Pourquoi une feuille de route plutôt qu'un catalogue de leviers ?
On nous demande sans cesse « quel placement choisir ? » ou « comment payer moins d'impôt ? ». Bonnes questions — sauf qu'elles arrivent trop tôt. La première, pour un psychologue libéral, c'est : à quelle phase de ma carrière suis-je, et qu'est-ce qui compte vraiment maintenant ?Car le bon outil dépend du moment. Une prévoyance à 30 ans, un PER à 50 ans, une cession exonérée à 63 ans : empilés au hasard, ces leviers ne servent à rien ; déployés dans le bon ordre, ils construisent un patrimoine. C'est tout l'objet de ce guide.
L'essentiel en 30 secondes
- Le psychologue est imposé en BNC : le micro-BNC (abattement 34 %, seuil 83 600 € en 2026) est souvent gagnant car ses charges sont faibles.
- Sa retraite est à la CIPAV, notoirement faible : sa vraie retraite se jouera sur son épargne privée (PER, assurance-vie, immobilier).
- Ses soins sont exonérés de TVA (art. 261, 4-1°) ; seules la formation et le conseil en entreprise sont à 20 % (activité mixte).
- Profil le plus souvent modeste à moyen : on ne surdimensionne pas. La méthode tient en quatre phases — sécuriser → déduire → maximiser → transmettre.
- À la cession, la patientèle se cède librement et la plus-value est souvent exonérée (art. 151 septies).
Et le psychologue part avec une contrainte forte : sa retraite. Il cotise à la CIPAV, dont la pension est notoirement faible au regard des revenus. Ses honoraires sont souvent modestes à moyens et parfois irréguliers. Ses soins sont exonérés de TVA. Conséquence : son épargne privée, son immobilier, son PER ne sont pas du confort en plus — c'est la seule retraite complémentaire qu'il se versera. Mais attention à l'excès inverse : avec un revenu modeste, il ne faut pas surdimensionner les montages. Souvent, le micro-BNC, une prévoyance bien choisie et une assurance-vie suffisent. C'est cet équilibre que la feuille de route organise, phase par phase.
Comment lire ce guide (et ce qu'il ne refait pas)
- Il ne refait pas le calcul du micro-BNC ni le point de bascule vers le réel → voyez le guide micro-BNC ou frais réels.
- Il ne liste pas les charges déductibles ni les niches d'impôt → voyez les guides charges déductibles et réduire ses impôts en BNC.
- Il ne fait pas le diagnostic chiffré de la CIPAV ni l'allocation détaillée de l'épargne → voyez la retraite CIPAV du psychologue et les placements du psychologue.
Trois guides, trois altitudes — ne pas les confondre
Trois pages se ressemblent mais ne disent pas la même chose. Le guide optimisation fiscale répond à « comment réduire mon impôt cette année » ; le guide placements répond à « où mettre mon épargne ». Ici, on prend de la hauteur : on réunit retraite, placements et fiscalité dans une seule stratégie 360°, ordonnée par phase de carrière. C'est la vue d'ensemble, dont la déclinaison « toutes professions » se trouve dans notre guide gestion de patrimoine de la profession libérale.
Le constat : trois fragilités structurelles du psychologue
Avant de construire, regardons ce qui cloche. Le psychologue libéral cumule trois caractéristiques qui orientent toute sa stratégie patrimoniale. Aucune n'est dramatique — mais ensemble, elles font de l'épargne privée une nécessité, pas une option.
| Fragilité | En quoi ça consiste | Conséquence patrimoniale |
|---|---|---|
| Retraite CIPAV faible | Base CNAVPL par points (plafonnée) + complémentaire CIPAV par tranches, à rendement modéré | L'épargne privée longue (PER, AV, immobilier) devient le cœur de la retraite |
| Revenus modestes et irréguliers | Files actives variables, saisonnalité, mix salarié/libéral | Précaution renforcée + lissage avant tout montage ; ne pas surdimensionner |
| Soins exonérés de TVA | Soins aux personnes exonérés (261, 4-1°) ; formation/conseil entreprise soumis à 20 % | Achats raisonnés en TTC ; option TVA d'une SCI de murs sans intérêt |
La première fragilité est la plus structurante. Le psychologue est affilié à la CIPAV (article L. 640-1 du Code de la sécurité sociale) : il fait partie de la liste limitative des professions restées à la CIPAV après la réforme de 2018 (loi n° 2017-1836 du 30 décembre 2017). Sa pension obligatoire ne maintiendra pas, seule, son niveau de vie. C'est exactement pour ça que la suite de ce guide existe — et le diagnostic chiffré, prudent, est dans notre guide retraite CIPAV du psychologue.
