SCM ou SELARL : dans quelle société est votre trésorerie ?
L'essentiel en 30 secondes
La règle en une phrase : on place la trésorerie de la SELARL d'exercice (à l'IS), ou de la SPFPL — jamais celle de la SCM.
Le bon outil : le contrat de capitalisation personne morale, ≈ 0,94 %/an de frottement, 0 prélèvement social.
Le garde-fou : un excédent qui dort en SCM n'est pas une trésorerie à placer, c'est une anomalie à régulariser— sous peine de perdre l'exonération de TVA (art. 261 B).
Votre expert-comptable vous signale 60 000, 100 000, parfois 150 000 € qui dorment sur les comptes de vos sociétés, et la tentation est grande de « les faire travailler ». Mais sur le placement de trésorerie, le radiologue est un cas à part. Là où un dermatologue ou un cardiologue n'ont en général qu'une SELARL, le radiologue exerce presque toujours dans une double structure : une SCM qui porte le plateau technique lourd (IRM, scanner, échographes, locaux, personnel), et une SELARL (parfois plusieurs, au sein d'un groupe d'imagerie) qui facture les actes. Avant même de parler rendement, la vraie question n'est donc pas « quel placement ? » mais : dans quelle société se trouve l'argent qui dort ?Mal répondre à cette question, ce n'est pas rater un point de rendement : c'est fragiliser toute la structure. Ce guide trace le grand tri, support par support, chiffres 2026 à l'appui.
La double structure typique du radiologue
La SCM (société civile de moyens) a un objet unique : mutualiser les moyens d'exercice — le matériel d'imagerie, les locaux, les secrétaires, les manipulateurs — et les refacturer aux associés à prix coûtant. Elle n'encaisse aucun honoraire de patient : elle ne fait que répartir des charges. La SELARL, à l'inverse, encaisse les actes, déduit ce que lui refacture la SCM, et dégage un résultat soumis à l'impôt sur les sociétés. C'est là, et seulement là, que naît une trésorerie excédentaire réellement disponible.
La règle en une phrase
S'il ne fallait retenir qu'une règle de ce guide, ce serait celle-ci : on place la trésorerie de la SELARL (ou de la SPFPL qui la coiffe), jamais celle de la SCM. Une SCM bien tenue n'a, par construction, aucune trésorerie excédentaire à placer : chaque euro qui y entre est une avance d'associé destinée à payer une charge commune. Si malgré tout son compte gonfle, ce n'est pas une opportunité de placement : c'est le signe d'un trop-perçu d'appels de fonds à restituer, ou pire, d'une marge prélevée sur les refacturations — laquelle est interdite et menace ses exonérations.
Garde-fou : peut-on placer la trésorerie d'une SCM ? Non.
SCM — mutualiser les moyens, pas placer
Objet : mettre en commun et refacturer à prix coûtant les moyens d'exercice (IRM, scanner, locaux, personnel). Fiscalité : transparente (art. 239 quater A), déclaration n° 2036, chaque associé imposé sur sa quote-part. Nature du « cash » : avances en compte courant des associés. Peut-on placer ? NON — aucun bénéfice ni excédent par construction.
SELARL d'exercice — la poche à placer
Objet : exercer la profession et facturer les actes. Fiscalité : impôt sur les sociétés (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà, art. 219). Nature du « cash » : résultat propre, après IS. Peut-on placer ? OUI — c'est elle (ou la SPFPL au-dessus) qui détient la trésorerie excédentaire et qui peut souscrire compte à terme, capi PM, SCPI.
La SCM : pourquoi elle ne dégage (et ne place) jamais de trésorerie
Si on ne place pas la trésorerie d'une SCM, c'est que son objet et son régime fiscal l'interdisent, l'un et l'autre. Reprenons les deux.
Un objet étroit et une transparence fiscale
La société civile de moyens trouve son origine dans l'article 36 de la loi n° 66-879 du 29 novembre 1966, qui l'a créée pour permettre aux professions libérales de mettre en commun locaux, matériel et personnel. Cette loi a été abrogée par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (en vigueur le 1er septembre 2024), qui reprend la définition de la SCM à son article 38 (texte identique à l'ancien art. 36) ; pour le surplus, la SCM reste une société civile de droit commun du Code civil. Son objet, lui, n'a pas changé : faciliter l'exercice, jamais le partage de bénéfices.
