ne tranchons pas, et ce qu’il faut faire arbitrer
Un guide qui ne dit que du bien d’une destination est un document commercial. Voici les points que la recherche n’a pas tranchés sur source primaire au 29 juillet 2026, avec la question exacte à poser et les pièces à réunir. Chacun d’eux se traite avec un avocat fiscaliste ou un conseil établi au Portugal, avanttout acte irréversible — vente de la résidence principale française, liquidation d’un PER, rachat de contrat, transfert de résidence.
| Point ouvert | Ce qui manque | La question à poser, et à qui |
|---|---|---|
| Qualification des pensions des caisses de non-salariés (CNAVPL, CARMF, CAVEC, CIPAV) : article 19 ou article 23 de la convention ? | Aucun rescrit de la DGFiP ni informação vinculativa de l'administration portugaise sur une telle pension versée à un résident du Portugal n'a été retrouvé | À un avocat fiscaliste international : « Cette pension relève-t-elle de l'article 19 ou de l'article 23 ? Un rescrit doublé d'une informação vinculativa est-il opportun avant l'installation ? » |
| Sortie en rente d'un PER, d'un contrat Madelin ou d'une assurance-vie : pension de l'article 19, ou rente viagère de l'article 23 ? | La doctrine française range expressément les rentes viagères à l'article 23 ; elle ne se prononce pas sur les rentes issues de ces contrats | À un avocat fiscaliste international, avec l'assureur : « Quelle qualification conventionnelle, et quelle catégorie portugaise — H ou E ? » La réponse commande l'application ou non de l'exonération IFICI |
| Effet d'une exonération portugaise sur un revenu relevant de l'article 23 | L'article 23 conditionne l'attribution au Portugal à un assujettissement effectif. Aucune prise de position publiée n'a été retrouvée sur le cas d'un bénéficiaire exonéré | Au même conseil : « La condition d'assujettissement est-elle remplie lorsque le contribuable est exonéré au Portugal ? La France peut-elle alors opérer la retenue de l'article 182 A ? » |
| Périmètre de l'article 20 § 3 : quels régimes français relèvent de l'« activité d'entreprise » ? | Aucune liste dans le texte consolidé, la doctrine française, les rapports parlementaires de ratification ou la ficha doutrinária proc. 11/2018 | À un avocat fiscaliste international : « La pension servie par [régime] relève-t-elle de l'article 19 ou de l'article 20 § 2 ? » Concerne notamment les retraités de la SNCF, de la RATP, des IEG, de La Poste et de France Télécom |
| Application de l'englobement de l'article 81.º n.º 9 du CIRS aux pensions publiques françaises exclusivement imposables en France | La convention ne prévoit, côté portugais, que l'imputation ordinaire ; la ficha doutrinária proc. 11/2018 traite d'un cas où l'imposition revenait au Portugal et n'aborde pas la question | À un contabilista certificado ou un fiscaliste portugais : « Ces pensions doivent-elles être portées à l'annexe J et englobées pour la détermination du taux applicable aux autres revenus ? » |
| Nature du délai d'inscription au RNH : constitutif ou procédural ? | Divergence TRANCHÉE depuis, en faveur de l'administration : l'Acórdão do STA n.º 7/2026 du 22 juin 2026 a uniformisé contre la ligne arbitrale qui jugeait le délai « meramente procedimental, e não constitutivo ». Ce qui précède décrit l'état antérieur. Aucune prise de position du Supremo Tribunal Administrativo n'a été retrouvée | À un avocat fiscaliste portugais praticien du contentieux arbitral : « Cette ligne est-elle stable en 2026 ? Quelles chances réelles d'obtenir le régime sur les années passées ? » |
Les huit questions à traiter avant de partir
Dans l’ordre, parce que l’ordre compte : chacune commande la suivante, et les trois premières se posent avant même de regarder un bien immobilier.
- Quelle est la nature exacte de chacune de vos pensions ?Régime général, complémentaire de salarié, caisse de profession libérale, fonction publique, régime spécial, rente issue d’un contrat. La réponse détermine l’article conventionnel applicable, donc le pays qui impose. Réunissez toutes vos notifications de pension : c’est la pièce de base du dossier, et elle manque neuf fois sur dix.
- À quelle date êtes-vous — ou serez-vous — devenu résident fiscal du Portugal ?Avant le 1er janvier 2025, le régime transitoire du RNH est peut-être ouvert. À compter de cette date, il ne l’est pas, et aucune circonstance ne le rouvre.
- Une demande d’inscription au RNH a-t-elle déjà été déposée ?Si vous étiez éligible et ne l’avez jamais fait, chaque 1er janvier qui passe coûte une année pleine. Cette question se pose avantqu’on vous applique le barème de droit commun.
