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Guide risques SCPI15 minMis à jour 13 juillet 2026Suspension ≠ faillite

SCPI qui suspendent les retraits : ce que ça signifie vraiment, et que faire

Karim, 58 ans, apprend que « sa » SCPI de bureaux a suspendu les retraits : impossible de récupérer son argent au prix affiché. Faillite ? Arnaque ? Ni l'un ni l'autre. Suspendre la variabilité du capital est un outil de gestion encadré par l'AMF : vous gardez vos parts, en principe vos loyers, mais la sortie bascule sur un marché où le prix n'est plus garanti. Fin 2025, 3,1 % de la capitalisation du marché était en attente de retrait (source ASPIM), un phénomène réel mais minoritaire et concentré sur les bureaux. Ce qui se passe, ce que vous risquez, et quoi faire — sans céder à la panique. Rappel : la SCPI est un placement long terme, non garanti, avec risque de perte en capital et liquidité non garantie.

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Sur lettre de mission signée

  • Arbitrage patienter / vendre

SEUIL D'ALERTE LÉGAL

10 % / 12 mois

% CAPI EN ATTENTE 31/12/25

3,1 %

% CAPI EN ATTENTE T1 2026

2,8 %

CONCENTRATION

≈ 15 SCPI / 7 SG

SUSPENSION = FAILLITE ?

Non

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

Mis à jour le 13 juillet 2026 · Conforme aux articles L. 214-93, L. 214-94, L. 214-24-3 et L. 532-10 du Code monétaire et financier, au Règlement général de l'AMF (art. 422-229 à 422-231), à la directive (UE) 2024/927 (AIFM 2, ordonnance n° 2024-662) et aux communiqués ASPIM/IEIF 2025 et T1 2026.

En 30 secondes

Suspendre la variabilité du capital, c'est quand la société de gestion cesse temporairement d'honorer les retraits au prix administré. La SCPI à capital variable fonctionne alors comme une SCPI à capital fixe : on ne sort plus par un retrait, mais par une confrontation périodique des ordres. Vous gardez vos parts et, en principe, vos loyers. Ce n'est pas une faillite, c'est réversible. Mais le prix n'est plus garanti : décote possible, aucun acheteur garanti.

Les garde-fous, avant tout le reste

La liquidité d'une SCPI n'est jamais garantie ; le capital peut être perdu ; les revenus ne sont pas garantis ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Ce guide ne nomme aucune SCPI ni aucune société de gestion : il décrit des mécanismes et des phénomènes agrégés. Les chiffres de marché sont datés et sourcés (ASPIM).

§ 1EN BREF·2 MIN

Suspendre les retraits d'une SCPI : la scène, et ce qu'elle veut dire

La scène revient sans cesse en rendez-vous. Un épargnant a vu le prix de sa part baisser plusieurs trimestres de suite, il lit ici ou là que « les SCPI bloquent les retraits », et il finit par poser la question tout haut : « C'est une arnaque ? Est-ce que je vais tout perdre ? » Puis arrive le courrier de trop : « votre » SCPI a suspendu les retraits. Impossible de récupérer son argent au prix affiché. La peur de tout perdre s'installe.

Respirez. Une suspension n'est ni une faillite, ni une arnaque : c'est un outil de gestion encadré par l'AMF, réversible, qui protège l'égalité entre associés. Vos parts restent à vous, et les loyers continuent en principe de tomber — ce qui change, c'est la façon de sortir, à un prix qui n'est plus garanti. Et le phénomène reste minoritaire : fin 2025, environ 3,1 % de la capitalisation du marché était en attente de retrait (source ASPIM), concentré sur quelques SCPI de bureaux. Cet article traite précisément la suspension : de quoi il s'agit exactement, ce qui reste entre vos mains, le bon réflexe le jour J, et comment repérer le risque à l'avance. Rappel d'emblée : la SCPI est un placement long terme, non garanti, à liquidité non garantie et à risque de perte en capital.

Ne confondons pas les niveaux. Une file d'attente « ordinaire » (les retraits sont encore honorés au prix, avec délai) est une chose ; la suspension (plus de retrait au prix, bascule sur un marché de confrontation) en est une autre, plus extrême. Pour la file d'attente elle-même, voyez comment fonctionne la file d'attente de vente d'une SCPI ; si vous vous sentez bloqué au sens large, que faire quand une SCPI est bloquée et, plus généralement, face à un problème de liquidité ; pour l'ensemble des mécanismes, le détail de la liquidité d'une SCPI. Et si les notions de base vous manquent, repartez du guide complet des SCPI et de la différence entre capital fixe et capital variable.