Sur le plan fiscal, la SCM est transparente (art. 239 quater A du CGI) : elle est hors du champ de l'impôt sur les sociétés et chaque associé est imposé sur sa quote-part de résultat, dans sa propre catégorie (à l'IR pour un praticien en BNC, à l'IS pour une SELARL associée). Elle dépose une simple déclaration de résultat n° 2036. Comme elle se contente de répartir des charges au coût réel, ce « résultat » est par nature nul ou négligeable : il n'y a rien à capitaliser.
La trésorerie d'une SCM n'est qu'une provision d'avances
D'où vient alors l'argent qu'on voit parfois s'accumuler sur le compte d'une SCM ? De ses associés. Les sommes versées sont des avances en compte courant destinées à régler les charges communes (loyer du plateau, maintenance des machines, salaires du personnel mutualisé), pas des recettes. Le solde créditeur est censé être remboursé en assemblée : la SCM n'a aucune vocation à thésauriser. Un compte qui gonfle durablement traduit donc un sur-appel de fonds (les associés ont trop versé) — ou, scénario à proscrire, une marge facturée au-delà du coût réel.
Doctrine : un produit financier serait extrait du résultat de la SCM
Au-delà de l'objet, c'est l'exonération d'IS elle-même qui est menacée
La conclusion est donc nette : une trésorerie « excédentaire » durable en SCM n'est pas une opportunité, c'est une anomalie à régulariser. On ajuste les appels de fonds à la baisse, on apure les comptes courants des associés, on vérifie que les refacturations collent au coût réel. Et l'argent qu'on souhaite réellement faire travailler, on va le chercher là où il existe : dans la SELARL d'exercice.
TVA des refacturations de la SCM : l'exonération à préserver
En 30 secondes : pourquoi la TVA verrouille le débat
Il y a une raison fiscale supplémentaire, et décisive, de ne jamais transformer une SCM en société de placement : cela ferait sauter une exonération précieuse, celle de la TVA sur les refacturations.
D'abord, les actes de radiologie eux-mêmes sont exonérés de TVA au titre des soins à la personne (art. 261, 4, 1° du CGI), dès lors qu'ils ont une finalité thérapeutique ou de prévention — ce qui couvre l'imagerie diagnostique. (Les actes purement esthétiques non thérapeutiques, marginaux pour un radiologue d'imagerie, peuvent eux être taxables : point à vérifier au cas par cas.)
Surtout, les refacturations de moyens par la SCM à ses associés sont elles aussi exonérées de TVA (art. 261 B du CGI ; BOI-TVA-CHAMP-30-10-40), mais sous trois conditions cumulatives : (1) les membres exercent une activité exonérée ou non assujettie ; (2) les services rendus concourent directement et exclusivement à ces opérations exonérées ; (3) les sommes réclamées correspondent exactement à la part de chaque membre dans les dépenses communes, sans aucune marge. Une tolérance existe : l'exonération est préservée tant que l'activité taxable de chaque membre reste inférieure à 20 % de ses recettes.
Loger un placement en SCM = perdre l'exonération de TVA
La bonne trésorerie dans la bonne poche : SELARL, SPFPL ou holding
Une fois la SCM mise de côté (elle n'est pas une poche de placement), reste à choisir, pour la trésorerie de la SELARL, la bonne structure. C'est le second faux pas fréquent du radiologue en groupe d'imagerie : vouloir tout loger dans la SPFPL « parce qu'elle remonte les dividendes ». Sauf que la SPFPL n'est pas un tiroir-caisse libre : comme chaque structure du radiologue, elle a un objet bien délimité.
Le schéma de flux du radiologue, en clair
La SELARL d'exercice : trésorerie de précaution
La SELARL dans laquelle vous exercez a pour objet l'exercice de la profession (ordonnance n° 2023-77). Elle peut tout à fait placer sa trésorerie d'exploitation et de précaution : compte à terme, fonds monétaire, voire un contrat de capitalisation de précaution. En revanche, y loger un placement patrimonial de long terme déconnecté de l'activité est plus fragile, au regard de l'objet social comme des règles de l'Ordre.