Le fil rouge : la CIPAV ne suffira pas
Retenez cette phrase, elle traverse les douze sections : l'épargne privée du psychologue n'est pas un confort, c'est sa principale retraite complémentaire. La pension CIPAV est réputée faible — mais nous ne citons ici aucune valeur de point ou de remplacement comme officielle : ces chiffres se vérifient sur lacipav.fr et se projettent en bilan. La vue d'ensemble est dans la retraite des professions libérales.
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La feuille de route en un coup d'œil : phase → priorités
Tout tient sur un tableau. Chaque ligne est une phase de carrière (les âges sont indicatifs — le psychologue s'installe souvent après un parcours salarié) ; chaque colonne, ce qui compte vraiment à ce moment-là. Les sections suivantes développent chacune une ligne.
| Phase / âge | Priorité n°1 | Outils-clés | Renvois |
|---|---|---|---|
| Installation (~25-35) | Sécuriser : ADELI, RC pro, prévoyance, précaution | Micro-BNC, prévoyance Madelin, épargne de précaution | Micro/réel, prévoyance |
| Développement (~35-48) | Déduire et investir quand le bénéfice grossit | Réel (2035), PER, murs en SCI, structure EURL/SASU/SEL | Charges, statut, PER, murs |
| Maturité (~48-60) | Maximiser l'épargne longue, compenser la CIPAV | PER au plafond (TMI 30-41), assurance-vie, SCPI, immobilier | PER, placements |
| Fin de carrière (~60-67+) | Céder la patientèle, vivre du capital | 151 septies / 238 quindecies / 151 septies A, donation, démembrement | Retraite CIPAV, succession |
Le fil conducteur : sécuriser → déduire → maximiser → transmettre
L'ordre ne change pas : on sécurise (prévoyance, précaution), on déduit ses charges et on structure quand le bénéfice grossit, on maximise l'épargne longue quand la TMI monte, et on transmetà la cession (exonération de plus-value + capital). La spécificité du psychologue : un profil le plus souvent modeste à moyen, où la prévoyance, le micro-BNC et l'assurance-vie pèsent plus que les montages sophistiqués — réservés à une minorité à hauts revenus.
Phase 1 — Installation : sécuriser avant de défiscaliser
Au démarrage, le psychologue a d'abord un problème de flux : remplir son agenda et stabiliser ses recettes. Le patrimoine est alors défensif: on s'enregistre, on se protège, on met de côté — on ne cherche pas encore à défiscaliser.
S'enregistrer et choisir son régime fiscal
L'exercice libéral suppose un enregistrement ADELI / RPPS auprès de l'ARS — c'est la condition d'usage du titre, protégé par la loi du 25 juillet 1985. Côté fiscal, le micro-BNC suffit le plus souvent : abattement forfaitaire de 34 % (minimum 305 €), seuil de recettes porté à 83 600 € en 2026. Et pour un psychologue, il est souvent gagnant pour de bon : vos charges (loyer, RC pro, supervision, formation, documentation, logiciel de rendez-vous) dépassent rarement 34 % des recettes. On bascule au réel seulement quand elles franchissent ce seuil. Le calcul complet est dans notre guide micro-BNC ou frais réels.
La prévoyance et la précaution : les deux premières « dépenses patrimoniales »
Avant toute épargne longue, deux priorités. D'abord une prévoyance Madelin (article 154 bis du CGI) couvrant l'arrêt de travail, l'invalidité et le décès : les cotisations sont déductibles du bénéfice, dans un plafond de l'ordre de 11 534 € en 2026. On vérifie la définition de l'invalidité et le délai de carence. À approfondir avec notre guide prévoyance Madelin du professionnel libéral. Ensuite une épargne de précaution renforcée — 6 à 12 mois de charges plutôt que 3, car les revenus du psychologue sont souvent irréguliers — logée sur des supports liquides : livret, compte à terme, fonds euros. Pour gérer ces creux, voyez aussi notre guide lisser des revenus irréguliers.
