EI, SELARL, SCM : pourquoi la question est mal posée
L'essentiel en 30 secondes
- EI = je porte mon revenu en nom propre (BNC, micro-BNC ≤ 83 600 € ou réel/2035). C'est le défaut, suffisant pour ~8 kinés sur 10.
- SELARL / SELAS = société à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà). Rare en kiné, pour de gros revenus ou un cabinet de groupe.
- SCM = simple outil de partage de frais. Elle ne dégage aucun bénéfice, ne touche pas à la patientèle. Chacun garde son BNC et dépose sa propre 2035.
- On cumule : EI (exercice) + SCM (charges partagées) dès qu'on s'associe. Ce ne sont pas deux choix concurrents.
- Quelle que soit la structure : le kiné reste TNS → CARPIMKO, et ses actes restent exonérés de TVA.
Vous avez votre diplôme, une patientèle qui démarre, peut-être deux confrères avec qui ouvrir un cabinet — et déjà cette phrase qui tourne en boucle : « il faut que tu te montes en SCM », ou « passe en SELARL, tu paieras moins d'impôts ». « EI, SELARL ou SCM ? » : la question revient à chaque rendez-vous d'installation, et elle part presque toujours d'un malentendu. On vous a présenté quatre sigles — EI, SELARL, SCM, SCP — comme quatre options sur la même ligne de départ. Ce n'est pas le cas, et croire le contraire fait perdre du temps, de l'argent en frais de structure inutiles, parfois les deux. Avant de comparer quoi que ce soit, il faut démêler deux questions qu'on vous présente en bloc alors qu'elles n'ont rien à voir.
La première : « sous quelle forme j'exerce et je déclare mon revenu ? » La réponse, c'est l'entreprise individuelle (le défaut) ou, beaucoup plus rarement, une société d'exercice (SELARL/SELAS, voire SCP). Ce sont des structures d'exercice: elles portent votre activité, génèrent un revenu, supportent l'impôt et les cotisations.
La seconde : « comment je partage les frais d'un cabinet à plusieurs ? » La réponse, c'est la société civile de moyens (SCM). Et là, attention : la SCM n'est pas un mode d'exercice. Elle n'exerce pas la kinésithérapie, ne perçoit aucun honoraire, ne dégage aucun bénéfice à partager. C'est une caisse commune pour les frais du cabinet, rien de plus.
| Sigle | Famille | Génère un revenu à partager ? | Ce que le kiné déclare |
|---|---|---|---|
| EI | Structure d'exercice | Oui (votre BNC) | Sa 2035 (ou micro-BNC) |
| SELARL / SELAS | Structure d'exercice (société IS) | Oui (bénéfice de la société) | Liasse IS + sa rémunération |
| SCM | Outil de partage de frais | Non — refacture des charges | Sa 2035 (quote-part de charges déduite) |
| SCP | Structure d'exercice (société civile) | Oui (bénéfices mis en commun) | Quote-part de bénéfice commun |
Ne jamais opposer « EI vs SCM »
L'entreprise individuelle (EI) : le statut par défaut du kiné
Le cas le plus fréquent est aussi le plus simple : vous vous installez seul, donc en nom propre, en entreprise individuelle, sans créer de société. C'est le statut par défaut, et pour huit kinés sur dix, c'est aussi le bon. Trois points décident de tout ici : ce que vous risquez sur votre patrimoine, micro ou réel, et votre régime social.
Depuis 2022, vous ne risquez plus votre patrimoine personnel
L'idée reçue « en EI, on engage tout son patrimoine » est fausse depuis 2022. La loi n° 2022-172 du 14 février 2022 a créé le statut unique de l'entrepreneur individuel (en vigueur le 15 mai 2022). Désormais, votre patrimoine professionnel est automatiquement séparé de votre patrimoine personnel : seuls les biens utiles à votre activité peuvent être saisis par vos créanciers professionnels (article L. 526-22 du Code de commerce), et votre résidence principale est insaisissablede plein droit (article L. 526-1). L'ancienne EIRL a disparu, devenue inutile.
