La tranche à 45 % commence à 181 917 € par part : où en êtes-vous ?
L'essentiel en 30 secondes
Vous bouclez votre exercice, vous voyez le bénéfice — et vous découvrez que l'impôt et les cotisations partent aussi sur la part que vous n'avez pas dépensée. C'est le quotidien du spécialiste à hauts revenus. Avant de parler stratégie, fixons les repères. En 2026, le barème de l'impôt sur le revenu (article 197 du CGI, indexé par la loi de finances n° 2026-103 du 19 février 2026) compte cinq tranches. La dernière, à 45 %, frappe chaque euro de revenu imposable au-delà de 181 917 € par part de quotient familial. Un spécialiste — radiologue, anesthésiste, chirurgien, cardiologue — qui dégage 250 000 € de bénéfice, célibataire à une part, est largement dans cette tranche.
| Tranche | Fraction du revenu imposable par part | Taux |
|---|---|---|
| 1 | Jusqu'à 11 600 € | 0 % |
| 2 | De 11 600 € à 29 579 € | 11 % |
| 3 | De 29 579 € à 84 577 € | 30 % |
| 4 | De 84 577 € à 181 917 € | 41 % |
| 5 | Au-delà de 181 917 € | 45 % |
Une distinction à ne jamais perdre de vue : 45 %, c'est votre taux marginal (TMI), le taux du derniereuro gagné — pas votre taux moyen, qui reste nettement inférieur. C'est pourtant bien sur ce dernier euro que se joue l'arbitrage : chaque euro que vous parvenez à ne pas faire entrer dans cette tranche, c'est 45 centimes qui restent dans votre poche plutôt que dans celle du Trésor.
Par part, pas par foyer — et attention à ne pas confondre revenu imposable et RFR
Réduire l'assiette ou réduire l'impôt : à 45 %, le grand renversement
C'est le point qui fait toute la différence en rendez-vous : beaucoup de spécialistes pensent optimiser alors qu'ils empilent des leviers qui ne marchent plus à leur niveau. Il existe deux familles de leviers, et à 45 % elles ne se valent absolument pas.
La première, ce sont les réductions et crédits d'impôt (Pinel, Girardin, Sofica, FIP, FCPI, dons, emploi à domicile) : on retranche un montant de l'impôt déjà calculé. La seconde, ce sont les réductions d'assiette (PER de l'article 154 bis, déficit foncier, capitalisation en SEL à l'IS, démembrement) : on retranche un montant du revenu imposable ou du RFR, en amont. À 45 %, la première famille déçoit pour deux raisons précises.
| Levier | Famille | Plafonné par les niches (10 000 €) ? | Baisse le RFR (CEHR / CDHR) ? | Verdict à 45 % |
|---|---|---|---|---|
| PER (art. 154 bis) | Assiette | Non | Oui | ✔ Efficace |
| Déficit foncier | Assiette | Non | Oui | ✔ Efficace |
| Démembrement temporaire SCPI | Assiette (zéro RFR) | Non | Oui — aucun revenu créé | ✔✔ Optimal |
| Capitalisation SEL à l'IS | Assiette (non consommé) | Non | Oui — hors RFR | ✔ Efficace |
| Girardin / Sofica | Réduction d'impôt | Oui (plafond 18 000 €) | Non | ~ Reprise CDHR possible |
| FIP / FCPI, dons | Réduction d'impôt | Oui (10 000 €) | Non | ~ Reprise CDHR possible |
Deux choses la plombent. D'abord le plafonnement global des niches fiscales, qui bride à 10 000 € par an (18 000 € avec un Girardin ou une Sofica) l'avantage tiré des réductions et crédits d'impôt (article 200-0 A du CGI). Ensuite la CDHR, qui impose un plancher de 20 % du RFR : une réduction d'impôt qui ferait passer votre taux effectif sous ce plancher est, en pratique, reprise (nous y revenons en section 4).
Les réductions d'assiette, elles, baissent le RFR lui-même. Elles agissent donc à la fois sur l'IR à 45 %, sur la CEHR et sur la CDHR, et — point décisif — le PER et le déficit foncier ne sont pasdes réductions d'impôt : ils échappent au plafond des 10 000 €.
