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Guide chirurgien-dentiste 202618 minMis à jour 24 juin 2026PS foncier 17,2 %

Acheter les murs de son cabinet dentaire en SCI : le guide pratique

Vous remboursez chaque mois un loyer qui ne vous appartiendra jamais, alors que votre cabinet est un local lourdement équipé — fauteuils, fluides médicaux, salle de radiologie plombée. Acheter ses murs via une SCI dissocie l'immobilier de l'exercice, transforme le loyer en patrimoine et prépare la transmission. Mais le choix IR ou IS pèse des dizaines de milliers d'euros : déficit foncier 10 700 €, plus-value exonérée à 22 ans, prélèvements sociaux maintenus à 17,2 %. Décryptage chiffré, sans survente. Par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine indépendant (ORIAS 23002291).

STRATÉGIE IMMOBILIÈRE 2026

Arbitrer IR ou IS avant de signer le compromis

Audit de votre projet d'achat des murs de cabinet dentaire : structure (SCI, nom propre, SEL, SPFPL), arbitrage IR / IS, loyer de marché, financement, ventilation murs / équipement et transmission. Cabinet 100 % indépendant, modélisation chiffrée et calibrage avec votre notaire et votre expert-comptable.

  • Arbitrage IR / IS chiffré sur 20 ans
  • Ventilation murs SCI / équipement technique
  • Calibrage du loyer de marché
  • Cabinet 100 % indépendant

PS FONCIER SCI IR

17,2 %

EXO. PV IMMO (IR)

22 ans

EXO. PV IMMO (PS)

30 ans

DÉFICIT FONCIER / AN

10 700 €

DONATION / ENFANT

100 000 €

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1LA VRAIE PREMIÈRE QUESTION·2 MIN

Acheter ou louer son cabinet : la vraie première question

Avant même de parler de SCI, d'IR ou d'IS, il faut trancher une question plus simple — et plus honnête : devez-vous acheter ? Acheter les murs de votre cabinet dentaire, c'est cesser de payer un loyer « à fonds perdu » pour vous constituer un patrimoine, maîtriser votre outil de travail (pas de congé donné par le bailleur, pas de loyer qui s'envole, et un local techniquement fait pour vous) et préparer votre retraite (les loyers vous reviendront plus tard). Pour beaucoup de praticiens installés, c'est une excellente opération. Mais pas toujours.

L'essentiel en 30 secondes

Première décision : acheter ou louer ? L'achat n'a de sens qu'une fois l'installation consolidée, l'épargne de précaution constituée et — point capital chez le dentiste — la prévoyance invalidité en place (votre outil, ce sont vos mains). Vient ensuite la structure : une SCI, pour dissocier les murs de l'exercice et transmettre des parts par tranches. Reste le vrai arbitrage : SCI à l'IR (revenus fonciers, plus-value des particuliers exonérée d'IR à 22 ans et de prélèvements sociaux à 30 ans, 17,2 % de PS) — le standard pour des murs conservés ou transmis — ou SCI à l'IS (amortissement qui allège l'impôt annuel, mais plus-value lourde à la revente). On finance à crédit, on calibre le loyer au prix du marché, et on prépare la transmission dès l'origine. On le chiffre noir sur blanc à la section 5, sur un cas à 300 000 €.

Acheter au mauvais moment, ou trop cher, peut coûter plus que le loyer qu'on voulait fuir. Un jeune praticien encore mobile, une installation récente non consolidée, ou simplement le besoin de préserver sa capacité d'emprunt et sa trésorerie pour l'exercice (un fauteuil neuf, un cône-beam, du personnel) : autant de situations où je conseille d'attendre. La pierre immobilise du capital et de la capacité d'emprunt : on n'achète pas parce qu'une occasion se présente, on achète quand le projet tient.

Le geste avant les murs : la prévoyance d'abord

C'est la spécificité n° 1 du chirurgien-dentiste : votre revenu dépend d'une aptitude physique fine (la précision du geste, la vue, le dos, les mains). Une incapacité même partielle peut arrêter votre activité — alors que l'échéance du crédit immobilier, elle, continue de tomber. Avant de vous endetter sur des murs, sécurisez une prévoyance Madelin (art. 154 bis du CGI) avec une garantie invalidité adaptée à votre métier (définition « profession » et non « toute profession », barème dentaire). C'est le préalable, détaillé dans la prévoyance du professionnel libéral.

Acheter a du sens si…

Votre installation est consolidée et votre patientèle stable. Vous comptez exercer durablement au même endroit (5 à 10 ans minimum). Vous avez la capacité d'emprunt et un apport. Votre prévoyance invalidité est déjà en place. Et vous visez un revenu de retraite : conserver les murs et les louer au successeur.

Mieux vaut attendre si…

Vous êtes encore mobile ou en début d'installation. Vous avez besoin de votre trésorerie et de votre capacité d'emprunt pour l'exercice (plateau technique). La pérennité de l'implantation n'est pas acquise. Ou votre épargne de précaution et votre prévoyance ne sont pas encore en place : l'immobilier passe alors après.

Ne décidez pas seul, sous la pression d'une opportunité : remettez le projet immobilier dans l'ensemble de votre situation. C'est précisément l'objet d' un bilan patrimonial préalable, qui confronte l'achat à vos autres priorités (épargne de précaution, PER, prévoyance, transmission). Une fois la décision d'acheter prise, reste la question de la structure— et c'est là que la SCI entre en scène.

§ 2POURQUOI UNE SCI·3 MIN

Pourquoi loger les murs dans une SCI plutôt qu'en nom propre ou dans la SELARL ?

La SCI n'est pas la seule façon d'acheter ses murs. On peut acheter en nom propre, loger l'immeuble à l'actif de la SELARL, ou — depuis 2024 — l'envisager via une SPFPL. Mais dans la grande majorité des cas, la SCI est la structure la plus souple — voici pourquoi.