Comprendre son affiliation CIPAV
En entreprise individuelle, le psychologue est un travailleur non salarié : l'Urssaf (via la SSI) gère sa maladie et sa famille, mais sa retraite reste à la CIPAV. Intégrez-la dès le premier jour : c'est elle qui dictera, pendant trente ans, combien vous devez mettre de côté. Le détail dans notre guide retraite CIPAV du psychologue.
Le bon ordre au démarrage
- Prévoyance Madelin — sécuriser le revenu d'abord (un arrêt long = revenu à zéro).
- Épargne de précaution — 6 à 12 mois de charges, pour absorber l'irrégularité.
- Régime micro-BNC — souvent gagnant ; on n'ouvre le réel que si les charges > 34 %.
- PER : seulement si la TMI le justifie — à 11 %, l'avantage est faible et l'argent est bloqué ; on lui préfère l'assurance-vie souple. On y revient en phase de maturité.
Phase 2 — Développement : déduire ses charges et structurer
Le cabinet tourne, la patientèle se constitue, les recettes montent. Là, on change de logique : on arrête de se protéger pour commencer à bâtir. On affine le régime fiscal, on place les premiers euros, et — pour une partie d'entre vous seulement — on regarde du côté de la société.
Passer au réel quand les charges grossissent
Rien de subjectif dans la bascule micro → réel : dès que vos frais réels passent au-dessus de 34 % des recettes, le réel (déclaration contrôlée n° 2035) devient plus intéressant. Pour beaucoup de psychologues, le micro reste gagnant longtemps ; mais un grand cabinet, un loyer élevé, du secrétariat ou le rachat d'une patientèle peuvent faire pencher vers le réel, où ces charges deviennent déductibles. On creuse le calcul dans nos guides micro-BNC ou frais réels et charges déductibles du psychologue.
Maximiser le PER et lisser les revenus
Quand le bénéfice et la TMI montent, le PER entre en jeu (plafond de l'article 154 bis : 10 % du bénéfice dans la limite de 8 PASS + 15 % de la fraction entre 1 et 8 PASS, soit au maximum ≈ 88 911 € en 2026, plancher 4 806 €). Versements libres de préférence, pour s'adapter à des revenus variables : on charge davantage les bonnes années. Pour un revenu exceptionnel ponctuel, le quotient de l'article 163-0 A complète. Le détail dans nos guides PER du psychologue et lisser des revenus irréguliers.
Acheter les murs du cabinet en SCI
Si l'installation est durable, acheter les murs via une SCI à l'impôt sur le revenu permet de constituer un patrimoine pendant que le cabinet paie le loyer. Les loyers de la SCI sont des revenus fonciers, à 17,2 % de prélèvements sociaux (et non 18,6 %). Point capital pour le psychologue : comme vos soins sont exonérés de TVA, vous ne la récupérez pas, et l'option pour assujettir le loyer à la TVA (article 260, 2°) n'a aucun intérêt — c'est l'inverse d'un avocat ou d'un géomètre assujetti. On déroule le montage dans notre guide acheter les murs de son cabinet en SCI.
Faut-il passer en société ?
Quand le bénéfice grossit durablement, la question d'une EURL, SASU ou SEL se pose — mais elle est secondaire pour la majorité. On la traite en détail à la section suivante et dans notre guide statut juridique du psychologue.
Activité mixte : attention à la TVA
Vos soins aux personnes sont exonérés de TVA (article 261, 4-1°). Mais si vous facturez aussi de la formation, du coaching ou conseil en entreprise, de l'expertise judiciaire ou des ateliers, ces activités sont soumises à la TVA à 20 %. Vous devenez alors partiellement assujetti : vous collectez la TVA sur la part taxable et ne récupérez qu'un proratasur vos achats. Ne dites jamais que vos soins sont à 20 %, ni que vous êtes totalement exonéré si vous avez une activité mixte. C'est un point à cadrer avec votre expert-comptable.
