La retraite de l'ostéopathe en 30 secondes
Le constat en 30 secondes
Une scène que je revois à chaque rendez-vous, ou presque : un ostéopathe à 3 000 € net par mois d'activité découvre, son relevé à la main, qu'il touchera de l'ordre de 1 200 à 1 500 € de pension — soit moitié moins. Pendant toute votre carrière, vous versez à la CIPAV des cotisations qui pèsent dans votre trésorerie ; et le jour venu, votre pension ne couvre qu'une fraction modeste de votre dernier revenu. La CIPAV fait son travail : elle pose un socle. Le malentendu, c'est de croire qu'un socle suffit à tenir votre niveau de vie. Et comme l'ostéopathe est non conventionné— pas d'ASV, aucun filet de l'Assurance maladie — il part avec un étage de retraite en moins que l'orthophoniste ou le kiné à profil égal.
Comme en rendez-vous : on chiffre d'abord le trou, on regarde ensuite comment le boucher — en aperçu, car le détail des solutions est traité dans le guide dédié au PER de l'ostéopathe pour sécuriser une retraite CIPAV insuffisante. L'ostéopathe relève de la CIPAV(article L. 640-1 du CSS), et d'aucune autre caisse : ni la CARPIMKO, ni la CARCDSF, ni la CARMF.
Déontologie : aucun montant individuel ne peut être garanti
Êtes-vous bien à la CIPAV ? (oui — et mieux vaut en être sûr)
Commençons par lever un doute fréquent. Beaucoup d'ostéopathes ont entendu parler de la grande réforme qui a vidé la CIPAV d'une partie de ses affiliés et se demandent s'ils relèvent encore d'elle ou du régime général. La réponse est claire : oui, l'ostéopathe est toujours à la CIPAV. Il figure dans la liste limitative des professions affiliées (article L. 640-1 du CSS), aux côtés notamment des architectes, psychologues, ergothérapeutes ou diététiciens. Le psychologue libéral relève d'ailleurs de la même caisse et fait le même constat de pension faible : voir notre guide Retraite CIPAV du psychologue : montant réel et solutions.
Ce que la réforme de 2018 a changé (et ce qu'elle n'a pas changé pour vous)
Pourquoi cette confirmation compte ? Parce qu'une grande partie de ce qui rend la retraite de l'ostéopathe singulière découle d'un fait simple : son titre est réglementé (décret n° 2007-435 du 25 mars 2007, pris en application de la loi du 4 mars 2002), mais il n'est ni une profession médicale ni un auxiliaire médical au sens du Code de la santé publique. Conséquence directe : il est non conventionné— honoraires libres, actes non remboursés par l'Assurance maladie. C'est la racine de l'« absence d'ASV » que nous verrons en section 6.
Pour le détail de l'affiliation, du choix entre micro-BNC et réel et des cotisations URSSAF, voyez notre guide statut de l'ostéopathe : micro-BNC ou réel et affiliation CIPAV.
Les régimes gérés par la CIPAV (et le sigle qui n'est pas celui que vous croyez)
Levons d'abord toute ambiguïté sur la caisse. La CIPAV, c'est la Caisse Interprofessionnelle de Prévoyance et d'Assurance Vieillesse : la section interprofessionnelle de la CNAVPL (article L. 641-1 du CSS). Vous ne relevez jamais de la CARPIMKO (les orthophonistes, kinés et infirmières), ni de la CARCDSF (dentistes et sages-femmes), ni de la CARMF (médecins), ni de la CAVP(pharmaciens). Cette précision n'est pas un détail : les valeurs de point et les règles diffèrent d'une section à l'autre, et recopier celles d'une autre caisse fausse tout le calcul.