La SPFPL : objet exclusif, pas un coffre libre
La SPFPL (société de participations financières de profession libérale) a un objet exclusif (ordonnance n° 2023-77) : détenir des titres de SEL et exercer des activités accessoires destinées à ces sociétés. C'est l'outil idéal pour recevoir les dividendes de la SELARL en régime mère-fille et financer la croissance du groupe d'imagerie. Mais elle ne peut pas acheter librement une SCPI patrimoniale ou un fonds de private equity sans lien avec l'activité : ce n'est pas un coffre de placement libre.
La holding patrimoniale : le vrai coffre du long terme
Pour le patrimonial durable, on utilise une holding patrimoniale classique (souvent une SAS ou une SARL à l'IS), distincte de la SPFPL, à objet large. C'est elle qui loge sereinement SCPI, private equity et portefeuille diversifié. Pour le détail de ce véhicule, voyez comment loger SCPI et private equity dans une holding patrimoniale et, côté radiologue, structurer et investir ses dividendes en SPFPL de radiologue.
SELARL d'exercice — la poche de précaution
Place sa trésorerie d'exploitation et de précaution (compte à terme, monétaire, capi de précaution). Peut distribuer des dividendes. À éviter : le placement patrimonial de long terme déconnecté de l'activité, fragile au regard de l'objet et de l'Ordre.
SPFPL & holding — capter et capitaliser
La SPFPL a un objet exclusif (titres de SEL) : elle reçoit les dividendes en mère-fille mais n'est pas un coffre libre. La holding patrimoniale, à objet large et distincte de la SPFPL, est le véhicule du long terme : SCPI, private equity, portefeuille diversifié.
Le régime mère-fille : remonter les dividendes à ≈ 1,25 %
C'est l'outil clé de la SPFPL. Dès lors qu'elle détient au moins 5 % du capital de la SELARL et conserve les titres deux ans en pleine propriété (art. 145 du CGI), les dividendes remontés sont exonérés à 95 % : seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste imposable (art. 216), soit un frottement effectif d'environ 1,25 % (5 % × 25 % d'IS). En intégration fiscale (détention d'au moins 95 %), la quote-part tombe à 1 %, soit ≈ 0,25 %. À comparer aux 31,4 % + cotisations TNS d'une distribution directe au praticien : la remontée en mère-fille est presque gratuite. Attention : ne confondez pas cette quote-part de 5 % avec la quote-part de 12 % des plus-values long terme sur titres de participation (art. 219 I a quinquies) — deux mécanismes distincts. Pour le choix mère-fille / intégration, voyez régime mère-fille ou intégration fiscale (5 % ou 1 % de quote-part).
SCM, SELARL, SPFPL : on remet chaque euro dans la bonne poche
Un CGP indépendant cartographie votre structure réelle (SCM, une ou plusieurs SELARL, SPFPL), repère ce qui est à régulariser et ce qui est réellement à placer, puis bâtit l'architecture — sans produit-maison, et en lien avec votre expert-comptable.
Les enveloppes accessibles à une SELARL ou SPFPL à l'IS
La poche choisie, restent les enveloppes. On cale chaque euro sur sa date de sortie probable. La réserve de précaution d'abord : compte à terme et fonds monétaire, capital sécurisé, mobilisable vite. Vient le cœur de la trésorerie durable, le contrat de capitalisation personne morale, pour son différé fiscal. Et tout au bout, la part qu'on accepte d'immobiliser : SCPI pour le foncier, private equity ou FPCI pour la performance, avec le risque et l'illiquidité qui vont avec. Le détail des frais et la sélection support par support sont traités dans le guide pilier placer la trésorerie d'une SEL de profession libérale.
| Enveloppe | Horizon | Logique | Fiscalité IS |
|---|---|---|---|
| Compte à terme / fonds monétaire | Court (12-24 mois) | Réserve de précaution, capital garanti | Intérêts au résultat (15/25 %), 0 PS |
| Contrat de capitalisation PM | Moyen / long | Cœur de la trésorerie, différé fiscal | Forfait 105 % TME ≈ 0,94 %/an, 0 PS |
| OPCVM / compte-titres | Moyen | Diversification, liquidité | Mark-to-market annuel (209-0 A), sans différé |
| SCPI (PP ou usufruit temporaire) | Long | Foncier, amortissement de l'usufruit | Loyers à l'IS, 0 PS au niveau société |
| Private equity / FPCI | Long (risque, illiquidité) | Performance, diversification | PVLT 15 % après 5 ans (219 I a sexies-0 ter) |
Capi PM ou compte à terme : l'horizon départage
Les deux supports « sûrs » ne jouent pas le même rôle. Le compte à terme offre un capital garanti et un rendement connu d'avance, avec des intérêts imposés à l'IS au fil de l'eau et des dépôts couverts par le FGDR jusqu'à 100 000 € par établissement : c'est la réserve de précaution, sur 12 à 24 mois. Le contrat de capitalisation personne morale, lui, vise le moyen-long terme : sa fiscalité forfaitaire crée un différé qui devient avantageux au-delà de cinq à huit ans (voir la section suivante). Le fonds monétaire, enfin, reste très liquide mais ses parts sont valorisées au marché chaque année (art. 209-0 A) : pas de différé. Pour la réserve de précaution, voyez le compte à terme 2026 ; pour le foncier, la SCPI en pleine propriété ou en usufruit temporaire.
