Combien d'impôt paie vraiment un radiologue en 2026 ?
L'essentiel en 30 secondes
Un radiologue libéral — qui exploite scanner, IRM, échographe, mammographe, le plus souvent en groupe d'imagerie — dégage des revenus qui le placent presque mécaniquement dans la tranche à 45 % de l'impôt sur le revenu (article 197 du CGI), au-delà d'environ 181 917 € par part. Mais raisonner sur le seul taux marginal vous ferait passer à côté de l'essentiel : à votre niveau, l'impôt ne se résume pas au barème. Il s'empile.
Quatre étages, qui s'empilent. D'abord le barème, jusqu'à 45 %. Par-dessus, les prélèvements sociaux sur vos revenus du capital (17,2 % ou 18,6 % selon le support, on y revient). Puis la CEHR, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (article 223 sexies), qui frappe le revenu fiscal de référence au-delà de 250 000 €. Et, celle qui change tout en 2026, la CDHR (article 224) : un impôt minimum de 20 % du RFR. Le tableau ci-dessous met cet empilement à plat.
| Étage | Texte | Base de calcul | Taux / seuil 2026 |
|---|---|---|---|
| IR au barème | art. 197 CGI | Revenu net imposable par part | 0 / 11 / 30 / 41 / 45 % — tranche à 45 % > ~181 917 €/part |
| CEHR | art. 223 sexies CGI | Revenu fiscal de référence | 3 % de 250 k€ à 500 k€, 4 % au-delà (célibataire) ; 500 k€ / 1 M€ (couple) |
| CDHR | art. 224 CGI | RFR retraité | Impôt minimum de 20 % si RFR > 250 k€ (seul) / 500 k€ (couple) |
| Prélèvements sociaux | LFSS 2026 | Revenus du capital, selon support | 17,2 % (foncier, AV) ou 18,6 % (PER, FPCI, dividendes) |
Le point de bascule, ce n'est donc pas votre taux marginal, c'est ce plancher de 20 % du RFR. C'est lui qui rend inutile la moitié des produits de défiscalisation qu'on vous propose, et c'est précisément ce que ce guide va trier. Pour le panorama d'ensemble du libéral fortement imposé, voyez la profession libérale à hauts revenus face à l'impôt et, côté médecin, le médecin spécialiste dans la tranche à 45 %.
Le piège du matériel amorti : le saut d'impôt qui surprend tout le monde
La CDHR et la CEHR : les deux plafonds qui changent tout
Deux contraintes commandent toute votre optimisation. Ce sont elles qui séparent les leviers qui tiennent de ceux qui ne servent plus à rien. La seconde, la CDHR, est celle qui a tout changé pour un radiologue à hauts revenus.
La CEHR (article 223 sexies du CGI) : la surtaxe permanente
La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus existe depuis 2012. Malgré son nom, elle est permanente. Elle frappe le revenu fiscal de référence (RFR), sans quotient familial : 3 % sur la fraction de RFR comprise entre 250 000 € et 500 000 € pour un célibataire (entre 500 000 € et 1 000 000 € pour un couple), puis 4 % au-delà. Un mécanisme de lissage existe pour les revenus exceptionnels. Retenez surtout ceci : son assiette est le RFR, donc tout ce qui abaisse votre RFR abaisse mécaniquement la CEHR.
La CDHR (article 224 du CGI) : l'impôt minimum de 20 % du RFR
C'est elle qui rebat les cartes. La contribution différentielle sur les hauts revenus garantit que votre imposition globale atteigne au moins 20 % de votre revenu fiscal de référence retraité, dès que ce RFR dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple). Si votre impôt « normal » (IR au barème + part forfaitaire de l'IR + CEHR + certaines majorations) tombe en dessous de ce seuil de 20 %, la CDHR vient combler la différence. C'est, littéralement, un impôt plancher. À la différence de la CEHR, elle est réservée aux résidents fiscaux français.
Et ce ne sont pas des références théoriques : la CDHR a une histoire législative précise. Elle a été créée par l'article 10 de la loi de finances 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025), validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2025-874 DC du 13 février 2025). Elle a été reconduite par la loi de finances 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026), validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2026-901 DC du 19 février 2026), jusqu'au retour du déficit public sous 3 % du PIB. Sa pérennité au-delà de cette échéance reste, elle, conditionnelle.