Une SCI est une société civile immobilière (art. 1832 du Code civil) : deux associés minimum, aucun capital minimum exigé. Son intérêt premier est la dissociation : l'immobilier vit dans une structure distincte de votre activité de soins. Le bien ne dépend plus de l'aléa professionnel, et vous détenez des parts — un actif divisible et transmissible — plutôt qu'un immeuble en bloc. La responsabilité des associés est indéfinie mais non solidaire (art. 1857 du Code civil) : chacun répond du passif social au prorata de ses parts, et non pour le tout.

Nom propre, SCI ou murs dans la SELARL : la SCI combine dissociation, souplesse de transmission et loyer déductible. Loger l'immeuble dans la SELARL gonfle la valeur des titres et alourdit la cession.
CritèreNom propreSCIMurs dans la SELARL
TransmissionImmeuble en blocParts par tranches (donation, démembrement)Liée à la cession des titres d'exercice
Protection / dissociationPatrimoine personnel directement exposéImmobilier isolé de l'exerciceImmeuble mêlé à l'outil professionnel
LoyerPas de loyer à soi-même en directLoyer déductible (BNC ou SEL), foncier pour la SCIPas de loyer (l'immeuble est à l'actif)
Plus-value de reventePlus-value des particuliers (22/30 ans)Particuliers (IR) ou pro (IS) selon l'optionPlus-value professionnelle, sans abattement durée

Comparée au nom propre, la SCI permet de transmettre progressivement (on donne des parts, pas un immeuble) et d'associer un conjoint ou des enfants dès l'origine. Comparée aux murs logés dans la SELARL, elle évite un piège classique : un immeuble à l'actif de la société d'exercice gonfle la valeur des titres, complique la cession du cabinet (un repreneur veut rarement racheter les murs avec la patientèle) et fait basculer la plus-value de l'immeuble en plus-value professionnelle. La SCI sort proprement l'immobilier du périmètre de l'exercice. Le choix de la forme d'exercice est traité dans SELARL ou SELAS pour un dentiste, et la voie SPFPL dans la SPFPL du dentiste.

IFI : les parts de SCI peuvent (parfois) sortir de l'assiette

Les parts de SCI sont en principe taxables à l'impôt sur la fortune immobilière (IFI). Mais la fraction des parts affectée à votre activité professionnelle et louée à votre structure d'exploitation peut, sous conditions, être exonérée au titre des biens professionnels (art. 975 du CGI, BOI-PAT-IFI-30-10-10-10). Au conditionnel : cette exonération est partielle, strictement encadrée, rarement retenue pour une SCI à l'IS, et suppose un audit nominatif. Ne la tenez jamais pour acquise sans validation.
§ 3LE CŒUR DE LA DÉCISION·5 MIN

SCI à l'IR ou SCI à l'IS : le cœur de la décision

C'est la question qui fait perdre — ou gagner — des dizaines de milliers d'euros à la sortie. Une SCI est transparente à l'IR par défaut (art. 8 du CGI) : la société ne paie pas d'impôt, chaque associé déclare sa quote-part de loyers en revenus fonciers. Mais elle peut opter pour l'impôt sur les sociétés (art. 239 du CGI) : cette option se renonce jusqu'au 5e exercice, puis devient irrévocable. C'est une décision structurante à poser avant la création, pas après.

Le piège du dentiste : louer les murs NUS, jamais équipés

Un point spécifique à votre métier : si la SCI loue les murs avec les fauteuils, les units et le matériel, elle effectue une location équipée, qualifiée d'activité commerciale et donc soumise à l'IS de plein droit (art. 206-2 du CGI). Vous perdriez la transparence et le régime des plus-values des particuliers sans même l'avoir choisi. La règle : la SCI ne loue que les murs nus (le bâti et l'aménagement immobilier incorporé) ; le matériel technique (fauteuils, units, radiologie) reste porté par vous (BNC) ou par votre SEL. On y revient en détail à la section 7.

SCI à l'IR — la transparence

Loyers imposés au barème (TMI) + 17,2 % de prélèvements sociaux. Pas d'amortissement déductible. Déficit foncier imputable 10 700 €/an sur le revenu global (art. 156, I-3°). À la revente : plus-value des particuliers (art. 150 U) — exonération d'IR à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans. Idéale pour détenir longtemps, transmettre ou revendre.

SCI à l'IS — l'amortissement

IS à 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % (art. 219, I-b). L'amortissement du bâti (le terrain n'est pas amortissable) réduit fortement l'impôt annuel. Mais à la revente : plus-value professionnelle = prix − valeur nette comptable, amortissements réintégrés, sans abattement de durée. Puis PFU 31,4 % pour sortir le cash. L'effet ciseau de la sortie.

Résumons l'arbitrage. À l'IR, vous payez plus d'impôt chaque année (le loyer net est taxé à votre TMI, souvent 41 %, plus 17,2 % de prélèvements sociaux), mais la revente est allégée par les abattements pour durée de détention. À l'IS, l'amortissement réduit fortement, voire annule, l'impôt annuel — votre résultat fiscal est faible, parfois nul — puis la revente vous rattrape : tous les amortissements que vous avez déduits sont réintégrés dans le calcul de la plus-value, taxés à 25 % sans le moindre abattement, et il faut encore sortir le produit de la société (re-taxé au prélèvement forfaitaire unique). L'impôt que l'IS vous épargne chaque année réapparaît à la revente, et la valorisation du bien l'alourdit encore.

IR vs IS pour une SCI détenant les murs d'un cabinet dentaire. L'IS allège l'impôt annuel mais alourdit la sortie ; l'IR fait l'inverse.
CritèreSCI à l'IRSCI à l'IS
Imposition des loyersBarème (TMI) + 17,2 % de PSIS 15 % / 25 % sur le résultat net
Amortissement du bâtiNon déductibleDéductible → impôt annuel faible
Déficit foncierOui, 10 700 €/an (art. 156, I-3°)Non (logique de résultat société)
Plus-value à la reventeParticuliers : exo IR 22 ans / PS 30 ansPro : prix − VNC, amortissements réintégrés, 25 %
Sortie du cashDirecte (associé personne physique)Distribution ré-taxée au PFU 31,4 %
Réversibilité de l'optionRégime de droit communIrrévocable après le 5e exercice

L'erreur classique : 150 U n'est PAS 151 septies B

On lit parfois qu'une SCI à l'IR serait « exonérée à 15 ans ». C'est faux. Les 15 ans correspondent à l'article 151 septies B, qui ne vise qu'un immeuble inscrit à l'actif d'une entreprise (BNC, BIC) — jamais une SCI. Pour une SCI à l'IR, c'est l'article 150 U (plus-value des particuliers) qui s'applique : exonération d'impôt sur le revenu à 22 ans et de prélèvements sociaux à 30 ans. Confondre les deux régimes fausse complètement le calcul de sortie.