- Votre conjoint et vos enfants relèvent-ils du même régime ?L’alínea d) de l’article 236.º n.º 3 étend le régime transitoire aux membres du foyer fiscal d’un bénéficiaire. C’est régulièrement oublié.
- Qui prendra en charge vos soins ? France par formulaire S1, ou Portugal si vous acquérez une pension portugaise ou exercez une activité. La réponse commande la COTAM et, par ricochet, le taux de vos prélèvements sociaux français sur vos revenus fonciers.
- Quel est le calendrier de vos décisions maîtrisables ?Rachat de contrat, cession de titres, sortie en capital d’un PER, distribution de dividendes, vente d’un bien : leur traitement dépend du régime portugais en vigueur l’année de l’opération. Si votre RNH s’éteint avec les revenus 2026 ou 2027, ces arbitrages ont une date limite.
- Avez-vous provisionné l’impôt portugais de la première année ?Aucune retenue n’est opérée sur une pension française ; la note arrive après le dépôt de la modelo 3, entre le 1er avril et le 30 juin de l’année suivante.
- Envisagez-vous la nationalité portugaise ?Si vous percevez une pension publique française, c’est une décision fiscale majeure et non une formalité. Faites le calcul avant de déposer le dossier.
Sources et portée de ce chapitre
État du droit arrêté au 29 juillet 2026.Côté portugais : articles 16.º, 22.º, 25.º, 53.º, 60.º, 68.º, 68.º-A, 69.º, 70.º, 72.º, 78.º et 81.º du Código do IRSet article 58.º-A de l’Estatuto dos Benefícios Fiscais, lus sur les codes republicados publiés par l’Autoridade Tributária e Aduaneira, dans leur rédaction en vigueur et dans leurs rédactions antérieures datées ; Lei n.º 2/2020, du 31 mars 2020 (articles 326.º, 329.º, 334.º et 430.º) ; Lei n.º 82/2023, du 29 décembre 2023 (articles 230.º, 236.º, 263.º et 317.º) ; Lei n.º 73-A/2025, du 30 décembre 2025 ; Despacho n.º 233-A/2026, du 5 janvier 2026 ; Portaria n.º 480-A/2025/1 (valeur de l’IAS) ; Decreto-Lei n.º 139/2025 (salaire minimum). Doctrine administrative portugaise : Ofício-Circulado n.º 90068, du 16 février 2024 ; Ofício Circulado n.º 20276/2025 ; informação vinculativa proc. n.º 26080, despachodu 8 mai 2026 ; ficha doutrinária proc. n.º 25941, despachodu 17 novembre 2025 ; ficha doutrináriaproc. n.º 11/2018 ; dépliant officiel IFICI et FAQ n.º 5495, 1280, 4394 et faqs-00309. Côté conventionnel et français : convention du 14 janvier 1971 dans sa version consolidée publiée par la DGFiP, intégrant l’avenant du 25 août 2016 et la convention multilatérale BEPS ; articles 182 A et 197 B du CGI ; articles L. 131-9, L. 136-1, L. 136-6 et D. 242-8 du code de la sécurité sociale ; règlement (CE) n° 883/2004, articles 17, 23, 24 et 30.
Une lecture postérieure de plus de six mois doit rouvrir ces sources avant de s’y fier. Les lois de finances portugaises se publient chaque 30 ou 31 décembre, et c’est le véhicule qui pourrait modifier le barème, la déduction spécifique de la catégorie H, ou le sort du régime transitoire. Pour les deux dernières — la Lei n.º 45-A/2024 et la Lei n.º 73-A/2025 — la recherche plein texte menée sur leurs versions publiées et sur l’analyse qu’en a faite l’Ordre des experts-comptables portugais ne relève aucune modification de l’article 58.º-A de l’EBF ni de l’article 236.º de la Lei n.º 82/2023.
Hagnéré Patrimoine est un cabinet de conseil en gestion de patrimoine immatriculé à l’ORIAS sous le numéro 23002291, en qualité de conseiller en investissements financiers, courtier d’assurance et courtier en opérations de banque et en services de paiement. Ce chapitre décrit des mécanismes fiscaux et des catégories de solutions ; il ne constitue ni une consultation juridique, ni une recommandation personnalisée, ni une promesse de résultat fiscal. Les applications numériques qu’il contient sont des illustrations du barème, établies sans deduções à coletaet sans autre revenu que celui indiqué : elles ne valent pas liquidation. Le droit fiscal portugais relève d’avocats et de contabilistas certificadosétablis au Portugal, avec lesquels nous travaillons.