Le calcul de la CDHR (principe)
CDHR due = max( 0 ; 20 % x RFR retraite
- [ IR au bareme
+ part IR du prelevement forfaitaire 12,8 %
+ CEHR
+ certaines majorations ] )
Majorations : + 1 500 EUR par personne a charge
+ 12 500 EUR pour un couple soumis a imposition communeLes prélèvements sociaux (17,2 % ou 18,6 %) ne figurent PAS au numérateur : ils ne « comptent » pas pour atteindre le plancher de 20 %. C'est pour cela que des dividendes de SEL au PFU (12,8 % d'IR seulement) peuvent déclencher la CDHR. Une décote atténuerait l'entrée dans la contribution lorsque le RFR retraité reste sous 330 000 € (célibataire) ou 660 000 € (couple) ; le coefficient exact est à confirmer. Un acompte de 95 % est versé en décembre.
Pas (encore) de doctrine BOFiP sur la CDHR
Célibataire ou couple : la situation familiale change tout
La leçon centrale : on ne joue plus le taux, on joue l'assiette et le report
Suis-je vraiment exposé à la CDHR ?
Un CGP indépendant chiffre votre exposition à la CEHR et à la CDHR à partir de votre situation réelle (statut, composition du revenu, situation familiale), et trie vos options entre report et réduction d'assiette.
Réduction d'impôt, réduction d'assiette, report : la grille de lecture
Voici la grille de lecture que je sors à chaque radiologue en rendez-vous. Tous les « avantages fiscaux » ne se valent pas : il en existe trois familles radicalement différentes, et face à la CDHR, deux seulement tiennent debout.
Réduction d'impôt — neutralisée
FIP, FCPI, Girardin, Sofica, Malraux. L'avantage vient en diminution de l'IR, dans le plafond global des niches de 10 000 € (art. 200-0 A ; 18 000 € avec Girardin / Sofica). Problème : dès que l'IR passe sous le plancher de 20 % du RFR, la CDHR reprend l'avantage. À votre niveau, ce levier est largement neutralisé.
Réduction d'assiette — efficace
PER (154 bis), déficit foncier, Monuments Historiques, nue-propriété / démembrement. L'avantage baisse le revenu imposable, donc le RFR lui-même. Hors plafond des niches, il abaisse aussi l'assiette de la CDHR et de la CEHR. C'est efficace, même à très hauts revenus.
Et il existe une troisième famille, souvent celle qui pèse le plus lourd pour un radiologue qui exerce en société : le report, en tête de la hiérarchie. Le bénéfice non distribué d'une SEL à l'IS, ou la plus-value placée en report via l'apport-cession (article 150-0 B ter), sort tout simplement le revenu de votre déclaration de l'année. Ce revenu n'entre alors pas dans le RFR, et la plus-value en report est même retirée du revenu retraité de la CDHR.
| Famille | Exemples | Dans le plafond 10 000 € ? | Effet sur le RFR / la CDHR | Verdict radiologue |
|---|---|---|---|---|
| Report | SEL / IS non distribuée, 150-0 B ter | Non | Sort le revenu de l'année | Priorité n°1 |
| Réduction d'assiette | PER, déficit foncier, MH, démembrement | Non — hors plafond | Baisse le RFR → baisse CDHR + CEHR | Efficace même à 45 % |
| Réduction d'impôt | FIP, FCPI, Girardin, Malraux | Oui (sauf MH, hors plafond) | Baisse l'IR mais reprise par la CDHR | Largement neutralisée |
On reprend maintenant la spécificité radiologue (matériel amorti, SCM, groupe), puis ces deux familles gagnantes, un levier après l'autre : le PER, la bascule en société, l'apport-cession, l'immobilier d'assiette, puis le capital-investissement (où tout l'enjeu sera de distinguer le FPCI utile du FCPI laminé). Le plafond global des niches de 10 000 € (article 200-0 A) ne vise que les réductions et crédits d'impôt, jamais les déductions d'assiette ni les reports : c'est toute la différence.