Choisir sa structure : EI, EURL, SASU ou SEL
Pour la plupart des psychologues, l'entreprise individuelle (micro-BNC ou réel) suffit : pas de société, pas de complexité. La question d'une société ne se pose qu'avec un bénéfice élevé et durable. Et surtout, il faut séparer trois axes que tout le monde mélange : l'axe fiscal (micro ou réel, IR ou IS), l'axe social (CIPAV en TNS ou régime général en assimilé salarié), et l'axe structure (EI, EURL, SASU, SEL).
| Structure | Régime social du dirigeant | Retraite | Fiscalité | Dividendes |
|---|---|---|---|---|
| EI | TNS | CIPAV | BNC (IR), micro ou réel | — |
| EURL | Gérant associé unique = TNS | CIPAV | IR par défaut / option IS | Part > 10 % du capital cotisée (L. 131-6 CSS) |
| SASU | Président = assimilé salarié | Régime général (CNAV + Agirc-Arrco) | IS de plein droit | Non cotisés, PFU 31,4 % |
| SELARL / SELAS | SELARL = TNS / SELAS = assimilé salarié | SELARL : CIPAV / SELAS : régime général | IS | SELARL > 10 % cotisée / SELAS non cotisée |
La SEL : en principe ouverte, mais à confirmer
Le titre de psychologue étant protégé (loi n° 85-772), la société d'exercice libéral (SELARL ou SELAS) lui est en principe accessible, dans le cadre rénové par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (sur le fondement de la loi n° 90-1258). Nous formulons ce point au conditionnel : il reste à confirmer pour la profession. Et dans neuf cas sur dix, une EURL toute simple fait le même travail qu'une SELAS pour un psychologue, sans le surcoût d'expert-comptable d'une SEL. Quant à la SPFPL (holding de SEL), elle est théoriquement possible mais rarement justifiée au vu des revenus de la profession. À approfondir avec notre guide statut juridique du psychologue et, côté arbitrage, avec BNC ou SELARL.
Le piège des dividendes
Si vous passez à l'IS, l'arbitrage rémunération / dividendes devient central — et un piège guette en EURL ou SELARL (dirigeant TNS) : la fraction de dividendes excédant 10 % du capital, des primes et du compte courant moyen est soumise aux cotisations sociales (article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale), en plus de l'impôt. En SASU ou SELAS (assimilé salarié), les dividendes échappent à ces cotisations (PFU 31,4 %). On déroule cet arbitrage dans nos guides salaire ou dividendes en SEL et dividendes de SEL et cotisations sociales.
En SASU ou SELAS, vous quittez la CIPAV
Point décisif souvent oublié : le président d'une SASU ou d'une SELAS est assimilé salarié (article L. 311-3 du Code de la sécurité sociale) et relève alors du régime général (CNAV + Agirc-Arrco), pas de la CIPAV. Les cotisations y sont plus lourdes, mais les droits diffèrent. À l'inverse, en EI, EURL et SELARL (gérant), vous restez TNS et affilié à la CIPAV. Beaucoup de psychologues le découvrent trop tard : monter une SASU pour « payer moins de charges », c'est aussi sortir de la CIPAV et perdre les trimestres déjà capitalisés. On en parle avant, pas après.
Phase 3 — Maturité : maximiser l'épargne longue
Vers 50-55 ans, le cabinet tourne à plein, les enfants coûtent moins cher et le revenu disponible grimpe : c'est la fenêtre où l'on met vraiment de l'épargne de côté — la décennie où se construit pour de bon le capital privé qui compensera la CIPAV.
Maximiser le PER — mais pas seul
À TMI 30 ou 41 %, le PER devient un levier de premier plan : l'économie d'impôt à l'entrée dépasse largement la fiscalité de sortie, souvent à une tranche plus basse. C'est précisément ce que réclame une retraite CIPAV faible. Mais le seul plafond PER ne suffit pas : il faut combiner PER + assurance-vie/PEA + immobilier. À titre indicatif, viser un complément régulier suppose souvent un capital de plusieurs centaines de milliers d'euros (hypothèses de rendement à afficher et au conditionnel). Le détail dans notre guide PER du psychologue et la vue d'ensemble dans le plan d'épargne retraite.
Plafond PER de l'article 154 bis pour un bénéfice de 60 000 €
Plafond = 10 % × 60 000 + 15 % × (60 000 − 48 060)
= 6 000 + 15 % × 11 940
= 6 000 + 1 791
= 7 791 €- PASS 2026 :48 060 € (arrêté du 22/12/2025)
- 10 % du bénéfice :6 000 €
- 15 % de la fraction (1 à 8 PASS) :1 791 €
- Plafond total :7 791 €
Source : art. 154 bis CGI. Plancher minimal de 4 806 € (10 % du PASS) si le bénéfice est faible, plafond maximal 88 911 € en 2026. À TMI 11 %, ce plafond n'a guère d'intérêt ; à TMI 30-41 %, il devient un levier puissant.
