Pourquoi une feuille de route plutôt qu'un catalogue de leviers ?
Comparez deux ostéopathes. Le premier, à 28 ans et une tranche d'imposition de 11 %, bloque 5 000 € sur un PER parce qu'on lui a dit que « le PER, ça défiscalise » : il récupère environ 550 € d'impôt, repris pour partie à la sortie, et son argent est gelé jusqu'à la retraite. Le second, à 63 ans, cède sa patientèle 30 000 € sans un euro d'impôt ni de prélèvement social. Même métier, même diplôme — résultats opposés. La différence ne tient pas à la chance ni au montant épargné : elle tient au calendrier. Le bon outil, au bon âge. C'est tout l'objet de ce guide.
Car l'ostéopathe libéral part avec un handicap que peu de professions cumulent : une retraite CIPAV parmi les plus faibles des libéraux, sans le régime ASV des conventionnés ; aucun filet de l'Assurance maladie (ni indemnités journalières au-delà du socle, ni aide ARS à l'installation) ; et des revenus variables sur un marché saturé. Résultat : son épargne privée, son immobilier, son PER, ce n'est pas du confort en plus. C'est la seule retraite qu'il se versera jamais. Reste à les déployer dans le bon ordre, phase par phase. C'est ce que fait ce calendrier en quatre âges, chiffré sur trois ostéopathes réels de profil.
En 30 secondes : les 3 règles d'or de l'ostéopathe
- La sécurité avant tout — prévoyance Madelin (métier physique) et épargne de précaution renforcée, car vous n'avez aucun filet conventionnel.
- L'épargne longue et l'immobilier au cœur du patrimoine (pas la niche fiscale), car la CIPAV ne suivra pas votre niveau de vie.
- Le PER se charge surtout à TMI 30-41 %, en maturité, pour compenser une retraite obligatoire faible — pas à 11 %.
Le catalogue dit « quoi », la feuille de route dit « quand »
Il existe un guide frère qui liste tous les leviers de réduction d'impôt de l'ostéopathe — c'est la défiscalisation de l'ostéopathe et ses leviers en BNC. Ici, on ne refait pas ce catalogue : on traite le quand et le dans quel ordre. Un ostéopathe libéral, c'est un profil en BNC à revenus variables, avec une TMI qui oscille selon les années entre 11 et 41 %, exerçant le plus souvent en entreprise individuelle ou en SCM (société civile de moyens, transparente), rarement en société d'exercice libéral. Sur un profil pareil, empiler des niches au hasard ne donne rien. Ce qu'il faut, c'est un ordre de passage.
Ostéopathe = CIPAV, jamais CARPIMKO ni CARCDSF
L'ostéopathe cotise à la CIPAV (article L. 640-1 du Code de la sécurité sociale) — pas à la CARPIMKO des kinés et infirmiers, ni à la CARCDSF des dentistes et sages-femmes, ni à la CARMF des médecins. Différence décisive : l'ostéopathe n'a pas de régime ASV(réservé aux professions conventionnées), soit un étage de retraite en moins qu'un kiné. Toute projection de retraite qui cite une autre caisse pour un ostéopathe est à reprendre.
Le triple handicap : pourquoi l'épargne privée n'est pas optionnelle
Chez la plupart des libéraux, l'épargne longue est un « plus » : on la fait quand le reste est en place. Chez l'ostéopathe, c'est une nécessité. Pourquoi cette différence ? Parce qu'il cumule trois handicaps structurels que peu de professions réunissent en même temps.
| Handicap | En quoi ça consiste | Conséquence patrimoniale |
|---|---|---|
| Retraite CIPAV faible | Base par points plafonnée, complémentaire à faible rendement, et AUCUN régime ASV (non conventionné) — un étage de moins qu'un kiné | Il faut un second pilier d'épargne dès la maturité |
| Aucun filet conventionnel | Pas d'indemnités journalières de l'Assurance maladie au-delà du socle, pas d'aide ARS à l'installation | Prévoyance Madelin + précaution renforcée obligatoires |
| Revenus variables | Marché saturé (multiplication des écoles), forte densité de praticiens, honoraires libres non remboursés | Épargne souple, versements libres, trésorerie de sécurité |
Conclusion sans détour : chez l'ostéopathe, l'assurance-vie, le PEA, l'immobilier et le PER ne sont pas un « plus » qu'on ajoute par confort fiscal. Ils sont la compensation d'un système obligatoire structurellement insuffisant. Un salarié s'adosse à sa retraite et à sa Sécu. L'ostéopathe, lui, fabrique son filet tout seul — ou il n'en a pas.