Toujours hors de la SCM
Le contrat de capitalisation PM : 105 % du TME, le différé fiscal
Le capi PM en 30 secondes
Sa fiscalité : forfaitaire, 105 % du TME figé à la souscription, soit ≈ 0,94 %/an d'IS — connu d'avance.
Son atout : tout rendement au-delà du forfait capitalise en différé, sans IS additionnel jusqu'au rachat, et 0 prélèvement social.
Sa limite : aucun abattement de transmission (ni 990 I, ni 757 B) — mais il peut être donné ou démembré.
C'est le support que choisissent la plupart des SELARL de radiologie pour leur trésorerie durable, et il fonctionne à l'inverse de l'intuition. Le contrat de capitalisation est l'équivalent de l'assurance-vie pour une personne morale— l'assurance-vie lui étant fermée, faute de tête à assurer (Code des assurances, art. L. 132-1).
Sa fiscalité est forfaitaire et annuelle (art. 238 septies E du CGI) : chaque année, qu'il y ait rachat ou non, on intègre au résultat imposable une base égale à 105 % du dernier TME connu à la souscription (BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-10). Cette base est figée pour la durée du contrat ; elle est répartie en annuités progressives sur la durée (étalement actuariel, BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-20). Tout rendement réel supérieur à cette base forfaitaire capitalise en différé, et au rachat une régularisation évite la double imposition de ce qui a déjà été taxé forfaitairement.
Le frottement annuel du capi PM
Frottement annuel = 105 % x TME (souscription) x taux d'IS Avec TME janvier 2026 = 3,58 % : base forfaitaire = 105 % x 3,58 % ~ 3,76 % IS du a 25 % = 3,76 % x 25 % ~ 0,94 % / an Prelevements sociaux = 0 % (societe a l'IS)
TME de 3,58 % (janvier 2026) retenu pour l'exemple, à figer au mois réel de souscription. Le frottement de ≈ 0,94 %/an est arrêté dès la souscription ; tout rendement réel au-delà de 3,76 % capitalise sans IS additionnel jusqu'au rachat. Aucun prélèvement social ne s'applique tant que les fonds restent dans la société.
Capi PM ≠ assurance-vie : pas d'abattement de transmission, mais on peut le donner
Capitaliser dans la société ou sortir : le calcul du radiologue à 45 %
La question que se pose le radiologue est simple : sortir cette trésorerie en dividendes maintenant, ou la laisser tournerdans la société ? Sortir, c'est subir trois coûts cumulés. Laisser, c'est n'en subir aucun avant le jour — peut-être lointain — où vous voudrez consommer cet argent en personne.
Le PFU d'abord, 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux (CSG 10,6 % depuis la LFSS 2026 + CRDS 0,5 % + prélèvement de solidarité 7,5 %) — et non « la flat tax à 30 % » que répètent encore beaucoup de guides. S'y ajoute, pour le gérant majoritaire de SELARL relevant du régime des travailleurs non salariés (TNS), un coût social sur la fraction de dividendes excédant 10 % du capital, des primes d'émission et du compte courant (CSS art. L. 131-6 ; constitutionnalité du seuil validée par Cons. const. n° 2010-24 QPC du 6 août 2010). Un associé dirigeant assimilé salarié (SELAS) n'est pas concerné par cette réintégration. Et ces mêmes dividendes gonflent votre RFR, ce qui peut réveiller la CEHR et la CDHR. À l'inverse, une société à l'IS ne paie aucun prélèvement social sur ses placements.