EI depuis 2022 : la séparation des patrimoines est automatique
Micro-BNC ou réel : le choix fiscal central
Votre activité de kiné relève des bénéfices non commerciaux (BNC), imposés à l'impôt sur le revenu. Deux régimes possibles. Le micro-BNC (article 102 ter CGI) s'applique tant que vos recettes ne dépassent pas 83 600 € (seuil de la période 2026-2028) : un abattement forfaitaire de 34 % représente vos frais, vous êtes imposé sur les 66 % restants, et vous ne déduisez aucune charge réelle. Au-delà de ce seuil, ou sur option, vous passez au régime réel avec déclaration contrôlée 2035(article 96 CGI), qui permet de déduire vos frais réels — et, surtout pour un kiné équipé, d'amortir le matériel et de déduire les cotisations Madelin.
Le seuil du micro-BNC, c'est 83 600 € — pas 77 700 €
La règle pratique : dès que vos frais réels dépassent l'abattement de 34 % des recettes — ce qui arrive vite avec un cabinet équipé, une table, un local et des cotisations Madelin — le réel devient plus avantageux. Le détail du calcul, avec un cas chiffré complet, est traité dans notre guide dédié déclaration 2035 kiné : micro-BNC ou réel.
Régime social et TVA : TNS, CARPIMKO et actes exonérés
Quel que soit le régime fiscal, vous êtes travailleur non salarié (TNS) : vous cotisez à l'URSSAF et à la CARPIMKO (la caisse de retraite des masseurs-kinésithérapeutes et auxiliaires médicaux) sur votre bénéfice. Et vos actes de kinésithérapie sont exonérés de TVA (article 261, 4, 1° CGI). En clair, sur votre matériel, aucune TVA récupérable: le coût est sec, à la différence d'un commerçant. C'est une différence majeure avec, par exemple, l'officine d'un pharmacien, dont les ventes sont soumises à TVA récupérable.
À retenir
L'EI, c'est le défaut — et souvent la bonne réponse
- Patrimoine protégé de plein droit depuis 2022 (art. L. 526-22 C. com.) — plus besoin de société pour ça.
- Micro-BNC ≤ 83 600 € (abattement 34 %) ou réel/2035 (frais réels + Madelin + amortissements).
- TNS-CARPIMKO sur le bénéfice ; actes exonérés de TVA (pas de récup sur le matériel).
- Option IS possible via l'article 1655 sexies CGI, mais rarissime et rarement utile à revenus modérés.
Micro-BNC ou réel : on calcule lequel vous fait gagner
À l'installation, le bon régime dépend de vos frais réels et de vos cotisations Madelin. Un CGP indépendant chiffre les deux scénarios pour votre cabinet et votre niveau de recettes.
La SCM : un outil de partage de frais, PAS un mode d'exercice
C'est ici que se joue la confusion n°1. La société civile de moyens (SCM) est sans doute la structure la plus mal comprise de toute l'installation libérale. Retenez d'abord ceci : la SCM n'exerce pas la profession. Elle ne soigne personne, n'encaisse aucun honoraire, ne possède aucune patientèle, et surtout ne dégage aucun bénéfice à partager.
Ce que la SCM fait — et ce qu'elle ne fait pas
Son objet est exclusif : mettre en commun les moyens d'exercice de ses associés — le local, le secrétariat, le matériel, le logiciel, les consommables — et en répartir les charges. Le cadre juridique est posé par l'article 38 de l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (en vigueur le 1er septembre 2024, qui a remplacé l'ancien article 36 de la loi de 1966) et par les articles 1845 et suivants du Code civil sur les sociétés civiles. La SCM achète, paie, embauche le secrétariat… puis refacture à chaque associé sa quote-part de ces frais.
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La SCM : ce qu'elle fait / ce qu'elle ne fait pas
- ✓ Ce qu'elle FAIT : mutualise le local, le secrétariat, le matériel et le logiciel ; porte le bail et les contrats ; refacture les charges communes à chaque associé selon une clé de répartition ; dépose une déclaration 2036.
- ✗ Ce qu'elle NE FAIT PAS : elle ne perçoit aucun honoraire, ne détient aucune patientèle commune, ne dégage aucun bénéfice, ne paie aucun impôt sur les sociétés et ne change rien à votre statut d'exercice ni à votre caisse.