Pour visualiser : 10 000 € versés, trois familles, trois résultats
La spécificité radiologue : matériel amorti, SCM, groupe d'imagerie
Avant de dérouler les leviers, arrêtons-nous sur ce qui distingue vraiment votre situation de celle d'un autre spécialiste : un plateau technique lourd, un exercice en groupe, et des parts de société qui constituent souvent votre plus gros actif. Trois sujets qui changent la donne.
Votre plateau technique est déjà amorti : pourquoi vos impôts explosent
En BNC, l'amortissement de votre matériel lourd (scanner, IRM, échographe, mammographe) est linéaire : vous étalez la charge de façon égale sur la durée d'usage du bien, souvent de l'ordre de sept ans pour de l'imagerie lourde, via le tableau d'amortissement de la déclaration 2035 (cadre 5). Pendant ces années, la dotation aux amortissements réduit fortement votre bénéfice imposable : votre impôt est mécaniquement contenu.
Le problème survient à la fin de l'amortissement. Une fois le matériel entièrement amorti, la dotation disparaît du résultat : à chiffre d'affaires constant, votre bénéfice imposable bondit du montant de la dotation annuelle que vous déduisiez. Concrètement, un équipement amorti à hauteur de 60 000 € par an, c'est, l'année où il sort du plan, environ 60 000 € de bénéfice imposable en plus — taxés, à votre niveau, au taux marginal de 45 %, plus la CEHR et la CDHR. L'amortissement est un levier comptable qui s'épuise ; la défiscalisation patrimoniale est ce qui doit prendre le relais. Et même un radiologue dont le bénéfice est encore écrasé par les amortissements a, du fait de ses revenus élevés, déjà de quoi saturer le plafond PER maximal (section 5).
La SCM du groupe d'imagerie : ce qu'elle fait (et ce qu'elle ne fait pas)
La plupart des radiologues exercent en groupe, avec une organisation à deux étages : une société d'exercice (SELARL ou SELAS) qui facture les actes, et une SCM (société civile de moyens) qui détient ou loue le plateau technique et le refacture. C'est cette SCM qui est la plus mal comprise. Elle est transparente fiscalement (article 239 quater A du CGI) : son objet est de mutualiser et de refacturer les moyens d'exercice (locaux, matériel lourd, personnel, secrétariat) à ses membres, au coût et au prorata de leur utilisation. Elle ne dégage aucun bénéfice propre : chaque associé est imposé sur sa quote-part (en BNC, ou à l'IS si l'associé est une société soumise à l'IS), via la déclaration n° 2036. La SEL déduit les refacturations, la SCM est transparente : pas de double imposition.
La SCM n'est pas un véhicule de placement (ni une niche fiscale)
Un mot sur la TVA, puisque la question revient : vos actes médicaux sont exonérés (article 261-4-1° du CGI), et les refacturations de moyens par la SCM sont elles aussi exonérées, sous conditions (membres exerçant une activité exonérée, refacturation à l'euro près de la part de chacun, absence de marge), au titre de l'article 261 B du CGI (recodifié au Code des impositions sur les biens et services à compter du 1er septembre 2026, à droit constant). C'est un confort, pas un levier d'optimisation.
Vos parts de groupe d'imagerie : votre plus gros actif fiscal
Dernier point, et non des moindres : à l'heure de la financiarisation de l'imagerie (entrée de fonds d'investissement au capital des groupes), vos parts de société valent souvent bien plus que votre épargne financière. C'est un actif patrimonial majeur, et sa cession future relèvera de la fiscalité des plus-values de titres — un sujet qui s'anticipe des années à l'avance (apport-cession 150-0 B ter, abattement 150-0 D ter de 500 000 € au départ en retraite : voir sections 7 et 12). Pour le traiter en détail, voyez la fiscalité de la plus-value sur vos parts de groupe d'imagerie.
Levier n°1 : le PER au plafond (jusqu'à 88 911 €)
C'est le levier d'assiette le plus efficace à votre disposition, et il devrait être votre premier réflexe d'épargne — d'autant plus quand votre matériel est amorti et que votre bénéfice est au plus haut. Le plan d'épargne retraite déductible n'est pas une réduction d'impôt : c'est une déduction du revenu. Il baisse donc à la fois votre IR et votre RFR — exactement le type de levier que la CDHR ne reprend pas.