Choisir l'IR ou l'IS : la règle simple

Choisissez l'IR (le standard) si vous comptez conserver les murs longtemps, les transmettre aux enfants, ou les revendre un jour : l'exonération progressive de plus-value est décisive.
L'IS ne se justifie que dans un cas étroit : TMI très élevée, horizon court, aucune revente envisagée (on garde le bien à vie ou on le transmet via la société), et besoin d'effacer l'impôt foncier annuel. Pour la plupart des dentistes, c'est l'IR. La théorie générale de cet arbitrage est détaillée dans notre guide pilier sur l'achat des murs en SCI.

Un dernier mot sur les prélèvements sociaux, parce que c'est l'erreur que je vois revenir le plus souvent en rendez-vous : sur une SCI à l'IR, les revenus fonciers et la plus-value immobilière restent à 17,2 % en 2026 (la hausse de CSG de la LFSS 2026 ne les touche pas). Le taux de 18,6 % ne concerne que les dividendes — donc le boni d'une SCI à l'IS. Le détail de cette dualité des prélèvements sociaux 2026 est expliqué dans notre guide dédié.

§ 4LOYER À SOI-MÊME·3 MIN

Se louer à soi-même : un mécanisme validé, à condition de le calibrer

Tout le montage repose sur un seul mécanisme : votre SCI vous loue les murs, et ce loyer est déductible. En SEL (le cas le plus fréquent chez le dentiste), le loyer est déductible du résultat soumis à l'IS de la société (art. 39-1 du CGI). En exercice individuel, le loyer des locaux professionnels est une charge du bénéfice non commercial (art. 93 du CGI) : il réduit votre impôt sur le revenu. Dans les deux cas, l'argent qui sortait en loyer « perdu » alimente désormais votre propre SCI.

Spécificité du dentiste en BNC : un double effet

En BNC, baisser votre bénéfice par le loyer ne réduit pas seulement votre IR : cela diminue aussi l'assiette de vos cotisations sociales TNS et de la CARCDSF (votre caisse de retraite de chirurgien-dentiste, à ne pas confondre avec la CARMF des médecins), calculées sur le bénéfice. C'est un double effet propre à l'exercice individuel, qui n'existe pas en SELARL (où le loyer ne joue que sur l'IS de la société). Ce paramètre fait partie de l'arbitrage exposé dans SELARL ou SELAS pour un dentiste.

« Mais peut-on vraiment se louer à soi-même ? » Oui — et ce n'est pas une astuce de cabinet, c'est validé par le Conseil d'État. Un titulaire de BNC peut déduire un loyer qu'il se verse à lui-même (CE, 11 avril 2008, n° 287808 et sa jumelle n° 300302), à deux conditions cumulatives : (1) le loyer est effectivement versé (un vrai flux d'argent, pas une écriture), et (2) il est imposé en revenus fonciers chez le bailleur. La SCI ne fait que systématiser et sécuriser ce que le juge admet déjà en nom propre.

Le bon loyer, c'est le loyer de marché

Le garde-fou s'appelle acte anormal de gestion. Le loyer doit correspondre à la valeur locative de marché, documentée (comparables, surface, emplacement). Dès que l'administration établit un écart significatif, la charge de la preuve se renverse contre le contribuable (CE, 21 décembre 2018, n° 402006, SARL Croë-Suisse). Un loyer surévalué (pour gonfler la charge de la SEL) verra l'excédent réintégré (BOI-BIC-CHG-40-20-10) ; un loyer anormalement bas expose la SCI à un redressement (BOI-BNC-BASE-40-60-30 : loyer « non excessif et proportionné aux nécessités de l'exploitation »). Bonne pratique : bail écrit et daté, révision indiciaire, flux réel. En SEL, où vous signez des deux côtés (gérant de la SCI bailleresse et dirigeant preneur), veillez aux conventions réglementées — un point à border avec votre expert-comptable et votre notaire.
§ 5CAS CHIFFRÉ·4 MIN

Cas chiffré : Dr Marchand, dentiste, IR vs IS sur 20 ans

Plutôt qu'une théorie de plus, suivons un dossier de bout en bout : l'achat, les années de détention, puis la revente. C'est à la sortie que se mesure le vrai coût de l'IS. Prénom fictif, ordres de grandeur réalistes ; les calculs figent les taux 2026 et les hypothèses sont explicitées.

Note de méthode : un cas est une illustration, pas une promesse

Ce cas chiffré sert à visualiser un mécanisme, pas à prédire votre résultat. Il repose sur des hypothèses (prix, loyer, TMI, durée, taux 2026) qui ne sont pas les vôtres. Les performances et scénarios passés ne préjugent pas des résultats futurs ; la fiscalité (LF/LFSS annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence) et le marché immobilier (prix, vacance, liquidité) peuvent évoluer. Aucun chiffre ci-dessous ne vaut garantie de résultat : refaites systématiquement le calcul avec votre conseiller, votre notaire et votre expert-comptable sur vos données réelles.