Chacun garde son BNC et dépose sa propre 2035
Fiscalement, la SCM relève d'un régime translucide (article 239 quater A CGI) : elle ne paie pas d'impôt elle-même et ne peut pas opter pour l'IS. Elle dépose une seule déclaration 2036-SD, qui ventile les charges communes entre les associés. Ensuite, chaque associé reporte sa quote-part de charges sur sa propre déclaration 2035, calcule son bénéfice individuel, et paie ses cotisations CARPIMKO sur son seul bénéfice. Chacun conserve sa patientèle, ses honoraires, sa fiscalité.
Erreur fréquente : « la SCM répartit les bénéfices »
Responsabilité : conjointe, mais pas solidaire
Reste la responsabilité, souvent mal comprise : celle des associés d'une SCM est indéfinie et conjointe (article 1857 du Code civil) — chacun répond des dettes au prorata de sa part, et non solidairement. Concrètement, si la SCM a une dette, on ne peut pas réclamer la totalité à un seul associé : chacun n'est tenu que de sa quote-part. C'est une différence importante avec la SCP, dont les associés sont solidaires. Il faut au moins deux associés, aucun capital minimum n'est exigé, et la SCM peut être mono-disciplinaire (kinés entre eux) ou pluridisciplinaire (kiné + ostéo + podologue).
Le piège TVA de la SCM (l'article 261 B)
Une SCM qui refacture des frais à ses associés… refacture-t-elle de la TVA ? La question paraît anodine ; elle est piégeuse, et a fait l'objet de débats nourris dans la profession en 2025. La bonne nouvelle : entre kinés, la refacturation est exonérée de TVA. Mais à des conditions strictesqu'il faut respecter à la lettre.
L'article 261 B du CGI exonère de TVA les services rendus par un groupement de moyens à ses membres, sous deux conditions cumulatives : (i) les sommes réclamées correspondent exactement à la part de chaque membre dans les dépenses communes — aucune marge, même minime, sous peine de perdre l'exonération ; (ii) les services concourent directement à l'activité exonérée des membres. Comme les actes de kiné sont exonérés (article 261, 4, 1° CGI), la condition est remplie.
SCM entre kinés = refacturation des frais SANS TVA
La SELARL / SELAS : utile seulement pour de gros revenus
Reste la troisième voie, celle qu'on vous vend le plus : la société d'exercice libéral (SELARL ou SELAS), à l'impôt sur les sociétés. Soyons clairs : en kiné, elle est rareet ne se justifie que dans des situations précises. Mais comme la question revient, voici ce qu'il faut en savoir — sans la survendre.
Le pilotage de l'IS et de l'arbitrage rémunération/dividendes
En SEL, c'est la société qui est imposée : IS à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous trois conditions cumulatives : chiffre d'affaires HT inférieur à 10 M€, capital entièrement libéré, détention à au moins 75 % par des personnes physiques), puis 25 % au-delà (article 219 I-b CGI). Vous n'êtes personnellement imposé que sur ce que vous vous versez. Cela permet de piloter l'assiette : ne soumettre à l'IR et aux cotisations que votre rémunération, et laisser le reste capitaliser dans la société à taux réduit. Le cadre juridique de la SEL est l'ordonnance 2023-77 du 8 février 2023 ; le kiné, auxiliaire médical, y est éligible.
Le seuil de l'IS réduit, c'est 42 500 € — pas 100 000 €
Le social ne change pas — et la caisse non plus
Point capital : passer en SEL ne change pas votre caisse. Le gérant majoritaire de SELARL reste TNS et affilié à la CARPIMKO pour son activité libérale ; le président de SELAS est assimilé salarié (cotisations plus lourdes, de l'ordre de 70-80 %). Dans les deux cas, vous ne sortez pas de la CARPIMKO. La SEL est un sujet de fiscalité d'entreprise, pas un sujet de retraite. Pour le détail de votre retraite, voyez nos guides retraite CARPIMKO du kiné et PER kiné pour compenser la chute de revenus.
Les pièges de la SEL (en marge, mais à connaître)
La SEL traîne deux pièges techniques qu'il faut mentionner, même s'ils restent marginaux pour un kiné. D'abord, la règle des 10 % : la fraction de dividendes excédant 10 % du capital (augmenté des primes et du compte courant d'associé) est réintégrée dans l'assiette des cotisations TNS (article L. 131-6 CSS) — sortir massivement des dividendes ne contourne donc pas les cotisations. Ensuite, depuis l'imposition 2024, la rémunération technique de l'associé de SEL au titre de son exercice libéral est imposée en BNC (et non plus en traitements et salaires), ce qui supprime l'abattement de 10 % — un terrain encore mouvant. Le détail de ces arbitrages figure dans SEL : salaire ou dividendes.
