Ce que nous faisons concrètement pour un expatrié au Royaume-Uni
Ce volet expose le droit applicable. La page que nous consacrons à l’expatriation au Royaume-Uni expose notre intervention : les profils que nous accompagnons, la façon dont nous coordonnons les conseils locaux, et ce qui relève de leur ressort plutôt que du nôtre.
16. Acheter au Royaume-Uni : leasehold, stamp duty et frais réels
Vous êtes à Londres depuis dix-huit mois, vous payez 2 800 £ de loyer pour un deux-pièces à Lambeth, et la question tombe toujours de la même façon : « à ce niveau de loyer, il faut acheter, non ? » La réponse honnête est qu’elle dépend de trois choses que vous ne connaissez probablement pas encore, et qu’aucune ne figure sur l’annonce. La première est que le prix moyen londonien baissedepuis neuf mois pendant que le reste du pays monte. La deuxième est que l’appartement que vous visez n’est presque certainement pas une pleine propriété, mais un leasehold— un droit à durée finie qui s’amortit, et dont la durée résiduelle vaut, à elle seule, des dizaines de milliers de livres. La troisième est que le droit de mutation que vous paierez dépend du nombre de jours que vous avez passés au Royaume-Uni avant l’acquisition, et que sur un bien moyen l’écart entre les deux situations dépasse 10 000 £.
Ce chapitre traite l’acquisition dans l’ordre où elle se déroule : l’état du marché avec des chiffres sourcés, la procédure et ses pièges de calendrier, la distinction entre pleine propriété et bail emphytéotique, les droits de mutation dans les trois régimes distincts qui coexistent au Royaume-Uni, la taxe locale annuelle, et le coût complet d’une opération. Il traite aussi, parce que c’est le point le plus honnête à traiter, les situations où la bonne décision est de continuer à louer.
Champ territorial : lisez cette phrase avant les tableaux
Le Royaume-Uni n’est pas un territoire unique en matière immobilière, et le corpus francophone les confond systématiquement. Le stamp duty land tax (SDLT)ne s’applique qu’en Angleterre et en Irlande du Nord ; l’Écosse applique le land and buildings transaction tax (LBTT), le pays de Galles le land transaction tax (LTT). La council taxest une compétence dévolue : l’Angleterre et l’Écosse la calculent sur des valeurs de 1991 en huit bandes A à H, le pays de Galles sur des valeurs de 2003 en neuf bandes A à I, et l’Irlande du Nord applique un régime distinct, les domestic rates. La surtaxe sur les logements de grande valeur annoncée pour avril 2028 est anglaise uniquement. Enfin, les pages officielles écossaises consultées le 29/07/2026 décrivent un régime foncier qui ne connaît pas la dichotomie freehold/leaseholddu droit anglais : la section de ce chapitre consacrée aux baux ne se transpose pas à l’Écosse.
Un mot pour le lecteur installé à Édimbourg ou à Glasgow : l’Écosse applique aussi un barème d’impôt sur le revenu qui lui est propre, à six tranches(19 / 20 / 21 / 42 / 45 / 48 % pour 2026-27), avec un seuil d’entrée dans le taux de 42 % à 43 663 £. Deux taux souvent cités — 50 % entre 43 663 et 50 270 £ et 69,5 % entre 100 000 et 125 140 £ — sont des taux marginaux cumulant l’impôt écossais et les National Insurance contributions : ils ne valent que pour les revenus d’activité. Les revenus fonciers relèvent bien du barème écossais, mais ne supportent pas de NIC : leur taux marginal y est de 42 % au-delà de 43 663 £ et de 67,5 % entre 100 000 et 125 140 £, du seul fait du retrait de la personal allowance. Les chiffres d’impôt sur le revenu cités dans ce guide sont ceux d’Angleterre, du pays de Galles et d’Irlande du Nord.
Second rappel de méthode, et il commande la lecture de tous les chiffres qui suivent : l’année fiscale britannique des personnes physiques court du 6 avril au 5 avril. L’année 2026/27 court du 6 avril 2026 au 5 avril 2027. La corporation tax raisonne en financial year du 1eravril au 31 mars. L’ATED et la council tax se calculent sur un exercice du 1eravril au 31 mars. Les droits de mutation, eux, n’ont pas d’année fiscale du tout : le taux applicable est celui en vigueur à la date d’effetde la transaction, généralement la date d’achèvement (completion), sous réserve des règles transitoires liées à la date du contrat. Un chiffre « de 2026 » sans cette précision est inexploitable.
Où en est le marché, et pourquoi Londres baisse
Les seules séries qui font autorité sont l’UK House Price Indexdu HM Land Registry et de l’ONS, construit sur les transactions enregistrées, et le Price Index of Private Rentsde l’ONS pour les loyers. Les indices que vous croiserez ailleurs mesurent autre chose : approbations de crédit pour l’un, encours de crédit pour l’autre, prix affichéspour le troisième. Un prix affiché n’est pas un prix payé. Ne les mélangez jamais dans un même tableau, et méfiez-vous des articles qui le font.
Le décalage de publication a son importance pour qui négocie : au 29 juillet 2026, le dernier mois disponible est mai 2026, encore provisoire, pour les prix, et juin 2026pour les loyers. Les prix de l’UK HPI sont révisés pendant plusieurs mois après leur première publication. Un chiffre de mai 2026 n’est pas définitif.
| Territoire | Prix moyen (mai 2026) | Variation 12 mois | Loyer mensuel moyen (juin 2026) | Variation 12 mois |
|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 271 000 £ (provisoire) | +2,7 % | 1 388 £ | +3,3 % |
| Angleterre | 292 000 £ | +2,3 % | 1 446 £ | +3,4 % |
| Pays de Galles | 215 000 £ | +4,2 % | 843 £ | +4,9 % |
| Écosse | 196 000 £ | +4,4 % | 1 012 £ | +1,3 % |
| Irlande du Nord | 198 000 £ (T1 2026) | +7,4 % | 877 £ (avril 2026) | +2,9 % |
| Londres | 545 000 £ | −3,7 % | 2 302 £ | +2,2 % |
Regardez la dernière ligne. Londres recule de 3,7 %sur douze mois à mai 2026, et c’est le neuvième mois consécutif de recul annuel, tiré par l’Inner London à −5,9 %. Dans le même temps, le pays de Galles monte de 4,2 %, l’Écosse de 4,4 % et l’Irlande du Nord de 7,4 %. Le marché locatif londonien est par ailleurs le moins inflationniste d’Angleterre, à +2,2 % contre +3,4 % de moyenne anglaise. Autrement dit : à Londres, en 2026, les loyers montent moins vite qu’ailleurs et les prix baissent. Tout guide qui vous présente Londres comme un marché haussier décrit un marché qui n’existe plus à la date où nous écrivons.
Le détail par type de bien est plus instructif encore, et il vous concerne directement.
| Type de bien (Angleterre) | Prix moyen (mai 2026) | Variation 12 mois |
|---|---|---|
| Maison individuelle (detached) | 473 921 £ | +2,5 % |
| Maison jumelée (semi-detached) | 290 791 £ | +4,1 % |
| Maison mitoyenne (terraced) | 244 279 £ | +3,2 % |
| Appartement (flat / maisonette) | 217 421 £ | −2,2 % |
| Acquéreurs primo-accédants | 244 288 £ | +2,3 % |
| Acquéreurs déjà propriétaires | 355 823 £ | +2,3 % |
L’appartement est la seule catégorie en baisseen Angleterre. Or l’investisseur français à Londres achète presque exclusivement de l’appartement, donc presque exclusivement du leasehold. Cette divergence entre maisons et appartements n’est pas un accident de conjoncture : elle recouvre trois coûts propres au bail emphytéotique que nous détaillons plus bas — le coût des baux courts, le niveau des charges de copropriété, et la mise en sécurité incendie des façades. Le marché a intégré ces coûts avant que le corpus francophone ne les découvre.
Londres arrondissement par arrondissement
Le prix moyen londonien de 545 000 £ recouvre un écart de 1 à 3,5 entre le borough le plus cher et le moins cher. Voici les neuf arrondissements que nous rencontrons le plus souvent dans les dossiers français, avec les prix de mai 2026 et les loyers de juin 2026.
| Arrondissement | Prix moyen | Var. 12 mois | dont appartement | Loyer mensuel | Var. 12 mois |
|---|---|---|---|---|---|
| Kensington & Chelsea | 1 256 000 £ | −10,7 % | 1 000 000 £ | 3 596 £ | +0,5 % |
| Westminster | 836 000 £ | −22,8 % | 743 000 £ | 3 168 £ | −2,5 % |
| Camden | 806 000 £ | −6,2 % | n.d. | 2 791 £ | −0,5 % |
| Islington | n.d. | n.d. | n.d. | 2 843 £ | +5,4 % |
| Lambeth | 545 000 £ | −2,9 % | 447 000 £ | 2 523 £ | +5,1 % |
| Tower Hamlets | 444 000 £ | −14,5 % | 427 000 £ | 2 429 £ | +2,7 % |
| Newham | 405 000 £ | −1,4 % | 338 000 £ | 1 928 £ | +4,2 % |
| Haringey | n.d. | n.d. | n.d. | 2 210 £ | +1,7 % |
| Barking & Dagenham | 361 000 £ | +0,2 % | 242 000 £ | 1 693 £ | +3,6 % |
Le plus cher est Kensington & Chelsea à 1,26 M£, le moins cher Barking & Dagenham à 361 000 £. La plus forte baisse annuelle du tableau est celle de Westminster à −22,8 %, devant Tower Hamlets à −14,5 % ; à l’échelle du Grand Londres, la plus forte hausse est celle de Waltham Forest à +3,1 %.
Comment lire le −22,8 % de Westminster : une réserve qui vous évitera une erreur de négociation
Le −22,8 % de Westminster et le −14,5 % de Tower Hamlets sont des variations d’un prix moyen calculé sur un faible volume dans un marché très hétérogène. À Westminster, une seule cession à 30 M£ dans le mois de comparaison déplace la moyenne de plusieurs points. Ces chiffres se citent comme variations du prix moyen constaté, jamais comme « effondrement de la valeur des biens de 22,8 % ». La série UK HPI n’est d’ailleurs pas définitive pour mai 2026.
Pourquoi cette nuance a une valeur opérationnelle : si vous arrivez chez un agent de Westminster en annonçant que le marché a chuté de 22,8 %, vous perdrez la discussion en trente secondes, et avec elle la crédibilité nécessaire pour négocier sur ce qui compte vraiment — la durée résiduelle du bail, le budget de travaux votés et l’historique des charges.
Hors Londres, deux marchés reviennent constamment dans les projets d’investissement locatif. Manchesteraffiche un prix moyen de 247 000 £ à mai 2026 (+0,5 %), dont 192 000 £ pour les appartements, et un loyer moyen de 1 358 £ (+3,5 %). Birminghamaffiche 233 000 £ (+0,3 %), dont 145 000 £ pour les appartements, en recul de 3,5 %, avec un loyer moyen de 1 090 £ tous types confondus et de 912 £ pour un appartement. Ces deux métropoles sont, sur les données de l’ONS, à peu près stables en prix et en hausse modérée en loyers : exactement l’inverse du profil londonien.
Ce que les ratios loyer/prix disent — et ce qu’ils ne disent pas
On nous demande systématiquement « le rendement ». Voici le calcul que permettent les séries publiques, et l’avertissement qui doit l’accompagner. Le ratio ci-dessous est le loyer mensuel moyen de juin 2026 multiplié par douze, divisé par le prix moyen de mai 2026.
| Zone | Prix moyen | Loyer mensuel | Ratio loyer/prix |
|---|---|---|---|
| Kensington & Chelsea | 1 256 000 £ | 3 596 £ | 3,4 % |
| Camden | 806 000 £ | 2 791 £ | 4,2 % |
| Westminster | 836 000 £ | 3 168 £ | 4,5 % |
| Londres (ensemble) | 545 000 £ | 2 302 £ | 5,1 % |
| Lambeth | 545 000 £ | 2 523 £ | 5,6 % |
| Barking & Dagenham | 361 000 £ | 1 693 £ | 5,6 % |
| Birmingham (tous types) | 233 000 £ | 1 090 £ | 5,6 % |
| Newham | 405 000 £ | 1 928 £ | 5,7 % |
| Royaume-Uni | 271 000 £ | 1 388 £ | 6,1 % |
| Tower Hamlets | 444 000 £ | 2 429 £ | 6,6 % |
| Manchester | 247 000 £ | 1 358 £ | 6,6 % |
Ces ratios ne sont pas des rendements, et nous refusons de les présenter comme tels
Le prix moyen porte sur l’ensemble du parc transacté, maisons comprises. Le loyer moyen porte sur l’ensemble du parc loué, majoritairement des appartements, en moyenne plus petits. Les deux dénominateurs ne décrivent pas le même bien. Le ratio sous-estime le rendement là où le parc locatif est plus modeste que le parc vendu — le loyer du numérateur porte alors sur des biens moins chers que ceux du dénominateur — et il le surestime dans le cas inverse. Ils se lisent comme des indicateurs de dispersion entre zoneset rien d’autre.
Un seul calcul homogène est disponible sur les données publiques recueillies : à Birmingham, appartement contre appartement, 912 £ de loyer mensuel moyen contre 145 000 £ de prix moyen, soit 7,5 % brut. C’est l’ordre de grandeur d’un vrai rendement brut sur appartement en métropole régionale, à comparer aux 3 à 4 %du centre de Londres. Et 7,5 % brut, ce n’est toujours pas un rendement net : la section finale de ce chapitre liste les postes qui manquent.
La procédure anglaise : rien ne vous engage, et rien ne l’engage
C’est le point qui surprend tous les acheteurs français, et celui qui coûte le plus d’argent perdu en pure perte. En droit anglais, l’acceptation d’une offre ne forme pas de contrat. Ni le vendeur ni l’acheteur ne sont liés jusqu’à l’échange des contrats (exchange of contracts). Le guide officiel du ministère du logement l’écrit sans détour : « A verbal offer can be renegotiated at any time up to exchange ».
Le guide MHCLG « How to buy a home », consulté le 29/07/2026, ne décrit aucun mécanisme comparable au compromis de vente français avec dépôt de garantie séquestré et délai de rétractation de dix jours. Les conséquences pratiques sont trois, et elles sont brutales.
Le vendeur peut accepter une offre supérieure après avoir accepté la vôtre — la pratique porte un nom, le gazumping, et elle est parfaitement licite. Symétriquement, l’acheteur peut renégocier à la baisse la veille de l’échange — c’est le gazundering, tout aussi licite, et pratiqué dans un marché qui baisse comme le marché londonien de 2026. Enfin, et c’est le point financier : les frais que vous engagez — recherches, expertise, frais de dossier de prêt — sont perdussi l’affaire échoue avant l’échange, et ils sont engagés avantque quiconque soit lié. Vous payez pour un bien que vous n’êtes pas sûr d’acheter, sur un contrat qui n’existe pas encore.
| Étape | Contenu | Délai indiqué par le guide officiel |
|---|---|---|
| 1. Financement | Mortgage in principle : estimation écrite et non contraignante du montant empruntable | Préalable aux visites |
| 2. Offre | Transmise par l'agent immobilier, qui a l'obligation légale de la présenter au vendeur | — |
| 3. Nomination du conseil | Conveyancer : solicitor, licensed conveyancer ou legal executive | Dès l'offre acceptée |
| 4. Instruction du prêt | Dossier complet, valuation du prêteur | 18 à 40 jours |
| 5. Recherches et expertise | Local authority search, recherches complémentaires, survey | 28 à 45 jours |
| 6. Exchange of contracts | Engagement juridique ferme, versement du dépôt | — |
| 7. Completion | Solde des fonds, remise des clés « vers midi » | Environ 2 à 4 semaines après l'échange, parfois simultané |
| 8. Enregistrement | Inscription du transfert au HM Land Registry par le conveyancer | — |
| Total offre → emménagement | Environ 12 semaines |
Douze semaines de l’offre à l’emménagement, cinq mois côté vendeur : retenez l’écart, il n’est pas contradictoire. Les douze semaines décrivent une chaîne qui se déroule sans incident. Les cinq mois intègrent les échecs, les chaînes de vente qui se brisent et les reprises. Une acquisition en leasehold prend, selon le même guide, quelques semaines de plus qu’un freehold, parce que le bail doit être analysé et que le freeholder ou le gestionnaire doit produire un état des charges.
Le corollaire de calendrier vaut d’être posé maintenant, parce qu’il croise le chapitre 05 sur la résidence fiscale et le chapitre 11 sur l’année du départ : si votre acquisition doit intervenir aprèsavoir franchi un seuil de présence de 183 jours au Royaume-Uni pour éviter la surtaxe de 2 % (voir plus bas), et si la procédure dure douze semaines dans le meilleur des cas, alors la date à laquelle vous faites votre offre n’est pas neutre. Faites l’offre trop tôt et vous payez la surtaxe ; faites-la trop tard et vous perdez la saison.
Le conveyancer n’est pas un notaire
Le conveyancer — qui peut être un solicitor, un licensed conveyancerou un legal executive— identifie les problèmes de titre et d’urbanisme, conduit les recherches, pose les enquiries (questions écrites au vendeur), établit les actes de transfert, satisfait les exigences du prêteur, et inscrit le transfert de propriété au HM Land Registry. La chaîne d’acquisition anglaise repose sur un principe que le lecteur français doit intégrer : chaque partie a son propre conseil, en défense de ses seuls intérêts. Les pages officielles GOV.UK consultées le 29/07/2026 ne décrivent aucun officier public unique et impartial intervenant pour les deux parties. Si vous attendez d’un solicitorla neutralité d’un notaire français, vous vous trompez de système — et vous risquez de ne pas poser les questions qu’il vous appartient de poser.
Trois documents doivent être produits par votre conveyancer, et vous devez exiger de les lire, pas seulement d’en recevoir le résumé téléphonique.
Le rapport de recherches (local authority search)
Il porte sur les servitudes, les projets routiers, les restrictions d'urbanisme. Il doit être complété, selon la localisation, par des recherches sur le risque d'inondation, les mines et l'eau. C'est le document qui révèle ce que le vendeur ne dira pas, parce qu'il ne le sait pas toujours lui-même.
Le rapport sur le titre et, en leasehold, le rapport sur le bail
C'est le document central d'une acquisition d'appartement. Il doit énoncer la durée résiduelle du bail, le montant et le mécanisme d'indexation du loyer foncier, l'historique et le niveau des charges de service, les travaux majeurs votés ou envisagés, et les clauses restrictives.
Les réponses aux enquiries du vendeur
Ce sont les questions écrites posées au vendeur et ses réponses écrites, qui l'engagent. C'est le seul endroit où figurent les litiges de voisinage, les sinistres antérieurs, les travaux non déclarés et les difficultés avec la copropriété.
La fraude au changement de RIB : le guide officiel la signale, et elle vise les acheteurs étrangers en priorité
Le guide MHCLG signale expressément la misdirection fraud : un courriel, généralement dans les jours précédant la completion, prétendant que les coordonnées bancaires du conveyancer ont changé. Les sommes en jeu sont l’intégralité du prix moins le financement. La consigne officielle est simple et elle ne souffre pas d’exception : vérifiez toujours par téléphone, sur un numéro que vous connaissiez déjà, jamais sur le numéro figurant dans le courriel.
Un acheteur français, qui communique en anglais avec un cabinet qu’il n’a jamais rencontré physiquement et dont il ne connaît pas les usages, est une cible privilégiée. Convenez dès la nomination du conveyancer d’un protocole de vérification écrit, et tenez-vous-y même quand le calendrier se tend.
L’expertise technique, et pourquoi la valuation du prêteur n’en est pas une
La valuationcommandée par votre prêteur sert au prêteur. Elle apprécie sa garantie, elle peut se faire sans inspection physique du bien, et elle ne vous dit rien de son état. La confondre avec une expertise est l’erreur la plus fréquente des primo-acquéreurs étrangers, parce que la valuationest facturée et qu’on croit avoir payé pour un diagnostic.
| Niveau RICS | Appellation | Contenu |
|---|---|---|
| Level 1 | Basique | Inspection visuelle limitée, rapport de condition à prix économique |
| Level 2 | Intermédiaire | Inspection détaillée, recommandations de réparation et d'entretien |
| Level 3 | Avancé | Analyse approfondie : matériaux, désordres, options de reprise, entretien futur |
Le guide officiel recommande de retenir un professionnel membre de RICS, RPSA ou ISVA, et un spécialiste pour tout bien antérieur à 1919. Cette dernière précision mérite d’être soulignée pour un acheteur londonien : une grande partie du parc des boroughscentraux est victorienne ou édouardienne, donc antérieure à 1919. Un Level 2 standard sur une maison de brique de 1890 avec cave humide et charpente d’origine est une fausse économie.
Les frais annexes : ce qui est chiffré, et ce que nous refusons de chiffrer
Hors droits de mutation, le seul poste que nous puissions chiffrer sur une source primaire est le droit d’enregistrement foncierdu HM Land Registry. Le barème ci-dessous, dit Scale 1, s’applique aux transferts à titre onéreux et est en vigueur depuis le 9 décembre 2024.
| Valeur du bien | Dépôt par voie postale | Portail ou Business Gateway (transfert de la totalité) |
|---|---|---|
| 0 – 80 000 £ | 45 £ | 20 £ |
| 80 001 – 100 000 £ | 95 £ | 40 £ |
| 100 001 – 200 000 £ | 230 £ | 100 £ |
| 200 001 – 500 000 £ | 330 £ | 150 £ |
| 500 001 – 1 000 000 £ | 655 £ | 295 £ |
| Au-delà de 1 000 000 £ | 1 105 £ | 500 £ |
Honoraires de conveyancing et coût d'un survey : nous ne publions pas de fourchette, et voici pourquoi
Les pages officielles GOV.UK, RICS et HM Land Registry consultées le 29/07/2026 ne publient aucun barème ni aucune fourchettepour les honoraires de conveyancing et le coût d’un survey. Ces honoraires sont entièrement libres. Les chiffres qui circulent — « 1 000 à 2 000 £ de conveyancing », « 400 à 1 500 £ de survey » — n’ont été retrouvés sur aucune source primaire, et nous ne les publierons pas comme s’ils en étaient issus. Ce qui manquerait pour trancher : une enquête tarifaire publique, ou un relevé de devis daté et attribué.
Ce que nous vous conseillons à la place, et qui vaut mieux qu’une moyenne : faites établir trois devis écrits et détaillés poste par poste avant de nommer votre conveyancer, en exigeant que les disbursements(recherches, frais d’enregistrement, frais bancaires) soient distingués des honoraires. Sur un dossier leasehold, demandez expressément si l’analyse du bail et la production du deed of certificateau titre de la sécurité incendie sont incluses ou facturées en supplément. C’est là que les écarts se creusent.
Les autres postes listés par le guide officiel, sans montant : droits de mutation, survey, honoraires du conveyancer, frais de recherches, assurance du bâtiment, frais de déménagement, réparations essentielles, frais de dossier de prêt et assurance emprunteur, et — pour un leasehold — charges de copropriété et loyer foncier.
Le financement d'un non-résident : un point sur lequel aucune source publique ne nous permet d'écrire
Aucune source publique officielle consultée le 29/07/2026 ne publie de données sur les conditions de crédit immobilier offertes aux non-résidents ou aux nouveaux arrivants au Royaume-Uni : quotité maximale, majoration de taux, exigence d’historique bancaire britannique. Nous n’écrirons donc rien de chiffré à ce sujet, et nous vous invitons à vous méfier des guides qui le font.
Une seule remarque de structure, qui n’engage pas de chiffre : la plupart des prêts buy-to-let ne sont pas des contrats réglementés par la FCA, ce qui prive l’emprunteur des protections du crédit résidentiel réglementé. Ce point doit être vérifié sur le FCA Handbook(MCOB) pour votre dossier particulier : nous ne l’avons pas établi sur source primaire dans le cadre de ce chapitre. Pour mémoire, le Bank Rate était maintenu à 3,75 %par le Comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre lors de sa réunion close le 17 juin 2026, par 7 voix contre 2, deux membres votant pour un relèvement à 4 %. La décision du 30 juillet 2026 n’était pas rendue à la date d’arrêté de ce chapitre.
L’Écosse : un autre système, pas une variante
Le corpus francophone traite l’Écosse comme un détail. C’est une erreur de structure : le régime écossais renverse deux des trois défauts du système anglais.
Le vendeur écossais doit fournir un Home Report— rapport d’état, évaluation, certificat de performance énergétique, questionnaire du vendeur. L’acheteur dispose donc d’une information technique avantd’offrir, là où l’acheteur anglais doit la payer lui-même après avoir engagé la procédure. Les offres se font over ou aroundun prix minimum, dans un système d’enchères à l’aveugle (blind bidding) qui a ses propres vices, mais qui ne comporte pas les mêmes. Le contrat se forme par l’échange de lettres formelles entre solicitors, les missives, à un stade nettement plus précoce qu’en Angleterre — ce qui supprime en pratique le gazumping. Vient ensuite la date of entry, le settlement, et l’inscription au Land Register of Scotland.
Réserve sur l'Écosse, que nous préférons publier plutôt que de la taire
Les pages mygov.scot consultées le 29/07/2026 décrivent le rôle du solicitoret l’existence des missives, mais ne détaillent pas, sur les pages consultées, le moment exact où le contrat devient contraignant, ni le régime des concessions, ni le contenu réglementaire du Home Report. Ce que nous écrivons ci-dessus sur le caractère contraignant des missives et sur le contenu du Home Report est la lecture communément admise et non une citation de source primaire. Sur un dossier écossais réel, ce point se recontrôle sur le Housing (Scotland) Act 2006et auprès d’un solicitor membre de la Law Society of Scotland.
Second point, décisif pour la suite de ce chapitre : les pages officielles écossaises consultées ne décrivent pas de leasehold résidentiel. Le régime foncier écossais ne connaît pas la dichotomie freehold/leasehold du droit anglais. Tout ce que nous écrivons ci-dessous sur les baux, les charges de service, la marriage value et la Building Safety Act concerne l’Angleterre et le pays de Galles.
Freehold et leasehold : la catégorie que vous n’avez pas
Voici le cœur du chapitre. Si vous ne devez retenir qu’une chose de ces pages, retenez celle-ci.
| Freehold | Leasehold | |
|---|---|---|
| Nature du droit | Propriété perpétuelle du bien et du sol | Droit d'occuper le bien pour une durée déterminée, pas le sol |
| Fin du droit | — | Le bien revient au bailleur (freeholder) à l'extinction du bail |
| Charges structurelles | Aucune du fait de la tenure | Loyer foncier (ground rent), charges de service (service charge), frais administratifs |
| Biens concernés | Maisons majoritairement | « Most flats are leasehold » — la plupart des appartements sont en leasehold (GOV.UK) |
| Effet du temps sur la valeur | Neutre | La valeur s'amortit avec la durée résiduelle, et l'amortissement s'accélère sous certains seuils |
La définition officielle ne laisse aucune place à l’interprétation : « You only own a leasehold property for a fixed period of time », et « Ownership of the property returns to the landlord when the lease comes to an end ».
Le leasehold n'est pas la copropriété française : le contresens à ne pas commettre
Un acquéreur de lot de copropriété français est propriétaire perpétuelde son lot et d’une quote-part de parties communes. Sa valeur ne s’érode pas du fait de l’écoulement du temps. Un leaseholderest titulaire d’un droit à durée finie qui s’amortit : chaque année écoulée détruit de la valeur, et cette destruction s’accélère à l’approche de certains seuils.
Le mot « propriétaire » utilisé dans les annonces et par les agents est donc trompeur pour un lecteur français, sans qu’il y ait de tromperie : c’est simplement une catégorie juridique que vous n’avez pas dans votre droit d’origine. Le réflexe correct est de traiter la durée résiduelle du bail comme une donnée d’acquisition au même titre que le prix, et de refuser toute analyse d’opportunité qui ne la mentionne pas.
La durée résiduelle du bail : le chiffre à regarder avant le prix
Deux seuils, tous deux confirmés par des sources officielles, gouvernent la valeur d’un bail. Le premier est celui de 80 ans : « When there are 80 years or less remaining on your lease, the cost of extending it increases significantly », écrit GOV.UK. Le second est un seuil de financement : le guide MHCLG avertit que les biens dont il reste moins de 80 anspeuvent rencontrer des difficultés de financement — « Many lenders are reluctant to lend on properties with less than 80 years left on the lease ».
La cause du premier seuil porte un nom : la marriage value. En dessous de 80 ans de durée résiduelle, l’extension du bail coûte non seulement la valeur du droit acquis, mais la moitié de la plus-value que la prolongation crée en réunissant les intérêts du leaseholder et du freeholder. Un appartement à 82 ans de bail et le même à 78 ans ne valent pas la même chose, et la différence n’est pas de quatre ans de jouissance : c’est le franchissement d’un seuil de coût.
Pourquoi un bail de 78 ans se négocie autrement qu'un bail de 82 ans
DEUX APPARTEMENTS IDENTIQUES, MEME IMMEUBLE, MEME ETAGE
Bien A : duree residuelle du bail ........................ 82 ans
Bien B : duree residuelle du bail ........................ 78 ans
Prix demande, identique dans les deux cas ............. 545 000 £
CE QUE CHANGE LE FRANCHISSEMENT DU SEUIL DE 80 ANS
Bien A — au-dessus de 80 ans
L'extension statutaire se calcule sans marriage value
Le financement bancaire ne pose pas de difficulte
particuliere du seul fait de la duree
La revente reste ouverte a l'ensemble des acquereurs
Bien B — en dessous de 80 ans
L'extension integre la moitie de la marriage value
(GOV.UK : « the cost of extending it increases
significantly »)
Financement : le guide MHCLG signale des difficultes
possibles sous 80 ans
Revente : la duree continue de decroitre pendant votre
detention, et l'acquereur suivant fera le meme calcul
CE QUE VOUS DEVEZ FAIRE AVANT D'OFFRIR SUR LE BIEN B
1. Faire chiffrer le cout de l'extension par un valuer
specialise, avant l'offre et non apres
2. Deduire ce cout du prix offert, integralement
3. Verifier que la condition de detention prealable de
2 ans est bien supprimee depuis le 31 janvier 2025 :
elle l'est, vous pouvez donc etendre des l'acquisition
4. Ne pas differer l'extension en pariant sur l'entree en
vigueur de la reforme : voir la section suivanteIllustration construite sur les seuils officiels (GOV.UK, « Leasehold property: extending, changing or ending a lease » ; MHCLG, « How to buy a home », vérifiés le 29/07/2026). Le coût d'une extension dépend de la valeur du bien, de la durée résiduelle et du loyer foncier : il se chiffre bien par bien et ne se déduit d'aucune règle générale. Aucun montant d'extension n'est avancé ici, faute de barème officiel.
Conséquence opérationnelle : un bien dont le bail est sous 85 ans doit être négocié en intégrant le coût d’extension, et non acheté au prix affiché en se disant qu’on verra plus tard. Les cinq années de marge entre 85 et 80 ans sont exactement le délai qu’une acquisition, une installation et une éventuelle revente peuvent consommer.
Le guide MHCLG énumère quatre questions à poser à votre conveyancer avant d’acheter un leasehold, et elles sont plus intelligentes que la plupart des checklists commerciales : quel est le loyer foncier, quand augmente-t-il et dans quelle proportion ? Les précédents propriétaires ont-ils réglé toutes les charges de service ? Des travaux majeurs sont-ils programmés, appelant une contribution ? Le bail comporte-t-il des clauses restrictives — animaux, sous-location, travaux ? Cette dernière question intéresse directement l’investisseur français : une clause interdisant la sous-location rend le projet locatif impossible, et elle figure dans des baux plus nombreux qu’on ne le croit.
La réforme des baux : votée, et pour l’essentiel pas en vigueur
C’est le point du dossier où le corpus francophone est le plus périmé, et l’erreur coûte cher. La Leasehold and Freehold Reform Act 2024 est votée. Elle prévoit une extension statutaire portée à 990 ans, un loyer foncier réduit au peppercorn — nul en pratique —, la suppression de la marriage value, le plafonnement du loyer foncier pris en compte dans le calcul du prix à 0,1 % de la valeur du freehold, et la suppression de la charge des frais du freeholder.
Mais toutes ces dispositions ne sont pas en vigueur. Voici l’état établi au 29 juillet 2026.
| Disposition de la LFRA 2024 | État au 29/07/2026 |
|---|---|
| Suppression de la condition de détention de 2 ans avant extension ou rachat | En vigueur depuis le 31 janvier 2025 |
| Réformes du Right to Manage (accès élargi en immeuble mixte, frais du freeholder réduits) | En vigueur depuis mars 2025 |
| Protections Building Safety sur les coûts de remédiation | En vigueur depuis juillet 2024 |
| Les baux longs ne comptent plus comme assured tenancies | En vigueur depuis le 27 décembre 2025 |
| 990 ans, peppercorn, suppression de la marriage value, plafond de 0,1 % | NON entrées en vigueur |
| Interdiction des nouvelles maisons en leasehold | Prévue, non commencée |
La formulation exacte, parce qu'écrire l'inverse coûte des dizaines de milliers de livres
La marriage valueest juridiquement supprimée par la loi de 2024, mais la disposition n’est pas entrée en vigueur : elle reste due en 2026. Une part du corpus francophone écrit depuis 2024 que la marriage value« a été supprimée », au présent, sans distinguer le vote de l’entrée en vigueur. Un lecteur qui différerait son extension de bail en croyant la réforme acquise laisserait son bail descendre pendant deux ou trois ans supplémentaires, en payant à la fin ce qu’il pensait économiser.
Ce qui manque pour que le volet valorisation s’applique, tel que le gouvernement le reconnaît lui-même : une consultationsur les taux de capitalisation et d’actualisation, une législation secondaire, et la correction de défauts techniques de la LFRA par une loi nouvelle. Cette loi nouvelle est le projet de loi Commonhold and Leasehold Reform, publié en projet en janvier 2026 et soumis à examen pré-législatif par la commission HCLG à partir du 4 février 2026. Il prévoit aussi de plafonner les loyers fonciers existants à 250 £ par an, ramenés au peppercorn au bout de 40 ans. La consultation sur les taux de capitalisation et d’actualisation était en cours, l’explicatif « plain English » ayant été publié le 15 juillet 2026.