Hypothèses — Dr Marchand, 46 ans, dentiste en SELARL

SELARL, TMI 41 %. Il achète les murs de son cabinet 300 000 € (dont terrain ~20 % = 60 000 € non amortissable ; bâti et aménagement immobilier 240 000 €). Loyer de marché : 18 000 €/an (1 500 €/mois). Charges et taxe foncière : ~2 000 €/an. Revente envisagée à 20 ans, au même prix réel (300 000 €) pour isoler l'effet fiscal de la valorisation. À l'IS, on retient une hypothèse simplifiée d'amortissement linéaire du bâti sur 30 ans (en pratique, amortissement par composants sur des durées variables). Les fauteuils et la radiologie restent hors SCI (portés par la SELARL).

Au fil de l'eau : l'IS gagne… en apparence

Chaque année, le revenu locatif net est d'environ 18 000 − 2 000 = 16 000 €. Voyons ce qu'il devient dans chaque régime (hors intérêts d'emprunt, en régime de croisière).

Impôt annuel au fil de l'eau (régime de croisière)

SCI a l'IR
  Revenu foncier net           = 18 000 - 2 000      = 16 000 EUR
  Impot = 16 000 x (41 % IR + 17,2 % PS)             = 9 312 EUR/an

SCI a l'IS
  Amortissement du bati        = 240 000 / 30 ans    = 8 000 EUR
  Resultat imposable           = 16 000 - 8 000      = 8 000 EUR
  IS a 15 %                     = 8 000 x 15 %        = 1 200 EUR/an

Ecart annuel apparent en faveur de l'IS  ~= 8 100 EUR/an

L'IS affiche une économie annuelle d'environ 8 100 € grâce à l'amortissement. Mais ce gain est un report d'impôt, pas un cadeau : il se paie à la revente.

À la revente (20 ans) : l'effet ciseau de l'IS

Vingt ans plus tard, le Dr Marchand revend les murs au même prix, 300 000 €. Le calcul de sortie sépare nettement les deux régimes.

Imposition de la plus-value à la revente (prix 300 000 €)

SCI a l'IR (plus-value des particuliers, art. 150 U)
  Plus-value brute = 300 000 - 300 000               = 0 EUR
  Impot                                              = 0 EUR
  (et de toute facon : exo IR a 22 ans, PS a 30 ans)

SCI a l'IS (plus-value professionnelle)
  Amortissements cumules = 8 000 x 20 ans            = 160 000 EUR
  Valeur nette comptable = 300 000 - 160 000         = 140 000 EUR
  Plus-value pro = 300 000 - 140 000                 = 160 000 EUR
  IS = 42 500 x 15 % + 117 500 x 25 %
     = 6 375 + 29 375                                = 35 750 EUR
  + PFU 31,4 % pour sortir le cash distribue (boni)  = couche en sus

Côté IR, plus-value nulle ici (et de toute façon exonérée par la durée de détention). Côté IS, 35 750 € d'IS sur la plus-value professionnelle, AVANT la taxation de la distribution au PFU 31,4 % : l'économie annuelle de l'IS est rattrapée à la sortie — d'autant plus que le bien s'est valorisé. Calcul illustratif : la tranche à 15 % est supposée entièrement disponible pour la plus-value ; l'année de revente, le résultat courant en occupe déjà une partie, l'IS réel sur la plus-value est donc légèrement supérieur.

L'économie d'impôt annuelle de l'IS (~8 100 €/an) est en partie reprise à la sortie. Pour un bien destiné à être conservé puis transmis (ou qui se valorise), l'IR l'emporte ; à prix de revente constant et en pur cash, l'écart se resserre (cf. encadré ci-dessous). Chiffres illustratifs aux taux 2026, à recalculer selon votre situation.
Bilan sur 20 ansSCI à l'IRSCI à l'IS
Impôt cumulé au fil de l'eau (≈)9 312 €/an1 200 €/an
Impôt à la revente≈ 0 €35 750 € d'IS + PFU sur la distribution
Sortie de l'immobilierNette, sans frottementEffet ciseau (réintégration + distribution)
Verdict pour murs conservés / transmisGagnantÀ réserver aux cas très spécifiques

Verdict : pas de réponse unique

La leçon du cas : l'amortissement reporte l'impôt, il ne l'efface pas

L'IS séduit par l'impôt annuel faible, mais l'avantage est un report : chaque euro d'amortissement déduit aujourd'hui est réintégré dans la plus-value de demain. Sur un bien que l'on revend ou que l'on transmet, l'IR est le choix par défaut. L'IS ne se justifie que si l'on est certain de ne jamais revendre et que la TMI annuelle est très élevée — un cas rare, à chiffrer précisément.

À nuancer : le verdict dépend du scénario de sortie

Soyons précis sur quand l'IR gagne réellement. À prix de revente constant et si l'on raisonne en pur cash net (loyers consommés au fil de l'eau), l'IS peut rester globalement moins coûteux sur la durée — son impôt annuel très faible n'est pas toujours intégralement repris par la seule plus-value de revente. L'avantage de l'IR se matérialise surtout dans trois cas : (1) lorsqu'on conserve ou transmet les murs (la plus-value des particuliers est alors purgée à 22 / 30 ans et ne sera jamais imposée à l'IS) ; (2) lorsque le bien se valorise réellement (la réintégration des amortissements creuse alors fortement la plus-value professionnelle à l'IS) ; (3) lorsqu'on capitalise les loyers dans la SCI à l'IS (ils subissent l'IS annuel puis le PFU à la distribution, soit une double couche). Le cas chiffré ci-dessus illustre le scénario de référence du dentiste : des murs destinés à être conservés puis transmis. Refaites le calcul avec votre conseiller selon votre horizon et votre projet.
§ 6FINANCEMENT·3 MIN

Financer à crédit : faire travailler le loyer (et le piège des intérêts d'emprunt)

Presque personne n'achète ses murs comptant, et c'est une bonne chose : à crédit, ce sont en partie les loyers (versés par vous-même ou votre SEL) et l'économie d'impôt qui remboursent l'échéance — c'est l'effet de levier. Avec un apport de 10 à 20 % et les frais, vous empruntez le reste sur 15 à 20 ans. Concrètement : avec 50 000 € d'apport sur un cabinet à 300 000 €, vous pilotez un bien que vous ne pourriez pas payer comptant.

