Ce que nous faisons concrètement pour un expatrié au Royaume-Uni
Ce volet expose le droit applicable. La page que nous consacrons à l’expatriation au Royaume-Uni expose notre intervention : les profils que nous accompagnons, la façon dont nous coordonnons les conseils locaux, et ce qui relève de leur ressort plutôt que du nôtre.
07. L'income tax de droit commun : le scénario par défaut désormais
Votre employeur vous annonce 115 000 £. Vous voulez savoir ce qu’il en restera sur le compte à la fin du mois, et si c’est mieux ou moins bien qu’à Paris. C’est la seule question qui compte au moment de signer, et c’est celle à laquelle presque aucun texte francophone ne répond correctement, pour deux raisons cumulées. La première : le corpus en ligne continue de décrire un pays où l’on choisit son régime d’imposition. Ce pays n’existe plus. La seconde : l’income tax britannique comporte, entre 100 000 £ et 125 140 £ de revenu, une bande où chaque livre supplémentaire est prélevée à 62 %, soit quinze points de plus qu’au sommet du barème. Cette bande n’apparaît sur aucun tableau de taux. Elle frappe exactement le profil qui part à Londres.
Ce chapitre traite le régime de droit commun comme ce qu’il est devenu : le scénario central, celui qui s’applique à la quasi-totalité des lecteurs de ce guide, tout de suite ou au plus tard à la cinquième année de résidence. Le régime des revenus et gains étrangers, dont le chapitre 03 détaille le mécanisme, ne dure que quatre années fiscales au maximum, et son compteur démarre à votre première année de résidence britannique, y compris si elle est antérieure à sa création. Le régime du non-domicilié, lui, est supprimé : le chapitre 02 en fait l’état. Autrement dit, tout le monde finit ici. Un cadre installé depuis 2023-24 a déjà consommé deux de ses quatre années. Un arrivant de l’année fiscale 2027-28 qui restera dix ans passera six années sur dix dans ce chapitre-là.
Nous allons donc le traiter au chiffre près : le barème et ses trois taux affichés, la personal allowance et le mécanisme qui la retire silencieusement, les National Insurance contributions, la charge sur les allocations familiales, la retenue à la source et la déclaration annuelle, puis trois foyers calculés de bout en bout et confrontés à ce que le même revenu supporterait en France. Le résultat de cette confrontation surprendra sans doute une partie des lecteurs : sur l’impôt sur le revenu proprement dit, le Royaume-Uni prélève davantage que la France à revenu comparable, et l’écart se creuse avec les enfants. Ce qui se joue ailleurs, sur les cotisations sociales et sur les revenus du capital, est un autre sujet, et nous dirons où.
Portée de ce chapitre : le territoire et le calendrier
Territoire. Les barèmes reproduits ici sont ceux de l’Angleterre, du pays de Galles et de l’Irlande du Nord, que les documents britanniques désignent par « rUK » (rest of the UK). L’income tax est partiellement dévolue : l’assiette et les abattements sont fixés à Westminster et identiques partout, mais les taux et les tranches sur les revenus non financiers (salaires, pensions, bénéfices professionnels, revenus fonciers) sont dévolus à l’Écosse, qui applique six tranches et un taux supérieur de trois points. Le pays de Galles dispose de taux dévolus (Welsh Rates of Income Tax) mais les a jusqu’ici alignés sur ceux de l’Angleterre. Si vous vous installez à Édimbourg, à Glasgow ou à Aberdeen, la section consacrée à l’Écosse vous concerne et le reste ne vous concerne qu’en partie.
Calendrier. L’année fiscale britannique des personnes physiques court du 6 avril au 5 avril suivant. Tous les montants de ce chapitre se rapportent à l’année fiscale 2026-27, soit du 6 avril 2026 au 5 avril 2027, sauf mention contraire expresse. Les seuils changent au 6 avril, jamais au 1erjanvier. Un chiffre britannique présenté comme celui de « 2026 », sans autre précision, est inexploitable : au 29 juillet 2026 il peut désigner l’année close le 5 avril 2026 comme l’année en cours.
Trois dates à ne pas confondre dans le même paquet budgétaire.Le Budget du 26 novembre 2025 produit des effets étagés : les taux sur dividendes ont changé au 6 avril 2026 ; les taux sur l’épargne et le barème autonome des revenus fonciers changeront au 6 avril 2027 ; la charge de cotisations sur le salary sacrifice de retraite au-delà de 2 000 £ par an interviendra au 6 avril 2029. Confondre « annoncé en novembre 2025 » et « applicable aujourd’hui » est l’erreur la plus fréquente du corpus francophone sur ce sujet.
Le barème : trois taux, aucun foyer fiscal, et des seuils gelés jusqu’en 2030-31
Commençons par la structure, parce qu’elle explique tout le reste. L’income tax britannique est un impôt strictement individuel. Il n’existe ni quotient conjugal ni quotient familial : votre conjoint est un contribuable distinct, vos enfants n’entrent dans aucun calcul de parts, et le fait d’être marié ne change rien au barème. C’est le premier écart de structure avec la France, et c’est de très loin le plus coûteux pour un couple à revenus déséquilibrés. La principale respiration existante, la Marriage Allowance, permet de transférer 1 260 £ de personal allowanceau conjoint : elle plafonne le gain à 252 £ par an au taux de base, et elle est fermée dès que le bénéficiaire est imposé au-delà du taux de base. Autant dire qu’elle ne concerne aucun des foyers que nous voyons partir.
Les taux, ensuite. Trois pour le reste du Royaume-Uni, appliqués aux revenus dits NSND (non-savings, non-dividend : salaires, pensions, bénéfices professionnels, revenus fonciers). HMRC publie ses tranches exprimées au-dessus de la personal allowance, ce qui est une source d’erreur permanente dans les traductions françaises. Nous donnons les deux lectures.
| Tranche | Taux 2026-27 | Fraction taxable (présentation HMRC) | Revenu total correspondant |
|---|---|---|---|
| Personal allowance | 0 % | — | 0 à 12 570 £ |
| Basic rate | 20 % | 0 à 37 700 £ | 12 571 à 50 270 £ |
| Higher rate | 40 % | 37 701 à 125 140 £ | 50 271 à 125 140 £ |
| Additional rate | 45 % | au-delà de 125 140 £ | au-delà de 125 140 £ |
Rien n’a bougé au 6 avril 2026, et rien ne bougera avant longtemps. La personal allowancede 12 570 £ et la limite du taux de base de 37 700 £ sont gelées depuis l’année fiscale 2021-22, et le Budget du 26 novembre 2025 a prolongé ce gel jusqu’à l’année fiscale 2030-31 incluse, seuil d’entrée dans la tranche à 40 % maintenu à 50 270 £. C’est une donnée patrimoniale de premier ordre et elle est presque toujours omise des simulations. Sur dix ans de gel en environnement inflationniste, l’effet mécanique (le fiscal drag) fait entrer dans la tranche à 40 % des revenus qui n’y seraient jamais entrés à barème indexé. Concrètement : si vous projetez votre situation britannique à cinq ans, faites-le à seuils constants, en indexant votre seule rémunération. Toute projection qui indexe les seuils sous-estime votre impôt futur, et l’écart n’est pas marginal.
L’Écosse, maintenant, parce qu’une partie des mutations britanniques que nous accompagnons n’est pas londonienne. Six tranches, trois de plus qu’au sud, et une architecture qui produit une anomalie dont personne n’avertit les nouveaux arrivants.
| Tranche écossaise | Taux 2026-27 | Revenu total (PA pleine) | Fraction taxable |
|---|---|---|---|
| Personal allowance | 0 % | 0 à 12 570 £ | — |
| Starter rate | 19 % | 12 571 à 16 537 £ | jusqu’à 3 967 £ |
| Basic rate | 20 % | 16 538 à 29 526 £ | jusqu’à 16 956 £ |
| Intermediate rate | 21 % | 29 527 à 43 662 £ | jusqu’à 31 092 £ |
| Higher rate | 42 % | 43 663 à 75 000 £ | jusqu’à 62 430 £ |
| Advanced rate | 45 % | 75 001 à 125 140 £ | au-delà de 62 430 £ |
| Top rate | 48 % | au-delà de 125 140 £ | au-delà de 112 570 £ |
Le taux supérieur écossais est de 48 %, pas de 47 %
Une recherche en ligne sur les tranches écossaises 2026-27 renvoie couramment un top rate à 47 %. Les deux publications officielles écossaises et la page HMRC donnent 48 %. Le 47 % est un chiffre périmé : c’était le taux supérieur écossais de l’année fiscale 2023-24, porté à 48 % au 6 avril 2024, en même temps que la création de l’advanced rateà 45 %. Il ne doit pas davantage être confondu avec le futur taux additionnel britannique sur les revenus fonciers et d’épargne, également de 47 % mais applicable à compter du 6 avril 2027 et sans rien d’écossais. Ne reprenez pas 47 %.
Second point, plus discret et plus coûteux : la bande comprise entre 43 663 £ et 50 270 £, large de 6 608 £, supporte un taux marginal cumulé de 50 %. Le seuil écossais de la tranche à 42 % est désaligné de l’Upper Earnings Limitdes cotisations, fixé à Westminster à 50 270 £ : sur cette bande, le contribuable écossais paie simultanément le taux d’impôt élevé et le taux de cotisation élevé. Ce n’est pas une subtilité de barème, c’est une différence de traitement de plusieurs centaines de livres par an entre deux salariés identiques séparés par la frontière anglo-écossaise.
La personal allowance et le piège qui la retire : la bande à 62 %
C’est le point le plus important de ce chapitre, et celui que nous voyons le plus souvent découvert après coup, sur le bulletin de paie de janvier. La personal allowance est l’abattement de base : 12 570 £ de revenu à 0 % en 2026-27. Son montant figure à l’article 35(1) de l’Income Tax Act 2007, la condition de résidence étant renvoyée à l’article 56 du même texte. Jusque-là, rien de surprenant pour un lecteur français.
Ce qui l’est davantage, c’est l’article 35(2) : « For an individual whose adjusted net income exceeds £100,000, the allowance under subsection (1) is reduced by one-half of the excess. » Une demi-livre d’abattement perdue par livre de revenu au-delà de 100 000 £ de revenu net ajusté. Le mécanisme s’éteint de lui-même lorsque l’abattement est épuisé, c’est-à-dire à 125 140 £(100 000 + 2 × 12 570). L’article 35(3) prévoit l’arrondi à la livre supérieure, et l’article 58définit l’adjusted net income, notion qui commande à la fois ce calcul, celui de la charge sur les allocations familiales et le rendement de vos cotisations de retraite. Une précision de référence, parce qu’elle circule fausse et qu’un confrère ou un contrôleur ouvrira l’article cité en premier : la dégressivité n’est pasà l’article 38 de l’ITA 2007, lequel est intitulé Blind person’s allowanceet ne traite que de l’abattement des personnes aveugles.
L’arithmétique de ce retrait produit une bande de taux marginal que rien n’annonce. Chaque livre gagnée entre 100 000 £ et 125 140 £ est imposée à 40 % et fait entrer une demi-livre supplémentaire dans l’assiette imposable à 40 % : 40 % + 20 % = 60 % d’impôt sur le revenu. Ajoutez les 2 % de cotisation salariale applicables au-delà de 50 270 £ et vous obtenez 62 %de taux marginal réel pour un salarié anglais. En Écosse, où le taux applicable sur cette bande est de 45 %, l’addition donne 45 + 22,5 + 2 = 69,5 %. Ces deux valeurs sont des calculs dérivés, que nous assumons comme tels ; les taux qui les composent sont officiels.
Une prime de 10 000 £ versée sur un salaire de 105 000 £, année fiscale 2026-27, rUK
SITUATION AVANT LA PRIME
Revenu net ajusté ......................................... 105 000 £
Excédent au-delà de 100 000 £ ............................... 5 000 £
Retrait de personal allowance (moitié de l'excédent) ........ 2 500 £
Personal allowance restante (12 570 - 2 500) ............... 10 070 £
Revenu imposable (105 000 - 10 070) ........................ 94 930 £
Impot : 37 700 x 20 % = 7 540 £
57 230 x 40 % = 22 892 £
TOTAL IMPOT ................................................ 30 432 £
SITUATION APRES LA PRIME
Revenu net ajusté ......................................... 115 000 £
Excédent au-delà de 100 000 £ .............................. 15 000 £
Retrait de personal allowance ............................... 7 500 £
Personal allowance restante ................................. 5 070 £
Revenu imposable (115 000 - 5 070) ........................ 109 930 £
Impot : 37 700 x 20 % = 7 540 £
72 230 x 40 % = 28 892 £
TOTAL IMPOT ................................................ 36 432 £
CE QUE COUTE REELLEMENT LA PRIME
Impot supplémentaire (36 432 - 30 432) ...................... 6 000 £
Cotisation salariale supplémentaire (10 000 x 2 %) ............ 200 £
PRELEVEMENT TOTAL SUR LA PRIME .............................. 6 200 £
Taux marginal effectif ........................................ 62 %
Ce qui vous reste ........................................... 3 800 £
LE MEME BONUS SUR UN SALAIRE DE 200 000 £
Impot (10 000 x 45 %) ....................................... 4 500 £
Cotisation salariale (10 000 x 2 %) ........................... 200 £
PRELEVEMENT TOTAL ........................................... 4 700 £
Ce qui vous reste ........................................... 5 300 £Le dirigeant à 200 000 £ conserve 1 500 £ de plus, sur la même prime de 10 000 £, que le cadre à 105 000 £. Le pic à 62 % puis la redescente à 47 % est la singularité structurelle du système britannique : le barème français, lui, est monotone croissant. Calculs dérivés des taux officiels de l’année fiscale 2026-27 (ITA 2007, art. 35(2) pour le retrait de la personal allowance ; taux de cotisation de classe 1 salarié de 8 % et 2 %).
De cette anomalie découle le levier d’optimisation le plus employé par les cadres britanniques, et il est parfaitement légal : ramener le revenu net ajusté sous 100 000 £. Deux instruments y parviennent, parce que tous deux réduisent l’adjusted net incomeau sens de l’article 58 : la cotisation à un régime de retraite et le don caritatif sous régime Gift Aid. Dans cette bande, le rendement d’une cotisation de retraite est donc de 60 %en Angleterre et de 67,5 % en Écosse, non de 40 % ou 45 %. Une cotisation de 15 000 £ versée par un salarié à 115 000 £ lui coûte 6 000 £ de trésorerie nette. Nous détaillons le calcul complet plus bas, sur le deuxième foyer.
Deux réserves, parce qu’un levier présenté sans ses limites n’est pas un conseil. La première est de liquidité : l’argent versé dans un régime de retraite britannique n’est pas récupérable avant l’âge d’accès autorisé, et un premier retrait flexible sur un régime à cotisations définies déclenche la Money Purchase Annual Allowance, qui ramène le plafond annuel à 10 000 £ pour les cotisations à cotisations définies et supprime le report des plafonds non utilisés des trois années antérieures. C’est un arbitrage irréversible. La seconde est franco-britannique : le sort d’un régime de retraite britannique en cas de retour en France, et le traitement français du pension commencement lump sum, ne sont pas tranchés par nos fiches. Le chapitre consacré au retour y revient ; nous ne conseillons aucun transfert de pension dans ce guide.
Un mot sur les autres abattements personnels de l’année fiscale 2026-27, pour épuiser le sujet et parce que deux d’entre eux sont régulièrement présentés en français comme des dispositifs familiaux, ce qu’ils ne sont pas.
| Abattement | Montant 2026-27 | Montant 2025-26 | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|---|
| Personal allowance | 12 570 £ | 12 570 £ | Gelée jusqu’en 2030-31 incluse. Retirée de 1 £ pour 2 £ au-delà de 100 000 £ de revenu net ajusté, nulle à 125 140 £ |
| Marriage Allowance | 1 260 £ | 1 260 £ | Fraction transférable de personal allowance, du conjoint dont le revenu est inférieur à la PA vers l’autre, à condition que ce dernier ne soit pas imposé au-delà du taux de base. Gain maximal de 252 £ par an |
| Married Couple’s Allowance — maximum | 11 700 £ | 11 270 £ | Réservée aux couples dont au moins un membre est né avant le 6 avril 1935. Ce n’est pas un abattement d’assiette mais une réduction d’impôt à 10 % |
| Married Couple’s Allowance — minimum | 4 530 £ | 4 360 £ | Même condition de date de naissance |
| Blind Person’s Allowance | 3 250 £ | 3 130 £ | Article 38 de l’ITA 2007. Sans rapport avec la dégressivité de la personal allowance, contrairement à ce qu’écrit une partie du corpus |
L’ordre légal d’imposition et les abattements qui ne libèrent pas de tranche
Un point technique qui a l’air anodin et qui ne l’est pas. L’income tax impose vos revenus dans un ordre fixé par la loi : d’abord les revenus NSND (salaires, foncier, pensions), puis les revenus d’épargne, puis les dividendes en dernier. Les dividendes sont donc réputés former la tranche supérieure de votre revenu. Pour un salarié à 90 000 £ qui perçoit 8 000 £ de dividendes, ceux-ci ne viennent pas se ranger au bas du barème : ils s’empilent au sommet.
Deuxième subtilité, qui coûte de l’argent à qui l’ignore : la Personal Savings Allowance et la dividend allowance ne sont pas des abattements d’assiette au sens français. Les revenus qu’elles couvrent sont taxés à 0 % mais consomment de la tranche : ils comptent pour déterminer dans quelle tranche tombe le reste. Un contribuable proche de 50 270 £ ne « gagne » donc pas 500 £ de marge de tranche grâce à la dividend allowance. Et la Personal Savings Allowancene descend pas en pente : elle passe de 1 000 £ à 500 £ en franchissant le seuil du taux supérieur, puis à zéro en entrant dans la tranche additionnelle. C’est une falaise, pas une dégressivité.
| Nature du revenu | Abattement propre 2026-27 | Taux 2026-27 | Évolution votée |
|---|---|---|---|
| Salaires, pensions, bénéfices professionnels | Personal allowance 12 570 £ | 20 / 40 / 45 % (rUK) | Seuils gelés jusqu’en 2030-31 |
| Revenus fonciers britanniques | Property allowance 1 000 £ | 20 / 40 / 45 % (régime NSND) | Barème autonome de 22 / 42 / 47 % au 6 avril 2027 |
| Intérêts | PSA 1 000 / 500 / 0 £ selon la tranche, plus starting rate for savings jusqu’à 5 000 £ | 20 / 40 / 45 % | 22 / 42 / 47 % au 6 avril 2027 |
| Dividendes | Dividend allowance 500 £ | 10,75 / 35,75 / 39,35 % | Déjà relevés au 6 avril 2026 ; le taux additionnel reste à 39,35 % |
| Revenus logés dans un ISA | — | 0 % | Plafond du Cash ISA ramené à 12 000 £ au 6 avril 2027, 20 000 £ maintenus à partir de 65 ans |
Une évolution structurelle à porter dans les projections, parce qu’elle change la façon dont les abattements se répartissent. Pour l’année fiscale 2026-27, la personal allowance peut être allouée de la manière la plus favorable au contribuable. À compter du 6 avril 2027, la règle s’inverse : les réductions et abattements ne seront appliqués aux revenus fonciers, d’épargne et de dividendes qu’aprèsavoir été appliqués aux autres sources de revenus. Pour un lecteur dont l’essentiel du revenu britannique est salarial, l’effet sera nul. Pour un retraité ou un bailleur dont le revenu est majoritairement financier ou foncier, il faut refaire le calcul.
Deux micro-dispositifs, enfin, dont l’utilité pratique est réelle pour un nouvel arrivant. Le Rent a Room Scheme exonère jusqu’à 7 500 £ par an (3 750 £ si les revenus sont partagés) les sommes perçues par celui qui loue une chambre dans le logement où il réside effectivement, qu’il en soit ou non propriétaire. Compte tenu du niveau des loyers londoniens, sur lequel nous revenons, c’est un poste qui compte. Il ne se cumule pas avec la property allowancede 1 000 £. Cette dernière, comme la trading allowancedu même montant, dispense de déclaration lorsque le revenu brut de la catégorie ne dépasse pas 1 000 £, les justificatifs devant être conservés ; au-delà, elle se substitue aux charges réelles, jamais ne s’y ajoute.
Les National Insurance contributions : ni un impôt bis, ni une cotisation comme en France
Les National Insurance contributions ne sont pas un second impôt sur le revenu, et les traiter comme tel fausse tous les calculs. Trois différences de nature. Elles ont leur propre assiette et leurs propres seuils, qui ne coïncident avec ceux de l’income tax que par accident. Elles se calculent, pour la classe 1 salariée, à la période de paie (hebdomadaire ou mensuelle) et non sur l’année. Et elles ouvrent des droits, ce que l’impôt ne fait pas.
Ce troisième point mérite qu’on s’y arrête, parce que la présentation qui circule en français est fausse dans les deux sens. On lit couramment que les cotisations britanniques ne financent pas la santé. C’est inexact : la section 162(5) du Social Security Administration Act 1992 affecte au service de santé une fraction des recettes de chaque classe de cotisation, prélevée avant versement au National Insurance Fund : 2,05 % de la classe 1 salarié, 1,9 % de la classe 1 employeur et des classes 1A et 1B, 15,5 % des classes 2 et 3, 2,15 % de la classe 4. Ce qui est exact, en revanche, c’est que l’accès aux soins n’est pas conditionné par la cotisation : il repose sur la résidence. Un résident ordinaire qui n’a jamais cotisé est soigné ; un cotisant qui n’est pas résident ordinaire est facturé. Les deux propositions sont différentes et il faut tenir la seconde, pas la première.
| Classe 1 — seuils 2026-27 | Hebdomadaire | Mensuel | Annuel |
|---|---|---|---|
| Lower Earnings Limit (LEL) | 129 £ | 559 £ | 6 708 £ |
| Primary Threshold (PT) — entrée de la cotisation salariale | 242 £ | 1 048 £ | 12 570 £ |
| Secondary Threshold (ST) — entrée de la cotisation patronale | 96 £ | 417 £ | 5 000 £ |
| Upper Earnings Limit (UEL) — bascule du taux salarial | 967 £ | 4 189 £ | 50 270 £ |
Le taux salarial de 8 % est celui qu’il faut retenir, et le corpus francophone cite encore massivement 12 %. La séquence exacte est la suivante : 12 % jusqu’au 5 janvier 2024, 10 % du 6 janvier au 5 avril 2024, 8 % depuis le 6 avril 2024. L’étape intermédiaire de trois mois n’est pas une curiosité d’archiviste : elle peut encore apparaître dans une régularisation ou une déclaration rectificative portant sur l’année fiscale 2023-24.
La périodicité de paie produit un effet que personne n’anticipe et sur lequel nous sommes régulièrement interrogés au mois de mars. Parce que la classe 1 se calcule au mois, un bonus annuel versé en une seule fois franchit l’Upper Earnings Limit mensuel de 4 189 £ dès le mois de versement : la fraction excédentaire du mois ne supporte que 2 %, alors que le même montant étalé sur douze mois en aurait supporté 8 % pour une part. Le bonus concentré est, de ce seul point de vue, mieux traité en cotisations que le salaire lissé. Le raisonnement s’inverse pour un salarié dont la rémunération annuelle reste sous l’UEL. Ce n’est pas un montage, c’est une conséquence mécanique de l’unité de compte, et elle explique des écarts de bulletin que les salariés attribuent généralement à une erreur de paie.
La cotisation patronale, ensuite, parce qu’elle n’apparaît pas sur votre bulletin mais pèse sur la négociation salariale. Elle est de 15 % sans plafond au-delà de 5 000 £de rémunération annuelle. Le relèvement du taux de 13,8 % à 15 % et l’abaissement du seuil de 9 100 £ à 5 000 £ sont intervenus au 6 avril 2025. Un Français qui crée une structure employeuse au Royaume-Uni doit intégrer que le coût employeur commence désormais à 5 000 £, non à 9 100 £. L’Employment Allowancede 10 500 £ par an réduit la facture patronale des employeurs éligibles : la règle est que l’allègement est refusé lorsque le seul salarié rémunéré au-dessus du secondary thresholdest également mandataire social. Deux réserves de sourçage sur ce point : le montant de 10 500 £ est confirmé par l’annexe A du Budget 2025 mais ne figure pas sur la page HMRC des taux de cotisations ; et la suppression du plafond d’éligibilité de 100 000 £ de cotisations patronales de l’année précédente, intervenue selon nos fiches au 6 avril 2025, n’a pas été recollée à une source primaire. Faites-la vérifier avant de bâtir une structure employeuse dessus.
| Régime | Paramètre 2026-27 | Ce que cela ouvre comme droits |
|---|---|---|
| Classe 1 salarié | 8 % entre 12 570 £ et 50 270 £, puis 2 % | Basic et New State Pension, Additional State Pension, New Style Jobseeker’s Allowance, ESA contributive, Maternity Allowance, Bereavement Support Payment |
| Classe 1 employeur | 15 % au-delà de 5 000 £, sans plafond | Aucun droit personnel : c’est une charge patronale |
| Classe 2 — indépendants | 3,65 £ par semaine ; Small Profits Threshold 7 105 £ | Basic et New State Pension, ESA contributive. Au-dessus du SPT elle est réputée payée sans versement effectif ; en dessous elle se verse volontairement pour valider l’année |
| Classe 3 — volontaire | 18,40 £ par semaine | Basic et New State Pension uniquement. Mécanisme de rachat d’années, 35 années qualifiantes requises pour la pension complète |
| Classe 4 — indépendants | 6 % de 12 570 £ à 50 270 £, puis 2 % | Aucun droit : « These do not count towards state benefits or pensions » |
Le piège de l’indépendant : la classe qui coûte n’est pas celle qui ouvre des droits
Un consultant français installé à Londres en sole traderavec 60 000 £ de bénéfices paie une classe 4 de 2 456 £ (6 % sur 37 700 £, puis 2 % sur 9 730 £). Cette classe 4, la plus lourde en montant, n’ouvre aucun droit. C’est la classe 2 qui valide son année pour la pension d’État, et au-dessus du seuil de 7 105 £ elle est réputée payée sans versement. Le raisonnement « je cotise donc j’acquiers », parfaitement fondé en France, ne transpose pas.
Corollaire, pour qui envisage de rentrer : la classe 3 volontaire à 18,40 £ par semaine permet de racheter des années. Le rachat des deux années précédentes se fait au taux de l’année concernée ; au-delà, au taux de l’année 2026-27. Une réforme du 6 avril 2026 a par ailleurs supprimé la classe 2 volontaire pour les périodes passées à l’étranger : le chapitre consacré à la retraite et à la sécurité sociale traite ce point, qui est le plus mal couvert de tout le corpus francophone.
Une brèche, enfin, dans l’idée reçue selon laquelle les cotisations britanniques ne frappent jamais le capital. Elle est en principe exacte : il n’existe pas d’équivalent britannique de la CSG-CRDS frappant intérêts, dividendes, plus-values et revenus fonciers. Mais depuis le 6 avril 2026, le carried interest, rémunération de nature patrimoniale jusque-là relevant de la capital gains tax, est requalifié en bénéfice professionnel et supporte l’income tax et la cotisation de classe 4. Si vous exercez dans le capital-investissement, ce point ne relève pas de ce chapitre mais il vous concerne directement.
Le taux marginal cumulé, en une table
Voici, réunis, l’impôt et la cotisation salariale sur un salaire. Ces taux marginaux cumulés sont des calculs dérivés ; leurs composantes sont officielles et sourcées ci-dessus.
| Tranche de salaire brut annuel | Income tax | Cotisation salariale | Marginal cumulé |
|---|---|---|---|
| 0 à 12 570 £ | 0 % | 0 % | 0 % |
| 12 571 à 50 270 £ | 20 % | 8 % | 28 % |
| 50 271 à 100 000 £ | 40 % | 2 % | 42 % |
| 100 001 à 125 140 £ | 60 % (effet du retrait de la personal allowance) | 2 % | 62 % |
| au-delà de 125 140 £ | 45 % | 2 % | 47 % |
Nous insistons sur ce que cette table dit et que le corpus francophone n’écrit jamais : le Royaume-Uni n’est pas un pays à faible imposition des revenus d’activité. Quarante-sept pour cent de taux marginal en Angleterre, cinquante en Écosse, soixante-deux et soixante-neuf et demi sur la bande de retrait de l’abattement. L’attractivité fiscale britannique tenait au régime du non-domicilié, qui portait sur les revenus de source étrangère. Ce régime est aboli. Ce qui subsiste d’avantageux se situe ailleurs : absence de prélèvements sociaux généralisés sur les revenus du capital, absence d’impôt sur la fortune détenue en nom propre, enveloppes ISA à 0 %, plus-values à 18 % et 24 %. Sur le salaire, non.
La charge sur les allocations familiales : le prélèvement qui punit le couple déséquilibré
La High Income Child Benefit Chargemérite une section à elle seule, parce qu’elle frappe précisément le profil-cible de ce guide et parce qu’elle fonctionne à l’inverse exact de la logique française. Le principe : le Child Benefit est une prestation universelle, mais dès que l’un des deux parentsdépasse 60 000 £ de revenu net ajusté, une charge fiscale en reprend une fraction, et à 80 000 £ elle le reprend intégralement.
| Paramètre | Valeur | Source et précision |
|---|---|---|
| Seuil de déclenchement | 60 000 £ de revenu net ajusté individuel | Applicable aux années fiscales à compter de 2024-25 |
| Reprise intégrale | 80 000 £ et au-delà | Entre les deux seuils, la reprise est linéaire |
| Taux de reprise | 1 % du Child Benefit par tranche de 200 £ au-dessus du seuil | Exemple HMRC : un revenu de 67 600 £ entraîne la reprise de 38 % (7 600 ÷ 200) |
| Child Benefit — aîné ou enfant unique | 27,05 £ par semaine, soit 1 406,60 £ par an | GOV.UK, Child Benefit rates. La page consultée le 29/07/2026 ne précise pas l’année fiscale de rattachement de ces montants ; l’annexe A du Budget 2025 les rattache à 2026-27 |
| Child Benefit — par enfant supplémentaire | 17,90 £ par semaine, soit 930,80 £ par an | Même source, même réserve |
L’appréciation individuelle produit un résultat que tout Français trouve absurde et qu’il faut pourtant intégrer avant de négocier une rémunération : deux parents à 55 000 £ chacun conservent l’intégralité de la prestation. Un parent à 80 000 £ et un parent sans revenu la perdent en totalité.Le second ménage dispose pourtant d’un revenu inférieur de 30 000 £. C’est l’inverse exact de la logique du quotient familial, et cela explique une part importante des écarts que nous calculons plus bas.
