Trésorerie d'une SELARL d'orthodontiste : pourquoi le matelas devient vite ingérable
L'essentiel en 30 secondes
Regardez votre compte société : la trésorerie ne baisse jamais, elle ne fait que monter. Un orthodontiste qui tourne bien dégage un BNC qui dépasse fréquemment 300 000 € ; une fois la rémunération prélevée et l'IS payé, la SELARL conserve un résultat qui s'empile — 150 000, 250 000, parfois 400 000 € de trésorerie excédentaire qui dorment sur le compte courant et ne rapportent presque rien. À 2 % d'inflation, 250 000 € laissés en sommeil perdent environ 5 000 € de pouvoir d'achat par an : ne rien faire vous coûte cette somme chaque année, même si la ligne ne bouge pas. Le matelas grossit beaucoup plus vite que chez un confrère généraliste — d'où l'urgence d'une stratégie.
S'ajoute une pression fiscale forte sur la personne : un orthodontiste à hauts revenus est souvent à la tranche marginale de 45 %, redevable de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (3 à 4 %, article 223 sexies du CGI) et potentiellement de la contribution différentielle qui impose un taux minimal de 20 % du revenu fiscal de référence au-delà de 250 000 € (article 224 du CGI, reconduite par la loi de finances 2026). Conséquence : sortir de la trésorerie pour la placer à titre personnel est très coûteux, et la mise en réserve à l'IS devient le réflexe naturel — encore faut-il la faire travailler.
Deux particularités du métier pèsent aussi dans la balance. D'abord, les soins d'orthodontie dispensés au patient sont exonérés de TVA (article 261-4-1° du CGI), tandis que la fourniture d'appareils orthodontiques et d'aligneurs est en principe soumise à TVA au taux normal : sur ses achats relevant de l'activité de soins exonérée, l'orthodontiste ne récupère pas la TVA — un fauteuil, une imagerie 3D, un scanner restent alors un coût net, ce qui rend l'arbitrage « placer ou réinvestir dans l'outil » d'autant plus important. Ensuite, son revenu dépend d'un geste de précision : une trésorerie bien placée n'est pas qu'un sujet fiscal, c'est ce qui vous fait vivre le jour où vous ne pouvez plus tenir le fauteuil, en cas d'invalidité ou de fin de carrière — raison pour laquelle la prévoyance Madelin (article 154 bis du CGI) reste prioritaire en parallèle.
Une société à l'IS ne paie pas de prélèvements sociaux
Avant de placer : faut-il plutôt investir dans l'outil ?
Sortir en dividendes ou garder et placer ? L'arbitrage que personne ne tranche
L'essentiel en 30 secondes
Tout se joue ici, et neuf orthodontistes sur dix posent la question à l'envers. Beaucoup raisonnent « quel placement » avant de se demander « dans quelle poche » : personnelle ou sociale. Or le choix de l'enveloppe (personne physique ou société) pèse bien plus lourdque le choix du support. Reprenons le coût d'une sortie, étage par étage.
Le premier étage : les cotisations TNS sur les dividendes
Pour un orthodontiste gérant majoritaire — ou, depuis le 1er janvier 2025, pour tout associé exerçant en SEL — la fraction des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des comptes courants d'associé est réintégrée dans l'assiette des cotisations TNS (article L. 131-6, III, 2° du Code de la sécurité sociale). Comme le capital d'une SELARL est souvent symbolique (quelques milliers d'euros), c'est en pratique l'essentiel du dividende qui supporte des cotisations sociales, à un taux global de l'ordre de 30 à 45 % sur cette fraction. Et la Cour de cassation a jugé (2e civ., 19 octobre 2023, n° 21-20.366, dans une affaire de chirurgien-dentiste) que faire remonter les dividendes vers une SPFPL interposée n'y échappe pas : l'interposition ne neutralise pas la règle des 10 %.
Le second étage : le PFU à 31,4 % sur le solde
Sur ce qui reste, l'orthodontiste subit le prélèvement forfaitaire unique : en 2026, 31,4 % sur les dividendes (12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux, après le relèvement de la CSG par la LFSS 2026). L'option pour le barème reste possible (abattement de 40 % sur l'assiette de l'IR seulement, jamais sur l'assiette sociale). Au total, entre cotisations TNS et PFU, une part importante de chaque euro sorti part en impôts et chargesavant même d'être placée.