Apport, frais et coût d'entrée

Apport : en général 10 à 20 % du prix.
Frais de notaire (ancien) : environ 7 à 8 % du prix au total.
Droits de mutation (DMTO) : 5,81 % à 6,32 % selon le département (la majoration départementale de +0,5 point, du 1er avril 2025 au 31 mars 2028, s'applique dans la plupart des départements). Ces frais s'ajoutent au prix : à budgéter dès le plan de financement.

Aller plus loin : l'effet de levier en un exemple

Reprenons le cabinet du Dr Marchand à 300 000 €. Avec un apport de 50 000 € (plus les frais), il emprunte 250 000 € sur 20 ans : l'échéance tourne autour de 1 450 €/mois (à titre purement indicatif, taux et durée du moment). En face, le loyer de marché versé par sa SELARL est de 1 500 €/mois : la quasi-totalité de la mensualité est ainsi couverte par un loyer qu'il se verse à lui-même. Il met 50 000 € sur la table, et c'est à peu près tout ce qu'il sort de sa poche ; le loyer rembourse ensuite la quasi-totalité de l'échéance. Vingt ans plus tard, le crédit est soldé et les murs sont à lui — un actif de 300 000 € (revalorisé, le cas échéant) qui devient un revenu de retraite. C'est tout le sens de l'effet de levier — sous réserve, bien sûr, que la prévoyance couvre le risque d'invalidité (cf. section 1) pour que l'échéance reste honorée si le geste s'arrête.

Intérêts d'emprunt ≠ déficit sur le revenu global

Ce point coince presque tout le monde. Dans une SCI à l'IR, les intérêts d'emprunt s'imputent uniquement sur les revenus fonciers (report 10 ans), jamais sur le revenu global (BOI-RFPI-BASE-30-20). Seules les autres charges et les travaux (entretien, réparation, amélioration — par exemple une mise aux normes d'accessibilité) peuvent créer un déficit foncier imputable sur le revenu global, plafonné à 10 700 €/an (art. 156, I-3° du CGI), porté à 21 400 € pour certains travaux de rénovation énergétique (au conditionnel, dispositif sous réserve de prorogation à confirmer au texte, et peu fréquent pour un local professionnel). Engagement à respecter : conserver le bien loué jusqu'au 31 décembre de la 3e année suivant l'imputation, sinon reprise.

Un mot de prudence pour finir : l'opération doit avoir une réalité économique (acquisition de vrais locaux d'exploitation, loyer de marché, financement réel), et non être un montage de pure défiscalisation — l'administration sanctionne l'abus de droit quand un schéma poursuit un but exclusivement ou principalement fiscal. Pour le dentiste qui exerce en SELARL et qui pourrait être tenté de financer l'immobilier via la trésorerie de sa société, voyez d'abord placer la trésorerie de sa SEL : l'arbitrage entre crédit personnel et financement par la société n'est pas neutre. Et si l'achat s'inscrit dans un schéma de cession-réinvestissement plus large, l'apport-cession (150-0 B ter) peut entrer en jeu — à examiner avec votre conseil.

Hagnéré Patrimoine

IR ou IS, crédit ou comptant : faisons les chiffres

Un CGP indépendant modélise votre achat de murs sur 20 ans, compare l'IR et l'IS, calibre le loyer de marché, borde la ventilation murs / fauteuils et structure le financement avec votre banque et votre notaire — sans vous pousser vers une option qui ne sert pas votre intérêt.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 7SPÉCIFICITÉ DENTAIRE·4 MIN

Murs de dentiste : l'aménagement technique change le calcul

Les murs d'un dentiste ne sont pas un local de bureau ordinaire. C'est un local lourdement aménagé : salle de radiologie plombée (rétro-alvéolaire, panoramique, cône-beam / CBCT), fluides médicaux (air comprimé, aspiration chirurgicale), réseau informatique structuré, planchers et cloisons renforcés, et — comme tout établissement de soins — une exigence d'accessibilité aux personnes à mobilité réduite (PMR). Ces contraintes pèsent sur le prix d'acquisition et sur l'arbitrage fiscal. Aucun autre commerce n'impose de plomber une pièce ni de déclarer une activité nucléaire — d'où un arbitrage fiscal qui lui est propre.

Radioprotection : un cadre réglementaire à intégrer dès l'achat

Les équipements de radiologie dentaire relèvent du régime des activités nucléaires : art. L. 1333-8 du Code de la santé publique. Selon l'appareil, l'activité est soumise à déclaration, enregistrement ou autorisation auprès de l'ASNR (Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, née de la fusion de l'ASN et de l'IRSN). Vous devez désigner un conseiller en radioprotection (CRP), respecter le zonage et les protections (parois plombées, signalétique), et mettre à jour la déclaration en cas de modification des locaux. À vérifier avant de signer : l'état de conformité de la salle de radiologie peut représenter un coût de remise à niveau non négligeable.

Le cabinet, un ERP soumis à l'accessibilité PMR

Un cabinet dentaire est un établissement recevant du public (ERP), presque toujours de 5e catégorie. Cadre : Code de la construction et de l'habitation et loi n° 2005-102 du 11 février 2005. Obligations : attestation d'accessibilité, registre public d'accessibilité, respect des règles techniques (cheminement, sanitaires PMR, signalétique). Des dérogations existent (impossibilité technique, disproportion manifeste) mais ne sont jamais automatiques. Faites établir l'état d'accessibilité du local avant l'achat.

Le pont fiscal : ces gros travaux d'aménagement immobilier jouent directement dans l'arbitrage IR / IS. À l'IR, les travaux d'entretien, de réparation et d'amélioration (rampe d'accès, sanitaires PMR, réfection d'une protection plombée) qui dépassent les loyers alimentent un déficit foncier imputable sur le revenu global (jusqu'à 10 700 €/an). À l'IS, ces mêmes travaux sont amortissables (ils allègent l'impôt annuel) mais creusent la valeur nette comptable, donc alourdissent la plus-value de revente. Une nuance importante : les travaux de construction, reconstruction ou agrandissement ne sont pas déductibles en foncier (ils s'ajoutent au prix de revient). À border avec votre expert-comptable.