Un facteur d’incertitude supplémentaire mérite d’être connu, parce qu’il pèse sur le calendrier. Un groupe de freeholders — dont Wallace Partnership Group Ltd, les Trustees of the Portal Trust et John Lyon’s Charity— a attaqué la LFRA 2024 sur le fondement de l’article 1 du Protocole n° 1 à la Convention européenne des droits de l’homme, contestant la suppression de la marriage value, le plafond du loyer foncier et la suppression de la récupération de leurs frais. LaDivisional Court (King’s Bench Division) a rejeté le recours le 24 octobre 2025 — R (ARC Time Freehold Income Authorised Fund & Ors) v Secretary of State for Housing, Communities and Local Government [2025] EWHC 2751 (Admin), n° AC-2024-LON-002817 et AC-2024-LON-002830, Lord Justice Holgate et Mr Justice Foxton. Une autorisation de faire appel devant la Court of Appeal aurait été accordée le 1eravril 2026, pour une audience attendue fin 2026 ou début 2027 : cette date d’autorisation d’appel provient de commentaires professionnels et n’a pas été retrouvée sur une source judiciaire primaire. Nous la signalons sans la tenir pour établie.
Pour votre décision, la conclusion est simple et elle ne dépend pas de l’issue du contentieux : raisonnez sur le droit en vigueur. Le droit en vigueur ouvre au titulaire d’un bail long d’appartement une extension statutaire de 90 anss’ajoutant à la durée résiduelle, au loyer foncier ramené au peppercorn — « 90 years on a flat if you qualify », écrit GOV.UK : c’est cette extension-là qu’il faut faire chiffrer, et non les 990 ans de la réforme non entrée en vigueur. La condition de détention préalable de deux ans étant supprimée depuis le 31 janvier 2025, vous pouvez engager une extension dès l’acquisition. Si le bail est court, faites-le chiffrer avant d’offrir, et traitez toute promesse de réforme comme ce qu’elle est : une option gratuite qui, si elle se réalise, vous aura fait gagner de l’argent, et qui, si elle ne se réalise pas, ne vous aura rien coûté puisque vous n’aurez pas attendu.
Loyer foncier et charges de service
Le loyer foncier (ground rent) est la somme que le leaseholder verse au freeholder au titre du sol. Trois situations coexistent, et elles ne se déduisent pas les unes des autres.
| Situation du bail | Règle applicable |
|---|---|
| Bail conclu avant le 30 juin 2022 | Le loyer foncier n'est dû que si le bailleur en fait la demande écrite formelle. Il peut réclamer jusqu'à 6 ans d'arriérés. Il ne peut l'augmenter que si le bail le prévoit, ou avec l'accord du leaseholder. |
| Bail conclu à compter du 30 juin 2022 | Loyer foncier plafonné au peppercorn, nul en pratique — Leasehold Reform (Ground Rent) Act 2022. |
| Rachat d'un bail existant après le 30 juin 2022 | Le loyer foncier prévu au bail reste dû. L'acquéreur d'un bail ancien ne bénéficie pas du peppercorn. |
Le piège du « peppercorn depuis 2022 »
Un acheteur français lit « loyer foncier supprimé depuis 2022 » et en conclut que le sujet est réglé. La règle ne vaut que pour les baux nouvellement consentis, pas pour la revente d’un bail ancien. Un appartement londonien construit en 2015, avec une clause de loyer foncier doublant tous les dix ans, conserve cette clause après revente — et vous l’achetez avec le bien.
Ces clauses de doublement périodiqueont rendu certains biens invendables et ininfinançables : un loyer foncier de 250 £ qui double tous les dix ans atteint 4 000 £ au bout de quarante ans, sur un bail qui en compte encore soixante. C’est précisément ce que le projet de loi de 2026 entend traiter par un plafond à 250 £ par an ramené au peppercorn après quarante ans — projet de loi, pas droit en vigueur. La première question du guide MHCLG — « quel est le loyer foncier, quand augmente-t-il, et dans quelle proportion ? » — n’est pas rhétorique.
Les charges de service (service charge) couvrent l’entretien et les réparations de l’immeuble, l’assurance du bâtiment, la gestion et le fonds de réserve (sinking fund). Le leaseholderdispose de trois droits qu’il faut connaître avant d’acheter, et non après le premier appel de fonds.
Il peut d’abord obtenir un état détaillé du mode de calcul et de l’affectation des charges, avec pièces justificatives. Il peut ensuite contester devant le tribunalune charge déraisonnable ou correspondant à des travaux mal exécutés — sauf s’il l’a déjà acceptée, ou si elle est forfaitaire, deux exceptions qui suffisent à neutraliser le droit dans beaucoup de baux. Il doit enfin être consulté avant toute dépense excédant 250 £ par leaseholder pour des travaux, ou 100 £ par an et par leaseholderpour un contrat de plus de douze mois : c’est la procédure dite de section 20 consultation. Le leasehold toolkitdu MHCLG qualifie officiellement les charges déraisonnables et les loyers fonciers élevés de problèmes structurels du régime : « unreasonable service charges », « high and harmful ground rents ». Quand le ministère qui régule un régime en décrit lui-même les vices dans ces termes, on peut cesser de considérer la question comme secondaire.
Sécurité incendie et façades : le poste de risque que personne ne vous montrera
La Building Safety Act 2022 instaure des protections pour les qualifying leaseholders. Elles sont massives sur les façades, et plafonnées mais réelles sur le reste. Une grande partie du corpus francophone les résume par un chiffre unique de 15 000 £ qui est faux pour le lectorat concerné.
Sur les façades, la règle est nette : l’annexe 8, § 8, dispose qu’aucune charge de service n’est due, sous un bail éligible, au titre de la remédiation des façades — « No service charge is payable under a qualifying lease in respect of cladding remediation ». La cladding remediationest le retrait ou le remplacement du revêtement non sécuritaire de la partie extérieure d’un mur extérieur. Sur ce poste, le risque du leaseholder éligible est nul.
Sur les défauts hors façade, la contribution est plafonnée — mais selon un barème à cinq bandes, et non selon le chiffre unique qui circule.
| Valeur du logement | Plafond dans le Grand Londres | Plafond dans le reste de l'Angleterre |
|---|---|---|
| Moins de 175 000 £ | 0 £ | 0 £ |
| 175 000 – 324 999 £ | 0 £ | 10 000 £ |
| 325 000 – 1 000 000 £ | 15 000 £ | 10 000 £ |
| Plus de 1 M£ et moins de 2 M£ | 50 000 £ | 50 000 £ |
| Plus de 2 M£ | 100 000 £ | 100 000 £ |
Trois mécanismes que le résumé « 15 000 £ » escamote
Un. Pour un appartement londonien de plus de 2 M£, le risque à provisionner est de 100 000 £, pas de 15 000 £. Le lectorat français qui achète à Kensington, Westminster ou Camden est très majoritairement au-dessus du million, donc dans les deux dernières bandes. L’écart avec le chiffre qui circule est d’un facteur 3 à 7, sur le seul poste de risque non assurable d’un appartement en immeuble à façade défectueuse.
Deux. Le plafond est décennal, non annuel : « Any costs charged to you must be spread over a 10 year period and the maximum you can be charged in one year will be no greater than one-tenth (10%) of the cap. » Cela change complètement l’analyse de trésorerie : 100 000 £ de plafond, ce sont au maximum 10 000 £ par an pendant dix ans. Les sommes déjà versées depuis le 28 juin 2017s’imputent dessus.
Trois. Aucunecharge n’est due (annexe 8, § 3) si la valeur nette du groupe du bailleur excédait, à la date de référence, 2 M£ par immeuble concerné— N × 2 000 000 £, N étant le nombre d’immeubles concernés. Autrement dit : face à un freeholder solvable, le plafond tombe à zéro. La solvabilité du freeholderest donc une donnée d’acquisition, et elle se vérifie.
Reste la question la plus mal posée du dossier, et il faut la retourner. On lit souvent qu’un acheteur « peut perdre les protections dont bénéficiait le vendeur ». La règle est exactement inverse. Le caractère de qualifying leases’apprécie au 14 février 2022, dans la personne du preneur de l’époque : bail long consenti avant cette date, redevable de charges de service, et logement constituant alors sa résidence unique ou principale, ou preneur ne détenant pas plus de trois logements au Royaume-Uni. Ce statut est ensuite attaché au bail et se transmet automatiquement à tout acquéreur ultérieur : « The protections and caps are tied to the lease so will automatically transfer to any future buyers of the leasehold property. »
La question à poser à votre conveyancer n’est donc pas « vais-je perdre les protections ? » mais : « ce bail était-il éligible au 14 février 2022 ? » Et il faut exiger le deed of certificate. Un bail qui n’était pas éligible à cette date — par exemple parce que le preneur d’alors détenait plus de trois logements au Royaume-Uni — ne le deviendra jamais, quel que soit votre profil d’acquéreur. C’est un vice attaché au bien, définitif, et il se paie sur le prix.
Commonhold : la copropriété à la française, un jour
Le commonhold — propriété perpétuelle des lots avec gestion collective, structurellement proche de la copropriété française — existe en droit anglais depuis 2002 et est resté marginal. Le projet de loi Commonhold and Leasehold Reformpublié en janvier 2026 vise à le rendre utilisable, avec les textes réglementaires nécessaires, « avant la fin de la législature ». Le gouvernement indique qu’il finalisera les modalités de mise en vigueur après l’examen pré-législatif et la consultation « Moving to Commonhold ».
La date à laquelle le commonhold deviendra le régime par défaut des immeubles neufs n’est pas fixée.Le document publié parle d’une mise en œuvre « avant la fin de la législature » sans date ; le calendrier de commencement sera arrêté après l’examen pré-législatif. Il n’y a donc, à la date de rédaction, aucune raison de différer une acquisition en attendant le commonhold : ce n’est pas une option offerte à un acquéreur de 2026.
Faire lire le bail avant de faire l'offre, pas après
Sur un projet d'acquisition en Angleterre, nous instruisons dans cet ordre : durée résiduelle du bail et coût d'extension, historique et trajectoire des charges de service, clause de loyer foncier et mécanisme d'indexation, éligibilité du bail au 14 février 2022 et deed of certificate, puis seulement le prix et le financement. Sur les points de droit anglais, la mise en relation avec un conveyancing solicitor et, si le dossier le justifie, avec un avocat spécialisé sur la Building Safety Act, fait partie de l'accompagnement.
Le stamp duty land tax : le barème, puis les deux majorations
Le SDLT s’applique en Angleterre et en Irlande du Nord. Il se calcule par tranches, comme l’impôt sur le revenu français : le taux de chaque tranche ne s’applique qu’à la fraction du prix comprise dans cette tranche. Le barème résidentiel standard est en vigueur depuis le 1er avril 2025.
| Tranche de prix | Barème standard | Barème « logement supplémentaire » (+5 points) |
|---|---|---|
| Jusqu'à 125 000 £ | 0 % | 5 % |
| 125 001 – 250 000 £ | 2 % | 7 % |
| 250 001 – 925 000 £ | 5 % | 10 % |
| 925 001 – 1 500 000 £ | 10 % | 15 % |
| Au-delà de 1 500 000 £ | 12 % | 17 % |
Le régime primo-accédant (first-time buyer relief) porte la bande à taux nul à 300 000 £, applique 5 % de 300 001 à 500 000 £, et disparaît intégralement au-delà de 500 000 £. Il ne se dégrade pas : il se perd. À Londres, où le prix moyen est de 545 000 £, le dispositif est donc inopérant pour l’acquéreur moyen, et il faut le dire clairement plutôt que de le citer comme un avantage.
La majoration pour logement supplémentaire se déclenche à partir de 40 000 £ de prix, dès lors que vous détenez déjà un autre logement valant 40 000 £ ou plus — où qu’il se trouve dans le monde. C’est le point que les acheteurs français découvrent trop tard : votre appartement de Bordeaux compte. Une exception existe, le remplacement de la résidence principale : le remboursement de la majoration est possible si l’ancienne résidence principale est vendue ou donnée dans les 36 moisde l’acquisition.
Une date à écrire exactement, et une règle transitoire à ne pas oublier
La majoration pour logement supplémentaire est passée de 3 à 5 points, et le taux forfaitaire des sociétés de 15 à 17 %, pour les transactions dont la date d’effet est au 31 octobre 2024 ou postérieure— « on or after 31 October 2024 ». Écrire « postérieure au 31 octobre 2024 » exclut le 31 octobre et décale la mesure au 1ernovembre : l’erreur d’un jour circule largement, y compris dans des documents professionnels.
La règle transitoire est tout aussi importante : « Where contracts are exchanged prior to 31 October 2024 but complete or are substantially performed on or after that date, transitional rules may apply. » Un acquéreur ayant échangé les contrats avant le 31 octobre 2024 peut donc conserver les taux à 3 et 15 points. Si votre opération chevauche cette date, la question se pose et la réponse vaut des dizaines de milliers de livres.
Dernière obligation, et elle est courte : déclaration ET paiement dans les 14 jours de la date d’effet de la transaction, avec pénalité de retard et intérêts en cas de dépassement. Quatorze jours en Angleterre et en Irlande du Nord — contre trente en Écosse et au pays de Galles. Ne transposez pas.
La surtaxe de 2 % pour acheteur non résident : un test de présence, pas de résidence fiscale
Depuis les transactions dont la date d’effet est au 1er avril 2021 ou postérieure, un acheteur non résident supporte 2 points de plus que les taux applicables à un acheteur résident, sur le résidentiel en Angleterre et en Irlande du Nord uniquement, en freehold comme en leasehold, à partir de 40 000 £ de prix. La surtaxe s’ajoute à tous les autres taux résidentiels, y compris les higher rates.
Ce test n'est pas le Statutory Residence Test, et les deux peuvent diverger
Est non résident au titre de la transactionl’acquéreur quin’a pas été présent au Royaume-Uni au moins 183 jours au cours des 12 mois précédant l’acquisition — « not present in the UK for at least 183 days during the 12 months before their purchase ». Ce test est propre au SDLT. Il n’est pas le Statutory Residence Testde l’impôt sur le revenu, décrit au chapitre 05. Un Français nouvellement installé peut parfaitement être résident au sens du SRT etredevable de la surtaxe, ou l’inverse.
La surtaxe est remboursable. Vous pouvez en réclamer la restitution si vous êtes présent au Royaume-Uni au moins 183 jours sur une période continue de 365 jours comprise dans la fenêtre allant de 364 jours avantla date d’effet à 365 jours après. La demande se fait par rectification de la déclaration SDLT dans les 2 ansde la date d’effet. En cas de pluralité d’acquéreurs, tousdoivent être des personnes physiques et satisfaire à la condition : un couple dont un seul membre remplit le critère ne récupère rien.
L’enjeu est un enjeu d’ordre des opérations, et il est chiffrable. Un Français qui achète un pied-à-terre londonien avantde s’installer est non résident au sens du SDLT : il paie higher rates plus 2 points, soit 7 / 9 / 12 / 17 / 19 %selon la tranche. Un Français qui s’installe d’abord, franchit les 183 jours de présence, puis achète sa résidence principale, paie le barème standard. Sur un appartement à 545 000 £, l’écart entre les deux trajectoires est de 38 150 £, mais il se décompose : 10 900 £tiennent à la seule surtaxe de 2 % et les27 250 £restants à la majoration pour logement supplémentaire, qui est une décision distincte de celle du calendrier — voir le tableau de synthèse plus bas. Et si l’achat a déjà été fait trop tôt, la voie du remboursement des 2 % reste ouverte deux ans : le dossier n’est pas perdu, il est à instruire.
Acheter par une société : 19 % à l’entrée, et une société britannique n’y échappe pas
L’acquisition d’un logement de plus de 500 000 £ par certaines non-natural persons— sociétés, sociétés de personnes dont l’un au moins des associés est une société, organismes de placement collectif — supporte un taux forfaitaire de 17 % sur l’intégralité du prix, et non par tranches. Le taux ne s’applique pas lorsque la société agit comme trusteed’un settlement. La surtaxe non-résident de 2 % s’y ajoute le cas échéant, portant le coût à 19 %. Le taux a été porté de 15 à 17 % pour les transactions à date d’effet au 31 octobre 2024 ou postérieure, et le dispositif figure au Finance Act 2025, s. 53.
Des reliefsexistent : bien affecté à une activité de location immobilière, acquis par un promoteur ou un marchand de biens, exploité dans une activité d’ouverture au public, acquis par un établissement financier dans le cadre de son activité de prêt, occupé par des salariés de l’acquéreur, ferme, ou coopérative de logement éligible. Ces reliefs sont sujets à reprise (clawback) en cas de changement d’affectation — sauf occupation au titre des dispositifs Homes for Ukraine et Ukraine Permission Extension.
Constituer une société britannique ne fait pas échapper à la surtaxe de 2 %
C’est le réflexe naturel d’une famille française, et il ne fonctionne pas. HMRC écrit : « Corporate buyers are non-UK resident if they are not UK resident for Corporation Tax purposes at the effective date of the transaction » — jusque-là, rien de surprenant. Mais la page poursuit : « Special rules apply to UK resident companies which are under the direct or indirect control of non-UK resident persons. Such companies are treated as non-resident in relation to the transaction if the company: is a close company, meets the non-UK control test in relation to the transaction, is not an excluded company. »
Autrement dit : une société britannique fermée contrôlée directement ou indirectement par des non-résidents est réputée non résidentepour les besoins de la surtaxe. Le montage « je crée une Ltdanglaise et j’évite les 2 % » n’évite rien, et il ajoute au passage 17 % de SDLT forfaitaire, l’ATED, une comptabilité et une déclaration annuelle.
Nous traitons le coût complet de la détention par société dans la section consacrée à l’ATED, plus bas, et l’articulation avec les droits de succession britanniques relève du chapitre consacré à l’Inheritance Tax. Un point doit néanmoins être posé ici, parce qu’il tue un montage encore recommandé en ligne : depuis le 6 avril 2017, l’annexe A1 de l’Inheritance Tax Act 1984met dans le champ de l’IHT la détention indirecte d’un immeuble résidentiel britannique, ainsi que les prêts liés. Le schéma « société étrangère détenant l’appartement de Kensington pour échapper aux droits de succession britanniques » est mort depuis neuf ans. Ce qui en subsiste dans le corpus francophone cumule le SDLT à 19 %, l’ATED, la corporation tax, un second étage d’imposition à la distribution — et l’IHT quand même. Signalons enfin, sans le tenir pour établi, que l’annotation de version du texte consolidé de l’annexe A1 sur legislation.gov.uk porte une modification prospective issue du Finance Act 2026, à effet du 18 mars 2026, étendant la notion de relevant UK property aux propriétés agricoles britanniques : le texte porteur de cette extension n’a pas été lu à la date de rédaction.
Deux dispositifs que le corpus francophone continue de recommander
Le premier est abrogé, le second est vivant et méconnu.
La Multiple Dwellings Relief, qui permettait d’optimiser le SDLT sur l’acquisition simultanée de plusieurs logements, est abolie. La date retenue est le 31 mai 2024, avec des règles transitoires pour les contrats échangés au plus tard le 6 mars 2024. Réserve : le policy paper HMRC a renvoyé une erreur 404 lors de la vérification du 29/07/2026 et cette date doit être reconfirmée sur source primaire — texte voté ou SDLT Manual— avant d’être opposée dans un dossier.L’abolition, elle, est acquise. Les guides francophones qui la recommandent encore décrivent un droit disparu depuis deux ans.
Le second est la règle des « 6 logements ou plus ». GOV.UK renvoie expressément le cas des « people buying 6 or more residential properties in one transaction » vers les taux non résidentiels— maximum 5 %, sans majoration de 5 points pour logement supplémentaire ni surtaxe non-résident de 2 %. C’est le principal levier légitime restant pour un investisseur constituant un portefeuille, et il est absent de la quasi-totalité des présentations françaises. Il ne s’improvise pas : la qualification d’une opération unique portant sur six logements se construit, et elle se documente.
Écosse : LBTT et Additional Dwelling Supplement
Le land and buildings transaction tax remplace le SDLT en Écosse. Le barème résidentiel est en vigueur depuis le 1er avril 2021.
| Tranche de prix | Taux LBTT |
|---|---|
| Jusqu'à 145 000 £ | 0 % |
| 145 001 – 250 000 £ | 2 % |
| 250 001 – 325 000 £ | 5 % |
| 325 001 – 750 000 £ | 10 % |
| Au-delà de 750 000 £ | 12 % |
L’Additional Dwelling Supplementécossais fonctionne autrement que la majoration anglaise : il est de 8 % du prix total, et non calculé par tranches, pour les transactions dont le contrat a été conclu à compter du 5 décembre 2024 ; il était de 6 % auparavant, taux en vigueur depuis le 16 décembre 2022. Des règles transitoires protègent les contrats conclus au plus tard le 4 décembre 2024. Un supplément de 8 % assis sur le prix total, sur une résidence secondaire à 400 000 £, représente 32 000 £qui s’ajoutent au LBTT de droit commun.
Déclaration et paiement du LBTT : dans les 30 jours, le délai courant à compter du jour suivantla date d’effet.
Surtaxe non-résident en Écosse : la formulation exacte
Les pages Revenue Scotland consultées le 29/07/2026 — « Residential property », « Non-residential property » et la guidance LBTT — ne mentionnent aucune surtaxe pour acquéreur non résident en Écosse, et le guide HMRC sur la surtaxe de 2 % limite expressément son champ à l’Angleterre et à l’Irlande du Nord. C’est ce que nous publions : une constatation sur des pages nommées et datées, et non l’affirmation générale qu’aucune surtaxe de ce type n’existe en Écosse.
Pays de Galles : LTT
Le land transaction taxgallois comporte deux barèmes, de dates d’effet différentes. Le barème principal s’applique aux transactions dont la date d’effet est du 10 octobre 2022 ou postérieure ; le barème higher rates, aux transactions dont la date d’effet est du 11 décembre 2024 ou postérieure.
| Tranche de prix | Barème principal | Tranche de prix (higher rates) | Barème higher rates |
|---|---|---|---|
| Jusqu'à 225 000 £ | 0 % | Jusqu'à 180 000 £ | 5 % |
| 225 001 – 400 000 £ | 6 % | 180 001 – 250 000 £ | 8,5 % |
| 400 001 – 750 000 £ | 7,5 % | 250 001 – 400 000 £ | 10 % |
| 750 001 – 1 500 000 £ | 10 % | 400 001 – 750 000 £ | 12,5 % |
| Au-delà de 1 500 000 £ | 12 % | 750 001 – 1 500 000 £ | 15 % |
| — | — | Au-delà de 1 500 000 £ | 17 % |
Le pays de Galles ne comporte pas de dispositif de primo-accédant : la bande à taux nul de 225 000 £, la plus haute des trois nations, en tient lieu. Le gouvernement gallois a confirmé pour 2026-27 l’absence de changement de taux ou de bandes. Déclaration et paiement du LTT : dans les 30 jourscommençant le jour suivant la date d’effet, auprès de la Welsh Revenue Authority. Une déclaration est due même en l’absence d’impôt à payer, sauf exception. Sur la surtaxe non-résident, la même prudence qu’en Écosse s’impose : les règlements gallois et la guidancede la WRA consultés ne mentionnent aucune surtaxe pour acquéreur non résident, et le guide HMRC limite expressément la surtaxe de 2 % à l’Angleterre et à l’Irlande du Nord.
Le coût de mutation d’un appartement londonien à 545 000 £
Voici, sur le prix moyen londonien de mai 2026, ce que la mutation coûte selon votre profil. Le calcul du barème standard est le suivant : 0 £ sur les 125 000 premières livres, plus 2 % sur les 125 000 suivantes (2 500 £), plus 5 % sur les 295 000 restantes (14 750 £), soit 17 250 £.
| Profil de l'acquéreur | Barème appliqué | SDLT dû | En % du prix |
|---|---|---|---|
| Résident, résidence principale unique | Standard | 17 250 £ | 3,2 % |
| Résident, logement supplémentaire | +5 points | 44 500 £ | 8,2 % |
| Non-résident, résidence unique | Standard + 2 points | 28 150 £ | 5,2 % |
| Non-résident, logement supplémentaire | +5 points +2 points | 55 400 £ | 10,2 % |
| Société (> 500 000 £), sans relief, non résidente | 17 % + 2 % | 103 550 £ | 19,0 % |
Lisez ce tableau comme une échelle de décisions, et non comme une grille tarifaire. Entre la première et la dernière ligne, l’écart est de 86 300 £sur le même bien, au même prix, le même jour. Trois décisions le déterminent, et vous les prenez toutes les trois : la date de l’acquisition par rapport à votre présence au Royaume-Uni, la détention ou non d’un autre logement au moment de l’acquisition, et le choix d’acheter en nom propre ou par une société.
La council tax : une taxe d’occupation assise sur des valeurs de 1991
Premier décalage avec la taxe foncière française : la council tax est due au titre de l’occupation d’un logement, et non de sa propriété. La règle générale est que l’occupant adulteen est redevable, la responsabilité incombant au propriétaire dans certains cas — logement vacant, logements en multi-occupation. Un bailleur dont le bien est loué ne la paie donc pas ; un bailleur dont le bien est vide, si.
Second décalage : elle est établie par bandes de valeur, à une date de référence historique jamais réévaluée en Angleterre depuis 1991.
| Bande (Angleterre) | Valeur au 1er avril 1991 | Bande (pays de Galles) | Valeur au 1er avril 2003 |
|---|---|---|---|
| A | Jusqu'à 40 000 £ | A | Jusqu'à 44 000 £ |
| B | 40 001 – 52 000 £ | B | 44 001 – 65 000 £ |
| C | 52 001 – 68 000 £ | C | 65 001 – 91 000 £ |
| D | 68 001 – 88 000 £ | D | 91 001 – 123 000 £ |
| E | 88 001 – 120 000 £ | E | 123 001 – 162 000 £ |
| F | 120 001 – 160 000 £ | F | 162 001 – 223 000 £ |
| G | 160 001 – 320 000 £ | G | 223 001 – 324 000 £ |
| H | Plus de 320 000 £ | H | 324 001 – 424 000 £ |
| — | — | I | Plus de 424 000 £ |
La conséquence est contre-intuitive pour un lecteur français, et elle joue en votre faveur si vous achetez cher : la council tax est fortement dégressive en pourcentage de la valeur. Un logement londonien à 3 M£ et un logement à 400 000 £ peuvent se trouver dans des bandes voisines, la grille de 1991 étant écrasée par le haut. C’est précisément ce que la surtaxe sur les logements de grande valeur, annoncée pour avril 2028, entend corriger.
Pour l’exercice 2026-27 (1er avril 2026 – 31 mars 2027), la bande D moyenne en Angleterre s’établit à 2 392 £, en hausse de 111 £ soit 4,9 % sur 2025-26, tous precepts inclus, dont adult social care et paroisses. La council tax moyenne par logement est de 1 868 £. Sur 384 collectivités soumises au régime du référendum, 274 ont utilisé la flexibilité maximale — autrement dit, la hausse maximale autorisée est devenue la norme, pas l’exception. Un abattement de 25 %s’applique si l’occupant vit seul, ou si toutes les autres personnes du foyer sont disregarded.
La majoration résidences secondaires : jusqu’à 200 % pour un pied-à-terre meublé inoccupé
Depuis le 1er avril 2025, les collectivités anglaises peuvent appliquer une majoration pouvant aller jusqu’à 100 % sur les résidences secondaires, définies comme les logements substantiellement meublés sans occupant— donc pas la résidence unique ou principale de quelqu’un. Le pouvoir est discrétionnaire : chaque collectivité décide, et une majoration nouvelle doit être décidée au moins 12 mois avant l’exercice au cours duquel elle s’applique. Des exceptions obligatoires existent, que les collectivités ne peuvent écarter.
Conséquence directe pour un pied-à-terre londonien : un Français qui conserve un appartement meublé inoccupé à Londres peut se voir appliquer jusqu’à 200 % de la council taxde sa bande — la charge normale plus une majoration de 100 %. Sur une bande G ou H dans un boroughcentral, l’addition annuelle devient significative, et elle s’ajoute aux charges de service et au loyer foncier. Le pied-à-terre inoccupé est, du point de vue de la fiscalité locale britannique, la formule la plus chère qui soit.
Cette conclusion vaut pour l’Angleterre.Le pays de Galles autorise des majorations supérieures, et l’Écosse a son propre régime : nous n’avons pas revérifié ces chiffres sur source primaire dans le cadre de ce chapitre, et nous n’écrirons donc pas de plafond gallois ou écossais. Si votre projet porte sur ces nations, le taux de majoration applicable se vérifie collectivité par collectivité avant l’acquisition, pas après.
La surtaxe sur les logements de grande valeur, annoncée pour avril 2028
La High Value Council Tax Surchargeest la mesure la moins connue et potentiellement la plus lourde pour le lectorat de ce guide. Voici ce qui est acquis, et seulement cela : elle s’appliquera à compter d’avril 2028, aux logements résidentiels valant plus de 2 M£, elle sera due par le propriétaire, et sa portée est strictement anglaise. GOV.UK écrit : « From April 2028, owners of properties identified as being valued at over £2 million will be liable for a recurring annual charge », sur « residential property in England ».
Ce que nous ne publions pas sur la HVCTS, et pourquoi
Le véhicule législatif de la mesure n’a pas été identifié au 29/07/2026.Elle repose sur une annonce du Budget d’automne 2025 et sur une consultation « High Value Council Tax Surcharge: design and delivery » ouverte du 19 mai au 14 juillet 2026, dont la réponse gouvernementale n’était pas publiée. Les montants annuels de 2 500 £ à 7 500 £selon quatre bandes, la réévaluation quinquennale avec prochaine échéance en 2033, le rendement attendu d’environ 430 M£ par an et le mécanisme de report pour les ménages modestes proviennent d’un factsheet ou du document budgétaire, et non de la page GOV.UK principale. Nous ne les présentons donc pas comme définitifs, et nous vous déconseillons de bâtir un calcul sur eux.
Deux éléments de conception méritent néanmoins d’être connus dès maintenant, en les lisant pour ce qu’ils sont — le contenu d’un document de consultation, pas du droit voté. Le premier est que la valeur de référence de l’exercice initial serait une valeur 2026, donc figée aujourd’hui pour une taxe due en 2028 : une baisse du marché entre 2026 et 2028 ne réduirait pas la charge avant la révision suivante. Or Londres baisse. Le second est qu’en présence d’un bail de plus de 21 ans, ce serait le leaseholder qui serait redevable, et non le freeholder : un investisseur français titulaire d’un bail long sur un appartement de Kensington serait directement concerné. Ces deux points sont à surveiller, pas à chiffrer.
Ce que nous en retenons pour une décision de 2026 : si votre projet porte sur un bien anglais proche ou au-dessus de 2 M£, intégrez une charge annuelle récurrente supplémentaire à partir d’avril 2028 dans votre plan de trésorerie, sans en arrêter le montant. Et posez la question à votre conseil au moment de la réponse gouvernementale à la consultation, qui devrait être publiée dans les mois suivant sa clôture du 14 juillet 2026.
L’ATED : l’impôt qui frappe la SCI française sans qu’elle le sache
L’Annual Tax on Enveloped Dwellings est un impôt annuel frappant principalement les sociétés détenant un logement britannique valant plus de 500 000 £. Sont visées les non-natural persons : sociétés, sociétés de personnes dont l’un au moins des associés est une société, organismes de placement collectif. On lit souvent qu’il n’existe pas d’impôt annuel sur la détention au Royaume-Uni : c’est exact pour la détention en nom propre, et faux dès qu’une société entre dans le schéma. L’ATED existe depuis 2013.
| Valeur du logement | Montant annuel, période de charge du 1er avril 2026 au 31 mars 2027 |
|---|---|
| 500 000 – 1 000 000 £ | 4 600 £ |
| 1 000 001 – 2 000 000 £ | 9 450 £ |
| 2 000 001 – 5 000 000 £ | 32 200 £ |
| 5 000 001 – 10 000 000 £ | 75 450 £ |
| 10 000 001 – 20 000 000 £ | 151 450 £ |
| Plus de 20 000 000 £ | 303 450 £ |
Les dates de valorisation se succèdent tous les cinq ans depuis le 1er avril 2012 — « There are revaluation dates every 5 years from 1 April 2012 ». La date de valeur en vigueur pour le cycle 2023-2028 est le 1er avril 2022 ; la prochaine est le 1er avril 2027, applicable aux périodes de charge 2028-29 et suivantes. Les biens acquis après une date de valorisation sont valorisés à leur date d’acquisition. La déclaration se dépose à compter du 1er avril de la période imposable, avec échéance au 30 avril : c’est une échéance de débutde période, non de fin, et l’ATED se paie d’avance.
Le piège de l'ATED pour une SCI française
L’ATED frappe une SCI ou toute société civile française détenant un logement britannique. Le critère est la personnalité morale, pas la nationalité de la société ni son régime de transparence fiscale française. Une SCI française propriétaire d’un appartement londonien valorisé 1,2 M£ doit une déclaration annuelle avant le 30 avril et, si aucun reliefn’est revendiqué, 9 450 £ par an pour la période de charge 2026-27.
Des reliefs existent — notamment pour une activité de location immobilière exercée à titre commercial auprès de tiers non liés — mais ils doivent être revendiqués par une déclaration expresse (Relief Declaration Return) chaque année : l’exonération n’est jamais automatique, et l’obligation déclarative subsiste même à charge nulle. La mise à disposition du bien à la famille de l’associé fait perdre le relief— ce qui vise exactement l’usage le plus fréquent d’une SCI familiale. Une mesure du Budget d’automne 2025 supprime le délai de forclusion pour les demandes de relieftardives, à compter de la sanction royale du Finance Act 2026 : c’est une voie de rattrapage, pas une dispense.
Mis bout à bout, l’arbitrage « nom propre ou société » compte cinq paramètres et non trois : la déduction des intérêts d’emprunt, refusée en nom propre et admise en société ; la corporation taxà 19 % jusqu’à 50 000 £ de bénéfices et 25 % au-delà de 250 000 £, avec marginal reliefentre les deux et seuils divisés par le nombre de sociétés liées ; le second étage d’imposition à la distribution ; l’ATED ; et le SDLT forfaitaire de 17 %, porté à 19 % avec la surtaxe non-résident. Pour une résidence principale ou secondaire d’usage personnel, la détention sociétaire est contre-indiquée sur l’ensemble des paramètres établis dans ce chapitre. Elle peut garder du sens dans deux configurations, à valider au cas par cas : un portefeuille locatif à fort levier détenu par un contribuable au taux additionnel, si le reliefATED « location immobilière » est effectivement disponible et revendiqué chaque année ; et un bien non résidentiel, où ni l’ATED ni le SDLT à 17 % ne s’appliquent et où le raisonnement est entièrement différent.
Les frais complets, mis bout à bout
Voici l’addition d’une acquisition londonienne au prix moyen, dans les deux trajectoires que nous voyons le plus souvent. Nous distinguons ce qui est chiffré sur source officielle de ce qui ne l’est pas, et nous laissons les seconds postes vides plutôt que de les inventer.