Le fil rouge de tout ce guide
Retenez cette phrase, elle traverse les douze sections : l'épargne privée de l'ostéopathe n'est pas un confort, c'est son seul filet de sécurité. Pour comprendre en détail pourquoi la pension décroche, voyez notre guide retraite CIPAV de l'ostéopathe, et la vision d'ensemble dans la retraite des professions libérales.
Mesurer votre filet de sécurité réel
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Le tableau phase → priorités : la feuille de route en un coup d'œil
Avant d'entrer dans le détail de chaque âge, voici la carte complète. Chaque ligne est une phase de carrière ; chaque colonne, ce qui compte vraiment à ce moment-là. Les sections suivantes développent chacune une ligne.
| Phase / âge | Mot d'ordre | À faire en priorité | Levier dominant |
|---|---|---|---|
| 25-32 · Début | Sécuriser le flux et se protéger | Précaution renforcée, prévoyance Madelin, résidence principale | Micro-BNC + prévoyance |
| 32-45 · Installation | Structurer et investir | Arbitrer micro/réel, immobilier LMNP ou déficit foncier, AV/PEA | Réel + immobilier |
| 45-58 · Maturité | Maximiser l'épargne longue | PER au maximum (TMI 30-41), immobilier de rendement, SCPI | PER + immobilier de rendement |
| 58-67+ · Fin de carrière | Céder et vivre du capital | Céder (151 septies / 238 quindecies / 151 septies A), liquider la CIPAV | Exonération de PV pro + capital |
Le fil conducteur : protéger → investir → maximiser → récolter
L'ordre ne change pas : on se protège (prévoyance, précaution), on investit (immobilier, épargne), on pousse le PER quand la tranche grimpe, et on récolte à la cession (exonération + capital). La spécificité de l'ostéopathe : faute de filet conventionnel et de leviers société, l'immobilier et la prévoyance pèsent plus lourd dans son patrimoine que chez un libéral classique.
25-32 ans — Le début : sécuriser le flux et se protéger
Avant tout problème de patrimoine, le jeune ostéo a un problème de chiffre d'affaires : remplir son agenda sur un marché saturé. Tant que ce flux n'est pas stabilisé, le patrimoine est défensif : on protège, on met de côté, on ne prend pas de risque.
La précaution renforcée : 6 à 12 mois, pas 3
Un salarié vise 3 à 6 mois de charges en épargne de précaution. L'ostéopathe, lui, doit viser 6 à 12 mois — c'est une position éditoriale assumée, pas une règle légale. Pourquoi le double ? Parce qu'il n'a aucun remboursement, aucun filet : un creux d'activité ou un arrêt, et le revenu tombe sans relais. On loge ce matelas sur des supports liquides : livret, compte à terme, fonds euros. Pour le détail des supports, voyez nos placements de l'ostéopathe.
La prévoyance Madelin : la toute première dépense « patrimoniale »
Avant toute épargne longue, la prévoyance Madelin (article 154 bis du CGI). L'ostéopathie est un métier physique — dos, mains, poignets, station debout prolongée — et la couverture invalidité-décès de la CIPAV est faible. Surtout, aucune indemnité journalière de l'Assurance maladie ne prendra le relais d'un arrêt long. Les cotisations sont déductibles du bénéfice dans un plafond de l'ordre de 11 534 € en 2026 (7 % du PASS + 3,75 % du bénéfice, plafonné à 3 % de 8 PASS). On vérifie la définition de l'invalidité — idéalement professionnelle, adaptée au geste — et le délai de carence. À approfondir avec notre guide prévoyance Madelin du professionnel libéral.