§ 2LE MÉCANISME·3 MIN

Ce qu'est vraiment une suspension de la variabilité du capital

Un outil statutaire, pas une décision arbitraire

La suspension de la variabilité du capital est un outil de gestion prévu par les statuts de la SCPI, actionné par la société de gestion, elle-même agréée et supervisée par l'AMF. Selon la SCPI, la décision peut relever de la seule société de gestion ou passer par une assemblée, avec une information préalable des associés : le détail procédural dépend des statuts, à vérifier au cas par cas dans la note d'information. Au fond, c'est une mesure encadrée — pas un caprice, et surtout pas un défaut de paiement.

Ce qui change concrètement

Une fois la variabilité suspendue, plus aucune part n'est émise ni annulée au prix administré. La file de retraits n'est plus le canal de sortie. La sortie bascule sur un marché secondaire par confrontation périodique des ordres (souvent mensuelle) : chaque vendeur fixe son prix plancher, la confrontation dégage un prix d'exécution qui maximise le volume échangé, sans qu'aucun acheteur ne soit garanti (art. 422-229 du Règlement général de l'AMF). C'est exactement le fonctionnement d'une SCPI à capital fixe.

Côté prix, l'effet est direct : il n'est plus tenu dans la fourchette des plus ou moins 10 % qui borne le prix en capital variable (règle de l'art. L. 214-94 CMF, qui ne joue plus une fois la variabilité suspendue). Le prix de la confrontation dépend de l'offre et de la demande — une décote peut donc être plus marquée qu'un simple retrait. Pour approfondir cette sortie, vendre ses parts sur le marché secondaire en 2026 et le cas où il n'y a plus d'acheteur en face.

Un mécanisme désormais explicitement encadré (AIFM 2)

La directive (UE) 2024/927, dite « AIFM 2 », transposée en droit français par l'ordonnance n° 2024-662 du 3 juillet 2024 et applicable depuis le 16 avril 2026 (mise en conformité des fonds existants au plus tard le 16 avril 2027), structure la boîte à outils de liquidité. Chaque SCPI à capital variable doit désormais inscrire dans ses statuts au moins deux outils de gestion de la liquidité (plafonnement des rachats, allongement du préavis, frais de rachat, swing pricing, dual pricing, prélèvements anti-dilution, remboursement en nature).

La suspension, outil reconnu de dernier recours

La suspension des souscriptions et rachats, comme le cantonnement (side pocket), restent mobilisables en tout dernier recours. Autrement dit, suspendre n'est pas une défaillance non prévue : c'est un mécanisme reconnu et encadré. Le corollaire honnête : le régulateur structure la liquidité, il ne la garantit jamais.

§ 4POURQUOI·2 MIN

Pourquoi une société de gestion suspend-elle les retraits ?

Une suspension n'est pas une punition : c'est un garde-fou qui protège les associés restants. Trois logiques se combinent, presque toujours dans cet ordre.

Tout part d'un problème purement mécanique : la file d'attente devient ingérable. Quand la décollecte s'installe — des demandes de retrait durablement supérieures aux souscriptions nouvelles — la file s'empile trimestre après trimestre, jusqu'à franchir le seuil de 10 % / 12 mois. À ce stade, honorer les retraits au prix administré devient tout simplement impossible sans céder des immeubles dans l'urgence.

Vient ensuite une question d'équité. Continuer à rembourser « premier arrivé, premier servi » tant qu'il reste de la trésorerie pénalise ceux qui restent : la SCPI se décapitalise, et ce sont ses immeubles les plus liquides qui partent d'abord, laissant aux derniers un patrimoine appauvri. Suspendre fige la situation pour traiter tout le monde au même prix de marché, via la confrontation des ordres.

Et au fond, il s'agit de ne pas brader les immeubles. Sans ce coup d'arrêt, la société de gestion serait forcée de vendre des actifs dans l'urgence pour financer les sorties, ce qui détruit de la valeur pour l'ensemble des porteurs. La suspension laisse le temps de céder au bon moment et au bon prix, dans l'intérêt de la collectivité des associés — pas des seuls partants.

