Acheter les murs ou rester locataire : la décision préalable (et le risque du geste)
Avant de parler de SCI, d'IR ou d'IS, il faut trancher une question plus simple : devez-vous acheter ? Acheter les murs de votre cabinet d'orthodontie, c'est cesser de payer un loyer « à fonds perdu » pour vous constituer un patrimoine, maîtriser votre outil de travail (pas de congé donné par le bailleur, un local techniquement fait pour vous) et préparer votre retraite(les loyers vous reviendront plus tard). Pour un orthodontiste installé, dont le plateau technique est lourd, c'est souvent une excellente opération. Mais pas toujours.
L'essentiel en 30 secondes
Acheter au mauvais moment, ou trop cher, peut coûter plus que le loyer qu'on voulait fuir. Un orthodontiste encore mobile, une installation récente non consolidée, ou simplement le besoin de préserver sa capacité d'emprunt pour l'exercice (un CBCT, des fauteuils multiples, un scanner intra-oral, une chaîne d'impression 3D d'aligneurs) : autant de situations où je conseille d'attendre. La pierre immobilise du capital etde la capacité d'emprunt : on n'achète pas parce qu'une occasion se présente, on achète quand le projet tient.
Le geste avant les murs : la prévoyance d'abord
Acheter a du sens si…
Votre installation est consolidée et votre patientèle stable. Vous comptez exercer durablement au même endroit (5 à 10 ans minimum). Vous avez la capacité d'emprunt et un apport. Votre prévoyance invalidité est déjà en place. Et vous visez un revenu de retraite : conserver les murs et les louer au successeur.
Mieux vaut attendre si…
Vous êtes encore mobile ou en début d'installation. Vous avez besoin de votre trésorerie et de votre capacité d'emprunt pour l'exercice (CBCT, fauteuils, flux numérique d'aligneurs). La pérennité de l'implantation n'est pas acquise. Ou votre épargne de précaution et votre prévoyance ne sont pas encore en place : l'immobilier passe alors après.
Ne décidez pas seul, sous la pression d'une opportunité : remettez le projet immobilier dans l'ensemble de votre situation. C'est précisément l'objet d' un bilan patrimonial préalable, qui confronte l'achat à vos autres priorités (épargne de précaution, PER, prévoyance, transmission). Une fois la décision d'acheter prise, reste la question de la structure— et c'est là que la SCI entre en scène.
Pourquoi une SCI plutôt qu'un achat en nom propre ou dans la SELARL ?
La SCI n'est pas la seule façon d'acheter ses murs. On peut acheter en nom propre, loger l'immeuble à l'actif de la SELARL, ou — depuis 2024 — l'envisager via une SPFPL (section 10). Mais dans la grande majorité des cas, la SCI est la structure la plus souple — voici pourquoi.
Une SCI est une société civile immobilière (art. 1832 du Code civil) : deux associés minimum, aucun capital minimum exigé. Son intérêt premier est la dissociation : l'immobilier vit dans une structure distincte de votre activité de soins. Le bien ne dépend plus de l'aléa professionnel, et vous détenez des parts — un actif divisible et transmissible — plutôt qu'un immeuble en bloc. La responsabilité des associés est indéfinie mais non solidaire (art. 1857 du Code civil) : chacun répond du passif social au prorata de ses parts, et non pour le tout.