Pas de filet : la prévoyance n'est pas une option
Sans indemnités journalières de l'Assurance maladie au-delà du socle, un arrêt prolongé = un revenu à zéro. C'est pourquoi, chez l'ostéopathe, la première « dépense patrimoniale » n'est pas un placement, c'est la prévoyance. On sécurise le revenu avant de chercher à l'optimiser.
Le régime fiscal et la résidence principale
Au démarrage, le micro-BNC suffit le plus souvent : abattement forfaitaire de 34 %, seuil de recettes porté à 83 600 € en 2026. L'ACRE peut alléger les cotisations en début d'activité (conditions 2026 à confirmer) — à ne pas confondre avec les aides conventionnelles à l'installation, qui n'existent pas pour l'ostéopathe non conventionné. La résidence principale reste l'objectif de fond. Le détail du choix de régime dans notre guide statut de l'ostéopathe : micro-BNC ou réel.
Le PER, lui, attend
À TMI 11 %, le PER rapporte peu : déduire un versement n'économise que 11 % d'impôt, et cet avantage est en grande partie repris à la sortie (les gains supportent 18,6 % de prélèvements sociaux), le tout en bloquant l'argent jusqu'à la retraite. On lui préfère l'assurance-vie et le PEA, souples et disponibles. Au micro-BNC, notez que le PER se déduit du revenu global via l'article 163 quatervicies (et non du bénéfice). On y revient au §9.
Aller plus loin : l'ACRE n'est pas une aide à l'installation
Ne confondez pas deux dispositifs souvent mélangés. L'ACRE est une exonération partielle et dégressive de cotisations sociales en début d'activité, ouverte à tous les créateurs d'entreprise (conditions et durée 2026 à confirmer auprès de l'Urssaf) : elle allège vos charges, pas votre impôt. Les aides conventionnelles à l'installation versées par l'Assurance maladie ou l'ARS en zone sous-dotée, elles, n'existent que pour les professions conventionnées (kiné, infirmier, orthophoniste) : l'ostéopathe, non conventionné, n'y a jamais droit. La seule aide fiscale à l'installation qu'il peut viser est le zonage France Ruralités Revitalisation.
32-45 ans — L'installation confirmée : structurer et investir
Le cabinet tourne, la patientèle est constituée, les revenus se stabilisent et montent. C'est la phase où l'on passe de la défense à la construction : on optimise le régime fiscal, et surtout on commence à investir.
Arbitrer micro et réel : le réel devient souvent gagnant
La bascule micro → réel n'a rien de subjectif : on passe à la déclaration contrôlée n° 2035 dès que les frais réels dépassent 34 % des recettes. Or, à l'installation, l'ostéopathe franchit vite ce seuil : loyer du cabinet, table d'ostéopathie, matériel acheté toutes taxes comprises (pas de récupération de TVA), aménagement, véhicule, emprunt. Et surtout, s'il a racheté une patientèle, celle-ci est amortissable lorsqu'elle a été acquise entre 2022 et 2025 (dispositif temporaire de l'article 39, clos pour les acquisitions postérieures au 31/12/2025) : un amortissement déductible qui pèse lourd dans la bascule. C'est l'inverse de l'orthophoniste, qui reste au micro. On creuse le calcul dans nos guides statut de l'ostéopathe et installation et rachat de cabinet.
L'immobilier : le levier patrimonial central
Faute de levier société à ce niveau de revenus, l'immobilier devient le cœur du patrimoinede l'ostéopathe. Deux montages, deux logiques opposées — et surtout deux taux de prélèvements sociaux qu'on confond tout le temps.