À l'inverse, garder la trésorerie dans la société pour la placer ne déclenche aucun prélèvement social (la CSG/CRDS ne frappe que les personnes physiques) : seul l'impôt sur les sociétés s'applique sur les gainsdu placement, et l'intégralité du capital continue de travailler. Voici l'arbitrage chiffré sur 250 000 €.
| Sur 250 000 € de trésorerie | Option SORTIR (dividendes) | Option GARDER (placer à l'IS) |
|---|---|---|
| Cotisations sociales / TNS | Sur la fraction > 10 % du capital (souvent la quasi-totalité) | Aucune (CSG/CRDS = personnes physiques uniquement) |
| Imposition de la sortie | PFU 31,4 % sur le solde après cotisations | 0 € : la trésorerie reste dans la société |
| Fiscalité du placement ensuite | À titre personnel : PFU / barème + PS 17,2-18,6 % | À l'IS seulement (15 / 25 %), souvent différée |
| Capital réellement investi | ≈ 130 000 à 150 000 € (frottement ≈ 40-48 %) | 250 000 € travaillent intégralement |
| Quand c'est pertinent | Besoin personnel réel (résidence principale, train de vie) | Trésorerie excédentaire sans usage privé immédiat |
La conclusion est presque toujours la même : tant que vous n'avez pas un besoin personnel concret, garder pour placer à l'IS l'emporte sur la sortie. Vous évitez 110 000 € de frottement immédiat et vous laissez 250 000 € entiers produire des intérêts en différé, plutôt que 140 000 € amputés. La sortie ne se justifie que pour financer un projet privé réel. Cet arbitrage stratégique est aussi développé, côté méthode, dans que faire de la trésorerie de sa SELARL et les cotisations sociales sur les dividendes de SEL.
Sortir ou garder : on chiffre votre cas réel
Le coût d'une sortie dépend de votre capital social, de vos comptes courants et de votre TMI. Un CGP indépendant modélise l'arbitrage sortir/garder sur votre trésorerie d'orthodontiste, en lien avec votre expert-comptable, et calibre ensuite le placement à l'IS.
SEL d'exercice ou SPFPL : à quel étage placer ?
Les 6 véhicules de placement à l'IS, en un coup d'œil
L'essentiel en 30 secondes
La décision « garder » prise, voici la palette accessible à une personne morale à l'IS. Cherchez le « meilleur » véhicule dans l'absolu et vous tournerez en rond : chacun ne vaut que pour un besoin, un horizon et un niveau de risque donnés. Le but n'est pas d'en choisir un, mais de les combinerselon trois poches : précaution, moyen terme, long terme.
Les véhicules de capitalisation et de précaution
Points forts
- Contrat de capitalisation : fiscalité forfaitaire lissée, différé, le pivot du moyen-long terme
- Compte à terme : capital garanti, rendement modéré, IS sur les intérêts
- Fonds monétaire : liquidité quotidienne, risque très faible, suit les taux courts
Les véhicules de croissance et de rendement
Points forts
- Compte-titres / OPCVM / ETF : large univers, très liquide, fiscalité annuelle des plus-values latentes
- SCPI à l'IS ou en nue-propriété : revenus fonciers à l'IS ou différé pendant le démembrement
- Private equity / FPCI : rendement cible élevé, mais illiquide, risqué, ticket important
Je regarde chaque véhicule sous le même angle : imposition à l'IS, liquidité, risque, horizon, et surtout celui qu'on oublie toujours — combien ça coûte d'en sortir. Certains supports sont doux en détention mais chers à revendre ; d'autres lissent l'impôt de bout en bout. Un tableau les aligne (section 9), et un cas chiffré pose les montants (section 10).
Le même mécanisme, déjà détaillé côté dentiste
Le contrat de capitalisation personne morale : le pivot du quasi-différé
L'essentiel en 30 secondes
C'est presque toujours le socle de la trésorerie excédentaire de moyen-long terme, grâce à une règle fiscale précise. Une société à l'IS qui détient un contrat de capitalisation n'est pas imposée sur la performance réelle du contrat : elle l'est sur une assiette forfaitaire définie par l'article 238 septies E du CGI (doctrine BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-20).