Appartement londonien à 545 000 £, en leasehold : deux trajectoires, un seul bien
HYPOTHESES COMMUNES
Prix d'acquisition ..................................... 545 000 £
Bien : appartement en leasehold, Grand Londres
Depot par le portail HM Land Registry (transfert total)
Aucun autre logement detenu par l'acquereur
TRAJECTOIRE A — ACHAT AVANT 183 JOURS DE PRESENCE AU ROYAUME-UNI
SDLT, bareme standard + surtaxe non-resident 2 pts ..... 28 150 £
Droit d'enregistrement HM Land Registry, tranche
500 001 – 1 000 000 £, depot par le portail ............... 295 £
Honoraires de conveyancing ................. non publie (voir texte)
Survey RICS ................................ non publie (voir texte)
Frais de dossier de pret et assurance ...... non publie (voir texte)
Assurance du batiment ...................... non publie (voir texte)
----------------------------------------------------------------
Sous-total des postes chiffres sur source officielle .. 28 445 £
soit 5,22 % du prix
TRAJECTOIRE B — ACHAT APRES 183 JOURS DE PRESENCE
SDLT, bareme standard, aucune surtaxe .................. 17 250 £
Droit d'enregistrement HM Land Registry ................... 295 £
Memes postes non publies
----------------------------------------------------------------
Sous-total des postes chiffres sur source officielle .. 17 545 £
soit 3,22 % du prix
ECART ENTRE LES DEUX TRAJECTOIRES ...................... 10 900 £
(et il est recuperable par rectification de la declaration
SDLT dans les 2 ans si la condition de presence de
183 jours sur 365 est finalement remplie)
SI LE MEME BIEN EST UN LOGEMENT SUPPLEMENTAIRE
Trajectoire A : SDLT ................................... 55 400 £
Trajectoire B : SDLT ................................... 44 500 £
SI LE MEME BIEN EST ACQUIS PAR UNE SOCIETE NON RESIDENTE
SDLT forfaitaire 17 % + 2 % de surtaxe ................ 103 550 £
ATED annuel, tranche 500 000 – 1 000 000 £,
periode de charge du 01/04/2026 au 31/03/2027 ......... 4 600 £/an
(sauf relief revendique par declaration expresse
chaque annee)
CHARGES ANNUELLES RECURRENTES, TOUTES TRAJECTOIRES
Council tax, bande a determiner ............ selon bande et borough
(moyenne anglaise par logement 2026-27 ................ 1 868 £)
majoration jusqu'a +100 % si meuble inoccupe
Charges de service (service charge) ........ non publie sur source
primaire ; a etablir sur l'etat produit par le gestionnaire
Loyer foncier (ground rent) ................ selon le bail ; verifier
la clause d'indexation et l'existence d'un doublement periodique
Amortissement du bail ...................... perte de valeur annuelle,
acceleree sous 80 ans de duree residuelle
A PROVISIONNER, HORS BUDGET COURANT
Mise aux normes energetiques avant le 01/10/2030 ...... jusqu'a
10 000 £ ou 10 % de la valeur du bien, le plus faible des deux
(depense moyenne estimee par l'etude d'impact ......... 5 400 £)
Defauts hors facade sous la Building Safety Act ....... jusqu'a
100 000 £ pour un bien de plus de 2 M£, etale sur 10 ans,
et 0 £ si le freeholder est solvable au sens de l'annexe 8 § 3
Remediation des facades ....................................... 0 £
(annexe 8 § 8 : aucune charge de service due sous un bail
eligible)Postes chiffrés à partir des barèmes officiels cités dans ce chapitre (SDLT, HM Land Registry, ATED, council tax moyenne 2026-27, plafonds Building Safety Act, réponse gouvernementale DESNZ sur la performance énergétique), tous vérifiés le 29/07/2026. Les postes marqués « non publié » ne figurent sur aucune source primaire consultée : nous refusons de leur substituer une fourchette de place. Ce chiffrage est une illustration construite sur des hypothèses explicites, non une estimation de votre opération.
Ce qui coûte plus cher qu’en France, et les cas où il ne faut pas acheter
Un guide qui ne dirait que du bien de Londres serait une plaquette commerciale. Voici les postes où l’écart avec la France joue contre vous, et les situations dans lesquelles nous déconseillons l’acquisition.
Le coût d’entrée d’abord.Un non-résident achetant sa première résidence londonienne au prix moyen supporte 5,2 % de droits de mutation avant tout autre frais. S’il s’agit d’un logement supplémentaire, on passe à 10,2 %. Aucun des deux niveaux n’est aberrant au regard des droits de mutation français sur l’ancien, mais l’écart se creuse quand on ajoute que ces droits se paient dans les 14 jourset qu’ils ne sont pas intégrés au financement dans les mêmes conditions.
Le coût des faux départs ensuite.Recherches, expertise, frais de dossier de prêt : tout cela s’engage avant l’échange des contrats et se perd si la vente échoue. Sur un marché baissier où le gazunderingest fréquent, une chaîne d’achat peut se briser à deux jours de l’échange. Nous voyons régulièrement des dossiers où l’acquéreur a payé deux fois ces frais avant d’aboutir.
Les charges récurrentes du leasehold.Charges de service, loyer foncier, et amortissement du bail : trois postes qui n’existent pas dans une copropriété française, ou qui n’y existent pas sous cette forme. Le troisième est le plus insidieux parce qu’il ne fait l’objet d’aucun appel de fonds : il se constate à la revente.
La mise aux normes énergétiques.Le gouvernement a décidé de porter la norme minimale du parc locatif privé en Angleterre et au pays de Galles à l’équivalent d’un EPC C, avec conformité de tous les baux dans le champ au plus tard le 1er octobre 2030 — « Private landlords of all tenancies will be required to comply with the higher standard by 1 October 2030 ». Il n’y a pas de date anticipée pour les baux nouveaux. Le bailleur devra engagerjusqu’à 10 000 £ par bien, ou 10 % de la valeur du logement, le plus faible des deux montants ; si la norme n’est toujours pas atteinte après cette dépense, il pourra enregistrer une exemption valable 10 anset continuer de louer. Deux précisions qui évitent de surprovisionner : un bien classé C ou mieux sur l’ancienne métrique EER avant le 1er octobre 2029est réputé conforme jusqu’à l’expiration de son EPC (mécanisme dit de grandparenting) ; et la dépense moyenne estimée par l’étude d’impact est de 5 400 £, non de 10 000 £. La norme est enfin bi-métrique— performance de l’enveloppe plus une métrique secondaire — et non un simple « EPC C ». Le parc londonien ancien, briques victoriennes, simple vitrage, murs sans isolation, est massivement concerné.
Le droit locatif a changé : « je loue quelques années puis je récupère » n'est plus acquis
La Renters’ Rights Act 2025 abolit le congé sans motif de la section 21, les assured shorthold tenanciesdisparaissent, tous les baux deviennent périodiques, et les baux existants basculent automatiquement dans le nouveau régime. Un bailleur ne peut plus récupérer son bien à l’échéance sans motif : les motifs de reprise sont limitativement énumérés et soumis au juge.
Réserve de vérification, que nous publions plutôt que de la taire :la date de sanction royale (27 octobre 2025), la date de commencement de l’abolition de la section 21 (1er mai 2026) et les dates transitoires (28 avril 2026, 31 juillet 2026) proviennent de commentaires professionnels concordants etn’ont pas été confirmées sur legislation.gov.uk ni sur une déclaration ministérielledans le cadre de ce chapitre. Ce qui manque : le commencement orderet la page GOV.UK de mise en œuvre. Ces dates conditionnent la stratégie de sortie de tout bailleur : elles se revérifient avant tout acte.
Portée patrimoniale, quelle que soit la date exacte : pour un expatrié français qui envisage de louer son appartement londonien pendant quelques années puis de le récupérer à son retour, l’hypothèse de reprise à date choisie n’est plus acquise. Si votre plan repose sur cette hypothèse, il repose sur un droit qui a changé.
Ajoutons, pour être complet sur ce qui a changé pour un bailleur, deux mesures qui relèvent des chapitres 07 et 08 mais qui commandent le calcul d’opportunité. Le régime des meublés de tourisme (furnished holiday lettings) est supprimépour les années fiscales ouvertes à compter du 6 avril 2025 en impôt sur le revenu et en CGT : les locations de vacances sont désormais traitées comme tout autre revenu foncier et ne sont plus assimilées à une activité commerciale. La conséquence la plus coûteuse est rarement écrite : les anciens meublés de tourisme entrent désormais dans le champ de la restriction de déduction des charges financières, qui ne leur était pas applicable. Et à compter du 6 avril 2027, les revenus fonciers relèveront de taux d’impôt qui leur sont propres — 22 %, 42 % et 47 %(Finance Act 2026, s. 7) ; la réduction d’impôt des bailleurs pour charges financières suivra symétriquement, portée de 20 à 22 %. Ces taux sont rattachés par HMRC à l’Angleterre, au pays de Galles et à l’Irlande du Nord, mais la même publication annonce l’ouverture aux gouvernements dévolus d’Écosse et du pays de Galles d’une faculté de fixer leurs propres taux fonciers :cette faculté n’est pas en vigueur au 29 juillet 2026, et la portée galloise du barème de 2027-28 n’est pas écrite en clair dans la source. Un lecteur possédant au pays de Galles ne doit rien en conclure.
Quatre situations dans lesquelles nous vous déconseillons d'acheter
Un. Votre horizon britannique est inférieur à trois ans.Entre 3,2 et 10,2 % de droits de mutation à l’entrée, des frais perdus en cas d’échec avant l’échange, et un marché londonien qui recule de 3,7 % sur douze mois : sur un horizon court, la probabilité de sortir en perte est élevée, et elle ne dépend pas de votre talent de négociateur.
Deux. Le bail résiduel est inférieur à 80 ans et le coût d’extension n’a pas été chiffré.Vous achetez alors un actif dont vous ignorez le prix réel. Le chiffrage se fait avant l’offre, par un professionnel de la valorisation, et il se déduit du prix.
Trois. Vous achetez avant d’avoir franchi les 183 jours de présence, sans raison impérieuse. Vous payez 2 points de plus, soit 10 900 £ sur un bien moyen, en échange de rien. Le remboursement est possible dans les deux ans, mais il suppose de remplir la condition de présence — donc de rester — et il immobilise la trésorerie entre-temps.
Quatre. Votre plan repose sur la reprise du bien à une date choisie après une période de location.Le droit locatif anglais a changé et cette hypothèse n’est plus acquise. Si vous avez besoin de récupérer le logement à une date donnée, la location ne vous le garantit plus.
Ce que la revente réserve
Trois points, traités au fond dans le chapitre consacré aux plus-values immobilières britanniques, doivent figurer ici parce qu’ils commandent le calcul d’opportunité au moment de l’acquisition.
Le premier est un délai, et il est court. Un non-résident qui cède un bien britannique doit déclarer ET payer dans les 60 jours de la completion, pour toute cession achevée le 27 octobre 2021 ou après.L’obligation déclarative existe même en l’absence d’impôt à payer, même en cas de moins-value, et même si le cédant n’est pas inscrit au Self Assessment.Aucun professionnel n’accomplit cette formalité d’office : ni le solicitor, ni l’agent immobilier. Un cédant français habitué au prélèvement opéré par le notaire lors d’une cession française découvre les pénalités des mois plus tard.
Le deuxième est l’absence d’abattement pour durée de détention.Les pages HMRC consultées le 29/07/2026 ne décrivent aucun mécanisme d’abattement pour durée de détention en capital gains taxbritannique, ni d’exonération après 22 ou 30 ans comparable au régime français. Les taux sont de 18 % dans la fraction de la tranche de base et de 24 % au-delà pour une personne physique, avec un annual exempt amount de 3 000 £— dérisoire au regard d’une plus-value immobilière londonienne.
Le troisième est une exonération qui existe, et qu’il ne faut surtout pas croire inexistante. La Private Residence Reliefexonère la plus-value afférente aux périodes d’occupation à titre de résidence principale, et les neuf derniers mois de détention sont toujours exonérés. Mais pour un non-résident, chaque année fiscale est neutralisée — non-qualifying tax year, TCGA 1992, s. 222B — sauf si le cédant ou son conjoint était résident du territoire où se trouve le bien, ous’il satisfait le day count test de la s. 222C : y avoir passé au moins 90 nuits dans l’année fiscale, les nuits du conjoint comptant, et pouvant être réparties entre plusieurs logements britanniques du contribuable. Autrement dit : un Français qui rentre en France et conserve son ancien appartement londonien perd la Private Residence Relief pour chaque année fiscale où il y passe moins de 90 nuits. S’il compte le vendre, soit il vend vite, soit il documente les 90 nuits. C’est une donnée de calendrier de cession au moins aussi importante que le délai de 60 jours, et elle croise l’exonération française de résidence principale, dont les conditions ne se recouvrent pas — voir le chapitre consacré au retour en France.
Un dernier mot sur l’interface franco-britannique, développée aux chapitres 10 et 15. Si vous êtes résident de Franceet propriétaire d’un bien britannique : ce bien entre intégralement dans l’assiette de l’impôt sur la fortune immobilière, la convention franco-britannique de 2008 ne visant, à son article 2, que les impôts sur le revenu et sur les gains en capital. Une réserve doit néanmoins être connue : l’article 29 § 3de cette convention vise nommément l’impôt de solidarité sur la fortune et écarte de son assiette, pendant les cinq années civiles suivant l’installation en France, les biens situés hors de France détenus par un résident de France possédant la nationalité britannique sans posséder en même temps la nationalité française ; l’ISF ayant été supprimé en 2018, la transposition de cette clause à l’impôt sur la fortune immobilière n’est établie par aucune source consultée à la date de rédaction ; et la plus-value de sa cession, contrairement à ce qu’on lit souvent, n’est pas imposable au seul Royaume-Uni. La convention range les plus-values immobilières britanniques dans la catégorie du crédit d’impôt égal à l’impôt britannique, et non à l’impôt français : le différentiel reste dû en France. Le régime de faveur des nouveaux résidents en matière d’IFI limite l’imposition aux seuls biens immobiliers situés en France jusqu’au 31 décembre de la cinquième année suivant celle de l’installation, mais il suppose de n’avoir pas été fiscalement domicilié en France au cours des cinq années civiles précédentes(CGI, art. 964) : une expatriation britannique plus courte n’y ouvre pas droit. Il est traité au chapitre 15.
Ce que nous ne tranchons pas, et ce qu’il faut demander à nos avocats partenaires
Sept points de ce chapitre appellent l’intervention d’un conseil britannique avant tout acte irréversible. Pour chacun, voici la question exacte à poser et les pièces à réunir — parce qu’un rendez-vous mal préparé chez un conveyancing solicitor coûte cher et ne produit rien.
Sept questions à poser, et les pièces à réunir avant le rendez-vous
- « Ce bail était-il un qualifying lease au 14 février 2022, et pouvez-vous me produire le deed of certificate ? » Pièces : copie intégrale du bail, deed of certificate, correspondance du freeholderou du gestionnaire sur la sécurité incendie, rapport EWS ou équivalent s’il existe, et comptes du freeholderpermettant d’apprécier la condition de solvabilité de l’annexe 8, § 3. Interlocuteur : un conveyancing solicitor anglais.
- « Quel est le coût chiffré de l’extension de ce bail au droit en vigueur, marriage value comprise ? » La marriage valueest supprimée par la loi de 2024 mais la disposition n’est pas entrée en vigueur : exigez un chiffrage au droit applicable aujourd’hui, et non une estimation « après réforme ». Pièces : bail, durée résiduelle exacte en années et mois, montant et clause d’indexation du loyer foncier, évaluation du bien.
- « À la date d’effet envisagée, suis-je non résident au sens du SDLT, et quelle est ma meilleure fenêtre ? » Pièces : relevé jour par jour de votre présence au Royaume-Uni sur les 12 mois précédents et le calendrier prévisionnel des 12 mois suivants. Ce relevé sert aussi à la demande de remboursement dans les deux ans, et il ne se reconstitue pas après coup.
- « Ma structure de détention envisagée est-elle une close companycontrôlée par des non-résidents au sens du test SDLT ? » Pièces : organigramme de détention complet, statuts, pacte d’associés, et identité fiscale de chaque associé. Si le montage passe par une SCI française, ajoutez la question de l’ATED et du Relief Declaration Return annuel.
- « Les barèmes que vous m’opposez sont-ils bien à jour ? » Trois points restent à revalider sur source primaire au 29/07/2026 : les barèmes LTT sur gov.wales, dont les pages renvoient des erreurs 403 ; la date d’abolition de la Multiple Dwellings Relief ; et le moment exact où les missives écossaises deviennent contraignantes. Demandez la référence du texte, pas le nom du dispositif.
- « Quelle est la date de commencement effective de l’abolition de la section 21, et quel est mon régime de reprise ? » Les dates de la Renters’ Rights Act 2025n’ont pas été confirmées sur legislation.gov.uk dans le cadre de ce chapitre. Demandez le commencement orderet la liste des motifs de reprise applicables à votre situation. Interlocuteur : un housing solicitor.
- « Comment s’articulent, dans mon cas, la Private Residence Relief britannique et l’exonération française de résidence principale ? » La première exige 90 nuits par année fiscale pour un non-résident ; la seconde exige l’occupation jusqu’à la mise en vente, un logement libre de toute occupation jusqu’à la vente, et une cession dans un délai normal. Les deux calendriers ne se recouvrent pas, et cette question se pose avant le retour en France, pas après. Interlocuteur : un conseil des deux côtés, en même temps.
Deux sujets connexes, enfin, relèvent d’un spécialiste et ne seront pas tranchés ici. Le régime britannique des foreign income and gainsouvert au 6 avril 2025 fait perdre à celui qui l’invoque ses abattements britanniques d’impôt sur le revenu et de plus-values — y compris contre ses revenus fonciers et sa plus-value immobilière britanniques : un nouvel arrivant déjà propriétaire d’un bien locatif au Royaume-Uni doit arbitrer, et l’arbitrage est traité au chapitre 03. Et l’exonération de transmission entre époux en matière de droits de succession britanniques est plafonnée à 325 000 £lorsque le bénéficiaire n’est pas long-term UK resident, sauf élection qui l’expose alors aux droits sur son patrimoine mondial. Pour un couple français dont un seul membre est long-term UK residentet dont l’appartement londonien est l’actif principal, c’est le point de bascule du dossier. Il est traité au chapitre consacré à l’Inheritance Tax.
Chiffrer l'opération complète avant de faire une offre
Nous établissons le coût complet d'une acquisition britannique — droits de mutation selon votre profil et votre calendrier de présence, enregistrement foncier, charges récurrentes du leasehold, fiscalité locale, provisions Building Safety Act et performance énergétique — puis nous le confrontons à votre situation française : IFI, convention de 2008, calendrier de cession et retour éventuel. Sur les points de droit anglais, écossais ou gallois, la mise en relation avec des conseils locaux fait partie de l'accompagnement.
Portée de ce chapitre
Ce chapitre expose l’état du droit arrêté au 29 juillet 2026. Sources primaires : ONS, « Private rent and house prices, UK: July 2026 » (publié le 22/07/2026) et pages locales « Housing prices in … » ; GOV.UK, « UK House Price Index England: May 2026 » ; MHCLG, « How to buy a home », « Leasehold toolkit — England », « Leaseholder contribution caps », « Plain English explainer » du 15/07/2026 et « Draft Commonhold and Leasehold Reform Bill » ; GOV.UK, « Leasehold property » et « Leasehold property: service charges and other expenses » ; RICS, « Home survey standard » ; HM Land Registry, « registration services fees » ; mygov.scot, « Buying a home » et « conveyancing » ; HMRC, « Stamp Duty Land Tax: residential property rates », « Higher rates of Stamp Duty Land Tax », « Rates of Stamp Duty Land Tax for non-UK residents », « Stamp Duty Land Tax: corporate bodies », « online and paper returns » et « Annual Tax on Enveloped Dwellings: the basics » ; Revenue Scotland, « Residential property » et guidance LBTT4001 ; GOV.WALES, « Pay Land Transaction Tax » ; MHCLG, « Council Tax levels set by local authorities in England 2026 to 2027 » et guidance sur les majorations résidences secondaires ; GOV.UK, « High value council tax surcharge » ; DESNZ, réponse gouvernementale « Improving the energy performance of privately rented homes » ; Bank of England, résumé de politique monétaire de juin 2026.
Textes cités : Building Safety Act 2022, annexe 8 ; Leasehold and Freehold Reform Act 2024 ; Leasehold Reform (Ground Rent) Act 2022 ; Finance Act 2025(c. 8), s. 50, 51 et 53 ; Finance Act 2026 (c. 11), s. 7 ; Inheritance Tax Act 1984, annexe A1 ; Taxation of Chargeable Gains Act 1992, s. 222B et 222C ; The Land Transaction Tax (Tax Bands and Tax Rates) (Wales) (Amendment) Regulations 2022 (WSI 2022/1027) et 2024 (WSI 2024/1311) ;R (ARC Time Freehold Income Authorised Fund & Ors) v Secretary of State for Housing, Communities and Local Government[2025] EWHC 2751 (Admin) ; CGI, article 964.
Réserves expressément publiées dans ce chapitre, à lever avant tout acte : honoraires de conveyancing, coût d’un surveyet postes de gestion locative, non publiés sur source primaire ; conditions de crédit offertes aux non-résidents et statut réglementaire FCA des prêts buy-to-let ; véhicule législatif, montants et calendrier définitifs de la High Value Council Tax Surcharge ; dates de la Renters’ Rights Act 2025 ; autorisation d’appel du 1eravril 2026 dans l’affaire ARC Time ; barèmes LTT sur gov.wales ; moment exact où les missives écossaises deviennent contraignantes et contenu réglementaire du Home Report ; date d’abolition de la Multiple Dwellings Relief ; date de commencement différée du peppercornpour les logements de retraite ; extension de l’annexe A1 de l’IHTA 1984 aux propriétés agricoles britanniques ; portée galloise du barème foncier de 2027-28.
Ce chapitre ne constitue ni une consultation juridique ni une garantie de traitement fiscal. Les chiffrages sont des illustrations construites sur des hypothèses explicites, non des prévisions ni des estimations de votre opération. Les données de marché sont provisoires et révisables, et les seuils fiscaux britanniques évoluent au début de l’année fiscale, le 6 avril, ou au début de l’exercice local, le 1eravril : leur péremption est annuelle. Le cabinet est enregistré à l’ORIAS sous le numéro 23002291 et intervient en qualité de conseiller en investissements financiers, courtier d’assurance et courtier en opérations de banque et en services de paiement. Aucune préconisation d’allocation ni aucun rendement acquis ne figure dans ces pages.
17. L'immobilier français conservé
Vous partez à Londres et vous gardez l’appartement. C’est la décision la plus fréquente et la moins instruite de tous les dossiers d’expatriation que nous ouvrons. Elle se prend en général pour de bonnes raisons : le bien est financé, le locataire est en place, la vente coûterait des frais, et personne n’a envie de solder un patrimoine français le jour où il change de pays. La question que vous posez ensuite est simple : « combien ça me coûte de le garder ? »
La réponse tient en trois temps, et le troisième surprend tout le monde. La France continue de tout prendre sur cet immeuble : c’est le seul actif sur lequel votre départ ne lui fait rien perdre. Elle ajoute même deux choses que vous n’aviez pas avant de partir, un taux minimum d’imposition et un impôt sur la fortune immobilière dont le plafonnement vous est désormais fermé. Le Royaume-Uni, lui, impose les mêmes loyers une seconde fois, sur une assiette recalculée selon ses propres règles, et vous accorde un crédit d’impôt qui n’éteint pas toujours la différence — et qui, certaines années, vaut exactement zéro. Enfin, le jour où vous vendrez, les deux systèmes ne regarderont pas la même plus-value : la France en efface une partie avec le temps, le Royaume-Uni n’en efface aucune. Un bien exonéré en France après trente-deux ans de détention peut coûter 24 % de sa plus-value à Londres, sans le moindre crédit d’impôt puisqu’il n’y a rien à créditer.
Ce chapitre traite l’immeuble français conservé, poste par poste et des deux côtés de la Manche : les loyers, la location meublée, la SCI, la SCPI, la vente, les abattements, les exonérations, le représentant fiscal, puis la déclaration britannique de ces mêmes revenus et le mécanisme d’élimination de la double imposition ligne par ligne. Le chapitre 13 en donne la carte générale au milieu des autres revenus de source française ; le chapitre 15 traite l’impôt sur la fortune immobilière, que nous n’abordons ici qu’au titre de son interaction avec la détention. Le chapitre 11 traite l’année du départ, dont dépend le découpage des loyers de la première année, et le chapitre 12 l’exit tax, qui ne frappe pas l’immeuble mais peut frapper les titres de la société qui le détient.
Deux avertissements de calendrier commandent tout ce qui suit. Le premier : l’année fiscale britannique court du 6 avril au 5 avril. L’année 2026-27couvre le 6 avril 2026 au 5 avril 2027. Vos loyers français sont déclarés en France par année civile et au Royaume-Uni par année fiscale britannique : un même loyer d’octobre 2026 relève de la déclaration française des revenus de 2026, déposée au printemps 2027, et de la Self Assessment tax returnbritannique 2026-27, déposée au plus tard le 31 janvier 2028. Le crédit d’impôt britannique se calcule donc sur un impôt français qui n’est parfois pas encore établi. Chaque chiffre de ce chapitre porte son millésime, et un montant britannique « 2026 » sans précision n’est pas exploitable.
Le second : le Royaume-Uni n’est plus dans l’Union européenne ni partie à l’accord sur l’Espace économique européen, et cela ne produit pas le même résultat d’un dispositif français à l’autre. Sur les quatre textes de ce chapitre où la distinction joue, elle donne quatre réponses différentes. Le représentant fiscal est devenu obligatoire. L’exonération de l’ancienne résidence principale reste ouverte. L’exonération de 150 000 € reste ouverte aussi, mais pour une raison qui n’a rien à voir avec le Brexit. Et l’exonération de CSG et de CRDS est maintenue par l’administration française. Il n’existe pas de règle générale « donc c’est le régime des États tiers », et l’erreur inverse coûte tout aussi cher.
Dernière précision de champ : les barèmes britanniques reproduits ici sont ceux d’Angleterre, du pays de Galles et d’Irlande du Nord. Un client installé à Édimbourg relève de taux différents sur les revenus non financiers, dont les revenus fonciers : l’Écosse applique six tranches d’income tax, de 19 % à 48 %pour l’année fiscale 2026-27. Sur un bailleur écossais, tous les chiffrages de ce chapitre sont à refaire.
Quatre idées reçues qui coûtent, dans l'ordre, 9,7 points, 150 000 €, 24 % d'une plus-value et une amende
« Depuis le Brexit, vos loyers français supportent 17,2 % de prélèvements sociaux. » C’est ce qu’annonçait une FAQ de la DGFiP rédigée avant le 1er janvier 2021, au futur. La page vivante d’impots.gouv.fr, mise à jour le 19 juillet 2023 et servie inchangée au 29 juillet 2026, dit l’inverse : « les résidents britanniques continuent de bénéficier de cette exonération de CSG et CRDS ». Sous trois conditions détaillées plus loin, seul reste dû le prélèvement de solidarité de 7,5 %. L’écart de 9,7 points n’est pas un écart de trésorerie : la CSG et la CRDS ne sont pas imputables au Royaume-Uni, donc ces 9,7 points sont une charge définitive.
« Vous perdez l’exonération de 150 000 € sur la plus-value, le Royaume-Uni n’étant plus dans l’EEE. »Faux, et c’est l’erreur la plus coûteuse du corpus francophone sur ce sujet. La condition posée par le 2° du II de l’article 150 U du CGI porte sur la nationalité du cédant, pas sur sa résidence. Un ressortissant français reste ressortissant d’un État membre de l’Union où qu’il vive. L’exonération demeure ; elle est en revanche fermée à un ressortissant britannique, ce qui donne deux résultats différents dans un couple mixte selon lequel des deux détient le bien.
« Après trente ans, la plus-value est exonérée. » En France, oui. Pour un résident fiscal du Royaume-Uni, cette phrase décrit la moitié du problème. La capital gains tax britannique ne connaît aucun abattement pour durée de détentionet aucune exonération à 22 ou 30 ans : l’abattement annuel est de 3 000 £pour 2026-27, et les taux sont de 18 % et 24 %. Une plus-value totalement exonérée en France ne produit aucun impôt français, donc aucun crédit d’impôt : le Royaume-Uni prend sa part entière. C’est le point de ce chapitre qui déplace le plus d’argent.
« Mon comptable britannique s’occupe de tout. »Il s’occupera de ce que vous lui donnez. Les loyers français doivent figurer dans la Self Assessment tax return, pages foreign, y compris lorsque l’impôt britannique final est nul après crédit. Le raisonnement « j’ai déjà payé en France » n’est pas une dispense déclarative, et l’omission d’un revenu étranger n’est pas traitée comme une erreur de calcul.
Ce que le départ change sur votre immeuble, et ce qu’il ne change pas
L’immeuble est l’actif le plus territorial qui soit, et la convention du 19 juin 2008 le traite comme tel. Son article 6 § 1 attribue l’imposition des revenus de biens immobiliers à l’État de situation, avec renvoi au droit de cet État pour définir ce qu’est un bien immobilier. Le point 4 du protocole ajoute que l’expression comprend les options, promesses de vente et droits analogues. Son article 14 § 1attribue de même les gains à l’État de situation, et son § 2 y range les titres de sociétés à prépondérance immobilière ainsi que les droits dans un partnership ou un trust à actif principalement immobilier.
Cette attribution n’est pas exclusive, et c’est là que se joue tout le reste. La convention ne dit pas que le Royaume-Uni s’abstient : elle dit que la France impose, et l’article 24 § 1 a) organise ensuite l’élimination côté britannique par un crédit d’impôt. Comparez avec vos dividendes français, plafonnés à 15 % à la source, avec vos intérêts et vos redevances, ramenés à zéro, avec vos plus-values de titres, que l’article 14 § 5 attribue au seul Royaume-Uni. Sur tout le reste de votre patrimoine français, le départ desserre l’étreinte fiscale française. Sur l’immeuble, il ne la desserre en rien et il en ajoute une seconde.
| Ce que vous aviez avant le départ | Ce que vous avez après | Effet |
|---|---|---|
| Revenus fonciers au barème progressif, avec votre quotient familial et vos autres revenus | Revenus fonciers au barème, mais avec le taux minimum de 20 % / 30 % de l'article 197 A, sauf option pour le taux moyen | Défavorable pour un bailleur à revenu foncier modeste, neutre au-delà |
| Prélèvements sociaux à 17,2 % | 7,5 % si les trois conditions sont remplies ; 17,2 % à défaut (position administrative) | Favorable dans le cas général, défavorable pour le retraité titulaire d'un S1 |
| Aucune imposition étrangère | Imposition britannique du même résultat locatif, recalculé selon les règles britanniques, avec crédit | Le taux marginal britannique gouverne la charge totale dès qu'il dépasse le taux français |
| Intérêts d'emprunt intégralement déductibles | Déductibles en France, non déductibles au Royaume-Uni : réduction d'impôt à 20 % en 2026-27, 22 % à compter de 2027-28 | Le levier perd une partie de son intérêt fiscal |
| Plus-value : abattements pour durée de détention, exonération à 22 ans pour l'impôt sur le revenu et à 30 ans pour les prélèvements sociaux | Mêmes abattements côté français ; aucun abattement pour durée côté britannique, abattement annuel de 3 000 £ en 2026-27 | Le temps ne travaille plus pour vous que d'un seul côté |
| Vente sans formalité particulière | Représentant fiscal accrédité obligatoire, sauf trois dispenses | Coût et délai supplémentaires à intégrer avant de signer un compromis |
| IFI avec plafonnement de l'article 979 | IFI sur les seuls biens français, sans plafonnement | Le chapitre 15 en donne le détail : c'est le seul impôt que l'expatriation aggrave mécaniquement |
| Bien hors du champ de tout impôt successoral étranger | Bien dans le champ de l'Inheritance Tax britannique dès que vous êtes long-term UK resident | Le statut naît à la onzième année fiscale de résidence, dix des vingt années précédentes suffisant, et il se franchit sans décision |
Les revenus fonciers côté français : même assiette, autre taux
Rien ne change dans le calcul du revenu foncier lui-même. Vous restez au micro-foncier ou au régime réel selon les mêmes règles, vous déduisez les mêmes charges, la taxe foncière, l’assurance, les honoraires de gestion, les travaux déductibles et les intérêts d’emprunt. Le résultat net foncier se détermine exactement comme avant le départ. Vous déposez une déclaration n° 2042 accompagnée des annexes utiles — 2044 pour le réel, 2047 pour les revenus de source étrangère le cas échéant, 2042 C pour les cases particulières — auprès du service des impôts des particuliers non-résidents.
Ce qui change, c’est le taux. L’article 197 A du CGIimpose que l’impôt d’une personne non domiciliée en France ne soit pas inférieur à 20 %du revenu net imposable pour la fraction n’excédant pas la limite supérieure de la deuxième tranche du barème, et à 30 %au-delà — 14,4 % et 20 % pour les revenus ayant leur source dans les départements d’outre-mer. Pour l’imposition des revenus de 2025, cette limite est de 29 579 €. Concrètement, un revenu foncier net de 12 000 € qui, pour un résident, entrait dans une tranche à 11 % ou restait sous le seuil d’imposition, supporte désormais 2 400 € d’impôt.
Trois seuils circulent et se confondent régulièrement, y compris sous la plume de professionnels. 11 600 €est l’entrée du barème progressif ; 29 579 €est le seuil de bascule du taux minimum de 20 à 30 %, indexé sur le barème des revenus de 2025 ; 17 275 € et 50 112 €sont les tranches de la retenue à la source de l’article 182 A applicable aux salaires et pensions pour les revenus de 2026, qui ne concernent pas les revenus fonciers — ni l’article 182 A ni l’article 182 B ne visent les loyers. Il n’y a aucune retenue à la source sur les revenus fonciers françaisd’un non-résident : vous déclarez et vous payez, comme avant.
Le taux minimum s’écarte sur option. L’article 197 A permet au contribuable qui justifie que le taux de l’impôt français sur l’ensemble de ses revenus mondiaux, reconstitués selon les règles françaises, serait inférieur à ces minima, d’appliquer ce taux moyen à ses seuls revenus de source française. L’option est intéressante pour un bailleur dont les revenus britanniques sont faibles — un étudiant, un conjoint sans activité, une année de transition, un début d’activité indépendante — et elle se retourne mécaniquement dès que les revenus mondiaux placent le taux moyen au-dessus de 20 %. Elle se demande chaque année, avec la déclaration et dans les délais légaux.