| Critère | Nom propre | SCI | Murs dans la SELARL |
|---|---|---|---|
| Transmission | Immeuble en bloc | Parts par tranches (donation, démembrement) | Liée à la cession des titres d'exercice |
| Protection / dissociation | Patrimoine personnel directement exposé | Immobilier isolé de l'exercice | Immeuble mêlé à l'outil professionnel |
| Loyer | Pas de loyer à soi-même en direct | Loyer déductible (SEL ou BNC), foncier pour la SCI | Pas de loyer (l'immeuble est à l'actif) |
| Plus-value de revente | Plus-value des particuliers (22 / 30 ans) | Particuliers (IR) ou pro (IS) selon l'option | Plus-value professionnelle, sans abattement durée |
Comparée au nom propre, la SCI permet de transmettre progressivement (on donne des parts, pas un immeuble) et d'associer un conjoint ou des enfants dès l'origine. Comparée aux murs logés dans la SELARL, elle évite un piège classique : un immeuble à l'actif de la société d'exercice gonfle la valeur des titres, complique la cession du cabinet (un repreneur veut rarement racheter les murs avec la patientèle) et fait basculer la plus-value de l'immeuble en plus-value professionnelle. La SCI sort proprement l'immobilier du périmètre de l'exercice. Le b.a.-ba de l'achat des murs en SCI est traité dans notre guide pilier sur l'achat des murs en SCI, et le cas voisin du cabinet dentaire (omnipratique) éclaire les configurations proches.
IFI : les parts de SCI peuvent (parfois) sortir de l'assiette
SCI à l'IR ou SCI à l'IS : le nœud de la décision
C'est la question qui fait perdre — ou gagner — des dizaines de milliers d'euros à la sortie. Une SCI est transparente à l'IR par défaut (art. 8 du CGI) : la société ne paie pas d'impôt, chaque associé déclare sa quote-part de loyers en revenus fonciers. Mais elle peut opter pour l'impôt sur les sociétés (art. 239 du CGI) : cette option se renonce jusqu'au 5e exercice, puis devient irrévocable. C'est une décision structurante à poser avant la création, pas après.
Le piège de l'orthodontiste : louer les murs NUS, jamais équipés
SCI à l'IR — la transparence
Loyers imposés au barème (TMI, souvent 45 % chez l'orthodontiste) + 17,2 % de prélèvements sociaux. Pas d'amortissement déductible. Déficit foncier imputable 10 700 €/an sur le revenu global (art. 156, I-3°). À la revente : plus-value des particuliers (art. 150 U) — exonération d'IR à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans. Idéale pour détenir longtemps, transmettre ou revendre.
SCI à l'IS — l'amortissement
IS à 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % (art. 219, I-b). L'amortissement du bâti (le terrain n'est pas amortissable) réduit fortement l'impôt annuel. Mais à la revente : plus-value professionnelle = prix − valeur nette comptable, amortissements réintégrés, sans abattement de durée. Puis PFU 31,4 % pour sortir le cash. L'effet ciseau de la sortie.
Là où tout se joue, c'est sur le calendrier de l'impôt. À l'IR, vous payez plus d'impôt chaque année (le loyer net est taxé à votre TMI, souvent 45 % chez l'orthodontiste, plus 17,2 % de prélèvements sociaux), mais la revente est allégée par les abattements pour durée de détention. À l'IS, l'amortissement réduit fortement, voire annule, l'impôt annuel — votre résultat fiscal est faible, parfois nul — puis la revente vous rattrape : tous les amortissements que vous avez déduits sont réintégrés dans le calcul de la plus-value, taxés à 25 % sans le moindre abattement, et il faut encore sortir le produit de la société (re-taxé au prélèvement forfaitaire unique). L'amortissement reporte l'impôt, il ne l'efface pas :l'impôt que l'IS vous épargne chaque année réapparaît à la revente, et la valorisation du bien l'alourdit encore.
| Critère | SCI à l'IR | SCI à l'IS |
|---|---|---|
| Imposition des loyers | Barème (TMI) + 17,2 % de PS | IS 15 % / 25 % sur le résultat net |
| Amortissement du bâti | Non déductible | Déductible → impôt annuel faible |
| Déficit foncier | Oui, 10 700 €/an (art. 156, I-3°) | Non (logique de résultat société) |
| Plus-value à la revente | Particuliers : exo IR 22 ans / PS 30 ans | Pro : prix − VNC, amortissements réintégrés, 25 % |
| Sortie du cash | Directe (associé personne physique) | Distribution re-taxée au PFU 31,4 % |
| Réversibilité de l'option | Régime de droit commun | Irrévocable après le 5e exercice |
L'erreur classique : 150 U n'est PAS 151 septies B
Choisir l'IR ou l'IS : la règle simple
L'IS ne se justifie que dans un cas étroit : TMI très élevée, horizon de détention long, aucune revente envisagée (on garde le bien à vie ou on le transmet via la société), de gros aménagements à amortir (et chez l'orthodontiste, ils sont lourds), et besoin d'effacer l'impôt foncier annuel. Pour la plupart des orthodontistes, c'est l'IR. La théorie générale de cet arbitrage est détaillée dans l'arbitrage SCI à l'IR vs SCI à l'IS.
