Pourquoi une feuille de route plutôt qu'un catalogue de leviers
Une sage-femme de 32 ans sature son PER pour « défiscaliser », puis voit sa banque réduire son prêt immobilier : elle a déduit son revenu… juste avant de le présenter au banquier. Pire : à TMI 11 %, ce PER ne lui faisait gagner que onze centimes d'impôt par euro versé — un avantage largement repris à la sortie. Une autre, à 60 ans, cède sa patientèle 55 000 € sans payer un euro d'impôt ni de prélèvements sociaux. Entre les deux, la différence n'est pas le talent : c'est le calendrier. La plupart des guides patrimoniaux vous tendent une liste — PER, assurance-vie, immobilier, SCPI — mais jamais l'ordre. Or l'ordre, c'est 80 % du sujet. Ce guide prend le problème par là : c'est une feuille de route chronologique qui vous dit quoi faire à 30, 45 et 60 ans — et pourquoi. Pour le détail chiffré de chaque levier, on renvoie systématiquement vers notre guide de défiscalisation de la sage-femme : ici, on s'occupe du quand, pas du comment.
En 30 secondes : les trois règles d'or de la sage-femme
Un profil à revenus modérés, pas un haut revenu
Posons le décor tout de suite : vous n'êtes ni pharmacienne titulaire, ni chirurgienne-dentiste à 150 000 € de BNC. La sage-femme libérale exerce une profession médicale imposée en BNC, avec un bénéfice le plus souvent compris entre 30 000 et 70 000 € et une TMI de 11 à 30 %. À ce niveau, on ne vous propose pas des holdings, des pactes Dutreil ou des SPFPL : ces montages coûtent plus cher qu'ils ne rapportent. Vos vrais outils tiennent sur une main : prévoyance Madelin, le bon régime BNC, un PER calibré sur la TMI, un peu d'immobilier, l'assurance-vie, et une cession bien préparée.
Trois spécificités qui imposent une chronologie
La sage-femme n'est pas un libéral comme un autre, et trois traits de la profession commandent l'ordre des priorités. D'abord, un métier très majoritairement féminin, où la maternité et l'arrêt sont mal couverts — la prévoyance passe donc avant tout. Ensuite, un exercice souvent mixte (vacations hospitalières salariées + cabinet libéral), qui éclate les droits retraite sur plusieurs caisses mais ouvre deux plafonds de PER. Enfin, une retraite CARCDSFmodeste (assiette faible), si bien que l'épargne personnelle n'est pas un luxe mais une nécessité. Ces trois faits structurent toute la feuille de route ci-dessous.
Sage-femme = CARCDSF, jamais CARPIMKO ni CARMF
Le tableau âge → priorités : la feuille de route en un coup d'œil
Gardez ce tableau sous les yeux : c'est toute la stratégie sur une page. Chaque ligne correspond à une phase de carrière, avec sa priorité dominante et le levier à activer. Le reste du guide ne fait que la détailler, phase par phase.
| Phase / âge | Mot d'ordre | À faire en priorité | Levier dominant |
|---|---|---|---|
| 25-35 ans · Installation | Sécuriser | Précaution, prévoyance maternité, RP | Prévoyance Madelin |
| 35-50 ans · Consolidation | Déduire & diversifier | Réel, PER soutenable, locatif, AV | Régime réel + immobilier |
| 50-62 ans · Accélération | Maximiser | PER au plafond, RIS/EIG, SCPI | PER à TMI haute |
| 62-67 ans · Cession | Récolter | Céder, liquider, cumuler | Exonérations 151 septies / 238 quindecies |
Le fil rouge : protéger, puis déduire, puis maximiser, puis récolter
Placer votre situation sur la feuille de route
Un CGP indépendant identifie votre phase, vérifie ce qui est urgent et ce qui peut attendre, et vous repartez avec un plan d'action hiérarchisé — sans plaquer des outils de hauts revenus sur un profil de sage-femme.
25-35 ans — L'installation : sécuriser avant d'optimiser
La tentation, quand on s'installe et qu'on découvre les impôts du libéral, c'est de chercher tout de suite à défiscaliser. À cet âge, votre patrimoine se construit en posant un socle, pas en cochant des niches. On pose les fondations dans cet ordre précis — l'ordre compte plus que la liste.