Deux réserves l’accompagnent, et nous ne les comblons pas. La doctrine que nous citons, BOI-IR-DOMIC-10-20-10, §§ 360 à 400, est datée du 6 avril 2017 : elle est antérieure à l’introduction du taux minimum de 30 % et ne mentionne que le taux de 20 %. Nous n’avons pas localisé de version postérieure au 29 juillet 2026, et nous ne concluons pas de cette absence à l’absence de doctrine plus récente. Surtout, la tolérance de la déclaration sur l’honneur, réservée aux résidents d’un État lié à la France par une convention d’assistance administrative, devrait jouer pour le Royaume-Uni au titre de l’article 27 de la convention de 2008 — c’est une déduction de notre part, non une position administrative postérieure au Brexit. Et le tax calculationdélivré par HMRC porte sur une période du 6 avril au 5 avril, non sur l’année civile française : aucune doctrine consultée n’indique comment retraiter ce décalage. Nous constituons le dossier avec les deux tax calculationsqui chevauchent l’année civile et une note de reconstitution au prorata. C’est une méthode de prudence, pas une règle opposable.
Les prélèvements sociaux : 7,5 %, 17,2 %, et 9,7 points qui ne se récupèrent nulle part
Premier point, et il vaut la peine d’être posé avant les taux : pour un non-résident, le champ des prélèvements sociaux se limite à deux catégories. Les revenus d’immeubles situés en France, par le I bis de l’article L. 136-6 du code de la sécurité sociale, et les plus-values immobilières soumises au prélèvement de l’article 244 bis A, par le I bis de l’article L. 136-7. Pas une de plus. Vos dividendes, vos intérêts, vos plus-values de titres, vos rachats d’assurance-vie et vos retraits de PEA sont hors champ. Le corpus francophone affirme fréquemment le contraire ; le chapitre 13 y revient. Autrement dit, votre immeuble est désormais le seul actif français sur lequel vous payez encore des prélèvements sociaux.
Le taux ordinaire est de 17,2 %, soit 9,2 % de CSG, 0,5 % de CRDS et 7,5 % de prélèvement de solidarité. C’est la position administrative, et c’est celle que nous publions. Une controverse existe, et nous la signalons plutôt que de la masquer. L’article L. 136-8 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction en vigueur depuis le 27 juin 2026issue de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, article 65, porte le taux de CSG à 10,6 % et maintient 9,2 % pour cinq catégories limitativement énumérées à son IV. Or le 1° de ce IV vise « les revenus mentionnés au a du Ide l’article L. 136-6 », alors que l’assujettissement des non-résidents est prévu au I bisdu même article. Deux lectures s’opposent donc : si le IV 1° désigne une catégorie de revenus, le taux est de 17,2 % ; s’il désigne un paragraphe précis, il serait de 18,6 %. Nous retenons 17,2 %, lecture la plus naturelle et seule cohérente avec la doctrine publiée sur les plus-values, et nous vous disons que le point n’est pas tranché.
Vient maintenant le point où l’intuition « État tiers » se trompe. La FAQ Brexit de la DGFiP du 14 janvier 2022maintient l’exonération de CSG et de CRDS pour les résidents britanniques, au visa des accords de sortie signés les 12 novembre 2019 et 30 décembre 2020, sous trois conditions cumulatives. Le BOFiP le confirme (BOI-RFPI-PVINR-20-20, version du 29 juin 2022, section III, remarque 2), et la page vivante d’impots.gouv.fr, mise à jour le 19 juillet 2023 et servie inchangée au 29 juillet 2026, l’énonce en une phrase : « Bien que le Royaume-Uni soit sorti de l’Union Européenne le 1er janvier 2021, les résidents britanniques continuent de bénéficier de cette exonération de CSG et CRDS ». Le fondement textuel de ce maintien, après la sortie du Royaume-Uni du champ du règlement (CE) n° 883/2004, n’est établi par aucune des sources consultées ; le sort des personnes couvertes par l’accord de retrait — installation avant le 31 décembre 2020 — n’est traité expressément ni par la FAQ ni par la page de 2023.
Les trois conditions cumulatives du taux de 7,5 %
Le texte de la FAQ Brexit du 14 janvier 2022 pose trois conditions, et le BOFiP les reprend. Il faut être affilié à la sécurité sociale britannique ; être ressortissant ou résident légalde France, du Royaume-Uni ou d’un autre État membre de l’Union ; et ne pas être à la charge d’un régime obligatoire de sécurité sociale français. La FAQ des non-résidents de 2023 n’en mentionne qu’une, l’affiliation : retenez les trois, c’est la version doctrinalement la plus complète.
La condition d’affiliation s’apprécie au 31 décembrede l’année d’imposition pour les revenus fonciers, et à la date de réalisationpour les plus-values. La démarche déclarative tient en deux cases : 8SH pour le déclarant 1 et 8SIpour le déclarant 2, rubrique « 8 – Divers » de la déclaration 2042 C. Elles ne se cochent pas toutes seules, et personne ne vous préviendra si vous les oubliez.
Si vous avez payé 17,2 % pendant trois ans sans le savoir, la voie est la réclamation contentieusedans les délais de droit commun, adressée par la messagerie sécurisée de l’espace particulier ou par courrier au service des impôts des particuliers non-résidents, avec la preuve d’affiliation et les avis d’imposition faisant apparaître les prélèvements dont vous demandez la restitution. La FAQ Brexit de 2022 prévoit expressément cette restitution, y compris pour les prélèvements sociaux acquittés à tort sur une plus-value immobilière dans le mois de la cession.
La troisième condition est un piège, et il vise exactement une population : les retraités. Un retraité français installé au Royaume-Uni dont les soins de santé sont pris en charge par la France au moyen d’un formulaire S1est-il « à la charge d’un régime obligatoire de sécurité sociale français » ? Les deux lectures qui circulent convergent vers l’exclusion — l’une par la troisième condition, l’autre parce que le S1 signifie précisément que la législation compétente en matière d’assurance maladie est la législation française, ce qui fait échouer la première condition avant même d’examiner la troisième. Mais aucune n’est adossée à une source primaire française. Les pages officielles consultées le 29 juillet 2026 — la FAQ Brexit du 14 janvier 2022, la FAQ des non-résidents du 19 juillet 2023 et le BOI-RFPI-PVINR-20-20 — ne mentionnent ni le formulaire S1, ni les titulaires de pension, ni la prise en charge des frais de santé par la France.
Nous ne tranchons donc pas. L’articulation entre le formulaire S1 français et l’exonération de CSG-CRDS issue de la jurisprudence dite de Ruytern’est pas tranchée à la date de rédaction ; elle doit être examinée dossier par dossier. Ce que nous disons en revanche sans réserve, c’est l’ordre de grandeur du risque, parce qu’il commande une décision. Un salarié affilié au National Insurancepaie 7,5 % sur ses loyers français. Le jour où il liquide sa retraite française et reçoit un S1, il peut basculer à 17,2 % — plus du double— sans que rien n’ait changé dans son patrimoine. Sur un revenu foncier net de 20 000 €, cela fait 1 940 € par an, et ces 1 940 € ne sont récupérables ni en France, ni au Royaume-Uni.
Le même loyer, une seconde fois : l’overseas property business
Pour le Royaume-Uni, vos loyers français forment un overseas property business, imposable à l’income tax. Vous ne reportez pas le résultat foncier français dans votre Self Assessment : vous refaites le calcul selon les règles britanniques. Les écarts d’assiette sont structurels et vont dans les deux sens — traitement des travaux, amortissements, et surtout déductibilité des charges financières, dont nous parlons dans un instant.
Les taux applicables en 2026-27en Angleterre, au pays de Galles et en Irlande du Nord sont ceux du barème général : personal allowancede 12 570 £, taux de base de 20 % de 12 571 à 50 270 £, taux supérieur de 40 % de 50 271 à 125 140 £, taux additionnel de 45 % au-delà, avec dégressivité de l’abattement personnel de 1 £ pour chaque 2 £ de revenu net ajusté au-delà de 100 000 £. Un abattement de 1 000 £par an sur les revenus fonciers peut être substitué aux charges réelles ; il ne peut pas créer de déficit, chaque indivisaire dispose du sien sur sa quote-part de recettes brutes, et il est incompatible avec le Rent a Room Scheme. Nous relevons que la page HMRC qui le porte, Tax-free allowances on property and trading income, ne distingue pas les immeubles britanniques des immeubles étrangers ; son application à un overseas property businessnous paraît acquise mais nous ne l’avons pas vérifiée sur une source qui le dise expressément.
À compter du 6 avril 2027, le Royaume-Uni crée des taux propres aux revenus fonciers. Le Finance Act2026 insère par son article 6 une section 6D dans l’Income Tax Act2007 et fixe par son article 7, pour l’année fiscale 2027-28, un property basic rate de 22 %, un property higher rate de 42 % et un property additional rate de 47 %. Le même article 6 modifie la hiérarchie des revenus de la section 16A de l’ITA 2007 pour placer le revenu foncier avant les revenus mobiliers et les dividendes dans l’ordre d’imposition. Deux points supérieurs sur chaque tranche, ce n’est pas anodin sur un revenu foncier net de 25 000 £ : 500 £ par an.
Les nouveaux taux « property » visent-ils vos loyers français ? Nous ne concluons pas
Deux éléments plaident en sens contraire et nous les donnons tels quels. D’un côté, la page GOV.UK du 26 novembre 2025 définit le property incomecomme « any income from letting land and buildings » et ne dit pas expressémentsi les immeubles situés hors du Royaume-Uni sont visés. De l’autre, la note technique décrit l’assiette comme le revenu foncier au sens de la partie 3 de l’ITTOIA 2005 — laquelle régit aussi bien le UK property business que l’overseas property business, ce qui plaide pour l’inclusion. Le premier élément est un silence, le second un raisonnement. Ni l’un ni l’autre n’est une position d’HMRC sur les loyers étrangers.
L’enjeu vaut deux points de taux marginal à compter du 6 avril 2027 pour tout Français bailleur en France et installé à Londres. Nous chiffrons dans ce chapitre sur les deux hypothèses lorsque l’écart est significatif, et nous recommandons de faire poser la question à un chartered tax adviser avant la première déclaration 2027-28, plutôt que de la découvrir sur un avis de redressement.
Précision de champ, à ne pas perdre : ces taux sont ceux d’Angleterre, du pays de Galles et d’Irlande du Nord. La faculté pour les gouvernements dévolus d’Écosse et du pays de Galles de fixer leurs propres taux fonciers n’est pas en vigueur au 29 juillet 2026, et la portée galloise du barème de 2027-28 n’est pas écrite en clair dans la source. Nous n’affirmons rien à un lecteur possédant au pays de Galles ou résidant en Écosse.
La restriction des charges financières : le mécanisme qui punit l’emprunt
Voici l’écart d’assiette le plus lourd entre les deux systèmes, et il n’a aucun équivalent français. Depuis l’année fiscale 2020-21, un bailleur personne physique de logements d’habitation ne déduit plus aucune charge financière de son résultat foncier britannique. Les intérêts d’emprunt sortent de l’assiette et reviennent sous forme d’une réduction d’impôtcalculée au taux de base. La montée en charge s’est faite de 2017-18 à 2019-20 ; elle est achevée.
Le calcul est décrit par la section 274AA de l’ITTOIA 2005 et illustré par le manuel HMRC PIM2058. La réduction est égale au taux de base multiplié par L, le plus faible du montant relievable et des bénéfices fonciers ajustés — jamais par le montant relievablebrut. Lorsque la somme des charges financières excède le revenu total ajusté, l’assiette est réduite dans le rapport de l’un à l’autre. La fraction non utilisée n’est pas perdue : elle est reportée sur les années suivantes.
La réduction d'impôt britannique pour charges financières, et son assiette réelle
DEFINITIONS (ITTOIA 2005, s. 274AA ; HMRC PIM2058)
Montant relievable ...... charges financieres de l'annee
+ report des annees anterieures
Benefices ajustes ....... resultat foncier britannique
AVANT deduction des charges financieres
L ....................... le PLUS FAIBLE des deux ci-dessus
S ....................... somme des charges financieres retenues
ATI ..................... revenu total ajuste du contribuable
CALCUL
Si S <= ATI ....... reduction = L x taux applicable
Si S > ATI ....... reduction = (ATI / S) x L x taux applicable
Fraction non utilisee ......... REPORTEE, jamais perdue
TAUX APPLICABLE
Annee fiscale 2026-27 ......................... 20 %
Annee fiscale 2027-28 et suivantes ............ 22 %
(property basic rate ; Finance Act 2026, s. 6(8)
et annexe 1, § 40, substituant PBR a BR dans
les s. 274AA(5) et 274C(2) de l'ITTOIA 2005)La formule est reproduite pour une raison précise : écrire « réduction = 20 % des intérêts » est faux, et c'est l'erreur la plus fréquente. Si vos bénéfices fonciers ajustés sont nuls ou négatifs, L vaut zéro et la réduction accordée au titre de l'année vaut zéro — les intérêts sont alors intégralement reportés. Le relèvement du taux de la réduction de 20 à 22 % au 6 avril 2027 accompagne le relèvement du taux marginal de 40 à 42 % : le bailleur endetté n'est donc pas doublement pénalisé par la réforme, contrairement à ce qui s'écrit.
Le piège arithmétique mérite d’être nommé, parce qu’il produit des effets que personne n’anticipe. La charge d’intérêts gonfle votre revenu imposable britanniqueau lieu de le réduire. Elle peut vous faire basculer dans la tranche supérieure, vous faire franchir le seuil de 100 000 £ au-delà duquel la personal allowancese dégrade de 1 £ pour 2 £, ou déclencher le High Income Child Benefit Charge. Un bailleur français à fort levier, habitué à ce que ses intérêts effacent son revenu foncier, découvre un revenu imposable britannique qu’il ne reconnaît pas.
Une conséquence collatérale, pour ceux qui possèdent un meublé de tourisme en France. Le régime britannique des furnished holiday lettings a été supprimépour les années fiscales ouvertes à compter du 6 avril 2025 (Finance Act2025, section 25 et annexe 5). Les locations saisonnières sont désormais traitées comme tout autre revenu foncier et ne sont plus assimilées à une activité commerciale. La conséquence la plus coûteuse de cette abrogation n’est écrite à peu près nulle part : les anciens meublés de tourisme entrent désormais dans le champ de la restriction des charges financières, qui ne leur était pas applicable. Si vous raisonnez encore sur le régime britannique favorable de la location saisonnière pour justifier un montage, vous raisonnez sur un droit périmé depuis avril 2025.
Le crédit d’impôt britannique : deux plafonds, et l’année où il vaut zéro
L’article 24 § 1 a) de la convention accorde au résident britannique un crédit égal à l’impôt français exigible sur les mêmes revenus : cet impôt « est considéré comme un crédit déductible de tout impôt du Royaume-Uni calculé sur les mêmes bénéfices, revenus ou gains imposables que ceux sur lesquels l’impôt français est calculé ». Deux limites conditionnent ce crédit, et elles doivent figurer avant la liste des impôts admissibles, faute de quoi tout le raisonnement de frottement est faux.
La première est le plafonnement lui-même : le crédit ne peut excéder l’impôt britannique effectivement dû sur le même revenu, calculé selon les règles britanniques. Il est donc nul si le résultat britannique est nul ou déficitaire — hypothèse banale pour un bien à fort levier, précisément parce que les règles britanniques plafonnent la déduction des charges financières — et nul pendant les années où le régime FIG est revendiqué. Dans ces deux cas, tout impôt français payé sur ce revenu devient un coût définitif.
La seconde est plus perverse : le droit britannique refuse le crédit pour l’impôt étranger que le contribuable pouvait éviter. La section 33 du Taxation (International and Other Provisions) Act2010, intitulée « Limit on credit: minimisation of the foreign tax », plafonne le crédit au montant qui aurait été dû si « all reasonable steps » avaient été prises pour minorer l’impôt étranger, ces diligences incluant expressément « (a) claiming, or otherwise securing the benefit of, reliefs, deductions, reductions or allowances, and (b) making elections for tax purposes », au regard tant du droit interne étranger que des conventions. Sur l’immobilier, cette règle mord précisément là où vous ne l’attendez pas : si vous n’avez pas coché les cases 8SH ou 8SI et que vous avez acquitté 17,2 % au lieu de 7,5 %, la fraction de CSG et de CRDS payée à tort n’est pasrécupérable au Royaume-Uni. Elle ne l’est que par la voie française de la réclamation contentieuse, dans les délais de droit commun.
Reste à savoir quels impôts français sont admissibles. Le manuel HMRC DT7261, mis à jour le 7 juillet 2026, range parmi les impôts admissibles l’impôt sur le revenu, l’impôt sur les sociétés, la contribution sociale sur l’impôt sur les sociétés, la taxe sur les salaires et le prélèvement de solidarité. Il classe inadmissibles la CSG et la CRDS, par renvoi exprès à l’article 24 § 2 c) de la convention — lequel vise les impôts mentionnés aux points (i) à (iv) de l’article 2 § 1 b), et la CSG et la CRDS figurent aux points (v) et (vi).
| Prélèvement français sur vos loyers | Nature | Admissible au crédit britannique ? | Ce qui reste définitif |
|---|---|---|---|
| Impôt sur le revenu, taux minimum de 20 % / 30 % ou taux moyen sur option | Impôt sur le revenu au sens de l'article 2 § 1 b) (i) | Oui, dans la limite de l'impôt britannique sur le même revenu | Rien, si la capacité d'imputation est suffisante |
| Prélèvement de solidarité de 7,5 % (art. 235 ter du CGI) | Prélèvement social | Oui — DT7261 le range parmi les impôts admissibles | Rien, sous la même réserve de capacité |
| CSG de 9,2 % | Contribution sociale, art. 2 § 1 b) (v) | Non — hors de l'énumération de l'article 24 § 2 c) | 9,2 points de charge définitive |
| CRDS de 0,5 % | Contribution sociale, art. 2 § 1 b) (vi) | Non — même motif | 0,5 point de charge définitive |
| Tout prélèvement français qu'une clause conventionnelle permettait d'écarter | Retenue ou prélèvement indu | Non — TIOPA 2010, s. 33 | La totalité, sauf réclamation en France |
L’écart entre 7,5 % et 17,2 % n’est donc pas un écart de 9,7 points de charge brute : c’est un écart de 9,7 points de charge définitive, non récupérable ni en France ni au Royaume-Uni. C’est, en pourcentage du revenu, l’enjeu le plus élevé de tout le dossier pour un bailleur.
Le chiffrage complet : le même appartement, quatre situations
Un exemple vaut mieux qu’un développement. Prenons un appartement bordelais loué nu, 18 000 € de loyers annuels, 4 500 € de charges déductibles hors intérêts d’emprunt, propriétaire célibataire installé à Londres, salarié britannique au taux supérieur de 40 % pour 2026-27. Nous retenons une contre-valeur de 1 £ pour 1,15 €, hypothèse explicite et arrondie : le calcul britannique se fait en livres, et le taux de conversation retenu par HMRC déplace le résultat.
Un revenu foncier de 13 500 € net : ce que prennent la France, puis le Royaume-Uni
HYPOTHESES COMMUNES
Loyers annuels ........................................ 18 000 €
Charges deductibles hors interets ...................... 4 500 €
Resultat foncier francais ............................. 13 500 €
Taux marginal britannique 2026-27 ......................... 40 %
Contre-valeur retenue ............................. 1 £ = 1,15 €
CAS 1 — SANS EMPRUNT, TROIS CONDITIONS DU 7,5 % REMPLIES
Impot sur le revenu francais, taux minimum 20 % ........ 2 700 €
Prelevement de solidarite 7,5 % ...................... 1 012,50 €
Total France ......................................... 3 712,50 €
Resultat britannique : 13 500 € = 11 739 £
Impot britannique a 40 % ............................... 4 696 £
Credit d'impot (3 712,50 € = 3 228 £) .................. 3 228 £
Impot britannique residuel ............................. 1 468 £
CHARGE TOTALE ................................ environ 5 400 €
Taux effectif global ...................................... 40 %
CAS 2 — MEME BIEN, TROIS CONDITIONS NON REMPLIES (S1)
Impot sur le revenu francais ........................... 2 700 €
Prelevements sociaux 17,2 % ............................ 2 322 €
dont CSG + CRDS non imputables (9,7 %) ............. 1 309,50 €
Credit d'impot britannique : (2 700 + 1 012,50) € = 3 712,50 € = 3 228 £
Impot britannique residuel ............................. 1 468 £
CHARGE TOTALE ................................ environ 6 710 €
Surcout par rapport au cas 1 ....................... 1 309,50 €
CAS 3 — AVEC 6 000 € D'INTERETS, 7,5 % APPLICABLE
Resultat foncier francais : 13 500 - 6 000 ............. 7 500 €
Impot sur le revenu francais, 20 % ..................... 1 500 €
Prelevement de solidarite 7,5 % ...................... 562,50 €
Total France ......................................... 2 062,50 €
Benefices ajustes britanniques (avant interets) ....... 11 739 £
Impot britannique a 40 % ............................... 4 696 £
Reduction d'impot : L = 5 217 £ x 20 % ................. 1 043 £
Impot britannique avant credit ......................... 3 653 £
Credit (2 062,50 € = 1 793 £) .......................... 1 793 £
Impot britannique residuel ............................. 1 860 £
CHARGE TOTALE ................................ environ 4 200 €
CAS 4 — LE MEME, MAIS EN 2027-28
Impot britannique a 42 % ............................... 4 930 £
Reduction d'impot : L = 5 217 £ x 22 % ................. 1 148 £
Impot britannique avant credit ......................... 3 782 £
Credit inchange ........................................ 1 793 £
Impot britannique residuel ............................. 1 989 £
CHARGE TOTALE ................................ environ 4 350 €Illustrations construites sur des hypothèses explicites et arrondies ; elles ne constituent ni des calculs opposables ni des prévisions. Trois enseignements. Premier : c'est le taux britannique qui gouverne la charge totale dès qu'il dépasse le taux français — passer de 7,5 % à 17,2 % ne change pas la charge brute mais crée 1 309,50 € de coût définitif, le crédit ne rattrapant que le prélèvement de solidarité. Deuxième : les 6 000 € d'intérêts font économiser 1 650 € en France et seulement 1 043 £ de réduction d'impôt au Royaume-Uni, soit un rendement fiscal du levier nettement inférieur à celui d'un bailleur resté résident de France. Troisième : le passage aux taux « property » de 2027-28, si ces taux visent bien les loyers étrangers, coûte ici environ 150 € par an — la réforme n'est pas la catastrophe qu'on décrit, parce que la réduction d'impôt suit.
Ce que ces quatre cas ne montrent pas, et qu’il faut ajouter mentalement : le décalage de trésorerie. Vous payez l’impôt français à l’automne de l’année N+1 sur les revenus de N, et l’impôt britannique au plus tard le 31 janvier suivant la clôture de l’année fiscale britannique, sous réserve des acomptes de payments on account. Le crédit d’impôt suppose de justifier l’impôt français payé : conservez les avis d’imposition et les preuves de paiement, année par année, et rangez-les dans un dossier qui survivra à dix ans et à deux déménagements.
La fenêtre FIG : quatre ans où le Royaume-Uni ne prend rien sur vos loyers français
Le régime des foreign income and gainsest traité au chapitre 3. Ici, un seul point, mais il est considérable et systématiquement omis : pour le Royaume-Uni, vos revenus fonciers français sont des revenus étrangers. La liste des revenus couverts par le régime FIG comprend expressément les revenus de propriété étrangère. Pendant les quatre premières années fiscales de résidence britannique d’un qualifying new resident— personne devenant résidente après au moins dix années fiscales consécutives de non-résidence —, la revendication du régime FIG dégrève intégralement vos loyers français de l’impôt britannique — allégement obtenu sur réclamation, non exonération de plein droit —, que vous les rapatriiez ou non. Attention au décompte : la fenêtre de quatre ans ne recommence pas le 6 avril 2025, elle court depuis l’année où vous êtes devenu résident britannique, y compris avant la réforme (ITTOIA 2005, s. 845B(3)(c)) ; un Français résident depuis 2022-23 n’a plus qu’une seule année revendicable, 2025-26, et seul celui qui devient résident à compter de 2025-26 dispose des quatre années pleines.
Quatre conséquences en découlent pour votre immeuble, et elles se contredisent en partie : c’est un arbitrage, pas une recette.
Ce que la fenêtre FIG vous donne sur l'immobilier français
Pendant les quatre années, seul l'impôt français est dû sur le patrimoine resté en France. La question du crédit d'impôt britannique disparaît, et avec elle la non-imputabilité de la CSG et de la CRDS.
Ce qu'il vous coûte, et que le calcul doit intégrer
Le régime FIG n'est pas une exonération gratuite : il se paie en abattements perdus, chaque année où il est revendiqué.
Ce qu'il ne fait pas, et qu'on lui prête à tort
Le régime FIG ne met pas votre patrimoine français à l'abri. Il porte sur l'impôt sur le revenu et sur les gains, pas sur les droits de succession.
La location meublée vue de Londres : LMNP, LMP, et deux points que nous ne tranchons pas
La location meublée est le régime préféré des investisseurs français, et c’est aussi celui dont l’expatriation au Royaume-Uni dégrade le plus la lisibilité. Côté français, le principe est acquis : les revenus de location meublée sont des bénéfices industriels et commerciaux, non des revenus fonciers. Ils sont imposables en France comme revenus d’exploitation sise en France, au barème progressif, avec application du même taux minimum de 20 % et 30 % de l’article 197 A et la même faculté d’option pour le taux moyen.
Le premier point que nous ne tranchons pas est celui des prélèvements sociaux, et il vaut de l’argent. Le I bis de l’article L. 136-6du code de la sécurité sociale, qui fonde l’assujettissement des non-résidents, ne vise que les revenus mentionnés au a du I de l’article 164 B du CGI— les revenus d’immeubles sis en France ou de droits s’y rapportant. Aucune autre lettre n’est visée. Or les bénéfices de location meublée relèvent littéralement du cdu même I, qui vise séparément les revenus d’exploitations sises en France. La lecture littérale conduit donc à exclure le LMNP du champ des prélèvements sociaux du non-résident. Aucune doctrine administrative consultée le 29 juillet 2026 ne tranche la question. Nous ne conseillons à personne de cesser unilatéralement de déclarer, et nous ne conseillons à personne de payer sans réserve : c’est un point à poser par écrit au service des impôts des particuliers non-résidents ou à faire arbitrer par un avocat fiscaliste, avec les liasses des trois derniers exercices.
Le second point porte sur le passage du statut de loueur non professionnel à celui de loueur professionnel. Les conditions françaises du basculement, les obligations sociales qui l’accompagnent et leur articulation avec une affiliation britannique au National Insurancen’ont pas été établies sur source primaire dans notre socle documentaire. Nous le disons plutôt que de recopier ce qui circule. Ce que nous savons en revanche, c’est que la question est structurante : le protocole en matière de coordination de la sécurité sociale de l’accord du 30 décembre 2020 pose à son article SSC.10 la règle de l’unicité de législation— « les personnes auxquelles le présent protocole est applicable ne sont soumises qu’à la législation d’un seul État ». Une activité de loueur professionnel exercée en France par un résident britannique met cette règle à l’épreuve, et la réponse ne se devine pas.
Côté britannique, en revanche, la mécanique est claire et elle est défavorable. Le Royaume-Uni ne connaît ni le statut LMNP, ni le statut LMP, ni l’amortissement du bien. Il recalcule le résultat selon ses propres règles, et l’amortissement déduit en France n’est pas déductible au Royaume-Uni. Autrement dit : le mécanisme même qui rend le LMNP attractif — un résultat fiscal français proche de zéro pendant dix ou quinze ans grâce aux amortissements — produit une conséquence violente une fois à Londres. Vous déclarez en France un résultat nul, donc vous payez peu ou pas d’impôt français, donc vous n’avez presque aucun crédit d’impôt à faire valoir, alors que le Royaume-Uni, lui, impose un résultat positif calculé sans amortissement. Le LMNP, optimisé pour la France, devient une base imposable britannique quasi pleine.
Le LMNP amorti, vu des deux côtés : l'exemple qui explique le mécanisme
HYPOTHESES
Loyers meubles annuels ................................ 15 000 €
Charges reelles deductibles ............................ 3 500 €
Amortissements pratiques en France ..................... 8 000 €
Taux marginal britannique 2026-27 ......................... 40 %
Contre-valeur retenue ............................. 1 £ = 1,15 €
COTE FRANCAIS
Resultat BIC : 15 000 - 3 500 - 8 000 .................. 3 500 €
Impot sur le revenu, taux minimum 20 % ................... 700 €
Prelevements sociaux ......................... champ non tranche
COTE BRITANNIQUE
Resultat recalcule : 15 000 - 3 500 ................... 11 500 €
(aucun amortissement admis)
Contre-valeur ......................................... 10 000 £
Impot britannique a 40 % ............................... 4 000 £
Credit d'impot (700 € = 609 £) ........................... 609 £
Impot britannique residuel ............................. 3 391 £
CHARGE TOTALE ...................................... environ 4 600 €
soit 30,7 % des loyers bruts, la ou le meme bien
detenu par un resident de France supporterait
l'impot sur 3 500 € seulementIllustration construite sur des hypothèses explicites ; elle ne constitue pas un calcul opposable. Le mécanisme est le point à retenir, pas les montants : l'amortissement est un décalage d'imposition qui n'a de valeur que dans le système qui l'admet. Transporté au Royaume-Uni, il cesse de produire son effet et prive en outre le contribuable du crédit d'impôt qu'un résultat français imposé lui aurait donné. Le statut de la question des prélèvements sociaux ne change pas cette conclusion : il en modifie seulement l'ampleur.
La SCI : translucide à Paris, opaque à Londres
C’est le point de ce chapitre où le décalage entre les deux systèmes est le plus net, et où la conséquence est la moins souvent tirée. Le manuel HMRC INTM180030, Foreign entity classification for UK tax purposes, mis à jour le 24 juillet 2026, comporte treize entrées pour la France. Il classe opaquesla SCI, la société civile, la SCEA, la SARL, la SAS, la SA, le GFA et la SCA ; il classe transparentsle GIE, la SNC, la SCS, la société en participation et le FCPR. La ligne SCI porte la date de novembre 2005.
Une SCI à l’impôt sur le revenu est, en droit français, translucide : elle ne paie pas l’impôt, ses associés sont imposés sur leur quote-part de résultat, dans la catégorie des revenus fonciers, qu’il y ait distribution ou non. Pour HMRC, la même société est opaque : c’est une entité distincte, et ce que vous en recevez n’est pas une quote-part de revenus fonciers, ce sont des dividendes de source étrangère. Les conséquences sont au nombre de trois, et aucune n’est neutre.
| Question | Traitement français | Traitement britannique | Conséquence |
|---|---|---|---|
| Qui est imposé sur le résultat locatif ? | L'associé, sur sa quote-part, qu'il y ait distribution ou non (translucidité) | Personne tant qu'il n'y a pas de distribution : la SCI est une entité opaque distincte | Décalage temporel : impôt français en année N, impôt britannique en année N+3 si la distribution intervient alors |
| Quelle catégorie de revenu au Royaume-Uni ? | Revenus fonciers | Dividendes de société non résidente : taux de 10,75 %, 35,75 % et 39,35 % pour 2026-27 | Le taux applicable n'est pas le taux foncier, et il ne suivra pas les taux « property » de 2027-28 |
| Le crédit d'impôt français est-il utilisable ? | L'impôt est payé par l'associé personnellement | L'impôt français a été payé sur un revenu que le Royaume-Uni ne reconnaît pas comme le sien : la correspondance n'est pas établie | Risque de double imposition économique, à provisionner |
| Occupation gratuite du bien par l'associé | Régime français de l'occupation à titre gratuit | Non instruit : avantage consenti par une société à un dirigeant de fait, ou distribution ? | Point ouvert, à faire trancher avant toute occupation |
| Cession des parts | Prélèvement de l'article 244 bis A si la société est à prépondérance immobilière (art. 14 § 2 de la convention) | Cession de titres d'une société étrangère : capital gains tax à 18 % ou 24 % pour 2026-27 | Crédit d'impôt britannique au titre de l'article 24 § 1 a), plafonné |
| Succession | Droits de mutation français sur l'immeuble sous-jacent | L'article 4 g) de la convention de 1963 localise les parts de SCI au lieu de situation des immeubles | La convention transperce la SCI, et le fait explicitement : le montage ne déplace pas le situs |
Le décalage temporel mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il produit le pire des résultats possibles. Supposons une SCI à l’impôt sur le revenu qui dégage 20 000 € de résultat foncier par an et qui ne distribue pas, parce qu’elle rembourse un emprunt. Vous payez l’impôt français chaque année sur votre quote-part. Le Royaume-Uni, lui, ne voit rien passer : pas de distribution, pas de revenu imposable. Puis la SCI distribue, cinq ans plus tard, 100 000 € d’un coup. Le Royaume-Uni impose alors un dividende de source étrangère de 100 000 €, éventuellement au taux de 39,35 %, et le crédit d’impôt correspond à un impôt français payé cinq années plus tôt sur un revenu d’une autre nature. Nous n’affirmons pas que le crédit sera refusé : nous affirmons que rien de ce que nous avons consulté n’établit qu’il sera accordé, et que l’hypothèse défavorable doit être provisionnée avant de laisser une SCI capitaliser pendant l’expatriation.
La SCI soumise à l’impôt sur les sociétésprésente, sur ce point précis, un profil moins dissonant : les deux systèmes voient alors une société qui paie l’impôt et distribue des dividendes, et la qualification britannique cesse d’être une surprise. Ce n’est pas pour autant une recommandation. Le passage à l’impôt sur les sociétés est une décision lourde, largement irréversible en pratique, qui change l’assiette de la plus-value de cession de l’immeuble en substituant la plus-value professionnelle au régime des particuliers, et qui prive donc l’associé des abattements pour durée de détention et des exonérations examinées plus loin. Nous ne prescrivons aucun arbitrage ici : nous disons que celui-là ne se décide pas au vu du seul traitement britannique des distributions.
Un mot enfin sur l’occupation à titre gratuit, parce que c’est un cas fréquent : la maison de famille détenue en SCI, dont les associés se servent l’été. Le traitement britannique de l’occupation, par un associé résident du Royaume-Uni, d’un immeuble détenu par une SCI française classée opaque par HMRC n’a pas été instruitdans notre socle documentaire. Les manuels susceptibles de s’appliquer sont identifiés — ERSM et EIM sur les avantages consentis par une société à un dirigeant de fait, CTM et INTM sur les distributions — mais aucune position n’a été établie. La question mérite d’être posée avant l’installation, pas après trois étés d’occupation.