Diversifier : assurance-vie, SCPI, immobilier
On remplit en parallèle l'assurance-vie (souplesse, PS 17,2 %, abattement après 8 ans, transmission optimisée), on construit un revenu complémentaire avec les SCPI et l'immobilier de rendement, et on complète éventuellement avec le PEA pour les actions européennes. L'allocation précise, calée sur votre profil de risque, est détaillée dans nos guides placements du psychologue et assurance-vie.
Note de méthode sur les projections de capital
Dès qu'on parle de « capital à constituer » ou de « rente complémentaire », on raisonne sur des hypothèses de rendement, jamais sur des certitudes. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et tout placement en unités de compte, en SCPI ou en actions comporte un risque de perte en capital et d'illiquidité. Une projection sérieuse teste plusieurs scénarios (prudent, central, favorable) et n'extrapole pas un bon millésime sur trente ans. C'est exactement le travail d'un bilan patrimonial : chiffrer l'effort d'épargne nécessaire pour vous, sous des hypothèses explicites et discutées.
La CIPAV ne fera pas le travail à votre place
C'est la décennie où votre capital privé se construit pour de bon. 1 000 € placés tous les mois à 50 ans, ce n'est pas un luxe : c'est la part de pension que la CIPAV ne paiera pas et qu'il faut bien financer soi-même. Si votre patrimoine devient important, l'IFIpeut entrer dans l'équation, mais cela ne concerne qu'une minorité.
Phase 4 — Fin de carrière & transmission : céder la patientèle
Reste la dernière étape, souvent vers 63-67 ans : revendre le cabinet et liquider sa retraite. On cède la patientèle — le plus souvent sans impôt —, on liquide la CIPAV, et on bascule sur le capital qu'on s'est construit faute de pension suffisante.
Une cession libre, sans charge ni droit de présentation
Le psychologue exerce une profession à titre protégé mais sans ordre ni monopole d'actes. Conséquence concrète : la cession de la patientèle ou de la clientèle est libre— il n'y a ni charge, ni office, ni « droit de présentation » comme chez un officier ministériel (notaire, commissaire de justice). On cède un fonds libéral et une patientèle, le plus souvent assortis de clauses de présentation et de non-concurrence.
Trois exonérations de plus-value professionnelle
La plus-value de cession est une plus-value professionnelle. Trois dispositifs peuvent l'effacer, et le psychologue à recettes modérées est souvent éligible au premier :
- Article 151 septies — exonération totale si les recettes sont ≤ 90 000 € (dégressive jusqu'à 126 000 €), activité exercée depuis ≥ 5 ans. Elle efface l'IR et les prélèvements sociaux. Fréquent chez le psychologue.
- Article 238 quindecies — exonération totale si la valeur de cession est ≤ 500 000 € (dégressive jusqu'à 1 000 000 €).
- Article 151 septies A (départ en retraite) — IR exonéré, mais prélèvements sociaux de 18,6 % DUS ; cessation et liquidation des droits dans les 24 mois.
Plus-value professionnelle de cession (hors exonération)
PV pro long terme = 12,8 % d'IR + 18,6 % de PS = 31,4 % (le 151 septies A exonere l'IR mais PAS les 18,6 % de PS)
- IR sur PV long terme :12,8 % (PFU, art. 200 A CGI)
- Prélèvements sociaux 2026 :18,6 % (plus-value professionnelle)
- Total hors exonération :31,4 %
Attention : une cession de patientèle est une plus-value PROFESSIONNELLE → 18,6 % de PS, jamais 17,2 %. Le 151 septies A (départ retraite) n'est pas une exonération totale : il laisse les 18,6 % dus.
Si vous exercez en société, c'est différent : la cession des parts d'EURL, d'actions de SASU ou de parts de SEL relève de la plus-value mobilière (PFU 12,8 % + 18,6 % = 31,4 %), avec l'abattement fixe de 500 000 € du dirigeant partant en retraite (article 150-0 D ter, conditions et prorogation 2026 à confirmer). Les droits d'enregistrement (article 719 : 0 % jusqu'à 23 000 €, 3 % de 23 000 à 200 000 €, 5 % au-delà) sont à la charge de l'acquéreur. Et au-delà de la cession, on prépare la succession et la transmission de l'immobilier en démembrement de propriété, pendant qu'on liquide la retraite CIPAV.