La fiscalité forfaitaire 105 % du TME
Chaque année, la base imposable à l'IS est égale à 105 % du dernier TME connu à la souscription (le TME est le taux moyen des emprunts d'État de durée supérieure à 7 ans, publié par la Banque de France), appliquée à la valeur de souscription. Ce TME est figé à la souscription : l'intérêt du contrat est donc maximal quand on souscrit en période de taux bas.
Le coût annuel réel d'un contrat de capitalisation à l'IS (art. 238 septies E CGI)
Assiette annuelle imposable a l IS = 105 % x TME a la souscription x Valeur de souscription Exemple avec un TME de 3,58 % (debut 2026, source Banque de France) : Assiette annuelle = 105 % x 3,58 % = 3,76 % de la valeur Frottement IS a 25 % = 3,76 % x 25 % = environ 0,94 % par an Frottement IS a 15 % = 3,76 % x 15 % = environ 0,56 % par an Sur 250 000 EUR places : Assiette annuelle = 250 000 x 3,76 % = 9 400 EUR IS a 25 % = 9 400 x 25 % = environ 2 350 EUR/an
Quelle que soit la performance réelle du contrat, vous ne payez l'IS que sur cette assiette forfaitaire. Si le contrat gagne 4 ou 5 % brut, tout l'excédent au-delà de 3,76 % capitalise en différé jusqu'au rachat, où une régularisation intervient. C'est cet effet de différé qui fait la force du véhicule sur le moyen-long terme — un frottement d'environ 2 350 €/an sur 250 000 €, connu d'avance.
Sur 250 000 € logés sur un contrat diversifié (fonds euros et unités de compte), vous ne supportez qu'environ 2 350 € d'IS par an (soit ≈ 0,94 % de la valeur), là où un compte-titres ferait remonter chaque année toutela plus-value latente au résultat imposable. C'est l'essence du choix « capitalisation contre compte-titres », que l'on tranche en section 6.
Pas d'avantage successoral comme l'assurance-vie
Note de méthode sur les projections
Compte à terme et fonds monétaire : la trésorerie d'attente
Ce sont les véhicules de la poche de précaution : ici, on ne cherche pas le rendement, on veut du capital sûr et disponibleà tout moment. À réserver à la trésorerie d'exploitation et aux sommes que vous pourriez devoir mobiliser à court terme — par exemple le financement d'un nouveau fauteuil ou d'une imagerie 3D dans 12 à 24 mois.
Le compte à terme (CAT)
Le compte à terme bloque une somme pour une durée déterminée en échange d'un taux fixé à l'avance : le capital est garanti par l'établissement, le rendement est connu, et les intérêts sont imposés au résultat à l'IS l'année de leur acquisition — donc pas de différé. Parfait quand vous savez déjà à quelle date vous aurez besoin de l'argent. Sortir avant terme entraîne en général une pénalité de taux. Voyez notre guide dédié au compte à terme en 2026.
Le fonds monétaire
Le fonds monétaire (souvent un OPCVM ou un ETF monétaire) suit les taux courts et offre une liquidité quotidienne avec un risque très faible. Plus souple que le compte à terme : vous récupérez l'argent en quelques jours sans pénalité. Comme tout OPCVM logé sur un compte-titres de société, ses gains entrent dans le résultat imposable à l'IS (valorisation annuelle, article 209-0 A du CGI). Son rendement suit les taux courts et baissera mécaniquement si la BCE assouplit sa politique.
L'argument pro-capitalisation et la règle d'or de la liquidité
Le compte-titres, les ETF et le régime mère-fille
Une personne morale à l'IS peut parfaitement détenir un compte-titres ordinaire et y loger des OPCVM, des ETF ou des titres vifs. C'est le véhicule de la plus grande liquidité et du plus large univers d'investissement — actions monde, obligations, ETF indiciels à faibles frais. Là où il décroche face au contrat de capitalisation, c'est sur la fiscalité.
