SELARL : le faux problème du psychologue
L'essentiel en 30 secondes
- Le psychologue n'a pas d'ordre ni de monopole d'actes : aucune obligation de SEL. Le trio réel, c'est EI / EURL / SASU.
- Trois axes à ne jamais mélanger : la structure (EI, EURL, SASU, SEL), la fiscalité (IR-BNC au micro ou au réel, ou IS) et le social (TNS affilié à la CIPAV, ou assimilé salarié au régime général).
- L'EI est le statut par défaut, suffisant pour la grande majorité des psychologues (revenus modestes à moyens).
- La société à l'IS (EURL ou SASU) ne se justifie que si une partie du bénéfice est non consommée et peut être capitalisée à 15/25 % au lieu de la TMI.
- La SEL (SELARL/SELAS) est en principe accessible (titre protégé), mais n'apporte aucun avantage par rapport à une EURL/SASU en solo.
Vous venez d'ouvrir votre cabinet, vos consultations remplissent l'agenda, et une question revient en boucle dans les forums et dans les conversations entre confrères : « faut-il passer en SELARL ? ». La plupart du temps, cette question est mal posée — et y répondre à l'aveugle peut vous coûter des milliers d'euros par an en frais comptables inutiles, ou au contraire vous faire passer à côté d'un vrai levier de capitalisation. On copie le mot « SELARL » sur les médecins, les avocats ou les dentistes, des professions à ordre pour lesquelles la SEL est la voie naturelle de l'exercice en société. Le psychologue, lui, n'a pas d'ordre professionnel : il choisit librementsa structure, et le vrai arbitrage se joue entre l'EI, l'EURL et la SASU. Reprenons depuis le début : c'est ce cadrage qui commande tout le reste.
Le psychologue exerce une profession libérale à titre protégé. L'usage du titre de psychologue est réservé aux titulaires d'un Master 2 (ex-DESS/DEA) de psychologie, ou d'un diplôme requis pour le recrutement comme psychologue dans la fonction publique hospitalière (loi n° 85-772 du 25 juillet 1985, article 44), avec enregistrement auprès de l'ARS (répertoire ADELI, désormais RPPS). Mais titre protégé n'est pas ordre. Il n'y a ni conseil de l'ordre, ni monopole légal d'actes : on ne parle donc jamais, pour un psychologue, d'officier ministériel, de charge à racheter ni de droit de présentation. Sa clientèle, c'est une patientèle, qui se cède librement.
Fiscalement, le psychologue relève des bénéfices non commerciaux(BNC). Trois questions en découlent, qu'on a tendance à écraser en une seule — et c'est l'erreur de départ.
| L'axe | La question qu'il pose | Les options |
|---|---|---|
| 1 · STRUCTURE | Sous quelle forme juridique j'exerce ? | EI · EURL · SASU · SEL |
| 2 · FISCAL | Comment mon bénéfice est-il imposé ? | IR au BNC (micro ou réel) ou IS |
| 3 · SOCIAL | À quelle caisse je cotise pour ma retraite ? | TNS-CIPAV ou assimilé salarié (régime général) |
Un psychologue peut être les trois à la fois
L'entreprise individuelle (EI) : le statut par défaut
L'immense majorité des psychologues libéraux exercent en entreprise individuelle: on s'installe seul, en nom propre, sans créer de personne morale. C'est le statut le plus simple, le moins coûteux, et il convient parfaitement à des revenus modestes à moyens. Reprenons-le axe par axe.
Depuis 2022, le patrimoine personnel est déjà protégé
« Il faut une société pour protéger son patrimoine » : c'est le réflexe qu'on entend en rendez-vous, et il est dépassé. Depuis la loi n° 2022-172 du 14 février 2022 (statut unique de l'entrepreneur individuel, en vigueur depuis le 15 mai 2022), le patrimoine professionnel de l'entrepreneur individuel est séparé de plein droit de son patrimoine personnel (article L. 526-22 du Code de commerce), et sa résidence principale est insaisissable (article L. 526-1). Résultat concret : en EI, vos patrimoines sont déjà cloisonnés, sans la moindre formalité.