L’effet sur le taux marginal, dans la bande de 60 000 £ à 80 000 £, est substantiel et il s’ajoute aux 42 % déjà en place. Avec un enfant, la reprise représente 1 406,60 £ étalés sur 20 000 £ de revenu, soit 7,03 points de taux marginal supplémentaires : 49 %. Avec deux enfants, 2 337,40 £ sur 20 000 £, soit 11,69 points : 53,7 %. Avec trois enfants, 3 268,20 £, soit 16,34 points : 58,3 %. Un père de trois enfants rémunéré 62 000 £ conserve donc 41,7 % de son augmentation. Il l’apprend généralement l’année suivante, par une demande de HMRC.
Comme pour la personal allowance, la charge se pilote par réduction du revenu net ajusté, donc par cotisation de retraite ou don Gift Aid. Un point pratique que nous ne trancherons pas parce que nos fiches ne l’établissent pas : la question de savoir s’il vaut mieux demander la prestation puis renoncer à son versement, ou ne rien demander du tout, lorsque la reprise sera de toute façon intégrale. L’enjeu n’est pas la trésorerie, qui est neutre, mais les droits éventuellement attachés à la demande pour le parent sans activité. Vérifiez ce point sur GOV.UK avant de renoncer, et gardez la trace de votre choix.
La retenue à la source et la déclaration annuelle
Pour un salarié, l’impôt britannique est retenu par l’employeur à chaque paie, dans le cadre du dispositif PAYE (Pay As You Earn). Le principe est familier depuis l’instauration du prélèvement à la source en France, mais l’économie du système est différente sur un point qui compte : la retenue britannique est conçue pour être exacte, cumulée sur l’année fiscale, et non pour être un acompte régularisé par une déclaration. Un salarié ordinaire n’a en principe pas de déclaration à déposer.
Nous devons ici marquer une limite, et nous préférons la marquer plutôt que de combler au jugé. Le détail de la mécanique PAYE n’a pas été établi sur sources primaires dans nos fiches socle : ni le fonctionnement des codes d’imposition, ni le traitement de la première paie d’un arrivant sans historique, ni la liste des situations qui déclenchent l’obligation de déposer une déclaration. Ce sont des points de pratique courante qui se vérifient en une consultation, et nous préférons vous dire où chercher plutôt que d’écrire une règle non recollée. Deux éléments sont en revanche établis et structurants.
Le premier : le calendrier déclaratif de la Self Assessment. Dépôt papier au 31 octobre suivant la fin de l’année fiscale, dépôt en ligne au 31 janviersuivant. Pour l’année fiscale 2025-26, close le 5 avril 2026, l’échéance en ligne est donc le 31 janvier 2027 ; pour 2026-27, le 31 janvier 2028. Ce décalage a une conséquence pratique que les nouveaux arrivants sous-estiment systématiquement : entre la perception d’un revenu et la déclaration qui le régularise, il peut s’écouler jusqu’à vingt-deux mois. Provisionnez.
Le second : certains allègements ne sont obtenus que sur réclamation, et c’est la source d’oubli la plus fréquente chez les Français nouvellement installés. Les cotisations de retraite bénéficient d’un allègement selon deux mécanismes distincts. En relief at source, le gestionnaire du régime récupère 20 % auprès de HMRC : un contribuable des tranches à 40 % ou 45 % doit réclamer lui-même le complément par sa déclaration, faute de quoi il abandonne la moitié de son avantage fiscal. En net pay arrangement, la cotisation est déduite du brut avant impôt et l’allègement est intégral d’emblée. Demandez à votre employeur lequel des deux s’applique à votre régime : c’est une question à poser au premier entretien de paie, pas au bout de trois ans.
Ce qu’il faut vérifier avant le 5 avril, chaque année
- Votre revenu net ajustéau sens de l’article 58 de l’ITA 2007, et non votre salaire brut. C’est lui qui commande le retrait de la personal allowance et la charge sur les allocations familiales. Une cotisation de retraite versée avant le 5 avril produit son effet sur l’année fiscale en cours ; versée le 8 avril, elle bascule sur la suivante.
- Le complément d’allègement de retraite si votre régime fonctionne en relief at source et que vous êtes imposé au-delà du taux de base.
- Le plafond annuel de cotisation : 60 000 £ pour 2026-27, l’allègement étant limité au plus élevé de 100 % de vos revenus d’activité imposables au Royaume-Uni ou 3 600 £. Si votre revenu ajusté dépasse 260 000 £ et votre threshold income200 000 £, ce plafond est réduit.
- Le délai de revendication du régime des revenus et gains étrangerssi vous êtes encore dans votre fenêtre de quatre ans : douze mois à compter du 31 janvier suivant la fin de l’année fiscale, soit le 31 janvier 2028 pour l’année 2025-26. Le chapitre 03 en détaille le prix, qui inclut la perte de la personal allowance.
- Vos comptes britanniques au regard de vos obligations françaisessi vous conservez la qualité de résident de France sur tout ou partie de la période. Un compte britannique non déclaré ne coûte pas seulement une amende : il ouvre la voie à la présomption de revenu imposable de l’article 1649 quater-0 B bis du CGI, et les sommes ainsi imposées supportent une contribution sociale au taux de 25 % en application du IV bis de l’article L. 136-8 du code de la sécurité sociale.
Une articulation franco-britannique doit être signalée ici, même si elle relève du chapitre conventionnel. Le Finance Act 2026, article 43 et annexe 4, intitulé PAYE for treaty non-residents etc, aménage l’articulation entre la retenue PAYE et les situations où une convention fiscale retire au Royaume-Uni le droit d’imposer tout ou partie de la rémunération. Si vous êtes détaché, si vous travaillez une partie de l’année depuis la France, ou si vous êtes en année d’arrivée ou de départ, ce texte vous concerne et son champ exact doit être arbitré avec un conseil. C’est l’une des questions que nous listons en fin de chapitre.
Un dernier point de rattachement, pour ceux qui conservent des revenus français. La convention du 19 juin 2008 attribue l’imposition des salaires, à son article 15, à l’État où l’emploi est exercé, sauf application de la règle des 183 jours, laquelle se compte sur toute période de douze mois consécutifset non sur une année fiscale, ni britannique ni française. Cette période de référence flottante est l’une des erreurs classiques du sujet. Et si vous percevez une pension ou un salaire de source française en étant résident du Royaume-Uni, sachez que la retenue de l’article 182 A du CGI n’est pas un simple acompte : en application de l’article 197 B, les tranches à 0 % et à 12 % sont libératoirespour les personnes de nationalité française, cette fraction sortant de l’assiette du barème sans que la retenue correspondante soit imputable. Le chapitre consacré au patrimoine resté en France développe ce mécanisme, qui change le résultat plus souvent qu’on ne le croit.
Trois foyers, calculés de bout en bout
Passons aux chiffres. Trois situations réelles, dans leurs configurations les plus fréquentes, calculées intégralement pour l’année fiscale 2026-27 en Angleterre, puis confrontées à ce que le même revenu supporterait en France. Deux conventions de lecture, énoncées d’emblée parce qu’elles conditionnent tout.
Les hypothèses de la comparaison, et ce qu’elles valent
Conversion. Toutes les conversions retiennent 1 £ = 1,15 €. C’est une convention de travail de ce chapitre, pas un taux de marché : refaites-les au cours du jour de votre décision. Un écart de cinq centimes sur la parité déplace les conclusions de plusieurs milliers d’euros sur les revenus élevés.
Barèmes confrontés. Côté britannique, l’année fiscale 2026-27(6 avril 2026 – 5 avril 2027). Côté français, le barème de l’article 197 du CGI dans sa version en vigueur au 21 février 2026 issue de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 4, applicable à l’imposition des revenus de 2025 : 0 % jusqu’à 11 600 €, 11 % jusqu’à 29 579 €, 30 % jusqu’à 84 577 €, 41 % jusqu’à 181 917 €, 45 % au-delà. Les deux calendriers ne coïncident pas et aucun retraitement ne les fera coïncider : c’est une limite structurelle de tout tableau comparatif franco-britannique, et les tableaux qui ne la signalent pas la dissimulent.
Ce que nous comparons, et ce que nous ne comparons pas. Nous comparons impôt sur le revenu contre impôt sur le revenu. Les cotisations sociales salariales françaises, plus lourdes que les 8 % et 2 % britanniques, ne sont pas établies par nos fiches socle et ne sont donc pas chiffrées ici : elles jouent en sens inverse et réduisent l’écart, parfois substantiellement, sur les revenus modestes et moyens. Le passage du salaire brut au revenu net imposable français retenu ci-dessous (cotisations salariales, réintégration de la fraction non déductible de CSG, abattement de 10 % pour frais professionnels) est une estimation d’ordre de grandeur : votre avis d’imposition fait foi. La seule comparaison décisive se fait sur votre bulletin de paie réel et votre avis d’imposition réel, pas sur un tableau.
Foyer A — Camille, 32 ans, célibataire, 45 000 £
Ingénieure recrutée par une société londonienne sur un visa Skilled Worker. Salaire 45 000 £, au-dessus du seuil général de 41 700 £ de l’option A de l’Appendix Skilled Worker. Pas d’enfant, pas de revenu foncier, pas de cotisation de retraite volontaire la première année. C’est le dossier le plus simple de tous, et c’est celui pour lequel la comparaison est la plus mal comprise.
Camille — année fiscale 2026-27, Angleterre
IMPOT SUR LE REVENU
Salaire brut ............................................... 45 000 £
Personal allowance (revenu ajusté inférieur à 100 000 £) ... 12 570 £
Revenu imposable ........................................... 32 430 £
Impot : 32 430 x 20 % ....................................... 6 486 £
COTISATION SALARIALE DE CLASSE 1
Assiette entre 12 570 £ et 50 270 £ ........................ 32 430 £
Cotisation : 32 430 x 8 % ................................... 2 594 £
(montant exact : 2 594,40 £)
TOTAL PRELEVE SUR CAMILLE
Impot + cotisation .......................................... 9 080 £
Revenu net ................................................. 35 920 £
Taux moyen de prélèvement .................................. 20,18 %
CE QUE PAIE L'EMPLOYEUR EN PLUS
Cotisation patronale : (45 000 - 5 000) x 15 % .............. 6 000 £
Cout employeur total ....................................... 51 000 £
Coin socialo-fiscal total (15 080 / 51 000) ................ 29,57 %
COMPARAISON FRANCE — IMPOT SUR LE REVENU SEUL
Salaire brut équivalent (45 000 £ x 1,15) ................. 51 750 €
Revenu net imposable estimé ............................... 37 700 €
Barème, 1 part :
11 600 -> 29 579 : 17 979 x 11 % ......................... 1 978 €
29 579 -> 37 700 : 8 121 x 30 % ......................... 2 436 €
IMPOT SUR LE REVENU FRANCAIS .............................. 4 414 €
Impot britannique converti (6 486 £ x 1,15) ............... 7 459 €
ECART EN DEFAVEUR DU ROYAUME-UNI .......................... 3 045 €L’impôt sur le revenu britannique est ici supérieur de 69 % à l’impôt français, à salaire nominal équivalent. La cotisation salariale britannique, à 8 %, est en revanche très inférieure aux cotisations salariales françaises, ce qui inverse une partie de l’écart sur le revenu disponible : nous ne la chiffrons pas, faute de source établie dans le socle. Le revenu net imposable français de 37 700 € est une estimation d’ordre de grandeur.
Ce que ce calcul ne dit pas et qui décide de tout pour Camille : le loyer. Le loyer mensuel moyen à Londres s’établissait à 2 302 £en juin 2026, soit 27 624 £ par an, à comparer à ses 35 920 £ de revenu net. Un logement moyen absorberait 77 % de son net. C’est pour cette raison mécanique, et non par goût, que la colocation reste la norme à Londres bien au-delà de trente ans. Elle devra aussi intégrer, en une fois et d’avance, la Immigration Health Surcharge de 1 035 £ par anpour toute la durée de son visa, plus les frais de dossier du visa lui-même, soit 1 618 £ pour une demande déposée depuis l’étranger pour plus de trois ans. Un Skilled Worker de cinq ans coûte donc, avant même la première paie, 6 793 £de frais d’entrée.
Foyer B — Julien, 44 ans, 115 000 £, conjoint sans revenu, deux enfants
Directeur financier muté à Londres. Son épouse a suspendu son activité pour la durée de l’expatriation. Deux enfants scolarisés. C’est la configuration la plus fréquente des mutations que nous accompagnons, et c’est la plus mal traitée par le système britannique. Julien se situe en plein dans la bande de retrait de la personal allowance, et au-dessus du seuil de reprise intégrale des allocations familiales.
Julien — année fiscale 2026-27, Angleterre, sans optimisation
IMPOT SUR LE REVENU
Revenu net ajusté ......................................... 115 000 £
Excédent au-delà de 100 000 £ .............................. 15 000 £
Retrait de personal allowance (moitié) ...................... 7 500 £
Personal allowance restante ................................. 5 070 £
Revenu imposable .......................................... 109 930 £
Impot : 37 700 x 20 % = 7 540 £
72 230 x 40 % = 28 892 £
TOTAL IMPOT ................................................ 36 432 £
COTISATION SALARIALE DE CLASSE 1
37 700 x 8 % ................................................ 3 016 £
64 730 x 2 % ................................................ 1 295 £
TOTAL COTISATION ............................................ 4 311 £
CHARGE SUR LES ALLOCATIONS FAMILIALES
Child Benefit, 2 enfants : (27,05 + 17,90) x 52 ............. 2 337 £
Revenu net ajusté supérieur à 80 000 £ -> reprise intégrale
Charge ...................................................... 2 337 £
Effet net sur la trésorerie : nul si la prestation est perçue
TOTAL PRELEVE SUR JULIEN
Impot + cotisation ......................................... 40 743 £
Revenu net ................................................. 74 257 £
Taux moyen de prélèvement .................................. 35,43 %
CE QUE PAIE L'EMPLOYEUR EN PLUS
Cotisation patronale : (115 000 - 5 000) x 15 % ............ 16 500 £
Cout employeur total ...................................... 131 500 £
Coin socialo-fiscal total (57 243 / 131 500) ............... 43,53 %Aucun élément de ce calcul ne tient compte de la présence d’un conjoint sans revenu ni de deux enfants : l’income tax britannique est individuel et ignore la composition du foyer. La seule intervention de la situation familiale est négative — la reprise intégrale du Child Benefit. Le montant exact de la cotisation est de 4 310,60 £, celui du Child Benefit de 2 337,40 £.
Voyons maintenant l’optimisation la plus rentable du droit britannique, celle qui consiste à ramener le revenu net ajusté à 100 000 £ exactement. Julien verse 15 000 £ dans son régime de retraite d’entreprise, en net pay arrangement, c’est-à-dire déduit du brut avant impôt.
Julien — le même, avec 15 000 £ de cotisation de retraite
IMPOT SUR LE REVENU
Revenu net ajusté après cotisation ........................ 100 000 £
Personal allowance intégralement restaurée ................. 12 570 £
Revenu imposable ........................................... 87 430 £
Impot : 37 700 x 20 % = 7 540 £
49 730 x 40 % = 19 892 £
TOTAL IMPOT ................................................ 27 432 £
COTISATION SALARIALE
Inchangée : le net pay arrangement ne réduit pas l'assiette
des cotisations ............................................. 4 311 £
CE QUE L'OPERATION RAPPORTE
Economie d'impot (36 432 - 27 432) .......................... 9 000 £
Somme versée au régime de retraite ......................... 15 000 £
COUT NET DE TRESORERIE (15 000 - 9 000) ..................... 6 000 £
Rendement fiscal de la cotisation ............................. 60 %
CE QUE L'OPERATION NE FAIT PAS
Revenu net ajusté ramené à 100 000 £, toujours supérieur
au seuil de 80 000 £ -> la charge sur les allocations
familiales reste intégrale .................................. 2 337 £
Pour l'annuler, il faudrait descendre à 60 000 £ de revenu
net ajusté, soit 55 000 £ de cotisation : cette somme reste
dans la limite du plafond annuel de 60 000 £, mais elle est
économiquement hors de portée.
VARIANTE : LE SALARY SACRIFICE
Le salary sacrifice réduit aussi l'assiette des cotisations.
Economie salariale supplémentaire : 15 000 x 2 % ............... 300 £
Economie patronale : 15 000 x 15 % .......................... 2 250 £
Dispositif à intégrer : à compter du 6 avril 2029, une charge
de cotisation patronale ET salariale frappera les cotisations
de retraite versées par salary sacrifice au-delà de 2 000 £
par an.Soixante pour cent de rendement fiscal sur une cotisation de retraite est un chiffre que le droit français n’atteint jamais sur un revenu de ce niveau. C’est le principal argument patrimonial du régime britannique de droit commun, et il est très largement sous-exploité par les expatriés français, qui raisonnent en logique de PER. Réserve de liquidité : les sommes ne sont pas récupérables avant l’âge d’accès autorisé, et le traitement français d’un régime de retraite britannique au retour n’est pas tranché par nos fiches.
Comparons maintenant avec la France. C’est ici que l’absence de foyer fiscal britannique prend toute sa dimension, et le résultat n’est pas un écart de quelques points.
Julien — ce que le même revenu supporterait en France, imposition des revenus de 2025
REVENU IMPOSABLE FRANCAIS
Salaire brut équivalent (115 000 £ x 1,15) ............... 132 250 €
Revenu net imposable estimé du foyer ....................... 96 000 €
Parts de quotient familial : 2 adultes + 2 enfants ......... 3 parts
CALCUL AU QUOTIENT PLEIN
Revenu par part (96 000 / 3) ............................... 32 000 €
11 600 -> 29 579 : 17 979 x 11 % ......................... 1 978 €
29 579 -> 32 000 : 2 421 x 30 % ........................... 726 €
Impot par part .............................................. 2 704 €
IMPOT AVANT PLAFONNEMENT (x 3) ............................. 8 112 €
CALCUL SANS AUCUN AVANTAGE FAMILIAL (2 parts, hypothèse haute)
Revenu par part (96 000 / 2) ............................... 48 000 €
11 600 -> 29 579 : 17 979 x 11 % ......................... 1 978 €
29 579 -> 48 000 : 18 421 x 30 % ......................... 5 526 €
Impot par part .............................................. 7 504 €
IMPOT (x 2) ................................................ 15 008 €
FOURCHETTE FRANCAISE RETENUE ...................... 8 112 € a 15 008 €
Le plafonnement du quotient familial s'applique ici : le
montant exact du plafond par demi-part pour les revenus de
2025 n'est pas établi par nos fiches socle. Le résultat réel
se situe dans le haut de la fourchette.
IMPOT BRITANNIQUE, MEME REVENU
36 432 £ x 1,15 ........................................... 41 897 €
ECART, EN RETENANT L'HYPOTHESE LA PLUS DEFAVORABLE A LA FRANCE
41 897 - 15 008 ........................................... 26 889 €Nous avons volontairement retenu, du côté français, l’hypothèse la plus défavorable à la France : un impôt calculé comme si les deux enfants n’ouvraient aucun droit. Même ainsi, l’impôt britannique reste supérieur de près de 27 000 € par an. La conclusion ne dépend donc pas du montant exact du plafonnement du quotient familial, que nous ne connaissons pas : elle tient a fortiori. Le revenu net imposable de 96 000 € est une estimation d’ordre de grandeur.
Foyer C — Marion 70 000 £ et Damien 45 000 £, deux enfants
Même ménage, même revenu global de 115 000 £, mêmes deux enfants, mais réparti sur deux têtes. En France, cela ne changerait strictement rien : le foyer fiscal additionne les revenus et divise par les parts. Au Royaume-Uni, la différence approche quatorze mille livres par an.
Marion et Damien — année fiscale 2026-27, Angleterre
MARION — 70 000 £
Personal allowance pleine .................................. 12 570 £
Revenu imposable ........................................... 57 430 £
Impot : 37 700 x 20 % = 7 540 £
19 730 x 40 % = 7 892 £
TOTAL IMPOT ................................................ 15 432 £
Cotisation : 37 700 x 8 % = 3 016 £ ; 19 730 x 2 % = 395 £ .. 3 411 £
TOTAL MARION ............................................... 18 843 £
DAMIEN — 45 000 £
Revenu imposable (45 000 - 12 570) ......................... 32 430 £
Impot : 32 430 x 20 % ....................................... 6 486 £
Cotisation : 32 430 x 8 % ................................... 2 594 £
TOTAL DAMIEN ................................................ 9 080 £
CHARGE SUR LES ALLOCATIONS FAMILIALES
Elle s'apprécie sur le parent le plus aisé : Marion, 70 000 £
Reprise : (70 000 - 60 000) / 200 ............................. 50 %
Child Benefit, 2 enfants ..................................... 2 337 £
Charge : 2 337 x 50 % ....................................... 1 169 £
Le ménage conserve donc 1 169 £ de prestation.
TOTAL DU MENAGE
Impot + cotisations + charge ............................... 29 092 £
Revenu net ................................................. 85 908 £
Taux moyen de prélèvement .................................. 25,30 %
COMPARAISON DIRECTE AVEC LE FOYER B, A PERIMETRE HOMOGENE
Foyer B, impot + cotisations + charge integrale ............ 43 080 £
Foyer C, impot + cotisations + charge de 50 % .............. 29 092 £
ECART ANNUEL, A REVENU ET COMPOSITION IDENTIQUES ........... 13 988 £
Ecart converti en euros (x 1,15) ........................... 16 086 €
Cout employeur total du foyer C ........................... 130 750 £
Coin socialo-fiscal total du foyer C ....................... 34,30 %Treize mille neuf cent quatre-vingt-huit livres par an d’écart entre deux ménages qui gagnent exactement la même chose et qui ont le même nombre d’enfants, la charge sur les allocations familiales étant comptée des deux côtés. C’est la traduction chiffrée de l’absence de foyer fiscal. En France, les deux foyers paieraient rigoureusement le même impôt. Montants exacts : Marion 18 842,60 £, Damien 9 080,40 £, charge sur allocations 1 168,70 £, total 29 091,70 £ pour le foyer C, contre 43 080,00 £ pour le foyer B, charge intégrale comprise.
Et parce que ce foyer se situe dans la bande de reprise des allocations familiales, il dispose d’un levier que le foyer B n’a pas. Si Marion verse 10 000 £ dans son régime de retraite, son revenu net ajusté descend à 60 000 £ : elle économise 4 000 £ d’impôt au taux de 40 % etannule intégralement la charge de 1 169 £. Le rendement fiscal de sa cotisation ressort à 51,7 %, et à 53,7 % si le versement passe par un salary sacrificequi économise aussi la cotisation salariale de 2 %. Ce n’est pas le pic de 60 % du foyer B, mais cela vaut largement l’analyse.
Côté français, enfin : le foyer C présente exactement le même revenu global que le foyer B et supporterait donc exactement le même impôt sur le revenu français, entre 8 112 € et 15 008 € selon le traitement du plafonnement. L’impôt britannique du foyer C, hors cotisations, s’élève à 21 918 £, soit 25 206 €. Il reste supérieur de 10 198 € à l’hypothèse française la plus défavorable. Le classement ne s’inverse pas, il se resserre.
| Foyer A — Camille | Foyer B — Julien | Foyer C — Marion et Damien | |
|---|---|---|---|
| Revenu brut du ménage | 45 000 £ | 115 000 £ | 115 000 £ (70 000 + 45 000) |
| Enfants | aucun | deux | deux |
| Income tax britannique | 6 486 £ | 36 432 £ | 21 918 £ |
| Cotisations salariales | 2 594 £ | 4 311 £ | 6 005 £ |
| Charge sur allocations familiales | sans objet | 2 337 £ (reprise intégrale) | 1 169 £ (reprise de 50 %) |
| Total prélevé sur le ménage | 9 080 £ | 40 743 £ | 29 092 £ |
| Taux moyen de prélèvement | 20,18 % | 35,43 % | 25,30 % |
| Cotisation patronale | 6 000 £ | 16 500 £ | 15 750 £ |
| Coin socialo-fiscal total | 29,57 % | 43,53 % | 34,30 % |
| Impôt sur le revenu britannique converti | 7 459 € | 41 897 € | 25 206 € |
| Impôt sur le revenu français, hypothèse haute | 4 414 € | 15 008 € | 15 008 € |
Le même Julien, installé à Édimbourg
Puisque nos fiches donnent les tranches écossaises exprimées au-dessus de la personal allowance, autant faire tourner le calcul. Le retrait de l’abattement est identique, puisque l’assiette et les abattements sont réservés à Westminster : Julien conserve 5 070 £ de personal allowanceet présente 109 930 £ de revenu imposable. Seules les tranches changent.
Julien en Écosse — année fiscale 2026-27, revenu imposable identique de 109 930 £
APPLICATION DU BAREME ECOSSAIS A SIX TRANCHES
Starter rate : 3 967 x 19 % ............................ 754 £
Basic rate : 12 989 x 20 % .......................... 2 598 £
Intermediate rate : 14 136 x 21 % .......................... 2 969 £
Higher rate : 31 338 x 42 % ......................... 13 162 £
Advanced rate : 47 500 x 45 % ......................... 21 375 £
TOTAL IMPOT ECOSSAIS ...................................... 40 857 £
COMPARAISON
Impot en Angleterre, meme revenu ........................... 36 432 £
Impot en Ecosse ............................................ 40 857 £
SURCOUT ECOSSAIS ANNUEL ..................................... 4 425 £
Cotisations salariales : identiques, elles sont réservées ... 4 311 £
Total prélevé en Ecosse .................................... 45 168 £
Taux moyen de prélèvement .................................. 39,28 %
contre 35,43 % en Angleterre.
TAUX MARGINAL SUR LA BANDE DE RETRAIT
Angleterre : 40 % + 20 % + 2 % ................................ 62 %
Ecosse : 45 % + 22,5 % + 2 % ............................ 69,5 %Quatre mille quatre cent vingt-cinq livres par an d’écart pour la même rémunération et la même famille, selon que le contrat est signé à Londres ou à Édimbourg. Les montants exacts sont de 40 857,05 £ en Écosse et de 36 432 £ en Angleterre. Les tranches écossaises exprimées au-dessus de la personal allowance sont celles publiées par HMRC : starter jusqu’à 3 967 £, basic jusqu’à 16 956 £, intermediate jusqu’à 31 092 £, higher jusqu’à 62 430 £. L’arithmétique est nôtre ; les taux et les seuils sont officiels.
Ce n’est pas un argument contre l’Écosse, qui offre par ailleurs des conditions de logement sans commune mesure avec Londres. C’est un argument contre la négociation d’un package sans savoir dans quelle nation on va vivre. Si votre employeur vous laisse le choix du lieu de rattachement, il vaut la peine d’en chiffrer l’effet avant de signer : sur une expatriation de cinq ans, l’écart cumulé dépasse ici 22 000 £.
Ce qui change à la cinquième année : le monde entier entre dans l’assiette
Jusqu’ici, nous avons raisonné sur des revenus britanniques. Le régime de droit commun a une autre caractéristique, et c’est celle qui fait basculer les dossiers patrimoniaux : un résident britannique qui ne revendique pas le régime des revenus et gains étrangers est imposable au Royaume-Uni sur ses revenus de source étrangère, y compris français. Le régime des quatre ans n’est pas une exonération d’assiette : c’est un allègement sur réclamation, et cette distinction, qui paraît formelle, commande tout le statut conventionnel du bénéficiaire. Quand la fenêtre se referme, l’assiette devient mondiale, sans acte, sans notification, sans que rien ne vous prévienne.
Prenons le cas le plus fréquent : le lecteur qui a conservé un appartement locatif en France. L’article 6 de la convention du 19 juin 2008 attribue l’imposition des revenus immobiliers à l’État de situation. Les loyers français restent donc imposables en France, où ils supportent l’impôt sur le revenu au barème avec application du taux minimum de 20 % de l’article 197 A du CGI, sauf option pour le taux moyen, ainsi que des prélèvements sociaux dont le taux fait l’objet d’un chapitre à part entière. Jusque-là, rien de nouveau. Ce que le corpus francophone omet, c’est la suite : ces mêmes loyers entrent également dans l’assiette britannique, en qualité d’overseas property business, dès que la fenêtre des quatre ans est close. Le Royaume-Uni accorde un crédit pour l’impôt français, et ce crédit connaît deux limites qu’il faut énoncer avant de conclure à la neutralité.
Les deux limites du crédit d’impôt britannique, à énoncer avant toute conclusion
Première limite.L’article 24 § 1 a) de la convention accorde le crédit « à concurrence de l’impôt du Royaume-Uni calculé sur ce revenu ». Le crédit ne peut donc pas excéder l’impôt britannique dû sur le même revenu : il est nul si le résultat britannique est nul ou déficitaire, et nul pendant les années où le régime des revenus et gains étrangers est revendiqué. Un lecteur qui raisonne « j’ai payé en France, donc je ne paierai pas au Royaume-Uni » raisonne à l’envers : c’est le différentiel qui reste dû, et il reste dû dans le pays dont le calcul est le plus lourd.
Seconde limite, et c’est celle qui coûte. La section 33 du Taxation (International and Other Provisions) Act 2010, intitulée Limit on credit: minimisation of the foreign tax, plafonne le crédit au montant qui aurait été dû si « all reasonable steps » avaient été prises pour minorer l’impôt étranger, ces diligences incluant expressément « (a) claiming, or otherwise securing the benefit of, reliefs, deductions, reductions or allowances, and (b) making elections for tax purposes ». Autrement dit : toute retenue française que vous pouviez écarter sur convention et que vous n’avez pas écartée est irrécupérable au Royaume-Uni. Une attestation de résidence non produite à temps se transforme en coût définitif, pas en décalage de trésorerie. C’est la règle la plus sévère du dossier et elle sanctionne une négligence administrative, pas une intention.
Deux difficultés supplémentaires attendent le bailleur français devenu résident britannique de droit commun, et elles sont d’ordre différent. La première est un écart de règles de calcul : le résultat foncier britannique ne se calcule pas comme le résultat foncier français. Surtout, la restriction de déduction des charges financières s’applique aussi aux logements d’habitation situés à l’étranger : les intérêts d’emprunt ne sont pas déductibles du résultat, ils n’ouvrent droit qu’à une réduction d’impôt au taux de base, portée de 20 % à 22 %à compter du 6 avril 2027 par le Finance Act 2026. Un bien français à fort levier, parfaitement neutre en France grâce à la déduction des intérêts, peut donc dégager un bénéfice imposable au Royaume-Uni alors qu’il ne dégage aucune trésorerie. Nous voyons ce cas régulièrement, et il n’est jamais anticipé.