Précaution et prévoyance d'abord
D'abord, une épargne de précaution de 3 à 6 mois de charges, sur un livret ou un fonds euros : quand on est libérale, aucun revenu ne tombe automatiquement, et un trou de trésorerie ne doit jamais forcer un mauvais arbitrage. Ensuite, et c'est la priorité de la sage-femme, une prévoyance Madelin : la maternité et l'arrêt de travail sont très mal couverts par le régime obligatoire. On y consacre la section suivante tant le sujet est central.
Choisir son régime : micro-BNC ou réel
En début d'activité, les recettes sont souvent modestes et le micro-BNC (article 102 ter CGI), avec son abattement forfaitaire de 34 %, peut suffire : simple, sans comptabilité lourde, jusqu'à un seuil de recettes de 83 600 € en 2026. Mais dès que vos frais réels (loyer du cabinet, matériel, échographe ou monitoring, véhicule, formations, cotisations) dépassent 34 % de vos recettes, le régime réel (déclaration 2035) devient gagnant. Surtout, seul le réel ouvre la pleine déduction de vos cotisations PER et prévoyance Madelin de l'article 154 bis : dès que l'on veut épargner sérieusement en déduction, on passe au réel. À noter : depuis 2023, la majoration de 25 % pour non-adhésion à une AGA est supprimée. Le détail figure dans notre guide de l'installation de la sage-femme : micro-BNC ou réel, EI ou SCM.
EI ou SCM (la SELARL est rarement utile)
La forme par défaut est l'entreprise individuelle (statut unique depuis 2022, patrimoine professionnel et personnel séparés de plein droit). Si vous partagez un cabinet de groupe, la SCM (société civile de moyens) permet de mutualiser local, secrétariat et matériel : elle est fiscalement transparente (article 239 quater A CGI) et ses services aux membres sont exonérés de TVA au prix coûtant (article 261 B CGI). La SELARL, elle, est rarement justifiée sous 70 000 € de bénéfice : l'IS n'a pas d'intérêt quand on consomme tout son revenu, et la fin de l'abattement de 10 % en SEL (Conseil d'État, 8 avril 2025) l'affaiblit encore. À creuser dans notre arbitrage SELARL de la sage-femme.
Conventionnement et zonage : à anticiper AVANT de choisir son lieu
Particularité des professions conventionnées : l'accès au conventionnement dépend du zonage défini par l'ARS. En zone sur-dotée, le conventionnement n'est possible que selon le principe « une arrivée pour un départ » (il faut qu'une consœur libère une place). En zone sous-dotée, à l'inverse, l'Assurance maladie verse des aides conventionnelles à l'installation (contrats dédiés aux sages-femmes), pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros sur cinq ans — un coup de pouce réservé aux professions conventionnées, dont la sage-femme fait partie. À ne pas confondre avec l'exonération d'impôt ouverte par une installation en commune classée France Ruralités Revitalisation (FRR, article 44 quindecies A du CGI) : les deux dispositifs sont distincts et cumulables, et leur articulation est détaillée dans notre guide de la sage-femme en zone aidée : exonération d'impôt (FRR).
Avant de signer un bail en zone sur-dotée : vérifiez l'accès au conventionnement
Résidence principale, ACRE et premier financement
Le grand projet de la trentaine, c'est souvent l'achat de la résidence principale. Et c'est ici qu'intervient une règle d'or : on n'empile pas un PER déductible et un crédit. Déduire un PER baisse votre bénéfice, donc le revenu que la banque retient — déduire l'année d'une demande de prêt peut coûter de la capacité d'emprunt. La règle : RP d'abord, PER modéré, montée en puissance ensuite. Côté cotisations, l'ACREpeut alléger temporairement vos charges en début d'activité, mais elle n'est plus automatique : il faut en faire la demande à l'URSSAF dans les premiers mois, et les conditions ont été resserrées. On la vérifie, on ne la présume pas.
La prévoyance Madelin : la priorité n°1 de la sage-femme, à tout âge
De tout ce guide, c'est la section que je relis avec chaque sage-femme de 30 ans. La profession est très majoritairement féminine, et deux risques y sont mal couverts par le régime obligatoire : la maternité et l'arrêt de travail. Or, comme pour tout libéral, l'activité ne se délègue pas : le jour où vous ne pouvez plus exercer, le revenu s'arrête.