Prélèvements sociaux 2026 : 17,2 % sur le foncier, 18,6 % sur les dividendes
C'est l'erreur que je vois revenir le plus souvent en rendez-vous depuis le 1er janvier 2026. La LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) a relevé la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 % (+1,4 point). Mais — et c'est tout l'enjeu — cette hausse ne touche pas tout le monde.
17,2 % maintenu — la SCI à l'IR
Revenus fonciers (location nue, SCI à l'IR) et plus-values immobilières des particuliers (art. 150 U) : prélèvements sociaux MAINTENUS à 17,2 % (CSG 9,2 + CRDS 0,5 + solidarité 7,5). La hausse de CSG de la LFSS 2026 ne les vise pas.
18,6 % — les dividendes / le boni IS
Dividendes, intérêts, et donc le boni distribué par une SCI à l'IS : prélèvements sociaux portés à 18,6 % (CSG 10,6 + CRDS 0,5 + solidarité 7,5). Avec l'IR forfaitaire de 12,8 %, le PFU total grimpe à 31,4 % (et non 30 %).
L'erreur n° 1 : appliquer 17,2 % à une distribution de SCI IS
Quel loyer fixer : se louer à soi-même sans risque de redressement
Tout le montage repose sur un seul mécanisme : votre SCI loue les murs à votre SELARL, et ce loyer est déductible. En SEL (le cas le plus fréquent chez l'orthodontiste à fort revenu), le loyer est déductible du résultat soumis à l'IS de la société (art. 39-1 du CGI). En exercice individuel, le loyer des locaux professionnels est une charge du bénéfice non commercial (art. 93 du CGI) : il réduit votre impôt sur le revenu— et aussi, en BNC, l'assiette de vos cotisations TNS et de votre retraite CARCDSF. Dans tous les cas, ce que vous versiez à un bailleur extérieur alimente désormais votre propre SCI.
« Mais peut-on vraiment se louer à soi-même ? » Oui — et ce n'est pas une astuce de cabinet, c'est validé par le Conseil d'État. Un titulaire de BNC peut déduire un loyer qu'il se verse à lui-même (CE, 11 avril 2008, n° 287808), à deux conditions cumulatives : (1) le loyer est effectivement versé (un vrai flux d'argent, pas une écriture), et (2) il est imposé en revenus fonciers chez le bailleur. La SCI ne fait que systématiser et sécuriser ce que le juge admet déjà en nom propre — avec, en prime, la séparation nette de deux personnes juridiques distinctes.
Le seul loyer sûr, c'est celui du marché
La ligne rouge : loyer sous-évalué pour fabriquer du déficit foncier
En SEL, vous signez des deux côtés : les conventions réglementées
Cas chiffré : des murs à 400 000 €, IR vs IS sur tout le cycle
Le plus parlant, c'est de dérouler deux dossiers réels du compromis jusqu'à la revente : l'achat, les années de détention, puis la sortie. C'est à la sortie que se mesure le vrai coût de l'IS. Prénoms fictifs, ordres de grandeur réalistes ; les calculs figent les taux 2026 et les hypothèses sont explicitées.