En tant que travailleur non salarié (BNC, ou gérant majoritaire de SELARL), vous bénéficiez du plafond spécifique de l'article 154 bis du CGI, bien plus large que celui des salariés : 10 % de votre bénéfice imposable (dans la limite de 8 PASS) majorés de 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS. Le PASS 2026 est de 48 060 €. La plupart des radiologues, dont le bénéfice dépasse 384 480 € (8 PASS), atteignent donc le plafond maximal.
Le plafond PER TNS du radiologue en 2026, du plancher au maximum
PLAFOND PER TNS = 10 % x benefice (dans la limite de 8 PASS)
+ 15 % x (min(benefice, 8 PASS) - 1 PASS)
PASS 2026 = 48 060 EUR | 8 PASS = 384 480 EUR
PLANCHER = 10 % x 1 PASS = 4 806 EUR
MAXIMUM = 10 % x 384 480
+ 15 % x (384 480 - 48 060)
= 38 448 + 50 463 = 88 911 EURLe maximum de 88 911 € suppose un bénéfice d'au moins 384 480 € (8 PASS) — le cas de la plupart des radiologues, surtout une fois le matériel amorti. À 45 % de TMI, déduire ce maximum représente environ 40 010 € d'impôt en moins, et un RFR abaissé d'autant.
L'effet est double. D'abord l'économie d'IR immédiate, qui vaut approximativement votre versement × votre TMI : à 45 %, déduire 88 911 € vous fait économiser environ 40 010 € d'impôt. Ensuite, et c'est ce qui compte à votre niveau, le RFR baisse du montant versé : le PER agit donc sur l'assiette de la CEHR et de la CDHR. Attention toutefois : cette déduction joue sur l'IR seul ; elle n'allège ni vos cotisations TNS ni votre CARMF, et le plafond n'est pas reportable une fois consommé au titre du 154 bis.
PER de droit commun, report des plafonds et sortie à 18,6 %
Le PER face à la CDHR : pertinent, mais à simuler
N'oubliez pas l'enveloppe sœur : la prévoyance et la complémentaire santé Madelin (toujours article 154 bis), déductible jusqu'à environ 11 534 € en 2026 (7 % du PASS + 3,75 % du bénéfice, dans une limite globale). C'est un plafond distinct de celui du PER retraite. Pour le calcul détaillé, support par support, voyez combien déduire avec le PER d'une profession libérale — et, pour préparer la chute de revenus à la retraite, préparer la baisse de revenus malgré la CARMF.
Cas n°1 — Dr Karim, radiologue en groupe (bénéfice 420 000 €, matériel amorti)
Plafond 154 bis : 10 % × 384 480 + 15 % × (384 480 − 48 060) = 38 448 + 50 463 = 88 911 €.
S'il verse 88 911 € : économie d'IR ≈ 88 911 × 45 % = 40 010 €, et son RFR passe de 420 000 € à ≈ 331 089 € — ce qui réduit aussi sa CEHR.
Le PER lui prépare en prime une retraite que la CARMF ne suffira pas à assurer (section 12). Illustration aux taux 2026, à recalculer au simulateur.
Levier n°2 : la SEL à l'IS et la holding SPFPL (le report)
On arrive au levier qui pèse le plus lourd sur votre RFR dans la durée — et, de loin, le plus mal compris. L'idée n'est pas de payer moins d'impôt sur ce que vous consommez, mais de ne pas faire remonter à votre déclaration personnelle le bénéfice que vous ne consommez pas.
L'essentiel en 30 secondes
Capitaliser dans la SEL plutôt que tout sortir
Tant que vous exercez en BNC, l'intégralité de votre bénéfice est imposée à votre nom, au barème, qu'elle soit consommée ou non. En SELARL (ou SELAS) à l'impôt sur les sociétés, le bénéfice que vous laissez dans la société est imposé à l'IS — 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous conditions PME), puis 25 % (article 219) — et ne remonte pas à votre RFR. Vous décidez de ce que vous vous versez, donc vous pilotez directement l'assiette de la CDHR. Le cadre juridique est l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, qui a recodifié le droit des SEL et des SPFPL (l'ancienne loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990). La société n'a d'intérêt que sur la part du bénéfice que vous n'avez pas besoinde consommer ; sur ce que vous sortez pour vivre, le gain est nul.