À partir de quel revenu ?
Il n'existe aucun seuil légal : c'est un seuil de rentabilité. L'ordre de grandeur consensuel se situe autour de 100 000 € de bénéfice, mais ce chiffre ne vaut que si deux conditions sont réunies : une TMI élevée et une vraie capacité d'épargne (une part de bénéfice que vous ne consommez pas). À donner comme repère, jamais comme règle : c'est une décision de simulation, traitée en profondeur dans notre guide pilier BNC ou SELARL : à partir de quel bénéfice basculer, et illustrée chez le médecin généraliste, sur le même arbitrage SELARL ou BNC.
Vos revenus dépassent 100 000 € ? Faisons la simulation EI vs SELARL
La SELARL ne se décide pas sur un chiffre lu quelque part, mais sur votre TMI et votre capacité d'épargne réelle. Un CGP indépendant modélise EI au réel, EI à l'IS et SELARL, coûts inclus.
Et la SCP ? (à ne pas confondre avec la SCM)
Pour être complet, un mot de la SCP — société civile professionnelle — qu'on confond souvent avec la SCM à cause des trois lettres communes. Rien à voir. La SCP est une véritable structure d'exercice : elle exerce collectivement la profession, met en commun les bénéfices (et pas seulement les frais), et engage ses associés de façon solidaire— l'inverse de la SCM, conjointe non solidaire. Son cadre figure aussi dans l'ordonnance 2023-77 et les articles 1845 et suivants du Code civil.
SCM partage les FRAIS, SCP partage les REVENUS
EI vs SELARL vs SCM : le tableau comparatif
Une mise en garde avant de lire les colonnes : EI et SELARL répondent à la même question (sous quelle forme j'exerce ?), tandis que la colonne SCM répond à une autre (comment je partage les frais ?). On les met côte à côte pour la clarté, mais ce ne sont pas trois options exclusives.
| Critère | EI | SELARL (gérant maj.) | SCM |
|---|---|---|---|
| Nature | Exercice en nom propre | Société d'exercice (IS) | Outil de partage de frais |
| Personne morale | Non | Oui | Oui (civile) |
| Régime fiscal | IR-BNC (micro ou réel) | IS 15 / 25 % | Translucide (art. 239 quater A) : 0 impôt propre |
| Déclaration | 2035 (ou micro-BNC) | Liasse IS + rému | 2036 (SCM) + 2035 de chaque associé |
| Régime social | TNS – CARPIMKO | TNS – CARPIMKO (gérant maj.) | Inchangé : chacun TNS – CARPIMKO |
| Responsabilité | Patrimoines séparés (L. 526-22) | Limitée aux apports | Indéfinie, conjointe, non solidaire (art. 1857) |
| Patientèle / honoraires | Au kiné | À la société | 100 % individuels (à chaque associé) |
| TVA | Actes exonérés (261-4-1°) | Actes exonérés | Refacturation exonérée (261 B) |
| Usage type | Exercer seul : le défaut | Gros revenus, groupe, pilotage IS | Partager un cabinet à plusieurs |
| Coût / complexité | Minimal | Élevé | Faible à moyen |
La règle de décision en une phrase
Quel statut pour VOTRE situation ? L'arbre de décision
Dans les faits, tout se ramène à trois cas de figure selon votre profil. Deux faits sur vous tranchent : seul ou à plusieurs, et un revenu qui justifie ou non une société.
L'arbre de décision de l'installation en kiné
BRANCHE 1 — J'exerce SEUL / je démarre / revenus modérés
→ ENTREPRISE INDIVIDUELLE (EI)
• micro-BNC si recettes ≤ 83 600 €
• réel / 2035 dès que les frais dépassent 34 % des recettes
→ Le défaut, suffisant pour la grande majorité.
BRANCHE 2 — On PARTAGE un cabinet à plusieurs
(chacun garde sa patientèle)
→ EI (exercice) + SCM (charges communes)
• ou simple contrat d'exercice en commun si partage léger
→ La SCM mutualise les frais, jamais les revenus.