Pourquoi « premier arrivé, premier servi » serait injuste : une image

Imaginez une SCPI dont la trésorerie ne permet plus de rembourser que 10 associés sur 100 qui demandent à sortir. Sans suspension, les 10 premiers récupèrent tout à la valeur de retrait ; les 90 suivants héritent d'une SCPI qui a vendu ses plus beaux immeubles, en catastrophe, pour les payer. La suspension ferme ce robinet et rouvre la sortie pour tout le monde au même prix, via la confrontation des ordres. C'est frustrant pour qui espérait sortir en premier — mais c'est le prix de l'équité entre associés. Illustration volontairement simplifiée, aucune SCPI n'est visée.

Derrière ces trois logiques, la cause profonde est presque toujours la même : un marché immobilier en repli — hausse des taux, baisse des valorisations, surtout sur les bureaux — qui tarit la collecte et gonfle les demandes de sortie. Ce contexte de baisse des prix de part, nous le traitons ailleurs pour ne pas le répéter ici : voyez pourquoi le prix d'une part de SCPI baisse et quand une SCPI doit baisser son prix.

§ 5CÔTÉ ASSOCIÉ·3 MIN

Ce que vous gardez (et ce que vous perdez) pendant la suspension

Vous gardez vos parts et, en principe, vos loyers

La suspension bloque l'émission et l'annulation de parts ; elle ne vous retire pas vos parts. Vous restez associé de la SCPI, à hauteur exacte de ce que vous déteniez. Quant aux loyers / dividendes, ils dépendent des loyers effectivement encaissés (et du vote en assemblée générale), pas de la collecte ni de la variabilité du capital : ils sont donc en général maintenus, lissés par le report à nouveau (RAN), qui lisse les distributions. Mais « en principe » ne veut pas dire « garanti » : vacance, baisse des loyers ou arbitrages peuvent réduire la distribution. Sur ce point, voyez comment se mesure le rendement d'une SCPI.

Ce que vous perdez

Ce que la suspension vous enlève, c'est la sortie rapide au prix administré : la valeur de retrait (prix de souscription diminué de la commission de souscription) n'est plus accessible. Vous ne pouvez plus sortir que via le marché secondaire par confrontation, sans garantie d'acheteur et à un prix possiblement plus décoté. Pour bien comprendre ce prix de sortie de référence, voyez la valeur de retrait, votre vrai prix de sortie.

Ce que change (et ne change pas) une suspension de la variabilité du capital pour l'associé. Placement non garanti : la liquidité, le capital et les revenus ne sont pas garantis.
ÉlémentAvant la suspension (capital variable)Pendant la suspension
Vos partsVous les détenezInchangé : vous les gardez
Vos loyers / dividendesVersés (non garantis)En principe maintenus (issus des loyers, non garantis)
SortieRetrait à la valeur de retrait si la collecte compenseMarché secondaire par confrontation d'ordres
Prix de sortieBorné par la règle des ±10 % (L. 214-94)Offre / demande, non borné → décote possible
AcheteurCompensé par la collecte nouvelleAucun acheteur garanti
Nature du placementLong terme, non garantiInchangée : société civile, réversible, ≠ faillite

Perte sur le papier ≠ perte encaissée

C'est la distinction dont dépend toute la décision qui suit. Tant que vous ne vendez pas, votre perte est latente : une ligne rouge sur un relevé, pas de l'argent effectivement perdu. Elle ne devient réalisée, donc définitive, qu'au moment précis où vous cédez vos parts en dessous de votre prix d'entrée. La suspension vous ferme la porte de sortie rapide au prix affiché, pas celle de vos loyers ni celle de vos immeubles. Toute la section suivante tient là-dedans : entre une perte que vous voyez sur un relevé et une perte que vous décidez d'encaisser, il y a votre signature. Dans tous les cas, capital et revenus restent non garantis.

§ 6PAS UNE FAILLITE·2 MIN

Suspension n'est pas faillite : ce que dit le droit

Réversible par nature

La suspension est temporaire. La société de gestion peut rétablir la variabilité du capital quand l'équilibre des flux le permet. Ce n'est ni une bascule définitive en capital fixe, ni une liquidation. C'est un dispositif d'attente, pensé pour traverser une période où le marché immobilier et la collecte sont désalignés.