La SCPI : non listée, et l’hypothèse défavorable à provisionner
Côté français, une SCPI est une société civile de placement immobilier fiscalement translucide au sens de l’article 8 du CGI : les revenus sont imposés entre les mains des associés, dans la catégorie des revenus fonciers pour la part locative. Pour un résident britannique, la quote-part de revenus fonciers de source française est imposable en France au titre de l’article 6 § 1, au barème avec taux minimum, plus prélèvements sociaux. La cession des parts d’une SCPI à prépondérance immobilière française relève de l’article 14 § 2 et donc du prélèvement de l’article 244 bis A. Les SCPI investies à l’étranger suivent, pour leur quote-part de revenus étrangers, le sort conventionnel du pays de situation des immeubles : ces revenus ne sont pas de source française et échappent en principe à l’imposition française pour un non-résident.
Côté britannique, c’est le point le moins bien tranché de tout le dossier. La liste HMRC de classification des entités étrangères, relevée intégralement le 29 juillet 2026, ne mentionne pas la SCPI— pas plus que le FCP de droit commun ou la SICAV française. Nous n’écrivons donc pas qu’HMRC traite les SCPI comme opaques : nous écrivons que la liste ne les mentionne pas, qu’elle classe opaques la SCI et la société civile, qui leur sont proches par la forme sociale, et transparent le FCPR, qui leur est proche par la nature des droits des porteurs. La qualification britannique de la SCPI n’est pas établie, et l’hypothèse défavorable — opacité, donc double imposition économique sans crédit — doit être provisionnée.
Deux précisions pratiques s’imposent. La première : pour tout client détenant des parts de SCPI d’un montant significatif et envisageant Londres, il est vivement recommandé de faire poser la question à HMRC, le cas échéant par la voie d’un non-statutory clearance, avec les statuts, la note d’information et le dernier rapport annuel. La seconde : une SCPI ou une SCI logée en unité de compte dans un contrat d’assurance-vie ne peut pas être rattachée par analogie à la catégorie 8 de permitted property, définie par renvoi au UK REITau sens de CTA10/PT12. La page HMRC IPTM7745, consultée le 29 juillet 2026, ne mentionne aucun équivalent étranger pour cette catégorie, alors qu’elle le fait expressément pour les OEIC. Le risque de requalification du contrat en personal portfolio bondest donc plus élevé qu’on ne le lit ; le chapitre 14 le traite.
Vendre : le prélèvement de 19 %, ce qui s’y ajoute et ce qui s’en retranche
La cession d’un immeuble français par une personne physique non domiciliée fiscalement en France relève du prélèvement de l’article 244 bis A du CGI. Son champ est large : immeubles situés en France, droits relatifs à ces immeubles, parts de sociétés à prépondérance immobilière, parts de fonds de placement immobilier, actions de SIIC et d’OPCI. Le taux, pour les personnes physiques, est de 19 %. S’y ajoutent les prélèvements sociaux, à 17,2 % en principe et à 7,5 %pour le résident britannique qui remplit les trois conditions, la condition d’affiliation s’appréciant ici à la date de réalisationde la plus-value et non au 31 décembre. Les prélèvements sociaux sont acquittés dans le mois suivant la cession. Si l’exonération n’a pas été appliquée le jour de la vente, elle se réclame ensuite par la voie contentieuse de droit commun.
Sur le plan conventionnel, l’article 14 § 1 confirme le droit d’imposer de la France, et l’article 24 § 4 b) précise que, pour les gains relevant de l’article 14 §§ 1, 2 ou 3, c’est l’autre État — donc le Royaume-Uni — qui élimine la double imposition. Le Royaume-Uni impose donc aussi, et accorde un crédit dans les limites déjà décrites.
Les abattements pour durée de détention et la surtaxe : ce que nous chiffrons et ce que nous ne chiffrons pas
Le régime français des plus-values immobilières des particuliers applique deux cadences d’abattement pour durée de détention, et elles ne s’achèvent pas la même année. L’exonération est acquise à 22 anspour l’impôt sur le revenu et à 30 anspour les prélèvements sociaux. Entre les deux, la plus-value est exonérée d’impôt sur le revenu mais reste soumise aux prélèvements sociaux : un bien détenu depuis vingt-cinq ans ne supporte plus le prélèvement de 19 % mais supporte encore les 7,5 % ou 17,2 %. Ce n’est qu’au-delà de la trentième année que la plus-value est totalement exonérée des deux, situation à laquelle le BOFiP attache d’ailleurs une dispense de représentant fiscal.
Nous nous arrêtons ici, et nous disons pourquoi. Le barème annuel des deux abattements et les paramètres de la surtaxe de l’article 1609 nonies G du CGI— son seuil de déclenchement, son barème progressif, ses modalités de lissage — n’ont pas été rétablis sur source primaire dans notre socle documentaire. Nous ne reproduirons pas des pourcentages que nous n’avons pas recollés à leur texte, dans un guide dont la règle est que chaque chiffre porte sa source. Ce calcul se fait, dossier par dossier, par le notaire et le représentant fiscal accrédité, au vu du BOFiP en vigueur au jour de la cession. Ce que nous vous demandons, c’est de l’exiger par écrit et avant la signature du compromis, pas au moment de l’acte : c’est ce chiffre, et lui seul, qui décide si vous devez vendre cette année ou attendre.
Deux remarques de mécanique valent tout de même d’être posées. La première : la surtaxe est due en susdu prélèvement de 19 % et frappe les plus-values élevées. Elle est assise sur la plus-value imposable telle qu’elle ressort après abattements : son sort suit donc celui de l’assiette d’impôt sur le revenu, et elle s’éteint avec elle. Ce point doit être confirmé par le notaire sur le dossier réel. La seconde, plus terre-à-terre : le mot « surtaxe » recouvre au moins trois choses différentes dans ce guide. La surtaxe française sur les plus-values immobilières élevées, la surtaxe de stamp duty land taxde 2 % due par l’acheteur non résident d’un logement britannique, et la High Value Council Tax Surchargeannoncée sur les logements anglais de plus de 2 M£. Elles n’ont ni le même redevable, ni la même assiette, ni le même pays.
Les deux exonérations qu’on vous ferme à tort
Un guide sur deux, en français, explique au lecteur installé à Londres qu’il a perdu les deux exonérations de plus-value ouvertes aux non-résidents, au motif que le Royaume-Uni est sorti de l’Union et de l’Espace économique européen. C’est faux dans les deux cas, et pour deux raisons différentes. La lecture attentive des textes est ici la différence entre payer et ne pas payer.
| Exonération de l'ancienne résidence principale | Exonération de 150 000 € | |
|---|---|---|
| Texte | CGI, article 244 bis A | CGI, article 150 U, II, 2° |
| Pourquoi le Brexit ne la ferme pas | Le critère n'est pas l'appartenance à l'UE ou à l'EEE, mais l'existence d'une convention d'assistance administrative ET d'une convention d'assistance mutuelle en matière de recouvrement. Le Royaume-Uni remplit cette double condition, ce que la DGFiP a expressément constaté ; le fondement exact de ces instruments d'assistance n'a pas été établi à la date de rédaction et ne réside dans aucune des deux conventions bilatérales | Le critère est la NATIONALITÉ du cédant, pas sa résidence. Un ressortissant français reste ressortissant d'un État membre de l'Union où qu'il réside |
| Qui en bénéficie | Tout cédant transférant son domicile dans un État remplissant la double condition | Le ressortissant d'un État membre de l'UE ou de l'EEE ; fermée au ressortissant britannique résidant au Royaume-Uni |
| Portée | Exonération totale de la plus-value de l'ancienne résidence principale | Exonération partielle plafonnée à 150 000 € de plus-value nette imposable, une résidence par contribuable |
| Condition de délai | Cession au plus tard le 31 décembre de l'ANNÉE SUIVANT celle du transfert du domicile fiscal hors de France | Cession au plus tard le 31 décembre de la DIXIÈME année suivant le transfert ; sans condition de délai si le cédant a la libre disposition du bien depuis au moins le 1er janvier de l'année précédant la cession |
| Autres conditions | L'immeuble ne doit pas avoir été mis à la disposition de tiers, à titre gratuit ou onéreux, entre le transfert et la cession ; le cédant ne doit pas avoir déjà bénéficié de cette exonération | Domicile fiscal en France de manière continue pendant au moins deux ans à un moment quelconque antérieur à la cession |
| Effet sur le représentant fiscal | Dispense de représentant fiscal (BOI-RFPI-PVINR-30-20, § 225) | Aucune dispense à ce titre : la dispense de 150 000 € du § 180 porte sur le PRIX de cession, pas sur le montant de l'exonération |
Trois pièges se cachent dans ce tableau, et nous les sortons de leur ligne. Le premier : le délai de l’exonération de l’ancienne résidence principale est très court. Vous partez en septembre 2026 : la vente doit être signée au plus tard le 31 décembre 2027. Sur un marché lent, ce n’est pas beaucoup, et personne ne vous rappellera l’échéance.
Le deuxième : la condition d’absence de mise à disposition de tiers. Louer l’appartement « en attendant de vendre », y héberger gratuitement un proche ou un enfant étudiant, détruit l’exonération. C’est le réflexe de prudence de trésorerie qui coûte le plus cher dans ce chapitre, parce qu’il paraît raisonnable. Quelques mois de loyers valent rarement une exonération totale de plus-value.
Le troisième : dans un couple franco-britannique, les deux membres n’ont pas le même droit. L’exonération de 150 000 € suit la nationalité. Si le bien est détenu en indivision à parts égales entre un ressortissant français et un ressortissant britannique, seule la moitié française y ouvre droit. C’est un paramètre à regarder avantd’acheter ou de restructurer une détention, pas après.
Le représentant fiscal accrédité : obligatoire, sauf trois cas
Voici la dissymétrie la plus instructive du dossier, et elle tient dans un seul article. Le même article 244 bis Asubordonne l’exonération de l’ancienne résidence principale à une condition d’instruments d’assistance, que le Royaume-Uni remplit, et réserve en son IV la dispense de représentant fiscalaux cédants domiciliés « dans un Etat membre de l’Union européenne ou dans un autre Etat partie à l’accord sur l’Espace économique européen » ayant conclu les conventions requises. Le Royaume-Uni n’est ni l’un ni l’autre. Deux conditions voisines dans le même article, deux résultats opposés : le représentant fiscal est obligatoire.
La DGFiP l’a écrit noir sur blanc dans sa FAQ Brexit du 16 février 2021, question 6 : « Selon le dispositif prévu par les articles 244 bis A et 244 bis B du CGI, le Royaume-Uni n’appartenant plus à l’Union Européenne ni à l’Espace économique européen, le cédant domicilié ou ayant son siège au Royaume-Uni devra désigner un représentant fiscal. » Le BOI-RFPI-PVINR-30-20, version du 22 janvier 2025, confirme que la dispense de plein droit est réservée aux États membres de l’Union, à l’Islande et à la Norvège — à l’exclusion du Liechtenstein, faute de convention d’assistance mutuelle en matière de recouvrement.
Le contresens de lecture à ne pas reproduire, et les trois dispenses qui subsistent
Plusieurs sources secondaires affirment que les résidents britanniques sont dispensésde représentant fiscal, en s’appuyant sur la question 2 de la même FAQ Brexit. C’est un contresens de lecture : cette réponse est consacrée à l’exit tax de l’article 167 bis, pas aux plus-values immobilières. Les deux réponses figurent dans le même document et se lisent ensemble : exit tax → dispensé ; plus-value immobilière → obligatoire. Le chapitre 12 traite la première.
Trois dispenses restent accessibles à un cédant résident du Royaume-Uni, et elles couvrent une large part des dossiers réels. Un prix de cession inférieur ou égal à 150 000 €par cédant (BOI-RFPI-PVINR-30-20, §§ 180 à 210) — c’est un prix, pas une plus-value, et le seuil s’apprécie par cédant, ce qui double la marge en indivision par moitié. Une plus-value totalement exonérée d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociauxcompte tenu de la durée de détention (§ 220), soit en pratique plus de trente ans. Et la cession de l’ancienne résidence principale du cédant (§ 225).
Hors de ces trois cas, il faut désigner un représentant. Neuf sociétés disposent d’un agrément permanent (même BOFiP, § 150). Elles facturent un pourcentage du prix de cession, et ce coût entre dans l’arbitrage « vendre avant ou après le départ » au même titre que l’impôt. Comptez aussi le délai : la désignation s’instruit en amont de l’acte, et un dossier engagé trois semaines avant la signature retarde la vente.
La même plus-value côté britannique : 24 %, et le piège des trente ans
Résident fiscal du Royaume-Uni, vous êtes imposable à la capital gains taxsur vos gains mondiaux, y compris la cession d’un immeuble français. Les taux, pour les personnes physiques en 2026-27, sont de 18 % dans la fraction de la tranche de base et de 24 %au-delà. L’abattement annuel (annual exempt amount) est de 3 000 £pour les personnes physiques, et de 1 500 £ pour les trusteesautres que les représentants personnels. Il n’existe aucun abattement pour durée de détention et aucune exonération à 22 ou 30 ans dans le système britannique.
Faites tourner les deux systèmes ensemble et vous obtenez le résultat le plus contre-intuitif de ce chapitre. Plus votre bien est ancien, plus la France l’exonère, moins vous payez d’impôt français, donc moins vous avez de crédit d’impôtà opposer au Royaume-Uni, qui lui impose la plus-value entière. À trente-deux ans de détention, la France ne prend rien et le Royaume-Uni prend tout. La règle qui protégeait le patrimoine familial devient, vue de Londres, la règle qui supprime le crédit d’impôt.
Un bien détenu depuis trente-deux ans : ce que coûte la même vente selon l'année et le pays de résidence
HYPOTHESES
Acquisition en 1994 .................................. 200 000 €
Cession en 2026 ...................................... 500 000 €
Plus-value brute ..................................... 300 000 €
Duree de detention ................................... 32 annees
Contre-valeur retenue ............................. 1 £ = 1,15 €
Taux de CGT applicable en 2026-27 ......................... 24 %
SCENARIO A — VENTE ALORS QUE VOUS ETES ENCORE RESIDENT DE FRANCE
Impot sur le revenu francais (exoneration a 22 ans) ........ 0 €
Prelevements sociaux (exoneration a 30 ans) ................ 0 €
Impot britannique .......................................... 0 €
CHARGE TOTALE .............................................. 0 €
SCENARIO B — MEME VENTE, RESIDENT DU ROYAUME-UNI, HORS FENETRE FIG
Prelevement de l'article 244 bis A ......................... 0 €
Prelevements sociaux ....................................... 0 €
Representant fiscal : dispense du § 220 ................. neant
Gain britannique : 300 000 € = 260 870 £
Abattement annuel ........................................ 3 000 £
Gain imposable .......................................... 257 870 £
Capital gains tax a 24 % ................................. 61 889 £
Credit d'impot francais ...................................... 0 £
CHARGE TOTALE ................................... environ 71 200 €
SCENARIO C — MEME VENTE, PENDANT UNE ANNEE FIG REVENDIQUEE
Impot francais ............................................. 0 €
Capital gains tax britannique .............................. 0 €
Cout : perte de la personal allowance et de l'annual
exempt amount pour l'annee revendiquee
CHARGE TOTALE ....................................... proche de 0 €Illustration construite sur des hypothèses explicites et arrondies ; elle ne constitue ni un calcul opposable ni une prévision, et elle ignore volontairement les frais d'acquisition et de cession, les travaux et les effets de change, qui déplacent le résultat. Ce qu'elle montre est structurel et vérifiable : l'exonération française pour durée de détention n'a de valeur, pour un résident britannique, que si elle est utilisée pendant une année où le Royaume-Uni n'impose pas. Hors fenêtre FIG, elle transfère simplement la totalité de la matière imposable à HMRC. C'est la première raison de faire coïncider la date d'une cession avec un calendrier plutôt qu'avec une opportunité de marché.
Deux dispositifs peuvent atténuer le scénario B, et il faut savoir lequel vous concerne. Le premier est le régime FIG, déjà décrit : il exige d’être qualifying new resident et se limite à quatre années. Le second est le rebasingau 5 avril 2017 de l’annexe 11 du Finance Act2025, dont le § 1(2) dispose que « P acquired the asset on 5 April 2017 for a consideration equal to its market value on that date ». Il vise une cohorte étroite mais réelle : les clients déjà installésqui n’ont jamais été domiciliés au Royaume-Uni et qui ont formulé au moins une revendication expresse de la remittance basisau titre d’une des années 2017-18 à 2024-25, l’application automatique ne comptant pas, pour un actif détenu au 5 avril 2017, non situé au Royaume-Uni du 6 mars 2024 au 5 avril 2025, et cédé le 6 avril 2025 ou après. Un immeuble français entre dans ce champ. La date de référence est le 5 avril 2017, pas le 5 avril 2025 : l’erreur circule, et elle coûte huit années de plus-value. Une élection irrévocable permet d’écarter le rebasing cession par cession, ce qui suppose une évaluation à la date de référence — à faire établir rétrospectivement si nécessaire, par un professionnel qualifié, avant la vente et non après.
Une précision technique que nous ne réglons pas : le calcul britannique se fait en livres sterling, sur un prix d’acquisition et un prix de cession convertis chacun à sa date. Un bien dont la valeur en euros n’a pas bougé peut donc dégager un gain en livres, ou l’inverse. La règle de conversion applicable et les taux à retenir n’ont pas été établis sur source primaire dans notre socle : c’est une question à poser au chartered tax adviser qui déposera la déclaration, avec les deux actes et les dates de formalité.
L’exonération britannique de résidence principale sur un bien français : le test des 90 nuits
Question fréquente, et qui ne reçoit presque jamais de réponse : la Private Residence Reliefbritannique peut-elle exonérer la plus-value de la maison française que vous occupiez avant de partir, ou que vous continuez d’occuper l’été ? Le mécanisme statutaire mérite d’être connu, parce qu’il est mesurable et qu’il se pilote.
La section 222B du TCGA 1992 répute le logement ne pas avoir été occupé comme résidence pendant toute non-qualifying tax year, définie comme une année où « (a) neither P nor P’s spouse or civil partner was resident for that tax year in the territory in which the dwelling-house is situated, and (b) the day count test was not met ». La section 222C définit ce test : « P meets that test for a tax year with respect to the dwelling-house if, during that year, P spends at least 90 days in one or more qualifying houses ». Un jour compte si l’intéressé est présent en fin de journée, ou présent dans la journée et y ayant passé la nuit suivante ; les jours passés par le conjoint comptent pour lui. L’exonération des neuf derniers mois de détention, elle, subsiste dans tous les cas.
Le texte que nous citons est territorialement neutre : il vise « the territory in which the dwelling-house is situated », sans dire Royaume-Uni. Lu littéralement, il s’applique donc à la maison française d’un résident britannique exactement comme à l’appartement londonien d’un non-résident : chaque année fiscale britannique où vous n’êtes pas résident de France et où vous passez moins de 90 nuits dans la maison est une année neutralisée. Nous devons cependant poser une réserve, et elle est réelle : notre socle documentaire a établi ces deux sections dans le contexte inverse — la cession d’un bien britannique par un non-résident — et signale que la règle ne s’applique aux cessions par des non-résidents que depuis 2015-16. Nous n’avons pas vérifié sur une source qui le dise expressément que la même mécanique gouverne la cession d’un bien français par un résident britannique. Ne construisez pas une stratégie de cession sur cette lecture sans la faire confirmer.
Ce que nous en retenons pour la conduite d’un dossier, c’est une habitude simple : si vous conservez une résidence en France que vous occupez régulièrement, comptez et documentez vos nuits, année fiscale britannique par année fiscale britannique. Billets, relevés bancaires, factures d’énergie, agenda. Personne ne reconstituera cela pour vous douze ans plus tard, et 89 nuits ne valent pas 90.
Déclarer, des deux côtés : le calendrier, les formulaires et les pièges de forme
Côté français, rien d’exotique : déclaration n° 2042 et annexes auprès du service des impôts des particuliers non-résidents, cases 8SH et 8SI de la 2042 C pour le taux de 7,5 %, et pour la plus-value une déclaration établie à l’occasion de la vente, le prélèvement de 19 % et les prélèvements sociaux étant acquittés au moment de la formalité — en pratique par le notaire, avec le représentant fiscal accrédité lorsqu’il est requis.
Côté britannique, la déclaration est la Self Assessment tax return, incluant les pages foreign (SA106), avec échéance de dépôt en ligne au 31 janvier suivant la fin de l’année fiscale — soit le 31 janvier 2028 pour l’année 2026-27. Un point de vigilance, parce qu’il piège les Français qui possèdent aussi au Royaume-Uni : l’obligation de déclarer et de payer sous 60 jours une plus-value immobilière vise les biens immobiliers situés au Royaume-Uni. La page HMRC consultée le 29 juillet 2026 ne l’étend pas aux immeubles étrangers. Votre plus-value française se déclare dans la déclaration annuelle, pas sous 60 jours ; mais si vous détenez aussi un bien londonien, la règle des 60 jours vous concerne pour celui-là, et aucun professionnel ne l’accomplit d’office — ni le solicitor, ni l’agent immobilier.
Pour obtenir les avantages conventionnels, l’article 30 § 2 de la convention exige la production d’une déclaration détaillant les revenus concernés etd’une attestation de l’administration fiscale de l’autre État confirmant la résidence. Pour un résident britannique, ce document est le certificate of residencedélivré par HMRC. Il se demande, il ne s’obtient pas automatiquement, et il faut le demander avant d’en avoir besoin.
| Poste | Imposition française | Imposition britannique | Élimination de la double imposition |
|---|---|---|---|
| Loyers d'un immeuble nu détenu en direct | Barème + taux minimum 20 / 30 % ; PS à 7,5 % ou 17,2 % | Overseas property business à l'income tax, assiette recalculée selon les règles britanniques | Crédit art. 24 § 1 a) pour l'impôt sur le revenu et le prélèvement de solidarité ; CSG et CRDS non imputables ; crédit nul en année FIG |
| Loyers d'un meublé (LMNP) | BIC au barème + taux minimum ; PS : champ non tranché | Résultat recalculé sans amortissement | Même crédit, mais capacité d'imputation réduite parce que l'impôt français est faible |
| Distributions d'une SCI à l'impôt sur le revenu | Impôt de l'associé sur sa quote-part, qu'il y ait distribution ou non | Dividendes de société non résidente : 10,75 / 35,75 / 39,35 % pour 2026-27 | Correspondance non établie entre l'impôt français payé et le revenu britannique imposé : hypothèse défavorable à provisionner |
| Distributions de SCPI françaises | Quote-part de revenus fonciers imposable en France, avec PS | Qualification britannique non établie : la liste HMRC ne mentionne pas la SCPI | Si opacité retenue : double imposition économique sans crédit. À provisionner |
| Plus-value de cession de l'immeuble | Prélèvement de 19 % (art. 244 bis A) + PS, après abattements pour durée | Capital gains tax à 18 % ou 24 % pour 2026-27, sans abattement pour durée, AEA de 3 000 £ | Le Royaume-Uni élimine (art. 24 § 4 b)) ; crédit nul si la France a exonéré |
| Plus-value de cession de parts de SCI ou de SCPI à prépondérance immobilière | Art. 14 § 2 : France, par l'article 244 bis A | Capital gains tax sur une cession de titres étrangers | Crédit art. 24 § 1 a), plafonné à l'impôt britannique sur le même gain |
| Transmission par décès de l'immeuble | Droits de mutation français sur l'immeuble situé en France | Inheritance Tax sur le patrimoine mondial dès que le défunt est long-term UK resident | Convention du 21 juin 1963 : article 4 a) pour le situs, article 5 § 1 pour l'exonération réciproque. Articulation avec la réforme de 2025 non tranchée |
L’immeuble français dans l’Inheritance Tax : le rendez-vous de la onzième année
Ce chapitre serait incomplet sans ce point, parce qu’il est le plus coûteux et le moins traité. Depuis le 6 avril 2025, l’Inheritance Tax britannique ne se déclenche plus sur le domicile mais sur la résidence de longue durée. L’article 267 de l’IHTA 1984, siège historique du deemed domicile, est abrogé. La notion qui le remplace est celle de long-term UK resident, définie au nouvel article 6A : est long-term UK residentà tout moment d’une année fiscale la personne qui a été résidente du Royaume-Uni « for at least 10 of the previous 20 tax years ».
Dès ce seuil franchi, votre patrimoine mondialentre dans l’assiette de l’Inheritance Tax— l’appartement de Bordeaux, les parts de SCPI, le compte-titres, le PEA, l’assurance-vie. Le critère est mécanique et se franchit sans décision : personne ne vous écrit pour vous prévenir. La rémanence après le départ est graduée de trois à dix années fiscalesselon le nombre d’années de résidence dans les vingt dernières, et le compteur se remet à zéro après dix années consécutives de non-résidence. Un Français rentré en France après seize ans à Londres reste dans le champ de l’Inheritance Taxbritannique pendant six années fiscales, sur son patrimoine français. Et le régime FIG ne protège pas de cet impôt : le compteur court en parallèle, pendant la fenêtre de quatre ans comme après.
Deux nuances doivent être portées, et elles inversent parfois le résultat. La première est transitoire : ceux qui étaient déjà partis au 6 avril 2025relèvent de l’ancien test de domicile réputé — quinze années fiscales sur les vingt précédentes ET résidence sur l’une au moins des quatre dernières —, sauf s’ils étaient domiciliés au Royaume-Uni au sens de la common lawau 30 octobre 2024 (HMRC IHTM47021). Le calcul n’est donc pas le même selon la date de votre départ. La seconde est conventionnelle. La convention franco-britannique du 21 juin 1963continue de s’appliquer aux successions ; son article 4 a) localise les immeubles au lieu de leur situation, son article 4 g) transperce expressément la SCI en la localisant au lieu de situation des immeubles exploités conformément à l’objet social, et son article 5 § 1 dispose que, lorsque le défunt était domicilié en France, « aucun impôt n’est prélevé en Grande-Bretagne sur les biens qui ne sont ni situés en Grande-Bretagne, ni transmis en vertu d’une disposition ou d’une dévolution régies par la législation en vigueur dans une partie quelconque de la Grande-Bretagne ».
La formulation que nous retenons, et que nous ne dépassons pas
La convention franco-britannique du 21 juin 1963 continue de s’appliquer aux successions et répartit le droit d’imposer en fonction du domicile, notion que le droit interne britannique n’utilise plus comme critère d’assujettissement à l’Inheritance Taxdepuis le 6 avril 2025.L’articulation entre les deux systèmes n’a fait l’objet d’aucune prise de position publiée à la date de rédaction. Toute succession franco-britannique doit être examinée par un spécialiste.
Ce que cette réserve signifie concrètement pour votre immeuble : il est possible que la convention de 1963 continue de protéger un bien français appartenant à une personne dont le common law domicileest resté français, alors même qu’elle est devenue long-term UK resident. C’est plaidable, et c’est plaidé. Ce n’est pas établi. Nous ne construisons aucune stratégie de transmission sur cette base, et nous déconseillons formellement à quiconque de le faire sans une consultation écrite, conjointe, d’un notaire français et d’un solicitor anglais.
Instruire votre immobilier français avant le départ, et pas l'année de la vente
Nous instruisons un dossier « immobilier français conservé » dans l'ordre où il produit ses effets : qualification conventionnelle de chaque flux, arbitrage entre taux minimum et taux moyen, éligibilité au taux de 7,5 % et documentation de l'affiliation, reconstitution du résultat locatif selon les règles britanniques pour mesurer la capacité réelle d'imputation, examen de la structure de détention en direct, en indivision ou en SCI, calendrier des cessions au regard des deux exonérations, du représentant fiscal accrédité et de la fenêtre FIG, et positionnement du compteur des dix années de l'Inheritance Tax. Sur la qualification britannique de la SCPI, sur la SCI opaque et l'occupation à titre gratuit, sur les prélèvements sociaux de la location meublée et sur toute succession franco-britannique, la mise en relation avec des avocats fiscalistes des deux côtés et, le cas échéant, avec un notaire français et un solicitor anglais fait partie de l'accompagnement.
Faire tourner les deux calendriers : où poser la date d’une vente
Cinq calendriers se croisent sur une seule vente immobilière, et ils ne s’alignent presque jamais spontanément. L’année civile française, qui détermine l’année de déclaration des loyers et le point de départ du délai de l’exonération de l’ancienne résidence principale. L’année fiscale britannique du 6 avril au 5 avril, qui détermine le taux applicable, l’usage de l’abattement annuel de 3 000 £ et la revendication du régime FIG. Le décompte des années de détention côté français, qui décide des abattements. Le décompte des années de résidence côté britannique, qui décide de l’Inheritance Tax. Et la fenêtre de quatre années du régime FIG.
Quelques règles de conduite en découlent, et elles ne sont pas symétriques.
| Situation | Ce qui commande la date | Ce qu'il faut vérifier avant de signer |
|---|---|---|
| Vous partez et vous vendez l'ancienne résidence principale | Le 31 décembre de l'année suivant le transfert du domicile fiscal | Que le bien n'ait été mis à disposition de personne entre-temps, et que vous n'ayez pas déjà utilisé cette exonération |
| Vous êtes qualifying new resident et vous détenez un bien très ancien | La fenêtre FIG : c'est la seule période où l'exonération française n'est pas neutralisée par la capital gains tax britannique | Le coût de la revendication FIG pour l'année : perte de la personal allowance et de l'annual exempt amount, effet sur l'adjusted net income |
| Vous approchez de la 22e ou de la 30e année de détention | Le calendrier français des abattements, mais seulement si l'impôt britannique est neutralisé la même année | Que l'exonération française ne se traduise pas par une simple substitution d'impôt au profit de HMRC |
| Vous vendez au cours de l'année du départ | Le chapitre 11 : le découpage de l'année et la date exacte du transfert de domicile | Le statut de résident ou de non-résident au jour de la cession, qui change le régime applicable de bout en bout |
| Vous cédez des parts de SCI ou de SCPI | L'article 14 § 2 et le prélèvement de l'article 244 bis A côté français ; l'année fiscale britannique côté CGT | Le caractère de prépondérance immobilière au sens conventionnel, qui n'est pas la définition française de l'IFI ni celle du 244 bis A |
| Vous approchez de la dixième année de résidence britannique | Le compteur de l'Inheritance Tax, qui ne dépend d'aucune de vos décisions patrimoniales | L'historique de résidence année fiscale par année fiscale, reconstitué sur le Statutory Residence Test, sur vingt ans |
Ce qui coûte plus cher qu’on ne le dit, et les cas où il ne faut pas garder
Un guide qui ne dit que du bien de la conservation d’un immeuble français est un guide commercial. Voici la liste des coûts que nous voyons se matérialiser sur les dossiers réels, et que personne ne chiffre au moment de la décision.
La gestion à distance.Un mandat de gestion locative coûte un pourcentage des loyers encaissés, auquel s’ajoutent les frais de relocation. Depuis Londres, ce mandat cesse d’être une option de confort et devient une nécessité : vous ne pouvez pas faire un état des lieux un mardi après-midi. Ce poste réduit d’autant le rendement net, et il est déductible en France comme au Royaume-Uni — ce qui ne le rend pas gratuit.
Le représentant fiscal accrédité.Un pourcentage du prix de cession, dû le jour de la vente, hors des trois dispenses. Sur une vente à 500 000 €, ce n’est pas une ligne négligeable, et elle n’existait pas avant le Brexit.
L’IFI sans plafonnement.Le chapitre 15 le détaille : le non-résident est imposé sur ses seuls biens français, ce qui réduit l’assiette, mais le plafonnement de l’article 979 lui est fermé. Pour un patrimoine immobilier français important et des revenus français faibles — exactement le profil du bailleur expatrié —, la perte du plafonnement peut coûter plus que le rétrécissement de l’assiette ne rapporte.
La complexité déclarative permanente.Deux déclarations par an, dans deux pays, sur deux périodes différentes, avec deux monnaies et un crédit d’impôt à justifier. Un accountant britannique compétent sur les revenus étrangers facture son intervention, et il la facture tous les ans, pas une fois.
Le coût d’opportunité du capital immobilisé.C’est le poste le plus lourd et le moins visible. Un appartement de 400 000 € conservé pour de mauvaises raisons immobilise un capital qui, dans une autre allocation, aurait un profil de liquidité et de fiscalité tout autre — notamment pendant une fenêtre FIG, où la cession d’actifs échappe à l’impôt britannique.
Et voici les cas où, selon nous, il ne faut pas garder. Ce sont des opinions motivées, pas des règles.
Cinq situations où conserver l'immeuble français est probablement une mauvaise décision
Vous partez pour longtemps et le bien approche de sa 22e année de détention.L’exonération française qui arrive n’aura pour effet, une fois résident britannique et hors fenêtre FIG, que de transférer la plus-value entière à HMRC. Le calcul de la vente avant le départ, ou pendant la fenêtre FIG, est presque toujours meilleur — et il se fait avant de signer le bail londonien, pas trois ans après.
Le bien est un LMNP largement amorti.L’amortissement, qui rendait l’opération intéressante en France, cesse de produire son effet au Royaume-Uni et prive en outre du crédit d’impôt. Le rendement net après impôt britannique est souvent très inférieur à ce que le tableau de simulation d’origine annonçait.
Le bien est fortement endetté et le taux marginal britannique est de 40 ou 45 %. La restriction des charges financières transforme le levier en handicap fiscal : vous êtes imposé sur un revenu que les intérêts ont absorbé, et la réduction d’impôt à 20 % — 22 % à compter de 2027-28 — ne compense pas un taux marginal deux fois supérieur.
Vous êtes retraité et titulaire d’un formulaire S1 français.Le point n’est pas tranché, mais les deux lectures convergent vers 17,2 % et non 7,5 %, dont 9,7 points de charge définitive. Sur un rendement locatif net de 3 %, cela ampute environ un dixième du revenu, chaque année, sans contrepartie.
Le bien est détenu par une SCI qui capitalise sans distribuer.Le décalage entre la translucidité française et l’opacité britannique fabrique une distribution future imposée comme dividende étranger, face à un impôt français payé des années plus tôt sur un revenu d’une autre nature. Tant que le traitement du crédit n’est pas établi, c’est un risque qui grossit chaque année.
Symétriquement, et pour ne pas donner une image fausse : garder reste souvent le bon choix. Un bien peu endetté, détenu en direct, dont le résultat foncier est franchement positif des deux côtés, loué nu, avec un bailleur affilié au National Insurance, supporte au total le taux marginal britannique et rien de plus. La double imposition est éliminée, la charge définitive est nulle, et le patrimoine reste en euros dans un pays dont vous connaissez le droit. Ce cas représente la majorité des dossiers. Ce chapitre n’est pas un plaidoyer pour vendre : c’est un plaidoyer pour calculer avant de partir.