Murs vs équipement : la ventilation à ne pas rater

Tout l'enjeu est de savoir qui porte quoi. La SCI détient et finance le bâti et l'aménagement immobilier incorporé (le clos-couvert, la dalle, les parois plombées de la salle de radiologie, les fluides encastrés). Le matériel technique mobile — fauteuils, units, scialytiques, appareils de radiologie, autoclaves — reste un équipement professionnel porté par le BNC ou la SEL et amorti chez eux. Au conditionnel : la frontière entre « immobilier par destination » et « matériel » se cale au cas par cas avec l'expert-comptable. Mais une règle est ferme : si la SCI loue les murs avec le matériel, c'est une location équipée, imposable à l'IS de plein droit (art. 206-2 du CGI). La SCI ne loue que les murs nus.
La SCI ne porte que l'immobilier (murs nus et aménagement incorporé) ; le matériel technique reste chez l'exploitant. Mêler les deux dans la SCI = location équipée = IS de plein droit (art. 206-2).
Élément du cabinetQui le porteRégime
Murs, dalle, clos-couvertSCIBâti amortissable à l'IS / non à l'IR
Parois plombées, fluides encastrésSCI (aménagement immobilier)Travaux : déficit foncier (IR) ou amortissement (IS)
Fauteuils, units, scialytiquesBNC ou SELMatériel professionnel amorti chez l'exploitant
Cône-beam, panoramique, autoclavesBNC ou SELMatériel professionnel (hors SCI)

Ces spécificités s'inscrivent dans une réflexion plus large sur l'immobilier du professionnel libéral, qui couvre l'ensemble des stratégies (murs, SCPI, démembrement, résidences gérées). Le cas voisin du cabinet médical et celui du local du chirurgien éclairent d'autres configurations de santé.

§ 8LE BAIL·2 MIN

Quel bail entre la SCI et le dentiste (ou la SEL) ?

Beaucoup de dentistes signent un bail commercial par réflexe. Rien ne l'impose. Le chirurgien-dentiste libéral n'exerce ni commerce ni artisanat : son régime naturel est le bail professionnel. Le bail commercial reste possible, mais c'est une option, pas une obligation — et le choix mérite d'être conscient quand la SCI loue à son propre associé.

Bail professionnel (droit commun)

Art. 57 A de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986. Bail écrit, durée minimale 6 ans, reconduction tacite. Résiliation possible par le seul locataire à tout moment (préavis 6 mois). Pas de plafonnement légal du loyer (liberté contractuelle). Souple, c'est le régime naturel du cabinet dentaire.

Bail commercial (sur option)

Art. L. 145-1 et suivants du Code de commerce, applicable par convention. Plus protecteur du preneur (droit au renouvellement, propriété commerciale, plafonnement du loyer de renouvellement) mais plus rigide. Pertinent pour sécuriser une valorisation rattachée au lieu, ou dans un cabinet de groupe.

Qui paie les travaux PMR et la radioprotection : le bail tranche

Au-delà de la durée, le bail doit répartir clairement les charges et les travaux — un enjeu majeur pour un cabinet dentaire. Qui finance la mise aux normes PMR (rampe, sanitaires) ? Qui prend en charge la réfection de la protection plombée ou la mise à jour de la déclaration ASNR ? Le réflexe par défaut (gros œuvre au propriétaire, entretien courant au preneur) doit être précisé par écrit, surtout quand bailleur et preneur sont liés. À anticiper dès l'achat, avec votre notaire.

En pratique, le bail professionnel convient à la grande majorité des cabinets dentaires : simple, souple, adapté à l'exercice. Le bail commercial s'envisage quand on veut verrouiller la stabilité du lieu (par exemple un cabinet de groupe où l'emplacement compte). Dans tous les cas, formalisez un bail écrit, daté, avec révision indiciaire : c'est aussi ce qui sécurise la déductibilité du loyer (cf. section 4).

§ 9CABINET DE GROUPE·3 MIN

Cabinet de groupe : la SCI commune entre associés (et la SCM)

De plus en plus de dentistes exercent en cabinet de groupe. L'immobilier partagé pose des questions spécifiques : la SCI commune est la réponse la plus simple. Plusieurs praticiens achètent ensemble les murs via une SCI dont ils détiennent les parts au prorata de leurs apports.

Cas pratique — Cabinet « Saint-Roch », 3 chirurgiens-dentistes

Trois associés achètent un plateau de 600 000 € via une SCI commune, à parts égales (1/3 chacun). La SCI signe un bail unique avec la SCM qui regroupe leurs frais communs, pour un loyer de 36 000 €/an. Sept ans plus tard, l'un d'eux quitte le cabinet : il cède ses parts au nouvel arrivant ou aux associés restants — droits d'enregistrement 5 % à la charge de l'acquéreur (art. 726, I-2° du CGI, parts de société à prépondérance immobilière), contre 5,81 % à 6,32 % de DMTO sur une vente directe d'immeuble. Le gain du cédant, lui, relève de la plus-value des particuliers (art. 150 UB, qui renvoie aux abattements pour durée de détention de l'art. 150 VC : exonération d'IR à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans). On ne touche pas à l'immeuble, on transfère des parts. La responsabilité reste non solidaire (art. 1857) : chacun au prorata.

Quatre points sont à régler dès la constitution. La répartition des parts d'abord, calée sur les apports réels — et pensez aux apports en compte courant. Rappelez ensuite à chacun que la responsabilité est non solidaire (art. 1857) : on répond du passif à hauteur de ses parts, pas pour le tout. Un bail unique de la SCI vers la structure d'exercice (SCM ou SEL) clarifie par ailleurs les flux. Et surtout — c'est ce qui évite le blocage au départ d'un associé — une clause d'agrément et une méthode de valorisation des parts inscrites dans les statuts.