La conséquence : la société ne se justifie pas par la responsabilité
Fiscal : micro-BNC ou réel
En EI, le bénéfice relève des BNC et s'impose à l'impôt sur le revenu, à votre nom. Deux régimes coexistent. Le micro-BNC (article 102 ter du CGI) s'applique tant que les recettes ne dépassent pas 83 600 € (seuil de la période 2026-2028) : l'administration applique un abattement forfaitaire de 34 % (minimum 305 €) pour frais, et vous n'êtes imposé que sur les 66 % restants. Le micro-BNC est réellement pertinent pour le psychologue, dont les charges (loyer du cabinet, RC pro, supervision et analyse de pratique, formation continue, documentation et tests psychométriques, logiciel de prise de rendez-vous) dépassent rarement 34 % des recettes. Au-delà du seuil, ou sur option, on bascule au réel: la déclaration contrôlée 2035-SD (article 96 du CGI), où l'on déduit les charges pour leur montant exact.
Le seuil, c'est 83 600 € — pas 77 700 €
Social : TNS, affilié à la CIPAV
En EI, le psychologue est travailleur non salarié (TNS). Sa couverture maladie et famille est gérée via l'URSSAF, et sa retraite par la CIPAV (nous y revenons en détail au §7 — c'est le point sur lequel on se trompe le plus). Ses cotisations TNS représentent, en ordre de grandeur, 40 à 45 % du revenu net. Contrepartie de la simplicité : en EI, la totalité du bénéfice est imposée et cotiséel'année où il est dégagé, que vous le consommiez ou non. Vous n'avez aucun levier pour « piloter » votre rémunération — c'est précisément ce que permet une société à l'IS.
À retenir
L'entreprise individuelle, le statut par défaut
- Patrimoine protégé de plein droit depuis 2022 (art. L. 526-22 C. com.), sans société.
- Fiscal : BNC à l'IR, micro-BNC (≤ 83 600 €, abattement 34 %) ou réel (2035-SD).
- Social : TNS, retraite à la CIPAV, cotisations ~40-45 % du net.
- Limite : IR + cotisations sur 100 % du bénéfice, même non consommé. Pas de pilotage.
- Coût : quasi nul — c'est l'atout décisif pour des revenus modestes à moyens.
Micro-BNC ou réel : on calcule lequel vous fait gagner
Avant même de parler de société, le premier arbitrage d'un psychologue en EI, c'est micro-BNC ou frais réels. Un CGP indépendant compare les deux sur vos chiffres réels.
L'EURL : piloter sa rémunération et capitaliser à l'IS
L'EURL est une SARL à associé unique (article L. 223-1 du Code de commerce). À la différence de l'EI, c'est une personne morale distincte : la société a son propre patrimoine, sa propre comptabilité, son propre bénéfice. Le gérant associé unique, lui, reste un travailleur non salarié affilié à la CIPAV — exactement comme en EI sur le plan de la caisse.
IR par défaut, ou option pour l'IS
Par défaut, l'EURL est transparente : le bénéfice BNC remonte à l'associé et s'impose à l'IR à son nom, comme en EI (le micro reste possible sous conditions). Tout l'intérêt apparaît si l'EURL opte pour l'impôt sur les sociétés (article 206-3 du CGI). La société paie alors l'IS sur son bénéfice — 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % au-delà (article 219 du CGI, sous conditions PME) — et le gérant ne se verse qu'une rémunération (déductible du résultat). Le bénéfice que vous ne vous versez pas reste dans la société, faiblement taxé, et peut être capitalisé. C'est le levier : payer 15/25 % d'IS sur la part non consommée plutôt que votre TMI à l'IR.
Le piège des dividendes en EURL à l'IS
Le réflexe « je me sors des dividendes, c'est moins chargé » a une limite qu'on oublie toujours. Pour un gérant TNS d'EURL à l'IS, ce raccourci ne tient que jusqu'à un certain seuil. La fraction de dividendes qui excède 10 % du capital social (augmenté des primes d'émission et du solde moyen du compte courant d'associé) est réintégrée dans l'assiette des cotisations sociales TNS, en application de l'article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale, en plus de l'imposition. En deçà de ce seuil de 10 %, les dividendes supportent seulement le PFU à 31,4 %.