Huit affirmations qui circulent, et qu’il ne faut pas reprendre
| Ce qui s'écrit | Ce qui est exact |
|---|---|
| « Le Brexit fait passer vos revenus fonciers français à 17,2 % de prélèvements sociaux » | La position administrative en vigueur maintient l'exonération de CSG et de CRDS pour les personnes affiliées à un régime britannique, sous trois conditions : seul reste dû le prélèvement de solidarité de 7,5 %. La FAQ Brexit annonçant l'inverse a été rédigée avant le 1er janvier 2021, au futur |
| « Vous perdez l'exonération de 150 000 €, le Royaume-Uni n'étant plus dans l'EEE » | La condition du 2° du II de l'article 150 U est une condition de nationalité, pas de résidence. Elle reste ouverte au ressortissant français, et fermée au ressortissant britannique |
| « L'exonération de l'ancienne résidence principale suppose de partir dans l'Union » | L'article 244 bis A pose une condition d'instruments d'assistance, remplie par le Royaume-Uni selon le constat exprès de la DGFiP, dont le fondement textuel ne figure dans aucune des deux conventions bilatérales et n'est pas établi à la date de rédaction. Trois conditions supplémentaires s'appliquent, dont le délai au 31 décembre de l'année suivante |
| « Les résidents britanniques sont dispensés de représentant fiscal » | Contresens de lecture : la phrase invoquée figure dans la réponse consacrée à l'exit tax, pas aux plus-values immobilières. La question 6 de la même FAQ conclut à l'obligation |
| « Après 30 ans, la plus-value est exonérée » | En France seulement. La capital gains tax britannique ne connaît aucun abattement pour durée de détention, et l'absence d'impôt français supprime le crédit d'impôt : la plus-value est intégralement imposée au Royaume-Uni, à 18 % ou 24 % pour 2026-27 |
| « La SCI protège l'immeuble en cas de succession franco-britannique » | L'article 4 g) de la convention du 21 juin 1963 localise les parts de SCI au lieu de situation des immeubles. La convention transperce la SCI et le fait explicitement |
| « Le régime FIG met votre patrimoine français à l'abri » | Il porte sur l'impôt sur le revenu et sur les gains, pas sur l'Inheritance Tax, dont le compteur des dix années sur vingt court en parallèle. Il ne change rien non plus à l'impôt français |
| « Le meublé de tourisme reste avantageux au Royaume-Uni » | Le régime des furnished holiday lettings est supprimé pour les années ouvertes à compter du 6 avril 2025 (Finance Act 2025, s. 25 et annexe 5), et les anciens meublés de tourisme entrent désormais dans le champ de la restriction des charges financières |
Ce que ce chapitre ne tranche pas, et les questions exactes à poser
Six points de ce chapitre ne sont pas établis. Nous les listons avec la question à poser et les pièces à réunir, parce qu’un point ouvert signalé vaut mieux qu’une certitude fabriquée, et parce qu’un rendez-vous d’avocat mal préparé coûte une consultation pour rien. Aucun de ces points ne doit être arbitré par vous seul avant un acte irréversible : une vente, une mise en location, un apport en SCI, une option pour l’impôt sur les sociétés.
Six points à arbitrer avec nos avocats partenaires spécialisés sur le Royaume-Uni
- Les prélèvements sociaux sur la location meublée.Question à poser : les bénéfices industriels et commerciaux de location meublée d’un non-résident entrent-ils dans le champ du I bis de l’article L. 136-6 du code de la sécurité sociale, qui ne vise que le adu I de l’article 164 B du CGI, alors que les revenus d’exploitations sises en France relèvent du c ? Pièces : liasses fiscales des trois derniers exercices, avis d’imposition faisant apparaître les prélèvements sociaux, et le cas échéant la réponse écrite du service des impôts des particuliers non-résidents à une demande antérieure.
- Le formulaire S1 et le taux de 7,5 %.Question à poser : un retraité français résidant au Royaume-Uni, dont les soins sont pris en charge par la France au moyen d’un S1, remplit-il la première et la troisième condition du I ter des articles L. 136-6 et L. 136-7 du code de la sécurité sociale ? Pièces : le S1 et sa date de délivrance, l’attestation d’enregistrement auprès du NHS, les justificatifs d’affiliation au National Insurancele cas échéant, et les avis d’imposition des trois dernières années.
- La SCI opaque : distributions, crédit d’impôt et occupation à titre gratuit. Questions à poser : l’impôt français acquitté par l’associé sur sa quote-part de résultat translucide ouvre-t-il droit à un crédit lorsque HMRC impose ultérieurement la distribution comme dividende de source étrangère ? Et quel traitement britannique pour l’occupation à titre gratuit d’un bien de la SCI par un associé résident du Royaume-Uni ? Pièces : statuts, répartition des parts, comptes des trois derniers exercices, historique des distributions, convention d’occupation ou absence de convention, valeur locative du bien.
- La qualification britannique de la SCPI.Question à poser : HMRC traite-t-il une SCPI française comme transparente ou opaque, et un non-statutory clearanceest-il opportun ? Pièces : statuts, note d’information, dernier rapport annuel, relevé de parts et bulletins de distribution des trois dernières années. La liste HMRC INTM180030, consultée le 29 juillet 2026, ne mentionne pas la SCPI ; l’hypothèse défavorable est l’opacité.
- La Private Residence Relief sur un bien situé en France.Question à poser : les sections 222B et 222C du TCGA 1992, dont la rédaction vise « the territory in which the dwelling-house is situated », s’appliquent-elles à la cession, par un résident britannique, d’un logement français qu’il occupe plus ou moins de 90 nuits par année fiscale ? Pièces : relevé des séjours année fiscale par année fiscale avec justificatifs, actes d’acquisition, éventuelle déclaration de nomination de résidence principale.
- L’articulation de la convention de 1963 avec une Inheritance Tax fondée sur la résidence. Question à poser : comment fonctionne un tie-breaker reposant sur le domicile lorsque l’État qui l’applique a abandonné le domicile comme critère d’assujettissement ? L’article 5 § 1 protège-t-il l’immeuble français du défunt resté domicilié en France au sens du common law ? Pièces : état civil complet, historique de résidence année fiscale par année fiscale sur vingt ans, inventaire du patrimoine par situs, statuts des sociétés de détention. Ce point se traite avec un notaire français et un solicitor anglais, ensemble.
Trois précisions de méthode complètent cette liste. Le barème annuel des abattements pour durée de détention et les paramètres de la surtaxe de l’article 1609 nonies G n’ont pas été rétablis sur source primaire dans notre socle documentaire : nous ne les reproduisons pas, et le calcul se demande par écrit au notaire avant le compromis. L’application des nouveaux taux « property » de 2027-28 aux revenus fonciers de source étrangère n’est pas confirmée : la page GOV.UK ne le dit pas expressément, la note technique renvoie à une partie de l’ITTOIA qui régit aussi l’overseas property business, et nous ne concluons pas. Enfin, aucune décision juridictionnelle n’est citée dans ce chapitre : les recherches menées le 29 juillet 2026 n’ont pas permis de retrouver, avec juridiction, date, numéro et objet concordants, de décision portant sur les points litigieux exposés ici. Une absence de citation ne vaut pas absence de jurisprudence.
Portée de ce chapitre
Ce chapitre expose l’état du droit au 29 juillet 2026, année fiscale britannique de référence 2026-27(6 avril 2026 – 5 avril 2027). Sources françaises : CGI, articles 8, 150 U, 164 B, 182 A, 182 B, 197, 197 A, 197 B, 235 ter, 244 bis A, 244 bis B, 964, 979 et 1609 nonies G ; code de la sécurité sociale, articles L. 136-6, L. 136-7 et L. 136-8 dans sa rédaction issue de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, article 65, en vigueur depuis le 27 juin 2026 ; loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, article 4 ; doctrine BOFiP citée avec ses identifiants et ses dates, dont BOI-IR-DOMIC-10-20-10 du 6 avril 2017, BOI-RFPI-PVINR-20-20 du 29 juin 2022 et BOI-RFPI-PVINR-30-20 du 22 janvier 2025 ; pages impots.gouv.fr citées avec leur date de mise à jour, dont la page « Plus-values immobilières » (international) du 5 juillet 2022 et la FAQ des non-résidents du 19 juillet 2023, ainsi que les deux versions de la FAQ Brexit de la DGFiP, du 16 février 2021 et du 14 janvier 2022.
Sources conventionnelles et britanniques : convention France–Royaume-Uni du 19 juin 2008, texte consolidé avec la convention multilatérale BEPS, articles 2, 6, 14, 24, 27, 28, 29 et 30 et point 4 du protocole ; convention France–Royaume-Uni du 21 juin 1963 en matière de successions, articles 3, 4 et 5 ; protocole en matière de coordination de la sécurité sociale de l’accord de commerce et de coopération du 30 décembre 2020, article SSC.10 ; Income Tax Act2007, sections 6D et 16A ; Income Tax (Trading and Other Income) Act2005, partie 3 et sections 272A, 274AA et 274C ; Taxation of Chargeable Gains Act1992, sections 222B et 222C ; Taxation (International and Other Provisions) Act2010, section 33 ; Inheritance Tax Act 1984, sections 6A et 267 ; Finance Act2025 (c. 8), section 25 et annexes 5, 11 et 13 ; Finance Act2026 (c. 11), sections 6 et 7 et annexe 1, § 40 ; manuels HMRC cités avec leur date de mise à jour, dont DT7261 du 7 juillet 2026, INTM180030 du 24 juillet 2026, IPTM7745 du 3 février 2026, PIM2058, PIM4165 à PIM4190 et IHTM47020 ; pages GOV.UK citées avec leur date de publication, dont Income Tax rates and Personal Allowances, Tax-free allowances on property and trading income, Capital Gains Tax rates and annual tax-free allowances et Check if you can claim the 4-year foreign income and gains regimedu 6 avril 2025.
Les barèmes britanniques reproduits sont ceux d’Angleterre, du pays de Galles et d’Irlande du Nord ; l’Écosse applique ses propres taux sur les revenus non financiers, dont les revenus fonciers, et la portée galloise du barème de 2027-28 n’est pas écrite en clair dans la source. Les données fiscales de ce chapitre se périment annuellement, à des dates différentes de chaque côté : au 1er janvier ou à une date propre côté français, le 6 avril côté britannique. Ce chapitre ne constitue ni une consultation juridique ni une garantie de traitement fiscal. Les chiffrages sont des illustrations construites sur des hypothèses explicites, arrondies, et non des prévisions ; les contre-valeurs en livres sterling reposent sur une parité retenue pour l’exemple et non sur un taux officiel. Le cabinet est enregistré à l’ORIAS sous le numéro 23002291 et intervient en qualité de conseiller en investissements financiers, courtier d’assurance et courtier en opérations de banque et en services de paiement ; les points de qualification fiscale internationale se traitent avec des avocats fiscalistes français et britanniques, et les successions franco-britanniques avec un notaire français et un solicitor anglais.
18. Louer un bien britannique : le régime du bailleur non résident
La question arrive presque toujours sous la même forme. « Je garde l’appartement de Londres et je le loue : qu’est-ce que ça me rapporte ? » Elle est posée par trois personnes différentes qui croient poser la même question. Le Français encore à Paris qui veut acheter un studio à Tower Hamlets pour le louer. Le Français installé à Londres depuis six ans qui achète un deuxième bien. Et celui qui rentre en France en gardant le sien, parce qu’il n’a pas envie de vendre au creux du marché. Les trois relèvent de règles différentes, et deux des trois relèvent d’un régime dont ils n’ont jamais entendu parler : le Non-resident Landlord Scheme, qui organise une retenue à la source sur leurs loyers.
Ce chapitre répond à la question du rendement, mais il commence par répondre à une question préalable que personne ne pose : qu’est-ce qui, exactement, est imposé. Parce que depuis 2020-21, le fisc britannique n’impose plus le bénéfice du bailleur particulier. Il impose son loyer avantintérêts d’emprunt, et lui rend ensuite une fraction du coût de la dette sous forme de réduction d’impôt. Un mécanisme étranger à la logique du code général des impôts français, où les intérêts restent déductibles des revenus fonciers, et qui produit un résultat qu’un lecteur français n’anticipe : sur un dossier à fort levier, l’impôt britannique peut excéder plusieurs fois le bénéfice économique de l’opération. Nous le chiffrons plus bas, sur un cas complet, et le résultat est négatif de 5 670 £ par an.
Le chapitre traite ensuite ce que l’on vous proposera comme remède — la détention par société — en en donnant l’addition entière et non le seul avantage. Puis les plus-values, avec un délai déclaratif de soixante joursqu’aucun professionnel n’accomplira à votre place, et une exonération de résidence principale qui existe bel et bien mais qui exige, d’un non-résident, qu’il passe 90 nuits par année fiscale dans le logement. Il se termine par un rendement net, poste par poste, sans les fourchettes de gestion locative que tout le monde recopie et que personne ne source.
Deux avertissements de calendrier commandent la lecture. Le premier : l’année fiscale britannique court du 6 avril au 5 avril. L’année 2026-27couvre le 6 avril 2026 au 5 avril 2027. Tous les seuils, taux et abattements cités ici portent leur année fiscale, et un chiffre « de 2026 » sans cette précision ne veut rien dire. Le second : la retenue à la source du bailleur non résident ne suit pasl’année fiscale. Elle se règle par trimestres civils s’achevant les 30 juin, 30 septembre, 31 décembre et 31 mars. Le trimestre se ferme cinq jours avant l’année fiscale, et ces cinq jours sont une source d’erreur récurrente de rapprochement.
Un dernier mot sur le vocabulaire, avant d’entrer dans le détail. Nous conservons les termes britanniques qui n’ont pas d’équivalent français exact, parce que les franciser rend les sources introuvables. Le freeholdest la pleine propriété perpétuelle ; le leaseholdest un droit d’occupation à durée déterminée, souvent très longue, consenti par le freeholder— c’est sous cette forme que se détient l’immense majorité des appartements anglais, et ce n’est pas une copropriété. Le ground rent est le loyer foncier dû au freeholder, la service charge la charge de copropriété. Le letting agentest l’administrateur de biens. Chacun est expliqué à sa première occurrence utile.
Champ territorial de ce chapitre
Les barèmes d’impôt sur le revenu reproduits ici sont ceux d’Angleterre, du pays de Galles et d’Irlande du Nord. Un contribuable écossais relève de six tranches distinctes en 2026-27 — 19 %, 20 %, 21 %, 42 %, 45 % et 48 %au-delà de 125 140 £ — et ces taux s’appliquent aux revenus non financiers, revenus fonciers compris. La qualité de contribuable écossais se détermine par la résidence de la personne, non par la situation de l’immeuble : pour un bailleur non résident détenant en Écosse, ce point doit être vérifié avec un fiscaliste britannique couvrant l’Écosse avant tout chiffrage.
Les droits de mutation diffèrent également : Stamp Duty Land Tax en Angleterre et en Irlande du Nord, Land and Buildings Transaction Tax en Écosse, Land Transaction Taxau pays de Galles. Les pages officielles consultées le 29 juillet 2026 ne font état d’aucun leasehold résidentiel en Écosse. Les majorations de council taxsur résidences secondaires citées ici sont anglaises ; le pays de Galles autorise des majorations supérieures et l’Écosse a son propre régime, dont les niveaux n’ont pas été revérifiés dans le cadre de l’arrêté de nos sources. Enfin, la High Value Council Tax Surcharge annoncée pour avril 2028 est une mesure anglaise uniquement.
Qui est « bailleur non résident » : trois tests de résidence qu’il ne faut jamais confondre
Le dossier immobilier britannique fait cohabiter au moins trois définitions différentes de la non-résidence, et elles ne donnent pas le même résultat pour la même personne à la même date. C’est la première source d’erreur, et elle est structurelle : chacun de ces tests a été écrit pour un impôt différent, à une époque différente, sans souci de cohérence avec les autres.
| Test | Ce qu’il sert à déterminer | Critère | Ce qu’il ne fait PAS |
|---|---|---|---|
| Statutory Residence Test (Finance Act 2013, annexe 45) | Votre résidence fiscale britannique, donc l’étendue de votre assujettissement à l’income tax et à la capital gains tax | Batterie de tests automatiques et de tests d’attaches, en jours et en liens familiaux, professionnels et de logement | Il ne détermine ni votre statut au regard de la retenue sur les loyers, ni votre statut au regard de la surtaxe de mutation. Le chapitre 05 le traite intégralement |
| Non-resident Landlord Scheme — « usual place of abode » hors du Royaume-Uni | L’obligation, pour votre agent ou votre locataire, de retenir 20 % de vos loyers avant de vous les verser | Résidence habituelle hors du Royaume-Uni, appréciée par une absence de plus de six mois par an. HMRC vise le bailleur « who lives abroad for more than 6 months of the year » | Il n’est pas le Statutory Residence Test. On peut être résident britannique au sens du SRT et néanmoins tomber dans le champ de la retenue, et l’inverse est également concevable |
| Surtaxe SDLT de 2 % pour acquéreur non résident | Le taux du droit de mutation dû à l’acquisition d’un logement en Angleterre ou en Irlande du Nord | Ne pas avoir été présent au Royaume-Uni au moins 183 jours au cours des 12 mois précédant l’acquisition | HMRC écrit expressément que ce test est propre au SDLT et n’est pas le Statutory Residence Test. La confusion entre les deux se paie 2 points sur le prix — mais la surtaxe est remboursable si l’acquéreur totalise au moins 183 jours de présence au Royaume-Uni sur une période continue de 365 jours comprise entre 364 jours avant et 365 jours après la date d’effet de la transaction |
| Test de non-résidence des SOCIÉTÉS pour la même surtaxe de 2 % | Le taux du droit de mutation dû par une personne morale | N’être pas résident britannique pour les besoins de la corporation tax à la date d’effet de la transaction — mais aussi, pour une société britannique, être une close company sous contrôle direct ou indirect de non-résidents, satisfaire le non-UK control test et ne pas être une excluded company | Il n’exonère pas une société britannique constituée par une famille française : elle sera traitée comme non résidente pour la surtaxe. Le réflexe « je constitue une Ltd anglaise » ne fonctionne pas |
Le quatrième test du tableau mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il ferme une porte que beaucoup croient ouverte. La réaction naturelle d’une famille française à qui l’on annonce une surtaxe de 2 points réservée aux acquéreurs non résidents est de constituer une société britanniquepour acheter. HMRC a prévu le cas : une société britannique qui est une close company, placée sous le contrôle direct ou indirect de personnes non résidentes, et qui satisfait le non-UK control test sans être une excluded company, est traitée comme non résidentepour cette transaction. La surtaxe s’applique. Et le véhicule sociétaire en déclenche d’autres : nous y venons.
Pour le reste de ce chapitre, « bailleur non résident » s’entend au sens du Non-resident Landlord Scheme, c’est-à-dire du bailleur dont la résidence habituelle est hors du Royaume-Uni. C’est le statut du Français resté en France qui investit à Londres, et c’est aussi celui du Français reparti de Londres en conservant son appartement — situation la plus fréquente, et la moins bien traitée.
La retenue de 20 % : qui prélève, sur quoi, et à quelles dates
Le mécanisme est simple dans son principe et brutal dans sa trésorerie. Lorsque le bailleur réside habituellement hors du Royaume-Uni, la personne qui encaisse le loyer doit en prélever une fraction et la verser à HMRC. Cette fraction n’est pas un impôt définitif : c’est une avance, imputable sur l’impôt réellement dû, et remboursable si elle l’excède. Mais elle est prélevée avantque quiconque ait calculé votre impôt réel, et sur une assiette qui ignore votre abattement personnel comme la réduction d’impôt pour charges financières. Sur un dossier endetté, elle immobilise chaque année plusieurs milliers de livres dont vous ne récupérerez la disposition qu’après liquidation.
| Élément | Règle applicable |
|---|---|
| Qui doit prélever — l’agent | Le letting agent, quel que soit le montant du loyer, sauf autorisation écrite de HMRC. Est letting agent la personne qui participe à la gestion de l’activité locative, encaisse les loyers ou en contrôle la destination, ET qui réside au Royaume-Uni plus de six mois par an |
| Qui doit prélever — le locataire | À défaut d’agent, le locataire lui-même, mais seulement s’il verse plus de 100 £ par semaine à un bailleur résidant à l’étranger. En deçà, il n’a pas à retenir |
| Exonération du tenant finder | Pas d’obligation si l’intermédiaire encaisse pour trois mois au maximum et que l’impôt dû n’excède pas 100 £ |
| Taux de la retenue | Le taux de base de l’impôt sur le revenu, soit 20 % en 2026-27 |
| Assiette | Le loyer net des dépenses déductibles admises par le régime |
| Versement à HMRC | Dans les 30 jours de la fin de chaque trimestre : 30 juin, 30 septembre, 31 décembre, 31 mars |
| Déclaration annuelle de l’agent | Formulaire NRLY, au plus tard le 5 juillet |
| Attestation remise au bailleur | Formulaire NRL6, au plus tard le 5 juillet. C’est la pièce qui justifie l’imputation de la retenue : la réclamer systématiquement |
| Enregistrement des agents | Formulaire NRL4 |
| Dispense de retenue | Autorisation écrite de HMRC, sur demande. HMRC peut refuser, demander des informations complémentaires, et retirer l’agrément ultérieurement |
Trois précisions pratiques que l’énoncé de la règle ne fait pas apparaître. La première tient au calendrier. Les trimestres du régime sont des trimestres civils, qui se ferment le 31 mars, alors que l’année fiscale se ferme le 5 avril. Il y a donc chaque année cinq jours de loyer qui appartiennent à l’année fiscale N mais au trimestre de l’année N+1. Si vous rapprochez votre attestation NRL6 de votre déclaration annuelle sans en tenir compte, vos deux chiffres ne tomberont jamais juste, et vous perdrez une demi-journée à chercher une erreur qui n’existe pas.
La deuxième tient au locataire. Le seuil de 100 £ par semaine est dérisoire : le loyer moyen londonien de juin 2026 s’établit à 2 302 £ par mois, soit plus de cinq fois ce seuil. Tout locataire qui vous verse directement un loyer londonien est donc, en droit, tenu de retenir 20 %. Dans les faits, il ne le sait pas, et il ne le fait pas. La régularisation, quand elle survient, ne vous est pas indolore : c’est votre impôt qui n’a pas été payé.
La troisième tient au taux applicable après le 6 avril 2027, et il faut être franc : le point n’est pas établi. La retenue est faite « au taux de base ». Or la Finance Act 2026 crée un property basic ratede 22 % et a substitué, dans plusieurs dispositions de l’ITTOIA 2005, la référence au property basic rate à celle du basic rategénéral. Nous n’avons pas établi si la retenue du Non-resident Landlord Schemesuit ce mouvement et passe à 22 % au 6 avril 2027, ou si elle reste indexée sur le taux de base général de 20 %. Ce qui manque pour trancher : la disposition qui porte le taux de la retenue et son éventuel amendement par la loi de 2026. À faire vérifier avant de calibrer une trésorerie 2027-28.
Percevoir les loyers bruts : la demande NRL1, et ce qu’elle ne fait pas
HMRC peut autoriser par écrit le versement du loyer brut. Pour une personne physique, la demande se fait par le formulaire NRL1. L’administration approuve si le formulaire est complet et exact, et si elle est convaincue que le bailleur respectera ses obligations fiscales britanniques. Elle peut refuser, demander des informations complémentaires, et retirer l’agrément après l’avoir accordé.
Deux malentendus circulent sur cette autorisation, et ils se corrigent en une phrase chacun. L’agrément ne dispense pas d’impôt : il supprime la retenue. Le bailleur reste intégralement redevable de l’impôt britannique sur ses loyers, et il le déclare par Self Assessment. Et l’agrément se demande : il n’est pas de droit, il n’est pas automatique, et personne ne le sollicitera pour vous. Un agent immobilier londonien qui reçoit un mandat de gestion d’un propriétaire à adresse française applique la retenue, parce que c’est sa responsabilité personnelle qui est engagée s’il ne le fait pas.
L’enjeu de trésorerie mérite d’être chiffré, parce qu’il est la seule raison d’engager la démarche. Reprenons l’appartement londonien moyen : un loyer de 2 302 £ par mois, soit 27 624 £par an, et 5 000 £ de charges non financières — hypothèse de travail, nous y reviendrons, et non une donnée sourcée. Si les charges financières ne sont pas admises en déduction de l’assiette de la retenue, celle-ci porte sur 22 624 £ et s’élève à 4 524,80 £ par an. Si elles le sont, et sur un dossier endetté à hauteur de 20 900 £ d’intérêts annuels, elle tombe à 344,80 £. La page GOV.UK consultée le 29 juillet 2026 énonce que l’assiette est le loyer net des dépenses déductibles admises par le régime, sans détailler le sort des charges financières depuis la réforme de 2020-21. C’est une question à poser à votre agent par écrit avant de signer le mandat de gestion, et à faire confirmer par un conseil britannique : entre les deux hypothèses, l’écart de trésorerie annuel est de 4 180 £.
Le cas où la retenue est intégralement excédentaire
Nous chiffrons plus bas le cas d’un résident de France dont le seul revenu britannique est ce loyer : son impôt britannique dû au titre de 2026-27 ressort à zéro, par le jeu de l’abattement personnel et de la réduction d’impôt pour charges financières. Sans agrément, il aura pourtant supporté jusqu’à 4 524,80 £ de retenue, récupérables seulement après dépôt de sa déclaration annuelle et traitement par HMRC. Sur cinq ans, c’est plus de 22 000 £ de retenue à avancer puis à réclamer, pour un impôt nul ; en régime de croisière, la trésorerie immobilisée en permanence est de l’ordre d’une année de retenue — environ 4 500 £ —, le temps que la déclaration annuelle soit déposée et traitée. La demande d’encaissement brut n’est pas une optimisation : c’est la première démarche du dossier.
L’impôt britannique sur les loyers en 2026-27
Les revenus locatifs relèvent de l’income tax sur le résultat net du UK property business. Pour 2026-27, en Angleterre, au pays de Galles et en Irlande du Nord, le barème est le suivant.
| Élément | Année fiscale 2026-27 |
|---|---|
| Personal allowance | 12 570 £ |
| Basic rate | 20 % de 12 571 £ à 50 270 £ |
| Higher rate | 40 % de 50 271 £ à 125 140 £ |
| Additional rate | 45 % au-delà de 125 140 £ |
| Dégressivité de l’abattement personnel | − 1 £ pour chaque 2 £ de revenu net ajusté au-delà de 100 000 £, soit une extinction complète à 125 140 £ |
| Property allowance | 1 000 £ par an |
Le property allowancede 1 000 £ mérite deux précisions que le corpus francophone escamote. En deçà de 1 000 £ de recettes brutes, la déclaration n’est pas requise — les justificatifs se conservent tout de même. Au-delà, l’abattement se substitue aux charges réelles, jamais ne s’y ajoute, et il ne peut pas créer de déficit. En indivision, chaque indivisaire dispose de son propre abattement de 1 000 £sur sa quote-part de recettes brutes : pour un couple qui détient à deux, ce sont 2 000 £ de recettes qui échappent. Enfin, l’abattement est incompatible avec le Rent a Room Scheme.
Puisque le Rent a Room Schemerevient dans toutes les conversations, réglons-le tout de suite. Il exonère jusqu’à 7 500 £ par an— 3 750 £ si les revenus sont partagés — les loyers tirés de la location d’une chambre. Mais il est réservé au bailleur qui réside effectivement dans le logement, qu’il en soit ou non propriétaire. Pour un bailleur non résident, la réponse est donc non, sans nuance. Pour un Français installé à Londres qui loue une chambre de son propre appartement, la réponse est oui, et c’est l’un des rares dispositifs britanniques réellement généreux.
L’abattement personnel du non-résident : le contresens le plus répandu, et il joue en votre faveur
Le raisonnement que l’on lit partout depuis 2021 est le suivant : le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne, donc le Français y est un ressortissant d’État tiers, donc il perd l’abattement personnel sur ses revenus fonciers britanniques. C’est faux, et la démonstration tient à un mot du texte.
L’article 56(3)(za) de l’Income Tax Act 2007 ouvre le bénéfice des abattements à la personne qui, verbatim, « is a national of the United Kingdom or a national of an EEA state ». La condition posée par le droit interne britannique est la nationalité d’un État de l’Espace économique européen, non l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union. La France est membre de l’EEE. Un ressortissant français non résident conserve donc l’abattement personnel de 12 570 £ sur ses revenus fonciers britanniques. Conserver ce droit ne signifie pas qu’il faille toujours le réclamer :l’article 811 de l’ITA 2007 plafonne l’impôt du non-résident à la somme de la retenue déjà opérée sur le disregarded income— dividendes britanniques, intérêts, certaines pensions — et de l’impôt calculé en excluant ce revenu, et son alinéa (6) écarte l’abattement personnel de ce second calcul. Le contribuable retient le plus favorable des deux : pour un patrimoine britannique mixte, renoncer à l’abattement est parfois plus avantageux, et l’arbitrage se refait chaque année.
L’historique d’amendement du texte confirme le raisonnement au lieu de l’infirmer. Les mots « a national of the United Kingdom or » ont été insérés le 31 décembre 2020 par les Taxes (Amendments) (EU Exit) Regulations 2020, précisément parce que le Royaume-Uni cessait d’être un État de l’EEE et qu’il fallait préserver le droit de ses propres nationaux. La branche « national of an EEA state » a été laissée intacte. Le Brexit a donc conduit le législateur britannique à ajouter une catégorie, pas à en retrancher une.
La demande se formule chaque année, en fin d’année fiscale. Le formulaire R43est la voie de droit commun, mais HMRC le réserve à celui qui n’est pas tenu de déposer une déclaration de Self Assessment : au-delà de 2 500 £ de loyers britanniques, le bailleur dépose une déclaration annuelle et réclame l’abattement sur les pages de résidence SA109. Ce n’est pas un statut acquis une fois pour toutes.
La leçon de méthode, et elle vaut pour tout le guide
Sur ce dispositif, le Français non résident est traité comme avant le Brexit, parce que le critère britannique est sa nationalité. Sur un autre, il est traité comme n’importe quel non-résident, sans la moindre assimilation : la surtaxe SDLT de 2 points frappe le ressortissant français comme le ressortissant australien, et le fait d’être européen n’y change rien. On ne peut donc raisonner ni par la formule « le Royaume-Uni est un État tiers, donc… », ni par la formule inverse « le droit de l’Union continue de s’appliquer ». Chaque dispositif se vérifie sur son propre texte, et les deux erreurs symétriques coûtent le même prix.
Un contrepoint indispensable, parce qu’il concerne exactement le lecteur qui vient de s’installer. Le régime des foreign income and gains— le dispositif de quatre ans en vigueur depuis le 6 avril 2025, qui n’est pas la continuation du régime du non-domicilié et de la remittance basis, tous deux supprimés, dont la fenêtre ne recommence pas le 6 avril 2025mais se compte à partir de la première année de résidence britannique (y compris antérieure à la réforme : un Français devenu résident en 2022-23 n’a plus qu’une seule année revendicable, 2025-26), et que les chapitres 02 et 03 traitent au fond — a un prix, et ce prix frappe précisément ce chapitre. Le demandeur perd les abattementsde l’impôt sur le revenu et de la capital gains tax : il perd l’abattement personnel de 12 570 £, l’annual exempt amountde 3 000 £ et, selon la page GOV.UK du régime, la Married Couple’s Allowance, la Marriage Allowance et la Blind Person’s Allowance, y compris contre ses revenus fonciers britanniques et contre sa plus-value immobilière britannique, qui ne sont pourtant pas des revenus étrangers.
D’où une situation qu’il faut nommer parce qu’elle est contre-intuitive :le Français resté en France conserve l’abattement personnel sur ses loyers londoniens ; le Français qui vient de s’installer à Londres et qui opte pour le régime de quatre ans le perd. Le coût maximal de cette perte est de 5 028 £ en Angleterre, au pays de Galles et en Irlande du Nord — 12 570 £ × 40 %, pour un contribuable de la tranche à 40 % qui conserve son abattement entier ; un contribuable de la tranche additionnelle n’a de toute façon plus d’abattement à perdre, sa dégressivité l’ayant déjà absorbé. En Écosse, où le taux de 45 % s’applique dès 75 001 £, le coût atteint 5 657 £. S’y ajoutent jusqu’à 720 £ au titre de l’annual exempt amount. Le nouvel arrivant qui possède déjà un bien locatif britannique doit donc arbitrer entre l’exonération de ses revenus français et la perte de ses abattements britanniques : c’est un calcul, pas une évidence.
6 avril 2027 : les revenus fonciers sortent du barème général
C’est la mesure la plus structurante du dossier locatif britannique, et elle est quasiment absente du corpus francophone. À compter de l’année fiscale 2027-28, les revenus fonciers cessent d’être imposés au barème général et relèvent d’un barème propre, majoré de deux points. La Finance Act 2026, chapitre 11, crée par son article 6 une section 6D nouvelle dans l’Income Tax Act 2007, et son article 7 dispose verbatim : « For the tax year 2027-28 the property rates of income tax are as follows—(a) the property basic rate is 22%, (b) the property higher rate is 42%, and (c) the property additional rate is 47%. »
| Nature du revenu | 2026-27 | 2027-28 | Date d’effet du changement |
|---|---|---|---|
| Revenus fonciers — taux de base | 20 % | 22 % | 6 avril 2027 |
| Revenus fonciers — taux supérieur | 40 % | 42 % | 6 avril 2027 |
| Revenus fonciers — taux additionnel | 45 % | 47 % | 6 avril 2027 |
| Revenus d’épargne | 20 / 40 / 45 % | 22 / 42 / 47 % | 6 avril 2027 |
| Dividendes | 10,75 % et 35,75 % (taux additionnel inchangé à 39,35 %) | idem | 6 avril 2026 — et non 2027 |
| Réduction d’impôt pour charges financières des bailleurs | 20 % (basic rate) | 22 % (property basic rate) | 6 avril 2027 |
Deux effets de bord accompagnent la réforme et sont plus discrets que les taux. Le premier : l’article 6 modifie l’ordre d’imposition des revenus, en plaçant le revenu foncier avant les revenus d’épargne et les dividendes. Le second, énoncé par la publication HMRC du 26 novembre 2025 : à compter d’avril 2027, les abattements et allègements ne s’imputeront sur les revenus fonciers, d’épargne et de dividendes qu’aprèsavoir été imputés sur les autres sources de revenus. Pour un salarié bailleur, l’abattement personnel s’impute d’abord sur le salaire, et le revenu foncier se retrouve mécaniquement dans les tranches hautes. Nous en tirons les conséquences chiffrées plus bas.