BRANCHE 3 — Gros revenus (≈ 100 000 €+ de BNC)
/ cabinet de groupe / pilotage de l'IS
→ SELARL ou SELAS
• à chiffrer : TMI élevée ET capacité d'épargne réelle
→ Rare en kiné. Ne pas survendre l'IS.Lecture : neuf installations sur dix s'arrêtent à la branche 1 (EI). On ajoute la branche 2 (SCM) dès qu'on s'associe. La branche 3 (SELARL) ne concerne qu'une minorité à hauts revenus et forte épargne.
Notez que les branches ne s'excluent pas : un kiné peut très bien être en branche 1 + branche 2 (EI pour exercer, SCM pour partager les frais du cabinet). C'est même le cas le plus fréquent dès qu'on s'installe à plusieurs. Pour financer cette installation (prêt, crédit-bail, aides), voyez financer son installation de kiné ; pour reprendre un cabinet existant, racheter un cabinet de kiné et valoriser la patientèle.
Le statut n'est pas le bon levier pour payer moins d'impôts
Cas chiffré : 3 kinés qui s'associent → SCM, chacun garde son BNC
Reprenons le cas qu'on voit le plus souvent en rendez-vous — trois kinés qui ouvrent un cabinet commun — puis deux variantes plus courtes. Chiffres arrondis, à affiner au cas par cas.
Cas 1 · Léa, Karim et Sophie · cabinet commun de 120 m² à Lyon
3 kinés en SCM : on partage les frais, pas les revenus
Léa, Karim et Sophie ouvrent ensemble un cabinet de 120 m². Ils mutualisent leurs charges via une SCM : loyer 24 000 € + secrétariat (mi-temps) 18 000 € + matériel/logiciel 9 000 € + charges du local (eau, élec, ménage, assurance) 9 000 € = 60 000 € de charges communes par an. La clé de répartition statutaire est de 1/3 chacun, soit 20 000 € par associé.
La mécanique : la SCM refacture 20 000 € à chacun, exonérés de TVA (art. 261 B : remboursement exact, sans marge, membres exonérés). Chacun encaisse ses propres honoraires sur son compte, déduit ses 20 000 € de quote-part sur sa propre 2035, et paie ses cotisations CARPIMKO sur son bénéfice.
Exemple de Léa : honoraires 78 000 € − quote-part SCM 20 000 € − autres frais propres (RCP, compta, déplacements) 6 000 € = BNC de 52 000 €, sa base d'IR et de cotisations CARPIMKO. La SCM, elle, dépose une seule 2036 répartissant les 60 000 € de charges, ne paie aucun impôt et ne partage aucun bénéfice.
Le verdict : pour un regroupement, la SCM est l'outil idéal. Chacun reste totalement indépendant — sa patientèle, son BNC, sa fiscalité. Et si les trois voulaient en plus acheter les murs ensemble, ce serait une SCI distincte (voir §10), surtout pas la SCM.
Cas 2 · Théo · 1re année d'installation · recettes 62 000 €
Théo s'installe seul : micro-BNC ou réel en EI ?
Théo démarre seul, en EI, avec 62 000 € de recettes (sous le seuil de 83 600 €). Deux options.
Micro-BNC : abattement de 34 % → bénéfice imposable forfaitaire de 40 920 €, sans aucun frais réel déductible. Simple, mais aveugle aux charges. Réel (2035) : ses frais réels (loyer 9 000 € + matériel 3 500 € + RCP/compta/déplacements 5 500 € = 18 000 €, soit 29 % des recettes) donnent un bénéfice de 44 000 €… mais au réel, Théo peut en plus déduire ses cotisations Madelin (prévoyance + PER) et amortir son matériel — ce que le micro interdit.
Verdict : sous le seuil, le choix se joue sur le niveau de frais réels. Dès qu'ils approchent ou dépassent 34 % des recettes — fréquent avec un cabinet équipé et des cotisations Madelin — le réel gagne. Le calcul détaillé est dans notre guide déclaration 2035 kiné : micro-BNC ou réel.
Cas 3 · Inès · kiné très active · BNC 115 000 € · TMI 41 %
Inès envisage la SELARL : le seuil de bascule (cas rare)
Inès dégage 115 000 € de BNC, avec une TMI à 41 %, et vit avec environ 65 000 €. Elle épargne donc une vraie part de son revenu.