100 € de trésorerie : sortir en dividendes vs capitaliser
SORTIR (dividendes) 100 EUR distribues - PFU 31,4 % = -31,40 EUR - cotisations TNS (fraction > 10 %) = cout social en sus - RFR augmente -> CEHR / CDHR possibles => il reste < 68,60 EUR a investir en perso CAPITALISER (capi PM dans la societe) 100 EUR places dans un capi PM - frottement IS annuel ~ 0,94 % = -0,94 EUR / an - 0 prelevement social (art. L. 136-6/7) => 100 EUR continuent de travailler en entier
Le différé n'est pas une exonération : la sortie reste taxable plus tard. Mais tant que l'objectif n'est pas la consommation immédiate, capitaliser dans la société conserve une base d'investissement bien plus large, sans frottement social annuel.
La dualité des prélèvements sociaux 2026 (et pourquoi elle ne joue pas dans la société)
Depuis le 1er janvier 2026, deux taux de prélèvements sociaux coexistent à la sortie, côté personne physique. Mais retenez l'essentiel : cette dualité ne concerne JAMAIS le niveau de la société, où le taux est toujours de 0 %.
| Revenu de la personne physique | Prélèvements sociaux | Fiscalité totale (PFU) |
|---|---|---|
| Dividendes, intérêts, PV mobilières, PEA, PER | 18,6 % | 31,4 % (12,8 % + 18,6 %) |
| Assurance-vie, capi (PP), foncier nu, PV immo, PEL | 17,2 % (maintenu) | 30 % (12,8 % + 17,2 %) |
| Produits financiers DANS une société à l'IS | 0 % | IS seul (15 % puis 25 %) |
Sur la fraction de dividendes excédant 10 %, la Cour de cassation a jugé que le coût social s'applique même lorsque les dividendes transitent par une SPFPL interposée (Cass. 2e civ., 19 octobre 2023, n° 21-20.366). À nuancer toutefois : une réponse ministérielle (QE n° 00418, JO Sénat du 27 février 2025) a précisé qu'il ne s'agit pas d'un arrêt de principe, l'espèce visant une interposition particulière. L'interposition d'une holding ne neutralise donc pas nécessairement ce coût : un argument de plus pour capitaliser plutôt que distribuer. Pour le détail, voyez dividendes de SEL et la fraction au-delà de 10 % cotisée TNS et radiologue en SEL : arbitrer entre salaire et dividendes.
Capitaliser n'augmente pas le RFR — mais c'est un report, pas une exonération
Cas chiffré : un radiologue avec 120 000 € de trésorerie à placer
Dr Karim, radiologue libéral en groupe d'imagerie, nous a posé exactement cette question l'an dernier (dossier anonymisé). Une SCM porte le plateau (IRM, scanner) et une SELARL facture les actes. Après avoir constitué sa réserve de précaution, sa SELARL dispose de 120 000 € d'excédent durable. TMI 45 %, RFR déjà dans le champ de la CDHR. Que faire de ces 120 000 € ? — à titre d'illustration, pas de recommandation personnalisée.
| Option | Sortir 120 000 € en dividendes | Capitaliser dans la SELARL / SPFPL |
|---|---|---|
| PFU 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS) | − 37 680 € | 0 € (rien n'est distribué) |
| Cotisations TNS (fraction > 10 %) | coût social en sus | 0 € |
| Impact RFR → CEHR / CDHR | aggravation possible | aucun (RFR inchangé) |
| Base qui continue de travailler | ≈ 82 320 € (avant cotisations) | 120 000 € (intacts) |
| Frottement annuel sur la base placée | selon le placement perso choisi | ≈ 1 128 €/an en capi PM, 0 PS |
Le calcul ne laisse pas de place au doute. En sortant, Dr Karim ne replace que ≈ 82 320 € (et même moins après cotisations), sur lesquels son épargne personnelle devra ensuite produire un rendement — déjà amputé de 30 à 31,4 % de fiscalité. En capitalisant, les 120 000 € restent entiers et ne frottent qu'environ 1 128 € la première année dans un capi PM, sans aucun prélèvement social. Dès le départ, ce sont près de 37 680 € de base en plus qui travaillent ; sur huit ans, cet écart de départ et l'absence de PS annuel se cumulent. Conclusion : on ne sort que ce qu'on consomme ; le reste capitalise dans la société.