Le plafond de 10 000 € ne s'applique PAS au PER ni au déficit foncier
La formule à retenir : à 45 % majoré de la CEHR et de la CDHR, un euro non ajouté à l'assiette vaut près de 60 centimes économisés ; un euro de réduction d'impôt, lui, peut être partiellement repris. Gardez ce réflexe en tête : il commande tout l'ordre des leviers qui suit.
Le piège du spécialiste : tout votre bénéfice est imposé, même ce que vous ne dépensez pas
En exercice direct — BNC au réel —, il y a un piège que personne ne voit venir tant que l'avis d'imposition n'est pas là. 100 % de votre bénéfice supporte simultanément trois prélèvements : l'IR au barème (jusqu'à 45 %), les cotisations sociales TNS (CNAVPL pour la base, CARMF pour la complémentaire et l'ASV, plus CSG/CRDS), et au-delà de 250 000 € de RFR la CEHR puis la CDHR. Y compris sur la part que vous ne consommez pas : l'épargne, le réinvestissement, la trésorerie de précaution.
Autrement dit, le médecin qui dégage 250 000 € mais n'en dépense que 150 000 € est quand même imposé et cotise sur les 250 000 €. Le cumul TMI 45 % + cotisations TNS sur la totalité du BNC est la vraie raison pour laquelle l'exercice direct devient pénalisant à ce niveau de revenu. La parade n'est pas un produit : c'est une structure.
BNC en exercice direct
100 % du bénéfice subit l'IR jusqu'à 45 %, les cotisations sociales TNS (CARMF, CNAVPL, CSG/CRDS) et, au-delà de 250 000 € de RFR, la CEHR puis la CDHR — y compris la fraction épargnée, non consommée. Rien ne reste à l'abri du barème.
SEL à l'IS (sur le non-consommé)
Seule la rémunération sortie remonte à votre RFR (IR + TNS). Le bénéfice non consommé capitalise dans la société à l'IS : 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % (art. 219 du CGI). On n'impose au barème que ce qu'on sort. L'arbitrage n'est gagnant que sur la fraction non consommée.
La réponse tient en un mot : la SEL à l'impôt sur les sociétés (ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, ex-loi 90-1258). En SEL, seules votre rémunération et vos dividendes distribués remontent au RFR ; le bénéfice non consommé capitalise dans la société à l'IS : 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % (article 219 du CGI). Vous n'imposez au barème que ce que vous sortez réellement. Mais attention : l'arbitrage n'est favorable que sur le revenu non consommé. Si vous vivez de la quasi-totalité de votre bénéfice, le gain fond.
Cas 2 — Dr Antoine Mercier, anesthésiste, 320 000 € de bénéfice, consomme 160 000 €
En SEL à l'IS : il se verse 160 000 € de rémunération (imposés normalement) et laisse 160 000 € dans la société.
IS sur le non-consommé : 42 500 € × 15 % + 117 500 € × 25 % = 6 375 + 29 375 = ≈ 35 750 € — et ce bénéfice n'entre pas dans son RFR.
À retenir : ces 160 000 € capitalisent à un coût d'environ 22 %, là où ils auraient subi 45 % d'IR + cotisations + CEHR en exercice direct. Illustration simplifiée (charges et abattements non détaillés).
Le choix de la structure se travaille en amont de tout le reste. Pour savoir quand la société devient intéressante, voyez passer du BNC à la SEL pour ne pas tout imposer à l'IR, et pour arbitrer la forme, SELARL ou SELAS pour un spécialiste.
Faut-il passer en SEL pour ne plus tout imposer à 45 % ?
Un CGP indépendant chiffre votre bénéfice consommé vs épargné, simule la capitalisation à l'IS et vous dit si — et comment — la SEL allège réellement votre note, en lien avec votre expert-comptable.