Deux régimes de retraite, plus l'invalidité-décès
| Étage | Régime | Base légale | Mécanique 2026 (ordre de grandeur) |
|---|---|---|---|
| 1 | Base CNAVPL (par points) | CSS L. 642-1 | 8,73 % ≤ 1 PASS / 1,87 % de 1 à 5 PASS · point de service 0,6599 € · acquisition plafonnée |
| 2 | Complémentaire CIPAV (par points) | CSS L. 644-1 | ~11 % ≤ 1 PASS / ~21 % au-delà · achat du point 47,40 € · service 2,89 € · rendement ~6,1 % |
| + | Invalidité-décès | CSS L. 644-2 | ~0,50 % du revenu · couverture forfaitaire limitée |
| — | ASV / PCV | CSS L. 645-1 (conventionnés) | AUCUN — l'ostéopathe n'est pas conventionné |
La formule commune des deux régimes par points
Pension d un regime = points acquis
x valeur de service du point
x taux de liquidation
- points acquis : proportionnels a la cotisation versee
(donc au benefice), cumules sur la carriere
- valeur de service du point (2026) :
base 0,6599 EUR ; complementaire 2,89 EUR
- taux de liquidation : 100 % au taux plein,
minore par la decoteCette formule est la même pour toutes les caisses libérales : c'est le nombre de points — donc le revenu cotisé sur toute la carrière — qui fait l'écart. La singularité de l'ostéopathe, c'est l'absence d'un troisième régime (l'ASV) et un rendement complémentaire faible.
Un point à votre avantage : la déductibilité sans plafond
Cette logique du système par points n'est pas propre à l'ostéopathe : elle est commune à toutes les caisses libérales. Pour la vue d'ensemble, voyez pourquoi la caisse obligatoire d'un libéral ne suffit jamais.
Étage 1 : une retraite de base structurellement plafonnée
Le régime de base CNAVPL (article L. 642-1 du CSS) attribue des points selon deux tranches de cotisation : 8,73 % sur la part de revenu allant jusqu'à 1 PASS (48 060 € en 2026), puis 1,87 % sur la part de 1 à 5 PASS. Mais l'acquisition de points est plafonnée : au-delà d'un certain revenu, vous ne gagnez plus de points de base. Or à 0,6599 € le pointen 2026, même un ostéopathe à hauts revenus ne tire de ce régime que quelques centaines d'euros de droits par an.
Le plafonnement de la retraite de base CNAVPL
Cotisation de base = 8,73 % du revenu (jusqu a 1 PASS)
+ 1,87 % (de 1 a 5 PASS)
Acquisition de points : plafonnee
(au mieux de l ordre de ~525 points / an)
Valeur de service du point de base (2026) = 0,6599 EUR
Droits de base acquis (au plafond)
~ 525 x 0,6599 = de l ordre de 350 EUR / an au plusDeux ostéopathes, l'un à 40 000 € et l'autre à 120 000 € de bénéfice, finissent par acquérir des droits de base très proches : la base est construite pour plafonner. Prise isolément, elle ne sert qu'un montant minuscule. C'est la complémentaire (section 5) qui doit porter l'essentiel de la pension.
Pour l'ostéopathe, le piège n'est même pas le plafond des hauts revenus — qu'il atteint rarement — mais la faiblesse intrinsèque de la base : avec un revenu modéré, on accumule peu de points, et le socle de base reste donc minuscule. C'est la complémentairequi fait le gros du travail ; et c'est justement elle qui souffre d'un rendement faible.
Ne confondez pas valider un trimestre et acquérir des points
Étage 2 : la complémentaire, et son rendement d'environ 6,1 %
La complémentaire (article L. 644-1 du CSS) porte l'essentiel de votre future pension — et c'est aussi là que le bât blesse. Premier point à retenir : les anciennes classes forfaitaires A à H ont été supprimées. Depuis la réforme de 2021-2023, vous ne « choisissez » plus une classe ; la cotisation est devenue proportionnelle par tranches. En 2026, elle s'établit de l'ordre de 11 % jusqu'à 1 PASS et 21 % au-delà(paramètres à confirmer sur lacipav.fr ; ces taux remplacent les ~9 % / 22 % antérieurs).