La fiscalité annuelle des plus-values latentes (pas de PFU, pas de PVLT à 0 %)
À l'IS, les plus-values latentes sur les OPCVM et ETF sont en principe imposées chaque année selon l'évolution de leur valeur liquidative (article 209-0 A du CGI), et les plus-values réalisées comme les dividendes encaissés entrent dans le résultat imposable à 15 % ou 25 %. Deux pièges à écarter : il n'y a pas de PFU en société (le PFU est un régime de personne physique), et pas de plus-value de long terme à 0 % sur des ETF de trésorerie — ce régime de faveur (article 39 duodecies et suivants pour la distinction court terme/long terme, le taux de 0 % résultant de l'article 219 I a quinquies) vise les titres de participation détenus durablement, pas la gestion financière diffuse. Résultat pour vous : aucun différé, vous payez l'IS sur la performance au fil de l'eau, ce qui freine l'effet boule de neige.
Compte-titres / ETF
Points forts
- Liquidité immédiate, univers le plus large
- Frais bas avec des ETF indiciels
- Idéal pour une gestion active ou des titres vifs
Points de vigilance
- Plus-values latentes des OPCVM imposées chaque année (209-0 A)
- Pas de différé fiscal, effet boule de neige freiné
- Volatilité : risque de perte en capital
Contrat de capitalisation
Points forts
- Imposition forfaitaire ≈ 0,94 %/an, différé jusqu'au rachat
- Supports diversifiés : fonds euros, UC, parfois ETF
- Le plus efficace fiscalement sur le moyen-long terme
Points de vigilance
- Liquidité contractuelle (rachats) un peu moins immédiate
- Frais d'enveloppe à surveiller
- Pas d'avantage successoral propre
Le régime mère-fille : un vrai levier, mais rarement sur de la trésorerie placée
Le régime mère-fille (articles 145 et 216 du CGI) exonère de 95 % les dividendes qu'une société perçoit d'une filiale détenue à au moins 5 % et conservée deux ans : seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste imposée, soit un frottement effectif d'environ 1,25 %. C'est très puissant pour faire remonter les dividendes d'une SELARL vers une SPFPL ou une holding patrimoniale. En revanche, sur un ETF diversifié, le seuil de 5 % par ligne n'est jamais atteint : les dividendes encaissés sont alors imposés au résultat à 15 % ou 25 %. Ne comptez donc pas sur le mère-fille pour de la gestion financière diffuse : c'est un outil de participations significatives.
Capitalisation ou compte-titres : lequel pour votre trésorerie d'orthodontiste ?
Un CGP indépendant chiffre le frottement IS réel de chaque véhicule sur votre trésorerie de SELARL, compare le différé du contrat de capitalisation à la fiscalité annuelle du compte-titres, et calibre la combinaison avec votre expert-comptable.
La SCPI à l'IS et la nue-propriété en démembrement temporaire
Une société à l'IS peut acheter des parts de SCPI pour s'exposer à l'immobilier sans en assumer la gestion. Deux modes très différents fiscalement : la pleine propriété et la nue-propriété temporaire.
SCPI en pleine propriété : revenus à l'IS, amortissables… mais piège de sortie
En pleine propriété, les revenus fonciers distribués sont imposés à l'IS (15 % ou 25 %). L'atout d'une détention à l'IS — par rapport à une détention en direct par une personne physique — est que la société peut amortir les parts, ce qui réduit la base imposable les premières années. Mais attention au piège de sortie : les amortissements pratiqués sont repris au moment de la revente, si bien que la plus-value se calcule sur la valeur nette comptable (souvent très basse). Le gain de fiscalité en détention se paie donc, en partie, à la cession : la SCPI à l'IS se réserve au très long terme ou à la transmission, pas à une revente à moyen terme.
SCPI en nue-propriété : zéro revenu, zéro impôt pendant le démembrement
C'est l'option la plus efficace fiscalement quand la SELARL n'a aucun besoin des revenus avant 8 ou 10 ans. En acquérant la nue-propriété de parts en démembrement temporaire (souvent 5 à 10 ans), la société achète avec une décote de l'ordre de 20 à 40 % et ne perçoit aucun revenu pendant la durée du démembrement : elle n'est donc imposée sur rien. Au terme, la pleine propriété se reconstitue automatiquement sans imposition supplémentaire, et la SCPI recommence à distribuer. Un placement à fiscalité différée par construction. Le détail dans notre guide de la SCPI en nue-propriété.
Le piège de sortie de la SCPI à l'IS
Le private equity et les FPCI : la poche de croissance illiquide
Le placement le plus risqué et le plus rémunérateur de la liste : le capital-investissement. Une personne morale à l'IS peut souscrire à des fonds de private equity, notamment des FPCI (fonds professionnels de capital-investissement), pour viser des rendements supérieurs aux marchés cotés.