La carence brutale de la CARCDSF
En cas d'arrêt, les indemnités journalières propres au régime de la sage-femme (CARCDSF) ne prennent le relais qu'à partir du 91e jour, à un niveau modeste de l'ordre de quelques dizaines d'euros par jour. Avant ce délai — soit près de trois mois — et au-delà, sans contrat complémentaire, le revenu chute lourdement. Côté maternité, les prestations (allocation forfaitaire de repos maternel et indemnités journalières d'interruption d'activité) sont des forfaits qui ne compensent pas la perte réelle de chiffre d'affaires d'une libérale. C'est ce double trou que comble une prévoyance Madelin. Les montants exacts 2026 sont à confirmer auprès de la CARCDSF.
Le plafond de déduction de la prévoyance Madelin (art. 154 bis CGI)
Plafond prevoyance / sante Madelin =
7 % du PASS
+ 3,75 % du benefice imposable
le tout plafonne a 3 % de 8 PASS
En 2026 (PASS = 48 060 EUR, 8 PASS = 384 480 EUR) :
plafond global de l'ordre de 11 534 EURLes cotisations de prévoyance (indemnités journalières, invalidité, décès) et de santé Madelin sont déductibles du bénéfice, dans cette limite — et dans une enveloppe DISTINCTE de celle du PER (elle ne consomme pas votre plafond retraite). Ici, on protège la machine à fabriquer du revenu, pas seulement la facture fiscale : c'est ce qui justifie de le placer toujours en premier.
Ce qu'une bonne prévoyance de sage-femme doit couvrir
Le piège de la prévoyance « low cost » : la carence et la maternité
35-50 ans — La consolidation : déduire, diversifier, protéger
La patientèle est installée, le revenu s'est stabilisé, la RP est souvent financée. C'est la phase la plus longue et la plus structurante : celle où l'on construit vraiment le patrimoine, sans pression et sans précipitation. Quatre chantiers s'ouvrent en parallèle.
Passer au réel pour déduire ses frais et ouvrir le PER
Si ce n'est pas déjà fait, c'est l'âge du passage au régime réel : vos frais réels (cabinet, matériel, véhicule, formations, cotisations, prévoyance) dépassent maintenant l'abattement de 34 % du micro-BNC, et surtout le réel ouvre la déduction PER de l'article 154 bis. Attention : comme vos actes sont exonérés de TVA (article 261-4-1°), vous ne récupérez aucune TVA sur le matériel ni le véhicule : tout se raisonne en TTC.
Un PER au rythme soutenable (et selon la TMI)
À TMI 30 %, le PER de l'article 154 bis devient intéressant : chaque euro déduit « rapporte » 30 centimes d'impôt en moins. Mais beaucoup de sages-femmes sont à TMI 11 % : dans ce cas, on le verra à la section dédiée, le PER rapporte peu et l'on préfère l'assurance-vie. Dans tous les cas, on le calibre sans casser la capacité d'emprunt si un projet immobilier locatif se profile : on verse ce qui est soutenable, pas le plafond à tout prix. Le détail du calcul figure dans notre guide PER de la sage-femme et retraite CARCDSF.
Diversifier hors du cabinet : immobilier, LMNP et assurance-vie
On sort enfin du cabinet pour répartir le risque, sur deux fronts : l'immobilier (locatif nu avec déficit foncier, dont les prélèvements sociaux restent à 17,2 % ; ou LMNP qui amortit le bien, mais dont les loyers meublés supportent désormais 18,6 % de PS), à doser pour ne pas saturer l'endettement ; et l'assurance-vie, l'enveloppe d'épargne disponible et de transmission par excellence (PS maintenus à 17,2 %), qu'on alimente régulièrement et qui est le bon outil à TMI basse. L'immobilier de rapport vient toujours après la RP, jamais avant. Voyez l'assurance-vie et les placements de la sage-femme.
Protéger la famille : le réflexe de la quarantaine
Exercice mixte : deux plafonds PER et des droits retraite éclatés
On ne le dit presque jamais, et pourtant ça touche une grande partie de la profession : la sage-femme qui combine des vacations hospitalières salariées et une activité libérale. Cet exercice mixte change deux choses : il vous ouvre une porte (deux plafonds de PER) et vous tend un piège (des droits retraite éparpillés).
Deux plafonds PER cumulables (l'atout méconnu)
Bonne nouvelle d'abord : vous disposez de deux enveloppes de déduction PER qui s'additionnent. Sur votre bénéfice libéral, c'est le plafond de l'article 154 bis (10 % du bénéfice + 15 % de la fraction entre 1 et 8 PASS). Sur votre salaire hospitalier, c'est le plafond de l'article 163 quatervicies(10 % du salaire). Les deux se cumulent, et votre comptable ventile les versements sur la déclaration. C'est un levier de déduction supérieur à celui d'une libérale « pure ».