Note de méthode : un cas est une illustration, pas une promesse
Hypothèses communes — murs à 400 000 €
Pendant la détention : l'IS paraît imbattable
Chaque année, le revenu locatif net (hors intérêts d'emprunt, en régime de croisière une fois le crédit remboursé) est d'environ 24 000 − 2 000 = 22 000 €. Voyons ce qu'il devient dans chaque régime. Pendant la phase de remboursement, les intérêts d'emprunt viennent réduire ce revenu foncier net (et donc l'impôt annuel à l'IR comme à l'IS), avec la règle d'imputation spécifique détaillée à la section 8 sur l'effet de levier.
Impôt annuel en phase de détention (régime de croisière)
SCI a l'IR (TMI 45 %) Revenu foncier net = 24 000 - 2 000 = 22 000 EUR Impot = 22 000 x (45 % IR + 17,2 % PS) ~= 13 684 EUR/an SCI a l'IS Amortissement du bati = 320 000 / 30 ans = 10 667 EUR Resultat imposable = 22 000 - 10 667 ~= 11 333 EUR IS a 15 % = 11 333 x 15 % ~= 1 700 EUR/an Ecart annuel apparent en faveur de l'IS ~= 12 000 EUR/an
En phase de détention, l'IS affiche une économie annuelle d'environ 12 000 € grâce à l'amortissement (et davantage encore si l'on amortit aussi les aménagements techniques lourds). Mais ce gain est un report d'impôt, pas un cadeau : il se paie à la revente.
À la revente (15 ans) : l'effet ciseau de l'IS
Quinze ans plus tard, les murs sont revendus 520 000 €. Le calcul de sortie sépare nettement les deux régimes.
Imposition de la plus-value à la revente (prix 520 000 €)
Dr Camille Lefebvre - SCI a l'IR (plus-value des particuliers)
Plus-value brute = 520 000 - 400 000 = 120 000 EUR
Abattement IR (6 %/an de la 6e a la 15e = 60 %)
Base IR = 120 000 x 40 % = 48 000 EUR
IR a 19 % (art. 200 B) = 48 000 x 19 % ~= 9 120 EUR
Abattement PS (1,65 %/an x 10 ans = 16,5 %)
Base PS = 120 000 x 83,5 % = 100 200 EUR
PS a 17,2 % = 100 200 x 17,2 % ~= 17 234 EUR
Total a 15 ans ~= 26 354 EUR
(et : exo IR totale a 22 ans, exo PS totale a 30 ans)
Dr Antoine Moreau - SCI a l'IS (plus-value professionnelle)
Amortissements cumules = 10 667 x 15 ans ~= 160 000 EUR
Valeur nette comptable = 400 000 - 160 000 = 240 000 EUR
Plus-value pro = 520 000 - 240 000 = 280 000 EUR
IS = 42 500 x 15 % + 237 500 x 25 %
= 6 375 + 59 375 = 65 750 EUR
+ PFU 31,4 % pour sortir le boni distribue (~214 000 EUR) ~= 67 000 EUR
Total a la sortie > 130 000 EURCôté IR : environ 26 354 € à 15 ans, et une exonération totale d'IR à 22 ans, de PS à 30 ans. Côté IS : 65 750 € d'IS sur la plus-value professionnelle, AVANT la taxation de la distribution au PFU 31,4 % — soit un frottement total qui dépasse 130 000 €, plus de 45 % de la plus-value professionnelle (amortissements réintégrés). L'économie annuelle de l'IS est plus que reprise à la sortie. Calculs illustratifs : la tranche à 15 % est supposée disponible pour la plus-value (l'année de revente, le résultat courant en occupe déjà une partie) ; le boni distribuable (~214 000 €) est approximé par la plus-value nette d'IS, en supposant le crédit soldé, le capital social proche de l'apport initial et l'absence de réserves accumulées — le PFU porte en réalité sur le boni de liquidation, soit l'actif net diminué du capital apporté.