Cas garde-fou — Dr Sophie, « 60 000 € qui dorment » sur le compte de la SCM
Bonus — la mère-fille en action dans le groupe d'imagerie
Note de méthode : ces chiffres sont des illustrations, pas des promesses
Les 4 pièges 2026 que les guides datés ignorent
Beaucoup d'articles sur le placement de trésorerie datent de 2023 ou 2024 et passent à côté de quatre points devenus déterminants pour le radiologue.
Piège 1 : croire qu'on peut placer la trésorerie d'une SCM
C'est l'erreur fondatrice, propre au radiologue. La SCM est transparente (art. 239 quater A), refacture à prix coûtant et ne dégage aucun bénéfice : il n'y a, par construction, rien à y placer. Y loger une SCPI, une assurance-vie ou un capi entraînerait une requalification en activité lucrative, la perte de l'exonération de TVA (art. 261 B) et un risque d'assujettissement à l'IS (au-delà de la tolérance de 10 %, art. 202 ter). Un excédent en SCM se régularise, il ne se place pas.
Piège 2 : les dividendes coûtent 31,4 %, pas 30 %
Depuis la LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025), la CSG sur les revenus du capital est passée de 9,2 % à 10,6 %. Les prélèvements sociaux sur les dividendes et les intérêts atteignent donc 18,6 %, et le PFU global 31,4 % — et non « la flat tax à 30 % ». Seules l'assurance-vie, la capitalisation (en personne physique) et les revenus fonciers restent à 17,2 % de prélèvements sociaux. Cette dualité est expliquée dans prélèvements sociaux 2026 : la dualité 18,6 % / 17,2 %.
Piège 3 : confondre le capi PM et l'assurance-vie
L'assurance-vie est fermée aux personnes morales (Code des assurances, art. L. 132-1) : une société ne peut souscrire qu'un contrat de capitalisation. Et ce capi PM n'ouvre aucun abattement de transmission(ni 152 500 € de l'art. 990 I, ni 30 500 € de l'art. 757 B) : sa valeur de rachat suit les droits de mutation de droit commun. Croire qu'on loge une « assurance-vie de société » avec ses abattements est un contresens fréquent.
Piège 4 : croire que la SPFPL est un coffre de placement libre
La SPFPL a un objet exclusif (ordonnance n° 2023-77) : détenir des titres de SEL, pas placer librement en SCPI ou en private equity. Loger un actif patrimonial déconnecté de l'activité dans la SPFPL fragilise son objet. Le patrimonial de long terme va dans une holding patrimoniale distincte. (À noter aussi : l'IS réduit à 15 % s'applique jusqu'à 42 500 € de bénéfice — pas 100 000 € comme le suggèrent des propositions non promulguées.)
Les 4 pièges en un coup d'œil
2. Dividendes 2026 = 31,4 % (PS 18,6 %), pas 30 % ; 17,2 % seulement AV / capi PP / foncier.
3. Assurance-vie fermée aux PM ; le capi PM est sans abattement 990 I / 757 B.
4. SPFPL = objet exclusif ; le patrimonial long terme va en holding distincte. IS à 15 % = jusqu'à 42 500 €.
Reste un point propre à votre métier. Le radiologue demeure tenu à une gestion prudente, et les produits financiers de la société ne doivent jamais devenir son activité réelle : votre métier reste le diagnostic, et la gestion de la trésorerie ne doit jamais en devenir l'accessoire visible — c'est aussi ce qui protège votre structure du risque de requalification déontologique. Concrètement : chaque euro dans la poche qui correspond à son objet, des supports calés sur l'horizon, et tout démembrement ou apport en compte courant validé avec votre expert-comptable et dans le respect des règles de l'Ordre. C'est exactement le rôle d'un CGP indépendant : aucun produit-maison à vous vendre, donc aucune promesse de rendement à tenir. Pour la vision d'ensemble, voyez la stratégie patrimoniale globale du radiologue, et pour les professions voisines, placer la trésorerie d'une société de médecin spécialiste ou la trésorerie de SELARL d'un chirurgien.
Faire travailler la trésorerie de votre cabinet d'imagerie avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On distingue d'abord ce qui relève de la SCM (à régulariser) de ce qui relève de la SELARL (à placer), on sélectionne les enveloppes (capi PM, SCPI, private equity, monétaire), on chiffre le frottement réel et on calibre l'ensemble avec votre expert-comptable. On vous dit aussi quand il ne faut PAS sortir la trésorerie.