Portée territoriale du barème foncier de 2027-28 : ce que nous ne pouvons pas affirmer
Les taux fonciers de 22 / 42 / 47 % s’appliquent à compter de l’année fiscale 2027-28 en vertu de l’article 7 de la Finance Act 2026. La publication HMRC du 26 novembre 2025 les rattache à « England, Wales and Northern Ireland » et annonce parallèlement l’ouverture aux gouvernements dévolus d’Écosse et du pays de Galles d’une faculté de fixer leurs propres taux fonciers. Cette faculté n’est pas en vigueur au 29 juillet 2026, et la portée galloise du barème de 2027-28 n’est pas écrite en clair dans la source, qui se contredit sur ce point. Nous n’affirmons donc rien à un lecteur possédant au pays de Galles : le champ doit être confirmé sur le texte lui-même avant toute décision.
La restriction des charges financières : ce qui a réellement tué la détention en direct
Voici le cœur du chapitre. Une part considérable des articles francophones sur l’investissement locatif londonien décrit ce dispositif comme « en cours de mise en place » ou comme « une réduction de la déductibilité des intérêts ». Les deux formulations sont fausses. Le dispositif est intégralement en vigueur depuis 2020-21, et il ne réduit pas la déductibilité : il la supprime.
L’article 272A de l’ITTOIA 2005interdit toute déduction, pour le calcul du bénéfice foncier soumis à l’impôt sur le revenu, des costs of a dwelling-related loan— intérêts d’emprunt et frais financiers afférents à un emprunt lié à un logement d’habitation, la définition figurant à l’article 272B. La montée en charge s’est étalée sur quatre ans et elle est terminée depuis six.
| Année fiscale | Part des charges financières déductible de l’assiette | Part traitée en réduction d’impôt |
|---|---|---|
| 2017-18 | 75 % | 25 % |
| 2018-19 | 50 % | 50 % |
| 2019-20 | 25 % | 75 % |
| 2020-21 et suivantes | 0 % | 100 % |
La contrepartie est une réduction d’impôt — un tax reducer— et non une déduction d’assiette. La différence n’est pas de vocabulaire : une déduction d’assiette vaut le taux marginal, une réduction d’impôt vaut le taux de base. Pour un bailleur imposé à 40 %, l’écart est de vingt points sur la totalité de sa charge d’intérêts.
Le calcul est exposé par HMRC au PIM2058et il est plus subtil qu’on ne le croit. Il faut d’abord retenir, pour chaque activité foncière, le plus faible de deux montants : le montant relievable, c’est-à-dire les frais financiers qui auraient été déductibles en l’absence de l’article 272A augmentés des montants non utilisés reportés des exercices antérieurs ; et les bénéfices fonciers ajustésde l’activité, après imputation des déficits reportés. Ce plus faible montant s’appelle L. On compare ensuite la somme des L, appelée S, au revenu total ajusté (adjusted total income, ATI), lui-même défini par l’article 274AA comme le revenu net au sens de l’article 23 de l’ITA 2007, diminué des revenus d’épargne et de dividendes, puis des abattements déduits à l’étape 3 de ce même article.
La formule exacte du tax reducer, et l’erreur qui la fausse
POUR CHAQUE ACTIVITE FONCIERE
L = le PLUS FAIBLE de :
- le montant relievable (frais financiers de l'annee
+ reports anterieurs non utilises)
- les benefices fonciers AJUSTES de l'activite
S = somme des L de toutes les activites
ATI = revenu net (ITA 2007 art. 23) diminue des revenus
d'epargne et de dividendes, puis des abattements
imputes a l'etape 3
CALCUL DE LA REDUCTION D'IMPOT
Si S <= ATI ......... reduction = TAUX x L
Si S > ATI ......... reduction = TAUX x (ATI / S) x L
TAUX = 20 % jusqu'a 2026-27 inclus
22 % a compter de 2027-28
L'ERREUR A NE PAS COMMETTRE
L'assiette est L, JAMAIS le montant relievable brut.
Ecrire "reduction = taux x montant relievable" revient a
accorder un allegement sur des frais financiers excedant
le benefice foncier, ce que tout le dispositif interdit.
LE REPORT
La fraction non utilisee n'est pas perdue : elle est
reportee sans limitation de duree et reintegree au
montant relievable des annees suivantes.ITTOIA 2005, art. 274AA(5), qui énonce que « The amount of the relief for the year in respect of a relievable amount is given by » une formule dans laquelle « AA is the actual amount on which relief for the year is to be given in respect of the relievable amount » et « PBR is the property basic rate of income tax for the year ». AA est, sous réserve du 274AA(3), le plus faible du montant relievable et des bénéfices fonciers ajustés. HMRC, Property Income Manual PIM2058. La substitution de « PBR » à « BR » et de « property basic rate » à « basic rate » dans les articles 274AA(5) et 274C(2) résulte de la Finance Act 2026, article 6(8) et annexe 1, § 40, pour les années 2027-28 et suivantes.
HMRC publie un exemple, le cas « Jonny », qui vaut mieux qu’un commentaire. Sur une première activité, le montant relievable est de 7 000 £ et les bénéfices ajustés de 13 000 £ : L vaut 7 000 £. Sur une seconde, le montant relievable est de 1 500 £ et les bénéfices ajustés de zéro : L vaut zéro, et la réduction accordée au titre de cette activité est de zéro livre. S s’établit à 7 000 £, ATI à 6 000 £ ; S excédant ATI, la réduction se calcule sur 6 000 £. Reports : 1 000 £ sur la première activité, 1 500 £ sur la seconde. Retenez surtout la seconde activité : un bien qui ne dégage pas de bénéfice n’ouvre aucune réduction d’impôt cette année-là, quel que soit le montant des intérêts payés.
Ce que cela donne sur un dossier réel : deux cas chiffrés
Prenons un appartement londonien acheté au prix moyen de mai 2026, soit 545 000 £, loué au loyer moyen londonien de juin 2026, soit 2 302 £ par mois. Deux hypothèses de travail, que nous assumons comme telles : 5 000 £ de charges annuelles hors intérêts — charges de copropriété, loyer foncier, assurance, gestion, entretien — et un emprunt de 380 000 £ générant 20 900 £ d’intérêts par an. Aucune de ces deux hypothèses n’est une donnée sourcée : nous verrons plus bas qu’aucune source publique consultée le 29 juillet 2026 ne publie ni barème de gestion locative, ni conditions de crédit offertes aux non-résidents. Elles servent à faire tourner le mécanisme, pas à prédire un résultat.
Cas A — Résident de France, ce loyer est son seul revenu britannique (2026-27)
RECETTES ET CHARGES
Loyer annuel (2 302 x 12) ......................... 27 624 GBP
Charges deductibles hors interets ................. -5 000 GBP
BENEFICE FONCIER IMPOSABLE (avant interets) ....... 22 624 GBP
Interets d'emprunt (NON deductibles) .............. 20 900 GBP
RESULTAT ECONOMIQUE REEL .......................... 1 724 GBP
IMPOT BRITANNIQUE
Revenu imposable .................................. 22 624 GBP
Personal allowance (national EEE, art. 56(3)(za)) . 12 570 GBP
Base taxable ...................................... 10 054 GBP
Impot au taux de base (20 %) ................... 2 010,80 GBP
TAX REDUCER
Montant relievable ................................ 20 900 GBP
Benefices fonciers ajustes ........................ 22 624 GBP
L = le plus faible ................................ 20 900 GBP
S = 20 900 ; ATI = 22 624 - 12 570 = 10 054
S > ATI -> assiette = (10 054 / 20 900) x 20 900 = 10 054
Reduction = 20 % x 10 054 ...................... 2 010,80 GBP
IMPOT DU ........................................... 0,00 GBP
Report de charges financieres non utilisees ....... 10 846 GBP
RETENUE A LA SOURCE SI PAS D'AGREMENT NRL1
20 % de 22 624 ................................. 4 524,80 GBP
... integralement remboursable, apres declaration.Illustration construite sur les barèmes 2026-27 et sur deux hypothèses explicites de charges et d’intérêts. Le résultat n’est pas une prévision. Ce que le cas démontre : sur un dossier endetté dont le loyer est le seul revenu britannique, l’impôt est nul, la retenue est intégralement excédentaire, et 10 846 £ de charges financières se reportent sans limitation de durée sur les années suivantes.
Ce premier cas est le plus favorable, et il justifie à lui seul la démarche NRL1. Le second est celui qui fait mal, parce qu’il correspond au Français installé à Londres, salarié, qui achète un bien locatif en pensant s’enrichir. Reprenons les mêmes chiffres, en ajoutant un salaire britannique de 90 000 £.
Cas B — Résident britannique, 90 000 £ de salaire, même appartement (2026-27)
SITUATION SANS L'APPARTEMENT
Salaire ........................................... 90 000 GBP
Personal allowance ................................ 12 570 GBP
Base taxable ...................................... 77 430 GBP
37 700 a 20 % .................................. 7 540 GBP
39 730 a 40 % ................................. 15 892 GBP
IMPOT ............................................. 23 432 GBP
SITUATION AVEC L'APPARTEMENT
Revenu total (90 000 + 22 624) ................... 112 624 GBP
Personal allowance : 12 570 - (12 624 / 2) ......... 6 258 GBP
Base taxable ..................................... 106 366 GBP
37 700 a 20 % .................................. 7 540 GBP
68 666 a 40 % ................................. 27 466,40 GBP
Impot brut .................................... 35 006,40 GBP
Tax reducer : S = 20 900 <= ATI = 106 366
20 % x 20 900 ................................. 4 180,00 GBP
IMPOT NET ..................................... 30 826,40 GBP
COUT MARGINAL DE L'OPERATION LOCATIVE
30 826,40 - 23 432 ............................. 7 394,40 GBP
dont 40 % sur 22 624 ......................... 9 049,60 GBP
dont perte de personal allowance (6 312 x 40 %) 2 524,80 GBP
moins tax reducer ............................ -4 180,00 GBP
RESULTAT ECONOMIQUE REEL ........................... 1 724 GBP
RESULTAT APRES IMPOT ........................... -5 670,40 GBPMême illustration, même hypothèses, contribuable résident britannique salarié. Le mécanisme produit trois effets cumulés : le loyer est imposé avant intérêts, la charge d’intérêts n’ouvre qu’une réduction à 20 %, et le revenu foncier brut fait franchir le seuil de 100 000 £ de revenu net ajusté, ce qui détruit 6 312 £ d’abattement personnel. L’impôt dû dépasse de plus de quatre fois le bénéfice économique de l’opération.
Il faut regarder ce résultat en face. Le bailleur encaisse 27 624 £, en dépense 25 900 £, gagne donc 1 724 £ — et paie 7 394,40 £ d’impôt. Il perd 5 670,40 £ par an sur une opération qui, lue en trésorerie brute, semblait dégager un excédent. Le calcul ne comporte ni hypothèse tordue ni cas limite : c’est l’application littérale du droit en vigueur depuis 2020-21. Et il faut ajouter que cette perte est avant amortissement du bail, avant provision pour mise aux normes énergétiques, avant vacance locative et avant capital gains tax à la sortie.
Deux mécanismes aggravants doivent être signalés, parce qu’ils ne se voient pas sur la ligne d’impôt. Le premier est celui que le cas B chiffre : la réintégration du loyer brut dans le revenu net ajusté fait franchir le seuil de 100 000 £ et déclenche la dégressivité de l’abattement, qui produit un taux marginal effectif de 60 % sur la tranche 100 000 – 125 140 £. Le second : la même réintégration peut déclencher le High Income Child Benefit Charge chez un bailleur qui percevait les allocations familiales britanniques. Aucun de ces deux effets ne se produirait si les intérêts restaient déductibles.
Ce que la réforme d’avril 2027 change réellement : moins que ce qu’on vous dira
Le réflexe, à la lecture du barème foncier de 2027-28, est de conclure que le bailleur endetté sera doublement pénalisé — taux marginal en hausse de deux points, et réduction d’impôt inchangée. C’est faux, et le texte voté le dit. La Finance Act 2026, par son article 6(8) et le paragraphe 40 de son annexe 1, substitue « PBR » à « BR » et « property basic rate » à « basic rate » dans les articles 274AA(5) et 274C(2) de l’ITTOIA 2005 — ceux-là mêmes qui portent la réduction d’impôt des bailleurs résidentiels. À compter de 2027-28, la réduction est donc calculée au property basic rate de 22 %.
Le résultat, une fois chiffré, est contre-intuitif et vaut d’être publié tel quel.
Le même cas B en 2027-28, seuils gelés, et la comparaison
CAS B EN 2027-28 (bailleur endette)
Personal allowance ................................. 6 258 GBP
Salaire taxable (90 000 - 6 258) .................. 83 742 GBP
37 700 a 20 % ................................... 7 540,00 GBP
46 042 a 40 % .................................. 18 416,80 GBP
Revenu foncier 22 624 au property higher rate 42 % 9 502,08 GBP
Impot brut ..................................... 35 458,88 GBP
Tax reducer : 22 % x 20 900 ..................... 4 598,00 GBP
IMPOT NET ...................................... 30 860,88 GBP
Cout marginal de l'operation ..................... 7 428,88 GBP
ECART AVEC 2026-27 ................................. +34,48 GBP
LE MEME BIEN, SANS DETTE
2026-27 : cout marginal ........................ 11 574,40 GBP
2027-28 : cout marginal ........................ 12 026,88 GBP
ECART ............................................ +452,48 GBP
soit exactement 2 % de 22 624.
CE QUE CELA SIGNIFIE
Le bailleur ENDETTE subit +2 points sur son revenu
foncier mais recupere +2 points sur sa reduction
d'impot : les deux effets se compensent presque.
Le bailleur SANS DETTE encaisse les 2 points pleins.
La reforme de 2027 frappe donc plus durement celui
qui n'a pas emprunte. C'est l'inverse de ce que le
bon sens suggere.Calcul mené à seuils constants — la personal allowance de 12 570 £ et la basic rate limit de 37 700 £ sont gelées jusqu’à l’année 2030-31 incluse — et en appliquant la nouvelle règle d’imputation des abattements, qui les impute d’abord sur les revenus autres que fonciers. Les taux de 42 % et 22 % résultent de la Finance Act 2026, articles 7 et 6(8) et annexe 1, § 40.
Cette conclusion mérite d’être retenue parce qu’elle contredit ce que l’on entendra beaucoup à partir de l’automne 2026. La réforme des taux fonciers n’est pas l’estocade portée au bailleur endetté : l’estocade date de 2020-21 et elle a déjà été portée. Ce que 2027 ajoute est de trente-quatre livres par an sur notre cas. En revanche, le bailleur qui a acheté comptant — profil fréquent chez les familles françaises qui placent une trésorerie de cession — encaisse les deux points en entier.
Les trois exclusions, et celle qui vient de se refermer
La restriction ne s’applique pas à tout le monde ni à tous les biens, et il faut être précis sur les références, parce que celles qui circulent sont fausses.
Les sociétés en sont exclues
L’article 272A(5) de l’ITTOIA 2005 — et non le 272A(4), qui porte la règle de fond — écarte l’application des paragraphes (1) à (4) au calcul des bénéfices d’une activité foncière « for the purposes of charging a company to income tax on so much of those profits as accrue to it otherwise than in a fiduciary or representative capacity ». Une société soumise à la corporation tax déduit ses intérêts selon les règles ordinaires des loan relationships.
L’immobilier commercial n’est pas concerné
Le PIM2054 limite la restriction aux emprunts contractés pour une activité foncière « which involves the letting of residential properties ». Bureaux, commerces, entrepôts et locaux professionnels restent en dehors : les intérêts y demeurent déductibles de l’assiette.
Les meublés de tourisme y sont désormais soumis
Le régime des furnished holiday lettings est supprimé pour les années ouvertes à compter du 6 avril 2025 en impôt sur le revenu et en capital gains tax, et du 1er avril 2025 en corporation tax. Ces biens relèvent désormais du droit commun du foncier résidentiel et subissent donc, pour la première fois, la restriction des charges financières.
Une comparaison avec la France s’impose ici, parce qu’elle explique pourquoi tant d’investisseurs français se trompent sur ce dossier. En France, les intérêts d’emprunt restent déductibles des revenus fonciers, et le déficit foncier hors intérêts s’impute sur le revenu global dans certaines limites. Le réflexe français — acheter à crédit pour créer une charge déductible — est donc structurellement inadaptéau résidentiel locatif britannique détenu en nom propre. Ce n’est pas une question de degré, c’est une inversion de logique.
La détention par société : l’addition complète, et non le seul avantage
Le remède que l’on vous proposera est la société. L’argument est réel, nous venons de l’établir : la société déduit ses intérêts. Mais il est presque toujours présenté seul, et il ne suffit jamais à trancher. Voici l’addition entière, pour une société détenant un logement résidentiel britannique.
| Poste | Effet, et ce qu’il faut vérifier |
|---|---|
| SDLT à l’acquisition | Taux forfaitaire de 17 % sur l’intégralité du prix, au-delà de 500 000 £, pour les sociétés, les sociétés de personnes dont l’un au moins des associés est une société, et les organismes de placement collectif. Le taux a été porté de 15 à 17 % pour les transactions à date d’effet au 31 octobre 2024 ou postérieure. La surtaxe non-résident de 2 % s’y ajoute le cas échéant, portant le coût à 19 % |
| Reliefs SDLT | Ils existent : activité de location immobilière, promotion et marchand de biens, ouverture au public, établissement financier prêteur, occupation par des salariés, ferme, coopérative de logement éligible. Ils sont sujets à reprise en cas de changement d’affectation. Le taux applicable après relief n’est pas établi dans nos sources : à confirmer avec un conseil britannique avant de chiffrer |
| ATED — impôt annuel de détention | De 4 600 £ à 303 450 £ pour la période de charge du 1er avril 2026 au 31 mars 2027, dû dès 500 000 £ de valeur. Déclaration à déposer à compter du 1er avril, échéance au 30 avril : l’ATED se paie d’avance |
| Reliefs ATED | Le relief « activité de location immobilière » existe, mais il suppose une location réelle à des tiers NON LIÉS et doit être revendiqué chaque année par une Relief Declaration Return. L’exonération n’est jamais automatique. La mise à disposition de la famille de l’associé fait perdre le relief |
| Corporation tax sur les loyers | 19 % jusqu’à 50 000 £ de bénéfices, 25 % au-delà de 250 000 £, avec marginal relief entre les deux. Seuils proratisés pour un exercice court et divisés par le nombre de sociétés liées |
| Corporation tax sur la plus-value | La société non résidente est dans le champ des chargeable gains sur immeubles britanniques depuis le 6 avril 2019 |
| Deuxième étage d’imposition | Pour appréhender le résultat, la distribution est imposable chez l’associé — dividendes à 10,75 %, 35,75 % ou 39,35 % depuis le 6 avril 2026 s’il est résident britannique |
| Inheritance tax | L’enveloppement offshore ne protège plus : voir ci-dessous |
| Coûts récurrents | Comptabilité, dépôt de la CT600 en ligne, déclaration ATED avant le 30 avril chaque année. Les sociétés non résidentes relèvent de la corporation tax depuis le 6 avril 2020 et ne déposent plus le formulaire SA700 |
| Valeur du logement | ATED annuel, période de charge du 1er avril 2026 au 31 mars 2027 |
|---|---|
| 500 000 à 1 000 000 £ | 4 600 £ |
| 1 000 001 à 2 000 000 £ | 9 450 £ |
| 2 000 001 à 5 000 000 £ | 32 200 £ |
| 5 000 001 à 10 000 000 £ | 75 450 £ |
| 10 000 001 à 20 000 000 £ | 151 450 £ |
| Plus de 20 000 000 £ | 303 450 £ |
Le piège de la SCI française propriétaire d’un appartement londonien
L’ATED frappe la personnalité morale. Le critère n’est ni la nationalité de la société, ni son régime de transparence en droit fiscal français. Une SCI française propriétaire d’un appartement londonien évalué à 1,2 M£ doit donc une déclaration annuelle avant le 30 avril et 9 450 £ par ansi aucun relief n’est revendiqué. Le relief « location immobilière » suppose une location effective à des tiers non liés : la mise à disposition de la famille des associés le fait perdre. C’est exactement le montage que des familles françaises constituent depuis Paris, sans jamais avoir entendu parler de cet impôt.
Le même montage ne protège rien du côté successoral. La convention franco-britannique sur les successions du 21 juin 1963 dispose, à son article 4(g), verbatim, que l’intérêt dans un partnership — terme qui inclut expressément la société civilede droit français — est réputé situé au lieu où l’activité est principalement exercée, « and in the case of a société civile immobilière this shall be where the land developed in accordance with the objects of the société is located ». La convention nomme la SCI et la traite comme l’immeuble : elle n’interpose rien. Le chapitre consacré à la succession franco-britannique traite ce point au fond.
Reste le montage que l’on rencontre encore le plus souvent dans les dossiers venus de France : la société étrangère — luxembourgeoise, panaméenne, peu importe — détenant l’appartement de Kensington pour échapper à l’inheritance tax. Avant le 6 avril 2017, il fonctionnait : les actions de la société étrangère étaient de l’excluded property, hors du champ. Depuis cette date, l’annexe A1 de l’Inheritance Tax Act 1984 met dans le champ la détention indirecte d’un immeuble résidentiel britannique ainsi que les prêts liés, en visant la participation dans une close company ou dans un partnership à hauteur de la fraction de sa valeur directement ou indirectement attribuable à un UK residential property interest. L’annexe est toujours en vigueur, vérification faite sur la version à jour au 29 juillet 2026 : la réforme de 2025 ne l’a pas abrogée, elle en a actualisé les renvois pour suivre la bascule du rattachement du domicile vers la résidence de longue durée.
Ce qui reste vivant dans le corpus francophone est donc un montage périmé de neuf ans, dont le seul effet actuel est de cumuler un droit de mutation à 19 %, l’ATED, la corporation tax, un second étage d’imposition à la sortie — et l’inheritance taxquand même. Un mot de vigilance supplémentaire pour le non-résidentiel : la Finance Act 2026étend le champ de l’annexe A1 aux propriétés agricoles britanniques à compter du 18 mars 2026. Cette extension a été relevée sur l’annotation de version de legislation.gov.uk ; le texte de l’article qui la porte n’a pas été lu, et il doit l’être avant toute décision portant sur une terre agricole britannique.
L’arbitrage chiffré, sur le même appartement
Nom propre contre société : appartement londonien à 545 000 £, cas B
COUT D'ENTREE
Nom propre, non-resident, logement supplementaire
(bareme +5 pts +2 pts) ........................ 55 400 GBP
Societe non residente, plus de 500 000 GBP,
SANS relief (17 % + 2 %) ..................... 103 550 GBP
SURCOUT D'ENTREE ................................ 48 150 GBP
COUT ANNUEL D'EXPLOITATION
Nom propre (cas B, resident britannique a 40 %) . 7 394,40 GBP
Societe : benefice 27 624 - 5 000 - 20 900 = 1 724
corporation tax a 19 % ......................... 327,56 GBP
ECONOMIE ANNUELLE D'IMPOT ...................... 7 066,84 GBP
DELAI DE RETOUR DU SURCOUT D'ENTREE
48 150 / 7 066,84 ................................. 6,8 ANNEES
... sans compter l'ATED, la comptabilite, la CT600
et la declaration ATED annuelle.
SORTIE DES LIQUIDITES
Benefice apres corporation tax ................. 1 396,44 GBP
Dividende taxe a 35,75 % chez un resident
britannique du taux superieur .................. 499,23 GBP
NET DANS LA POCHE ................................ 897,21 GBP
Taux effectif cumule sur 1 724 GBP ................... 48,0 %
A METTRE EN FACE
Nom propre, meme benefice economique de 1 724 GBP :
resultat apres impot ........................ -5 670,40 GBPIllustration, non conseil. Le calcul retient l’hypothèse défavorable d’une acquisition sociétaire sans relief SDLT ; si le relief « activité de location immobilière » est disponible et revendiqué, le surcoût d’entrée est réduit, mais le taux applicable après relief n’est pas établi dans nos sources. L’ATED de 4 600 £ par an sur cette tranche de valeur n’est pas compté ici, au motif que le relief location peut être revendiqué — sous réserve d’une location effective à des tiers non liés et d’une déclaration annuelle avant le 30 avril. Les honoraires comptables ne sont pas chiffrés : aucune source publique consultée ne les publie.
Le résultat est net : sur un dossier à fort levier détenu par un contribuable des tranches hautes, la société l’emporte largement, et l’écart n’est pas marginal. Il faut aussitôt ajouter trois réserves, faute de quoi le tableau devient un argumentaire commercial. La première : le même calcul, appliqué au cas A — le résident de France dont l’impôt britannique est déjà nul — donne une société qui ne fait que coûter, en droits de mutation, en ATED et en frais. La deuxième : l’économie dépend entièrement de la disponibilité effective des reliefs SDLT et ATED, qui supposent une location réelle à des tiers non liés et une déclaration annuelle expresse ; une année d’oubli et le relief tombe. La troisième : la sortie du bien est doublement imposée — corporation tax sur le gain de la société, puis imposition de la distribution — et l’inheritance taxs’applique en tout état de cause.
Deux configurations, et deux seulement, justifient d’instruire sérieusement la voie sociétaire sur les éléments établis ici. Un portefeuille locatif à fort levier détenu par un contribuable du taux additionnel, si le relief ATED « location immobilière » est effectivement disponible et revendiqué chaque année. Et l’immobilier non résidentiel, où ni l’ATED, ni le taux de 17 %, ni la restriction des charges financières ne s’appliquent — le raisonnement y est entièrement différent, sous la réserve agricole ci-dessus. Pour une résidence principale ou secondaire d’usage personnel, la détention sociétaire est contre-indiquée sur tous les paramètres établis dans ce chapitre, sans exception.
Les plus-values : soixante jours, et une exonération de résidence principale qu’il faut mériter
Un non-résident est imposable au Royaume-Uni sur les plus-values de cession portant sur un bien résidentiel britannique — « a building used or suitable for use as a dwelling » et ses dépendances —, sur un bien non résidentielbritannique, commercial, agricole, forestier ou tout terrain non affecté à l’habitation, et sur une cession indirecte : la cession d’une participation dans une entité dont 75 % ou plus de la valeur brute provient de biens immobiliers britanniques, lorsque le cédant détient au moins 25 % d’intérêt. L’extension à tous les types d’immeubles date du 6 avril 2019 ; auparavant, seul le résidentiel était visé.
Soixante jours pour déclarer ET payer — et personne ne le fera pour vous
HMRC écrit, verbatim : « You must report and pay any Capital Gains Tax due on UK residential property within 60 days of selling the property if the completion date was on or after 27 October 2021 ». Le délai était de 30 jours pour les cessions intervenues du 6 avril 2020 au 26 octobre 2021. Ce sont soixante jours calendaires à compter de la completion, pas de la signature du contrat.
Et l’obligation existe même en l’absence d’impôt à payer, même en cas de moins-value, et même si le cédant n’est pas inscrit au Self Assessment. HMRC le dit également verbatim : « If you’re not a resident in the UK, you must report disposals of UK property or land even if you have no tax to pay on the disposal ».
C’est ici que le corpus francophone est le plus dangereux, et le mécanisme de l’erreur est toujours le même. Un cédant français est habitué à deux choses : la déclaration annuelle, et le prélèvement opéré par le notaire lors d’une vente française. Le régime britannique ne reprend ni l’une ni l’autre. Ni le solicitor, ni l’agent immobilier n’accomplit cette formalité d’office.Le vendeur la découvre par le courrier de pénalité, des mois plus tard. Nous ne publions pas de barème de pénalités : il n’a pas été vérifié sur source primaire dans le cadre de l’arrêté de nos sources, et un chiffre faux sur ce point ne rend service à personne. Retenez la date, et faites-la porter au calendrier du dossier dès la signature.
| Élément | Année fiscale 2026-27 |
|---|---|
| Plus-value immobilière résidentielle, personne physique | 18 % dans la fraction de la tranche de base, 24 % au-delà |
| Autres actifs, dont immeubles non résidentiels | 18 % / 24 % depuis le 30 octobre 2024, contre 10 % / 20 % auparavant |
| Trustees et représentants personnels | 24 % |
| Annual exempt amount | 3 000 £ pour les personnes physiques et les représentants personnels ; 1 500 £ pour les autres trustees |
| Business Asset Disposal Relief | 18 % sur les cessions à compter du 6 avril 2026 |
L’absence d’abattement pour durée de détention est souvent transformée, dans les présentations françaises, en une affirmation beaucoup plus large et parfaitement fausse : il n’y aurait pas d’exonération de résidence principale au Royaume-Uni. C’est le contresens le plus coûteux possible pour le lecteur type de ce guide, celui qui quitte Londres et vend l’appartement qu’il y habitait.
La Private Residence Relief existe — mais un non-résident doit y dormir
La Private Residence Reliefexonère la plus-value afférente aux périodes d’occupation du logement à titre de résidence principale, et les neuf derniers mois de détention sont toujours exonérés — le helpsheetHS283 énonce que « The final 9 months of your period of ownership always qualify for relief ». Pour un non-résident, cependant, le mécanisme se referme année par année.
L’article 222B du TCGA 1992 répute le logement ne pas avoir été occupé comme résidence pendant toute non-qualifying tax year, définie comme une année où, verbatim, « (a) neither P nor P’s spouse or civil partner was resident for that tax year in the territory in which the dwelling-house is situated, and (b) the day count test was not met ». Et l’article 222C définit ce day count test : « P meets that test for a tax year with respect to the dwelling-house if, during that year, P spends at least 90 days in one or more qualifying houses ». Un jour compte si l’intéressé est présent en fin de journée, ou présent dans la journée et y ayant passé la nuit suivante. Les jours passés par le conjoint comptent pour lui, et les nuits peuvent être réparties entre plusieurs logements britanniques du contribuable. La règle ne s’applique aux cessions par des non-résidents que depuis l’année 2015-16.
La conséquence opérationnelle est directe et elle commande un calendrier de cession : un Français qui rentre en France et conserve son ancien appartement londonien perd la Private Residence Relief pour chaque année fiscale où il y passe moins de 90 nuits. S’il compte le vendre, les neuf derniers mois restent exonérés en tout état de cause, mais il faut soit vendre vite, soit documenter les 90 nuits— billets, factures, relevés, consommations d’énergie. C’est une donnée de calendrier au moins aussi importante que le délai de soixante jours, et elle se décide avant le départ, pas après.
Une précision de méthode : l’article 222C a été lu sur le texte. Le renvoi croisé à la déclaration de nomination de l’article 222(5), lorsque le contribuable détient plusieurs résidences, et l’articulation fine de la Private Residence Relief avec le rebasingde 2015 n’ont pas été instruits. Sur un dossier réel où l’exonération représente plusieurs centaines de milliers de livres, ces deux points se font arbitrer avant la mise en vente.
Le calcul : rebasing, trois méthodes, et une évaluation qu’il faut avoir
| Méthode | Contenu | Quand elle sert |
|---|---|---|
| Rebasing — méthode par défaut | Valeur vénale au 5 avril 2015 pour le résidentiel ; au 5 avril 2019 pour le non-résidentiel et les cessions indirectes. On retranche ensuite les dépenses d’amélioration postérieures à cette date et les frais de cession | Cas général. Elle neutralise la plus-value accumulée avant l’entrée dans le champ |
| Répartition linéaire — straight-line time apportionment | On calcule la plus-value totale sur la durée de détention et on n’impose que la fraction correspondant à la période postérieure à la date de rebasing | Lorsque la valorisation rétrospective est défavorable ou indisponible |
| Plus-value sur toute la période de détention | Rarement favorable. Restriction majeure : pour une cession indirecte calculée par cette méthode, la moins-value dégagée n’est pas déductible et le résultat est ramené à zéro | Essentiellement pour constater une moins-value sur une cession directe |
Un point pratique décide souvent du résultat, et il se prépare des années à l’avance. Le rebasing au 5 avril 2015 suppose de disposer d’une évaluation à cette date. Un Français ayant acheté à Londres en 2008 et qui vend en 2026 sans évaluation rétrospective de 2015 se retrouve en difficulté probatoire face à HMRC, dans un marché où le prix moyen londonien a connu, sur les douze mois à mai 2026, une baisse de 3,7 %. Faites établir l’évaluation par un membre de la Royal Institution of Chartered Surveyors, rétrospectivement s’il le faut.
Deux règles complémentaires méritent d’être portées au dossier. La première est celle de la non-résidence temporaire : l’article 1M du TCGA 1992 — et non les anciens articles 10A et 10AA, omis depuis le Finance Act 2019 — impose au retour au Royaume-Uni le contribuable non résident pendant cinq ans ou moins, sur les gains réalisés pendant son absence. Elle commande toute stratégie de cession pendant un séjour londonien court, et elle est symétrique de la clause de rémanence conventionnelle de six années fiscales que le chapitre 10 détaille. La seconde : le Budget d’automne 2025 annonce une modification de la définition d’entité property-rich s’agissant des Protected Cell Companies, avec effet au 26 novembre 2025, ainsi que des clarifications administratives applicables à compter du 1er avril 2026 pour les sociétés et du 6 avril 2026 pour les personnes physiques. Ces éléments proviennent d’un document budgétaire et d’un policy paper : entre l’annonce et le vote, un dispositif peut changer. Nous les signalons comme annoncés, non comme du droit établi.
Si vous êtes résident de France : le Royaume-Uni impose, la France aussi
Voici l’affirmation la plus répandue et la plus fausse du dossier : « la plus-value britannique n’est imposable qu’au Royaume-Uni ». Elle est fausse pour un résident de France, et elle l’est pour une raison technique que la plupart des conventions françaises récentes rendent contre-intuitive.
La convention franco-britannique du 19 juin 2008 organise l’élimination de la double imposition, à son article 24 § 3, par deux méthodes distinctes, et elle coupe l’immobilier en deux entre elles.
| Revenu de source britannique | Méthode conventionnelle | Effet réel en France |
|---|---|---|
| Revenus fonciers — article 6 | Crédit d’impôt égal à l’impôt français — art. 24 § 3 a) (i) | Le revenu est pris en compte pour le calcul de l’impôt français, donc pour le taux effectif et le revenu fiscal de référence, mais le crédit neutralise l’impôt correspondant — à la condition que le résident de France soit effectivement soumis à l’impôt britannique à raison de ces revenus |
| Plus-values immobilières et cessions de sociétés à prépondérance immobilière — article 14 §§ 1, 2 et 6 | Crédit d’impôt égal à l’impôt payé au Royaume-Uni, plafonné au montant de l’impôt français correspondant — art. 24 § 3 a) (ii) | La France impose la plus-value selon son propre régime et n’impute que l’impôt britannique effectivement supporté à titre définitif. LE DIFFÉRENTIEL RESTE DÛ EN FRANCE |
La séquence, pour un résident de France qui vend son appartement londonien, est donc la suivante : il paie la capital gains taxbritannique à 18 % ou 24 % et déclare sous soixante jours ; il déclare ensuitela plus-value en France, où elle est imposée selon le régime français des plus-values immobilières des particuliers ; il n’impute que l’impôt britannique effectivement payé, dans la limite de l’impôt français. Le différentiel reste dû.