La seconde difficulté est une question de qualification, et nous ne la trancherons pas ici. La SCI est classée opaquepar HMRC, au manuel INTM180030. Pour un associé résident du Royaume-Uni, cela signifie que les distributions sont susceptibles d’être qualifiées de dividendes de source étrangère, donc de relever des taux de dividendes de 10,75 %, 35,75 % et 39,35 % en 2026-27, et non du régime des revenus fonciers. Le traitement de l’occupation à titre gratuit d’un bien de SCI par l’associé résident britannique n’est pas davantage établi par nos fiches. Ce sont deux questions de spécialiste, et elles concernent la structure de détention immobilière la plus répandue chez les expatriés français : si vous détenez par SCI, faites-les instruire avant votre installation, pas après votre première déclaration britannique.
Ce que la comparaison ne dit pas, et qui coûte plus cher qu’en France
Un chapitre fiscal qui s’arrête à l’impôt donne une image fausse d’un projet britannique. Les trois calculs ci-dessus portent sur le prélèvement obligatoire ; ils ne disent rien du reste, et le reste est souvent décisif. Nous listons ci-dessous ce que nous savons chiffrer, et nous disons ce que nous ne savons pas chiffrer plutôt que de l’estimer.
| Poste | Ce qui est établi | Ce qu’il faut en faire |
|---|---|---|
| Loyer londonien | 2 302 £ par mois en moyenne (juin 2026), en hausse de 2,2 % sur douze mois. Kensington & Chelsea 3 596 £, Westminster 3 168 £, Camden 2 791 £, Lambeth 2 523 £, Tower Hamlets 2 429 £, Newham 1 928 £, Barking & Dagenham 1 693 £ | C’est le premier poste du budget, et de loin. Comparez-le au revenu net, pas au brut. Source : ONS, Private rent and house prices, UK: July 2026 |
| Prix d’acquisition | 545 000 £ en moyenne à Londres en mai 2026, en baisse de 3,7 % sur douze mois, neuvième mois consécutif de recul annuel. Inner London à -5,9 %. L’appartement est la seule catégorie en baisse en Angleterre (-2,2 %) | Un guide qui présente Londres comme un marché haussier est faux à la date de vérification. Le chapitre immobilier traite le leasehold, les charges et la sécurité incendie, qui expliquent une partie de cette divergence |
| Immigration Health Surcharge | 1 035 £ par an ; 776 £ pour les étudiants, leurs personnes à charge, le Youth Mobility Scheme et les moins de 18 ans. Payable intégralement et d’avance pour toute la durée du visa. Demi-tarif pour les demandes déposées depuis le Royaume-Uni | Une famille de quatre personnes sur cinq ans : (2 x 1 035 + 2 x 776) x 5 = 18 110 £, à sortir en une fois. Ne pas se fier au Migrant health guide de GOV.UK, qui affichait encore l’ancien barème au 29/07/2026 |
| Frais de visa et de séjour | Skilled Worker 819 / 1 618 / 943 / 1 865 £ selon la durée et le lieu de dépôt ; Graduate 937 £ ; Innovator Founder 1 357 £ plus 1 000 £ d’endossement ; ILR 3 226 £ ; naturalisation 1 709 £ plus 130 £ de cérémonie, soit 1 839 £ | Barème du 8 avril 2026. Additionnez visa, IHS et, le cas échéant, ILR et naturalisation sur l’horizon complet du projet : la trajectoire vers la nationalité dépasse aisément 25 000 £ pour une famille |
| Accès aux soins | L’accès au NHS repose sur la résidence ordinaire, non sur la cotisation. L’inscription chez un GP se demande en ligne, sur le site du cabinet ou sur place ; la confirmation intervient généralement sous 5 jours, parfois plus. Ni pièce d’identité, ni justificatif de domicile, ni justificatif de statut migratoire ne sont exigés | Vous payez l’IHS et vous accédez au NHS : ce sont deux choses distinctes et l’une ne rembourse pas l’autre. Le recours à une couverture privée est un choix de confort et de délai, non une nécessité juridique |
| Garde d’enfants et scolarité privée | Non établis par nos fiches socle | Ce sont, dans notre pratique, les deux postes qui font le plus souvent basculer un budget londonien. Faites établir des devis nominatifs avant de signer, et intégrez-les au net, pas au brut. Nous n’avancerons pas de chiffre que nous n’avons pas vérifié |
Une remarque sur la council tax, pour éviter un contresens fréquent. Ce n’est pas un impôt sur la fortune et ce n’est pas non plus un équivalent de la taxe foncière : elle est due par l’occupant, y compris locataire. Son montant est fixé localement et nos fiches ne l’établissent pas commune par commune. Une surtaxe distincte, la High Value Council Tax Surcharge, frappera à compter d’avril 2028 les logements évalués à plus de 2 M£, et elle est strictement anglaise : la council tax est une compétence dévolue, et ni l’Écosse, ni le pays de Galles, ni l’Irlande du Nord, qui applique d’ailleurs les domestic rates, ne sont visés. Le véhicule législatif de cette surtaxe et ses montants ne sont pas établis à ce jour : ne les intégrez pas encore à un plan de financement.
Les cas où il ne faut pas partir, et les montages qui ne tiennent pas
Nous accompagnons des départs vers le Royaume-Uni et nous en déconseillons régulièrement. Voici les configurations dans lesquelles, sur le seul terrain de l’income tax de droit commun, la démonstration ne se fait pas.
Le couple à revenu unique avec enfants
C’est la configuration la plus systématiquement défavorable. L’absence de quotient conjugal et de quotient familial, combinée à la reprise du Child Benefit sur le seul parent aisé, produit un écart de plusieurs dizaines de milliers d’euros par an contre la France à revenu identique. Le foyer B de nos calculs paie 41 897 € d’impôt britannique là où la France en prélèverait au maximum 15 008 €.
Le cadre entre 100 000 £ et 125 140 £ sans capacité d’épargne retraite
Cette bande est la plus mal traitée de tout le système britannique. Elle ne pose pas de difficulté à qui peut y loger une cotisation de retraite ; elle est très pénalisante pour qui ne le peut pas, parce que la trésorerie est absorbée par le loyer et la scolarité.
Le double revenu sans enfant entre 45 000 £ et 70 000 £ chacun
C’est la configuration où le régime britannique de droit commun se défend le mieux. Deux personal allowances, deux tranches à 20 % de 37 700 £, une cotisation salariale de 8 % puis 2 %, et aucune charge sur les allocations familiales. Le taux moyen de prélèvement du foyer C, à 25,30 %, en donne l’ordre de grandeur avec deux enfants ; sans enfant il descend encore.
Trois raisonnements, enfin, que nous voyons circuler et qui ne tiennent pas.
« Je prendrai le régime des nouveaux arrivants et je ne paierai rien. » Le régime des revenus et gains étrangers ne porte que sur certains revenus de source étrangère : il ne couvre pas les revenus d’emploi de source étrangère, qui relèvent d’un dégrèvement distinct plafonné au plus faible de 30 % de la rémunération qualifiante et de 300 000 £ (ITEPA 2003, art. 41R(2)). Votre salaire londonien reste intégralement imposé au barème britannique de droit commun, quelle que soit votre situation. Et le régime a un prix, détaillé au chapitre 03 : sa revendication fait perdre, pour l’année entière et dès la première demande, la personal allowance, l’abattement de plus-values, la married couple’s allowance, la marriage allowance et la blind person’s allowance. Le revenu ainsi dégrevé reste compté dans le revenu net ajusté, donc pour la charge sur les allocations familiales et pour les droits à garde d’enfants. Le coût maximal de la seule perte de personal allowance est de 5 028 £en Angleterre, au pays de Galles et en Irlande du Nord, pour un contribuable de la tranche à 40 % qui conservait son abattement entier : un contribuable de la tranche additionnelle n’a de toute façon plus d’abattement à perdre, puisque la dégressivité l’a déjà absorbé. En Écosse, où le taux de 45 % s’applique dès 75 001 £, il atteint 5 657 £. Un dernier point, et c’est le plus lourd de tous : le régime ne protège en rien de l’Inheritance Tax. Le rattachement à cet impôt ne dépend ni du régime choisi, ni du domicile, mais de la résidence de longue durée : depuis le 6 avril 2025, l’IHT frappe le patrimoine mondial de toute personne ayant été résidente du Royaume-Uni pendant au moins dix des vingt années fiscalesprécédant l’événement imposable (IHTA 1984, art. 6A, inséré par le Finance Act 2025), et le statut subsiste après le départ pendant trois à dix ansselon la durée de résidence. Une disposition transitoire soumet à l’ancien test de quinze ans les personnes déjà parties au 6 avril 2025. Le chapitre qui lui est consacré est celui qu’il faut lire avant de décider de rester.
« Le Royaume-Uni est un paradis fiscal pour les hauts revenus. »Faux dans le régime de droit commun, et les trois calculs ci-dessus le démontrent. Quarante-sept pour cent de taux marginal en Angleterre, cinquante en Écosse, soixante-deux et soixante-neuf et demi sur la bande de retrait. Ce qui a fait la réputation du pays, c’était le traitement des revenus de source étrangère sous le régime du non-domicilié. Il est aboli.
« Je resterai non-résident britannique en passant moins de 183 jours. » Le Statutory Residence Testne connaît pas de seuil unique de 183 jours : c’est un test à plusieurs branches, et un partant à trois attaches devient résident dès 46 joursde présence. Le chapitre 05 le détaille, y compris l’unité de compte, qui est le jour de présence et non la nuitée pour le deuxième test automatique. Une marge de sécurité calculée sur 183 jours est, dans la plupart des configurations, fausse d’un facteur deux.
Un cas qui revient souvent : la personal allowance après le retour en France
Ce point n’appartient pas tout à fait à ce chapitre, mais il en découle directement et il est l’un des endroits où le corpus francophone se trompe le plus systématiquement. Question : un Français rentré en France conserve-t-il l’abattement britannique de 12 570 £ sur ses revenus de source britannique restés imposables au Royaume-Uni, typiquement des loyers londoniens ?
Oui. L’article 56 de l’Income Tax Act 2007ouvre les abattements personnels aux non-résidents appartenant à des catégories limitativement énumérées, dont « a national of the United Kingdom or a national of an EEA state ». La France est un État de l’Espace économique européen. Les Taxes (Amendments) (EU Exit) Regulations 2020, en vigueur au 31 décembre 2020, ont ajouté la mention des ressortissants britanniques ; elles n’ont pas retirécelle des ressortissants de l’EEE, qui y demeurent. La condition posée par le texte est une condition de nationalité, pas d’appartenance à l’Union. Le raisonnement « le Royaume-Uni est un État tiers, donc l’abattement tombe » applique du droit de l’Union à un texte de droit interne britannique qui n’en relève pas. Le texte fait foi, pas l’inférence.
Mais y prétendre n’est pas toujours favorable
Conserver le droit à la personal allowancene signifie pas qu’il faille toujours la réclamer. L’article 811 de l’ITA 2007plafonne l’impôt du non-résident à la somme de deux éléments : la retenue déjà opérée sur le disregarded income— essentiellement dividendes de sociétés britanniques, intérêts, certaines pensions et revenus de trusts — et l’impôt calculé en excluant ce revenu écarté. Or l’article 811(6) écarte expressément la personal allowance de ce second calcul.
Le contribuable retient le plus favorable des deux calculs. Pour un non-résident dont le revenu britannique est majoritairement composé de revenus écartés, renoncer à l’abattement est souvent plus avantageux. L’arbitrage est annuelet doit être chiffré chaque année, pas décidé une fois pour toutes. C’est typiquement la situation d’un Français rentré à Paris qui a conservé un appartement locatif à Londres et un portefeuille de titres britanniques.
Faire chiffrer votre situation britannique avant de signer, pas après la première déclaration
Nous établissons le calcul complet de votre année fiscale britannique et de votre année civile française en parallèle : barème applicable selon la nation d’installation, effet du retrait de la personal allowance sur votre bande de revenu, charge sur les allocations familiales, rendement réel d’une cotisation de retraite, et confrontation avec ce que le même revenu supporterait en France. Sur les points d’articulation franco-britanniques — retenue PAYE en situation conventionnelle, sort d’un régime de retraite au retour, arbitrage annuel de l’article 811 —, la mise en relation avec des avocats fiscalistes spécialisés sur le Royaume-Uni fait partie de l’accompagnement.
Ce que ce chapitre ne tranche pas, et ce qu’il faut demander
Un guide qui ne signale jamais ses limites n’est pas lu comme sincère. Voici ce que nous n’avons pas établi, ce que nous refusons de combler au jugé, et la question précise à poser à un conseil avec les pièces à réunir avant l’entretien.
Six points à arbitrer avec nos avocats partenaires avant tout acte irréversible
- La mécanique PAYE en situation conventionnelle. Le Finance Act 2026, article 43 et annexe 4 (« PAYE for treaty non-residents etc») aménage l’articulation entre la retenue à la source et les situations où une convention retire au Royaume-Uni le droit d’imposer. Son champ exact n’a pas été établi dans nos fiches. Question à poser : mon employeur doit-il opérer la retenue sur la totalité de ma rémunération, ou seulement sur la fraction correspondant aux jours travaillés au Royaume-Uni, et selon quelle procédure ? Pièces : contrat de travail, avenant de mobilité, calendrier détaillé des jours travaillés par pays, attestation de résidence fiscale.
- Les situations qui déclenchent une obligation déclarative.La liste des cas d’obligation de déposer une Self Assessment tax returnn’a pas été relevée sur source primaire dans nos fiches. Question à poser : au regard de mes revenus britanniques et étrangers, suis-je tenu de déposer une déclaration pour l’année fiscale en cours, et à quelle date ? Pièces : bulletins de paie, relevés de revenus étrangers, justificatifs de cotisations de retraite et de dons.
- Le plafond de déduction des cotisations de retraite en cas de revendication du régime des revenus et gains étrangers.L’article 845F de l’ITTOIA 2005 réduit ce plafond à hauteur du revenu exonéré constituant des relevant UK earnings, sans pouvoir descendre sous le plancher de 3 600 £. L’articulation concrète avec un régime français maintenu n’est pas établie. Question à poser : quel est mon plafond effectif de cotisation pour l’année, compte tenu de ma revendication ?
- Le salary sacrifice et son horizon. À compter du 6 avril 2029, une charge de cotisation patronale et salariale frappera les cotisations de retraite versées par salary sacrificeau-delà de 2 000 £ par an. C’est une échéance connue, pas du droit positif aujourd’hui. Question à poser : comment ma rémunération globale doit-elle être renégociée à cet horizon, et quel est le sort du dispositif si je redeviens résident de France en cours d’année ?
- L’arbitrage annuel de l’article 811 après un retour en France. Renoncer ou non à la personal allowance britannique se chiffre chaque année. Question à poser : sur mes revenus britanniques de l’année, lequel des deux calculs de l’article 811 est le plus favorable ? Pièces : relevés de loyers nets britanniques, relevés de dividendes et d’intérêts britanniques avec retenues opérées.
- Les paramètres français que nous n’avons pas établis.Le montant du plafond du quotient familial par demi-part pour l’imposition des revenus de 2025, le plafond de l’abattement de 10 % pour frais professionnels, et les taux de cotisations salariales françaises ne figurent pas dans nos fiches socle. Ils sont sans effet sur le sens de nos conclusions, qui tiennent a fortiori, mais ils sont nécessaires pour chiffrer votre situation au centime. Pièces : dernier avis d’imposition français, derniers bulletins de paie français.
Deux réserves supplémentaires, de nature différente. La première : la portée du futur barème autonome des revenus fonciers de 2027-28 à l’égard du pays de Gallesn’est pas établie. Les documents HMRC indiquent que les nouveaux taux s’appliquent à l’Angleterre, au pays de Galles et à l’Irlande du Nord, tout en annonçant que le gouvernement engagera des discussions avec les autorités galloises et écossaises pour leur permettre de fixer leurs propres taux. La tension est interne à la source : nous ne la tranchons pas et nous n’affirmons rien pour le pays de Galles. La seconde : le taux de réduction de la tapered annual allowanceet le plancher de l’allocation réduite sont usuellement présentés comme étant d’une livre pour deux et de 10 000 £. Ces valeurs figurent sur une page GOV.UK liée depuis celle que nos fiches ont consultée ; recollez-les à leur source avant de bâtir une stratégie de cotisation sur un revenu ajusté supérieur à 260 000 £.
Un mot de méthode, pour finir, qui vaut pour tout ce chapitre. Les chiffres britanniques que nous publions ici sont exacts au 29 juillet 2026 et se rapportent, sauf mention contraire, à l’année fiscale 2026-27. Ils changeront le 6 avril 2027, et certains changements sont déjà votés : barème autonome des revenus fonciers, taux sur l’épargne, réduction d’impôt des bailleurs portée de 20 % à 22 %, plafonnement du Cash ISA. Une simulation faite en février 2027 pour une installation en mai 2027 doit être refaite : elle changera de calendrier fiscal en cours de route. C’est le genre de détail qui ne se voit pas et qui coûte.
Portée de ce chapitre
Droit arrêté au 29 juillet 2026. Année fiscale britannique de référence : 2026-27(6 avril 2026 – 5 avril 2027). Barème français de référence : article 197 du CGI dans sa version en vigueur au 21 février 2026, applicable à l’imposition des revenus de 2025. Les barèmes britanniques reproduits sont ceux de l’Angleterre, du pays de Galles et de l’Irlande du Nord ; l’Écosse fait l’objet de tables distinctes, signalées comme telles.
Sources primaires principales : Income Tax Act 2007, articles 6, 10, 12B, 35, 38, 56, 58 et 811 ; Social Security Administration Act 1992, article 162(5) ; Finance Act 2025 (c. 8) ; Finance Act 2026 (c. 11), article 43 et annexe 4 ; ITTOIA 2005, articles 845A à 845J ; GOV.UK, Income Tax rates and allowances: current and previous tax years, Rates and thresholds for employers 2026 to 2027, Rates and allowances: National Insurance contributions, Rates and allowances: pension schemes, High Income Child Benefit Charge, Child Benefit rates ; HM Treasury et HMRC, Budget 2025 — Overview of tax legislation and rates et son annexe A ; Scottish Government, Scottish Income Tax: rates and bands 2026 to 2027 ; ONS, Private rent and house prices, UK: July 2026 ; CGI, articles 182 A, 197, 197 A et 197 B ; convention fiscale franco-britannique du 19 juin 2008, article 15.
Les taux marginaux cumulés, les trois calculs de foyers et les conversions en euros sont des calculs dérivésque nous assumons comme tels : leurs composantes sont sourcées ci-dessus, l’arithmétique est nôtre. Les données fiscales annuelles se périment au 6 avril : toute utilisation postérieure au 5 avril 2027 suppose de rouvrir les sources. Ce chapitre ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d’investissement, ni une consultation juridique : il expose des mécanismes et des arbitrages.
08. Dividendes, intérêts et plus-values
La question que vous vous posez en ouvrant ce chapitre tient en une ligne : sur un dividende, un coupon, une plus-value de cession, combien vous restera-t-il à Londres ? La réponse britannique n’est pas un taux, c’est une grille. Le Royaume-Uni n’a pas un barème du capital : il en a trois, plus un régime distinct pour les plus-values, chacun avec son propre abattement, sa propre date de changement, et un ordre d’imputation légal qui décide dans quelle tranche tombe chaque euro. Un Français habitué au prélèvement forfaitaire unique — un taux, une assiette, une case — trouvera cela inutilement compliqué. Il aura raison, et il devra quand même l’apprendre, parce que la différence entre une bonne et une mauvaise séquence de cessions se chiffre ici en dizaines de milliers de livres.
Ce chapitre traite les quatre étages : les dividendes, les revenus d’épargne, la capital gains tax, et l’enveloppe qui échappe aux trois — l’ISA. Puis il fait le chemin inverse : ce que le fisc britannique fait de vos revenus restés français, et comment la double imposition est éliminée quand elle l’est. Il se termine sur le point qui coûte le plus cher et dont presque personne ne parle en français : le régime britannique des offshore funds, qui transforme la plus-value de vos SICAV et FCP français en revenu ordinaire imposable jusqu’à 45 %, sans abattement.
Une précision de champ avant toute chose, parce qu’elle évite la moitié des erreurs de lecture. L’income taxbritannique est partiellement dévolue, mais elle ne l’est pas partout de la même façon. Les taux applicables aux revenus dits NSND (non-savings, non-dividend : salaires, bénéfices professionnels, pensions, revenus fonciers) sont dévolus à l’Écosse, qui pratique six tranches et un taux marginal supérieur de 48 % en 2026-27. Les taux sur les dividendes et sur les revenus d’épargne, eux, sont réservés à Westminster et sont donc identiques à Londres, à Cardiff, à Belfast et à Édimbourg. Sauf mention contraire, ce chapitre raisonne sur le barème dit « rUK » — Angleterre, pays de Galles, Irlande du Nord — c’est-à-dire sur la situation d’un Français installé à Londres. Si votre projet est écossais, les taux sur salaire et sur revenus fonciers changent, et deux régimes traités dans ce chapitre changent avec eux, parce qu’ils relèvent eux aussi des revenus NSND : lecarried interest, requalifié en bénéfice professionnel depuis le 6 avril 2026, et l’offshore income gain d’un fonds non reporting, imposé comme revenu divers au titre du chapitre 8 de la partie 5 de l’ITTOIA 2005. Sur ces deux lignes, le plafond de 45 % indiqué plus bas devient 48 % pour un résident écossais en 2026-27. Les taux de dividende, les taux d’épargne et la capital gains taxsont en revanche identiques partout, sous la seule réserve de l’interaction décrite plus bas entre les tranches écossaises et le pic de retrait de l’abattement personnel.
Second avertissement, et il vaut pour tout le guide. L’année fiscale britannique court du 6 avril au 5 avril et non du 1erjanvier au 31 décembre. Les taux et les seuils changent à son début. Une donnée « 2026 » sans autre précision est inexploitable : elle peut désigner l’année fiscale 2025-26, close depuis le 5 avril, ou 2026-27, en cours. Chaque chiffre de ce chapitre porte son millésime. Vous verrez pourquoi c’est vital dès la section suivante : le paquet budgétaire du 26 novembre 2025 comporte trois dates d’effet différentes, et le corpus francophone les confond systématiquement.
Trois dates dans un même budget : la confusion la plus fréquente du sujet
Le Budget du 26 novembre 2025 relève les taux sur trois catégories de revenus du capital. Il ne les relève pas en même temps.
- Dividendes : hausse de deux points au 6 avril 2026, donc déjà en vigueur pour l’année fiscale 2026-27. Le taux de base passe de 8,75 à 10,75 %, le taux intermédiaire de 33,75 à 35,75 %.
- Revenus d’épargne : rien ne change en 2026-27.La hausse à 22 / 42 / 47 % prend effet au 6 avril 2027, année fiscale 2027-28.
- Revenus fonciers : barème autonome au 6 avril 2027, aux mêmes niveaux de 22 / 42 / 47 %. Ils relèvent du chapitre immobilier, pas de celui-ci.
Et une quatrième affirmation, fausse celle-là, circule beaucoup : « le taux additionnel de dividendes passe à 41,35 % ». Il ne bouge pas. Il reste à 39,35 %. HMRC l’écrit expressément : « the dividend additional rate will remain at 39.35% ». La hausse de deux points ne porte que sur les deux premiers taux. Quiconque a lu « hausse de deux points » dans un résumé de presse et l’a appliquée aux trois lignes s’est trompé de 2 points sur la tranche qui concerne le plus nos clients.
L’ordre d’imposition : la règle qu’il faut comprendre avant tous les taux
L’income taxbritannique n’impose pas vos revenus en vrac. Elle les empile dans un ordre légal : d’abord les revenus NSND (salaires, revenus fonciers, pensions, bénéfices professionnels), ensuite les revenus d’épargne, et les dividendes en dernier. Les dividendes constituent donc, par construction, la tranche supérieure de votre revenu. Ce n’est pas une subtilité de technicien : cela signifie qu’un dividende de 5 000 £ perçu par un salarié à 48 000 £ ne sera pas taxé au taux de base sur sa totalité, parce qu’il chevauche le seuil d’entrée dans la tranche supérieure.
À cette règle d’empilement s’ajoute, pour 2026-27, une règle d’allocation : l’abattement personnel (personal allowance, 12 570 £) peut être imputé de la manière la plus favorable au contribuable. Cette liberté disparaît au 6 avril 2027. La note technique de HMRC est explicite : « From April 2027, reliefs and allowances will only be applied to property, savings and dividend income after they have been applied to other sources of income ». Autrement dit, à compter de l’année fiscale 2027-28, vos abattements s’imputeront d’abord sur vos salaires, et seulement ensuite sur vos revenus du capital. Pour un contribuable dont le revenu est majoritairement financier, l’effet est mécaniquement défavorable. Il n’a été chiffré par aucune des sources officielles que nous avons consultées le 29 juillet 2026 ; il devra l’être dossier par dossier à l’approche de l’échéance.
Les dividendes : 10,75, 35,75 et 39,35 %
Voici la grille en vigueur, et celle qu’elle remplace. Un détail de méthode : le « taux de base », le « taux supérieur » et le « taux additionnel » des dividendes ne sont pas des tranches autonomes. Ils suivent la tranche dans laquelle tombe la fraction correspondante de votre revenu global, une fois l’empilement fait.
| Taux de dividende | Tranche de revenu correspondante (rUK, 2026-27) | 2025-26 | 2026-27 | Date d’effet |
|---|---|---|---|---|
| Ordinary rate | Fraction du revenu imposable comprise dans les 37 700 £ de la tranche de base | 8,75 % | 10,75 % | 6 avril 2026 |
| Upper rate | Fraction comprise entre 37 700 £ et 125 140 £ de revenu imposable | 33,75 % | 35,75 % | 6 avril 2026 |
| Additional rate | Fraction excédant 125 140 £ de revenu imposable | 39,35 % | 39,35 % — inchangé | sans objet |
| Dividend allowance | S’impute sur les premières livres de dividende, quel que soit le taux | 500 £ | 500 £ | 500 £ depuis 2024-25 |
Un point d’attention pour qui relit d’anciennes notes ou d’anciens articles. Les valeurs 8,75 % et 33,75 % sont périmées depuis le 6 avril 2026. Elles restent exactes pour l’année fiscale 2025-26, donc pour toute déclaration ou rectification portant sur cette période : la date limite de dépôt en ligne de la Self Assessment2025-26 est le 31 janvier 2027. Un chiffre périmé n’est pas un chiffre faux ; c’est un chiffre sans son millésime.
Les 500 £ de dividend allowance ne sont pas un abattement
C’est le premier faux ami du système, et il piège les Français plus que les autres, parce qu’en droit français un abattement réduit l’assiette. La dividend allowance britannique ne réduit pas l’assiette : elle taxe à 0 % les 500 premières livres de dividende, mais ces 500 £ continuent de consommer de la tranche. Elles comptent pour déterminer où tombe le reste de votre revenu. Un contribuable dont le revenu imposable frôle le seuil de la tranche supérieure ne « gagne » donc pas 500 £ de marge : il gagne exactement 500 £ × le taux applicable, soit au mieux 197 £ dans la tranche à 39,35 %.
La trajectoire mérite d’être rappelée, parce que le corpus francophone est massivement en retard sur ce point : 2 000 £ jusqu’en 2022-23, 1 000 £ en 2023-24, 500 £ depuis 2024-25. Une division par quatre en deux ans. Si vous lisez encore quelque part qu’un dividende britannique est « exonéré jusqu’à 2 000 £ », vous lisez un texte antérieur à avril 2023.
Un cadre londonien à 60 000 £ de salaire et 25 000 £ de dividendes — année fiscale 2026-27
HYPOTHESES
Residence fiscale ................................ Royaume-Uni (rUK)
Annee fiscale ...................................... 2026-27
Salaire brut ....................................... 60 000 GBP
Dividendes (societes britanniques) ................. 25 000 GBP
Revenu net ajuste (85 000) < 100 000 => personal allowance pleine
ETAGE 1 — REVENUS NSND (le salaire)
Salaire ............................................ 60 000 GBP
Personal allowance ................................ -12 570 GBP
Fraction taxable NSND .............................. 47 430 GBP
dont 37 700 a 20 % ............................... 7 540 GBP
dont 9 730 a 40 % ................................ 3 892 GBP
Impot sur le salaire .............................. 11 432 GBP
ETAGE 2 — LES DIVIDENDES, EMPILES AU-DESSUS
Dividendes ......................................... 25 000 GBP
Dividend allowance a 0 % ............................. -500 GBP
Fraction taxable ................................... 24 500 GBP
Taux applicable : upper rate (revenu imposable total
de 72 430 GBP, inferieur a 125 140 GBP) ........... 35,75 %
Impot sur les dividendes ........................... 8 758,75 GBP
CE QUE LA HAUSSE DU 6 AVRIL 2026 A COUTE SUR CE DOSSIER
Meme calcul au taux 2025-26 de 33,75 % ............. 8 268,75 GBP
Surcout de la reforme ................................ 490,00 GBP
TAUX EFFECTIF SUR LE DIVIDENDE ....................... 35,03 %Arithmétique dérivée : les taux et les seuils sont officiels (page HMRC des taux 2026-27), le calcul est nôtre. Aucun prélèvement social britannique ne s’ajoute : la National Insurance ne frappe pas les dividendes. Attention toutefois à la brèche ouverte au 6 avril 2026 sur le carried interest, traitée plus bas.
Le pic à 60 % entre 100 000 £ et 125 140 £, et ce qu’il fait à un dividende
Voici le mécanisme britannique qui surprend le plus systématiquement un Français, parce que le barème français ne connaît rien de comparable en ampleur. Au-delà de 100 000 £ de revenu net ajusté (adjusted net income), la personal allowancede 12 570 £ est réduite d’une livre pour deux livresde revenu excédentaire. Elle est donc intégralement absorbée à 125 140 £. La base légale est l’article 35(2) de l’Income Tax Act 2007 : « For an individual whose adjusted net income exceeds £100,000, the allowance under subsection (1) is reduced by one-half of the excess ». La définition de l’adjusted net income figure à l’article 58 du même texte. Une référence à « l’article 38 » circule : elle est fausse, l’article 38 traite de l’abattement des personnes aveugles.
Sur un salaire, l’effet est connu et documenté : chaque livre supplémentaire est taxée à 40 % et fait entrer 0,50 £ de plus dans l’assiette taxable à 40 %, soit un taux marginal d’income tax de 60 %, porté à 62 %avec la National Insurance salariée à 2 %. En Écosse, la même bande produit 69,5 %. Un salarié anglais à 125 000 £ supporte un taux marginal supérieur de quinze points à celui d’un salarié à 200 000 £.