Le rendement, cœur de la faiblesse
Le rendement du point complémentaire CIPAV
Cout d achat du point (2026) = 47,40 EUR Valeur de service du point (2026) = 2,89 EUR Rendement = 2,89 / 47,40 = environ 6,1 % Duree pour recuperer sa cotisation = 47,40 / 2,89 = environ 16 ans de retraite
Un rendement de service de 6,1 % signifie qu'un euro cotisé met une quinzaine d'années à être récupéré, sans tenir compte d'une éventuelle décote ni de la fiscalité. À comparer avec ce qu'une épargne capitalisée à votre nom peut produire sur la même durée.
La complémentaire reste plafonnée (au-delà d'un revenu élevé, vous cessez d'y acquérir des points), un plafond qu'un ostéopathe atteint rarement ; et la valeur de service de son point est revalorisée chaque année par le conseil d'administration, sans garantie qu'elle suive l'inflation. C'est le propre d'un régime par répartition : vous payez aujourd'hui pour les pensions d'aujourd'hui, et vos droits futurs dépendent de décisions futures. À ce rendement, la conclusion patrimoniale est simple : la seule jambe de retraite que vous maîtrisez vraiment, c'est celle que vous capitalisez à votre nom (section 11).
Le trou du non-conventionné : aucun ASV
C'est le nœud du guide : la raison pour laquelle l'ostéopathe s'en sort moins bien que ses cousins paramédicaux. L'ASV — avantage social vieillesse, qu'on appelle aussi PCV, prestation complémentaire de vieillesse (article L. 645-1 du CSS) — est un troisième étage de retraite cofinancé à hauteur d'environ deux tiers par l'Assurance maladie. Médecins, kinésithérapeutes, infirmières, orthophonistes ou sages-femmes en bénéficient parce qu'ils sont conventionnés (leurs actes sont remboursés).
Là où le conventionné touche un étage cofinancé, l'ostéopathe a zéro
Concrètement, parce qu'il lui manque cet étage, l'ostéopathe a un besoin d'épargne privée supérieur à celui de l'orthophoniste ou du kiné à revenu équivalent. Ce qui, pour les conventionnés, est en partie pris en charge par le système, l'ostéopathe doit le constituer lui-même — c'est tout l'objet de la section 11, et du guide PER ostéopathe pour sécuriser une retraite CIPAV insuffisante.
Âge, taux plein, décote : le calendrier qui décide de votre pension
Le montant de votre pension ne dépend pas que du nombre de points : il dépend aussi de l'âge auquel vous liquidez. Et c'est là que les carrières d'ostéopathe se font parfois piéger, parce qu'elles débutent souvent tard (formation longue) ou après un passage par le salariat : il faut compter ses trimestres tous régimes confondus.
Partir avant 67 ans sans la durée requise = décote définitive
Le coût d'un départ avec des trimestres manquants
Trimestres manquants pour le taux plein : 8 Coefficient de decote : 1,25 % par trimestre Decote = 8 x 1,25 % = -10 % a vie Sur une pension de 1 100 EUR / mois : 1 100 x 10 % = -110 EUR / mois, definitif + les annees de cotisation non effectuees
Un ostéopathe de Chambéry est venu me voir à 63 ans, certain d'avoir tous ses trimestres : ses deux ans de kiné salarié en début de carrière n'avaient jamais été reportés au régime général. Recalez vos relevés tous régimes plusieurs années avant le départ.
La spécificité ostéopathe : une installation souvent tardive
Pourquoi votre pension décroche : les quatre causes
« Pourquoi ma pension d'ostéopathe serait-elle si faible ? » Ce n'est pas votre façon de travailler qui est en cause : c'est la structure même du régime. Quatre mécanismes s'additionnent, et aucun ne dépend de vous.