La SPFPL, le régime mère-fille et vos parts de groupe
Au-dessus de votre SELARL, vous pouvez interposer une SPFPL (société de participations financières de profession libérale), une holding dédiée aux libéraux. Les dividendes remontés de la SEL vers la SPFPL bénéficient du régime mère-fille : ils sont exonérés à 95 % (articles 145 et 216), seule une quote-part de frais et charges de 5 % étant imposée — soit un frottement effectif d'environ 1,25 % (et même de l'ordre de 0,25 % en intégration fiscale). De quoi capitaliser votre trésorerie avant impôt, et surtout détenir et financer vos parts de groupe d'imagerie(cet actif majeur de la section 4), le cas échéant par effet de levier. L'inscription de la SPFPL auprès de l'Ordre des médecins est requise.
La SPFPL n'est pas un tunnel sans frottement social
Statut social et arbitrage salaire / dividendes
Faut-il basculer ma BNC en SEL et créer une SPFPL ?
On modélise avec votre expert-comptable l'intérêt d'une SEL à l'IS et d'une SPFPL : pilotage du RFR, frottement social des dividendes, détention des parts de groupe. Sans biais commercial, chiffres à l'appui.
Levier n°3 : l'apport-cession (150-0 B ter) et la cession des parts
Si un jour vous cédez vos titres de SELARL ou votre participation dans un groupe d'imagerie, vous risquez une plus-value lourdement taxée l'année de la vente. Pour ce cas précis, l'apport-cessionest l'outil de report le plus efficace.
Concrètement, avant de vendre vous apportez vos titres à une holding que vous contrôlez. La plus-value d'apport est alors placée en report d'imposition (article 150-0 B ter du CGI) : elle n'est pas imposée l'année de l'opération. Mieux encore pour un radiologue exposé à la CDHR : cette plus-value en report est retirée du revenu retraité servant au calcul de la contribution. C'est un report, pas une exonération : l'impôt sera dû plus tard, lors d'un événement déclencheur. Mais le différé peut courir jusqu'à la cession des titres par la holding, soit potentiellement dix ou quinze ans. La notion de contrôle est présumée acquise à partir de 33,33 %des droits de vote ou des bénéfices, dès lors qu'aucun autre associé n'en détient davantage (et au-delà par la majorité ou le contrôle familial).
En échange, si la holding cède les titres apportés dans les trois ans, elle doit réinvestir au moins 70 % du produit de cession dans les 36 mois dans une activité économique éligible (ou des parts de fonds type FCPR / FPCI), faute de quoi le report tombe ; les actifs de remploi doivent ensuite être conservés au moins cinq ans. Ce seuil de 70 % (relevé par rapport à 60 %) est issu d'un durcissement de la loi de finances 2026 ; nous le signalons au conditionnel, à confirmer au texte. Au-delà de trois ans de détention, la holding cède librement. À la sortie, la levée du report se fait au PFU de 31,4 % ; le report se purge au décès et se transfère en cas de donation (purge selon une conservation de 6 ou 11 ans).
Pas de montage artificiel : l'abus de droit veille
Report (150-0 B ter) ou exonération : deux logiques à ne pas confondre
Levier n°4 : l'immobilier qui baisse le RFR (et pas seulement l'impôt)
En immobilier, deux radiologues à 500 000 € peuvent acheter le même immeuble ancien et obtenir un résultat fiscal opposé, selon qu'ils visent une réduction d'impôt (neutralisée par la CDHR) ou une réduction d'assiette (efficace). Tout se joue sur cette ligne de partage — voici comment la tracer.