Le patrimoine appartient aux associés

Les immeubles appartiennent à la SCPI, donc à ses associés, pas à la société de gestion. Ils sont conservés par un dépositaire indépendant (art. L. 214-24-3 et suivants CMF). Si la société de gestion venait à perdre son agrément (art. L. 532-10 CMF), le cadre réglementaire organise la continuité de la gestion : celle-ci peut être transférée à une autre société de gestion agréée, si bien que les actifs ne disparaissent pas. C'est une différence de nature avec la faillite d'une entreprise commerciale.

Quatre choses à ne pas confondre

  • Une baisse de prix ≠ une faillite.
  • Une file d'attente de retrait ≠ une faillite.
  • Une suspension de retrait ≠ une faillite.
  • La difficulté d'une société de gestion ≠ la disparition du patrimoine.

La faillite d'une SCPI au sens juridique strict est extrêmement rare (c'est une société civile, pas une entreprise commerciale) — nous ne citons ici aucun chiffre de faillite. Pour le panorama d'ensemble, voyez le panorama complet des risques des SCPI.

§ 7QUE FAIRE·4 MIN

Que faire concrètement quand votre SCPI suspend les retraits

La semaine où une grande SCPI de bureaux a annoncé sa suspension, j'ai eu quatre appels en trois jours, tous avec la même phrase : « je fais quoi, je vends ? ». Ma réponse ne change jamais : rien, pas aujourd'hui. Ce qui coûte cher, ce n'est presque jamais la suspension ; c'est l'ordre de vente passé le soir même, sous le coup de l'inquiétude. Voici comment procéder, dans l'ordre.

D'abord, lire posément la communication de la société de gestion. C'est ce document — pas une règle générale, ni une rumeur de forum — qui fait foi : nature exacte de la mesure, durée annoncée, calendrier du marché secondaire de confrontation (date de la première confrontation, périodicité). Tant que vous ne l'avez pas lu ligne à ligne, vous n'avez pas les éléments pour arbitrer.

Ensuite, comprendre qu'on n'accélère rien via l'AMF. Les demandes de retrait sont servies dans l'ordre chronologique, sans durée de validité ; l'AMF supervise la société de gestion mais ne rembourse pas les associés et n'accélère pas les demandes individuelles (rappel du 19 février 2025). Le piège à éviter absolument : re-soumettre votre demande « pour être sûr », ce qui vous ferait perdre votre rang d'ancienneté dans la file.

Puis, arbitrer : vendre au secondaire décoté, ou patienter. C'est là que tout se joue, et ça se pose en euros, pas au ressenti : on sort la calculette avant de sortir le stylo. Les deux cas pratiques ci-dessous la mettent en euros, parce qu'un même événement n'appelle pas la même réponse selon que vous avez, ou non, besoin de votre capital à court terme.

Enfin, faire le point patrimonial à froid. Horizon de 8 à 10 ans minimum, besoin réel de liquidité, poids de cette ligne dans l'ensemble de votre patrimoine, diversification. Une règle qui ne souffre pas d'exception : une SCPI ne doit jamais loger votre épargne de précaution. Un CGP peut vous accompagner sur cet arbitrage — sans jamais vous promettre de rachat ni de rattrapage garanti, ce qui n'existe pas.

Hagnéré Patrimoine

Votre SCPI a suspendu : on chiffre l'arbitrage avec vous

Dans le cadre d'une lettre de mission, on lit la lettre de la société de gestion avec vous, on met en euros le choix patienter vs vendre au secondaire décoté selon VOTRE besoin de liquidité, et on rédige un plan de sortie écrit sur 8-10 ans. Premier rendez-vous offert (45 min), sans recommandation personnalisée.

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Cas pratique n°1 — Karim : faut-il vendre au secondaire ? (exemple fictif)

Karim detient 300 parts achetees 200 EUR = 60 000 EUR investis
dans une SCPI de bureaux, qui suspend la variabilite du capital.

Rappel structurel (avant suspension) :
  Valeur de retrait = 200 EUR - commission de souscription ~10 %
                    = 180 EUR / part  ->  300 x 180 = 54 000 EUR
  (les frais d'entree ne se recuperent jamais)

Option A - VENDRE au marche secondaire (prix non borne, hypothese
illustrative d'un prix d'execution a 150 EUR) :
  300 x 150 = 45 000 EUR
  => -25 % vs investi, soit -9 000 EUR de PLUS que la valeur de retrait.
     La decote realisee est definitive.