SCM ≠ SCI : ne pas confondre les deux véhicules

La SCM (société civile de moyens) est transparente fiscalement (art. 239 quater A du CGI) : elle sert à mutualiser et refacturer les moyens d'exploitation (locaux loués, matériel commun, secrétariat, stérilisation). Elle ne dégage pas de bénéfice propre et n'est pas un véhicule de placement de trésorerie. Ses refacturations entre membres peuvent être exonérées de TVA sous conditions (art. 261 B du CGI), les actes dentaires étant par ailleurs exonérés de TVA (art. 261-4-1°). La SCI, elle, détient les murs et les loue à la SCM ou directement aux SEL : deux structures distinctes, deux rôles distincts. Pour la forme d'exercice, voyez SELARL ou SELAS pour un dentiste.
§ 10TRANSMISSION·3 MIN

Transmettre les murs à ses enfants : donation et démembrement des parts

Sur le long terme, c'est là que la SCI prend tout son sens. Là où un immeuble se transmet en bloc (et déclenche des droits d'un coup), des parts de SCI se donnent par tranches, en lissant la fiscalité sur toute une vie.

Le premier levier est l'abattement de donation (art. 779 du CGI) : chaque parent peut donner 100 000 € par enfant en franchise de droits, abattement rechargeable tous les 15 ans. Un couple peut ainsi transmettre 200 000 € par enfant tous les 15 ans, en parts de SCI, sans fiscalité. (Le gel des abattements DMTG est régulièrement évoqué : à suivre, au conditionnel.)

Le second levier est le démembrement (art. 669 du CGI) : vous donnez la nue-propriété des parts à vos enfants — sa valeur taxable est réduite selon votre âge (par exemple, entre 61 et 70 ans révolus, la nue-propriété vaut 60 % de la pleine propriété ; c'est à partir de 71 ans qu'elle passe à 70 %) — tout en conservant l'usufruit, donc les loyers. À votre décès, l'usufruit s'éteint et vos enfants deviennent pleins propriétaires sans droits supplémentaires (art. 1133 du CGI).

Cas pratique — Mme Rousseau, dentiste, 68 ans, transmission démembrée

Mme Rousseau détient en SCI les murs de son cabinet, valeur 400 000 €. Elle donne la nue-propriété des parts à ses 2 enfants. À 68 ans, la nue-propriété vaut 60 % (art. 669) : assiette taxable de 240 000 €, soit 120 000 € par enfant. Après l'abattement de 100 000 € par enfant (art. 779), la base taxable tombe à 20 000 € par enfant — des droits très réduits. Elle conserve l'usufruit, donc les loyers, qui complètent sa retraite. À son décès, l'usufruit s'éteint : les enfants deviennent pleins propriétaires sans droits supplémentaires (art. 1133). Une convention de démembrement sécurise l'opération (cf. encadré).

Sans convention de démembrement, l'usufruitier perd la main

Attention à un arrêt récent et décisif. En cas de vente de la totalité des actifs de la société civile, le produit de cession revient au nu-propriétaire (l'usufruitier ne conservant qu'un quasi-usufruit), sauf convention contraire (Cass. 3e civ., 19 septembre 2024, n° 22-18.687). Autrement dit : sans convention de démembrement rédigée dès la donation, l'usufruitier peut perdre la maîtrise du prix de vente. À coupler avec l'art. 774 bis du CGI (la dette de restitution d'un quasi-usufruit sur une somme donnée n'est pas déductible de l'actif successoral). Faites rédiger la convention par votre notaire.

Le pacte Dutreil ne s'applique PAS à une SCI de location nue

Ne le promettez jamais : l'abattement de 75 % du pacte Dutreil (art. 787 B du CGI) est réservé aux titres de sociétés ayant une activité opérationnelle. Une SCI de location nue exerce une activité civile et en est exclue. La décote applicable aux parts reste l'illiquidité (souvent estimée à 10-15 %, au conditionnel, sans taux légal), pas Dutreil.

Cette stratégie de transmission s'articule avec celle du cabinet lui-même. Pour la vue d'ensemble, voyez transmettre son cabinet et son patrimoine, le mécanisme détaillé de la donation des parts en démembrement, et les règles générales de l'abattement de 100 000 € par enfant tous les 15 ans.

§ 11LA SORTIE·3 MIN

À la retraite : conserver la SCI, louer au successeur, ou revendre ?

À la retraite, trois options s'ouvrent — et le bon choix dépend de vos besoins de revenus et de vos projets pour vos enfants.

3 scénarios de sortie

A. Conserver et louer au successeur. La SCI à l'IR transforme les murs en revenu de retraite régulier (loyers + 17,2 % de prélèvements sociaux). Vous gardez les parts, ou vous les démembrez au profit de vos enfants.

B. Revendre. En SCI à l'IR, c'est la plus-value des particuliers (art. 150 U) : exonération d'IR à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans (+ éventuelle surtaxe au-delà de 50 000 € de plus-value nette, art. 1609 nonies G). En SCI à l'IS, la plus-value professionnelle est lourde (cf. sections 3 et 5).

C. Transmettre. On donne les parts aux enfants (cf. section 10), en franchise ou en démembrement.

Retraite du dentiste : la CARCDSF, pas la CARMF

Le chirurgien-dentiste relève de la CARCDSF (Caisse Autonome de Retraite des Chirurgiens-Dentistes et des Sages-Femmes) — jamais de la CARMF, qui est la caisse des médecins. Elle couvre le régime de base (CNAVPL), un régime complémentaire et, pour les conventionnés, une prestation complémentaire vieillesse. Les loyers de la SCI viennent compléter— et non remplacer — cette retraite obligatoire : c'est tout l'intérêt de conserver les murs. Et rappelez-vous (section 4) : en BNC, le loyer versé réduit aussi votre assiette de cotisations CARCDSF pendant l'activité.

Contre-modèle : l'abattement 15 ans ne concerne PAS une SCI à l'IR

On le répète parce que l'erreur coûte cher : l'abattement 15 ans de l'article 151 septies B vise un immeuble inscrit à l'actif professionnel — jamais une SCI à l'IR (qui relève des particuliers, 22/30 ans). De même, les exonérations de plus-value professionnelle (art. 151 septies, 238 quindecies, 150-0 D ter au titre du départ en retraite) concernent la cession du cabinet (patientèle, parts de SEL), pas les murs détenus en SCI. Ces régimes sont traités dans la cession du cabinet et les plus-values professionnelles.