LMNP meublé (régime BIC)
Points forts
- Amortissement du bien et du mobilier : loyers quasi non fiscalisés pendant des années
- Logique de rente : un revenu complémentaire régulier
- Idéal pour préparer la retraite que la CIPAV ne couvrira pas
Points de vigilance
- Loyers meublés soumis à 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026
- Réintégration des amortissements à la revente (réforme « Le Meur »)
Déficit foncier (location nue)
Points forts
- Travaux imputables jusqu'à 10 700 €/an sur le revenu global (21 400 € en rénovation énergétique)
- Réduction d'impôt immédiate, puissante à TMI 30 ou 41 %
- Revenus fonciers et plus-value à 17,2 % de PS seulement
Points de vigilance
- Pas d'amortissement : les loyers nus restent imposables ensuite
- Engagement de location nue à respecter
Le LMNP est une logique de rente ; le déficit foncier, une logique de réduction d'impôt immédiate. Le choix dépend de votre TMI et de votre horizon. On déroule le calcul dans notre guide ostéopathe et immobilier : LMNP et déficit foncier, complété par l'immobilier du professionnel libéral, les SCPI et le crédit in fine pour le LMNP.
AV, PEA et PER selon la TMI
En parallèle, on remplit l'assurance-vie (PS 17,2 %, abattement de transmission de 152 500 € par bénéficiaire au titre de l'article 990 I) et le PEA (exonération d'IR après 5 ans, PS 18,6 %, plafond 150 000 €). Le PER n'entre en jeu que si la TMI le justifie déjà (plafond 154 bis : 10 % du bénéfice dans la limite de 8 PASS + 15 % de la fraction entre 1 et 8 PASS, soit au maximum ≈ 88 911 € en 2026). Les versements doivent rester libres, pour s'adapter à des revenus variables. Tout le détail : nos guides placements de l'ostéopathe et PER ostéopathe.
45-58 ans — La maturité : maximiser l'épargne longue
C'est le sommet : revenus au plus haut, TMI au plus haut, donc capacité d'épargne au plus haut — la décennie où se construit pour de bon le capital privé qui compensera la CIPAV.
Maximiser le PER — mais pas seul
À TMI 30 ou 41 %, le PER devient un levier de premier plan : l'économie d'impôt à l'entrée (30 à 41 %) dépasse largement la fiscalité de sortie, souvent à une tranche plus basse. C'est précisément ce que réclame une retraite CIPAV faible. Mais soyons honnêtes : le seul plafond PER ne suffit pas pour viser un complément confortable. Il faut combiner PER + assurance-vie/PEA + immobilier. À titre indicatif, viser un complément régulier suppose souvent un capital de l'ordre de 300 000 à 400 000 € (selon un taux de conversion en rente de 3,5 à 4,5 %, hypothèses à afficher et au conditionnel). Le détail dans notre guide PER ostéopathe.
Note de méthode : comment lire les projections de ce guide
Les ordres de grandeur de capital, de rente ou de rendement cités ici (300 000 à 400 000 €, 3,5 à 4,5 %, etc.) sont des hypothèses de travail, pas des promesses. Un rendement passé ne préjuge jamais d'un rendement futur, et tout investissement comporte un risque de perte en capital. L'objectif n'est pas de prédire un chiffre exact mais de fixer un cap d'effort d'épargne: combien mettre de côté, à partir de quel âge, pour ne pas dépendre d'une seule pension CIPAV. Le chiffrage précis se cale en bilan, sur votre bénéfice réel, votre horizon et votre tolérance au risque.
L'immobilier de rendement : le troisième étage
On consolide le patrimoine immobilier : LMNP de rente, SCPI (revenus fonciers, PS 17,2 %), éventuellement financées à crédit. C'est ce troisième étage qui, à la retraite, génère un revenu complémentaire à vie pour compenser la pension obligatoire. Vue d'ensemble dans l'immobilier du professionnel libéral.
Anticiper la transmission du cabinet
La patientèle est un actif : un droit de présentation dont la cession est licite (Cour de cassation, 1re chambre civile, 7 novembre 2000, n° 98-17.731), sous réserve de préserver la liberté de choix du patient. C'est dès cette phase qu'on prépare la valorisation, la clause de présentation et de non-concurrence, et le calendrier de sortie. Le détail dans nos guides céder son cabinet et la plus-value professionnelle et installation et rachat de cabinet.