Ce que les sources officielles ne chiffrent pas, et qui vous concerne directement si votre revenu est financier, c’est l’effet de cette même bande sur un dividende ou sur un intérêt. Le raisonnement est mécanique : le retrait de l’abattement fait entrer 0,50 £ de plus dans l’assiette, et cette fraction supplémentaire se taxe au taux du sommet de la pile. Si votre tranche marginale est constituée de dividendes, ce sommet est à 35,75 %. Nous donnons ci-dessous le calcul, en le présentant pour ce qu’il est : une arithmétique dérivée de taux officiels, et non une donnée publiée par HMRC.
| Nature du revenu situé au sommet de la pile | Taux nominal 2026-27 | Taux marginal réel entre 100 000 £ et 125 140 £ | Effet du 6 avril 2027 |
|---|---|---|---|
| Salaire (donnée publiée) | 40 % + 2 % de NIC | 62 % | Inchangé (le barème NSND n’est pas modifié) |
| Intérêts (calcul dérivé) | 40 % | 60 % | Le taux nominal passe à 42 % : marginal de l’ordre de 63 % |
| Dividendes (calcul dérivé) | 35,75 % | de l’ordre de 53,6 % | Aucun changement de taux annoncé sur les dividendes à cette date |
| Plus-values (capital gains tax) | 24 % | 24 % — la plus-value n’entre pas dans l’adjusted net income | Aucun changement annoncé |
La quatrième ligne mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle contient un levier réel. Une plus-value n’entre pas dans l’adjusted net income : elle ne déclenche pas le retrait de l’abattement personnel. Sur la bande des 25 140 £ où le taux marginal explose, réaliser un gain en capital plutôt que percevoir un dividende change considérablement le résultat. C’est un arbitrage que tout dirigeant de société britannique finit par poser, et il se pose aussi pour un Français qui pilote sa rémunération entre salaire, dividende et cession. Il n’a rien d’automatique et il ne se décide pas sur un tableau : les conditions du Business Asset Disposal Reliefsont exigeantes, et la requalification d’une distribution en revenu d’activité est un contentieux classique outre-Manche. Nous y revenons plus bas.
Le levier légal le plus employé sur cette bande est ailleurs, et il est simple : ramener le revenu net ajusté sous 100 000 £ par une cotisation à un régime de retraite britannique ou par un don caritatif sous le régime du Gift Aid, tous deux réduisant l’adjusted net income. Le rendement d’une cotisation de retraite dans cette bande est de 60 % en Angleterre et de 67,5 % en Écosse, et non de 40 ou 45 %. Le plafond annuel (annual allowance) est de 60 000 £ pour 2026-27, réduit au-delà de 260 000 £ d’adjusted incomeconjugués à 200 000 £ de threshold income. Le sujet relève du chapitre retraite ; il figure ici parce qu’il est indissociable de l’arbitrage sur les revenus du capital.
Les intérêts : rien n’a bougé en 2026-27, tout bouge au 6 avril 2027
C’est ici que le corpus francophone confond le plus souvent les deux dates du Budget 2025. Pour l’année fiscale 2026-27, les revenus d’épargne — intérêts de comptes, de dépôts à terme, d’obligations, rémunérations de financement alternatif — sont taxés aux taux inchangés de 20, 40 et 45 %. La hausse à 22 / 42 / 47 % est votée, mais elle ne prend effet qu’au 6 avril 2027.
Le texte est le Finance Act 2026 (c. 11). Sa section 7dispose, pour le volet foncier : « For the tax year 2027-28 the property rates of income tax are as follows—(a) the property basic rate is 22%, (b) the property higher rate is 42%, and (c) the property additional rate is 47% ». Les taux d’épargne suivent le même calendrier et les mêmes niveaux, sous les libellés « the savings basic rate at 22% », « savings higher rate at 42% » et « savings additional rate at 47% ». La section 6du même texte insère une section 6D dans l’Income Tax Act 2007 et crée les sections 11CA, 16A et 17A qui portent l’architecture nouvelle.
Un mot sur ce que cette hausse signifie pour un profil patrimonial. Un contribuable de la tranche additionnelle qui détient un portefeuille obligataire ou une poche de liquidités rémunérée verra sa charge passer de 45 à 47 % sur cette ligne au 6 avril 2027, sans aucun abattement pour l’amortir puisque la personal savings allowanceest nulle à ce niveau. Sur 100 000 £ d’intérêts annuels, ce sont 2 000 £ de plus par an. Ce n’est pas dramatique ; c’est un paramètre à porter dans une projection à cinq ans, au même titre que le gel des seuils.
La personal savings allowance : une falaise, pas une pente
Deux abattements propres aux revenus d’épargne coexistent, et ils fonctionnent différemment.
| Dispositif | Montant 2026-27 | Mécanisme | Pour qui c’est utile |
|---|---|---|---|
| Personal savings allowance — contribuable au taux de base | 1 000 £ | Intérêts taxés à 0 % dans la limite, mais qui consomment de la tranche, comme la dividend allowance | Épargnant dont le revenu total reste sous 50 270 £ |
| Personal savings allowance — taux supérieur | 500 £ | Idem | Cadre entre 50 270 £ et 125 140 £ de revenu |
| Personal savings allowance — taux additionnel | 0 £ | Suppression totale, sans dégressivité : le passage dans la tranche additionnelle fait tomber l’abattement d’un coup | Personne |
| Starting rate for savings | 5 000 £ | Intérêts à 0 %, mais l’abattement est réduit d’une livre pour chaque livre de revenu NSND excédant la personal allowance : il est épuisé dès 17 570 £ de revenu NSND | Conjoint sans activité, jeune retraité vivant de son capital, année de transition — en règle générale inopérant pour un cadre expatrié |
Le mot « falaise » n’est pas une figure de style. Là où la personal allowance se retire progressivement, la personal savings allowancetombe de 500 £ à zéro d’un seul coup au franchissement du seuil de la tranche additionnelle. Une livre de revenu supplémentaire peut ainsi coûter 225 £ d’impôt (500 £ × 45 %). C’est marginal en valeur absolue, et c’est le genre d’effet de seuil qui rend un tableur de simulation faux si on l’écrit en interpolant.
Une précision écossaise, puisqu’elle piège les projections. Un contribuable résidant en Écosse est imposé au barème écossais sur ses revenus NSND, mais aux taux et selon les tranches du Royaume-Uni sur ses revenus d’épargne et de dividendes. Il relève donc simultanément de deux grilles de tranches. Le technical factsheetdu gouvernement écossais le confirme : les taux écossais ne s’appliquent qu’au non-savings non-dividend income. Toute simulation qui applique le taux écossais à un dividende est fausse.
La capital gains tax : 18 et 24 %, et un abattement divisé par quatre en deux ans
La CGT est l’impôt britannique le plus mal compris des Français, pour une raison de structure : les plus-values ne forment pas une assiette séparée à taux fixe. Elles ne ressemblent pas au prélèvement forfaitaire unique. Elles s’empilent au-dessusde votre revenu imposable, et le taux dépend de la place qu’elles y occupent.
| Paramètre | 2025-26 | 2026-27 | Observation |
|---|---|---|---|
| Gains dans la fraction résiduelle de la tranche de base | 18 % | 18 % | La fraction résiduelle se mesure sur les 37 700 £ de la basic rate limit, après imputation du revenu imposable |
| Gains au-delà | 24 % | 24 % | Un contribuable dont le revenu dépasse déjà 50 270 £ est à 24 % sur la totalité de sa plus-value |
| Trustees et personal representatives | 24 % | 24 % | Les trusts relèvent d’un chapitre à part et ne sont pas traités ici |
| Annual exempt amount — particuliers | 3 000 £ | 3 000 £ | 12 300 £ jusqu’en 2022-23, 6 000 £ en 2023-24, 3 000 £ depuis 2024-25 |
| Annual exempt amount — autres trustees | 1 500 £ | 1 500 £ | Moitié de l’abattement des particuliers |
| Immobilier résidentiel britannique | 18 / 24 % | 18 / 24 % | Aligné sur le droit commun depuis le 30 octobre 2024. Les taux de 18 / 28 % qui circulent encore sont périmés |
Le même gain de 40 000 £, deux contribuables — année fiscale 2026-27
CONTRIBUABLE A — revenu imposable de 30 000 GBP apres abattement
Fraction residuelle de la tranche de base
37 700 - 30 000 ................................... 7 700 GBP
Plus-value brute .................................... 40 000 GBP
Annual exempt amount ................................ -3 000 GBP
Plus-value imposable ................................ 37 000 GBP
dont 7 700 a 18 % .................................. 1 386 GBP
dont 29 300 a 24 % ................................. 7 032 GBP
CGT due ............................................. 8 418 GBP
Taux effectif sur le gain brut ....................... 21,05 %
CONTRIBUABLE B — revenu imposable superieur a 37 700 GBP
Fraction residuelle de la tranche de base ................. 0
Plus-value imposable ................................ 37 000 GBP
integralement a 24 % ............................... 8 880 GBP
CGT due ............................................. 8 880 GBP
Taux effectif sur le gain brut ....................... 22,20 %
CE QUE L'EROSION DE L'ABATTEMENT A COUTE
A taux constant de 24 %, pour isoler le seul effet
de l'abattement, sur un gain de 15 000 GBP :
avec un AEA de 12 300 GBP ............................ 648 GBP
avec un AEA de 3 000 GBP ........................... 2 880 GBP
Surcout ............................................. 2 232 GBPArithmétique dérivée de taux et de seuils officiels. Le dernier bloc neutralise volontairement l’évolution des taux pour ne mesurer que celle de l’abattement : il ne reconstitue pas l’impôt réellement dû en 2022-23, année où les taux applicables étaient différents.
L’effondrement de l’annual exempt amountest le fait marquant de la période, et il est très mal répercuté dans le corpus francophone : 12 300 £ jusqu’en 2022-23, 6 000 £ en 2023-24, 3 000 £ depuis 2024-25. Trois mille livres, c’est l’ordre de grandeur d’un arbitrage de portefeuille ordinaire. La conséquence pratique est que le fractionnement des cessions sur plusieurs années fiscales, technique classique quand l’abattement valait 12 300 £, a perdu l’essentiel de son intérêt : il faut désormais quatre années fiscales pour purger ce qu’une seule purgeait en 2022-23.
Une négative à borner : le report de l’abattement non utilisé
Nous ne pouvons pas écrire, et nous n’écrirons pas, qu’il n’existe aucun mécanisme de report de l’annual exempt amountnon utilisé. Ce que nous pouvons écrire, c’est ceci : la page HMRC des taux et abattements de capital gains tax, consultée le 29 juillet 2026, ne mentionne aucun mécanisme de report de l’abattement non utilisé d’une année fiscale sur l’autre. La distinction n’est pas rhétorique. Elle vous dit exactement ce que nous avons vérifié et ce que nous n’avons pas vérifié, et elle vous permet de poser la bonne question à un conseil britannique plutôt que de nous croire sur parole.
Les moins-values : ce que nous établissons, et ce que nous ne tranchons pas
Il faut être direct, parce que c’est une question que tout détenteur de portefeuille pose en deuxième position. Le régime britannique d’imputation et de report des moins-values de capital gains tax ne figure pas parmi les points que nos sources primaires ont établis à la date du 29 juillet 2026. Il est identifié comme un point restant à instruire, au même titre que le report de l’abattement annuel. Nous ne publierons donc ni règle d’imputation, ni durée de report, ni ordre d’affectation.
Ce que nous savons en revanche, et qui est établi, c’est que la question ne se pose pas de la même façon selon la nature de l’actif. Une perte réalisée sur un non-reporting offshore fund ne produit pas une moins-value en capital, puisque le profit correspondant ne serait pas une plus-value mais un offshore income gain imposé à l’income tax. De même, une perte constatée sur une assurance-vie française relève du régime des gains on foreign life insurance policies, qui est un régime de revenu et non de capital, et sur lequel les moins-values de portefeuille ne peuvent pas s’imputer. La question « puis-je compenser ? » est donc d’abord une question de qualification, et seulement ensuite une question de mécanique.
Ce qu’il faut demander à un conseil britannique sur les moins-values
- Le régime d’imputation et de report des allowable lossesdu Taxation of Chargeable Gains Act 1992, dans sa rédaction en vigueur pour l’année fiscale 2026-27, et l’ordre d’affectation entre pertes de l’année et pertes reportées.
- L’articulation entre l’imputation des pertes et l’annual exempt amount : l’abattement se consomme-t-il avant ou après les pertes reportées.
- Le sort des pertes réalisées pendant une année où le régime des nouveaux arrivants (FIG) est revendiqué. Le point est traité au chapitre 03 pour les déficits de revenus étrangers, qui sont définitivement perdus ; l’équivalent en matière de plus-values doit être vérifié texte en main.
- Le traitement des pertes réalisées sur des actifs situés hors du Royaume-Uni, et l’éventuelle nécessité d’une élection pour les rendre déductibles.
- Les pièces à réunir avant l’entretien : relevés de portefeuille au 5 avril de chaque année fiscale concernée, historique complet des acquisitions avec dates et devises, et la liste des lignes cédées à perte depuis votre première année de résidence britannique.
Quel prix de revient le Royaume-Uni retient-il ?
C’est la question la plus lourde du chapitre pour quelqu’un qui arrive avec un portefeuille constitué. En règle générale, le Royaume-Uni retient le prix d’acquisition historique, et non la valeur du titre au jour de votre arrivée. La plus-value latente que vous avez accumulée pendant vos années françaises entre donc, en principe, dans l’assiette britannique le jour où vous cédez. C’est un point que la plupart des expatriés découvrent trop tard.
Deux dispositifs y font exception, et un seul vous concerne probablement.
- Le régime des nouveaux arrivants (FIG), pendant la fenêtre de quatre années fiscales décrite au chapitre 03. Les plus-values sur actifs situés hors du Royaume-Uni y sont éligibles à l’allégement, sous réserve de la règle des 75 % de valeur immobilière britannique. C’est la voie ordinaire pour un Français qui arrive.
- Le rebasing au 5 avril 2017de l’annexe 11 du Finance Act 2025, qui répute l’actif acquis « on 5 April 2017 for a consideration equal to its market value on that date ». Il ne vise que des clients déjà installés, et ses conditions sont cumulatives : n’avoir jamais été domicilié au Royaume-Uni avant 2025-26, avoir formulé au moins une revendicationexpresse de la remittance basisau titre d’une des années 2017-18 à 2024-25, l’application automatique ne comptant pas, détenir l’actif au 5 avril 2017, que cet actif n’ait pas été situé au Royaume-Uni entre le 6 mars 2024 et le 5 avril 2025, et que la cession intervienne le 6 avril 2025 ou après. La date de valeur est bien le 5 avril 2017, et non le 5 avril 2025 : l’erreur circule. Le dispositif est traité au chapitre 04.
Ce second dispositif s’applique à des actifs français — titres, parts d’OPCVM, parts de SCPI — et peut effacer huit années de plus-value. Il est d’un maniement délicat : une élection irrévocable permet de l’écarter cession par cession, ce qui suppose de savoir si la valeur au 5 avril 2017 était supérieure ou inférieure au prix de revient historique, ligne par ligne. Si vous êtes à Londres depuis 2015 ou 2018 et que vous avez coché la case remittance basisau moins une fois, c’est le premier document à sortir de vos archives.
Ce que la CGT frappe, et les régimes qui l’allègent
Trois régimes méritent d’être connus, moins pour ce qu’ils apportent que pour ce qu’ils n’apportent plus.
Le Business Asset Disposal Relief d’abord, l’équivalent fonctionnel de l’abattement français pour départ à la retraite du dirigeant. Sa trajectoire est brutale : 10 % jusqu’au 5 avril 2025, 14 % du 6 avril 2025 au 5 avril 2026, 18 % depuis le 6 avril 2026, dans la limite d’un plafond viager de 1 000 000 £ inchangé depuis le 11 mars 2020. La page GOV.UK est explicite : « 18% on all gains on qualifying assets disposed of from 6 April 2026 ». L’écart avec le taux de droit commun de 24 % n’est plus que de six points, contre quatorze avant 2025. Le BADR n’est plus le levier qu’il était, et tout contenu antérieur à 2025 qui vous promet une cession à 10 % est à jeter.
Ses conditions sont exigeantes, et la plus discriminante est souvent escamotée. Pour une cession de titres, il faut détenir l’entreprise ou les titres depuis au moins deux ans, avoir la qualité de salarié ou de mandataire social de la société d’exploitation ou de sa holding pendant ces deux ans, et satisfaire la condition de société personnelle : détenir au moins 5 % du capital ordinaire ET des droits de vote, avec un droit à au moins 5 % soit des bénéfices distribuables et de l’actif de liquidation, soit du produit de cession. Un régime dérogatoire existe pour les titres issus d’options Enterprise Management Incentive, où la condition de 5 % ne s’applique pas, sous réserve d’avoir acquis les titres après le 5 avril 2013 et de s’être vu accorder l’option au moins deux ans avant la cession. Ne confondez pas ce seuil de 5 % avec celui, distinct, qui gouverne les associated disposals— les actifs prêtés à l’entreprise.
L’Investors’ Relief affiche les mêmes taux et le même plafond : 14 % du 6 avril 2025 au 5 avril 2026, puis 18 % depuis le 6 avril 2026, plafond viager ramené de 10 000 000 £ à 1 000 000 £ pour les cessions réalisées à compter du 30 octobre 2024. Cette identité de taux est un piège de lecture : les conditions d’accès des deux régimes sont pour partie opposées. L’Investors’ Relief exige des actions ordinaires nouvelles, souscrites en numéraire, détenues au moins trois ans à compter de leur émission, et — condition la plus discriminante — que l’investisseur ne soit en principe ni salarié ni mandataire socialde la société. Là où le BADR récompense le dirigeant, l’Investors’ Reliefrécompense celui qui ne l’est pas. Lire les deux tableaux de taux à la suite et en conclure que les conditions sont les mêmes est l’erreur type.
Le carried interest enfin, sujet de niche mais discriminant pour la clientèle franco-britannique du private equity. Depuis le 6 avril 2026, il sort de la CGT.Il est intégralement traité en bénéfice professionnel. La note de politique fiscale publiée sur GOV.UK le formule ainsi : « This measure will introduce a revised tax regime for carried interest which sits wholly within the Income Tax framework, with carried interest treated as trading profits and subject to Income Tax and Class 4 National Insurance contributions ». Lorsqu’il est qualifying — le caractère qualifiant dépendant de la durée moyenne de détention des investissements du fonds —, le montant traité comme bénéfice professionnel est de 72,5 % des qualifying profits. Pour un contribuable de la tranche additionnelle, cela donne 45 % × 72,5 % ≈ 32,6 % d’income tax, plus 2 % × 72,5 % ≈ 1,45 % de NIC de classe 4, soit de l’ordre de 34 % — arithmétique dérivée, non publiée par HMRC. En régime transitoire 2025-26, le carried interestétait taxé à la CGT au taux de 32 %.
Carried interest : la portée territoriale est le point qui vous concerne
Le nouveau régime s’applique « where either the individual is UK tax resident or the carried interest relates to investment management services performed in the UK ». Lisez la seconde branche. Des non-résidents rendant des services de gestion au Royaume-Uni peuvent y être imposés sur leur carried interest, pour la première fois. Pour un professionnel français du private equityqui travaille entre Paris et Londres sans y transférer sa résidence, c’est le point décisif de la réforme, et il est absent de la quasi-totalité du corpus francophone.
C’est aussi la brèche qui invalide la formule commode selon laquelle « le Royaume-Uni ne prélève pas de cotisations sociales sur les revenus du capital ». La formule reste vraie en principe : il n’existe pas d’équivalent britannique de la CSG-CRDS frappant intérêts, dividendes, plus-values et revenus fonciers, la National Insurance visant les revenus d’activité. Mais depuis le 6 avril 2026 le carried interest, rémunération de nature patrimoniale, supporte la NIC de classe 4. Une négative universelle de plus qui tombe.
Deux obligations déclaratives, pour finir, parce qu’elles se ratent facilement. La cession d’un bien résidentiel britannique dégageant une plus-value imposable doit être déclarée et payée dans un délai de 60 joursà compter de l’achèvement (completion), pour les cessions dont l’achèvement intervient à compter du 27 octobre 2021. Ce délai est distinct de celui de la Self Assessment. Et, pour les non-résidents, la formulation de HMRC ne laisse aucune marge : « If you’re not a resident in the UK, you must report disposals of UK property or land even if you have no tax to pay on the disposal ». Déclarer une opération sans impôt reste une obligation. Le calendrier de cession d’une ancienne résidence londonienne, et le test des 90 nuits de la Private Residence Relief qui commande son exonération, relèvent du chapitre immobilier.
L’ISA : l’enveloppe la plus simple d’Europe, et ses pièges
L’Individual Savings Accountest, comparé au PEA et à l’assurance-vie française, d’une simplicité qui déroute. Ni income taxni CGT sur les revenus et les plus-values logés dans l’enveloppe. Pas de durée de détention minimale. Pas de limitation de montant cumulé : seul le versement annuel est plafonné, l’encours ne l’est jamais. Pas de fiscalité de sortie. Pas de plan à « faire mûrir ». Vous versez, vous investissez, vous retirez.
| Paramètre | Année fiscale 2026-27 | Ce qui change au 6 avril 2027 | Gel annoncé jusqu’au |
|---|---|---|---|
| Plafond global, tous ISA confondus | 20 000 £ | Inchangé à 20 000 £ | 5 avril 2031 |
| Cash ISA | Dans la limite du plafond global | Plafonné à 12 000 £ — sauf 65 ans et plus, qui conservent 20 000 £ | 5 avril 2031 |
| Stocks and shares ISA et Innovative finance ISA | Dans la limite du plafond global | Conservent 20 000 £ | 5 avril 2031 |
| Lifetime ISA | 4 000 £, inclus dans les 20 000 £ | Inchangé | 5 avril 2031 |
| Junior ISA / Child Trust Fund | 9 000 £ | Inchangé | 5 avril 2031 |
Trois règles anti-contournement accompagnent la réforme du 6 avril 2027, et elles sont plus précises que ce qu’on en lit. Un : les transferts d’un Stocks and shares ISA ou d’un Innovative finance ISA vers un Cash ISA sont interdits, sauf pour les titulaires de 65 ans et plus, par cohérence avec le maintien de leur plafond. Deux : un portefeuille non-cash intégralement composé d’actifs « cash-like » cesse d’être qualifiant — et ces actifs sont définis limitativement comme les seuls fonds monétaires (Money Market Funds), une allocation partielle restant admise. Il ne s’agit donc pas d’un pouvoir d’appréciation de l’administration, comme certaines synthèses le laissent croire, mais d’un test fermé. Trois : un prélèvement forfaitaire de 22 % frappera les intérêts et rémunérations de financement alternatif servis sur les liquidités détenues dans un ISA non-cash. Le passage à la déclaration numérique mensuelle des ISA, lui, est reporté à avril 2028.
L’exception des 65 ans mérite sa formulation exacte, parce qu’elle est plus généreuse qu’on ne l’imagine : « Individuals aged 65 and over will benefit from a higher Cash ISA limit of £20,000, entitlement to which will apply from the start of the tax year in which an individual turns 65 ». Le droit s’ouvre dès le début de l’année fiscale au cours de laquelle vous atteignez 65 ans, et non le jour de votre anniversaire.
Le Lifetime ISA est disqualifiant pour un expatrié qui compte rentrer
Il faut corriger ici une phrase qui circule sur toutes les enveloppes britanniques : « les retraits sont libres et non imposés ». C’est vrai pour trois des quatre types d’ISA. C’est faux pour le Lifetime ISA, qui supporte une charge de retrait de 25 %sur toute sortie non autorisée. Les seules sorties sans charge sont l’acquisition d’une première résidence, l’atteinte de 60 ans, et la maladie en phase terminale avec une espérance de vie inférieure à douze mois.
Le point vicieux est arithmétique. La charge de 25 % porte sur le capital augmenté du bonus, alors que le bonus de l’État est de 25 % du seul versement. Elle excède donc le bonus en valeur absolue : un retrait anticipé se solde par une perte en capital. Versez 4 000 £, recevez 1 000 £ de bonus, retirez les 5 000 £ : la charge est de 1 250 £ et vous récupérez 3 750 £. Vous avez perdu 250 £ sur 4 000 £ versés, soit 6,25 %, hors performance.
Pour un Français, le cas n’a rien de théorique : un retour en France avant 60 ans, sans achat d’une première résidence au Royaume-Uni, rend toute récupération des fonds pénalisante. Le LISA est la seule des quatre enveloppes qui comporte un coût de sortie, et il est disqualifiant pour un expatrié dont l’horizon de retour est inférieur à celui de la retraite. Versements plafonnés à 4 000 £ par an, possibles jusqu’à 50 ans, premier versement avant 40 ans, bonus d’État de 25 % plafonné à 1 000 £ par an.
Ce que devient un ISA quand vous partez, et ce qu’il vaut vu de France
La documentation britannique pose la résidence comme condition d’éligibilité, puis passe à autre chose. Elle ne dit pas ce qui se produit quand la condition cesse d’être remplie — c’est-à-dire, pour vous, le jour où vous rentrez. Voici ce que la page GOV.UK consacrée au déménagement à l’étranger établit, lue le 29 juillet 2026.
- Le plan survit et conserve son exonération britannique.Vous ne perdez pas l’antériorité, et les revenus et plus-values continuent d’échapper à l’income tax et à la CGT britanniques.
- Les versements cessent : « you cannot put money into it unless you’re a Crown employee working overseas or their spouse or civil partner ». L’exception est étroite et ne vous concerne probablement pas.
- Le transfert entre gestionnaires reste possiblependant la non-résidence : « You can transfer an ISA to another provider even if you are not resident in the UK ». C’est ce qui rend l’arbitrage « liquider ou conserver » réellement ouvert.
- Vous devez prévenir votre gestionnaire : « You must tell your ISA provider as soon as you stop being a UK resident. »
- La reprise des versements au retour se fait « subject to the annual ISA allowance ».
Deux points sont systématiquement omis par le corpus francophone, et ils sont tous les deux défavorables. Le premier : l’ISA n’est pas exonéré d’Inheritance Tax. Il entre dans l’assiette du défunt comme n’importe quel actif britannique. Une enveloppe exonérée d’impôt sur le revenu et de plus-value n’est pas une enveloppe de transmission ; le chapitre consacré à l’Inheritance Tax explique pourquoi cette confusion coûte cher, et pourquoi le basculement du rattachement de cet impôt du domicile vers la résidence de longue durée en fait le sujet le plus lourd du dossier britannique.
Le second : l’exonération est britannique, et elle n’a aucun effet en France. Rien, dans les pages GOV.UK consultées le 29 juillet 2026, n’indique que l’exonération d’un ISA soit opposable à une autre juridiction. La question de savoir si un ISA reste exonéré au regard de l’impôt français après un retour, et selon quelle qualification conventionnelle, n’est pas tranchée par nos sources. Nous ne la trancherons pas ici. Ce que nous pouvons dire sans réserve, c’est qu’il ne faut jamaisraisonner comme si un ISA était « défiscalisé » pour un résident français.
Un compte britannique non déclaré ne coûte pas seulement une amende
C’est le point où l’écart entre ce que l’on croit risquer et ce que l’on risque réellement est le plus grand. Un ISA, un compte courant britannique, un compte-titres : tous doivent être déclarés à l’administration française par le formulaire 3916 dès lors que vous êtes résident fiscal de France.
Le défaut de déclaration ne se solde pas par une amende et rien d’autre. Il ouvre la voie à la présomption de revenu imposable de l’article 1649 quater-0 B bis du CGI : les sommes transitant par le compte non déclaré peuvent être regardées comme des revenus. Et les sommes ainsi imposées supportent une contribution sociale au taux de 25 %, en application du IV bis de l’article L. 136-8 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction issue de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, article 65, en vigueur depuis le 27 juin 2026 : « Par dérogation au I, sont assujetties à la contribution sociale au taux de 25 % les sommes mentionnées au a du II de l’article L. 136-6 qui sont soumises à l’impôt sur le revenu en application de l’article 1649 quater-0 B bis du code général des impôts. »
Déclarer n’est pas une formalité de confort. Le sujet est développé au chapitre consacré au retour en France ; il figure ici parce que la décision de conserver ou de liquider un ISA se prend avant le départ, pas après.
Vos revenus français vus de Londres
Faisons maintenant le chemin inverse. Vous êtes résident fiscal britannique, votre patrimoine est resté en partie en France. Le Royaume-Uni vous impose sur vos revenus mondiaux, sauf allégement revendiqué. Voici comment chaque ligne se comporte des deux côtés.
| Nature du revenu français | Ce que la France prélève | Fondement conventionnel | Ce que le Royaume-Uni fait |
|---|---|---|---|
| Dividendes de sociétés françaises | Retenue à la source de 12,8 % (CGI, art. 119 bis 2 et art. 187). 75 % si versement dans un État ou territoire non coopératif | Article 11 § 1 b) : imposition à la source plafonnée à 15 % du montant brut. Le taux interne de 12,8 % est déjà inférieur au plafond | Foreign dividends imposés aux taux dividendes britanniques (10,75 / 35,75 / 39,35 %), avec crédit pour la retenue française effectivement supportée |
| Intérêts de source française | Exonérés de retenue à la source (CGI, art. 125 A III). 75 % en cas de versement dans un ETNC | Article 12 § 1 : imposition exclusive au Royaume-Uni, plafond conventionnel de 0 % | Imposés à l’income tax aux taux savings (20 / 40 / 45 % en 2026-27, 22 / 42 / 47 % à compter du 6 avril 2027) |
| Plus-values de cession de valeurs mobilières françaises | Non imposables en France, hors deux exceptions | Article 14 § 5 : imposition exclusive dans l’État de résidence du cédant. Exceptions : art. 14 § 2 (sociétés à prépondérance immobilière française) et art. 14 § 6 (clause de rémanence de six années fiscales) | Capital gains tax à 18 / 24 %, sur le prix de revient historique — sauf FIG ou rebasing au 5 avril 2017 |
| Prélèvements sociaux sur ces trois lignes | Néant. Le champ des prélèvements sociaux du non-résident est limité aux revenus immobiliers et aux plus-values immobilières de source française | CSS, art. L. 136-6 I bis, qui renvoie au a du I de l’article 164 B du CGI | Sans objet : il n’y a rien à imputer |
| Distributions d’un véhicule d’investissement immobilier (SIIC, OPCI) | Taux de droit interne sans plafond conventionnel lorsque le bénéficiaire effectif détient 10 % ou plus du capital | Article 11 § 5, écartant les taux réduits des alinéas b), c) et d) | HMRC le confirme par la note « REIT dividends are taxed at the rate provided for by the domestic law » applicable à cette hypothèse |
Deux enseignements pratiques sortent de ce tableau, et ils vont à rebours de ce qu’on lit.
Le premier : vous n’avez rien à réclamer sur vos dividendes français. Le taux interne français pour une personne physique est de 12,8 %, le plafond conventionnel est de 15 %. La retenue est donc déjà conforme. Les démarches de « réduction à 15 % » que suggèrent certaines synthèses sont inutiles pour une personne physique — et faire perdre du temps à un client sur une démarche sans objet est un défaut de conseil, pas une précaution.