Option B - PATIENTER :
  Karim garde ses 300 parts + percoit EN PRINCIPE ses loyers
  (non garantis). La perte de 15 000 EUR reste LATENTE tant qu'il
  ne vend pas. Pari sur une reprise de valorisation, non garantie.

Lecon : la decote de suspension n'est subie que si l'on vend au
pire moment. Chiffres illustratifs, aucune SCPI nommee, aucun prix
ni rendement promis.

Cas pratique n°2 — Sylvie : celle qui n'a pas besoin de vendre (exemple fictif)

Sylvie, 62 ans, retraitee : 500 parts, 100 000 EUR investis.
Elle compte sur les REVENUS, pas sur le capital a court terme.
Sa SCPI suspend la variabilite du capital.

Realite : la suspension bloque les FLUX DE PARTS, pas les loyers.
  => Ses dividendes (issus des loyers encaisses, lisses par le RAN)
     continuent EN PRINCIPE (non garantis). Elle n'a PAS besoin de vendre.

Si elle cedait au secondaire a -25 % :
  100 000 x (1 - 0,25) = 75 000 EUR
  => 25 000 EUR de perte CRISTALLISEE pour rien,
     alors qu'elle n'avait aucun besoin du capital.

Lecon : la bonne decision depend du BESOIN REEL de liquidite,
pas du reflexe de panique.

Karim et Sylvie reçoivent la même lettre, le même matin. L'un a peut-être raison de vendre là où l'autre aurait tort de le faire : ce n'est pas la suspension qui tranche, c'est la réponse à « ai-je besoin de ces euros dans les deux ans ? ». Pour instruire l'arbitrage, voyez vendre ou patienter après une baisse et la perte réelle subie à la revente.

Votre check-list, le jour de la suspension

  • Je lis la communication de la société de gestion : mesure exacte, durée, calendrier du marché secondaire.
  • Je ne ré-soumets pas ma demande de retrait — je perdrais mon rang d'ancienneté.
  • Je clarifie mon besoin réel de liquidité avant toute décision.
  • Je chiffre patienter vs vendre décoté, à froid, idéalement avec un professionnel.
  • Je réévalue le poids de la ligne et ma diversification (secteurs, sociétés de gestion).
  • Je garde en tête que capital, revenus et liquidité sont non garantis, et que les performances passées ne préjugent pas des futures.

Et fiscalement ?

Sujet accessoire, une phrase suffit : les revenus perçus pendant la suspension restent des revenus fonciers (barème de l'IR selon votre TMI + 17,2 % de prélèvements sociaux — bien 17,2 %, pas 18,6 %, la hausse LFSS 2026 ne visant que les revenus mobiliers), et une éventuelle plus-value de cession de parts relève du régime des plus-values immobilières. Le détail est dans notre guide de la fiscalité des SCPI.

§ 8ANTICIPER·2 MIN

Comment anticiper une suspension : les signaux à surveiller

Une suspension se voit venir, à condition de lire les bons documents : le bulletin trimestriel et le rapport annuel. Six signaux publics méritent votre attention :

  • Une collecte nette négative sur plusieurs trimestres consécutifs.
  • Un pourcentage de parts en attente de retrait qui monte d'un trimestre à l'autre.
  • L'existence (ou non) d'un fonds de remboursement et d'outils de liquidité inscrits aux statuts (les fameux outils AIFM 2).
  • Un taux d'occupation financier (TOF) en repli.
  • Une forte exposition aux bureaux, secteur le plus touché en 2023-2026.
  • Un écart prix de souscription / valeur de reconstitution qui bascule en surcote.

Le fonds de remboursement : un amortisseur, pas une garantie

Voté et doté par l'assemblée générale (via des cessions d'actifs ou des bénéfices affectés), le fonds de remboursement rachète des parts en attente à un prix compris entre la valeur de réalisation et cette valeur diminuée de 10 % (art. 422-230 et 422-231 RG AMF) — donc inférieur à la valeur de retrait, et sans promesse de sortie ni de prix. C'est un amortisseur utile, jamais une garantie de liquidité. Le mécanisme complet est détaillé dans notre guide de la liquidité des SCPI.