CEHR et CDHR : les deux surcouches qui changent la donne en 2026
Au-dessus de 250 000 € de RFR, deux contributions viennent se superposer à l'IR. Les confondre, ou les ignorer, conduit à des stratégies à contresens. Voici ce qui les distingue — sans refaire ici le calcul détaillé de la CDHR, que nous réservons à notre guide dédié.
| Critère | CEHR (art. 223 sexies) | CDHR (art. 224) |
|---|---|---|
| Nature | Surtaxe par tranches | Plancher différentiel : 20 % du RFR |
| Seuils (célib. / couple) | 250 000 € / 500 000 € | 250 000 € / 500 000 € |
| Taux / mécanique | 3 % puis 4 % au-delà de 500 000 / 1 000 000 € | Complément jusqu'à 20 % du RFR si l'imposition est inférieure |
| Durée | Permanente | Temporaire (tant que le déficit > 3 % du PIB) |
| Réductions d'impôt | Sans effet sur elle | Les neutralise (reprises jusqu'au plancher) |
| Réductions d'assiette | Allégée si le RFR baisse | Allégée si le RFR baisse |
La CEHR (article 223 sexies du CGI) est une surtaxe permanente : 3 % sur la fraction de RFR au-delà de 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple), puis 4 % au-delà de 500 000 € ou 1 000 000 €. La CDHR (article 224 du CGI) est une contribution différentielle : elle garantit une imposition minimale de 20 % du RFRau-delà des mêmes seuils. Si votre IR additionné de la CEHR atteint déjà 20 % du RFR, vous ne payez rien de plus ; sinon, on complète jusqu'au plancher.
La CDHR a été créée par la loi de finances 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025, validée par le Conseil constitutionnel n° 2025-874 DC du 13 février 2025) et reconduite par la loi de finances 2026(loi n° 2026-103 du 19 février 2026, validée n° 2026-901 DC du 19 février 2026), jusqu'au retour du déficit public sous 3 % du PIB.
CDHR : pas encore de BOFiP — mécanique fine au conditionnel
Retenez l'essentiel : à ce niveau de RFR, la CDHR neutralise l'effet des réductions d'impôt classiques. Seules les réductions d'assiette, qui font baisser le RFR retenu dans le calcul, restent pleinement efficaces — exactement le renversement de la section 2.
Le PER (art. 154 bis) : le levier d'assiette roi du spécialiste
Parmi toutes les déductions d'assiette, le PER du travailleur non salarié est le levier le plus puissant du spécialiste : aucune autre déduction ne pèse plus de 55 000 € pour un bénéfice de 250 000 €. L'article 154 bis du CGI vous autorise à déduire de votre bénéfice imposable 10 % de ce bénéfice (dans la limite de 8 PASS) majorés de 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS. En 2026, avec un PASS de 48 060 € (8 PASS = 384 480 €), cela donne un plancher de 4 806 € et un maximum de 88 911 €pour un bénéfice d'au moins 384 480 €.
Le plafond PER TNS 2026 appliqué à un spécialiste à 250 000 €
PLAFOND PER TNS = 10 % x benefice (dans la limite de 8 PASS)
+ 15 % x (min(benefice, 8 PASS) - 1 PASS)
PASS 2026 = 48 060 EUR | 8 PASS = 384 480 EUR
Pour un benefice de 250 000 EUR :
10 % x 250 000 = 25 000 EUR
15 % x (250 000 - 48 060) = 30 291 EUR
-----------------------------------------------
PLAFOND DEDUCTIBLE = 55 291 EUR
Economie d'IR a 45 % ~ 55 291 x 45 % ~ 24 881 EUR
(+ allegement de la CEHR et de la CDHR via la baisse du RFR)Le maximum de 88 911 € suppose un bénéfice d'au moins 384 480 € (8 PASS) ; en dessous, on applique la formule 10 % + 15 %. À 250 000 € de bénéfice, le plafond ressort à 55 291 €. Calcul illustratif et simplifié.
L'intérêt pour un haut revenu est double : le versement baisse l'IR à 45 % et le RFR (donc la CEHR et la CDHR). C'est ce qui porte l'économie marginale au-delà de 50 % du montant versé quand on est au sommet du barème, surtaxes comprises. Et le PER reste hors du plafond des niches de 10 000 € (section 2).