La règle des 10 %, transposée à l'EURL
À retenir
L'EURL en une ligne
- Personne morale, gérant TNS affilié à la CIPAV (comme l'EI côté caisse).
- IR par défaut (transparence) ou option IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %).
- Permet de piloter sa rémunération et de capitaliser le bénéfice non consommé.
- Piège : dividendes au-delà de 10 % du capital cotisés en TNS (L. 131-6 CSS).
- Contrepartie : formalisme et comptabilité d'engagement, donc un coût.
La SASU : protection sociale et dividendes non cotisés
La SASUest une SAS à associé unique (article L. 227-1 du Code de commerce). Comme l'EURL, c'est une personne morale à l'IS — mais elle s'en distingue radicalement sur l'axe social, et c'est là tout son intérêt (et son coût).
Le président de SASU est assimilé salarié (article L. 311-3 du Code de la sécurité sociale). Il relève donc du régime général : assurance retraite de base (CNAV) et complémentaire (AGIRC-ARRCO), pas de la CIPAV, et pas d'assurance chômage. La SASU est à l'IS de plein droit; une option pour l'IR existe, mais elle est plafonnée à cinq exercices (article 239 bis AB du CGI, sous conditions).
Des dividendes non cotisés
C'est l'avantage clé face à l'EURL/SELARL. En SASU, le président n'étant pas TNS, la règle des 10 % ne s'applique pas : les dividendes ne supportent aucune cotisation sociale, quel que soit leur montant. Ils sont soumis au seul PFU de 31,4 %(12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026). Pour un psychologue qui dégage un bénéfice confortable et veut en sortir une partie, c'est un atout réel.
Mais une rémunération lourdement chargée
La contrepartie est lourde : la rémunération du président assimilé salarié supporte des cotisations de l'ordre de 75 à 82 % du net (charges patronales + salariales cumulées), bien plus qu'un TNS. En échange, la protection sociale est meilleure(proche de celle d'un salarié, hors chômage). La stratégie type consiste donc à doser : une rémunération mesurée pour la couverture, complétée de dividendes non cotisés pour le reste.
SASU = PAS de CIPAV
À retenir
La SASU en une ligne
- Président assimilé salarié → régime général (pas la CIPAV), pas de chômage.
- IS de plein droit, capitalisation possible à 15/25 %.
- Dividendes non cotisés (PFU 31,4 %), quel que soit le montant.
- Rémunération lourdement chargée (~75-82 % du net) mais protection +.
- Pour qui privilégie la couverture sociale et une sortie en dividendes.
La SEL (SELARL / SELAS) : accessible, mais inutile en solo
C'est le point qui met tout le monde d'accord sur rien : forums, confrères, conseillers. La société d'exercice libéral(SEL), sous ses deux formes SELARL et SELAS, est-elle ouverte au psychologue ? On tranche, sans les deux caricatures qu'on lit partout.
L'exercice en société des professions libérales réglementées est aujourd'hui régi par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (en vigueur depuis le 1er septembre 2024), qui a abrogé et remplacé l'ancienne loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990. Cette ordonnance définit la « profession libérale réglementée » comme incluant notamment les professions dont l'usage du titre est protégé. Le titre de psychologue étant précisément protégé (loi 85-772), la SEL lui est en principe accessible.
Ni obligatoire, ni impossible
Sur le fond, la SEL recopie les statuts de droit commun : la SELARL à gérant majoritaire place son dirigeant en TNS affilié à la CIPAV (comme l'EURL), tandis que la SELAS place son président en assimilé salarié au régime général (comme la SASU). Mêmes logiques, mêmes arbitrages.
SARL ou SAS « classique » : tout à fait possible
Puisque le psychologue n'a pas d'ordre, il peut parfaitement constituer une EURL ou une SASU de droit communplutôt qu'une SEL, sans aucun inconvénient. C'est d'ailleurs la voie la plus simple et la plus sûre tant qu'on exerce seul.