Le disponible PER total d'une sage-femme en exercice mixte
Disponible PER total =
plafond 154 bis (sur le benefice liberal)
+ plafond 163 quatervicies (sur le salaire hospitalier)
Exemple : BNC 48 000 EUR + salaire 12 000 EUR (2026)
154 bis = plancher 4 806 EUR
+ 163 quatervicies = 10 % x 12 000 = 1 200 EUR
------------------------------------------------
Disponible PER ≈ 6 006 EURLes deux plafonds sont indépendants et cumulables. Le plafond 163 quatervicies vaut 10 % du salaire avec un plancher égal à 10 % du PASS : ici, ce plancher est déjà mobilisé côté libéral (le 154 bis le porte à 4 806 €), de sorte que le volet salarié n'apporte que sa part calculée, soit 1 200 €. À TMI 30 %, déduire ces ~6 000 € représente de l'ordre de 1 800 € d'impôt en moins. Les plafonds 154 bis et 163 quatervicies non utilisés sont reportables (5 ans pour les plafonds générés à compter de 2026, 3 ans pour les plafonds antérieurs) et le 163 quatervicies est mutualisable avec le conjoint.
Des droits retraite éclatés à reconstituer
Le piège, maintenant : vos droits retraite sont dispersés sur plusieurs caisses. La part libérale relève de la CARCDSF (section sages-femmes) ; les vacations à l'hôpital public, de la CNAV et de l'Ircantec ; une activité en clinique privée, de la CNAV et de l'Agirc-Arrco. Aucune pension consolidée n'apparaît avant la demande. Le seul moyen d'y voir clair : réclamer votre relevé individuel de situation (RIS) et votre estimation indicative globale (EIG) sur info-retraite.fr. On le fait dès la cinquantaine, pour corriger les trous à temps.
Le piège du « départ anticipé à 57 ans » en catégorie active
50-62 ans — L'accélération : maximiser le PER à TMI haute
Entre 50 et 60 ans, on épargne comme jamais : les crédits de RP s'allègent ou s'éteignent, les enfants deviennent autonomes, le revenu est à son maximum — et la TMI aussi. Entre 50 et 62 ans, on a une fenêtre courte pour combler ce que la CARCDSF ne paiera pas : autant l'utiliser à plein.
Maximiser le PER quand la TMI le justifie
Sans projet d'emprunt résiduel qui contraigne le revenu, et si votre TMI est à 30 %, on peut enfin saturer le PER. Pour un bénéfice de 70 000 €, le plafond de l'article 154 bis approche les 10 291 €, et chaque euro déduit « rapporte » 30 %. C'est l'âge où le PER rapporte le plus : vous déduisez quand votre tranche est élevée, et vous récupérez plus tard, à la retraite, où la pension CARCDSF vous fait souvent redescendre à 11 % — l'effet de tranche joue alors à plein. Si vous êtes restée à 11 % toute votre carrière, en revanche, ce calcul tombe : l'assurance-vie reste préférable.
Reconstituer ses droits et arbitrer l'épargne
C'est le moment de demander RIS et EIG (info-retraite.fr) : en exercice mixte, c'est le seul moyen de voir d'un coup ce que vous avez accumulé chez chacune de vos caisses (CARCDSF côté libéral, CNAV et Ircantec côté hôpital, Agirc-Arrco côté clinique) et de repérer d'éventuels trous de carrière à corriger. Le taux de remplacement de la CARCDSF étant modeste — souvent de l'ordre de 40 à 45 % du dernier revenu, rarement au-delà de 50 % — l'effort d'épargne de cette phase est décisif. Côté placements, on arbitre entre SCPI (revenus complémentaires réguliers) et assurance-vie (souplesse et transmission). Voyez les SCPI et la retraite CARCDSF de la sage-femme.
Anticiper la cession dès 55 ans
La cession de la patientèle ne se prépare pas le jour du départ : les exonérations de plus-value dépendent de conditions de durée et de seuils qu'il faut sécuriser en amont (activité d'au moins 5 ans, recettes, valeur, calendrier de liquidation de la retraite). On commence à valoriser la patientèle et à identifier un repreneur cinq à dix ans avant : c'est l'objet de la phase suivante. Pour la méthode de valorisation, voyez valoriser et transmettre sa patientèle de sage-femme.