Le second : le Brexit n’a rien changé sur les intérêts et les redevances. La disparition des directives européennes aurait pu rétablir des retenues à la source ; les articles 12 et 13 de la convention prévoient déjà un taux zéro. C’est un cas où le raisonnement « le Royaume-Uni est un État tiers, donc c’est plus cher » n’emporte aucune conséquence défavorable. Ce guide passe son temps à corriger le contresens inverse — celui qui applique encore le droit de l’Union — mais l’excès de correction est une erreur symétrique. Sur ce point précis, il n’y a rien à corriger.
L’élimination de la double imposition : deux plafonds, et le second est féroce
Le mécanisme britannique d’élimination est celui de l’imputation. L’article 24 § 1 a) de la convention de 2008 dispose que l’impôt français exigible conformément à la convention sur des revenus de source française est imputable sur l’impôt britannique calculé sur les mêmes éléments. Simple sur le papier. Deux limites en font autre chose.
Premier plafond : le crédit ne peut pas excéder l’impôt britannique dû sur le même revenu
Le texte accorde le crédit « à concurrence de l’impôt du Royaume-Uni calculé sur ce revenu ». Le crédit n’est pas un remboursement : il éteint une dette britannique, et il s’arrête là où cette dette s’arrête.
Second plafond : le crédit est refusé pour l’impôt étranger que vous pouviez éviter
La section 33 du Taxation (International and Other Provisions) Act 2010, intitulée « Limit on credit: minimisation of the foreign tax », plafonne le crédit au montant qui aurait été dû si toutes les diligences raisonnables avaient été accomplies pour minorer l’impôt étranger.
Ce qui reste en dehors du crédit : la CSG et la CRDS
La CSG et la CRDS sont des impôts couverts par la convention au titre de son article 2, donc protégés par la non-discrimination et éligibles à la procédure amiable. Mais l’article 24 § 2 c) définit l’expression « impôt français » aux fins d’application du § 1 par renvoi aux seuls points (i) à (iv) de l’article 2 § 1 b).
La section 33 du TIOPA 2010 mérite d’être citée, parce que sa portée est plus large qu’on ne l’imagine. Le crédit est plafonné au montant qui aurait été dû si « all reasonable steps » avaient été accomplies, ces diligences incluant « (a) claiming, or otherwise securing the benefit of, reliefs, deductions, reductions or allowances, and (b) making elections for tax purposes », au regard tant du droit interne étranger que des conventions.
Voici ce que cela produit concrètement. Un assureur français qui n’a pas reçu votre attestation de résidence prélève par défaut le prélèvement forfaitaire sur un rachat d’assurance-vie. Or, sur les qualifications conventionnelles envisageables, l’ imposition de ce rachat revient exclusivement au Royaume-Uni. Le prélèvement français est donc un impôt évitable, et il n’ouvre aucun créditbritannique. Vous devrez le récupérer par la voie française, ou le perdre. Le même raisonnement vaut pour la retenue de l’article 182 A prélevée à tort sur une pension privée française, et pour celle de l’article 182 B sur des redevances ou des prestations. La démarche préalable auprès du débiteur français n’est pas un confort : c’est la condition du non-frottement.
Un mot enfin sur le PEA, parce que la question tombe à chaque rendez-vous et que nous ne la trancherons pas. La FAQ Brexit de la DGFiP énonce que, pour un titulaire résident du Royaume-Uni, « le taux de retenue à la source des dividendes perçus sur mon PEA sera désormais de 30 % ». Cette phrase est en tension avec l’article 187 du CGI, qui fixe la retenue à 12,8 % pour les personnes physiques, et avec l’article 11 § 1 b) de la convention, qui plafonne l’imposition à la source à 15 %. Trois lectures sont concevables et aucune n’est confirmée. C’est un écart de 17,2 points sur vos dividendes : nous n’affirmons rien tant que le point n’est pas tranché. Ce qui est en revanche établi, c’est que les titres de sociétés ayant leur siège au Royaume-Uni ont cessé d’être éligibles au PEA depuis le Brexit, que leur détention constitue un manquement aux règles de fonctionnement du plan sanctionné par la clôture au titre de l’article 1765 du CGI, et que la période de tolérance de neuf mois ouverte par l’ordonnance n° 2020-1595 du 16 décembre 2020 est expirée. Le contrôle à faire avant le départ n’est donc pas « faut-il clôturer », mais « le plan contient-il encore des titres britanniques ».
Le piège à 45 % : vos OPCVM français vus par le régime des offshore funds
Nous arrivons au point le plus coûteux du chapitre, et probablement de tout le volet placements de ce guide. Il est presque absent du corpus francophone, ce qui explique le nombre de portefeuilles qui traversent la Manche sans avoir été touchés.
Le Royaume-Uni traite les fonds collectifs constitués hors de son territoire selon un régime propre, celui des offshore funds, organisé par les Offshore Funds (Tax) Regulations 2009(SI 2009/3001). La logique du dispositif est de dissuader la capitalisation à l’abri de l’impôt britannique. Elle repose sur une ligne de partage unique et brutale.
Le fonds a le statut de reporting fund
Le statut suppose une demande à HMRC et le respect d’obligations déclaratives annuelles. C’est une démarche de la société de gestion, pas de l’investisseur : vous ne pouvez pas l’obtenir vous-même.
Le fonds est un non-reporting fund
C’est le régime par défaut, celui qui s’applique à tout fonds qui n’a pas demandé et obtenu le statut. Le profit de cession n’est alors pas une plus-value.
Et voici la mauvaise nouvelle. Les SICAV et les FCP français sont, pour le Royaume-Uni, des offshore funds. Il en va de même des ETF UCITS domiciliés en Irlande ou au Luxembourg, qui composent une part considérable des portefeuilles français. Le statut de reporting fundest une démarche volontaire de la société de gestion, tournée vers une clientèle britannique ; il n’y a aucune raison structurelle pour qu’un fonds distribué exclusivement en France l’ait demandé.
Ce que nous établissons, et ce que nous ne pouvons pas généraliser
La structure du régime est vérifiée sur le texte : Offshore Funds (Tax) Regulations 2009, SI 2009/3001. La qualification des SICAV et FCP français en offshore funds l’est également.
Ce que nous n’établissons pas, c’est la proportion d’OPCVM français ayant obtenu le statut de reporting fund. La liste officielle des reporting funds est publiée par HMRC et elle n’a pas été dépouillée dans le cadre de ce guide. Nous ne pouvons donc pas écrire « vos fonds n’ont pas le statut » : nous pouvons écrire qu’il faut le vérifier, ligne à ligne, fonds par fonds, avant tout départ. Cette vérification ne se généralise pas, et c’est précisément pour cela qu’elle doit être faite.
La même cession, trois scénarios — un portefeuille d’OPCVM français, année fiscale 2026-27
HYPOTHESES COMMUNES
Residence fiscale ................................ Royaume-Uni (rUK)
Prix de revient historique ......................... 200 000 GBP
Valeur de cession .................................. 320 000 GBP
Gain brut .......................................... 120 000 GBP
Contribuable de la tranche additionnelle (45 % / 24 %)
Cote francais : article 14 par. 5 de la convention,
imposition exclusive au Royaume-Uni ....................... 0
SCENARIO 1 — LE FONDS EST REPORTING
Gain brut .......................................... 120 000 GBP
Annual exempt amount ................................ -3 000 GBP
Base CGT ........................................... 117 000 GBP
Taux applicable ........................................ 24 %
Impot britannique ................................... 28 080 GBP
SCENARIO 2 — LE FONDS EST NON-REPORTING
Offshore income gain ............................... 120 000 GBP
Annual exempt amount ..................................... neant
Taux applicable : income tax, tranche additionnelle .... 45 %
Impot britannique ................................... 54 000 GBP
Surcout par rapport au scenario 1 ................... 25 920 GBP
SCENARIO 3 — CESSION PENDANT LA FENETRE FIG, FONDS NON-REPORTING
Offshore income gain, rubrique 19 de la liste
de l'article 845H ITTOIA 2005 ............. eligible au relief
Impot britannique apres revendication ........................ 0
Impot francais (article 14 par. 5) ........................... 0
Reserve : exit tax francaise, voir ci-dessousArithmétique dérivée de taux officiels. Les montants sont exprimés en livres pour éviter tout aléa de conversion ; sur un dossier réel, la conversion des prix de revient et des prix de cession se fait au taux du jour de chaque opération, et l’effet de change fait partie de la plus-value britannique. Le scénario 3 suppose une revendication régulière du régime FIG, chiffrée, dans les délais du chapitre 03.
Le scénario 3 est le plus intéressant et le plus dangereux, pour la même raison : il est presque trop favorable. Les offshore income gains figurent expressément, sous la rubrique 19, dans la liste limitative de vingt-trois catégories de qualifying foreign income de l’article 845H de l’ITTOIA 2005, avec un renvoi au règlement 17 des Offshore Funds (Tax) Regulations 2009. Pendant la fenêtre de quatre années fiscales du régime des nouveaux arrivants, la cession peut donc n’être imposée nulle part : pas au Royaume-Uni, par l’effet de l’allégement revendiqué ; pas en France, par l’effet de l’article 14 § 5 de la convention.
Avant de purger quoi que ce soit : l’exit tax
Cette fenêtre de purge ne se raisonne pas isolément. Si vos titres relèvent de l’exit tax de l’article 167 bis du CGI, la cession pendant la période de sursis n’est pas neutre côté français, et le calendrier de la purge devient un problème à deux variables.
Rappel des paramètres, qui sont ceux du chapitre consacré au départ : l’imposition des plus-values latentes ressort à 31,4 %(12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la LFSS 2026) ; la garantie exigée en cas de sursis sur option est, elle, égale à 12,8 % du montant brut, sans abattement et sans prélèvements sociaux (V de l’article 167 bis) — les deux taux ne s’appliquent jamais à la même assiette ; le dégrèvement intervient au terme de deux ans, porté à cinq ansau-delà de 2 570 000 € de plus-values, le délai de quinze ans étant abrogé.
Sur le point précis du sursis vers le Royaume-Uni, prenez la position suivante et pas une autre : le transfert du domicile fiscal vers le Royaume-Uni ouvre le sursis de paiement de plein droit, sans constitution de garanties et sans désignation d’un représentant fiscal, pour les transferts intervenus à compter du 1er janvier 2024. La notice 2074-ETD, millésime 2025, § III-A cas n° 1, inscrit le Royaume-Uni sur la liste des États concernés, et la DGFiP l’écrit dans sa FAQ Brexit : « Le Royaume-Uni disposant d’instruments juridiques d’assistance en matière de recouvrement et de lutte contre la fraude fiscale similaires à ceux existant entre États membres de l’UE, les opérateurs britanniques seront dispensés de désigner un représentant fiscal, le sursis de paiement automatique sans constitution de garanties continue de s’appliquer. » L’obligation déclarative subsiste : déclaration n° 2074-ET l’année du départ, puis suivi annuel. Une réserve de date, impérative : la liste est celle du millésime applicable à l’année du transfert. Pour un départ en 2021, 2022 ou 2023, c’est la notice de l’année du départ qui commande.
L’arbitrage de calendrier se pose donc ainsi : la fenêtre FIG dure quatre années fiscales britanniques, le dégrèvement d’exit tax intervient au terme de deux ou cinq années. Les deux horloges ne tournent ni au même rythme ni sur le même calendrier — l’une se compte en années fiscales du 6 avril au 5 avril, l’autre en années à compter du transfert de domicile. Une cession réalisée en mars plutôt qu’en avril peut donc tomber du mauvais côté d’une des deux. C’est typiquement l’arbitrage qui se chiffre avant le départ, jamais après.
Une aggravation, pour finir, dont peu de titulaires ont conscience : la quasi-totalité des PEA sont investis en SICAV, en FCP ou en ETF UCITS. Or le Royaume-Uni ne reconnaît pas le PEA — les pages HMRC consultées le 29 juillet 2026 (HS321, la série IPTM, DT7250PP, DT7261, DT7264) ne le mentionnent pas. Pour le fisc britannique, c’est un compte-titres ordinaire, dont les dividendes sont imposables à mesure qu’ils sont perçus et dont les arbitrages internes sont des faits générateurs. Combinez les deux régimes et vous obtenez le pire résultat possible : un plan « logique » du point de vue français, dont chaque arbitrage interne déclenche un offshore income gainimposable jusqu’à 45 %, sans que l’exonération française après cinq ans n’y change quoi que ce soit. Cette conclusion est déduite du régime britannique ; elle n’est pas confirmée par une source primaire britannique nommant le PEA, et c’est une des questions à poser à un conseil établi au Royaume-Uni.
Faire dépouiller le portefeuille ligne à ligne avant le départ, pas après la première cession
Le travail utile sur un portefeuille qui traverse la Manche tient en cinq opérations : identifier les lignes qui relèvent du régime des offshore funds, vérifier chacune dans la liste HMRC des reporting funds, positionner la fenêtre du régime des nouveaux arrivants par rapport au calendrier de l’exit tax française, arbitrer la purge avant ou après le départ, et documenter les prix de revient et les dates d’acquisition dans un format exploitable par les deux administrations. Sur les points de qualification franco-britanniques et sur toute demande de position écrite à HMRC, la mise en relation avec des avocats fiscalistes établis au Royaume-Uni fait partie de l’accompagnement.
Ce qui coûte plus cher qu’en France
Un guide qui ne dirait que du bien de la fiscalité londonienne du capital serait un guide commercial. Voici les postes sur lesquels vous perdrez, et il y en a plus qu’on ne le dit.
Les dividendes.Le taux additionnel britannique de 39,35 % est substantiellement supérieur au prélèvement forfaitaire unique français. Pour être précis sans être faux, il faut formuler la comparaison ainsi : un dividende français supporte 12,8 % d’impôt forfaitaire plus les prélèvements sociaux au taux applicable, dont la détermination fait l’objet d’une controverse à la date de rédaction. L’arithmétique des deux décompositions qui circulent est exacte — 9,2 + 0,5 + 7,5 = 17,2 et 10,6 + 0,5 + 7,5 = 18,6 — et l’article L. 136-8 du code de la sécurité sociale, dans sa version en vigueur depuis le 27 juin 2026, porte les deux séries de taux selon les catégories. Nous publions 17,2 %comme position administrative et nous signalons la controverse ; nous ne substituons jamais un taux globalement, parce que le IV du même article maintient 9,2 % pour cinq catégories limitativement énumérées et que la formule « PFU 30 % » reste exacte sur l’assurance-vie. Ce qui est certain, c’est que la comparaison ne joue pas dans le même sens selon la tranche : à 10,75 % le dividende britannique est très inférieur au résultat français, à 39,35 % il lui est nettement supérieur.
L’imposition individuelle.Il n’y a pas de foyer fiscal au Royaume-Uni. Ni quotient conjugal, ni quotient familial. Un couple dont les revenus sont déséquilibrés est nettement plus mal traité qu’en France, et la seule respiration est la Marriage Allowance de 1 260 £, qui n’est ouverte que si le conjoint transférant a un revenu inférieur à la personal allowanceet si l’autre n’est pas imposé au-delà du taux de base. Pour un couple de cadres, elle est sans objet. Sur un patrimoine financier détenu en commun, la répartition de la propriété des titres entre conjoints devient donc un vrai sujet d’optimisation, là où en France elle était largement neutre.
Les abattements, tous. 500 £ sur les dividendes, 500 £ de personal savings allowancepour un contribuable de la tranche supérieure, zéro au-delà, 3 000 £ de annual exempt amount. Ces montants ont été divisés par quatre en deux ans pour les deux derniers. Ils sont désormais trop faibles pour peser dans une stratégie. Il faut cesser de raisonner comme si l’abattement annuel de plus-value permettait d’organiser des cessions : sur un portefeuille de 500 000 £, 3 000 £ représentent six dixièmes de pourcent.
Le gel des seuils, et sa prolongation. La personal allowancede 12 570 £ et la basic rate limitde 37 700 £ sont gelées depuis 2021-22. Le Budget du 26 novembre 2025 a prolongé ce gel jusqu’à l’année fiscale 2030-31 incluse, le seuil d’entrée dans la tranche à 40 % restant à 50 270 £. Sur dix ans de gel en environnement inflationniste, la fiscal drag fait entrer mécaniquement dans la tranche à 40 % des revenus qui n’y seraient pas entrés à barème indexé. Toute projection de revenu britannique à cinq ans doit être faite à seuils constants, pas à seuils indexés.C’est une des rares hypothèses de modélisation qui soit à la fois certaine et défavorable.
Le pic marginal.Un salarié anglais entre 100 000 £ et 125 140 £ supporte 62 % de taux marginal, un salarié écossais 69,5 %. Le barème français est monotone croissant ; celui-ci ne l’est pas. C’est un piège de négociation salariale autant qu’un piège fiscal : une augmentation de 20 000 £ franchissant cette bande ne rapporte pas ce qu’elle paraît rapporter.
Et ce qui est meilleur, parce qu’il faut le dire aussi.Le Royaume-Uni ne prélève pas, en principe, de contribution sociale sur les revenus du capital : il n’existe pas d’équivalent britannique de la CSG-CRDS frappant intérêts, dividendes, plus-values et revenus fonciers, sous la réserve du carried interestdepuis le 6 avril 2026. Le taux de plus-value de 24 % est inférieur au prélèvement forfaitaire unique français. Il n’existe pas d’impôt sur la fortune frappant le patrimoine des personnes physiques détenu en nom propre — la détention d’un logement britannique par une sociétédéclenche en revanche l’ATED, impôt annuel dû dès 500 000 £ de valeur et allant de 4 600 £ à 303 450 £ pour la période de charge du 1eravril 2026 au 31 mars 2027, sujet du chapitre immobilier. Et l’ISA est, dans sa version Stocks and shares, une enveloppe d’une simplicité que ni le PEA ni l’assurance-vie n’offrent. Le bilan n’est pas univoque ; il dépend entièrement de la composition de vos revenus.
Six affirmations à ne pas reprendre
| Ce qui circule | Ce qui est exact au 29 juillet 2026 |
|---|---|
| « Les dividendes britanniques sont à 8,75 / 33,75 / 39,35 % » | Périmé pour les deux premiers taux depuis le 6 avril 2026 : 10,75 / 35,75 / 39,35 % pour l’année fiscale 2026-27. Les anciens taux restent exacts pour 2025-26 |
| « Le taux additionnel de dividendes passe à 41,35 % » | Faux. Il reste à 39,35 %. La hausse de deux points ne porte que sur les taux de base et intermédiaire |
| « Les revenus d’épargne passent à 22 / 42 / 47 % en 2026 » | Faux : à compter du 6 avril 2027, année fiscale 2027-28. Pour 2026-27, les taux restent 20 / 40 / 45 % |
| « Les plus-values immobilières britanniques sont à 28 % » | Périmé depuis le 30 octobre 2024 : le résidentiel est aligné sur le droit commun, 18 / 24 % |
| « Le BADR permet de céder son entreprise à 10 % » | Périmé. 14 % du 6 avril 2025 au 5 avril 2026, 18 % depuis le 6 avril 2026, plafond viager de 1 000 000 £ |
| « Le taux marginal supérieur écossais est de 47 % » | Faux : 48 % en 2026-27, sur six tranches (19 / 20 / 21 / 42 / 45 / 48 %). Le 47 % provient d’une confusion avec le futur property additional rate et savings additional rate de 2027-28 |
Ce que ce chapitre ne tranche pas
Cinq questions restent ouvertes à la date d’arrêté du droit de ce guide. Aucune ne se devine. Chacune doit être arbitrée avec nos avocats partenaires spécialisés sur le Royaume-Uni avant tout acte irréversible— c’est-à-dire avant une cession, une clôture, un rachat ou un transfert.
Cinq points ouverts, la question à poser et les pièces à réunir
- Le régime des moins-values et le report de l’abattement annuel. Question à poser : quel est, texte en main, le régime d’imputation et de report des allowable lossespour l’année fiscale 2026-27, et dans quel ordre s’imputent pertes de l’année, pertes reportées et annual exempt amount ? Pièces : relevés au 5 avril de chaque année fiscale, historique complet des acquisitions et cessions avec dates et devises.
- Le statut reporting de chaque ligne de votre portefeuille. Question à poser : chacune de mes lignes figure-t-elle sur la liste HMRC des reporting funds, et à quelle date le statut a-t-il été obtenu ? Le statut n’étant pas rétroactif, la date compte autant que le fait. Pièces : relevé de portefeuille détaillé avec les codes ISIN, et la date d’acquisition de chaque ligne.
- Le traitement français d’un ISA après un retour.Question à poser : sous quelle qualification conventionnelle un ISA est-il appréhendé en France, et les produits capitalisés y sont-ils imposables au fil de l’eau ou au retrait ? La question n’est tranchée par aucune de nos sources. Pièces : contrat d’ouverture, relevés annuels, et la ventilation entre versements et produits.
- La retenue de 30 % annoncée sur les dividendes d’un PEA de non-résident. Question à poser : sur quel fondement du code général des impôts la DGFiP appuie-t-elle cette retenue, et comment se concilie-t-elle avec l’article 187 et avec l’article 11 § 1 b) de la convention ? Pièces : relevés de dividendes crédités au plan depuis votre départ, avec le détail des retenues opérées.
- La qualification britannique d’une assurance-vie française comportant des actifs non standards. Question à poser : le contrat entre-t-il dans le champ des personal portfolio bondsdes articles 515 à 526 de l’ITTOIA 2005, compte tenu de sa composition ? Le point est développé au chapitre consacré à l’assurance-vie. Il figure ici parce qu’une unité de compte constituée de titres vifs, de produits structurés sur mesure, de SCPI ou de SCI n’a pas le même traitement qu’une unité de compte en OPCVM, et que la différence est une imposition annuelle réputée, indépendante de toute performance et de tout rachat.
Une dernière remarque de méthode, qui vaut avertissement. Tout ce chapitre est arrêté au 29 juillet 2026, pour l’année fiscale britannique 2026-27. Les taux, les seuils et les abattements britanniques changent au 6 avril de chaque année, et quatre des paramètres cités ici ont une date de changement déjà votée : les taux d’épargne au 6 avril 2027, le barème foncier au 6 avril 2027, le plafond du Cash ISAau 6 avril 2027, la déclaration numérique mensuelle des ISA en avril 2028. Une note fiscale britannique vieille de dix-huit mois n’est pas une note imprécise : c’est une note fausse. Vérifiez toujours le millésime avant de vous appuyer sur un chiffre, y compris sur les nôtres.
Ce qu’il faut retenir de ce chapitre
- Trois barèmes distincts pour le capital, et trois dates d’effet différentes : dividendes relevés au 6 avril 2026 (10,75 / 35,75 / 39,35 %), épargne et foncier au 6 avril 2027 (22 / 42 / 47 %). Le taux additionnel de dividendes ne bouge pas.
- Les plus-values s’empilent au-dessus du revenu : 18 % dans la fraction résiduelle de la tranche de base, 24 % au-delà, abattement annuel de 3 000 £ contre 12 300 £ en 2022-23.
- L’ISA est exonéré d’impôt sur le revenu et de plus-value au Royaume-Uni, pas d’Inheritance Tax, et pas du tout en France. Le Lifetime ISA comporte une charge de sortie de 25 % qui le rend disqualifiant pour qui compte rentrer avant 60 ans.
- Vos SICAV, FCP et ETF UCITS sont des offshore fundspour le Royaume-Uni : s’ils ne sont pas reporting funds, la plus-value devient un offshore income gainimposé jusqu’à 45 %, sans abattement. La vérification se fait fonds par fonds, avant le départ.
- Le crédit d’impôt britannique est doublement plafonné : à l’impôt britannique dû sur le même revenu, et au montant qui resterait après toutes les diligences conventionnelles raisonnables. Une retenue française évitable est irrécupérable.
09. Pensions : françaises perçues au Royaume-Uni, britanniques perçues en France
La question que vous posez au premier rendez-vous est presque toujours la même : « ma retraite française, je la déclare où ? » La réponse tient en une phrase et elle est fausse une fois sur trois. Elle dépend d’un seul paramètre, qui n’est ni le montant, ni l’âge, ni la durée d’expatriation : qui vous a employé. Une pension du secteur privé français versée à un résident de Londres est imposable au seul Royaume-Uni. La même pension, servie au titre d’une carrière de fonctionnaire d’État, reste imposable en France, définitivement, y compris après trente ans passés à Chelsea. Deux voisins de palier, deux régimes fiscaux opposés, pour un revenu identique.
Cette bascule est la distinction la plus systématiquement escamotée du corpus francophone sur l’expatriation britannique. Elle n’est pas la seule. Le rattachement de la pension d’État britannique elle-même n’est pas établi par les sources que nous avons pu consulter. Le sort du capital de sortie — les fameux 25 % exonérés au Royaume-Uni — n’est réglé par aucune stipulation de la convention. Et à compter du 6 avril 2027, un fonds de retraite non consommé entre dans l’assiette de l’Inheritance Tax, ce qui détruit la stratégie la plus répandue chez les cadres britanniques : laisser le plan intact pour le transmettre.
Ce chapitre traite les deux sens du trafic. La pension française perçue à Londres, avec ses mécaniques françaises que personne ne vous expliquera — la retenue de l’article 182 A, son caractère partiellement libératoire, et la cotisation d’assurance maladie française qui continue de courir sur votre pension alors que vous êtes soigné par le NHS. Puis la pension britannique : comment elle se construit, ce qu’elle vaut, comment elle sort, et ce qu’elle coûte au retour. Il se termine par cinq retraités chiffrés et par la liste, longue, de ce que nous ne tranchons pas.
Deux calendriers, et ils ne se rejoignent jamais
L’année fiscale britannique court du 6 avril au 5 avril suivant. Tous les montants britanniques de ce chapitre — taux de la pension d’État, plafonds de capitaux exonérés, tranches d’impôt — se rattachent à l’année fiscale 2026-27, soit du 6 avril 2026 au 5 avril 2027, sauf mention contraire. Les montants français se rattachent à l’année civile, et les barèmes de retenue à la source à l’année 2026.
Conséquence directe sur un dossier de retraite : une pension française versée mensuellement du 1erjanvier au 31 décembre 2026 se répartit sur deux années fiscales britanniques. Si vous revendiquez au Royaume-Uni un régime qui s’apprécie par année fiscale, la coupure tombe au 5 avril, pas au 31 décembre. Un décompte tenu en année civile est inexploitable des deux côtés.
Second effet, opérationnel celui-là : pour demander en France l’option pour le taux moyen de l’article 197 A du code général des impôts, l’administration attend la justification de vos revenus mondiaux. Le tax calculationde HMRC porte sur une période 6 avril – 5 avril. Aucune doctrine française retrouvée à ce jour n’indique comment retraiter ce décalage. C’est un point que nous signalons systématiquement au lecteur qui envisage cette option.
Le partage conventionnel : quatre aiguillages, pas deux
Le texte applicable est la convention entre la France et le Royaume-Uni du 19 juin 2008, ratifiée par la loi n° 2009-1470 du 2 décembre 2009, entrée en vigueur le 18 décembre 2009 et publiée par le décret n° 2010-20 du 7 janvier 2010. Elle a été modifiée par la convention multilatérale signée à Paris le 7 juin 2017, entrée en vigueur le 1er octobre 2018 pour le Royaume-Uni et le 1er janvier 2019 pour la France. Nous travaillons sur la version consolidée publiée par la direction générale des finances publiques, qui précise elle-même ne pas se substituer aux textes faisant foi.
Un avertissement de numérotation, parce que l’erreur est fréquente et coûteuse. Dans cette convention, les pensions relèvent de l’article 18, les fonctions publiques de l’article 19, les gains en capital de l’article 14 — et non de l’article 13, qui traite des redevances —, les autres revenus de l’article 23et l’élimination des doubles impositions de l’article 24. Une part du corpus francophone transpose la numérotation du modèle de l’OCDE : elle se trompe d’article.
L’article 18 comporte une seule phrase, sans paragraphe numéroté. Nous l’avons relue mot pour mot : « Sous réserve des dispositions du paragraphe 2 de l’article 19, les pensions et autres rémunérations similaires payées à un résident d’un État contractant au titre d’un emploi antérieur ne sont imposables que dans cet État. » Imposition exclusive dans l’État de résidence du bénéficiaire. Pas de seuil, pas de partage, pas de retenue résiduelle à la source.
L’article 19 § 2 renverse la règle pour les pensions publiques : « Les pensions et autres rémunérations similaires, payées par un État contractant ou l’une de ses collectivités locales ou, dans le cas de la France, par une personne morale de droit public, soit directement, soit par prélèvement sur des fonds qu’ils ont constitués, à une personne physique au titre de services rendus à cet État, collectivité ou personne morale ne sont imposables que dans cet État. Toutefois, ces pensions ne sont imposables que dans l’autre État contractant si la personne physique est un résident de cet État et en possède la nationalité sans posséder en même temps la nationalité du premier État. »
Lisez la clause de bascule deux fois. Elle exige d’être résident de l’autre État, d’en posséder la nationalité, et de ne pas posséder en même tempscelle de l’État payeur. Un fonctionnaire français retraité qui s’installe à Londres et acquiert la nationalité britannique reste imposable en Francetant qu’il conserve la nationalité française. La double nationalité ne débloque rien. Il faudrait perdre la nationalité française pour que la pension bascule — c’est-à-dire poser un acte que personne de sensé ne pose pour une raison fiscale, et que nous ne conseillons jamais.
Deux aiguillages supplémentaires échappent à la dichotomie « public / privé », et ils manquent dans la quasi-totalité des présentations en ligne.
L’article 19 § 3renvoie aux articles 15 à 18 — donc, pour les pensions, à l’article 18 et à l’imposition exclusive dans l’État de résidence — les rémunérations et pensions afférentes à des services rendus « in connection with a business carried on by a Contracting State or a local authority thereof or by a statutory body of either ». Une pension servie au titre d’un emploi exercé dans une activité industrielle ou commerciale exploitée par l’État ou une collectivité n’est donc pas nécessairement imposable en France. Avant d’écrire « pension publique égale France », il faut savoir si l’employeur exerçait une activité d’entreprise au sens de ce paragraphe. Sur les grands opérateurs publics français, la question mérite d’être instruite pièce en main, pas tranchée au vu de l’intitulé du régime de retraite.