Et la SPFPL ?
La société de participations financières de professions libérales (SPFPL, dont le régime est désormais codifié dans l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023) — la holding du libéral — est théoriquement envisageable au-dessus d'une SEL, mais elle est rarement justifiée pour un psychologue, dont les revenus sont le plus souvent modestes. Ne surdimensionnez pas le montage : la SPFPL relève des situations à hauts revenus, traitées dans nos guides SPFPL et profession libérale et psychologue à hauts revenus.
EI vs EURL vs SASU vs SEL : le tableau
Voyons les quatre statuts dans le même tableau. Lisez-le en gardant à l'esprit les trois axes du §1 : la ligne « régime social » et la ligne « retraite » sont celles où l'on se trompe le plus.
| Critère | EI | EURL | SASU | SEL (SELARL/SELAS) |
|---|---|---|---|---|
| Nature | Nom propre | SARL à associé unique | SAS à associé unique | Société d'exercice libéral |
| Personne morale | Non | Oui | Oui | Oui |
| Régime fiscal | IR-BNC (micro/réel) | IR par défaut, option IS | IS de plein droit | IS (selon la forme) |
| Régime social du dirigeant | TNS — CIPAV | TNS — CIPAV | Assimilé salarié — régime général | SELARL : TNS-CIPAV / SELAS : assimilé salarié |
| Cotisations (ordre de grandeur) | ~40-45 % du net | ~40-45 % du net | ~75-82 % du net | Selon SELARL ou SELAS |
| Retraite | CIPAV | CIPAV | CNAV + AGIRC-ARRCO (pas CIPAV) | SELARL : CIPAV / SELAS : régime général |
| Dividendes (si IS) | — | Fraction > 10 % du capital cotisée TNS (L. 131-6) | Non cotisés → PFU 31,4 % | SELARL : > 10 % cotisés / SELAS : PFU |
| TVA des soins | Exonérés (261-4-1°) | Exonérés | Exonérés | Exonérés |
| Responsabilité | Patrimoines séparés (L. 526-22) | Limitée aux apports | Limitée aux apports | Limitée aux apports |
| Usage type | Défaut, revenus modestes-moyens | Capitaliser à l'IS, charges légères | Capitaliser à l'IS + protection | Cabinet de groupe (≥ 2 associés) |
| Coût / complexité | Minimal | Élevé (compta, AG, dépôt comptes) | Élevé | Élevé |
La règle de décision en une phrase
Comment lire ce tableau, ligne par ligne
TVA : soins exonérés, mais attention à l'activité mixte
Deuxième garde-fou. Les soins et consultations psychologiques rendus aux personnes (diagnostic et traitement des troubles psychologiques) sont exonérés de TVA au titre de l'article 261, 4-1° du CGI, sous condition de titre (loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017, article 10 ; doctrine BOI-TVA-CHAMP-30-10-20-10). Sur vos notes d'honoraires, cela se traduit par la mention « TVA non applicable, art. 261-4-1° du CGI ». Vous ne facturez donc pas de TVA — mais le revers est que vous ne récupérez pas non plus celle de vos achats et investissements : vous les payez TTC.
Mais toutes les activités hors soins aux personnes sont, elles, soumises à la TVA à 20 % : la formation, le coaching et le conseil en entreprise, l'expertise judiciaire, l'animation de stages et d'ateliers, la supervision facturée à une structure. Un psychologue à activité mixte est donc partiellement assujetti : il applique un prorata de déduction de la TVA sur ses charges, au prorata de la part taxable de son activité.
Ne dites jamais que les soins sont à 20 %
La conséquence : l'option TVA d'une SCI de murs est sans intérêt
Ce point a une incidence patrimoniale concrète. Si vous achetez les murs de votre cabinet via une SCI, l'option pour la TVA sur les loyers (article 260, 2° du CGI) ne présente aucun intérêt pour vous : exonéré sur vos soins, vous ne récupéreriez rien sur la TVA des loyers facturés. C'est l'inverse exact d'un géomètre ou d'un avocat, assujettis à 20 % et qui, eux, récupèrent. Le sujet est développé dans acheter les murs de son cabinet en SCI.