La meilleure prévention reste en amont : diversifier (plusieurs SCPI, secteurs et sociétés de gestion), viser un horizon long (8 à 10 ans minimum), poser les bonnes questions avant de souscrire, et envisager selon les cas l'enveloppe assurance-vie — où la liquidité est contractuelle de l'assureur (avec un coût et une décote possibles : une clause contractuelle, pas une garantie de marché). Pour la sélection en amont, voyez comment détecter une SCPI surévaluée et les critères pour choisir une SCPI.

§ 9OÙ EN EST-ON EN 2026·2 MIN

Où en est-on en 2026 ? Les chiffres agrégés (ASPIM)

Fin 2025 (ASPIM, données au 31 décembre 2025). Les parts en attente de retrait représentaient environ 2,8 milliards d'euros, soit près de 3,1 % de la capitalisation du marché (environ 89 milliards) : un cas qui touche une poignée de SCPI, pas le marché entier. Surtout, il est concentré — de l'ordre de 15 SCPI gérées par 7 sociétés de gestion concentrent environ 75 % des parts en attente, majoritairement des SCPI de bureaux. Sur l'année, la collecte nette est restée positive et le taux de distribution moyen s'est établi autour de 4,91 %, avec un prix de part moyen en repli d'environ −3,45 % (données passées, non garanties).

Premier trimestre 2026 (ASPIM, publié le 15 mai 2026). Les parts en attente reculaient à environ 2,4 milliards d'euros (2,8 %), la collecte nette se redressait et le marché secondaire montait en puissance. Ça va mieux, sur le papier. Reste à comprendre pourquoi : l'encadré ci-dessous montre qu'une partie de cette embellie est en trompe-l'œil.

Le piège de lecture : un recul en partie mécanique

La baisse des parts en attente ne signifie pas « fin de crise ». L'ASPIM relève au premier trimestre 2026 plusieurs annonces de suspension temporaire de la variabilité du capital de certaines SCPI, avec remise à zéro des carnets d'ordres et mise en place de marchés secondaires. Autrement dit : une partie du recul est mécanique — des files d'attente ont été remises à zéro sans remboursement au prix de retrait administré, les demandes basculant vers la confrontation d'ordres. Amélioration graduelle, oui ; marchés encore sous contraintes, rien n'est garanti.

Rappel de méthode et de déontologie : tous ces chiffres sont agrégés et sourcés (ASPIM), et aucune SCPI n'est nommée. Des listes nominatives circulent dans la presse ; nous n'en reprenons aucune, et nous n'avançons aucune statistique de faillite. Pour replacer la suspension dans l'ensemble des risques d'un placement en SCPI, terminez par le panorama complet des risques des SCPI. La SCPI demeure un placement long terme, non garanti, avec risque de perte en capital et liquidité non garantie : les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

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Sources et références légales

  • Le seuil d'alerte - Code monétaire et financier

    Art. L. 214-93 CMF : lorsque des demandes de retrait non satisfaites depuis plus de douze mois représentent au moins 10 % des parts, la société de gestion en informe sans délai l'AMF et convoque une assemblée générale extraordinaire dans les deux mois, à laquelle elle propose la cession partielle ou totale du patrimoine et toute autre mesure appropriée. Cet article fixe un seuil d'alerte et organise le marché par confrontation des ordres : il ne prévoit pas, à lui seul, la « suspension » de la variabilité du capital, qui relève des statuts de la SCPI (l'une des mesures appropriées).

  • Confrontation des ordres, valeur de retrait et fonds de remboursement - Règlement général de l'AMF

    Art. 422-229 RG AMF : les parts s'échangent par confrontation périodique des ordres, la société de gestion assurant la bonne exécution et la publicité du prix d'exécution. Art. 422-230 RG AMF : la valeur de retrait est égale au prix de souscription diminué de la commission de souscription ; en cas de retrait non compensé, le remboursement via le fonds de remboursement ne peut excéder la valeur de réalisation ni être inférieur à cette valeur diminuée de 10 %. Art. 422-231 RG AMF : le fonds de remboursement est décidé et doté par l'assemblée générale, et destiné au seul remboursement des associés.

  • Demande de retrait sans durée de validité - AMF

    Communication AMF du 19 février 2025 : contrairement à un ordre de vente de parts sur le marché secondaire (valable douze mois), une demande de retrait n'a pas de durée de validité et est exécutée dans l'ordre chronologique de réception. Conséquence pratique : ré-soumettre sa demande fait perdre son rang. L'AMF supervise la société de gestion mais ne rembourse pas les associés et n'accélère pas les demandes individuelles.