Le déficit foncier (location nue)
Quand vous achetez un bien ancien à rénover et que vous le louez nu, les travaux déductibles s'imputent sur vos revenus fonciers, et l'excédent sur votre revenu global jusqu'à 10 700 € par an (porté à 21 400 € pour des travaux de rénovation énergétique permettant de sortir le bien du statut de passoire thermique — dispositif applicable aux travaux payés jusqu'au 31 décembre 2027). Le surplus est reportable dix ans. C'est une pure réduction d'assiette : elle baisse votre RFR, donc l'assiette de la CDHR. Bon à savoir : les prélèvements sociaux sur les revenus fonciers restent à 17,2 % en 2026 (et non 18,6 %). À 45 %, 21 400 € de déficit imputé sur le revenu global, c'est de l'ordre de 9 630 € d'IR évités ; les prélèvements sociaux fonciers à 17,2 % ne sont, eux, économisés que sur vos autresrevenus fonciers positifs (le déficit s'impute d'abord sur eux) — un radiologue sans foncier par ailleurs n'a donc pas de PS à effacer la première année.
La nue-propriété et le démembrement
Pour un radiologue déjà à 45 %, la nue-propriété est sans doute le levier d'assiette le plus net. Vous achetez la nue-propriété d'un bien (avec une décote d'environ 25 à 40 % sur le prix de la pleine propriété), l'usufruit étant détenu temporairement par un bailleur, souvent institutionnel. Pendant toute la durée du démembrement, vous ne percevez aucun loyer : votre RFR n'augmente pas d'un euro, ce qui est précieux quand on cherche à rester sous les seuils. Le bien échappe à l'IFI pour le nu-propriétaire (article 968, barème de l'article 669), et la reconstitution de la pleine propriété au terme n'est pas taxée(article 1133). Hors plafond des niches, sans revenu imposable : idéal pour votre profil.
Monuments Historiques vs Malraux : le bon arbitrage face à la CDHR
En rendez-vous, neuf radiologues sur dix mettent Malraux et Monuments Historiques dans le même panier « vieilles pierres ». Or l'un est une réduction d'impôt, l'autre une déduction d'assiette : face à la CDHR, ces deux mots font 90 000 € d'écart sur 200 000 € de travaux.
Monuments Historiques — déduction d'assiette
Articles 156 II 1° ter et 156 bis du CGI : déduction des charges et travaux du revenu global, sans plafonnement de niches. C'est une DÉDUCTION D'ASSIETTE : elle baisse le RFR et n'est donc PAS neutralisée par la CDHR. L'outil immobilier des très hauts revenus exposés à la contribution. Engagement de conservation de 15 ans ; exonération de droits de succession possible sous convention (art. 795 A).
Malraux — réduction d'impôt
Article 199 tervicies du CGI : réduction d'impôt de 22 % ou 30 % des travaux (plafond de 400 000 € sur 4 ans), hors plafond des niches mais qui reste une RÉDUCTION D'IMPÔT. Donc partiellement reprise par la CDHR dès que l'IR passe sous le plancher de 20 %. Pertinent seulement si votre IR effectif reste durablement au-dessus de ce seuil.
Cas n°2 — Malraux vs MH sur 200 000 € de travaux
LMNP : amortir n'est pas effacer (le même piège que votre scanner)
Note de méthode : l'immobilier reste un investissement, pas une niche
Levier n°5 : le capital-investissement bien trié (FPCI vs FIP / FCPI)
Chaque automne, c'est le rayon le plus achalandé : la plaquette FCPI « −18 % » qui arrive par mail entre deux comptes rendus. Et c'est précisément là que le tri par la CDHR est le plus brutal. Deux produits qui se ressemblent sur la plaquette commerciale n'ont rien à voir au plan fiscal : le FIP/FCPI d'un côté, le FPCI de l'autre.
FIP et FCPI : le levier laminé en 2026
Les FIP (fonds d'investissement de proximité) et FCPI (fonds communs de placement dans l'innovation) offrent une réduction d'impôt de 18 % des versements (article 199 terdecies-0 A), dans la limite de 12 000 € (24 000 € pour un couple). Problème pour vous : cette réduction entre dans le plafond des niches de 10 000 € et se trouve neutralisée par la CDHR. Pire, la loi de finances 2026 a exclu les FCPI de la réduction d'impôt pour les versements effectués à compter du 21 février 2026, sauf les FCPI investis en titres de jeunes entreprises innovantes (JEI). Autrement dit, ce levier perd doublement son intérêt à votre niveau.