| # | Cause | Effet sur la pension |
|---|---|---|
| 1 | Base CNAVPL plafonnée (point 0,6599 €) | Quelques centaines d'euros de droits par an au plus — un socle minuscule |
| 2 | Complémentaire au rendement ~6,1 % | Chaque euro cotisé rapporte peu ; ~16 ans pour le récupérer |
| 3 | Aucun ASV (non conventionné) | Pas de troisième étage cofinancé, contrairement à la CARPIMKO |
| 4 | Revenus souvent variables / modérés | Assiette de cotisation faible certaines années → moins de points |
Le résultat : un taux de remplacement faible
Pourquoi l'ostéopathe s'en sort moins bien qu'un orthophoniste à profil égal
Soyons justes : la CIPAV pose un socle, elle ne laisse personne sans rien. Le problème n'est pas que ce socle soit nul, c'est qu'il est trop modeste pour tenir votre niveau de vie : l'épargne privée doit prendre le relais. La section suivante traduit tout cela en euros par mois.
Cas chiffrés : Marc, Léa et Thomas
Assez de théorie : traduisons les quatre causes en euros par mois, sur trois profils réels d'ostéopathesque je croise en rendez-vous. Marc liquide dans trois ans, Léa vient d'ouvrir son cabinet, Thomas a derrière lui dix ans de salariat. Marc doit combler vite, Léa a le temps pour elle, Thomas doit d'abord recoller ses trimestres. Le point commun : le socle obligatoire ne suffit dans aucun des trois cas. Chiffres au conditionnel, comme toujours dès qu'on parle de pension.
Comment ces personas ont été construits
Cas 1 — Marc, ostéopathe, 62 ans, 50 000 € de BNC
- Cotisations 2026 (illustratif) : base ≈ 8,73 % × 48 060 + 1,87 % × 1 940 ≈ 4 196 € + 36 € ≈ 4 232 € ; complémentaire ≈ 11 % × 48 060 + 21 % × 1 940 ≈ 5 287 € + 407 € ≈ 5 694 € ; invalidité-décès ≈ 0,5 % × 50 000 ≈ 250 €. Soit autour de 10 200 €/an, toutes déductibles du BNC.
- Points complémentaires cette année : ≈ 5 694 / 47,40 ≈ 120 points × 2,89 € ≈ 347 € de droits complémentaires acquis sur l'année. Rapporté à la cotisation, le rendement faible saute aux yeux.
- Pension obligatoire estimée (base + complémentaire, carrière pleine à ce niveau) : souvent de l'ordre de 1 200 à 1 700 €/mois au mieux (à affiner sur le RIS et lacipav.fr ; la pension réellement liquidée aujourd'hui est généralement plus faible).
- Taux de remplacement : rapporté à un revenu d'activité d'environ 3 000 €/mois net, la pension ne pèse plus que 35 à 50 % du dernier revenu : c'est tout le problème, et il n'y a aucun ASV pour le corriger.
- Le trou à combler : il tourne autour de 1 300 à 1 800 €/mois. À sa TMI (souvent 11-30 %), on arbitre assurance-vie et PER selon le taux.
Cas 2 — Léa, ostéopathe, 52 ans, 35 000 € de BNC (cabinet récent)
- Complémentaire 2026 : ≈ 11 % × 35 000 ≈ 3 850 €/an. À un rendement de ~6,1 %, chaque euro cotisé rapporte peu.
- Effet de l'assiette modérée : moins de points cumulés — pension projetée de l'ordre de 900 à 1 100 €/mois pour une carrière pleine à ce niveau.
- Atout temps : à 52 ans, elle a encore 12 ans et plus pour capitaliser — le facteur le plus puissant de tout le plan.
- Leçon : pour elle, on sécurise d'abord la prévoyance (métier physique, revenu encore fragile), puis on alimente une assurance-vie à son rythme — pas un PER lourd qu'un imprévu obligerait à casser. À TMI basse, l'assurance-vie prime.
Cas 3 — Thomas, 60 ans, carrière mixte (10 ans salarié + 25 ans libéral), 48 000 € de BNC
- Trimestres dispersés : 10 ans au régime général + 25 ans à la CIPAV. Le risque : ne pas réunir les 172 trimestres à 64 ans.
- Décote possible : s'il lui manque 8 trimestres, c'est -10 % définitif sur base et complémentaire — ou un départ repoussé à 67 ans pour l'annuler.