Mais c'est la poche la plus exigeante, et il y a trois contraintes à regarder en face. La première, l'illiquidité : votre capital est bloqué 8 à 10 ans, sans porte de sortie anticipée — c'est la vraie contrainte, bien avant le risque de marché. La deuxième, le risque : la perte en capital est réelle et le ticket d'entrée élevé (fréquemment 100 000 € et plus), ce qui réserve ce support à une trésorerie déjà abondante. La troisième tient à l'enveloppe : à l'IS, les plus-values et distributions du fonds entrent dans le résultat imposable ordinaire, et les exonérations d'impôt sur le revenu propres aux FCPR/FPCI fiscaux de l'article 163 quinquies B du CGI (conservation 5 ans) visent les personnes physiques : elles ne se transposent pasà une société soumise à l'IS.
Une part minoritaire, jamais le cœur de la trésorerie
Note de méthode : un rendement « cible » n'est pas un rendement acquis
Le tableau comparatif : fiscalité IS, liquidité, risque, coût de sortie
Voici les six véhicules mis côte à côte. La colonne décisive — celle que la plupart des comparatifs oublient — est le coût (ou le piège) de sortie : la SCPI et le compte-titres sont doux en détention mais peuvent être chers à la revente, tandis que le contrat de capitalisation lisse et quasi-diffère de bout en bout. Lisez le tableau en partant de votre besoin (horizon, liquidité), pas du rendement affiché.
| Véhicule | Fiscalité à l'IS (détention) | Liquidité | Horizon | Coût / piège de sortie | Pour qui |
|---|---|---|---|---|---|
| Contrat de capitalisation | Forfaitaire ≈ 0,94 %/an (105 % du TME, 238 septies E), différé | Bonne (rachats) | Moyen-long | Régularisation douce au rachat | Le pivot du socle |
| Compte à terme | IS sur les intérêts annuels (15 / 25 %) | Bloquée jusqu'au terme | Court | Capital garanti, sans frottement | Précaution |
| Fonds monétaire | IS sur les gains annuels (209-0 A) | Quotidienne | Court | Aucun (faible rendement) | Trésorerie d'attente |
| Compte-titres / ETF | PV latentes imposées chaque année (209-0 A) ; pas de différé | Immédiate | Moyen-long | PV déjà taxée au fil de l'eau | Gestion active |
| SCPI à l'IS | Revenus fonciers à l'IS, parts amortissables | Faible | Long | Amortissements repris → PV sur VNC (cher) | Long terme / transmission |
| Private equity / FPCI | Plus-values et distributions au résultat (IS) | Bloquée 8-10 ans | Très long | Illiquidité, sortie au gré du fonds | Diversification minoritaire |
On combine, on ne choisit pas un seul support
Cas chiffré : un orthodontiste avec 250 000 € à placer
Prenons un cas concret. Dr Léa Vasseur, 49 ans, orthodontiste en SELARL, BNC d'environ 320 000 €, tranche marginale à 45 %, gérante majoritaire. Capital social de 10 000 €, pas de compte courant : le seuil des 10 % ressort donc à seulement 1 000 € — la quasi-totalité d'un dividende serait au-delà. Elle a laissé s'accumuler 250 000 €de trésorerie excédentaire dont elle n'a pas l'usage personnel immédiat. Deux options.
Cas Dr Léa Vasseur — sortir 250 000 € ou les garder et placer
OPTION 1 — SORTIR LES 250 000 EUR EN DIVIDENDES Cotisations TNS sur la fraction > 10 % du capital (quasi-totalite) puis PFU 31,4 % sur le solde -> reste de l ordre de 130 000 a 150 000 EUR disponibles a titre prive -> frottement cumule ~ 40 a 48 % (a modeliser avec l expert-comptable) OPTION 2 — GARDER ET PLACER EN SOCIETE (contrat de capitalisation) 0 prelevement social. Frottement IS forfaitaire : 250 000 x 3,76 % x 25 % = environ 2 350 EUR/an -> les 250 000 EUR travaillent integralement, en differe ECART : sur 10 ans, 250 000 EUR capitalisent au lieu de ~140 000 EUR -> effet boule de neige du differe = enrichissement net bien superieur
Les fourchettes de l'option 1 dépendent du capital social, des comptes courants et de la TMI : à recalculer au cas par cas. Le frottement de l'option 2 (≈ 2 350 €/an) est, lui, connu d'avance. Le point clé : sortir ampute le capital de 40 à 48 % avant même de placer, garder le laisse travailler entier.