Un corollaire compte plus que tout le reste pour qui rentre de Londres, et il est publié par la DGFiP dans sa foire aux questions consacrée au Brexit : « dans l’hypothèse où la plus-value immobilière de source britannique serait exonérée, aucun crédit d’impôt ne serait accordé en France ». Autrement dit, réussir sa Private Residence Reliefbritannique ne vous exonère pas en France : elle vous prive du crédit d’impôt. Ce qui vous sauve, côté français, est l’exonération française de résidence principale, susceptible de s’appliquer, toujours selon la même source, lorsque le bien a constitué la résidence principale occupée par le cédant jusqu’à sa mise en vente, qu’il est resté libre de toute occupationjusqu’à la vente, et que la cession intervient dans un délai normal.
Les deux calendriers ne se recouvrent pas, et c’est le piège du retour
L’exonération britannique exige 90 nuits par année fiscaledans le logement une fois que vous n’êtes plus résident. L’exonération française exige que le bien ait été votre résidence principale jusqu’à sa mise en venteet qu’il soit resté libre de toute occupationjusqu’à la vente. Les deux conditions ne se contredisent pas frontalement, mais elles ne se satisfont pas avec le même comportement, et surtout : louer l’appartement après votre départ détruit l’exonération française, tandis que le laisser vide vous prive de tout revenu pendant la période de vente.
C’est l’arbitrage le plus concret de ce chapitre, et il n’a pas de réponse générale : elle dépend du montant de la plus-value latente, de la durée prévisible de la commercialisation dans un marché londonien en baisse de 3,7 % sur douze mois à mai 2026, et de votre besoin de trésorerie. Il se traite avant le départ, avec un conseil des deux côtés, et pas en cours de route.
Deux réserves doivent accompagner ce paragraphe, et nous les publions plutôt que de les taire. Le traitement des prélèvements sociaux françaissur la plus-value n’a pas été établi sur source primaire : l’article 2 § 1 b) de la convention nomme la CSG et la CRDS, et son chapeau — « tous les impôts perçus pour le compte de l’État ou de ses collectivités locales […] sur le revenu total ou sur des éléments du revenu […] et notamment » — rend la liste indicative, de sorte que le prélèvement de solidarité de l’article 235 ter du CGI, créé postérieurement et non nommé, y entre ; HMRC le range d’ailleurs parmi les impôts admissibles au crédit (DT7261). Ce qui reste discutable est l’inclusion des prélèvements sociaux dans « l’impôt français » au sens du § 3 de l’article 24, qu’aucune définition conventionnelle ne borne. Et l’articulation exacte avec le régime français des plus-values immobilières de source étrangère — assiette, abattements pour durée de détention, surtaxe de l’article 1609 nonies G — n’a pas été instruite. Ce sont deux questions à poser à un fiscaliste français avant de fixer une date de vente.
Signalons enfin la dissymétrie la plus utile du dossier, parce qu’elle illustre la règle de méthode énoncée plus haut. Dans le sens inverse — un résident du Royaume-Uni qui vend un immeuble français—, la DGFiP écrit que « le Royaume-Uni n’appartenant plus à l’Union européenne ni à l’Espace économique européen, le cédant domicilié ou ayant son siège au Royaume-Uni devra désigner un représentant fiscal ». Sur ce dispositif, le Royaume-Uni est bien traité comme un État tiers. Sur d’autres, non. Le chapitre 12 traite l’exemple le plus lourd, celui du sursis d’exit tax, et le chapitre 13 celui des revenus de source française.
Le rendement réel, sans complaisance
Reste la question de départ. Commençons par ce que les données publiques permettent de dire, et par un avertissement méthodologique qui doit précéder le tableau plutôt que le suivre.
Ces ratios ne sont pas des rendements locatifs
Le tableau ci-dessous rapporte le loyer mensuel moyen d’une zone au prix moyen de la même zone. Or le prix moyen porte sur l’ensemble du parc transacté, maisons comprises, et le loyer moyen sur l’ensemble du parc loué, majoritairement des appartements et en moyenne plus petits. Les deux dénominateurs ne décrivent pas le même bien. Le ratio surestime le rendement là où le parc locatif est plus modeste que le parc vendu, et le sous-estime dans le cas inverse. Ces valeurs se citent comme indicateurs de dispersion entre zones, jamais comme rendement d’un investissement.
| Zone | Prix moyen, mai 2026 | Loyer mensuel moyen, juin 2026 | Ratio loyer / prix |
|---|---|---|---|
| Kensington & Chelsea | 1 256 000 £ | 3 596 £ | 3,4 % |
| Camden | 806 000 £ | 2 791 £ | 4,2 % |
| Westminster | 836 000 £ | 3 168 £ | 4,5 % |
| Londres, ensemble | 545 000 £ | 2 302 £ | 5,1 % |
| Lambeth | 545 000 £ | 2 523 £ | 5,6 % |
| Barking & Dagenham | 361 000 £ | 1 693 £ | 5,6 % |
| Birmingham | 233 000 £ | 1 090 £ | 5,6 % |
| Newham | 405 000 £ | 1 928 £ | 5,7 % |
| Royaume-Uni | 271 000 £ | 1 388 £ | 6,1 % |
| Tower Hamlets | 444 000 £ | 2 429 £ | 6,6 % |
| Manchester | 247 000 £ | 1 358 £ | 6,6 % |
Un fait de marché mérite d’être énoncé avant tout raisonnement de rendement, parce qu’il contredit l’image que le lecteur français a de Londres : sur les douze mois à mai 2026, Londres baisse de 3,7 % pendant que le Royaume-Uni monte de 2,7 %. C’est le neuvième mois consécutif de recul annuel, tiré par l’Inner Londonà −5,9 %. Le marché locatif londonien est parallèlement le moins inflationniste d’Angleterre, à +2,2 % contre +3,4 % en moyenne anglaise. Et en Angleterre, l’appartement est la seule catégorie de bien en baisse, à −2,2 % sur douze mois, quand les maisons jumelées progressent de 4,1 %. Or l’investisseur français achète presque exclusivement de l’appartement, donc du leasehold. Cette divergence n’est pas conjoncturelle : elle recouvre le coût des baux courts, des charges de copropriété et de la mise en sécurité incendie.
Ce que le ratio ne contient pas
| Poste absent du ratio | Effet établi |
|---|---|
| Impôt sur le revenu | 20 / 40 / 45 % en 2026-27, puis 22 / 42 / 47 % à compter du 6 avril 2027 |
| Non-déductibilité des charges financières | Réduction d’impôt à 20 % au lieu d’une déduction d’assiette ; réduction portée à 22 % à compter du 6 avril 2027 |
| Retenue de 20 % si vous êtes non résident | Trésorerie immobilisée jusqu’à l’agrément d’encaissement brut ou jusqu’à la liquidation annuelle |
| Charges de copropriété et loyer foncier | Postes propres au leasehold, listés par le guide officiel du MHCLG comme des coûts à part entière ; ils ne sont chiffrés sur aucune source primaire consultée |
| Amortissement du bail | Perte de valeur annuelle, qui s’accélère au franchissement du seuil de 80 ans |
| Council tax pendant les vacances locatives | À la charge du propriétaire ; jusqu’à 100 % de majoration si le bien est meublé et inoccupé, soit jusqu’à 200 % du montant de la bande, en Angleterre |
| Mise aux normes énergétiques | Jusqu’à 10 000 £ par bien, ou 10 % de la valeur du logement si ce montant est inférieur, avant le 1er octobre 2030 |
| High Value Council Tax Surcharge | Pour un logement de plus de 2 M£, en Angleterre, à compter d’avril 2028 ; le redevable annoncé est le propriétaire. Mesure annoncée, dont le véhicule législatif n’était pas identifié à la date d’arrêté de nos sources |
| Capital gains tax à la sortie | 18 % / 24 %, sans abattement de durée, abattement annuel de 3 000 £ |
| Coût de mutation à l’entrée | De 3,2 % à 19,0 % du prix selon le profil de l’acquéreur — 10,2 % pour un non-résident acquérant un logement supplémentaire au prix moyen londonien |
Ce que nous ne publions pas, et pourquoi
Les pages officielles consultées le 29 juillet 2026 ne publient aucune donnée sur les honoraires de gestion locative, le taux de vacance moyen, le coût de l’assurance propriétaire non occupant, ni le budget d’entretien courant. Les fourchettes que l’on trouve partout — 10 à 15 % toutes taxes comprises d’honoraires de gestion, un mois de vacance par an — ne reposent sur aucune source primaire que nous ayons retrouvée, et nous ne les publions donc pas comme des données. Elles peuvent servir d’hypothèse de travail dans une simulation, à condition d’être annoncées comme telles.
Même chose sur le financement. Aucune source publique officielle consultée à cette date ne publie de données sur les conditions de crédit immobilier offertes aux non-résidents ou aux nouveaux arrivants : quotité maximale, majoration de taux, exigence d’historique bancaire britannique. Nous ne chiffrons donc pas ce poste. Un point est à vérifier avec votre conseil britannique, parce qu’il touche à vos protections et non à votre coût : la plupart des prêts buy-to-let ne seraient pas des contrats réglementés par la Financial Conduct Authority, ce qui priverait l’emprunteur des protections du crédit résidentiel réglementé. Ce point doit être confirmé sur le manuel de la FCA avant toute conclusion.
Pour mémoire, le contexte de taux : le Bank Rate a été maintenu à 3,75 %par le Comité de politique monétaire lors de sa réunion close le 17 juin 2026, par 7 voix contre 2, deux membres votant pour un relèvement d’un quart de point. La décision du 30 juillet 2026 n’était pas rendue à la date d’arrêté de nos sources.
Le nouveau droit locatif rend le calcul plus prudent encore
La Renters’ Rights Act 2025, sanctionnée le 27 octobre 2025, abolit le congé sans motif de la section 21 à compter du 1er mai 2026 en Angleterre. Les assured shorthold tenancies disparaissent, tous les baux deviennent périodiques — glissants —, et les baux existants basculent automatiquement dans le nouveau régime. Le régime transitoire imposait de délivrer un congé section 21au plus tard le 28 avril 2026, et d’engager la procédure judiciaire avant la première des deux échéances suivantes : l’expiration du délai de validité de six mois du congé, ou le 31 juillet 2026.
Réserve de vérification, et elle est importante :la date de sanction royale, la date de commencement de l’abolition de la section 21et les deux dates transitoires proviennent de commentaires professionnels concordants et n’ont pas été confirmées sur legislation.gov.ukni sur une déclaration ministérielle dans le cadre de l’arrêté de nos sources. Ce qui manque : le commencement orderet la page GOV.UK de mise en œuvre. Ces dates conditionnent la stratégie de sortie de tout bailleur : elles doivent être revérifiées avant toute décision.
La portée patrimoniale, elle, ne dépend pas de la date exacte : un bailleur ne peut plus récupérer son bien à l’échéance sans motif. Les motifs de reprise sont limitativement énumérés et soumis au juge. Pour un expatrié français qui envisage de louer son appartement londonien pendant quelques années puis de le récupérer à son retour, l’hypothèse d’une reprise à date choisie n’est plus acquise. C’est un changement de nature du projet, pas un aménagement de procédure, et il doit être intégré au raisonnement avant de louer plutôt qu’après.
La performance énergétique : une charge programmée, à provisionner maintenant
Le gouvernement a arrêté, dans sa réponse à la consultation « Improving the energy performance of privately rented homes », de porter la norme minimale du parc locatif privé en Angleterre et au pays de Galles à l’équivalent d’un EPC C, avec conformité de tous les baux dans le champ au plus tard le 1er octobre 2030. Le texte est explicite : « Private landlords of all tenancies will be required to comply with the higher standard by 1 October 2030 » — il n’y a pas de date anticipée pour les baux nouveaux. La consultation a recueilli 1 920 réponses entre le 7 février et le 2 mai 2025, et le gouvernement vise l’entrée en vigueur d’un règlement en 2027.
Quatre précisions changent le chiffrage, et trois d’entre elles sont systématiquement omises. Le plafond de dépense est de « £10,000 or 10% of the value of the house, whichever is lower » — donc inférieur à 10 000 £ pour les biens modestes. Si la norme n’est toujours pas atteinte après cette dépense, le bailleur peut enregistrer une exemption valable dix anset continuer de louer. Un bien classé C ou mieux sur l’ancienne métrique EER avant le 1er octobre 2029 est réputé conforme jusqu’à l’expiration de son EPC — c’est le mécanisme dit de grandparenting, et il vaut la peine d’être exploité. Enfin, la norme est bi-métrique, combinant la performance de l’enveloppe et une métrique secondaire, et non un simple « EPC C ».
Sur le montant à provisionner, un chiffre est plus utile que le plafond : la dépense moyenne estimée par l’étude d’impact est de 5 400 £, non de 10 000 £. Provisionner le plafond pour tous les biens conduit à surestimer la charge. Cela dit, le parc londonien ancien — briques victoriennes, simple vitrage, murs sans isolation — est massivement concerné, et sur un appartement en immeuble classé, les travaux d’enveloppe se heurtent aux contraintes du bail et de l’urbanisme avant de se heurter au budget.
Les charges de la détention : council tax, leasehold, sécurité incendie
La council tax est due au titre de l’occupationd’un logement, non de sa propriété : la règle générale est que l’occupant adulte en est redevable, la responsabilité incombant au propriétaire dans certains cas, dont le logement vacant. Elle est établie par bandes de valeur, à une date de référence historique jamais réévaluée en Angleterre depuis 1991. La bande D moyenne en Angleterre pour l’exercice 2026-27 s’établit à 2 392 £, en hausse de 111 £ soit 4,9 % sur 2025-26, et la council taxmoyenne par logement à 1 868 £. Un abattement de 25 % s’applique lorsque l’occupant vit seul.
Ce qui compte pour un bailleur, c’est la vacance. Depuis le 1er avril 2025, les collectivités anglaises peuvent appliquer une majoration pouvant aller jusqu’à 100 % sur les résidences secondaires, définies comme les logements substantiellement meublés sans occupant. Le pouvoir est discrétionnaire : chaque collectivité décide, et une majoration nouvelle doit être décidée au moins douze mois avant l’exercice au cours duquel elle s’applique. Des exceptions obligatoires existent, que les collectivités ne peuvent écarter. Conséquence directe pour le pied-à-terre londonien meublé et inoccupé : jusqu’à 200 % de la council taxde sa bande. Le pays de Galles autorise des majorations supérieures et l’Écosse a son propre régime : leurs niveaux n’ont pas été revérifiés ici.
S’ajoutent les charges propres au leasehold, que le chapitre consacré à l’acquisition traite au fond et dont nous ne retenons ici que ce qui pèse sur un compte d’exploitation. Le loyer foncierd’abord : le Leasehold Reform (Ground Rent) Act 2022 a bien plafonné le loyer foncier au peppercorn, c’est-à-dire à zéro en pratique, mais seulement pour les baux conclus à compter du 30 juin 2022. Le rachat d’un bail existant après cette date ne fait pas bénéficier l’acquéreur du plafond : le loyer foncier prévu au bail reste dû, y compris une clause de doublement périodique. C’est un piège français caractéristique : on lit « peppercorn depuis 2022 » et on conclut que le sujet est réglé.
Les charges de serviceensuite : entretien et réparations de l’immeuble, assurance du bâtiment, gestion, fonds de réserve. Le leaseholder a le droit d’obtenir un état détaillé du mode de calcul et de l’affectation des charges avec pièces justificatives, de contester devant le tribunal une charge déraisonnable, et d’être consulté avant toute dépense excédant 250 £ par leaseholder pour des travaux, ou 100 £ par an et par leaseholder pour un contrat de plus de douze mois — c’est la procédure dite de section 20 consultation. Le leasehold toolkit du MHCLG qualifie officiellement les charges déraisonnables et les loyers fonciers élevés de problèmes structurels du régime.
Sécurité incendie et façades : le risque le plus mal chiffré du dossier
La Building Safety Act 2022 protège les qualifying leaseholders. Son annexe 8, § 8, dispose verbatim : « No service charge is payable under a qualifying lease in respect of cladding remediation ». Pour les défauts hors façade, en revanche, la contribution du leaseholder est plafonnée selon la valeur du logement, et le barème comporte cinq bandes, pas deux : 0 £ en dessous de 175 000 £, et en dessous de 325 000 £ dans le Grand Londres ; 10 000 £ hors Grand Londres et 15 000 £ dans le Grand Londres jusqu’à 1 M£ ; 50 000 £ entre 1 et 2 M£ ; et 100 000 £ au-delà de 2 M£, ces deux derniers plafonds étant identiques à Londres et en province.
Deux mécanismes changent l’analyse de trésorerie. Le plafond est décennal et non annuel : la charge annuelle ne peut excéder un dixième du plafond, et les sommes déjà versées depuis le 28 juin 2017 s’imputent dessus. Et aucune charge n’est duesi la valeur nette du groupe du bailleur excédait, à la date de référence, 2 M£ par immeuble concerné.
Enfin, une règle circule à l’envers et il faut la rétablir. Le statut de qualifying lease s’apprécie au 14 février 2022, dans la personne du preneur de l’époque. Il est ensuite attaché au bail et se transmet automatiquement à tout acquéreur ultérieur— GOV.UK écrit : « The protections and caps are tied to the lease so will automatically transfer to any future buyers of the leasehold property ». La question à poser à votre conveyancern’est donc pas « vais-je perdre les protections ? » mais « ce bail était-il éligible au 14 février 2022 ? », et il faut exiger le deed of certificate. Un bail non éligible à cette date ne le deviendra jamais. Pour un appartement londonien de plus de 2 M£, le risque à provisionner est de 100 000 £, non de 15 000 £.
Un dernier poste, invisible dans un compte d’exploitation et pourtant décisif : l’érosion du bail. GOV.UK énonce que « When there are 80 years or less remaining on your lease, the cost of extending it increases significantly », et le guide officiel avertit que les biens dont il reste moins de 80 ans peuvent rencontrer des difficultés de financement. La cause est la marriage value : en dessous du seuil, l’extension coûte non seulement la valeur du droit acquis, mais la moitié de la plus-value que la prolongation crée en réunissant les intérêts du leaseholder et du freeholder. Un appartement à 82 ans de bail et le même à 78 ans ne valent pas la même chose, et la différence n’est pas de quatre ans de jouissance.
Et sur ce point, la formule à retenir est la suivante : la marriage valueest juridiquement supprimée par la loi de 2024, mais la disposition n’est pas entrée en vigueur — elle reste due en 2026. La Leasehold and Freehold Reform Act 2024est votée ; ses dispositions sur l’extension à 990 ans, le loyer foncier ramené au peppercorn, la suppression de la marriage valueet le plafond de 0,1 % ne sont pasentrées en vigueur au 29 juillet 2026. Écrire l’inverse, comme le fait une part du corpus depuis 2024, coûterait des dizaines de milliers de livres à un lecteur qui différerait son extension de bail en croyant la réforme acquise.
Le rendement, une fois tout compté
Du ratio de 5,1 % au résultat réel : appartement londonien moyen, cas B
RATIO AFFICHE (Londres, ONS)
2 302 x 12 / 545 000 ................................. 5,1 %
RECETTES ET CHARGES ANNUELLES
Loyer .......................................... 27 624 GBP
Charges hors interets (hypothese) ............. -5 000 GBP
Interets d'emprunt (hypothese) ................ -20 900 GBP
RESULTAT ECONOMIQUE ............................. 1 724 GBP
IMPOT
Cout marginal de l'operation (cas B, 2026-27) . -7 394,40 GBP
RESULTAT APRES IMPOT .......................... -5 670,40 GBP
CHARGES PROGRAMMEES, NON ANNUALISEES ICI
Mise aux normes energetique avant le 1er octobre 2030
depense moyenne estimee ....................... 5 400 GBP
plafond 10 000 GBP ou 10 % de la valeur, le plus faible
Defauts hors facade, bien de 1 a 2 MGBP
plafond decennal .............................. 50 000 GBP
soit au maximum un dixieme par an ............. 5 000 GBP
Extension de bail sous 80 ans : moitie de la marriage
value, non chiffrable sans expertise du bien
COUT D'ENTREE DEJA SUPPORTE
SDLT non-resident, logement supplementaire .... 55 400 GBP
soit 10,2 % du prix
COUT DE SORTIE A PREVOIR
CGT 18 % ou 24 % sans abattement de duree,
abattement annuel de 3 000 GBP seulement.Illustration construite sur les données ONS de mai et juin 2026 et sur les deux hypothèses de charges et d’intérêts annoncées plus haut, qui ne sont pas des données sourcées. Ce que le calcul montre : entre le ratio de 5,1 % que publie une série statistique et le résultat après impôt d’un bailleur endetté imposé au taux supérieur, il n’y a pas un écart de quelques points, il y a un changement de signe. Le même bien, détenu sans dette par un contribuable au taux de base, donne un résultat entièrement différent : c’est la structure de financement et le taux marginal du détenteur qui font le rendement, pas le bien.
Les cas où la réponse est non
Un guide qui ne dit que du bien de l’investissement locatif londonien est un argumentaire. Voici les situations dans lesquelles, sur les éléments établis dans ce chapitre, nous déconseillons l’opération ou le montage — et les raisons sont techniques, pas prudentielles.
N’achetez pas un logement locatif londonien à fort levier si vous êtes imposé au taux supérieur ou additionnel britannique sans avoir fait tourner l’arithmétique de la section précédente.Ce n’est pas une prudence de conseiller : notre cas B perd 5 670 £ par an, avant provisions et avant sortie. La question n’est pas « combien cela rapporte », elle est « à partir de quel apport cela cesse-t-il de coûter ».
Ne constituez pas une société britannique dans l’idée d’éviter la surtaxe de mutation de 2 points. Une close companybritannique contrôlée directement ou indirectement par des non-résidents est traitée comme non résidente pour cette transaction. Le montage ajoute une structure, des frais et une déclaration annuelle, et n’évite rien.
N’enveloppez pas un logement résidentiel britannique dans une société étrangère pour l’inheritance tax.Le schéma est mort depuis le 6 avril 2017 par l’annexe A1 de l’IHTA 1984. Ce qu’il reste du montage, ce sont ses coûts.
Ne bâtissez pas un projet sur l’hypothèse de récupérer le logement à une date choisie. Le congé sans motif de la section 21est aboli, les baux sont périodiques, et les motifs de reprise sont limitativement énumérés et soumis au juge. Si votre projet est « je loue trois ans puis je reviens habiter », ce projet a changé de nature.
N’achetez pas un meublé de tourisme londonien pour son régime fiscal. Le régime des furnished holiday lettingsest supprimé depuis le 6 avril 2025, ces biens sont désormais soumis à la restriction des charges financières, et le rollover reliefn’est plus disponible pour un actif de remplacement acquis depuis cette date.
Ne partez pas du principe que l’exonération française de résidence principale et la Private Residence Relief britannique se recouvrent.L’une exige que le bien soit resté libre de toute occupation jusqu’à la vente, l’autre exige 90 nuits par année fiscale. Louer après le départ satisfait la trésorerie et détruit la première.
N’achetez pas un leasehold de moins de 85 ans comme placement sans avoir chiffré l’extension, et ne comptez pas sur la suppression de la marriage value : elle est votée et non entrée en vigueur. Le contentieux engagé par un groupe de freeholders contre la loi de 2024 a été rejeté par la Divisional Courtle 24 octobre 2025, mais la Court of Appeala accordé l’autorisation de faire appel, et l’audience est attendue fin 2026 ou début 2027. Nous n’avons pas retrouvé la date d’autorisation d’appel sur une source judiciaire primaire.
Ne signez pas un mandat de gestion sans avoir demandé l’encaissement brut. De toutes les démarches de ce chapitre, c’est celle qui coûte le moins et qui améliore la trésorerie du bailleur non résident dans la quasi-totalité des dossiers — sans modifier d’une livre l’impôt britannique finalement dû.
Le calendrier du bailleur non résident
| Échéance | Ce qui est dû | Qui l’accomplit |
|---|---|---|
| Dans les 30 jours de chaque 30 juin, 30 septembre, 31 décembre et 31 mars | Versement à HMRC de la retenue trimestrielle du Non-resident Landlord Scheme | L’agent immobilier, ou le locataire à défaut d’agent |
| 5 avril | Fin de l’année fiscale britannique. Attention : cinq jours après la clôture du trimestre de retenue du 31 mars | — |
| 6 avril | Début de l’année fiscale suivante, date d’effet des changements de taux et de seuils | — |
| 5 juillet | Déclaration annuelle NRLY de l’agent, et remise au bailleur de l’attestation NRL6 | L’agent immobilier. Réclamez le NRL6 : c’est votre justificatif d’imputation |
| Fin d’année fiscale | Demande annuelle de l’abattement personnel du non-résident ressortissant de l’EEE : sur les pages de résidence SA109 si vous déposez une déclaration de Self Assessment — ce qui est le cas au-delà de 2 500 £ de loyers britanniques —, par formulaire R43 seulement à défaut | Vous. Elle n’est pas reconduite d’office |
| 30 avril | Déclaration ATED de la période de charge ouverte le 1er avril, y compris la Relief Declaration Return si un relief est revendiqué | La société détentrice. L’ATED se paie d’avance |
| 60 jours après la completion | Déclaration ET paiement de la capital gains tax sur la cession, même en l’absence d’impôt, même en moins-value | Vous seul. Ni le solicitor, ni l’agent ne le font |
| 14 jours après la date d’effet d’une acquisition | Déclaration et paiement du SDLT, en Angleterre et en Irlande du Nord. 30 jours en Écosse et au pays de Galles : ne pas transposer | Le solicitor, en pratique — mais la responsabilité est la vôtre |
| 1er octobre 2030 | Conformité énergétique de tous les baux dans le champ, en Angleterre et au pays de Galles | Vous. À provisionner dès maintenant |
Faire chiffrer votre dossier locatif britannique avant de signer, pas après la première déclaration
Nous instruisons un dossier locatif britannique dans l'ordre où il produit ses effets : qualification de votre statut au regard du Non-resident Landlord Scheme et demande d'encaissement brut, éligibilité à l'abattement personnel au titre de la nationalité EEE, arithmétique complète de la restriction des charges financières sur vos chiffres réels et non sur une moyenne, arbitrage entre détention directe et sociétaire avec l'ATED et les deux étages d'imposition chiffrés, calendrier de cession au regard des soixante jours et du test des 90 nuits de la Private Residence Relief, et articulation avec la convention de 2008 si vous êtes ou redevenez résident de France. Sur l'assiette exacte de la retenue trimestrielle, sur le taux applicable après le 6 avril 2027, sur le régime des reliefs SDLT et ATED et sur toute cession portant une plus-value significative, la mise en relation avec des avocats fiscalistes britanniques et français fait partie de l'accompagnement.
Ce que ce chapitre ne tranche pas
Sept points n’ont pas été établis sur source primaire à la date d’arrêté de nos sources. Pour chacun, nous indiquons la question exacte à poser et les pièces à réunir avant tout acte irréversible. Ce sont des sujets d’avocat, et le cabinet organise cette mise en relation.
Les sept questions à faire arbitrer, et les pièces à réunir
- L’assiette exacte de la retenue trimestrielle.Les charges financières sont-elles admises en déduction de l’assiette de la retenue du Non-resident Landlord Schemedepuis la suppression de leur déductibilité en 2020-21 ? La page GOV.UK consultée le 29 juillet 2026 énonce que l’assiette est le loyer net des dépenses déductibles admises par le régime, sans le préciser. Écart de trésorerie annuel sur notre cas chiffré : 4 180 £. Pièces : le mandat de gestion, l’échéancier d’emprunt, et une confirmation écrite de l’agent sur sa méthode de calcul.
- Le taux de la retenue à compter du 6 avril 2027.La retenue est faite « au taux de base ». La Finance Act 2026 ayant créé un property basic ratede 22 % et substitué « PBR » à « BR » dans plusieurs dispositions de l’ITTOIA 2005, la retenue passe-t-elle elle aussi à 22 % ? Non établi. Ce qui manque : la disposition qui porte le taux de la retenue et son éventuel amendement par la loi de 2026.
- Le taux de SDLT applicable après revendication d’un relief par une société. Les reliefs existent — activité de location immobilière notamment — et sont sujets à reprise. Le taux qui s’applique une fois le relief revendiqué n’est pas établi dans nos sources, et il commande entièrement l’arbitrage nom propre / société. Pièces : le projet de statuts, la description de l’activité locative envisagée, l’identité des locataires pressentis et leur éventuel lien avec les associés.
- Le seuil de la corporate interest restriction.Le seuil de 2 M£ de charges financières nettes du groupe est de connaissance professionnelle courante mais n’a pas été vérifié sur source primaire. Ce qui manque : le Corporate Finance ManualCFM95000 et la partie 10 du TIOPA 2010. À vérifier avant de bâtir un portefeuille sociétaire à fort levier.
- L’articulation de la Private Residence Relief avec le rebasingde 2015 et la déclaration de nomination.L’article 222C a été lu. Le renvoi croisé à l’article 222(5), lorsque le contribuable détient plusieurs résidences, et l’articulation de l’exonération avec la valeur retenue au 5 avril 2015 n’ont pas été creusés. Pièces : l’évaluation RICS au 5 avril 2015, l’historique des nuitées documenté année fiscale par année fiscale, et l’inventaire de vos résidences.
- Les prélèvements sociaux français sur la plus-value immobilière britannique d’un résident de France.L’article 2 § 1 b) de la convention nomme la CSG et la CRDS, et le mot « notamment » de son chapeau rend la liste indicative : le prélèvement de solidarité de l’article 235 ter du CGI, créé postérieurement et non nommé, y entre, et HMRC le range parmi les impôts admissibles au crédit (DT7261). Reste discutable l’inclusion des prélèvements sociaux dans « l’impôt français » au sens du § 3 de l’article 24. Ce qui manque : la doctrine BOFiP sur l’imputation du crédit conventionnel sur les prélèvements sociaux, et l’articulation avec le régime français des plus-values immobilières de source étrangère.
- Les dates de la Renters’ Rights Act 2025.La sanction royale du 27 octobre 2025, la date de commencement de l’abolition de la section 21 au 1er mai 2026 et les deux dates transitoires proviennent de commentaires professionnels concordants et n’ont pas été confirmées sur legislation.gov.uk ni sur une déclaration ministérielle. Ce qui manque : le commencement order et la page GOV.UK de mise en œuvre. Ces dates conditionnent toute stratégie de sortie.
Deux sujets voisins relèvent également du spécialiste et ne sont pas traités ici : le traitement britannique de l’occupation à titre gratuit, par un associé résident du Royaume-Uni, d’un immeuble détenu par une SCI française classée opaque par HMRC, qui n’a pas été instruit ; et le régime des trusts, sur lequel le guide ne formule aucune conclusion opératoire.
Portée de ce chapitre et date d’arrêté du droit
Ce chapitre expose l’état du droit au 29 juillet 2026, établi sur les textes publiés : Income Tax Act 2007, articles 23, 35, 56 et 58 ; Income Tax (Trading and Other Income) Act 2005, articles 272A, 272B, 274A, 274AA, 274B et 274C, et sa partie 3 ; Taxation of Chargeable Gains Act 1992, articles 1M, 222, 222B et 222C ; Inheritance Tax Act 1984, annexe A1 ; Building Safety Act 2022, annexe 8 ; Leasehold Reform (Ground Rent) Act 2022 ; Leasehold and Freehold Reform Act 2024 ; Renters’ Rights Act 2025, sous les réserves indiquées ; Finance Act 2016, article 26(1) ; Finance Act 2019 ; Finance Act 2025 (c. 8) ; Finance Act 2026 (c. 11), articles 6, 6(8) et 7 et annexe 1, § 40, loi sanctionnée le 18 mars 2026 ; The Taxation of Income from Land (Non-residents) (Amendment) Regulations 2020, SI 2020/151 ; Taxes (Amendments) (EU Exit) Regulations 2020.
Côté doctrine et guidance britanniques : HMRC, Property Income ManualPIM2054, PIM2058 et PIM4165 à PIM4190 ; Capital Gains ManualCG73505 ; helpsheet HS283 ; pages GOV.UK « Paying tax on rent to landlords abroad », « Non-resident landlord: application to have UK rental income without deduction of UK tax — individuals (NRL1) », « Income Tax rates and Personal Allowances », « Tax on your UK income if you live abroad: Personal Allowance », « Tax-free allowances on property and trading income », « Rent a Room Scheme », « Capital Gains Tax rates », « Tell HMRC about Capital Gains Tax on UK property or land if you’re not a UK resident », « Work out your tax if you’re a non-resident selling UK property or land », « Stamp Duty Land Tax: corporate bodies », « Rates of Stamp Duty Land Tax for non-UK residents », « Annual Tax on Enveloped Dwellings: the basics », « Paying Corporation Tax if you’re a non-resident company landlord », « Corporation Tax rates and reliefs », « Leasehold property: service charges and other expenses », « Leaseholder contribution caps », « Changes to tax relief for residential landlords », « Abolition of the furnished holiday lettings tax regime » et « Changes to tax rates for property, savings and dividend income » ; réponse gouvernementale du DESNZ à la consultation « Improving the energy performance of privately rented homes » ; statistiques MHCLG sur les niveaux de council tax2026-27 ; ONS, « Private rent and house prices, UK: July 2026 », bulletin du 22 juillet 2026, et pages locales associées ; Bank of England, résumé de politique monétaire de juin 2026. Toutes les pages citées ont été consultées le 29 juillet 2026.
Côté français : convention entre la France et le Royaume-Uni du 19 juin 2008, articles 6, 14 et 24, dans son texte consolidé avec la convention multilatérale ; convention du 21 juin 1963 sur les successions, article 4(g) ; doctrine BOFiP BOI-INT-CVB-GBR-10-20, § 20 et § 260, et BOI-RFPI-PVI-10-40-10, § 190 ; foire aux questions de la DGFiP consacrée au Brexit.
Il ne constitue ni une consultation juridique ni une garantie de traitement fiscal. Les montants figurant dans les chiffrages sont des illustrations construites sur des hypothèses explicites, et non des prévisions ni des rendements attendus : en particulier, le niveau des charges de gestion, le taux d’emprunt et le taux de vacance retenus dans nos exemples ne sont adossés à aucune source publique. Aucun établissement financier, banque, assureur, courtier ni société de gestion n’est nommé dans ce chapitre, qui décrit des catégories de solutions et des mécanismes, jamais des produits. Le cabinet est enregistré à l’ORIAS sous le numéro 23002291et intervient en qualité de conseiller en investissements financiers, courtier en assurance et courtier en opérations de banque et en services de paiement ; le droit fiscal britannique se traite avec des avocats établis au Royaume-Uni, et les questions de qualification franco-britannique avec des fiscalistes des deux côtés.