Quel statut pour VOTRE situation ?
En pratique, trois ou quatre questions suffisent à trancher. C'est l'arbre de décision que nous suivons en rendez-vous avec un psychologue.
L'arbre de décision du psychologue libéral
BRANCHE 1 — Je débute / revenus modestes-moyens / je consomme tout
→ ENTREPRISE INDIVIDUELLE (EI)
• micro-BNC si recettes ≤ 83 600 € (charges < 34 %)
• réel / 2035-SD dès que les frais dépassent 34 %
→ Le défaut, suffisant pour la grande majorité.
BRANCHE 2 — Revenus qui montent + capacité d'épargne
(bénéfice durablement NON consommé)
→ EURL ou SASU à l'IS
• IS 15 % (≤ 42 500 €) puis 25 % < TMI 41-45 %
• EURL = TNS-CIPAV, charges légères, piège dividendes 10 %
• SASU = assimilé salarié, protection +, dividendes non cotisés
→ À chiffrer : il faut un bénéfice non consommé réel.
BRANCHE 3 — Je m'associe avec d'autres psychologues
→ SEL (SELARL ou SELAS), ≥ 2 associés
→ En principe accessible (titre protégé), jamais obligatoire.
Alternative : société de droit commun.
BRANCHE 4 — Choix de la caisse (transverse aux branches 2-3)
→ Besoin de protection sociale fort → SASU/SELAS (régime général)
→ Charges légères, retraite faible → EURL/SELARL (TNS-CIPAV)La plupart des psychologues s'arrêtent à la branche 1. La société (branche 2) ne se justifie qu'avec un bénéfice réellement non consommé. La SEL (branche 3) est un sujet de cabinet de groupe. Le choix de caisse (branche 4) se superpose au choix de société.
Le statut n'est pas le bon levier pour payer moins d'impôts
Cas chiffré : psychologue à 85 000 € de bénéfice
Prenons un psychologue à 85 000 € de bénéfice et une TMI à 30 % (un cabinet plein, des revenus moyens-élevés, mais pas le sommet du barème). Trois trajectoires possibles, trois logiques. Avertissement : les chiffres sont des ordres de grandeur pédagogiques, volontairement simplifiés ; le gain net réel se modélise au cas par cas.
Cas 1 · EI au réel · TNS-CIPAV · TMI 30 %
Marc — l'entreprise individuelle, le défaut efficace
Marc exerce en EI au réel. Sur ses 85 000 € de bénéfice, il acquitte ses cotisations TNS (de l'ordre de 40-45 % du net) auprès de la CIPAV, puis l'IR au barème sur le solde.
Point clé : la totalité du bénéfice est imposée et cotisée, qu'il le consomme ou non. S'il met 15 000 € de côté chaque année, ces 15 000 € ont déjà supporté l'impôt et les cotisations avant d'atterrir sur son épargne. Il n'a aucun levier de pilotage. En contrepartie : simplicité maximale, coût comptable minime, patrimoine déjà protégé.
Pour Marc, tant qu'il n'a pas un besoin réel de capitaliser, l'EI reste le meilleur rapport simplicité/coût. Son vrai chantier n'est pas la structure : c'est la retraite CIPAV faible, qu'il compense par un PER.
Cas 2 · EURL à l'IS · TNS-CIPAV · TMI 30 %
Sophie — l'EURL pour capitaliser le bénéfice non consommé
Sophie dégage les mêmes 85 000 €, mais elle vit avec ~50 000 € et veut capitaliser le reste. En EURL à l'IS, elle se verse une rémunération couvrant son train de vie (déductible, chargée en TNS), et laisse le bénéfice résiduel non consommé dans la société.
Cette part résiduelle est taxée à l'IS : 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % — au lieu de sa TMI à l'IR. La société diffère l'impôt et laisse le capital travailler. Attention aux dividendes : si elle distribue, la fraction au-delà de 10 % du capital est cotisée en TNS (L. 131-6 CSS) ; en deçà, c'est le PFU à 31,4 %. Elle reste affiliée à la CIPAV.