Verdict : tant que Léa n'a pas un besoin personnel réel (achat d'une résidence, projet privé), garder pour placer en société est nettement plus avantageux que sortir. Elle évite ~110 000 € de frottement immédiat et laisse 250 000 € entiers capitaliser en différé. C'est l'application directe de l'arbitrage de la section 2.
Une répartition-type en 3 poches pour les 250 000 €
Et les intérêts de compte courant d'associé ?
Les garde-fous 2026 : objet social, requalification, taxe holding
Placer la trésorerie d'une société d'exercice n'est pas un acte anodin : trois garde-fous doivent cadrer l'ampleur et la nature des placements. Bonne nouvelle : aucun ne ferme la porte au placement raisonnable d'un excédent.
L'objet social et la déontologie
Une SELARL a pour objet l'exercice de l'art dentaire, encadré par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 et le code de déontologie des chirurgiens-dentistes (articles R. 4127-201 et suivants du Code de la santé publique). Placer une trésorerie de précaution et capitaliser un excédent raisonnable est admis comme un acte de gestion ; en revanche, faire de la société une pure machine à placements sort de son objet et engage la responsabilité interne et déontologique du gérant. La règle de bon sens : l'activité de soins doit rester prépondérante.
La requalification en holding patrimoniale
C'est le vrai sujet : le risque de requalification en société à prépondérance patrimoniale, ou la perte d'un éventuel caractère animateur, si l'activité réelle de soins cesse d'être prépondérante au profit de la seule gestion de placements. Rassurez-vous néanmoins : placer une trésorerie excédentaire reste un acte de gestion normal, apprécié au regard du seul intérêt propre de l'entreprise — le Conseil d'État ayant consacré la liberté de gestion et abandonné la théorie du risque manifestement excessif (Section, 13 juillet 2016, n° 375801, Monte Paschi) : l'administration n'a pas à juger de l'opportunité des choix de gestion. La qualification de holding animatrice (qui ouvre droit à des régimes de faveur comme le pacte Dutreil) suppose, à l'inverse, une animation effective de filiales : la simple gestion patrimoniale ne suffit pas (CE plén., 13 juin 2018, n° 395495, Cofices ; Cass. com., 11 octobre 2023, n° 21-24.760). Ne survendez donc pas un Dutreil sur une structure qui ne ferait que placer.
Mythe vs réalité : la taxe holding 2026 et votre trésorerie
Levons une confusion fréquente : la taxe créée par l'article 7 de la loi de finances 2026 (nouvel article 235 ter C du CGI) ne vise pas la trésorerie placée. Elle frappe à 20 % la valeur vénale des actifs somptuaires et de jouissance personnelle — yachts, avions, véhicules de tourisme, chevaux de course, vins et alcools, bijoux, métaux précieux, logement réservé à la jouissance de l'associé. La trésorerie et les actifs financiers placés (compte à terme, OPCVM, contrat de capitalisation, ETF, SCPI) sont exclus de l'assiette, et le dispositif ne s'applique qu'aux grosses structures : actifs d'au moins 5 M€, personne physique détenant au moins 50 %, revenus principalement passifs, pour les exercices clos à compter du 31 décembre 2026. Une SELARL d'orthodontiste qui place sa trésorerie excédentaire n'est donc pas concernée (la pérennité du dispositif au-delà de 2026 restant à confirmer).
À cadrer avec votre expert-comptable
En synthèse : chez nous, on regarde toujours l'arbitrage sortir/garder, l'objet social, l'étage de détention et le risque de requalification avant de parler rendement. Un orthodontiste de Chambéry qui nous appelle pour « le meilleur placement » repart d'abord avec un cadrage de sa SELARL — le support vient après. Le placement de la trésorerie n'est d'ailleurs qu'un des leviers de l'orthodontiste : voyez aussi nos guides sur l'optimisation fiscale au-delà de 300 000 € de CA et la défiscalisation de l'orthodontiste.
Notre regard de CGP : la structure avant le support
Ce qu'il faut retenir