Le PER baisse l'IR, pas vos cotisations TNS
Les leviers « zéro RFR » : démembrement temporaire et déficit foncier
Là encore, tous les leviers d'assiette ne se valent pas. Le plus efficace pour un haut revenu n'est pas de déduire un revenu, c'est de ne pas en créer du tout : un euro de loyer que vous ne percevez pas est un euro qui n'entre jamais dans votre RFR. C'est la logique du démembrement temporaire.
Le démembrement temporaire de SCPI ou d'immobilier : le levier zéro RFR
Le spécialiste achète la nue-propriété de parts de SCPI (ou d'un bien), l'usufruit temporaire allant à un investisseur, souvent une personne morale à l'IS. Pendant toute la durée du démembrement (typiquement 5 à 10 ans), le nu-propriétaire ne perçoit aucun revenu : il ne déclare donc rien — ni IR, ni prélèvements sociaux — et il est hors IFI (seul l'usufruitier est imposable à l'IFI, article 968 du CGI). Les revenus fonciers sont imposés chez l'usufruitier (article 28 du CGI). La décote à l'achat suit le barème de l'usufruit (article 669, ordre de 20 à 35 % selon la durée). Rien n'entre dans le RFR, donc rien dans la CEHR, la CDHR ou l'IFI.
| Levier d'assiette | Effet sur l'IR | Effet sur le RFR (CEHR / CDHR) | Effet sur les cotisations TNS | Plafond |
|---|---|---|---|---|
| PER (art. 154 bis) | − 45 % sur le versement | Baisse le RFR | Aucun (ne les réduit pas) | 88 911 € |
| Capitalisation SEL à l'IS | N'impose pas le non-consommé | Hors RFR (non distribué) | Aucun sur le non-sorti | — |
| Démembrement temporaire SCPI | Aucun revenu créé | ZÉRO RFR + 0 IFI | Aucun | — |
| Déficit foncier | − 45 % + 17,2 % de PS | Baisse le RFR | Aucun | 10 700 € (21 400 €) |
| SPFPL (mère-fille) | Capitalise hors RFR | Hors RFR (non distribué) | Pas d'écran social | — |
| Assurance-vie | Diffère l'imposition | Lisse / diffère | Aucun | — |
Deux vigilances impératives sur le démembrement. Un : pour des parts de société (dont les SCPI), les intérêts d'un emprunt finançant la seule nue-propriété ne sont pas déductibles, faute de revenu perçu (CE 24 février 2017, n° 395983) ; le cas d'un immeuble détenu en direct relève d'une analyse distincte. Deux : vous achetez de la nue-propriété, vous ne cédez pas un usufruit temporaire — l'article 13, 5 du CGI (qui taxe le produit de cession d'un usufruit) ne vous concerne pas.
Le déficit foncier : quand 10 700 € de travaux effacent 6 655 € d'impôt
Si vous détenez déjà de l'immobilier locatif nu, le déficit foncier (article 156 du CGI) s'impute sur le revenu global jusqu'à 10 700 € par an (hors intérêts d'emprunt), l'excédent étant reportable. Ce plafond est porté à 21 400 € pour des travaux de rénovation énergétique faisant sortir un bien du statut de passoire — dispositif prorogé jusqu'au 31 décembre 2027, sous réserve du texte définitif. Et comme le PER, le déficit foncier est hors plafond des niches de 10 000 €.
Zéro RFR ou 62,2 % d'économie : deux logiques à combiner
Holding SPFPL : capitaliser la trésorerie sans frottement, mais sans illusion sociale
Quand votre SEL accumule de la trésorerie excédentaire, la holding SPFPL permet de la capitaliser sans la faire remonter dans votre patrimoine personnel — et donc sans déclencher les 31,4 % de PFU que coûterait une distribution dans votre poche. Le mécanisme : le régime mère-fille (articles 145 et 216 du CGI). Les dividendes remontés de la SEL vers la SPFPL sont exonérés à 95 % ; seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste imposée à l'IS, soit un coût effectif d'environ 1,25 %. La participation doit dépasser 5 % et être conservée 2 ans.