| Bilan | Dr Lefebvre — SCI à l'IR | Dr Moreau — SCI à l'IS |
|---|---|---|
| Impôt en détention (≈) | ≈ 13 684 €/an | ≈ 1 700 €/an |
| Impôt à la revente (15 ans) | ≈ 26 354 € | 65 750 € d'IS + ≈ 67 000 € de PFU |
| Plus-value à 22 / 30 ans | Exonérée (IR puis PS) | Toujours taxable (pas d'abattement durée) |
| Sortie de l'immobilier | Nette, sans frottement à terme | Effet ciseau (réintégration + distribution) |
| Verdict pour murs conservés / transmis | Gagnant | À réserver aux cas très spécifiques |
Le verdict : l'horizon de revente tranche
IR ou IS, crédit ou comptant : faisons les chiffres
Un CGP indépendant modélise votre achat de murs sur tout le cycle, compare l'IR et l'IS sur VOS hypothèses, calibre le loyer de marché, borde la ventilation murs / CBCT et structure le financement avec votre banque et votre notaire — sans vous pousser vers une option qui ne sert pas votre intérêt.
CBCT, radioprotection, fluides, PMR : SCI ou SELARL ?
Les murs d'un orthodontiste ne sont pas un local de bureau ordinaire. C'est un local lourdement aménagé : salle d'imagerie plombée (panoramique, téléradiographie, CBCT / cône-beam pour la céphalométrie 3D et la planification des aligneurs), flux numérique (scanner intra-oral, impression 3D de gouttières), fluides (air comprimé, aspiration), réseau informatique structuré, plateau technique souvent open-space multi-fauteuils, zone de stérilisation et parfois un labo interne. Et — comme tout établissement de soins — une exigence d'accessibilité aux personnes à mobilité réduite (PMR). Ces contraintes pèsent sur le prix d'acquisition etsur l'arbitrage fiscal : une salle d'imagerie plombée coûte cher à mettre aux normes, et l'ASNR doit être prévenue — deux postes qu'un simple local de bureau n'a jamais.
Radioprotection du CBCT : un cadre à intégrer dès l'achat
Le cabinet, un ERP soumis à l'accessibilité PMR
La ventilation à ne pas rater : murs nus vs équipement
| Élément du cabinet | Qui le porte | Régime |
|---|---|---|
| Murs, dalle, clos-couvert | SCI | Bâti amortissable à l'IS / non à l'IR |
| Parois plombées, fluides encastrés | SCI (aménagement immobilier) | Travaux : déficit foncier (IR) ou amortissement (IS) |
| Fauteuils, units, scanner intra-oral | BNC ou SEL | Matériel professionnel amorti chez l'exploitant |
| CBCT, panoramique, imprimante 3D d'aligneurs | BNC ou SEL | Matériel professionnel (hors SCI) |
Concrètement, ces gros travaux d'aménagement pèsent directement sur l'arbitrage IR / IS. À l'IR, les travaux d'entretien, de réparation et d'amélioration (rampe d'accès, sanitaires PMR, réfection d'une protection plombée) qui dépassent les loyers alimentent un déficit foncier imputable sur le revenu global (jusqu'à 10 700 €/an, art. 156, I-3°). À l'IS, ces mêmes travaux sont amortissables (ils allègent l'impôt annuel) mais creusent la valeur nette comptable, donc alourdissent la plus-value de revente. Une nuance importante : les travaux de construction, reconstruction ou agrandissement ne sont pas déductibles en foncier (ils s'ajoutent au prix de revient). Les aménagements lourds de l'orthodontie (radioprotection, fluides, zone technique) sont donc un argument fort pour l'IS (amortissables) ou pour les porter dans la SEL — à trancher avec votre expert-comptable.
La frontière exacte entre ce qui se loge dans la SCI (le bâti) et ce qui reste à l'actif de la SEL (le matériel) est précisément l'objet de notre guide sur où placer le CBCT et le matériel de l'orthodontiste, et comment en déduire le coût. Ces spécificités s'inscrivent dans une réflexion plus large sur l'immobilier du professionnel libéral.
Financer les murs à crédit : l'effet de levier (et le piège des intérêts)
Presque personne n'achète ses murs comptant, et c'est une bonne chose : à crédit, ce sont en partie les loyers (versés par votre SEL) et l'économie d'impôt qui remboursent l'échéance — c'est l'effet de levier. Avec un apport de 10 à 20 %et les frais, vous empruntez le reste sur 15 à 20 ans, et le loyer que vous vous versez couvre l'essentiel de la mensualité.