- Arbitrage : reconstituer la carrière (relevé tous régimes), comparer le rachat de trimestres 1985-2018 (avant le 31/12/2026) à la simple capitalisation, et anticiper la cession de la patientèle (recettes < 90 000 € → exonération d'IR au titre du 151 septies, fréquente).
- Leçon : sa priorité n'est pas un produit, c'est un diagnostic de carrière — qu'on fait toujours en amont du plan d'épargne.
| Persona | BNC | Cotisation complémentaire/an | Pension estimée/mois | Perte estimée/mois |
|---|---|---|---|---|
| Marc (62 ans, fin de carrière) | 50 000 € | ≈ 5 694 € | ≈ 1 200 à 1 700 € | ≈ 1 300 à 1 800 € |
| Léa (52 ans, cabinet récent) | 35 000 € | ≈ 3 850 € | ≈ 900 à 1 100 € | ≈ 1 000 à 1 300 € |
| Thomas (60 ans, carrière mixte) | 48 000 € | ≈ 5 280 € | ≈ 1 100 € (− décote possible) | ≈ 1 400 à 1 900 € |
Vient alors la vraie question de fin de rendez-vous : combien Marc doit-il épargner chaque mois pour combler ce trou ? Le calcul de l'effort d'épargne et du capital cible est détaillé dans le guide PER ostéopathe : sécuriser une retraite CIPAV insuffisante, et le choix des supports dans le guide où placer ses excédents quand on est ostéopathe libéral.
Le levier oublié : racheter ses trimestres 1985-2018
Voici un dispositif que la plupart des ostéopathes ignorent, et dont la fenêtre se ferme bientôt. La CIPAV permet, pour les professionnels libéraux anciennement « non classés », de racheter à un coût préférentiel les trimestres exercés entre 1985 et 2018(décret n° 2024-766 du 8 juillet 2024, circulaire CNAV de janvier 2025). C'est une régularisation historique : certaines périodes anciennes n'avaient pas ouvert de droits complets, et ce dispositif permet de les récupérer.
Fenêtre qui ferme le 31 décembre 2026
Attention quand même : un rachat n'est pas toujours gagnant. Pour Thomas, racheter ses 8 trimestres peut coûter plus cher que de placer la même somme à son nom — tout dépend du gain de pension obtenu (annulation d'une décote, taux plein atteint plus tôt) rapporté au coût, et du nombre d'années où il touchera la pension ; et toute comparaison « rachat contre capitalisation » repose sur des hypothèses de rendement qui ne préjugent en rien des performances futures. C'est un arbitrage chiffré à poser dans un bilan retraite — exactement le genre de calcul qu'on fait en rendez-vous avant de signer quoi que ce soit, et qui s'inscrit dans la logique plus large de la préparation de la retraite d'un libéral au-delà du régime obligatoire.
Votre vrai capital retraite n'est pas à la CIPAV
Jusqu'ici, tout paraît bloqué : cotisations imposées, rendement faible, pas d'ASV. La bonne nouvelle arrive maintenant : la part de retraite que vous maîtrisez vraiment se construit en dehors de la CIPAV, et vous en gardez la main. Quatre familles de leviers, à empiler selon votre situation et — c'est essentiel ici — selon votre tranche d'imposition.