62-67 ans — La cession et la liquidation CARCDSF
On arrive au bout. C'est l'étape vers laquelle tout le reste préparait : céder la patientèle dans les meilleures conditions fiscales, liquider la CARCDSF, et organiser la transition. La bonne nouvelle, pour une sage-femme à revenus modérés, c'est que la plus-value de cession est très souvent totalement exonérée, IR et prélèvements sociaux compris.
Les trois régimes d'exonération de la plus-value
La cession de la patientèle est une plus-value professionnelle. Sans exonération, elle serait taxée à 12,8 % d'IR + 18,6 % de PS = 31,4 %. Mais trois dispositifs peuvent jouer :
| Régime | Critère | Seuil d'exonération totale | Effet |
|---|---|---|---|
| 151 septies | Recettes annuelles | ≤ 90 000 € (dégressif jusqu'à 126 000 €) | IR + PS exonérés |
| 238 quindecies | Valeur de cession | ≤ 500 000 € (dégressif jusqu'à 1 000 000 €) | IR + PS exonérés |
| 151 septies A | Départ en retraite | Pas de plafond de valeur | IR exonéré, PS 18,6 % dus |
Pour une sage-femme, l'exonération est presque toujours totale
Liquider la CARCDSF et le cumul emploi-retraite
En parallèle de la cession, on liquide la retraite CARCDSF (régime de base, complémentaire, prestation complémentaire de vieillesse des conventionnées) — et, en exercice mixte, les autres caisses. L'âge légal va de 62 à 64 ans selon la génération, le taux plein automatique à 67 ans. Beaucoup de sages-femmes ne s'arrêtent pas net : le cumul emploi-retraite permet de percevoir sa pension tout en gardant quelques actes. Sous conditions (liquidation de tous les régimes, âge du taux plein), le cumul est intégral. Cela lisse la baisse de revenu et permet une transmission progressive de la patientèle. Les modalités exactes sont à confirmer auprès de la CARCDSF.
Attention au calendrier du 151 septies A
Trois cas chiffrés : Camille (30), Sophie (45), Hélène (60)
Rien ne vaut des chiffres pour fixer les idées. Trois sages-femmes à trois moments de carrière, et la bonne décision à chaque fois. Montants arrondis et illustratifs, non opposables.
Cas 1 — Camille, 30 ans, sage-femme en EI, recettes 50 000 €, micro-BNC
Priorité 1 — précaution : 4 mois de charges sur un livret.
Priorité 2 — prévoyance Madelin : souscrite avec franchise courte (4e jour) et option maternité renforcée, cotisations déductibles (enveloppe distincte du PER).
Priorité 3 — PER non prioritaire : à TMI 11 %, déduire un euro de PER ne fait gagner que 11 centimes d'impôt, repris à la sortie. Plutôt qu'un PER, Camille place sur une assurance-vie (disponible, non bloquée) après avoir bouclé prévoyance et précaution.
À surveiller : demander l'ACRE à l'URSSAF dans les délais ; vérifier le zonage ARS avant de signer un bail ; passer au réel dès que les frais dépassent 34 % des recettes.
Leçon : à 30 ans et à TMI 11 %, on protège le revenu et on épargne en assurance-vie — pas en PER.
Cas 2 — Sophie, 45 ans, exercice mixte, BNC 48 000 € + salaire 12 000 €
Deux plafonds PER cumulables :
Disponible PER de Sophie (BNC 48 000 € + salaire 12 000 €, PASS 2026 = 48 060 €)
154 bis (sur le BNC) = plancher 4 806 EUR + 163 quatervicies (salaire) = 10 % x 12 000 = 1 200 EUR -------------------------------------------------- Disponible PER total ≈ 6 006 EUR
Le plafond 163 quatervicies retient 10 % du salaire dès lors que le plancher de 10 % du PASS est déjà consommé côté libéral (via le 154 bis à 4 806 €) : le volet salarié n'apporte donc que 1 200 €. À TMI 30 %, déduire ces 6 006 € représente de l'ordre de 1 800 € d'impôt en moins (dont ~1 442 € au titre du seul 154 bis). On module toutefois les versements pour ne pas casser la capacité d'emprunt du crédit RP en cours.