La CIPAV ne fera pas le travail à votre place
C'est la décennie où votre capital privé se construit pour de bon. Chaque euro d'épargne longue placé maintenant est un euro de pension que la CIPAV ne vous versera jamais — et que vous vous versez vous-même.
58-67 ans — La fin de carrière : céder et vivre du capital
Trente ans de cabinet se referment ici. On cède la patientèle — le plus souvent sans impôt —, on liquide la CIPAV, et on bascule sur le capital qu'on s'est construit faute de pension suffisante.
Céder la patientèle : trois exonérations possibles
La plus-value de cession de la patientèle est une plus-value professionnelle. Trois dispositifs peuvent l'effacer, et l'ostéopathe à recettes modérées est souvent éligible au premier :
- Article 151 septies — exonération totale si les recettes sont ≤ 90 000 € (dégressive jusqu'à 126 000 €), activité exercée depuis ≥ 5 ans. Elle efface l'IR et les prélèvements sociaux. Fréquent chez l'ostéopathe.
- Article 238 quindecies — exonération totale si la valeur de cession est ≤ 500 000 € (dégressive jusqu'à 1 000 000 €).
- Article 151 septies A (départ en retraite) — IR exonéré, mais prélèvements sociaux de 18,6 % DUS ; cessation et liquidation des droits dans les 24 mois.
Plus-value professionnelle de cession (hors exonération)
PV pro long terme = 12,8 % d'IR + 18,6 % de PS = 31,4 % (le 151 septies A exonere l'IR mais PAS les 18,6 % de PS)
- IR sur PV long terme :12,8 % (PFU, art. 200 A CGI)
- Prélèvements sociaux 2026 :18,6 % (plus-value professionnelle)
- Total hors exonération :31,4 %
Attention : une cession de patientèle est une plus-value PROFESSIONNELLE → 18,6 % de PS, jamais 17,2 %. Le 151 septies A (départ retraite) n'est pas une exonération totale : il laisse les 18,6 % dus.
Les droits d'enregistrement (article 719 : 0 % jusqu'à 23 000 €, 3 % de 23 000 à 200 000 €, 5 % au-delà) sont à la charge de l'acquéreur, pas du cédant — et peuvent être réduits ou exonérés, sous conditions, en zone France Ruralités Revitalisation. Le détail dans nos guides installation et rachat de cabinet et ostéopathe en zone FRR.
Le piège : les amortissements réintégrés
Les amortissements déduits sur une patientèle rachetée ou un bien LMNP sont réintégrés dans la plus-value à la revente. Pour le LMNP des particuliers, c'est la logique de la réforme « Le Meur » (article 150 VB III, cessions à compter du 15/02/2025) : l'avantage de l'amortissement est en partie repris au moment de la vente. Ça se chiffre en amont, avec votre comptable, au moment de fixer le prix de cession — pas en découvrant la facture chez le notaire.
Liquider la CIPAV et vivre du capital
La liquidation intervient à 64 ans (âge légal) ou 67 ans (taux plein automatique), pour 172 trimestres. Le taux de remplacement reste bas — une estimation prudente, jamais un chiffre officiel. C'est ici que tout le capital constitué prend le relais : assurance-vie, PER, PEA et immobilier de rendement doivent compenser une pension obligatoire insuffisante. La sortie du PER se fait en capital (part versements au barème de l'IR, part gains au PFU 12,8 % + PS 18,6 %) ou en rente. C'est exactement le scénario que les trois phases précédentes préparaient. On déroule la mécanique dans nos guides retraite CIPAV de l'ostéopathe et PER ostéopathe.
Trois cas chiffrés : Hugo (28), Marc (45), Sylvie (62)
Trois ostéopathes, trois âges, trois priorités opposées. Les montants sont des illustrations 2026, à recalculer pour votre situation.
Cas n°1 — Hugo, 28 ans, qui démarre · BNC 35 000 € · TMI 11 %
Régime : micro-BNC (frais < 34 % la première année). Base imposable = 35 000 × 66 % = 23 100 €.
Priorités : une prévoyance Madelin (arrêt, invalidité, décès — métier physique) et une épargne de précautiond'environ 6 mois (~9 000 €) sur livret ou AV.