Ce que fait la CIPAV
Points de vigilance
- Régime obligatoire, par répartition
- Base plafonnée, complémentaire au rendement ~6,1 %
- Aucun ASV : un étage de moins que les conventionnés
- Ne suit pas vos revenus : taux de remplacement 30-50 %
- Invalidité-décès limité pour un métier physique
Ce que vous construisez à votre nom
Points forts
- Assurance-vie : disponibilité et transmission (990 I)
- PER / Madelin : déduction 154 bis, utile dès la TMI à 30 %
- Immobilier et SCPI : un revenu régulier à la retraite
- Cession de la patientèle : un capital de fin de carrière
- Des leviers que vous pilotez et calibrez sur votre trou réel
Le PER : décisif à TMI 30 %, décevant à 11 %
Le PER / Madelin (article 154 bis du CGI) déduit vos versements à l'entrée, dans une enveloppe de 10 % du bénéfice + 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS (plancher 4 806 €, maximum 88 911 € en 2026). Pour un ostéopathe imposé à 30 ou 41 %, c'est un levier décisif : la déduction à l'entrée vaut cher, et il comble efficacement une CIPAV faible. Mais soyons honnêtes : à une TMI de 11 %, le PER déçoit. L'avantage à l'entrée ne vaut que 11 % d'économie d'impôt, et il est en partie repris à la sortie (capital réimposé, gains soumis aux prélèvements sociaux de 18,6 %). Pour un ostéopathe à 11 %, l'assurance-vie et le PEA sont souvent préférables. À noter : le PER ne valide ni point ni trimestre à la CIPAV. Le détail : PER ostéopathe, sécuriser une retraite CIPAV insuffisante et le guide complet du Plan d'épargne retraite (cadre commun : la retraite du libéral au-delà du régime obligatoire).
La prévoyance d'abord : un métier physique sans filet conventionnel
Avant même la retraite, une priorité propre à l'ostéopathe : la prévoyance. C'est un métier physique — dos, mains, postures —, exposé à l'usure et aux accidents qui peuvent stopper net l'activité. Or l'invalidité-décès de la CIPAV (L. 644-2) est limité, et l'ostéopathe n'a aucun filet conventionnel. Un arrêt prolongé non couvert, c'est un revenu qui s'effondre et une épargne qu'on est forcé de casser. La prévoyance Madelin (article 154 bis) doit donc être dimensionnée sur le vrai risque du métier. Voir la prévoyance du libéral pour sécuriser un métier physique.
Assurance-vie, immobilier et SCPI : le revenu régulier de demain
Pour un ostéopathe à TMI 11-30 %, l'assurance-vie est souvent le pilier : souplesse totale, fiscalité douce après 8 ans, et un atout transmission — abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans (article 990 I), avec des prélèvements sociaux maintenus à 17,2 %. La clause bénéficiaire étant libre, elle protège aussi un partenaire de PACS, exclu de la réversion obligatoire. S'y ajoute l'immobilier — en direct, en LMNP ou via des SCPI — pour un revenu complémentaire récurrent qui prend le relais du revenu d'activité. Voyez le guide assurance-vie pour la retraite et la transmission, nos pistes d' immobilier de l'ostéopathe (LMNP et déficit foncier) et les SCPI comme complément de revenu à la retraite.
La cession de la patientèle : un capital de fin de carrière
L'ostéopathe a un actif que le salarié n'a pas : la valeur de cession de sa patientèle. Et la fiscalité de cette cession lui est plutôt favorable. L'activité étant une prestation de services en BNC, elle relève de l'article 151 septies : l'exonération de la plus-value est totale si les recettes sont inférieures ou égales à 90 000 € (dégressive jusqu'à 126 000 €), pour une activité exercée depuis au moins 5 ans. Pour l'ostéopathe médian, souvent sous ce seuil, la cession est fréquemment exonérée d'impôt sur le revenu. S'y ajoutent l'article 238 quindecies (valeur de cession ≤ 500 000 €) et l'article 151 septies A (départ en retraite : IR exonéré, mais prélèvements sociaux dus).
Cession de patientèle = PS 18,6 %, jamais 17,2 %
Note de méthode : ce que vaut une projection de capitalisation
Préparer votre retraite d'ostéopathe avec Quentin Hagnéré
En une séance, on chiffre l'écart entre votre dernier revenu et votre pension CIPAV, et on choisit le premier versement à faire ce mois-ci — avec votre expert-comptable dans la boucle.
Si vous voulez le tableau complet, deux lectures pour aller plus loin : la stratégie patrimoniale globale de l'ostéopathe, du cabinet à la retraite et nos pistes pour réduire ses impôts en BNC d'ostéopathetout en préparant l'avenir.