Au conditionnel : des propositions de réforme de la plus-value immobilière (passage à 17 ans, coefficient d'érosion monétaire) ont circulé, mais elles ne sont pas promulguées. Au 24 juin 2026, le régime 22 ans (IR) / 30 ans (PS) reste pleinement en vigueur : ne raisonnez pas sur « 17 ans ». Pour vendre comme pour donner à vos enfants, la SCI à l'IR reste le choix qui ouvre le plus de portes.

Cette sortie fait partie d'un plan de retraite plus large. Pour comprendre pourquoi les loyers de la SCI sont un complément, et non un substitut, à votre régime obligatoire, voyez préparer sa retraite de libéral, et la vue d'ensemble de la gestion de patrimoine du chirurgien-dentiste. Enfin, gardez à l'esprit que les loyers fonciers augmentent votre revenu fiscal de référence : au-delà de 250 000 €, surveillez la CEHR (art. 223 sexies) et la CDHR (art. 224, reconduite par la LF 2026), détaillées dans hauts revenus : CEHR et CDHR.

Au fond, la question n'est pas seulement fiscale : ce sont les murs où vous aurez soigné pendant trente ans qui deviennent, le moment venu, soit votre complément de retraite, soit l'héritage de vos enfants. Autant les structurer dès le premier jour.

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Sources et références légales

  • Structure et fiscalité de la SCI

    Art. 8 CGI (transparence : revenus fonciers pour la SCI à l'IR). Art. 206-2 CGI (location équipée = IS de plein droit : louer les murs nus). Art. 239 CGI (option pour l'IS, irrévocable après le 5e exercice ; BOI-IS-CHAMP-20-20-30). Art. 219, I-b CGI (IS 15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà). Art. 1832 et 1857 du Code civil (société civile, responsabilité indéfinie mais non solidaire au prorata des parts). Art. 975 CGI (exonération d'IFI des biens professionnels, au conditionnel).

  • Loyer, charges et déficit foncier

    Art. 93 CGI (loyer déductible du BNC) et art. 39-1 CGI (loyer déductible du résultat de la SEL). CE 11 avril 2008 n° 287808 et n° 300302 (déduction du loyer versé à soi-même : versement effectif + imposition en revenus fonciers ; BOI-BNC-BASE-40-60-30). CE 21 décembre 2018 n° 402006 (acte anormal de gestion : un écart significatif au prix de marché renverse la charge de la preuve). Art. 156, I-3° CGI (déficit foncier imputable 10 700 €/an). BOI-RFPI-BASE-30-20 (intérêts d'emprunt imputables sur le seul revenu foncier).

  • Cabinet dentaire : radioprotection, ERP et bail

    Art. L. 1333-8 du Code de la santé publique (radioprotection : déclaration / enregistrement / autorisation auprès de l'ASNR, conseiller en radioprotection ; rétro-alvéolaire, panoramique, cône-beam). Loi n° 2005-102 du 11 février 2005 et Code de la construction et de l'habitation (accessibilité PMR des ERP, cabinet de 5e catégorie). Art. 57 A de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986 (bail professionnel, durée minimale 6 ans). Art. L. 145-1 et s. du Code de commerce (baux commerciaux, sur option).

  • Plus-values, sortie et cabinet de groupe

    Art. 150 U et 150 VC CGI (plus-value des particuliers : exonération d'IR à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans). Art. 1609 nonies G CGI (surtaxe au-delà de 50 000 € de plus-value). BOI-BIC-PVMV-20-10 (plus-value professionnelle de la SCI à l'IS : réintégration des amortissements). Art. 726, I-2° CGI (cession de parts de société à prépondérance immobilière : droits de 5 %). Art. 239 quater A CGI (SCM transparente, distincte de la SCI). Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026) : prélèvements sociaux maintenus à 17,2 % sur le foncier et les plus-values immobilières.

  • Transmission, retraite et hauts revenus

    Art. 779 CGI (abattement 100 000 € par enfant et par parent, rechargeable tous les 15 ans). Art. 669 et 1133 CGI (barème de l'usufruit ; réunion sans droits au décès). Cass. 3e civ. 19 septembre 2024 n° 22-18.687 (convention de démembrement indispensable). Art. 774 bis CGI (dette de restitution du quasi-usufruit). Art. 787 B CGI (pacte Dutreil exclu pour une SCI de location nue). Retraite : CARCDSF (carcdsf.fr). Art. 223 sexies CGI (CEHR) et art. 224 CGI (CDHR reconduite, LF 2026 loi n° 2026-103 du 19 février 2026).

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. L'arbitrage IR / IS, le choix de la structure, la ventilation comptable entre les murs (SCI) et l'équipement technique (BNC ou SEL) et le calibrage du loyer doivent faire l'objet d'une étude individualisée, validée avec votre notaire et votre expert-comptable. Les cas chiffrés sont des illustrations aux taux 2026 et supposent les hypothèses explicitées ; ils ne valent pas garantie de résultat. Les chiffres et taux cités sont à jour au 24 juin 2026 mais peuvent évoluer (LF/LFSS annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence). Certains points sont signalés au conditionnel lorsque le texte ne tranche pas encore (exonération d'IFI des biens professionnels, prorogation du déficit foncier majoré, réforme annoncée de la plus-value immobilière). L'investissement immobilier comporte des risques (vacance, illiquidité, évolution des prix).

Foire aux questions

Tout sur l'achat des murs de votre cabinet dentaire en SCI structure, IR ou IS, loyer, radioprotection, transmission et retraite.

Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous : acheter ou louer, IR ou IS, loyer à soi-même, prélèvements sociaux, déficit foncier, travaux techniques, cabinet de groupe et transmission. Réponses sourcées et à jour 2026.