FPCI : l'exonération de plus-value (article 163 quinquies B)
Le FPCI (fonds professionnel de capital-investissement) « fiscal » joue sur une tout autre mécanique. Le souscripteur personne physique qui conserve ses parts au moins 5 ans et réinvestit les distributions bénéficie d'une exonération d'impôt sur le revenu sur les distributions et la plus-value de cession (article 163 quinquies B), sous condition de quota d'investissement du fonds. Ce n'est pas une réduction d'impôt : c'est une exonération, donc elle n'est pas neutralisée par la CDHR. Deux réserves, sans détour : les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus sur les gains, et surtout vos parts sont bloquées huit à dix ans, avec un vrai risque de perdre une partie de votre capital. Un FPCI ne se souscrit jamais pour sa ligne fiscale : on l'achète parce qu'on croit à la classe d'actifs, en acceptant le blocage et le risque de perte.
FPCI (exonération) plutôt que FCPI (réduction laminée)
Note de méthode sur les rendements annoncés
Cas chiffré : un radiologue à 500 000 € de revenu
Prenons le dossier qu'on voit le plus souvent arriver en rendez-vous : une radiologue de groupe à 500 000 € de revenu courant, dont le matériel vient d'être amorti (son bénéfice est donc au plus haut), et appliquons-lui toute la grille. C'est le profil pour lequel le tri par la CDHR fait toute la différence.
Dr Sandra M., radiologue, 47 ans, associée d'un groupe d'imagerie, célibataire, 500 000 €
| Levier | Mécanisme | Effet sur le RFR | Gain estimé |
|---|---|---|---|
| PER au plafond | art. 154 bis — 88 911 € déductibles | − 88 911 € | ≈ 40 010 € d'IR (à 45 %) |
| Déficit foncier (rénovation énergétique) | art. 156 — 21 400 € | − 21 400 € | ≈ 9 630 € d'IR (+ PS 17,2 % sur autres revenus fonciers) |
| Bénéfice capitalisé en SEL à l'IS | art. 219 — part non consommée | Sort du RFR (report) | IS 15 / 25 % ≪ 45 % + baisse CEHR/CDHR |
| Nue-propriété (démembrement) | art. 968 / 1133 — aucun revenu | N'augmente pas le RFR | Hors IFI, assiette pure |
L'effet combiné sur le RFR
RFR de depart = 500 000 EUR - PER au plafond (154 bis) - 88 911 EUR - Deficit foncier (renov. energ.) - 21 400 EUR - Benefice capitalise en SEL a l'IS - (part non consommee, ex. 100 000) ----------------------------------------------------- RFR apres optimisation ~ 289 689 EUR (et moins encore selon la part capitalisee)
Lecture : on suppose ici Dr Sandra M. passée en SEL à l'IS (sa BNC du départ devient une rémunération de gérant, et 100 000 € de bénéfice sont laissés dans la société, donc hors RFR). En empilant assiette (PER, déficit foncier) et report (SEL à l'IS), son RFR fond : la CEHR baisse et elle sort de la zone de plein effet de la CDHR. À l'inverse, verser dans un FIP ou un Girardin « pour effacer l'IR » serait repris par la CDHR et n'aurait rien changé au RFR.
La leçon du cas : visez le RFR, pas le taux
Modéliser mon cas à 500 k€
On reprend votre situation réelle — bénéfice, statut, situation familiale, parts de groupe — et on chiffre l'empilement assiette + report qui fait vraiment baisser votre RFR, au simulateur officiel et avec votre expert-comptable.
Ce qui ne marche (presque) plus pour un radiologue
C'est la page que je conseille de garder ouverte quand un commercial appelle en novembre. Parce que ces produits-là, on continue de vous les vendre alors qu'ils ne tiennent plus la route à 500 k€ : leur avantage sera repris par la CDHR, et vous aurez immobilisé de l'argent pour rien.