  • Outils de gestion de la liquidité - AIFM 2

    Directive (UE) 2024/927 du 13 mars 2024 (AIFM 2), transposée par l'ordonnance n° 2024-662 du 3 juillet 2024, applicable à compter du 16 avril 2026 (mise en conformité des fonds existants au plus tard le 16 avril 2027) : chaque SCPI à capital variable doit inscrire dans ses statuts au moins deux outils de gestion de la liquidité (parmi le plafonnement des rachats, l'allongement du préavis, des frais de rachat, le swing pricing, le dual pricing, des prélèvements anti-dilution, le remboursement en nature). La suspension des souscriptions et rachats ainsi que le cantonnement (side pocket) restent mobilisables en dernier recours. Le régulateur structure la liquidité, il ne la garantit pas.

  • Propriété des actifs et fiscalité des SCPI

    Art. L. 214-24-3 et suivants CMF : les actifs de la SCPI sont conservés par un dépositaire indépendant. Art. L. 532-10 CMF : le retrait d'agrément d'une société de gestion est encadré par l'AMF, qui veille à la préservation des intérêts des porteurs ; la gestion de la SCPI peut alors être transférée à une autre société de gestion agréée — les immeubles, propriété des associés, ne disparaissent pas. Fiscalité : les revenus distribués sont des revenus fonciers imposés au barème de l'IR (TMI) + 17,2 % de prélèvements sociaux — la hausse à 18,6 % de la LFSS 2026 ne vise que les revenus mobiliers, jamais les revenus fonciers. Les plus-values de cession de parts relèvent du régime des plus-values immobilières (BOI-RFPI-SPI).

  • Statistiques de marché - ASPIM / IEIF

    ASPIM-IEIF, communiqués sur la collecte et la performance des fonds immobiliers grand public : au 31 décembre 2025, parts en attente de retrait d'environ 2,8 Md€ (≈ 3,1 % d'une capitalisation d'environ 89 Md€), environ 15 SCPI gérées par 7 sociétés de gestion concentrant ≈ 75 % de l'attente, majoritairement des SCPI de bureaux ; prix de part moyen ≈ −3,45 %, taux de distribution moyen ≈ 4,91 %. Au premier trimestre 2026 (publié le 15 mai 2026), encours en attente d'environ 2,4 Md€ (≈ 2,8 %), avec plusieurs annonces de suspension temporaire de la variabilité du capital, remise à zéro des carnets d'ordres et mise en place de marchés secondaires. Données agrégées, aucune SCPI nommée. Données passées, non garanties : les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Aucune SCPI ni société de gestion n'est nommée, notée ni recommandée : seuls les mécanismes et les définitions légales sont exposés ; aucune statistique de faillite ou de suspension n'est inventée, les chiffres cités étant agrégés et sourcés (ASPIM). Les cas chiffrés (Karim, Sylvie) sont fictifs et purement illustratifs. La SCPI est un placement long terme (8 à 10 ans minimum) comportant un risque de perte en capital, des revenus non garantis et une liquidité non garantie : les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Toute décision doit faire l'objet d'une étude individualisée préalable. Chiffres à jour au 13 juillet 2026.

Foire aux questions

Tout sur la suspension des retraits d'une SCPI en 2026.

Comprendre la suspension, ce qu'elle change pour vous, que faire au moment où elle survient, comment l'anticiper : les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous, classées par thème, sans nom de SCPI.

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  • C'est un outil de gestion prévu par les statuts de la SCPI et supervisé par l'AMF : la société de gestion cesse temporairement d'honorer les retraits au prix administré (la valeur de retrait). La SCPI à capital variable fonctionne alors comme une SCPI à capital fixe, où la sortie ne passe plus par un retrait mais par un marché secondaire par confrontation périodique des ordres. Ce n'est pas un défaut de paiement, et la société de gestion ne l'a pas décidé sur un coup de tête : c'est un outil prévu d'avance, dont le but est que le dernier à sortir ne soit pas floué par les premiers. Pour le mécanisme d'ensemble, voir notre guide sur la liquidité des SCPI et la différence entre capital fixe et capital variable.