Leçon : en exercice mixte et à TMI 30 %, le PER devient un vrai levier — et les deux plafonds permettent de déduire plus.
Cas 3 — Hélène, 60 ans, cède sa patientèle 55 000 €, recettes 65 000 €
Plus-value de cession : recettes de 65 000 € (< 90 000 €) → 151 septies : exonération totale, IR et prélèvements sociaux. Valeur de 55 000 € (< 500 000 €) → 238 quindecies : exonération totale également. Hélène relève donc de l'un de ces deux régimes : sa plus-value est exonérée d'IR et de PS, soit 0 € d'impôt et 0 € de prélèvements sociaux. Le 151 septies A, qui laisserait 18,6 % de PS (soit ~10 230 € sur 55 000 €), serait moins favorable et n'est donc pas mobilisé.
Droits d'enregistrement (à la charge de l'acquéreur, art. 719) : sur 55 000 €, soit 3 % × (55 000 − 23 000) = 960 € payés par le repreneur, pas par Hélène.
Transition : elle liquide la CARCDSF et garde quelques gardes en cumul emploi-retraite.
Leçon : une patientèle de sage-femme dans les seuils se cède le plus souvent sans IR ni PS ; la vraie vigilance porte sur le calendrier (activité ≥ 5 ans, fenêtre de 24 mois).
Comment lire ces trois cas (note de méthode)
Chiffrer votre propre trajectoire de sage-femme
Plafond PER, articulation des deux plafonds en exercice mixte, point de bascule micro/réel, simulation de cession exonérée, capacité d'emprunt : un CGP indépendant met des chiffres sur votre phase de carrière et vous donne l'ordre des priorités.
PER ou assurance-vie ? L'arbitrage honnête selon votre TMI
C'est la question qui revient le plus, et c'est aussi celle où l'on doit être le plus honnête. Le PER, à lui seul, ne veut rien dire : tout dépend de votre tranche. À 30 %, c'est un bon outil ; à 11 %, beaucoup moins. Pour une sage-femme à revenus modérés, souvent à 11 %, la réponse penche fréquemment vers l'assurance-vie.
PER — bon à TMI 30 %
Points forts
- Déduction à l'entrée = votre TMI (30 % = vrai gain)
- Sortie souvent à une tranche plus basse (effet de tranche)
- Idéal en phase d'accélération (50-62 ans)
Points de vigilance
- Capital bloqué jusqu'à la retraite (sauf RP, accidents de la vie)
- Gains taxés à 18,6 % de PS à la sortie
- Ne valide ni point ni trimestre de retraite
Assurance-vie — bonne à TMI 11 %
Points forts
- Épargne disponible, non bloquée
- Fiscalité douce après 8 ans, PS maintenus à 17,2 %
- Outil de transmission (clause bénéficiaire)
Points de vigilance
- Pas de déduction à l'entrée
- Avantage successoral, pas de gain d'impôt sur le revenu immédiat
- Rendement non garanti (unités de compte)
La règle simple : 30 % → PER ; 11 % → assurance-vie
Les 6 erreurs patrimoniales classiques de la sage-femme
Six erreurs reviennent à chaque rendez-vous de sage-femme ; ce sont les plus coûteuses — et pourtant, vues à l'avance, elles se déjouent toutes.
Les 6 pièges, et comment chacun se déjoue
(2) Charger le PER juste avant un prêt : la déduction baisse le revenu retenu par la banque et casse la capacité d'emprunt — on lève le pied l'année du crédit.
(3) Saturer le PER à TMI 11 % : l'avantage est repris à la sortie + 18,6 % de PS sur les gains — à 11 %, on lui préfère l'assurance-vie.
(4) Croire que la CARCDSF suffira : le taux de remplacement tourne autour de 40-45 % — on complète tôt.
(5) Oublier de reconstituer ses droits éclatés en exercice mixte : on demande RIS et EIG sur info-retraite.fr, et l'on n'oublie pas qu'un départ en catégorie active à 57 ans ne vaut que pour le volet salarié public.
(6) Redouter une fiscalité de cession lourde : sous 90 000 € de recettes, le 151 septies exonère IR et PS — la cession est souvent à 0 €.
La feuille de route, en une phrase
Construire votre feuille de route, sereinement
Un CGP indépendant situe votre âge sur la trajectoire, sécurise votre prévoyance, calibre votre PER selon votre TMI et anticipe une cession exonérée — calé avec votre expert-comptable, sans aucun produit-maison.