| Produit | Type d'avantage | Plafond | Effet CDHR | Verdict radiologue |
|---|---|---|---|---|
| FIP / FCPI | Réduction d'impôt 18 % | Niches 10 000 € | Neutralisé (et FCPI exclus depuis 21/02/2026 sauf JEI) | À éviter |
| Pinel | Réduction d'impôt | Niches 10 000 € | Éteint pour les nouvelles opérations | Hors sujet |
| Malraux | Réduction d'impôt 22 / 30 % | Hors niches | Partiellement repris (≠ MH déduction) | MH préférable |
| Girardin industriel | Réduction « one-shot » | Niches 18 000 € | Peut « écraser » la CDHR mais pari risqué | Prudence |
| Dons (art. 200) | Réduction d'impôt 66 / 75 % | Niches | Restent efficaces (ajoutés au numérateur CDHR par la LF 2026) | Toujours utiles |
Le Girardin industriel mérite qu'on s'y arrête, parce qu'on vous le vendra comme « la » solution des médecins à 45 %. Sa réduction d'impôt « one-shot » (de l'ordre de 110-120 % de l'apport) peut, en théorie, faire remonter l'IR acquitté au-dessus du plancher de 20 % et donc « écraser » la CDHR. Mais c'est un pari risqué : risque de reprise en cas de non-respect des conditions d'exploitation outre-mer, plafond des niches majoré à 18 000 €, et un avantage qui suppose une mécanique sans faille. Nous ne le survendons pas :ce n'est pas une stratégie de fond pour un radiologue, tout au plus un complément ponctuel à manier avec un conseil aguerri.
Rappel : la SCM n'est ni une niche ni un placement
Terrain radiologue : cession des parts, CARMF, TVA
Trois sujets de terrain, et deux comptent vraiment : la cession future de vos parts de groupe — votre plus gros actif — et votre retraite, qui décrochera plus durement que vous ne l'imaginez.
Préparer la cession de vos parts de groupe d'imagerie
Le jour où vous cédez vos parts, la plus-value de titres peut être lourde — et elle s'anticipe plusieurs années à l'avance. Quatre dispositifs à connaître : l'apport-cession (article 150-0 B ter, report, plus-value retirée du revenu retraité de la CDHR — section 7) ; l'abattement fixe de 500 000 € pour le dirigeant partant en retraite (article 150-0 D ter, IR seul, prélèvements sociaux dus, montant également retiré du revenu retraité de la CDHR) ; l'exonération de l'article 238 quindecies (totale en dessous de 500 000 € de valeur, dégressive jusqu'à 1 000 000 €) ; l'article 151 septies A (départ en retraite). Le bon dispositif dépend de votre structure (BNC ou SEL) et de votre horizon. Pour le détail : vendre ses parts dans un groupe d'imagerie et la fiscalité de la plus-value.
La CARMF ne suffira pas : préparer la retraite
Comme tout médecin libéral, vous cotisez à un régime de base (CNAVPL) et à la CARMF pour la complémentaire (régime complémentaire vieillesse et ASV). Les ordres de grandeur 2026 (carmf.fr) : cotisation de base de 8,73 % jusqu'à 1 PASS puis 1,87 % au-delà ; régime complémentaire vieillesse (RCV) à 11,80 %, avec une valeur de point de service de 77,14 € ; ASV en partie forfaitaire. Le constat est celui de tous les libéraux à hauts revenus : ce socle obligatoire assure un taux de remplacement insuffisant au regard de vos revenus d'activité. D'où le rôle central du PER (section 5) comme étage de retraite capitalisée. Pour bâtir cette stratégie : préparer la baisse de revenus du radiologue malgré la CARMF.
TVA : actes exonérés, refacturations de SCM exonérées
Pour être complets, deux points vite réglés. Vos actes médicaux sont exonérés de TVA (article 261-4-1° du CGI), comme pour toute la profession. Et les refacturations de moyens par votre SCM sont elles aussi exonérées, sous conditions (article 261 B du CGI, recodifié au Code des impositions sur les biens et services à compter du 1erseptembre 2026, à droit constant). Aucun de ces deux points n'est un levier d'optimisation : ce sont des régimes de droit commun.
Par où commencer : l'ordre d'attaque
Qui rédige ce guide
Trier votre défiscalisation de radiologue avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On chiffre votre exposition à la CEHR et à la CDHR, on arbitre entre report et réduction d'assiette, on structure votre SEL et votre SPFPL, on remet la SCM à sa juste place, et on construit votre patrimoine au-delà du seul impôt. Et quand le FIP « −18 % » qu'on vous a glissé en novembre ne tient pas la route à 500 k€, on vous le dit noir sur blanc — même si ça ne nous rapporte rien.