PER écarté : à TMI 11 %, déduire le plancher de 4 806 € n'économise qu'environ 529 € d'impôt, repris pour partie à la sortie (PS 18,6 % sur les gains), pour un argent bloqué jusqu'à la retraite. On oriente vers AV et PEA. La leçon : sans filet conventionnel, la prévoyance est la première « dépense patrimoniale » d'Hugo.
Cas n°2 — Marc, 45 ans, installé · BNC 60 000 € · TMI 30 %
Régime : réel (cabinet, matériel, amortissements). Plafond PER 154 bis = 10 % × 60 000 + 15 % × (60 000 − 48 060) = 6 000 + 1 791 = 7 791 €/an.
Action : un versement PER de 6 000 € → économie d'IR ≈ 6 000 × 30 % = 1 800 €. En parallèle, un déficit foncier (travaux) imputable jusqu'à 10 700 €/an sur le revenu global (PS 17,2 %), ou un LMNP (loyers peu fiscalisés, PS 18,6 %).
La pile :prévoyance maintenue → PER → immobilier. Faute de levier société, c'est cet empilement qui construit le patrimoine de Marc.
Cas n°3 — Sylvie, 62 ans, fin de carrière · recettes 70 000 € · patientèle ~30 000 €
Cession : recettes < 90 000 € → article 151 septies = exonération TOTALE de la plus-value, IR etprélèvements sociaux compris. C'est le cas le plus fréquent.
Comparaison : si elle passait plutôt par le 151 septies A (départ retraite), l'IR serait exonéré mais les PS de 18,6 % resteraient dus, soit ≈ 30 000 × 18,6 % = 5 580 €— d'où l'intérêt de privilégier le 151 septies quand on y est éligible.
Côté acquéreur : droits d'enregistrement (719) = 3 % sur les 7 000 € au-delà de 23 000 € = 210 € (à la charge de l'acheteur, pas de Sylvie). La suite :pension CIPAV faible → le capital épargne et l'immobilier (AV, PER, SCPI) prennent le relais. La compensation, démontrée.
Le bon réflexe : PER à TMI haute, AV/PEA à TMI basse
C'est l'arbitrage que l'on refait à chaque versement. Le PER ne « rapporte » que votre TMI à l'entrée : à 11 %, l'avantage est faible et largement repris à la sortie, et l'argent reste bloqué jusqu'à la retraite. À 30-41 %, l'équation s'inverse et le PER devient le meilleur levier pour compenser la CIPAV.
À TMI basse, l'assurance-viegagne presque toujours : prélèvements sociaux à 17,2 % (contre 18,6 % sur les gains du PER), abattement de 4 600 / 9 200 € après 8 ans, souplesse totale (pas de blocage) et transmission optimisée (152 500 € par bénéficiaire). Le PEA complète pour les actions européennes (exonération d'IR après 5 ans).
Plafond PER de l'article 154 bis pour un bénéfice de 60 000 €
Plafond = 10 % × 60 000 + 15 % × (60 000 − 48 060)
= 6 000 + 15 % × 11 940
= 6 000 + 1 791
= 7 791 €- PASS 2026 :48 060 € (arrêté du 22/12/2025)
- 10 % du bénéfice :6 000 €
- 15 % de la fraction (1 à 8 PASS) :1 791 €
- Plafond total :7 791 €
Source : art. 154 bis CGI. Plancher minimal de 4 806 € (10 % du PASS) si le bénéfice est faible. À TMI 11 %, ce plafond n'a guère d'intérêt ; à TMI 30-41 %, il devient un levier puissant.
Le détail de cet arbitrage dans nos guides PER ostéopathe, placements de l'ostéopathe, plan d'épargne retraite et assurance-vie.
La cession, aboutissement de toute la feuille de route
Tout finit par là : revendre sa patientèle, la cession. Et la bonne nouvelle, c'est que pour la majorité des ostéopathes, la plus-value de patientèle sort le plus souvent exonérée d'impôt sur le revenu— et même de prélèvements sociaux via l'article 151 septies, quand les recettes restent sous 90 000 €.