Apport, frais et coût d'entrée
Frais de notaire (ancien) : environ 7 à 8 % du prix au total.
Droits de mutation (DMTO) : 5,81 % à 6,32 % selon le département (la majoration départementale de +0,5 point, du 1er avril 2025 au 31 mars 2028, s'applique dans la plupart des départements). Ces frais s'ajoutent au prix : à budgéter dès le plan de financement.
Intérêts d'emprunt ≠ déficit sur le revenu global
TVA non récupérable : un coût propre au cabinet de soins
Un mot de prudence pour finir : l'opération doit avoir une réalité économique (acquisition de vrais locaux d'exploitation, loyer de marché, financement réel), et non être un montage de pure défiscalisation. Pour l'orthodontiste qui hésite entre financer l'immobilier par un crédit personnel ou mobiliser la trésorerie de sa société, voyez d'abord que faire de la trésorerie de sa SELARL d'orthodontiste : l'arbitrage entre l'effet de levier du crédit et l'emploi du cash de la société n'est pas neutre.
Le bail entre la SCI et la SELARL
Beaucoup de praticiens signent un bail commercial par réflexe. Rien ne l'impose. L'orthodontiste — chirurgien-dentiste spécialiste qualifié en orthopédie dento-faciale — n'exerce ni commerce ni artisanat : son régime naturel est le bail professionnel. Le bail commercial reste possible, mais c'est une option, pas une obligation.
Bail professionnel (droit commun)
Art. 57 A de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986. Bail écrit, durée minimale 6 ans, reconduction tacite. Résiliation possible par le seul locataire à tout moment (préavis 6 mois). Pas de plafonnement légal du loyer (liberté contractuelle). Souple, c'est le régime naturel du cabinet d'orthodontie.
Bail commercial (sur option)
Art. L. 145-1 et suivants du Code de commerce, applicable par convention. Plus protecteur du preneur (droit au renouvellement, propriété commerciale, plafonnement du loyer de renouvellement) mais plus rigide. Pertinent pour sécuriser une valorisation rattachée au lieu, ou dans un cabinet de groupe.
Qui paie les travaux PMR et la radioprotection : le bail tranche
SCI ou SPFPL pour loger les murs depuis 2023 ?
Depuis la réforme de l'exercice en société des professions libérales réglementées (ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, en vigueur au 1er septembre 2024), la SPFPL peut, sous conditions, détenir l'immobilier d'exploitationdes SEL qu'elle contrôle. La question revient donc en rendez-vous : faut-il loger les murs dans la SPFPL plutôt que dans une SCI ?
| Critère | SCI dédiée | Murs dans la SPFPL |
|---|---|---|
| Protection / dissociation | Forte (immobilier hors exercice) | Plus faible (immobilier dans le périmètre d'exercice) |
| Choix IR / IS | Libre (transparence IR ou option IS) | IS (la SPFPL est à l'IS) |
| Transmission | Parts de SCI par tranches (donation, démembrement) | Liée aux titres de la holding d'exercice |
| Plus-value à la revente | Particuliers (SCI IR) : exo 22 / 30 ans | Professionnelle (réintégration des amortissements) |
En pratique, pour les murs, la SCI reste la voie la plus souple : elle dissocie l'immobilier de l'exercice, autorise le choix IR / IS adapté à l'horizon, et permet une transmission par tranches de parts. Loger les murs dans la SPFPL les réintègre au périmètre de l'exercice et les expose, à la revente, à la plus-value professionnelle. La SPFPL garde tout son intérêt pour la trésorerie et le contrôle des SEL — c'est son terrain, détaillé dans la SPFPL du dentiste et, plus largement, dans la logique de la holding patrimoniale. Pour les murs, on garde la SCI à part.