En EI au réel : 100 % de son bénéfice subit l'IR au barème + les cotisations TNS, qu'elle le consomme ou non. En SELARL : elle ne se verse que ~65 000 € (son train de vie), et laisse ~50 000 € dans la société. Cette part est taxée à l'IS : 15 % sur 42 500 € (6 375 €) puis 25 % sur 7 500 € (1 875 €), soit ~8 250 € d'IS (taux effectif ≈ 16,5 %) — au lieu de sa TMI à 41 % plus cotisations. Le net (~41 750 €) capitalise dans la société.
Verdict : la SELARL diffère l'impôt sur la part non consommée — pertinente uniquement parce qu'Inès cumule une TMI élevée et une vraie capacité d'épargne. Attention toutefois : l'IS payé n'est qu'une première couche. Le jour où Inès sortira ces sommes capitalisées en dividendes, le prélèvement forfaitaire unique (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026, soit 31,4 %) viendra par-dessus l'IS déjà acquitté : le gain n'est réel que si l'argent reste investi dans la durée. Pour la majorité des kinés, qui n'ont pas ce profil, le surcoût de structure l'emporte : cas rare en kiné. Le chiffrage complet est dans BNC ou SELARL : à partir de quel bénéfice basculer.
Note de méthode : ces chiffres sont illustratifs
SCM ou SCI : deux outils à ne surtout pas confondre
Dernière confusion à dissiper, et non la moindre : la SCM et la SCI. Deux sigles proches, deux fonctions radicalement différentes. Les mélanger conduit à des erreurs de structuration coûteuses.
SCM — partage des MOYENS et des CHARGES
La société civile de moyens mutualise l'exploitation du cabinet : le local (loué), le secrétariat, le matériel, le logiciel. Elle refacture les charges aux associés (exonéré de TVA, art. 261 B). Elle ne détient aucun bien immobilier et ne dégage aucun bénéfice.
SCI — détention des MURS / immobilier
La société civile immobilière sert à acheter et détenir le local : les murs du cabinet. On la constitue pour porter un investissement immobilier (à l'IR ou à l'IS), encaisser des loyers et préparer une transmission. Rien à voir avec le partage des frais d'exploitation.
SCM ≠ SCI — souvent complémentaires, jamais interchangeables
Au-delà du statut : les 4 réflexes patrimoniaux du kiné
Le statut réglé, l'essentiel commence. Une fois l'EI (et, le cas échéant, la SCM) en place, quatre réflexes patrimoniaux comptent autant — parfois plus — que le choix juridique lui-même. Et le premier d'entre eux est trop souvent négligé.
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Les 4 réflexes à intégrer dès l'installation
- 1. La prévoyance Madelin, en priorité absolue. Le kiné dépend physiquement de son geste — dos, épaules, mains. Un arrêt, et le revenu tombe à zéro. La prévoyance Madelin (déductible, art. 154 bis CGI) couvre ce risque : c'est le réflexe n°1, avant toute optimisation.
- 2. La retraite CARPIMKO et le PER. La structure ne change pas la caisse : c'est la CARPIMKO dans tous les cas, et sa pension de base est modeste. Le PER complète et déduit à la TMI ; on en parle dans retraite CARPIMKO du kiné.
- 3. Financer et racheter. Financer l'installation (prêt, crédit-bail, aides, ACRE) → financer son installation ; reprendre un cabinet → racheter un cabinet de kiné.
- 4. La sortie : cession et murs. À terme, la cession de votre patientèle de kiné est une plus-value professionnelle (PS à 18,6 % depuis la LFSS 2026, comme pour des parts de SEL : le taux n'est plus le critère de différence), souvent totalement exonérée — impôt sur le revenu et prélèvements sociaux — via l'article 151 septies sous 90 000 € de recettes. Quant aux murs, on les détient en SCI (voir §10) — un montage à anticiper dès l'installation.
Le statut s'inscrit dans une séquence
Bien s'installer, puis bâtir la suite
Audit indépendant pour kiné : on choisit la structure adaptée (EI au micro ou au réel, SCM si vous vous associez, SELARL seulement si elle est rentable), on sécurise votre prévoyance et votre CARPIMKO, puis on enchaîne sur le financement, les placements et la transmission. Une vision globale et chiffrée.