Mais l'exonération tient à un calendrier serré, et une erreur de date la fait sauter. Cinq ans minimum d'activité pour le 151 septies. Vingt-quatre mois entre la cessation et la liquidation des droits pour le 151 septies A. Une valorisation et des clauses (présentation, non-concurrence) à préparer en amont. Et des droits d'enregistrement (719) qui pèsent sur l'acquéreur, donc sur le prix qu'il peut payer. Concrètement, on en parle dès 55-58 ans, pas l'année du départ.
Le modèle de cession et de valorisation est détaillé dans nos guides installation et rachat de cabinet d'ostéopathe et céder son cabinet et la plus-value du professionnel libéral ; le cas d'une autre profession de santé, à titre de comparaison de méthode, dans la cession de patientèle du médecin généraliste.
Préparer une cession exonérée, dans le bon calendrier
Un CGP indépendant vérifie le seul chiffre qui décide de l'exonération — vos recettes — et la fenêtre de 24 mois après l'arrêt, pour ne pas la rater d'un trimestre, et choisit avec vous le bon dispositif (151 septies, 238 quindecies ou 151 septies A).
Les garde-fous : CIPAV, TVA, statut, seuils de cession
Voici les confusions qu'on corrige le plus souvent en rendez-vous avec des ostéos — celles qui coûtent un redressement ou une exonération perdue.
| Sujet | La règle correcte | L'erreur à éviter |
|---|---|---|
| Caisse de retraite | CIPAV (art. L. 640-1 CSS) | CARPIMKO / CARCDSF / CARMF |
| Régime ASV | Aucun (non conventionné) | Croire à un étage ASV comme le kiné |
| Filet conventionnel | Aucun (pas d'IJ Assurance maladie, pas d'aide ARS) | Compter sur une aide CPAM/ARS à l'installation |
| TVA des soins | Exonérée (261, 4-1°) → achats supportés TTC | Penser pouvoir récupérer la TVA |
| Micro-BNC | Seuil 83 600 € en 2026, abattement 34 % | 77 700 € (ancien seuil) |
| PS cession patientèle | 18,6 % (plus-value professionnelle) | 17,2 % |
| 151 septies A | IR exonéré, PS 18,6 % DUS | Exonération totale |
| 151 septies (seuils) | Recettes 90 000 / 126 000 € (services) | 250 000 / 350 000 € (commerce) |
Le mythe de l'équivalence avec le kiné
Ostéopathe et kinésithérapeute sont tous deux en BNC, mais ce ne sont pas les mêmes règles. L'ostéopathe cotise à la CIPAV (pas à la CARPIMKO), n'est pas conventionné (donc pas d'ASV, pas d'indemnités journalières de l'Assurance maladie au-delà du socle, pas d'aide ARS), et c'est une profession à titreréglementé qui n'entre pas dans le champ « profession de santé » du Code de la santé publique. Recopier la stratégie d'un kiné sur un ostéopathe, c'est se tromper de caisse et surestimer son filet de sécurité.
En revanche, le psychologue libéral partage le même profil structurel que l'ostéopathe : profession à titre protégé, affiliée à la CIPAV pour sa retraite et dont les soins sont exonérés de TVA (article 261, 4-1°). Pour une feuille de route patrimoniale parallèle sur une profession voisine, voyez notre guide gestion de patrimoine du psychologue libéral.
TVA : exonéré ne veut pas dire récupérer
Les soins de l'ostéopathe sont exonérés de TVA (article 261, 4-1°). Conséquence concrète et désavantageuse : comme vous ne collectez pas de TVA, vous n'en récupérez aucune sur vos achats. Votre table, votre matériel, vos consommables vous coûtent leur prix toutes taxes comprises. Le seuil de la franchise en base (article 293 B, de l'ordre de 37 500 € pour les services — à vérifier 2026) ne concerne que d'éventuelles ventes accessoires hors soin, pas vos consultations. Le détail dans notre guide statut de l'ostéopathe.