Le coût d'une remontée mère-fille vs une sortie en personnel
REMONTEE MERE-FILLE (SEL -> SPFPL) :
Imposition = 25 % x 5 % (quote-part de frais et charges)
~ 1,25 % du dividende remonte
SORTIE EN PERSONNEL (au PFU) :
Imposition = 12,8 % (IR) + 18,6 % (PS) = 31,4 %
Sur 80 000 EUR de dividendes :
Via SPFPL ~ 80 000 x 1,25 % ~ 1 000 EUR
En direct ~ 80 000 x 31,4 % ~ 25 120 EURLa SPFPL permet de capitaliser et réinvestir hors RFR personnel. Mais elle ne dispense pas des cotisations sociales sur les dividendes au-delà de 10 % du capital (voir ci-dessous). Calcul illustratif.
La SPFPL ne fait PAS écran aux cotisations sociales
Cas 3 — Dr Sophie Lemaire, chirurgienne en SELARL via SPFPL, 80 000 € de dividendes
Via la SPFPL (mère-fille) : 80 000 × 5 % × 25 % ≈ 1 000 € d'IS (soit ≈ 1,25 %), le reste capitalisant dans la holding.
En sortie directe en personnel (PFU) : 80 000 × 31,4 % = 25 120 €.
Mais : la fraction de dividendes au-delà de 10 % du capital reste réintégrée à ses cotisations TNS (Cass. 19/10/2023) — la SPFPL ne fait pas écran. L'intérêt est de capitaliser pour réinvestir, pas d'éviter les cotisations. Illustration simplifiée.
Un mot enfin sur l'apport-cession (article 150-0 B ter du CGI) : apporter ses titres à une holding contrôlée permet de placer la plus-value en report d'imposition, sous réserve d'un réinvestissement économique réel — un mécanisme de principe, à cadrer au cas par cas. Pour la suite logique de la trésorerie de société, voyez que faire de la trésorerie de sa société quand on est médecin spécialiste.
Cas chiffré : un radiologue à 250 000 €, avant / après
Mettons tout bout à bout sur un dossier type, anonymisé : Dr Camille Rousset, radiologue, célibataire (1 part), 250 000 € de bénéfice. Les ordres de grandeur sont ceux qu'on voit passer en rendez-vous à Chambéry. Ces chiffres sont des illustrations fiscales simplifiées aux taux 2026 (charges et abattements non détaillés), pas des promesses.
| Poste | BNC direct (avant) | Stratégie d'assiette (après) |
|---|---|---|
| Bénéfice / revenu imposable | ≈ 250 000 € | ≈ 250 000 € − 55 291 € (PER) − 10 700 € (déficit foncier) |
| RFR | ≈ 250 000 € (seuils CEHR / CDHR frôlés) | Piloté nettement sous 250 000 € |
| TMI | 45 % | 45 % (mais sur une assiette réduite) |
| CEHR | Amorcée sur la fraction > 250 000 € | Neutralisée (RFR sous le seuil) |
| Test CDHR | Mécanisme armé | Neutralisé (RFR sous le seuil) |
| Économie d'IR (PER 55 291 €) | — | ≈ 24 881 € |
| Économie (déficit foncier 10 700 €) | — | ≈ 6 655 € (45 % + 17,2 %) |
| Patrimoine constitué | Aucun (impôt versé) | Épargne retraite + immobilier à son nom |
Le mécanisme : en saturant son PER (plafond 55 291 € pour 250 000 € de bénéfice), Camille économise environ 24 881 € d'IR tout en faisant baisser son RFR — ce qui le ramène sous 250 000 € et neutralise la CEHR et le test CDHR. En ajoutant 10 700 € de déficit foncier, elle gagne encore environ 6 655 €(45 % + 17,2 %). Bilan : un RFR piloté sous le seuil des surcouches, un IR fortement réduit, et — surtout — une épargne retraite et un patrimoine immobilier constitués à son nom plutôt qu'une recette pour le Trésor.