L'EURL n'a de sens pour Sophie que parce qu'elle a un bénéfice réellement non consommé. Sans cette épargne, le différentiel IS/IR ne se matérialise pas et le surcoût comptable l'emporte.
Cas 3 · SASU à l'IS · assimilé salarié · TMI 30 %
Thomas — la SASU pour la protection et les dividendes
Thomas, sur les mêmes 85 000 €, privilégie la protection sociale et une sortie souple. En SASU à l'IS, il est assimilé salarié: sa rémunération est lourdement chargée (~75-82 % du net), mais sa couverture est proche de celle d'un salarié.
Son atout : les dividendes ne sont pas cotisés (PFU 31,4 %), sans la règle des 10 %. Il peut donc se verser une rémunération mesurée pour la couverture, et compléter en dividendes. Revers : il quitte la CIPAVpour le régime général (CNAV + AGIRC-ARRCO), et n'a pas de chômage.
La SASU convient à Thomas s'il valorise la protection socialeet accepte des cotisations plus lourdes. Pour minimiser les charges, l'EURL de Sophie serait plus efficace : tout est affaire de priorité.
Le verdict. À 85 000 € de bénéfice avec une capacité d'épargne, l'EURL ou la SASU à l'IS permettent de capitaliser la part non consommée à 15/25 % au lieu de la TMI : un vrai gain, qui se répète chaque année. Sans bénéfice non consommé, l'EI reste la plus simple et souvent la plus efficace. Entre EURL et SASU, l'arbitrage se joue sur la caisse (charges légères CIPAV contre protection renforcée du régime général). Garde-fou indispensable : une société coûte 3 000 à 5 000 € par an (comptabilité d'engagement, AG, dépôt des comptes) — elle ne se justifie qu'à partir d'un bénéfice durablement non consommé. La question du seuil de bascule est creusée dans notre guide pivot BNC ou SELARL : à partir de quel bénéfice basculer.
Note de méthode : ces chiffres sont illustratifs
Quel statut, pour quel gain net, dans votre situation ?
Un CGP indépendant modélise votre situation — bénéfice, TMI, train de vie réel, capacité d'épargne — et chiffre l'écart entre EI, EURL et SASU, caisse et coût réel inclus.
Au-delà du statut : les réflexes patrimoniaux du psychologue
Choisir entre EI, EURL et SASU, c'est régler une question — pas construire tout son patrimoine. Une fois le statut posé, le vrai travail patrimonial commence, et il pèse souvent plus lourd que le choix EI/EURL/SASU lui-même.
Les réflexes à intégrer
Cinq leviers après le choix de structure
- 1. PER / Madelin (article 154 bis du CGI pour le TNS, ou 163 quatervicies pour l'assimilé salarié) : déduit à votre TMI, il comble une retraite CIPAV faible. Son efficacité est proportionnelle à la TMI — réelle dès 30 %. Détail dans le PER du psychologue.
- 2. Prévoyance Madelin : couvrir l'arrêt d'activité, car en libéral les revenus s'arrêtent net en cas de coup dur. Voir la prévoyance de la profession libérale.
- 3. Lisser des revenus irréguliers (files actives variables, mix salarié/libéral) : étalement et quotient (article 163-0 A du CGI), PER en amortisseur. Voir lisser des revenus irréguliers.
- 4. Les murs du cabinet en SCI : usage du cash capitalisé ; loyers d'une SCI à l'IR aux PS de 17,2 % (et non 18,6 %), option TVA sans intérêt. Voir acheter les murs en SCI.
- 5. La sortie : la patientèle se cède librement (pas de droit de présentation) ; la plus-value professionnelle peut être exonérée (art. 151 septies selon les recettes, 238 quindecies selon la valeur, 151 septies A au départ en retraite — IR exonéré mais PS 18,6 % dus).
Le statut s'inscrit dans une séquence
On pose la structure, puis on construit le reste
Audit indépendant : on tranche EI, EURL ou SASU, puis on enchaîne sur la prévoyance, le PER, les placements, les murs du cabinet et la transmission. Une vision globale et chiffrée, du choix de statut à la cession.