Transmettre progressivement les parts de la SCI
C'est sur la durée que la SCI rentabilise vraiment le montage. Là où un immeuble se transmet en bloc (et déclenche des droits d'un coup), des parts de SCI se donnent par tranches, en lissant la fiscalité sur toute une vie.
Le premier levier est l'abattement de donation (art. 779 du CGI) : chaque parent peut donner 100 000 € par enfant en franchise de droits, abattement rechargeable tous les 15 ans (art. 784). Un couple peut ainsi transmettre 200 000 € par enfant tous les 15 ans, en parts de SCI, sans fiscalité. (Le gel des abattements DMTG est régulièrement évoqué : à suivre, au conditionnel.)
Le second levier est le démembrement (art. 669 du CGI) : vous donnez la nue-propriété des parts à vos enfants — sa valeur taxable est réduite selon votre âge (par exemple, entre 61 et 70 ans révolus, la nue-propriété vaut 60 % de la pleine propriété ; c'est à partir de 71 ans qu'elle passe à 70 %) — tout en conservant l'usufruit, donc les loyers. À votre décès, l'usufruit s'éteint et vos enfants deviennent pleins propriétaires sans droits supplémentaires (art. 1133 du CGI).
Cas pratique — Dr Sophie Nguyen, orthodontiste, 68 ans, transmission démembrée
Sans convention de démembrement, l'usufruitier perd la main
Le pacte Dutreil ne s'applique PAS à une SCI de location nue
Cette stratégie de transmission s'articule avec celle du cabinet lui-même. Pour la vue d'ensemble, voyez transmettre son cabinet et son patrimoine, le mécanisme détaillé de la donation des parts en démembrement, et les règles générales de l'abattement de 100 000 € par enfant tous les 15 ans.
À la retraite : conserver, louer au successeur ou revendre
À la retraite, trois options s'ouvrent — et le bon choix dépend de vos besoins de revenus et de vos projets pour vos enfants.
3 scénarios de sortie
B. Revendre. En SCI à l'IR, c'est la plus-value des particuliers (art. 150 U) : exonération d'IR à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans (+ éventuelle surtaxe au-delà de 50 000 € de plus-value nette, art. 1609 nonies G). En SCI à l'IS, la plus-value professionnelle est lourde (cf. sections 3 et 6).
C. Transmettre. On donne les parts aux enfants (cf. section 11), en franchise ou en démembrement.
Retraite de l'orthodontiste : la CARCDSF, pas la CARMF
Contre-modèle : l'abattement 15 ans ne concerne PAS une SCI à l'IR
Au conditionnel : des propositions de réforme de la plus-value immobilière (passage à 17 ans, coefficient d'érosion monétaire) ont circulé, mais elles ne sont pas promulguées. Au 10 juin 2026, le régime 22 ans (IR) / 30 ans (PS) reste pleinement en vigueur : ne raisonnez pas sur « 17 ans ». Gardez aussi à l'esprit que les loyers fonciers augmentent votre revenu fiscal de référence : au-delà de 250 000 €, surveillez la CEHR (art. 223 sexies) et la CDHR (art. 224, reconduite par la LF 2026), détaillées dans hauts revenus : CEHR et CDHR. (L'IFI sur les parts de SCI affectées à l'exercice peut être exonéré au titre des biens professionnels — au conditionnel, art. 975, cf. section 2.)
Et ce n'est pas qu'une affaire de fiscalité : les murs où vous aurez posé des bagues et suivi vos patients pendant trente ans deviennent, le moment venu, soit votre loyer de retraite, soit la part d'héritage de vos enfants. Cette sortie fait partie d'un plan global, à articuler avec la gestion de patrimoine du chirurgien-dentiste. Autant structurer les murs dès le premier jour.
Coupler SELARL et SCI pour vos murs avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On arbitre l'IR ou l'IS sur la durée, on calibre le loyer de marché, on borde la ventilation murs / CBCT, on structure le financement et la transmission des parts, et on coordonne avec votre notaire et votre expert-comptable. On vous dit aussi quand il vaut mieux louer que d'acheter.