L’article 19 § 4 b) exonère d’impôt français, « quelle que soit la nationalité du pensionné, à condition qu’elles soient exonérées de l’impôt du Royaume-Uni », les pensions visées à la section 641(1) a) à g) de l’Income Tax (Earnings and Pensions) Act 2003, les prestations versées en cas de maladie ou d’accident après la fin des services dans les forces armées ou de réserve visées à la section 641(1) h), et les pensions pour blessure ou invalidité relevant du Personal Injuries (Emergency Provisions) Act 1939. Le paragraphe 2 continue de s’appliquer à la fraction non exonérée au Royaume-Uni. Symétriquement, le a) exonère d’impôt britannique les pensions visées au 4 de l’article 81 du code général des impôts — pensions militaires d’invalidité et victimes de guerre — à condition qu’elles soient exonérées en France.
| Nature de la pension | Stipulation | Qui impose | Piège |
|---|---|---|---|
| Régime général, AGIRC-ARRCO, retraite complémentaire privée, rente d'un contrat de retraite d'entreprise | Article 18 | Le seul État de résidence du bénéficiaire | Aucune retenue française ne doit être opérée. Si elle l'a été, elle se réclame — la démarche n'est pas automatique |
| Pension de fonctionnaire d'État, hospitalier, territorial ; pension servie par une personne morale de droit public française | Article 19 § 2 | L'État payeur, sauf résidence ET nationalité exclusive de l'autre État | La double nationalité ne fait pas basculer la pension. Le texte exige de ne pas posséder « en même temps » la nationalité de l'État payeur |
| Pension au titre d'un emploi exercé dans une activité d'entreprise exploitée par l'État ou une collectivité | Article 19 § 3, renvoyant à l'article 18 | L'État de résidence du bénéficiaire | Aiguillage systématiquement omis. Il faut qualifier l'activité de l'employeur, pas son statut |
| Pensions britanniques de la section 641(1) a) à h) ITEPA 2003 ; pensions du Personal Injuries (Emergency Provisions) Act 1939 | Article 19 § 4 b) | Exonérées d'impôt français, quelle que soit la nationalité, si elles sont exonérées au Royaume-Uni | L'exonération française est conditionnée à l'exonération britannique. La fraction imposable au Royaume-Uni retombe sous le § 2 |
| Rente viagère à titre onéreux, rente d'une capitalisation individuelle sans lien avec un employeur | Article 23 § 1 (autres revenus) | Le seul État de résidence du bénéficiaire | Le résultat est identique à celui de l'article 18. La qualification n'a pas d'incidence sur le partage, mais elle en a sur la rédaction d'une réclamation |
| State Pension britannique | Rattachement non établi | Non établi : article 18 ou article 23 | La convention ne comporte aucune clause propre aux pensions de sécurité sociale. Voir la réserve ci-dessous |
Deux réserves que nous publions telles quelles, parce que nous ne pouvons pas les lever
Première réserve — la State Pension. Le rattachement conventionnel de la State Pensionbritannique — article 18 ou article 23 de la convention de 2008 — n’est pas établi par les sources consultées. L’article 18 vise les pensions « au titre d’un emploi antérieur » ; la State Pensionest une prestation de sécurité sociale contributive, et la convention ne comporte aucune clause propre aux pensions de sécurité sociale. Sur le plan pratique, l’enjeu est limité : les deux articles conduisent à la même solution, l’imposition exclusive dans l’État de résidence. La qualification compte en revanche pour la rédaction d’une demande d’exonération à HMRC, et pour l’articulation avec l’article 29 § 1 examiné plus loin.
Même réserve côté français.Les pages officielles consultées le 29/07/2026 — texte consolidé de la DGFiP et manuel HMRC DT7264 — ne mentionnent pas de traitement particulier des pensions du régime général français. Le rattachement à l’article 18 est celui que suggère la structure du texte ; il n’a pas été confirmé par un commentaire administratif français explicite. L’enjeu est réel pour les retraités modestes, dont la pension de base représente l’essentiel du revenu.
Seconde réserve — les versements en capital.La convention du 19 juin 2008 attribue l’imposition des pensions privées à l’État de résidence du bénéficiaire, sans clause particulière relative aux versements en capital. Le traitement d’un pension commencement lump sumbritannique perçu par un résident de France n’est réglé expressément par aucune stipulation. Contrairement à plusieurs conventions britanniques récentes, il n’existe pas, dans ce texte, de clause réservant l’imposition des lump sumsà l’État de la source : nous avons relevé l’article 18 intégralement pour le vérifier. C’est le point à plus fort enjeu de tout le chapitre, et nous y revenons en détail.
Votre pension française versée à Londres : ce que la France continue de prélever
Vous êtes résident fiscal du Royaume-Uni, votre pension est privée, l’article 18 donne le droit d’imposer au seul Royaume-Uni. Vous en déduisez que la France ne prélève plus rien. C’est faux sur deux plans, et le second surprend tout le monde.
Premier plan, l’impôt. L’article 182 A du code général des impôtssoumet à retenue à la source les traitements, salaires, pensions et rentes viagères de source française versés à des personnes qui ne sont pas fiscalement domiciliées en France. La retenue s’applique de plein droit, par le débiteur de la pension : la caisse ne vérifie pas votre convention. Elle applique le barème. Pour les revenus de l’année 2026, ce barème est de 0 %jusqu’à 17 275 €, 12 % de 17 275 € à 50 112 € et 20 %au-delà, en base annuelle. Les taux de 12 et 20 % sont ramenés à 8 % et 14,4 % pour les revenus de source ultramarine.
Une pension est fréquemment servie par trimestre. Le barème existe en base trimestrielle : 0 % jusqu’à 4 319 €, 12 %au-delà et jusqu’à 12 528 €, 20 %ensuite. Les autres périodicités sont : mensuelle, 1 440 € et 4 176 € ; hebdomadaire, 332 € et 964 € ; journalière, 55 € et 161 €. Un chiffre circule dans plusieurs publications professionnelles : 50 122 € comme limite supérieure de la tranche à 12 %. Le barème officiel et Légifrance donnent tous deux 50 112 €. L’écart est de dix euros, il ne changera pas votre vie, mais il révèle une chose utile : les sources qui le reprennent ne sont pas allées au texte.
Si votre pension est privée, cette retenue ne doit pas être prélevée. Elle l’est pourtant souvent, parce que la caisse ignore votre situation. Le remède est l’attestation de résidence fiscale britannique, dont la production est prévue par l’article 30 § 2 b) de la convention. Disons-le franchement : cette démarche prend plusieurs mois, elle suppose de relancer à la fois HMRC et la caisse, et personne ne vous préviendra si votre dossier dort. Nous voyons régulièrement des retraités qui ont laissé courir une retenue indue pendant trois ans avant de s’en apercevoir.
L’article 197 B : la retenue n’est pas un acompte, et c’est une bonne nouvelle
Si votre pension est publique, la retenue est due, et il faut alors connaître le mécanisme le plus favorable et le moins expliqué du droit français des non-résidents. L’article 197 B du code général des impôtsdispose que, pour la fraction n’excédant pas la limite supérieure fixée au III de l’article 182 A des traitements, salaires, pensions et rentes viagères de source française servis à des personnes de nationalité françaisequi n’ont pas leur domicile fiscal en France, « l’imposition établie dans les conditions prévues à l’article 197 A a ne peut excéder la retenue à la source applicable en vertu de l’article 182 A. En outre, cette fraction n’est pas prise en compte pour le calcul de l’impôt sur le revenu établi en vertu de l’article 197 A a et la retenue à laquelle elle a donné lieu n’est pas imputable. Toutefois, le contribuable peut demander le remboursement de l’excédent de retenue à la source opérée lorsque la totalité de cette retenue excède le montant de l’impôt qui résulterait de l’application des dispositions du a de l’article 197 A à la totalité de la rémunération. »
Traduction. La fraction de votre pension relevant des tranches à 0 % et 12 %— soit, pour 2026, jusqu’à 50 112 € par an — est libératoire. Elle sort de l’assiette du barème, la retenue correspondante n’est pas imputable, et l’affaire s’arrête là. Seule la fraction relevant de la tranche à 20 % est reprise au barème avec application du taux minimum de l’article 197 A, la retenue de 20 % correspondante étant alors imputable. Vous pouvez toujours demander le remboursement de l’excédent si la retenue globale dépasse l’impôt qui résulterait de l’application de l’article 197 A à la totalité — ce qui est rare, mais se vérifie.
La conséquence pratique est nette : pour un ancien fonctionnaire dont la pension reste sous 50 112 €, le prélèvement français plafonne à 12 % de la fraction excédant 17 275 €, quel que soit son revenu par ailleurs. Une réserve rarement signalée l’accompagne : le texte vise littéralement les personnes « de nationalité française ». Pour un ressortissant britannique résidant au Royaume-Uni et percevant une pension française, l’application du mécanisme suppose de passer par la clause de non-discrimination de l’article 25 de la convention. Le texte de l’article 197 B est vérifié ; l’extension aux non-nationaux par la doctrine n’a pas été retrouvée dans une source primaire actualisée. Pour l’écrasante majorité des lecteurs de ce guide, la condition est remplie de plein droit.
Trois seuils circulent et se mélangent. 17 275 € et 50 112 € sont les tranches de la retenue de l’article 182 A pour les revenus 2026. 29 579 €est le seuil au-delà duquel le taux minimum de l’article 197 A passe de 20 à 30 % : c’est la limite supérieure de la deuxième tranche du barème applicable aux revenus 2025. 11 600 €est l’entrée du barème progressif. Le corpus francophone les confond régulièrement, et l’erreur produit des écarts de plusieurs milliers d’euros dans les simulations qu’on nous soumet.
Reste l’option pour le taux moyen. L’article 197 A permet d’écarter le taux minimum si vous justifiez que le taux de l’impôt français sur l’ensemble de vos revenus, français et étrangers, serait inférieur. La doctrine exige la production d’une copie certifiée de l’avis d’imposition de l’État de résidence, ou du double de la déclaration du foyer complet ; une déclaration sur l’honneur est admise pour les résidents d’un État lié à la France par une convention d’assistance administrative. Le Royaume-Uni l’est, par l’article 27 de la convention de 2008. Nous en déduisons que la tolérance devrait jouer — mais c’est une déduction : les sources administratives françaises consultées le 29/07/2026 ne comportent pas de confirmation postérieure au Brexit, et la doctrine que nous avons pu consulter sur les modalités de l’option date d’une version antérieure à l’introduction du taux de 30 %.
Second plan : la cotisation d’assurance maladie française que vous paierez à Londres
Voici le point que personne ne vous expose avant le départ. Un retraité français installé au Royaume-Uni dont les pensions sont exclusivement françaises reste, en application des articles SSC.22 et SSC.23 du Protocole sur la coordination de la sécurité socialeannexé à l’accord de commerce et de coopération, à la charge d’un régime obligatoire français d’assurance maladie. C’est la France qui finance vos soins, le NHS les dispensant pour son compte. Le véhicule est le formulaire S1, délivré par la France et enregistré au Royaume-Uni.
Le titre juridique du prélèvement français est l’article SSC.27 § 1du Protocole : l’institution d’un État responsable des retenues au titre des prestations de maladie et de maternité « may request and recover such deductions, calculated in accordance with the legislation it applies, only to the extent that the cost of the benefits pursuant to Articles SSC.21 to SSC.24 is to be borne by an institution of that State ». Le côté français de la mécanique est l’article L. 131-9 du code de la sécurité sociale, dans sa version en vigueur depuis le 28 décembre 2023, qui prévoit des taux particuliers de cotisation pour les personnes qui ne remplissent pas les conditions de résidence de l’article L. 136-1 mais bénéficient de la prise en charge obligatoire de leurs frais de santé au titre de l’article L. 160-1. Les taux sont à l’article D. 242-8.
| Nature de l'avantage de retraite | Taux applicable au retraité pris en charge par la France sans y résider | Comparaison : taux applicable au résident de France |
|---|---|---|
| Avantages servis par les organismes du régime général des salariés | 3,20 % | Régime de droit commun des résidents (CSG, CRDS, CASA), non chiffré ici |
| Autres avantages de retraite : complémentaires AGIRC-ARRCO, IRCANTEC, régimes spéciaux, pensions de fonction publique | 4,20 % | 1 % sur les avantages hors régime général pour les personnes remplissant les conditions de résidence de l'article L. 136-1 |
Une précision de sourçage, parce qu’elle peut vous éviter une discussion inutile avec une caisse : le décret n° 2017-1895 du 30 décembre 2017 a procédé à des relèvements de taux pour les personnes visées à l’article L. 131-9 à compter du 1erjanvier 2018, et la lecture qu’on en obtient mentionne des taux de 4,9 % et 5,9 % qui ne concordent pas avec le texte actuel de l’article D. 242-8. Le texte codifié en vigueur dit 3,20 % et 4,20 % depuis le 1ermars 2018 : c’est lui qui fait foi.L’écart s’explique vraisemblablement par le fait que les taux de 4,9 % et 5,9 % visent des catégories de revenus distinctes — des revenus d’activité et non des avantages de retraite — mais nous n’avons pas pu le vérifier.
L’article SSC.27 § 1 est aussi un moyen de défense, et il est bon de le savoir. Le prélèvement n’est autorisé que « to the extent that » la France supporte effectivement le coût des soins. Un retraité auquel la France prélèverait la cotisation sans supporter ce coût — S1 non délivré, non enregistré, ou situation relevant en réalité de l’article SSC.21 — dispose d’un moyen tiré du Protocole lui-même. Le § 2 du même article ajoute que, dans les cas de l’article SSC.23, les cotisations exigibles au titre de la législation de l’État de résidence « shall not be payable by virtue of such residence » : on ne paie pas deux fois.
L’exception que la plupart des présentations laissent échapper : le retraité qui travaille
L’article SSC.28 du Protocole dispose : « Articles SSC.21 to SSC.27 shall not apply to a pensioner or the members of their family who are entitled to benefits under the legislation of a State on the basis of an activity as an employed or self-employed person. In such a case, the person concerned shall be subject, for the purposes of this Chapter, to Articles SSC.15 to SSC.19. »
Le retraité français qui, installé au Royaume-Uni, y exerce une activité même réduite — une mission de conseil, un mandat, une activité indépendante déclarée — relève des articles SSC.15 à SSC.19 : il est assuré au titre de son activité britannique. Dans cette configuration, il n’y a ni S1 français, ni prise en charge française, ni cotisation de l’article D. 242-8.
C’est un cas fréquent — la retraite anticipée assortie d’une activité de conseil — et c’est une voie que la plupart des présentations françaises ignorent. Nous ne la présentons pas comme un montage : exercer une activité pour changer de régime d’affiliation suppose une activité réelle, déclarée, et cotisée au Royaume-Uni. Mais lorsque l’activité existe déjà, il faut en tirer les conséquences, et vérifier que la caisse française a bien cessé de prélever.
Prélèvements sociaux du patrimoine : ce que nous ne dirons pas
On nous demande systématiquement si le S1 français ferme ou ouvre la porte du taux réduit de prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine français. Le raisonnement existe, il est cohérent avec le texte du Protocole, et il conclut que le S1 la ferme — puisque le taux réduit suppose l’absence de prise en charge par un régime obligatoire français d’assurance maladie, et que le S1 français est précisément cette prise en charge.
Nous ne le publions pas comme une règle. Les articles L. 136-6 I ter et L. 136-7 I ter du code de la sécurité sociale n’ont pas pu être atteints sur Légifrance à la date de nos vérifications : la logique reste un raisonnement, pas une donnée. L’articulation entre le formulaire S1 français et l’exonération de CSG-CRDS issue de la jurisprudence de Ruytern’est pas tranchée à la date de rédaction ; elle doit être examinée dossier par dossier.Et l’élément qui joue en sens inverse doit être donné au lecteur : la position administrative française en vigueur maintient l’exonération de CSG et de CRDS pour les résidents britanniques, seul le prélèvement de solidarité de 7,5 % restant dû. Impots.gouv.fr, page mise à jour le 19 juillet 2023 et servie inchangée au 29/07/2026 : « les résidents britanniques continuent de bénéficier de cette exonération de CSG et CRDS ». Une FAQ Brexit antérieure de la même administration annonçait la solution inverse ; le fondement textuel du maintien après la sortie du champ du règlement (CE) n° 883/2004 n’est établi par aucune des deux.
Ce que nous pouvons dire sans réserve : pour un non-résident, les prélèvements sociaux ne frappent que les revenus fonciers et les plus-values immobilières de source française. Les dividendes, les intérêts, les plus-values mobilières, le PEA et l’assurance-vie sont hors champ. Le sujet est traité au chapitre consacré aux prélèvements sociaux, qui distingue les notions que le chiffre « 7,5 % » recouvre en matière de prélèvements sociaux, et qui sont deux : le prélèvement de solidarité de l’article 235 ter du code général des impôts, seul prélèvement social restant dû par le non-résident exonéré de CSG et de CRDS, et le prélèvement forfaitaire de l’article 125-0 A du même code sur les produits des contrats d’assurance-vie de plus de huit ans. Ni l’un ni l’autre ne se confond avec le prélèvement libératoire de 7,5 % de l’article 163 bis, II, examiné plus loin dans ce chapitre, qui n’est pas un prélèvement social.
Votre pension française vue de Londres : imposable à 100 %, sauf pendant quatre ans
Côté britannique, une pension française est une foreign pension. Depuis le 6 avril 2017, 100 % des revenus de pension de source étrangère sont imposables au Royaume-Uni. L’abattement de 10 % — la « règle des 90 % » — qui réduisait l’assiette des pensions étrangères perçues par un résident britannique est abrogé. C’est le Finance Act 2017 qui l’a supprimé. Une part du corpus francophone continue de l’évoquer : il faut le rayer de vos simulations.
L’impôt britannique se calcule ensuite au barème des revenus non issus de l’épargne et des dividendes. Pour l’année fiscale 2026-27, en Angleterre, au pays de Galles et en Irlande du Nord : personal allowancede 12 570 £, 20 % sur les 37 700 £ suivants, 40 % jusqu’à 125 140 £ de revenu total et 45 %au-delà. Les seuils sont gelés depuis 2021-22 et le gel a été prolongé jusqu’à l’année fiscale 2030-31 incluse : un retraité qui projette son revenu à cinq ans doit le faire à seuils constants, pas à seuils indexés.
Si vous vous installez en Écosse, le barème est différent et plus lourd au-delà de 43 663 £ : six tranches, de 19 % à 48 %. Le taux supérieur écossais est bien de 48 % pour 2026-27 ; les résultats de recherche qui affichent 47 % confondent avec un taux additionnel britannique applicable à d’autres catégories de revenus à compter du 6 avril 2027. Édimbourg n’est pas Londres, y compris pour une pension française.
Un piège vous attend entre 100 000 £ et 125 140 £ de revenu net ajusté : la personal allowancey est réduite de 1 £ pour chaque 2 £ de revenu excédentaire, ce qui porte le taux marginal effectif à 60 %sur cette bande. Un retraité dont les pensions cumulées atteignent ce niveau — c’est le cas de certains anciens cadres dirigeants percevant à la fois une retraite française et une retraite britannique — supporte donc, sur chaque livre supplémentaire, un taux supérieur à celui de la tranche additionnelle. C’est contre-intuitif, et le barème français ne connaît rien d’équivalent à cette échelle.
La fenêtre de quatre ans, et la question qu’elle ouvre
Le régime des revenus et gains de source étrangère entré en vigueur le 6 avril 2025 — désigné par l’acronyme FIG, pour foreign income and gains, et traité au chapitre 03 — s’applique aux pensions de source étrangère. Le helpsheet HS266 édition 2026 les inscrit expressément parmi les revenus étrangers éligibles : « foreign pension income (except for the types of pension income that are disqualified income) ». La liste des disqualified incomeest limitative et figure à l’article 845I de l’ITTOIA 2005, inséré par la section 37 du Finance Act 2025. Elle comporte six rubriques, dont deux visent des pensions : les pensions relevant de l’article 629 de l’ITEPA 2003 — pensions antérieures à 1973 servies sous l’Overseas Pensions Act 1973 — et les paiements aux membres de relevant non-UK schemes au sens de l’annexe 34 du Finance Act 2004 lorsque les member payment provisionss’appliquent. Ni l’une ni l’autre ne vise en tant que tel un régime de retraite français de droit commun ; la seconde doit en revanche être contrôlée pour tout plan étranger ayant bénéficié d’un allègement fiscal britannique, avant toute revendication.
Le régime n’est ouvert qu’au qualifying new resident : l’année doit être l’une des quatre premières années de résidence britanniquefaisant suite à une période d’au moins dix années fiscales consécutives de non-résidence. Il suppose une réclamation annuelleet il coûte cher : la revendication fait perdre, pour l’année considérée, la personal allowance, l’annual exempt amount de plus-values, la Married Couple’s Allowance, la Marriage Allowance, la Blind Person’s Allowance et le life insurance relief. Le plancher de 3 600 £ de déduction des cotisations de retraite subsiste en revanche : la revendication du régime ne ferme pas la cotisation minimale à un plan britannique (article 845F de l’ITTOIA 2005). En Angleterre, au pays de Galles et en Irlande du Nord, le coût maximal de la perte de la seule personal allowance est de 5 028 £ ; en Écosse, de 5 657 £.
Pour un retraité, l’arithmétique est simple et souvent favorable : si l’essentiel de vos revenus est constitué de pensions françaises et que vous n’avez pas ou peu de revenus de source britannique, la perte de la personal allowancene vous coûte rien, puisque vous n’avez aucun revenu britannique sur lequel l’imputer. Le régime exonère alors la totalité de vos pensions françaises pendant quatre années fiscales. C’est un des rares cas où l’option se décide presque sans calcul.
La double exonération pendant quatre ans : la question ouverte de l’article 29 § 1
Enchaînez les deux règles. L’article 18 attribue l’imposition de votre pension privée française au seul Royaume-Uni. Le régime FIG n’est pas une exonération de plein droit : c’est un allégement subordonné à une réclamation chiffrée, formulée dans la déclaration britannique (article 845A(4) de l’ITTOIA 2005), à peine de forclusion à l’expiration d’un délai de douze mois courant du 31 janvier suivant la fin de l’année fiscale (article 845A(5)). Le bénéficiaire reste dans le champ de l’impôt britannique sur ses revenus mondiaux et en obtient le dégrèvement sur demande, source par source. Réclamation faite, la pension française n’est imposée nulle part au titre de l’année ; et cela peut durer quatre années fiscales. Cette qualification n’est pas un détail de vocabulaire : elle commande la discussion qui suit.
La convention comporte une clause faite pour ce genre de situation. L’article 29 § 1dispose que lorsqu’un revenu bénéficie d’un avantage conventionnel dans un État et que, dans l’autre, la personne « n’y est assujettie à l’impôt que sur le montant de ce revenu qui est transféré ou reçu dans cet autre État et non sur son montant total », l’avantage « ne s’applique qu’à la part du revenu qui est imposée dans l’autre État ». Elle a été rédigée en 2008 pour neutraliser la remittance basis des non-doms.
Deux lectures s’affrontent. Lecture littérale : la condition n’est pas remplie sous le FIG, où le revenu étranger est exonéré en totalité et non imposé par référence au montant rapatrié ; l’article 29 § 1 serait donc inapplicable, et la France ne retrouverait pas son droit d’imposer. Lecture téléologique : la clause vise à empêcher la double exonération, et son objet s’appliquerait a fortiori à un régime d’exonération totale.
Nous n’avons trouvé ni doctrine BOFiP, ni manuel HMRC, ni jurisprudence traitant expressément de cette articulation. Nous ne tranchons pas.Et nous ajoutons un élément que le lecteur doit avoir en tête : la convention multilatérale a rendu applicable à la convention un critère des objets principaux— il résulte du § 1 de l’article 7 de cette convention multilatérale et figure, dans le texte consolidé publié par la DGFiP, sous un article inséré avant l’article 1er et intitulé « Droit aux avantages de la convention », et non à l’article 26 ni à l’article 29 —, qui pourrait être opposé à une construction dont l’obtention de cette double exonération serait l’un des objets principaux. Décaler une liquidation de pension de quelques mois pour la faire tomber dans la fenêtre FIG n’est pas neutre de ce point de vue. C’est une question à poser à nos avocats partenaires avant d’agir, pas après.
Hélène, 63 ans, pensions privées françaises, installée à Londres en 2026-27
HYPOTHÈSES
Départ : juillet 2026, résidence britannique acquise
pour l'année fiscale 2026-27 (6 avril 2026 - 5 avril 2027)
Aucune résidence britannique au cours des 10 années
fiscales précédentes ..................... FIG accessible
Pension du régime général ........................ 22 800 EUR
Pension AGIRC-ARRCO .............................. 25 200 EUR
Total des pensions privées francaises ............ 48 000 EUR
Aucun revenu de source britannique
Taux de conversion de travail retenu pour l'exemple :
0,85 GBP pour 1 EUR (hypothese de calcul, sans
valeur de reference) ......................... 40 800 GBP
PARTAGE CONVENTIONNEL
Article 18 : pensions privees au titre d'un emploi
anterieur, imposables dans le seul Etat de residence
Droit d'imposer ................................ Royaume-Uni
Retenue francaise de l'article 182 A ..... ne doit pas etre
operee ; attestation de residence a produire (art. 30 § 2 b)
SCENARIO 1 - ANNEES 1 A 4, REVENDICATION DU REGIME FIG
Pension francaise, revenu de source etrangere ...... exoneree
Personal allowance perdue par l'effet de la revendication
Cout reel de cette perte : nul, faute de revenu
britannique sur lequel l'imputer .................... 0 GBP
Impot britannique .................................... 0 GBP
Impot francais ....................................... 0 EUR
SCENARIO 2 - ANNEE 5, REGIME DE DROIT COMMUN
Revenu imposable ................................. 40 800 GBP
Personal allowance ............................... 12 570 GBP
Base taxable ..................................... 28 230 GBP
tranche a 20 % sur 28 230 ....................... 5 646 GBP
Impot britannique ................................. 5 646 GBP
CE QUE LA FRANCE PRELEVE DANS LES DEUX SCENARIOS
Prise en charge des soins par la France (S1),
fondement : Protocole, art. SSC.22, SSC.23 et SSC.27 § 1
Cotisation D. 242-8 sur le regime general
22 800 x 3,20 % ................................... 730 EUR
Cotisation D. 242-8 sur l'AGIRC-ARRCO
25 200 x 4,20 % ................................. 1 058 EUR
Total de la cotisation maladie francaise .......... 1 788 EUR
RESULTAT
Annees 1 a 4 : 1 788 EUR par an, integralement de
cotisation maladie francaise. Aucun impot.
A compter de l'annee 5 : 5 646 GBP + 1 788 EUR par an.
La marche est de 5 646 GBP, et elle tombe un 6 avril.Le calcul suppose l'éligibilité au régime FIG, qui exige dix années fiscales consécutives de non-résidence britannique préalable et une réclamation annuelle. La question de savoir si l'article 29 § 1 de la convention rétablit un droit d'imposer français pendant la fenêtre de quatre ans n'est pas tranchée : voir l'encadré ci-dessus. Le taux de conversion est une hypothèse de travail. Le point de comparaison avec une imposition en France supposerait de chiffrer l'abattement de 10 % propre aux pensions et son plafond annuel, que nous n'avons pas revérifié sur source primaire pour l'année en cours : nous ne le publions donc pas.
Bernard, ancien fonctionnaire d'État, nationalité française exclusive, installé à Londres
HYPOTHESES
Pension de fonction publique d'Etat, brut annuel .. 42 000 EUR
Montant net imposable retenu pour l'exemple, apres
application des regles francaises de determination
du revenu net ................................... 37 800 EUR
Nationalite francaise exclusive
Residence fiscale : Royaume-Uni (Londres, bareme rUK)
Revenus 2026 ; bareme de l'article 182 A pour 2026
PARTAGE CONVENTIONNEL
Article 19 § 2 : pension payee par un Etat au titre de
services rendus a cet Etat
Clause de bascule : residence + nationalite de l'autre
Etat SANS nationalite de l'Etat payeur ....... non remplie
Droit d'imposer ..................................... France
Le Royaume-Uni doit s'abstenir. Le regime FIG
n'apporte rien sur ce revenu : il n'est pas
imposable au Royaume-Uni de toute facon.
RETENUE A LA SOURCE - ARTICLE 182 A, BAREME ANNUEL 2026
Fraction jusqu'a 17 275 EUR, taux 0 % ................. 0 EUR
Fraction de 17 275 a 37 800, soit 20 525 EUR
a 12 % ......................................... 2 463 EUR
Retenue totale operee par le debiteur ............. 2 463 EUR
ARTICLE 197 B - EFFET LIBERATOIRE
Limite superieure de la tranche a 12 % ........... 50 112 EUR
La pension nette (37 800) est integralement sous
cette limite : la totalite releve des tranches
a 0 % et 12 % ............................. donc liberatoire
Cette fraction n'est pas reprise dans l'assiette du
bareme, et la retenue n'est pas imputable.
Impot francais definitif .......................... 2 463 EUR
Soit 5,9 % de la pension brute.
COTISATION D'ASSURANCE MALADIE FRANCAISE
Pension de fonction publique = "autres avantages
de retraite" au sens de l'article D. 242-8
42 000 x 4,20 % ................................... 1 764 EUR
TOTAL DES PRELEVEMENTS FRANCAIS .................... 4 227 EUR
POINT DE COMPARAISON - S'IL ETAIT RESTE EN FRANCE
Bareme progressif de l'article 197 du CGI, dernier bareme
vote a la date de redaction : celui des revenus 2025
(loi n° 2026-103 du 19 fevrier 2026, art. 4). Le bareme
des revenus 2026 n'est pas encore vote.
1 part, sur 37 800 EUR
jusqu'a 11 600 EUR, 0 % ............................. 0 EUR
de 11 600 a 29 579, soit 17 979 a 11 % ......... 1 978 EUR
de 29 579 a 37 800, soit 8 221 a 30 % .......... 2 466 EUR
Impot sur le revenu ............................... 4 444 EUR
A quoi s'ajouteraient les contributions sociales sur
les pensions, que nous ne chiffrons pas ici.
LECTURE
L'ecart d'impot est de 1 981 EUR en faveur de la
non-residence ; la cotisation maladie de 1 764 EUR
en reprend l'essentiel. Le gain net est faible.
Personne ne s'expatrie pour cela.La retenue de l'article 182 A n'est pas un acompte : le mécanisme de l'article 197 B rend libératoire la fraction relevant des tranches à 0 % et 12 %. Le texte de l'article 197 B vise littéralement les personnes de nationalité française ; pour un ressortissant britannique, son application suppose de passer par la clause de non-discrimination de l'article 25 de la convention, extension que la doctrine consultée ne confirme pas. Le montant net imposable est posé en hypothèse : le plafond annuel de l'abattement de 10 % propre aux pensions doit être vérifié sur source primaire avant tout chiffrage individuel.