Ce que le cas ne montre pas : l'effet structure dans le temps
Dans quel ordre activer les leviers quand on est à 45 % ?
Choisir les bons leviers, c'est la moitié du travail. L'autre moitié, c'est de les déclencher dans le bon ordre— sinon on sature une niche plafonnée avant d'avoir vidé une déduction qui ne l'est pas. Voici la pile de décision qu'on applique pour un spécialiste au sommet du barème, du plus structurant au plus accessoire.
Étages 1 et 2 — la structure et l'assiette
1) Structurer d'abord : si une part substantielle du bénéfice n'est pas consommée, passer en SEL à l'IS (capitalisation 15 / 25 % hors RFR), avec SPFPL le cas échéant. C'est le levier qui agit sur le plus gros volume. 2) Saturer les déductions d'assiette hors plafond : PER (jusqu'à 88 911 €), puis déficit foncier (10 700 / 21 400 €) — avant toute réduction d'impôt.
Étages 3 à 5 — zéro RFR, différé, et en dernier l'impôt
3) Activer les leviers zéro RFR quand on n'a pas besoin de revenu immédiat : démembrement temporaire de SCPI / immobilier (hors RFR, hors IFI). 4) Différer et transmettre : assurance-vie (PS 17,2 %, abattement 152 500 € par bénéficiaire art. 990 I ; 30 500 € art. 757 B après 70 ans). 5) En dernier seulement, les réductions d'impôt (Girardin / Sofica dans le plafond de 18 000 €, dons), en sachant que la CDHR en reprend une partie.
Un point de calendrier décisif : bouclez vos arbitrages en octobre-novembre. L'acompte de CDHR (de l'ordre de 95 % de la contribution estimée) est versé du 1er au 15 décembre : un PER bouclé le 20 décembre ne sert plus pour cet acompte. Concrètement, un spécialiste qui débloque ses versements en fin d'année a déjà payé son acompte CDHR sur une base non optimisée.
Note de méthode : ce que valent (et ne valent pas) les chiffres de ce guide
Chaque levier doit reposer sur une réalité économique
Hiérarchiser vos leviers avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On établit votre pile de décision : structure SEL / SPFPL, saturation du PER et du déficit foncier, leviers zéro RFR, transmission. On calibre l'ensemble sous les seuils CEHR / CDHR, avec votre expert-comptable.
Cinq erreurs qui coûtent cher à 45 %
Voici les cinq erreurs qu'on reprend le plus souvent dans les dossiers de spécialistes. On a vu chacune d'elles coûter plusieurs milliers d'euros sur une seule année.
| L'erreur | Pourquoi elle coûte cher | La référence |
|---|---|---|
| Empiler des réductions d'impôt pour baisser sa note | Plafond de 10 000 € + reprise par la CDHR : l'avantage est plafonné puis repris | Art. 200-0 A CGI ; art. 224 CGI |
| Croire que la SPFPL supprime les cotisations sur dividendes | La SPFPL ne fait pas écran : réintégration au-delà de 10 % du capital | Cass. 19/10/2023 n° 21-20.366 |
| Penser que le PER efface les cotisations TNS | Il ne joue que sur l'IR ; le versement reste cotisé | Art. L. 131-6 CSS (assiette TNS) |
| Financer à crédit une nue-propriété seule pour déduire les intérêts | Intérêts non déductibles, faute de revenu perçu | CE 24/02/2017 n° 395983 |
| Écrire « flat tax 30 % » sur les dividendes | C'est 31,4 % en 2026 (PS 18,6 %) ; le 30 % ne vaut que pour l'assurance-vie | LFSS 2026, loi 2025-1403 |
Le piège du « 30 % » : la dualité des prélèvements sociaux 2026
Si vous ne deviez retenir qu'une chose : à 45 %, la réduction d'impôt visible est un mauvais réflexe. Ce qui paie vraiment, c'est de faire baisser l'assiette, dans le bon ordre, sur des investissements que vous auriez faits de toute façon. Au bout de dix ans, le radiologue qui a structuré n'a pas « moins d'impôt » : il a un PER, de l'immobilier et une société qui capitalise.