Les régimes de retraite britanniques : ce dans quoi vous entrez le premier jour
Vous prenez un poste à Londres. Sans rien signer, vous serez affilié à un régime de retraite professionnelle : tout employeur britannique doit affilier automatiquement ses salariés éligibles et y cotiser. Pour l’année fiscale 2026-27, le seuil de déclenchement de l’affiliation est de 10 000 £de rémunération, et la bande de rémunération qualifiante s’étend de 6 240 £ à 50 270 £. Tous ces seuils sont reconduits au niveau de 2025-26 : la revue annuelle a conclu à leur gel.
La cotisation minimale totale, constamment citée à 8 % de la rémunération qualifiante dont 3 % à la charge de l’employeur, n’a pas été vérifiée par nos soins sur le Pensions Act 2008 ni auprès du régulateur des pensions. Nous la signalons comme telle plutôt que de la reprendre. Ce n’est pas un détail théorique : sur une rémunération de 80 000 £, la bande qualifiante est plafonnée à 50 270 £, et un pourcentage appliqué à la mauvaise base produit un écart de plusieurs milliers de livres par an dans une projection de retraite.
Cotisations définies (defined contribution, DC)
Le standard du secteur privé et, en pratique, le seul régime auquel un nouvel arrivant sera affilié. Le capital accumulé vous appartient ; la prestation dépend des versements et de la performance. C'est le régime auquel s'appliquent la pension freedom et les options de sortie décrites plus loin.
Prestations définies (defined benefit, DB)
Régime résiduel dans le privé et largement fermé aux nouveaux entrants, mais dominant dans le secteur public britannique : santé, enseignement, fonction publique, collectivités locales. La prestation est une rente calculée sur la carrière et l'ancienneté.
La State Pension
Prestation contributive de l'État, distincte des deux précédentes et cumulable avec elles. Un Français s'installant aujourd'hui au Royaume-Uni relève exclusivement de la New State Pension, ouverte aux personnes atteignant l'âge de la pension à compter du 6 avril 2016.
L’âge de la pension d’État est en cours de relèvement de 66 à 67 ans. La section 26 du Pensions Act 2014 substitue la date du 6 avril 1960à celle du 6 avril 1968 dans l’annexe 4 du Pensions Act 1995, avançant le calendrier de huit ans : 66 ans et 1 mois pour les naissances du 6 avril au 5 mai 1960, puis progression mensuelle, jusqu’à 66 ans et 11 mois pour février 1961, et 67 ans à compter des naissances du 6 mars 1961. Toute affirmation du type « l’âge de la retraite britannique est de 66 ans » est déjà fausse pour quiconque est né après le 5 avril 1960. Un relèvement ultérieur à 68 ans est prévu par le Pensions Act 2007 avec un calendrier qui a fait l’objet de revues successives : nous n’avons pas vérifié sur source primaire le calendrier actuellement en vigueur, et nous n’affirmons donc rien sur ce point.
L’âge minimal d’accès à un régime privé — le normal minimum pension age — est de 55 ans, porté à 57 ans le 6 avril 2028 par la section 10 du Finance Act 2022. Un droit à âge protégé est ouvert aux personnes détenant, au 4 novembre 2021, un droit inconditionnel de liquider avant 57 ans, sous réserve que les règles du régime aient comporté un tel droit inconditionnel au 11 février 2021. Les régimes des pompiers, de la police et des forces armées sont exclus du relèvement. Si vous avez entre 52 et 56 ans et un plan britannique, cette date de 2028 est un paramètre de calendrier de premier ordre.
| Paramètre | Montant 2026-27 | Ce qu'il plafonne | Date d'effet |
|---|---|---|---|
| Annual Allowance | 60 000 £ | Le total des cotisations bénéficiant d'un allègement d'impôt sur une année fiscale | Inchangée de 2024-25 à 2026-27 |
| Money Purchase Annual Allowance (MPAA) | 10 000 £ | Les seules cotisations à cotisations définies, après un premier retrait flexible ; supprime le report des allowances non utilisées des trois années antérieures | 10 000 £ depuis 2023-24 |
| Tapered Annual Allowance | Réduction de 1 £ pour 2 £, plancher 10 000 £ | Si l'adjusted income excède 260 000 £ ET que le threshold income excède 200 000 £ | Seuils inchangés pour 2026-27 |
| Lump Sum Allowance (LSA) | 268 275 £ | Le cumul des capitaux exonérés perçus du vivant | 6 avril 2024, en remplacement de la lifetime allowance |
| Lump Sum and Death Benefit Allowance (LSDBA) | 1 073 100 £ | Le cumul des capitaux exonérés perçus du vivant ET des capitaux décès exonérés | 6 avril 2024 |
| Overseas Transfer Allowance (OTA) | 1 073 100 £ | Les transferts exonérés vers un régime étranger reconnu | 6 avril 2024 |
| Plafond de déduction des cotisations | Le plus élevé de 100 % des revenus d'activité imposables au Royaume-Uni, ou 3 600 £ | L'allègement d'impôt à l'entrée | Le plancher de 3 600 £ permet de cotiser sans revenu d'activité |
Deux modalités d’allègement coexistent à l’entrée, et la confusion entre elles coûte de l’argent tous les ans à des nouveaux arrivants. Le relief at source : le gestionnaire récupère 20 % auprès de HMRC, et le contribuable des tranches supérieures doit réclamer le complément par sa déclaration. Le net pay arrangement : la cotisation est déduite du brut avant impôt, et il n’y a rien à réclamer. Sous le premier régime, un contribuable de la tranche à 40 % qui ne déclare pas laisse la moitié de son allègement à l’administration. C’est une source d’oubli massive chez les Français fraîchement arrivés, qui n’ont pas la culture de la déclaration annuelle.
Une stipulation conventionnelle quasi absente du corpus francophone mérite ici d’être nommée. Les paragraphes 6 à 8 de l’article 25 de la convention de 2008 organisent la portabilité de la déduction des cotisations de retraite : les cotisations versées à un régime établi et fiscalement reconnu dans l’autre État sont déductibles dans l’État d’exercice de l’emploi, dans les mêmes conditions que les cotisations à un régime local, à deux conditions cumulatives — la personne n’était pas résidente de cet État et cotisait déjà au régime, ou à un régime auquel il s’est substitué, immédiatement avant d’y commencer son emploi ; et le régime est accepté par l’autorité compétentecomme correspondant de façon générale à un régime local reconnu. Le § 7 étend le traitement aux cotisations patronales, non imposables chez le salarié et déductibles chez l’entreprise. Rien n’est automatique : l’agrément de l’autorité compétente est une condition, et il se demande.
Un levier légal très employé mérite d’être nommé, avec son échéance. Cotiser à un régime de retraite réduit l’adjusted net income : dans la bande 100 000 £ – 125 140 £, où le taux marginal effectif est de 60 %, le rendement d’une cotisation est donc de 60 %, non de 40 %. Le salary sacrifice— abandon contractuel d’une fraction de salaire au profit d’une cotisation patronale — y ajoute l’économie de cotisations sociales des deux côtés. À compter du 6 avril 2029, une charge de cotisations sociales patronale et salariale s’appliquera aux cotisations versées par salary sacrifice au-delà de 2 000 £ par an. La mesure en plafonne l’intérêt sans le supprimer : c’est une échéance connue, pas encore du droit positif applicable, et un guide publié en 2026 doit la présenter comme telle.
Les options de sortie, et le moment où elles deviennent un problème français
La lifetime allowance a été abolie le 6 avril 2024. Elle a été remplacée par deux plafonds distincts qu’il faut cesser de confondre : le Lump Sum Allowance, 268 275 £, qui plafonne le cumul des capitaux exonérés perçus du vivant ; et le Lump Sum and Death Benefit Allowance, 1 073 100 £, qui plafonne le cumul des capitaux exonérés perçus du vivant etdes capitaux décès exonérés. S’imputent sur le LSA le pension commencement lump sum, la fraction exonérée de 25 % d’un uncrystallised funds pension lump sum et le stand alone lump sum. S’imputent sur le LSDBA tout ce qui précède, plus le serious ill-health lump sum et la fraction exonérée des capitaux décès autorisés. Ne les réduisent pas la trivial commutation et le winding-up lump sum.
Retenez la phrase qui commande la stratégie successorale : tout capital consommé du vivant réduit le LSDBA disponible au décès. Les titulaires d’anciennes protections de lifetime allowance conservent des plafonds supérieurs, et ceux qui ont cristallisé des droits avant le 6 avril 2024 peuvent demander un transitional tax-free amount certificate reflétant les capitaux exonérés effectivement perçus. Si vous êtes dans ce cas, ce certificat se demande : il n’est pas délivré d’office, et son absence peut vous coûter un plafond.
Les options de sortie d’un régime à cotisations définies, depuis la réforme d’avril 2015, sont au nombre de quatre : le pension commencement lump sumde 25 % exonéré dans la limite du LSA, suivi de la mise en drawdown du solde ; des uncrystallised funds pension lump sumssuccessifs, dont 25 % de chaque retrait sont exonérés ; le rachat total en une fois ; et l’achat d’une rente viagère. Toutes sont neutres tant que vous êtes résident britannique. Aucune ne l’est si vous redevenez résident de France.
Le piège du versement fractionné : l’article 163 bis II
Le II de l’article 163 bis du code général des impôts, dans sa version en vigueur depuis le 11 mars 2023 issue de l’article 3 de la loi n° 2023-171 du 9 mars 2023, permet de soumettre les prestations de retraite versées sous forme de capital à un prélèvement de 7,5 %libératoire de l’impôt sur le revenu, sur demande expresse et irrévocable du bénéficiaire. L’assiette est le montant du capital diminué d’un abattement de 10 % : le taux effectif est donc de 6,75 %. Deux conditions cumulatives :
Première condition : le versement n’est pas fractionné.C’est elle qui détruit la plupart des dossiers. Un PCLS de 25 % suivi d’une mise en drawdowndu solde n’est pas un capital unique. Des UFPLS successifs sont manifestement fractionnés. Seule une sortie intégrale, en une fois, de la totalité du potsatisfait la condition. Autrement dit : exactement l’inverse de la pratique britannique courante d’optimisation par retraits successifs.
Seconde condition : la preuve. Le bénéficiaire doit justifier que les cotisations versées pendant la phase de constitution des droits, y compris le cas échéant les cotisations de l’employeur, étaient déductibles de son revenu imposable ou afférentes à un revenu exonéré dans l’État auquel était attribué le droit d’imposer. La doctrine traite expressément le cas des pensions de source étrangère et énumère les justificatifs : états de carrière, bulletins de salaire, avis d’imposition, attestations de résidence, documentation sur le caractère déductible des cotisations dans le pays concerné. Sur une carrière britannique de vingt ans, réunir ces pièces prend des mois. Elles se rassemblent avant le retour, pendant que vous avez encore un accès facile à vos anciens employeurs et à votre personal tax account.
Trois exclusions du champ de l’article 163 bis II : les prestations de l’article 80 decies, celles issues d’un plan d’épargne retraitede l’article L. 224-1 du code monétaire et financier, et celles issues d’un compartiment français du produit paneuropéen d’épargne-retraite individuelle. Conséquence directe pour un Français résidant au Royaume-Uni qui débloquerait son PER françaisen capital : le prélèvement de 7,5 % ne lui est de toute façon pas ouvert.
Nous ajoutons une réserve de version. La doctrine applicable est celle du 17 février 2026 ; le contenu de fond que nous avons pu lire provient d’une version antérieure du même document. Les paragraphes relatifs aux prestations de source étrangère et aux justificatifs doivent être relus sur la version en vigueur avant toute citation au numéro de paragraphe. Nous ne citons donc aucun numéro de paragraphe.
Ce que nous ne pouvons pas vous dire sur les 25 % exonérés au Royaume-Uni
Le pension commencement lump sumest exonéré au Royaume-Uni dans la limite du LSA de 268 275 £. Une partie du corpus francophone en déduit qu’il reste exonéré en France. Cette affirmation ne s’appuie sur aucun texte.L’article 18 de la convention ne comporte aucune stipulation particulière relative aux versements en capital, nous l’avons vérifié en le relevant intégralement.
Ce qui est établi côté français : les prestations de retraite versées en capital sont imposables selon les règles des pensions, avec au mieux l’option pour le prélèvement de 7,5 % de l’article 163 bis II, sous les conditions probatoires strictes rappelées ci-dessus. Et le rescrit BOI-RES-RSA-000219 du 11 août 2025soumet expressément aux contributions sociales les pensions de retraite de source étrangère perçues par une personne fiscalement domiciliée en France et affiliée à un régime obligatoire français d’assurance maladie, « sous forme de rente ou en capital », sous réserve d’une exclusion conventionnelle. Le rescrit s’appuie notamment sur une décision du Conseil d’État du 25 octobre 2024, n° 473997, qui met fin à la pratique du plafonnement des contributions sociales au montant de la pension servie par la France.
Ce qui n’est pas établi, et que nous ne devinerons pas : l’application effective de l’article 163 bis II à un pension commencement lump sumbritannique — la condition de non-fractionnement appliquée à un PCLS suivi d’un drawdown, et la preuve de la déductibilité des cotisations au Royaume-Uni — n’a pu être établie sur aucune source primaire française nommant le régime britannique. C’est un point à arbitrer avec nos avocats partenaires avant tout déblocage, parce que l’acte est irréversible.
Symétriquement, un Français résident du Royaume-Uni qui débloque un plan français en capital se heurte au régime britannique des relevant lump sums. Depuis le 6 avril 2017, les capitaux versés par des régimes de pension étrangers à des résidents britanniques sont imposables au Royaume-Uni, quel que soit le type de régime payeur, sous réserve des régimes enregistrés britanniques, des relevant non-UK schemeset des EFRBS britanniques, qui suivent leurs propres règles. Le capital n’est imposable que si le membre est résident britannique, ou l’était immédiatement avant son décès, même si le bénéficiaire du versement ne l’est pas.
Trois réductions successives s’appliquent au montant imposable : une déduction au titre de la commutation d’un revenu de pension exonéré en vertu du chapitre 17 de la partie 9 de l’ITEPA 2003 ; une déduction au titre des droits à capital acquis avant le 6 avril 2017, plafonnée à leur valeur à cette date et à l’exclusion de la croissance ultérieure ; et une déduction lorsqu’un montant équivalent n’aurait pas été imposable s’il provenait d’un régime enregistré britannique, en supposant le LSA disponible. L’exemple donné par l’administration britannique est parlant : un versement de 150 000 £ dont 130 000 £de droits antérieurs à 2017 n’est imposable qu’à hauteur de 20 000 £.
Le PER n’existant que depuis 2019, cette protection transitoire ne joue pas pour un PER stricto sensu : elle peut en revanche jouer pour un PERP ou un contrat Madelin transféré, dont les droits antérieurs au 5 avril 2017 se valorisent à cette date. Si vous détenez un ancien contrat de ce type, faire établir la valeur de vos droits au 5 avril 2017 est une démarche à engager tôt : plus le temps passe, plus l’attestation est difficile à obtenir.
Une dernière précision, parce qu’elle circule sous une forme fausse. L’idée d’une extension « de 5 à 10 ans » de la période de non-résidence pendant laquelle des charges britanniques peuvent frapper les versements issus d’une épargne retraite étrangère ayant bénéficié d’un allègement britannique est fréquemment attribuée au manuel EIM75550. Nous avons relu cette page intégralement le 29/07/2026 : elle ne traite pas la période de non-résidence. La mesure existe, elle relève du Finance Act 2017, mais elle est portée par une autre série de manuels. Nous la classons en point non établi plutôt que de la reprendre avec une référence qui ne la porte pas.
La charge de 25 % sur les transferts vers un régime étranger : ce qui a changé le 30 octobre 2024
C’est, avec la suppression des cotisations volontaires de classe 2 depuis l’étranger, la donnée la plus massivement périmée du corpus francophone. Tout contenu qui recommande de transférer son plan britannique vers un régime situé dans l’Espace économique européen sans mentionner la date du 30 octobre 2024 est faux, et il coûte 25 % du montant transféré.
Le mécanisme est l’overseas transfer charge, au taux de 25 % de la valeur transférée. Il frappe les transferts d’un régime enregistré britannique vers un QROPS — qualifying recognised overseas pension scheme— demandés à compter du 9 mars 2017, sauf application d’une condition d’exclusion. Il s’applique également aux transferts depuis un relieved relevant non-UK scheme à compter du 6 avril 2024, et aux transferts ultérieurs entre QROPS.
| Condition d'exclusion (PTM102200) | État de la condition | Ce que cela signifie pour un Français |
|---|---|---|
| 1. Le membre réside dans le même pays que celui où le QROPS est établi | En vigueur | C'est, en pratique, la seule condition qui reste ouverte pour un résident de France. Elle suppose l'existence d'un régime français figurant sur la liste HMRC des QROPS |
| 2. Le QROPS est établi à Gibraltar ou dans un État de l'EEE et le membre réside au Royaume-Uni, dans l'EEE ou à Gibraltar | SUPPRIMÉE au 30 octobre 2024 | Ne vaut plus que pour les transferts demandés avant le 30 octobre 2024 ET achevés avant le 30 avril 2025. C'est le point que le corpus francophone ignore |
| 3. Le QROPS est le régime d'une organisation internationale pour ses employés, au titre du service passé | En vigueur | Cas particulier, pertinent pour un fonctionnaire international |
| 4. Le QROPS est un régime de retraite public étranger auquel participe l'employeur du membre | En vigueur | Cas particulier |
| 5. Le QROPS est un régime professionnel et le membre est salarié d'un employeur adhérent de ce régime | En vigueur | Suppose un lien d'emploi actuel avec un employeur adhérent |
Pourquoi nous ne chiffrons aucun transfert, et ce que nous vous demandons d’exiger
Avant le 30 octobre 2024, un Français quittant le Royaume-Uni pouvait transférer son plan vers un QROPS situé dans l’EEE sans charge de sortie, quelle que soit sa propre résidence dans l’EEE. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, un résident de France qui transfère vers un QROPS établi dans un autre État de l’EEE subit la charge de 25 % : il ne réside pas dans le pays d’établissement du régime, et l’exclusion EEE a disparu.
Reste la condition 1 : le QROPS devrait être établi en France. Encore faut-il qu’un régime français figure sur la liste HMRC des QROPS. Vérifié le 16 août 2026, et la réponse tient en trois points dont deux sont contre-intuitifs : la liste a bien été ouverte — l’erreur du 29/07/2026 venait de la forme de l’adresse testée, non d’une indisponibilité. Premier point : aucun régime établi en France n’y figure, dans la version mise à jour au 3 août 2026. Deuxième point, et il change le vocabulaire : HMRC ne publie pas une liste de QROPS. Elle publie celle des régimes « that have told HMRC they meet the conditions to be a recognised overseas pension scheme » — des régimes qui ont déclaré remplir les conditions. Troisième point : y figurer ne protège de rien, et HMRC l’écrit en toutes lettres : « We cannot guarantee these are ROPS or that any transfers to them will be free of UK tax », et surtout « We will usually pursue any UK tax charges arising from transfers to overseas entities that do not meet the ROPS requirements even when they appear on this list ». La liste est republiée les 1eret 15 de chaque mois. Conséquence pratique : la condition d’établissement en France n’est pas remplie aujourd’hui, et elle ne le serait pas davantage par une simple inscription — nous ne chiffrons donc toujours aucun transfert de pension, mais pour un motif désormais établi, et non par défaut de vérification.
Ce que nous pouvons dire : le maintien du plan au Royaume-Uni, avec versement de la pension à l’étranger, est le scénario par défaut, et non le transfert. La revalorisation, les options de sortie et l’accès au LSA continuent de fonctionner depuis la France. Le transfert n’est pas la solution ; c’est une hypothèse à instruire.
Si l’on vous propose un transfert, exigez par écrit : le nom du régime et la preuve de son inscription sur la liste HMRC des QROPS à la date de la demande ; l’identification de la condition d’exclusion invoquée, par son numéro dans PTM102200 ; le montant de l’overseas transfer allowancerestant disponible ; l’analyse de la règle des cinq ans au regard de votre projet de résidence ; et, s’il s’agit de droits à prestations définies, l’avis du conseiller réglementé. Un intermédiaire qui ne fournit pas ces cinq éléments ne doit pas être suivi.
Le rattrapage au retour : vider son plan pendant l’absence ne fonctionne pas
Une idée circule : partir du Royaume-Uni, vider son plan pendant qu’on est non-résident, puis revenir. Le droit britannique l’a anticipée, et il l’a fait avec une clause de primauté conventionnelle expresse.
Le régime de la non-résidence temporaire est défini à la partie 4 de l’annexe 45 du Finance Act 2013. Il s’applique lorsque, cumulativement : la personne a eu la sole UK residencependant une période A ; suit une ou plusieurs périodes de résidence sans sole UK residence ; au moins 4 des 7 années fiscalesprécédant l’année de départ étaient des années de sole UK residence ; et la période temporaire de non-résidence est de 5 ans ou moins. Deux précisions décisives : les cinq ans se mesurent en durée réelle, pas en années fiscales, et le seuil est « 5 ans ou moins » — une absence de exactement cinq ans est capturée. Il faut dépasser cinq ans.
Et la convention ne protège pas. Une année où vous êtes résident britannique au sens du test statutaire mais résident de France au sens de l’article 4 § 2 de la convention est une année sans sole UK residence : elle compte dans la période de non-résidence temporaire.
Pour les pensions, le texte est l’article 576A de l’ITEPA 2003, substitué par le paragraphe 116 de l’annexe 45 du Finance Act 2013, complété par l’article 579CA. Les retraits en flexible drawdowneffectués pendant l’absence sont réputés naître dans la période de retour— c’est-à-dire imposés au Royaume-Uni l’année où vous revenez, au barème de cette année-là. La clause de primauté est explicite : « Nothing in any double taxation relief arrangements is to be read as preventing the person from being chargeable to income tax in respect of any relevant withdrawal treated by virtue of this section as arising in the period of return. »
D’autres éléments sont rattrapés dans les mêmes conditions : les revenus relevant des règles de rémunération déguisée, les distributions de sociétés étroitement contrôlées, les prêts aux associés abandonnés, les chargeable event gainsdes contrats d’assurance-vie britanniques, les offshore income gainset les plus-values. Le champ des distributions de sociétés étroitement contrôlées a été élargi à compter de 2026-27, y compris pour des paiements antérieurs : le sujet est traité au chapitre consacré au retour, mais un dirigeant qui envisage un aller-retour doit le savoir dès maintenant.
Retenez la conséquence pratique : si votre projet comporte une possibilité sérieuse de retour au Royaume-Uni dans les cinq ans, ne construisez aucune stratégie de sortie de pension sur l’hypothèse de la non-résidence. Elle sera reprise, et la convention ne vous protégera pas. Le seul levier réellement disponible dans ce régime concerne les plus-values sur actifs acquis pendant l’absence, et il obéit à quatre conditions cumulatives posées par la section 1N du TCGA 1992 : acquisition pendant la période de non-résidence temporaire ; absence de cession réputée sans gain ni perte des sections 58, 73 ou 258(4) ; absence de report de plus-value provenant d’une cession réalisée en qualité de résident britannique ; et actif qui n’est pas un droit né d’un settlement. Un réinvestissement du produit d’un actif détenu avant le départ ne recrée donc pas d’actif « neuf ». Ce levier n’a de toute façon pas d’équivalent pour les pensions.
Carrière mixte : ce que la totalisation fait, et ce qu’elle ne fait pas
Huit ans à Londres, vingt-cinq ans en France. C’est le profil le plus fréquent de notre clientèle, et c’est aussi celui sur lequel le corpus francophone commet le contresens le plus coûteux.
Commençons par ce qui est simple. Une seule demande suffit. L’article SSCI.37 de l’annexe SSC-7du Protocole dispose que le demandeur soumet sa demande à l’institution de son lieu de résidence ou à celle du dernier État dont la législation lui était applicable, et que « the date of submission of the claim shall apply in all the institutions concerned ». L’institution saisie devient l’institution de contact : elle transmet la demande et les pièces à toutes les institutions concernées, notifie les périodes accomplies et vous tient informé. Vous ne perdez pas de droits en déposant dans un seul pays. Mais attention au § 3 : si, invité à le faire, vous n’avez pas signalé vos périodes d’emploi ou de résidence dans les autres États, c’est la date de régularisation qui compte.
L’article SSCI.38 vous impose de fournir toutes les informations sur les périodes d’assurance — institutions, numéros d’identification —, d’emploi, d’activité non salariée et de résidence accomplies sous d’autres législations. Vous pouvez aussi demander le report de la liquidationdans un ou plusieurs États, en le précisant dans votre demande : c’est l’article SSC.45(1), et c’est un levier utile quand les âges de liquidation diffèrent.
Vient ensuite le point de fond. Deux pensions distinctes, pas une pension unique. Chaque État liquide sa propre pension selon sa propre législation. La coordination n’unifie pas les régimes ; elle empêche la perte de droits. L’article SSC.47fait calculer deux montants : la prestation autonome, due au titre de la seule législation nationale si les conditions d’ouverture sont remplies exclusivement par le droit interne ; et la prestation au prorata, obtenue en appliquant à un montant théorique — celui qu’on obtiendrait si toutes les périodes avaient été accomplies sous la législation considérée — le rapport entre les périodes accomplies sous cette législation et la durée totale. Le § 3 vous donne droit, de la part de chaque institution, au plus élevé des deux montants.
Le chiffrage de la pension mixte : 8/35, et seulement après vérification de l’annexe SSC-4
Une version fausse de ce calcul circule, et elle surestime la pension de près de 6 %. Voici la version que nous publions, avec ses réserves.
Sans totalisation, aucun droit britannique : le seuil des dix qualifying yearsn’est pas atteint. La page GOV.UK est catégorique : « You’ll need 10 qualifying years on your National Insurance record to get any new State Pension. »
Avec la totalisation de l’article SSC.7, les périodes françaises sont prises en compte pour l’ouverturedu droit britannique : le seuil des dix ans est franchi.
Le mode de calcul du montant doit être vérifié sur l’annexe SSC-4, partie 1. Le Royaume-Uni y inscrit « state pension pursuant to Part 1 of the Pensions Act 2014 » — c’est-à-dire la New State Pension elle-même — parmi les cas où le calcul au prorata de l’article SSC.47(1)(b) est écartéau profit du seul calcul autonome, sauf dans deux cas d’exception. Le premier est fréquent : une année fiscale postérieure au 5 avril 1975 comportant des périodes dans les deux États et une année non qualifiante au sens britannique.
Lorsque le prorata s’applique, il porte sur un montant théorique lui-même plafonné par la condition des 35 années : le résultat est de l’ordre de 8/35 du taux plein, et non de 8/33. La différence n’est pas cosmétique : sur le taux plein 2026-27, elle vaut 174 £ par an, tous les ans, indexés.
La totalisation ouvre le droit ; elle n’augmente pas la durée cotisée. C’est le contresens le plus fréquent du corpus francophone sur la retraite des expatriés, et il conduit des gens à renoncer à racheter des trimestres au motif qu’ils seraient « couverts » par l’autre pays.
La mécanique réelle de la totalisation britannique mérite d’être exposée, parce qu’elle recèle un piège que personne ne signale. Elle figure à l’annexe SSC-6, UNITED KINGDOM, point 3. Pour le calcul de l’earnings factor, chaque semaine d’activité salariée sous la législation d’un État membre commencée dans l’année fiscale britannique pertinente est réputée avoir donné lieu à cotisation « on the basis of earnings equivalent to two-thirds of that year’s upper earnings limit ». La conversion en périodes d’assurance se fait ensuite en divisant l’earnings factor par le lower earnings limitde l’année, arrondi à l’entier inférieur.
Le piège est au point (2)(b) : « Any income tax year starting on or after 6 April 1975 does not count as a qualifying year within the meaning of United Kingdom legislation […], any periods of insurance, employment or residence completed in that year shall be disregarded. » Autrement dit : une année fiscale britannique qui ne se qualifie pas fait disparaître les périodes françaises accomplies cette année-là. Une carrière franco-britannique en chevauchement peut ainsi perdre des années des deux côtés. Elle doit être reconstituée année fiscale britannique par année fiscale britannique, jamais en cumulant des durées. C’est un travail de reconstitution année par année, sur relevés de carrière des deux pays : les simulateurs en ligne que l’on nous soumet raisonnent en durées cumulées, et manquent donc précisément ce mécanisme.
Trois articles complètent le dispositif. L’article SSC.52 dispense une institution de servir une prestation lorsque, cumulativement, la durée des périodes accomplies sous sa législation est inférieure à un anet que ces seules périodes n’ouvrent aucun droit ; ces périodes restent néanmoins prises en compte par les autres institutions pour le calcul du montant théorique, et si l’application de la règle libérait toutes les institutions, la prestation est servie par le dernier État dont les conditions sont remplies. Son § 4 écarte l’application aux régimes de l’annexe SSC-4, partie 2 — pour le Royaume-Uni, les graduated retirement benefitsdu National Insurance Act 1965. L’article SSC.53garantit un complément lorsque le total est inférieur à la prestation minimale de l’État de résidence. L’article SSC.44 règle le sort des périodes d’éducation des enfants : lorsque l’État compétent n’en prend aucune en compte, l’institution de l’État dont la législation était applicable à la date où cette période a commencé demeure responsable de sa prise en compte. Pour une mère de famille française partie à Londres avec de jeunes enfants, ce dernier article vaut des trimestres.
Enfin, l’article SSC.46encadre les régimes spéciaux : lorsqu’un régime subordonne le droit à des périodes accomplies dans une activité ou une profession déterminée, les périodes étrangères ne sont retenues que si elles ont été accomplies dans un régime correspondant ou, à défaut, dans la même profession. Si les conditions du régime spécial ne sont pas remplies, les périodes sont prises en compte au titre du régime général.
Une réserve sur le côté français du calcul, et une échéance sur les rachats
L’affirmation, très répandue dans les sources françaises, selon laquelle « les activités accomplies à l’étranger n’ont pas d’impact sur le taux de liquidation et le taux de proratisation de la retraite de base française » n’a pas été vérifiée par nos soins sur une circulaire de la caisse nationale ou sur le code de la sécurité sociale. Elle est déterminante pour tout chiffrage : nous la signalons comme non confirmée plutôt que de la reprendre.
Sur les rachats britanniques, une échéance à connaître : la fenêtre transitoire de cotisations volontaires se referme au 5 avril 2027, avec trois conditions cumulatives — avoir demandé à cotiser au titre de 2024-25 ou 2025-26 avant le 6 avril 2026, payer ces cotisations au plus tard le 5 avril 2027, et demander les cotisations de classe 3 de 2026-27 au plus tard le 5 avril 2027. La date opérationnelle est le 5avril, non le 6. Un client qui viserait « avant le 6 avril » croirait disposer de la journée du 6 : il ne l’a pas.
Sylvie, 8 années britanniques et 25 années françaises, retour en France
HYPOTHESES
Carriere britannique ......................... 8 annees
Carriere francaise .......................... 25 annees
Residence a la liquidation ..................... France
Annee fiscale britannique de reference ....... 2026-27
New State Pension, taux plein ....... 241,30 GBP / semaine
soit 12 547,60 GBP par an
Seuil d'ouverture du droit ....... 10 qualifying years
Duree pour le taux plein ................... 35 annees
ETAPE 1 - OUVERTURE DU DROIT BRITANNIQUE
Sans totalisation : 8 annees < 10 ............ AUCUN DROIT
Avec la totalisation de l'article SSC.7, les periodes
francaises sont prises en compte pour l'ouverture
Seuil de 10 ans .............................. FRANCHI
ETAPE 2 - MONTANT : VERIFICATION PREALABLE OBLIGATOIRE
Annexe SSC-4, partie 1 : le Royaume-Uni y inscrit la
"state pension pursuant to Part 1 of the Pensions
Act 2014" parmi les cas ou le calcul au prorata
est ECARTE, sauf deux exceptions
Exception frequente : une annee fiscale posterieure au
5 avril 1975 comportant des periodes dans les deux
Etats et une annee non qualifiante au sens britannique
=> LE MODE DE CALCUL SE VERIFIE DOSSIER PAR DOSSIER
ETAPE 3 - LORSQUE LE PRORATA S'APPLIQUE
Rapport applicable ............................... 8 / 35
241,30 x 8 / 35 ...................... 55,15 GBP / semaine
Sur 52 semaines ........................ 2 868 GBP par an
Version fausse qui circule : rapport 8 / 33
241,30 x 8 / 33 ...................... 58,50 GBP / semaine
Sur 52 semaines ........................ 3 042 GBP par an
Ecart ............................... 174 GBP par an, soit
une surestimation de 6,1 %, indexee, a vie
ETAPE 4 - LE PIEGE DES ANNEES DE CHEVAUCHEMENT
Annexe SSC-6, UNITED KINGDOM, point 3, (2)(b) :
une annee fiscale britannique NON QUALIFIANTE fait
disparaitre les periodes francaises de cette annee-la
Si l'annee de l'arrivee et l'annee du depart sont
non qualifiantes au sens britannique, ce sont
2 annees perdues DES DEUX COTES
ETAPE 5 - FISCALITE ET VERSEMENT
Residence France : imposition dans le seul Etat de
residence (article 18, ou a defaut article 23 :
rattachement de la State Pension non etabli)
Revalorisation annuelle : OUI, la France figure sur
la liste EEE de 30 pays de la page GOV.UK
Versement toutes les 4 ou 13 semaines ; frais de
conversion 0,39 % ................ environ 11 GBP par an
Contributions sociales francaises sur pension de source
etrangere : dues si affiliation a un regime obligatoire
francais d'assurance maladie (rescrit du 11 aout 2025),
au taux applicable aux pensions, que nous ne chiffrons
pas ici faute de l'avoir verifie sur source primaire.Le chiffrage suppose que le calcul au prorata s'applique, ce qui n'est pas la règle : l'annexe SSC-4, partie 1 l'écarte par principe pour la New State Pension, sauf deux exceptions dont l'une est fréquente. Aucun chiffrage de pension mixte ne peut être publié sans passer par les annexes SSC-4 et SSC-6. Le rapport 8/33, très répandu, est faux : le rapport porte sur un montant théorique lui-même plafonné par la condition des 35 années.
Thierry, 22 ans à Londres, un pot de 780 000 £, retour en France : trois calendriers, trois résultats
HYPOTHESES
Age .............................................. 58 ans
Valeur du pot a cotisations definies ......... 780 000 GBP
Aucun autre revenu significatif l'annee de la sortie
Lump Sum Allowance disponible ................ 268 275 GBP
Annee fiscale britannique 2026-27, bareme rUK
Retour en France envisage sous 12 mois
Aucun retour au Royaume-Uni envisage dans les 5 ans
SCENARIO A - SORTIE TOTALE AVANT LE DEPART, RESIDENT UK
Pension commencement lump sum, 25 % ........... 195 000 GBP
exonere : inferieur au LSA de 268 275 GBP ....... 0 d'impot
Solde imposable a l'income tax ................ 585 000 GBP
Personal allowance : nulle (revenu > 125 140 GBP)
tranche a 20 % sur 37 700 ...................... 7 540 GBP
tranche a 40 % sur 87 440 ..................... 34 976 GBP
tranche a 45 % sur 459 860 ................... 206 937 GBP
Impot britannique ............................. 249 453 GBP
Net percu ..................................... 530 547 GBP
Prelevement effectif sur le pot ..................... 32,0 %
SCENARIO B - SORTIE TOTALE APRES LE RETOUR, RESIDENT FRANCE
Cote francais, si l'article 163 bis II s'applique :
Assiette : capital diminue de l'abattement de 10 %
780 000 x 90 % ................................ 702 000
Prelevement liberatoire de 7,5 % ............... 52 650
Taux effectif ..................................... 6,75 %
Deux conditions cumulatives a remplir :
versement NON FRACTIONNE .......... sortie integrale, oui
preuve de la deductibilite des cotisations au
Royaume-Uni .................. dossier a constituer AVANT
Contributions sociales sur pension de source etrangere,
non chiffrees ici (rescrit du 11 aout 2025)
COTE BRITANNIQUE : NON ETABLI. Le traitement conventionnel
d'un pension commencement lump sum britannique perçu
par un resident de France n'est regle expressement par
aucune stipulation. Un risque de double imposition
ne peut pas etre exclu.
SCENARIO C - PCLS PUIS DRAWDOWN, PUIS RETOUR EN FRANCE
195 000 GBP de PCLS exoneres au Royaume-Uni
Solde de 585 000 GBP mis en drawdown
Retraits ulterieurs depuis la France :
la sortie n'est PAS un versement unique
=> l'article 163 bis II est FERME
=> imposition au bareme progressif francais des
pensions, plus contributions sociales
C'est la pratique britannique standard.
C'est aussi celle qui detruit l'option a 7,5 %.
CE QUE CE TABLEAU NE DIT PAS
L'ecart apparent entre A et B ne doit pas etre lu comme
une recommandation : le cote britannique du scenario B
n'est pas etabli. Le seul enseignement publiable est
que le CALENDRIER et le MODE DE SORTIE valent, ici,
plusieurs centaines de milliers de livres, et qu'ils
se decident avant, avec un avocat.Les trois scénarios reposent sur des paramètres britanniques vérifiés — LSA de 268 275 £, barème rUK 2026-27, dégressivité de la personal allowance au-delà de 100 000 £ — et sur un paramètre français vérifié : le II de l'article 163 bis du CGI, version en vigueur depuis le 11 mars 2023. Le point non établi est le traitement conventionnel du lump sum, et il commande le résultat du scénario B. Le transfert vers un régime étranger n'est pas chiffré : la charge est de 25 % de la valeur transférée depuis le 30 octobre 2024, et l'existence d'un régime français inscrit sur la liste HMRC des QROPS n'est pas établie.
Le 6 avril 2027 : la fin de la pension comme outil de transmission
Voici la réforme la plus lourde de conséquences patrimoniales de tout le dossier retraite, et celle dont on trouve le moins de traitement sérieux en français. Jusqu’ici, le conseil britannique standard consistait à consommer ses autres actifs et à laisser son plan de retraite intact : il échappait à l’Inheritance Tax. Cette stratégie disparaît.
Le texte est le Finance Act 2026, chapitre 11, sanction royale le 18 mars 2026. Les sections 66 à 71portent le dispositif : la section 66 l’imposition, en insérant un article 150A dans l’Inheritance Tax Act 1984 ; la 67 la redevabilité ; la 68 la retenue et le paiement par l’administrateur ; les 69 et 70 les amendements de conséquence à l’IHTA 1984 et aux règles d’impôt sur le revenu ; la 71 l’entrée en vigueur. Son texte : « The amendments made by sections 66 to 70 apply in relation to deaths, and (so far as relevant) to other transfers of value within the meaning of IHTA 1984, occurring on or after 6 April 2027. »
Deux mots méritent d’être soulignés dans cette phrase : « other transfers of value ». La section 71 ne vise pas seulement les décès. Elle vise aussi les autres mutations à titre gratuitau sens de l’IHTA 1984. La plupart des présentations ne retiennent que les décès.
Le mécanisme. Le membre d’un registered pension scheme, d’un qualifying non-UK pension schemeou d’un régime de la section 615(3) est réputé « beneficially entitled immediately before their death to property (« notional pension property ») ». La valeur se calcule en trois étapes — arrangements money purchase, puis defined benefits, puis addition —, sous déduction des excluded benefits.
La ligne de partage est une règle de situs, pas un critère de résidence — et cela change où il faut la chercher
La conséquence pratique est souvent bien décrite : assiette mondiale pour le résident de longue durée, assiette limitée aux régimes britanniques pour les autres. Le mécanisme, lui, est presque toujours mal décrit.
Il n’y a aucun critère de résidence de longue durée dans la section 66. Un lecteur qui l’y chercherait ne le trouverait pas, et un contradicteur y verrait une faiblesse. Ce que la section 66 pose, c’est une règle de situs : « notional pension property in relation to a pension scheme is regarded as situated in the country or territory in which the scheme is established ».
C’est cette règle de situs, combinée au régime général des excluded property de l’IHTA 1984, qui produit la ligne de partage. L’assiette du résident de longue durée est mondiale, parce que rien n’est excluded propertypour lui ; celle du non-résident de longue durée est limitée aux régimes établis au Royaume-Uni, parce que les autres sont situés hors du Royaume-Uni et donc exclus. La distinction n’est pas académique : elle détermine où l’on va chercher la règle, et donc quels arguments sont opposables.
Le statut de résident de longue durée — long-term UK resident— est défini à l’article 6A de l’IHTA 1984, inséré par les articles 44 à 46 et l’annexe 13 du Finance Act 2025, en vigueur depuis le 6 avril 2025 : est résident de longue durée à tout moment d’une année fiscale la personne qui a été résidente britannique au moins 10 des 20 années fiscales précédentes. Après le départ, une rémanencesubsiste : 3 années de non-résidence consécutives pour 10 à 13 années de résidence, puis une année supplémentaire par année de résidence au-delà, jusqu’à 10 annéespour 20 années de résidence. Ce compteur est traité en détail au chapitre consacré à l’Inheritance Tax ; il suffit ici de retenir qu’il est totalement distinct du compteur de quatre ans du régime FIG.
| Catégorie | Dans le champ de l'IHT au 6 avril 2027 ? | Précision |
|---|---|---|
| Régimes à cotisations définies | Oui | Valeur des actifs du pot disponibles pour des capitaux décès, plus les actifs dont on peut raisonnablement attendre qu'ils servent à financer des capitaux décès même sans pot identifié, par exemple les cash balance arrangements |
| Régimes à prestations définies | Oui, partiellement | Capitaux décès qui doivent ou peuvent raisonnablement être versés, et versements de continuation au titre de clauses de garantie |
| Collective money purchase schemes | Oui | Selon le calcul propre à chaque type d'arrangement |
| Dependants' scheme pensions | Non | Rentes servies à un ayant droit qualifié : conjoint, partenaire civil, enfant, personne à charge financière |
| Trivial commutation | Non | Capital qui éteint le droit à rente d'un ayant droit |
| Joint life annuities | Non | Rentes de réversion souscrites conjointement à la rente viagère du membre |
| Death in service benefits | Non | Sommes dues du fait que le membre était en emploi immédiatement avant son décès. Cela EXCLUT les droits des membres différés au titre d'un emploi antérieur : il faut avoir été effectivement en activité au décès |
L’exonération conjoint et partenaire civil joue au stade de la distribution, non au stade de l’évaluation. La valeur de la notional pension propertyest calculée et déclarée dans tous les cas ; l’exonération se traduit par l’absence de taxation de la quote-part revenant au conjoint ou partenaire civil résident de longue durée au Royaume-Uni. Les administrateurs de régime doivent fournir, sur demande, la ventilation entre bénéficiaires exonérés et non exonérés.
Cette précision — « résident de longue durée » — est le point de bascule des couples franco-britanniques, et il faut le dire sans détour. L’article 18(2) de l’IHTA 1984 plafonne l’exonération de transmission entre époux à 325 000 £lorsque le bénéficiaire n’est pas résident de longue durée, la condition ayant été convertie du domicile vers la résidence de longue durée au 6 avril 2025. Une élection est possible — articles 267ZC à 267ZE — pour être traité comme résident de longue durée : elle expose alors le conjoint à l’IHT mondiale. Pour un couple dont un seul membre est résident de longue durée — par exemple parce que l’épouse est rentrée en France deux ans plus tôt —, c’est le point de bascule du dossier, et l’arbitrage est lourd des deux côtés.
L’articulation avec l’impôt sur le revenu du bénéficiaireest le second étage de la fusée, et c’est lui qui produit les taux cumulés spectaculaires. Principe posé par la note technique : lorsque l’IHT est acquittée sur des capitaux décès, la fraction correspondant à l’IHT et aux intérêts ne compte pas dans le revenu imposable du bénéficiaire. Le régime de droit commun reste ensuite : en cas de décès avant 75 ans, les rentes de réversion et le drawdownd’ayant droit sont normalement exonérés d’impôt sur le revenu, et les capitaux décès sont exonérés dans la limite du LSDBA ; en cas de décès à 75 ans ou plus, tous les capitaux décès sont imposables. Une règle des deux anscomplète le dispositif : un capital exonéré versé plus de deux ans après que le régime a eu, ou aurait dû avoir, connaissance du décès devient imposable.
| Obligation | Délai | Qui |
|---|---|---|
| Avis de retenue conservatoire | Du décès jusqu'à 15 mois après la fin du mois du décès | Représentants personnels, y compris pressentis |
| Communication de la valorisation | 28 jours à compter de la demande, estimation admise avec base explicitée | Administrateur du régime |
| Communication des bénéficiaires | Le plus tardif de 28 jours après la demande ou 14 jours après détermination des bénéficiaires | Administrateur du régime |
| Notification des capitaux décès versés | 3 mois après le versement final | Administrateur du régime |
| Dépôt de la déclaration d'IHT | Délai de droit commun | Représentants personnels |
| Paiement de l'IHT | Fin du 6e mois suivant le décès | Représentants personnels |
| Notification de dépassement du LSDBA | Le plus tardif de 13 mois après le décès ou 30 jours après la découverte | Administrateur du régime |
| Paiement par le Pensions Direct Payment Scheme | 35 jours à compter de la réception de l'avis | Administrateur du régime, solidairement responsable à défaut |
Regardez la ligne du paiement : fin du 6e mois suivant le décès. Puis celle de la valorisation : 28 jours à compter de la demande. Puis celle de la retenue conservatoire : jusqu’à 15 mois. Le décalage entre ces trois délais est un problème de trésoreriepour la succession, pas un problème théorique. Les représentants personnels doivent payer l’IHT à six mois sur une valeur qu’ils ne maîtrisent pas, alors que les fonds sont détenus par un administrateur de régime qui peut légalement en retenir la moitié pendant plus d’un an.
Le régime français d’un défunt résident de longue durée : la question la plus coûteuse, et nous ne la tranchons pas
Si vous êtes résident de longue durée au Royaume-Uni, la note technique est explicite : l’IHT frappe la notional pension property détenue dans tout régime enregistré, britannique ou non, dans tout qualifying non-UK pension scheme et dans tout régime relevant de la section 615(3), indépendamment de sa localisation. Si vous ne l’êtes pas, l’IHT ne frappe que les régimes établis au Royaume-Uni.
La question qui suit est celle qui coûte le plus cher, et elle n’a pas de réponse publiée : un PER français, un article 83, un ancien PERP ou un contrat Madelin entrent-ils dans la catégorie des qualifying non-UK pension schemesau sens de ce dispositif ? Le traitement d’un régime français au regard de la notion de notional pension property n’a pas été instruit par les sources que nous avons consultées. Nous ne le devinerons pas.
S’y ajoute une seconde question, distincte et tout aussi ouverte. La convention franco-britannique en matière de successions du 21 juin 1963continue de s’appliquer, et elle répartit le droit d’imposer en fonction du domicile, notion que le droit interne britannique n’utilise plus comme critère d’assujettissement à l’Inheritance Tax depuis le 6 avril 2025. HMRC énonce que les conventions antérieures à 1975 n’appliquent pas le domicile réputé et fonctionnent sur le domicile de common law. Son article 5 § 1 pose une double condition cumulative : lorsque le défunt était domicilié en France, aucun impôt n’est prélevé en Grande-Bretagne sur les biens qui, d’une part, n’y sont pas situés et qui, d’autre part, ne sont pas transmis en vertu d’une disposition ou d’une dévolution régies par la législation en vigueur dans une partie quelconque de la Grande-Bretagne. Cette seconde branche, absente du § 2 qui règle le cas inverse, est le piège de la proper law : elle suffit à faire tomber l’exclusion. Or la notional pension propertyd’un régime français est réputée située en France.
L’articulation entre les deux systèmes n’a fait l’objet d’aucune prise de position publiée à la date de rédaction. Toute succession franco-britannique doit être examinée par un spécialiste.Nous n’en chiffrons aucune, et nous ne recommandons aucune structuration sur ce fondement. Ce que nous faisons, en revanche : constituer le dossier de preuve du domicile de common law — intentions, attaches, sépulture, testament, biens conservés en France — pendant que la personne est vivante et peut en témoigner.
Anne-Claire, décès à Londres en 2028-29 : ce que la réforme du 6 avril 2027 change réellement
HYPOTHESES
Installation a Londres ...................... annee 2014-15
Residente britannique sans interruption depuis
Deces ...................................... annee 2028-29
Nombre d'annees de residence sur les 20 precedentes ... 14
Statut au regard de l'IHT ....... LONG-TERM UK RESIDENT
(IHTA 1984, art. 6A : au moins 10 des 20 dernieres
annees fiscales)
Age au deces ............................. 78 ans (> 75)
Pot britannique a cotisations definies,
non consomme .............................. 640 000 GBP
Nil-rate band suppose integralement absorbe par
les autres actifs de la succession
Beneficiaire : sa fille, residente britannique,
autres revenus 60 000 GBP, qui prend le solde
en capital sur une seule annee fiscale
REGIME APPLICABLE AVANT LE 6 AVRIL 2027
Le pot n'entre pas dans l'assiette de l'IHT
Deces a 75 ans ou plus : capitaux deces imposables
a l'income tax du beneficiaire
Revenu du beneficiaire : 60 000 + 640 000 = 700 000 GBP
tranche a 20 % sur 37 700 ..................... 7 540 GBP
tranche a 40 % sur 87 440 .................... 34 976 GBP
tranche a 45 % sur 574 860 .................. 258 687 GBP
Impot total .................................. 301 203 GBP
Impot qu'elle aurait paye sur ses seuls 60 000 GBP
(PA 12 570, base 47 430) ...................... 11 432 GBP
Cout marginal du capital recu ................ 289 771 GBP
Prelevement sur 640 000 ............................ 45,3 %
REGIME APPLICABLE A COMPTER DU 6 AVRIL 2027
Finance Act 2026, sections 66 a 71 ; IHTA 1984, art. 150A
Notional pension property, situs Royaume-Uni ... dans le champ
IHT au taux de droit commun de 40 % au-dessus du
nil-rate band, suppose absorbe
640 000 x 40 % .............................. 256 000 GBP
La fraction correspondant a l'IHT ne compte pas dans le
revenu imposable du beneficiaire
Base soumise a l'income tax .................. 384 000 GBP
Revenu du beneficiaire : 60 000 + 384 000 = 444 000 GBP
tranche a 20 % sur 37 700 ..................... 7 540 GBP
tranche a 40 % sur 87 440 .................... 34 976 GBP
tranche a 45 % sur 318 860 .................. 143 487 GBP
Impot total .................................. 186 003 GBP
Cout marginal du capital recu ................ 174 571 GBP
TOTAL DES PRELEVEMENTS ....... 256 000 + 174 571 = 430 571 GBP
Prelevement sur 640 000 ............................ 67,3 %
SURCOUT DE LA REFORME ........................ 140 800 GBP
ATTENUATION REELLE MAIS LIMITEE - ETALEMENT SUR 8 ANS
La fille opte pour un drawdown d'ayant droit et
preleve 48 000 GBP par an pendant 8 ans
Revenu annuel : 60 000 + 48 000 = 108 000 GBP
Personal allowance reduite de (108 000 - 100 000)/2
= 4 000, soit PA de ......................... 8 570 GBP
Base taxable .................................. 99 430 GBP
tranche a 20 % sur 37 700 ..................... 7 540 GBP
tranche a 40 % sur 61 730 .................... 24 692 GBP
Impot annuel .................................. 32 232 GBP
Surcout annuel par rapport a 11 432 ........... 20 800 GBP
Sur 8 ans .................................... 166 400 GBP
Economie par rapport a la sortie en une fois ... 8 171 GBP
L'etalement rapporte moins qu'on ne le croit, parce que
la bande 100 000 - 125 140 GBP est taxee a 60 %.Le calcul suppose que le nil-rate band est intégralement absorbé par les autres actifs de la succession, de sorte que le pot est taxé au taux marginal de 40 %. Il suppose également un décès à 75 ans ou plus, ce qui rend imposables tous les capitaux décès à l'impôt sur le revenu du bénéficiaire. Le régime des exonérations — conjoint et partenaire civil résident de longue durée, charity lump sum death benefits comptant pour le seuil de 10 % de libéralités ouvrant le taux réduit d'IHT de 36 % — n'est pas mobilisé ici. Un PER français détenu par la même personne poserait la question, non tranchée, de sa qualification de qualifying non-UK pension scheme et de l'application de la convention successorale du 21 juin 1963.
Une conséquence symétrique doit être énoncée, parce qu’elle concerne un profil plus fréquent encore. Un Français qui n’est pasrésident de longue durée mais qui détient un plan britannique — parce qu’il a travaillé cinq ou six ans à Londres avant de rentrer — verra ce plan entrer dans l’assiette de l’Inheritance Tax à compter du 6 avril 2027, alors qu’il en était exclu auparavant. Le régime est établi au Royaume-Uni : la règle de situs l’y rattache, et le filtre des excluded propertyne joue pas. C’est un motif nouveau, et sérieux, de réexaminer l’opportunité de conserver un plan britannique de faible montant — sachant que la sortie a elle-même un coût, et que le transfert n’est pas une option ouverte en l’état de nos vérifications.
Une précision de procédure enfin, pour les régimes non britanniques. Pour les qualifying non-UK pension schemes et les régimes de la section 615(3), la notional pension property est dans le champ et le gestionnaire doit en calculer la valeur immédiatement avant le décès, mais les avis de retenue et de paiement ne peuvent pas leur être adressés : il revient aux représentants personnels d’établir la valeur et de la déclarer. Les régimes enregistrés établis hors du Royaume-Uni ne sont tenus de se conformer à la législation, y compris aux avis de retenue et de paiement, que si le membre était résident de longue durée. Dans les faits, cela signifie que la charge probatoire pèsera sur la famille, et qu’elle devra obtenir d’un gestionnaire étranger une valorisation à une date précise, sous un délai contraint, sans pouvoir l’y obliger.
Faire chiffrer la sortie avant de la déclencher, pas après
Nous instruisons un dossier retraite franco-britannique dans l'ordre où il se joue : qualification conventionnelle de chaque pension au regard des articles 18, 19 § 2, 19 § 3 et 19 § 4 b) ; reconstitution de la carrière année fiscale britannique par année fiscale britannique ; calendrier des deux années fiscales en parallèle ; constitution du dossier probatoire de l'article 163 bis II avant le retour ; et exposition du risque IHT au 6 avril 2027 selon le compteur de la résidence de longue durée. Sur le traitement conventionnel des capitaux de retraite, sur l'existence d'un régime français éligible au transfert et sur toute succession franco-britannique, la mise en relation avec des avocats fiscalistes des deux côtés fait partie de l'accompagnement.
Cinq situations où il ne faut pas partir, ou pas maintenant
Un guide qui ne dit que du bien de Londres est un guide commercial. Voici, sur le seul terrain des pensions, les cas où notre réponse est non, ou pas encore.
Le retraité du secteur public français.Sa pension reste imposable en France par l’effet de l’article 19 § 2, il ne peut rien y faire sans perdre la nationalité française, et il paiera en plus la cotisation d’assurance maladie de l’article D. 242-8 à 4,20 %. Le régime FIG ne lui apporte rien sur ce revenu, puisqu’il n’est pas imposable au Royaume-Uni. S’il part, ce sera pour des raisons familiales ou personnelles, pas fiscales. Nous le lui disons au premier rendez-vous.
Le retraité modeste.Sur une pension privée française de 30 000 €, la fenêtre FIG produit une économie réelle pendant quatre ans, puis l’impôt britannique s’installe. Face à cela : un coût du logement londonien sans commune mesure avec la province française, des frais de santé privée si l’on veut échapper aux délais du NHS — et ces délais sont réels —, et une cotisation maladie française qui court dès le premier jour. Le calcul ne tient pas. Il tient encore moins si l’on ajoute le coût du visa, quand un visa est nécessaire.
Celui qui a déjà été résident britannique récemment.La condition de dix années fiscales consécutives de non-résidence préalable ferme le régime FIG. L’installation se fait alors directement en régime mondial de droit commun, sans fenêtre d’acclimatation. Et si le départ précédent remonte à moins de cinq ans, le régime de la non-résidence temporaire peut rattraper les retraits opérés dans l’intervalle.
Celui dont le patrimoine transmissible est important et l’horizon de vie long. Franchir le seuil des dix années sur vingt fait entrer le patrimoine mondial dans l’assiette de l’Inheritance Tax, au taux de droit commun de 40 % au-dessus du nil-rate band, avec une rémanence de trois à dix ans après le départ. À compter du 6 avril 2027, les pensions non consommées y entreront aussi. Et la convention successorale de 1963, fondée sur le domicile, ne coordonne pas clairement les deux systèmes. C’est le sujet sur lequel nous refusons le plus souvent de conclure sans avocat.
Celui qui veut débloquer un capital de retraite dans les dix-huit mois.Le calendrier commande tout : avant le départ, pendant la fenêtre FIG, ou après le retour. Les trois branches donnent des résultats très différents, et l’une d’elles repose sur un point de droit non tranché. Déclencher la sortie d’abord et poser la question ensuite, c’est exactement l’ordre dans lequel les dossiers deviennent insolubles. L’acte est irréversible.
Ce que ce chapitre ne tranche pas, et ce qu’il faut demander à nos avocats partenaires
Cinq questions restent ouvertes. Nous les énonçons avec la question exacte à poser et les pièces à réunir, parce qu’un renvoi sans mode d’emploi ne sert à rien.
| Point non tranché | La question exacte à poser | Les pièces à réunir avant le rendez-vous |
|---|---|---|
| Traitement conventionnel d'un pension commencement lump sum britannique perçu par un résident de France | L'article 18 ou l'article 23 de la convention du 19 juin 2008 attribue-t-il l'imposition d'un versement en capital issu d'un régime enregistré britannique, et le II de l'article 163 bis du CGI est-il ouvert lorsque le PCLS est suivi d'une mise en drawdown du solde ? | Relevé du régime avec la ventilation des droits ; attestation de valeur des droits au 5 avril 2017 pour tout contrat antérieur ; historique des cotisations et preuve de leur déductibilité au Royaume-Uni ; projet de calendrier de sortie |
| Existence d'un régime français inscrit sur la liste HMRC des QROPS | Un régime français figure-t-il, à la date de la demande, sur la liste HMRC des qualifying recognised overseas pension schemes, et la condition d'exclusion n° 1 de PTM102200 peut-elle être remplie par un résident de France ? | Copie de la liste HMRC à jour, avec sa date ; identification du régime cible ; état de l'overseas transfer allowance déjà consommée ; projet de résidence sur cinq ans |
| Articulation de l'article 29 § 1 de la convention avec le régime FIG | L'article 29 § 1 rétablit-il un droit d'imposer français sur une pension privée française exonérée au Royaume-Uni sous le régime FIG, et le critère des objets principaux introduit par la convention multilatérale est-il opposable à un calendrier de liquidation choisi en fonction de la fenêtre de quatre ans ? | Date de première résidence britannique et historique des dix années précédentes ; montant annuel de chaque pension ; calendrier de liquidation envisagé et sa justification non fiscale |
| Qualification d'un régime de retraite français au regard de l'article 150A de l'IHTA 1984 | Un PER, un article 83, un PERP ou un contrat Madelin constitue-t-il un qualifying non-UK pension scheme au sens des sections 66 à 71 du Finance Act 2026, et la convention successorale du 21 juin 1963 fait-elle obstacle à l'imposition britannique de sa notional pension property ? | Contrats et conditions générales de chaque régime français ; historique complet de résidence sur vingt ans ; éléments établissant le domicile de common law ; testament et dispositions de dernières volontés |
| Conseil réglementé obligatoire avant transfert de droits à prestations définies | Quel est le seuil réglementaire en vigueur au-delà duquel un conseil financier réglementé est obligatoire avant transfert de droits à prestations garanties, et sur quel texte repose-t-il ? | Valeur de transfert proposée par le régime, avec sa date de validité ; règlement du régime ; identité et numéro d'agrément du conseiller consulté |
Portée de ce chapitre
Droit arrêté au 29 juillet 2026. Les montants britanniques se rattachent à l’année fiscale 2026-27et les montants français à l’année 2026, sauf mention contraire. Les paramètres de retraite changent au 6 avril ; les barèmes français de retenue à la source changent en cours d’année civile. Toute donnée chiffrée de ce chapitre doit être revérifiée à sa date d’application.
Deux échéances déjà votées structurent les décisions à venir : 6 avril 2027, entrée des pensions non consommées dans l’assiette de l’Inheritance Tax (Finance Act 2026, sections 66 à 71) ; 6 avril 2028, relèvement de l’âge minimal d’accès de 55 à 57 ans (Finance Act 2022, section 10). Une troisième échéance est annoncée mais non légiféréeà la date de rédaction : le 6 avril 2029, charge de cotisations sociales sur les cotisations de retraite versées par salary sacrifice au-delà de 2 000 £ par an. Une quatrième est de calendrier administratif : le 5 avril 2027, fermeture de la fenêtre transitoire de cotisations volontaires.
Ce chapitre ne recommande aucun régime, aucun contrat et aucune allocation. Il ne nomme aucun établissement financier, aucun assureur et aucun gestionnaire de régime : nous décrivons des catégories de solutions et les arbitrages qu’elles supposent. Les autres volets du dossier — résidence fiscale et test statutaire au chapitre 05, régime des revenus et gains étrangers au chapitre 03, mesures transitoires des anciens utilisateurs de la remittance basisau chapitre 04 — sont traités séparément, et le compteur de la résidence de longue durée au regard de l’Inheritance Tax fait l’objet de son propre chapitre.