Préparer une cession exonérée, dans le bon calendrier
Un CGP indépendant vérifie le seul chiffre qui décide de l'exonération — vos recettes — et la fenêtre de 24 mois après l'arrêt, pour choisir avec vous le bon dispositif (151 septies, 238 quindecies ou 151 septies A) et caler la transmission de votre patrimoine.
Trois psychologues, trois stratégies
On voit défiler ces trois cas au cabinet ; leurs priorités n'ont presque rien en commun. Les montants sont des illustrations 2026, à recalculer pour votre situation — et aucune valeur de pension CIPAV n'y est avancée comme certaine.
Cas n°1 — Camille, 29 ans, psychologue à domicile · recettes 38 000 € · TMI 11 % (profil MODESTE)
Régime : charges réelles ≈ 6 000 € (15 % des recettes), bien sous 34 % → le micro-BNC est gagnant. Base imposable = 38 000 × 66 % = 25 080 € (abattement de 12 920 €).
Priorités : une prévoyance Madelin (arrêt, invalidité, décès) et une épargne de précaution de 6 mois (≈ 12 000 €) sur livret et compte à terme. Puis une assurance-vieen versements souples, même à petite dose : à 29 ans, 100 € par mois sur une assurance-vie ouverte tôt pèsent plus, sur trente ans, qu'un gros versement à 45 ans.
PER écarté : à TMI 11 %, déduire un versement n'économise que 11 % d'impôt, repris pour partie à la sortie (PS 18,6 % sur les gains), pour un argent bloqué jusqu'à la retraite. Camille reste à la CIPAV(TNS). La leçon : sans surdimensionner, on sécurise d'abord.
Cas n°2 — Thomas, 46 ans, cabinet plein · recettes 72 000 € · TMI 30 % (profil MOYEN)
Régime : charges réelles ≈ 30 000 € (loyer, secrétariat, supervision, formation) > 34 % → passage au réel (2035). Bénéfice ≈ 42 000 €.
PER : plafond 154 bis = 10 % × 42 000 = 4 200 €, relevé au plancher de 4 806 €. Un versement de 4 806 € à TMI 30 % → ≈ 1 442 € d'IR économisés. En parallèle, murs du cabinet en SCI à l'IR (loyers à 17,2 % de PS), assurance-vie et SCPI pour diversifier.
Société ? Thomas reste en EI au réel (donc CIPAV). Une EURL ou SASU ne s'étudie que si le bénéfice franchit durablement ~50-60 k€ → voir notre guide statut juridique. La pile : prévoyance → PER → immobilier.
Cas n°3 — Sophie, 55 ans, activité mixte soins + formation · CA 140 000 € · TMI 41 % (HAUTS REVENUS)
TVA : ses soins sont exonérés (261, 4-1°), mais sa formation en entreprise est soumise à 20 % → assujettissement partiel et prorata de déduction. Bénéfice ≈ 95 000 €.
Structure : c'est le seul profil où une société est vraiment pertinente. En SASU/SELAS (assimilé salarié, régime général), dividendes non cotisés au PFU 31,4 % ; en EURL/SELARL (TNS, CIPAV), attention aux dividendes > 10 % du capital, cotisés (L. 131-6). PER chargé à son plafond 154 bis, ici de l'ordre de 16 500 €pour un bénéfice de 95 000 € (hors report des plafonds non utilisés) : à 41 %, l'économie d'IR est forte (≈ 6 800 €).
Au-delà : immobilier, éventuellement holding de droit commun (rare), IFI si le patrimoine franchit le seuil. C'est le profil traité en détail dans notre guide psychologue à hauts revenus.
Le bon réflexe : PER à TMI haute, assurance-vie à TMI basse
C'est l'arbitrage que l'on refait à chaque versement. Le PER ne « rapporte » que votre TMI à l'entrée : à 11 %, l'avantage est faible et largement repris à la sortie, et l'argent reste bloqué jusqu'à la retraite. À 30-41-45 %, l'équation s'inverse et le PER devient le meilleur levier pour compenser la CIPAV. Les gains du PER supportent 18,6 % de prélèvements sociaux à la sortie.
À TMI basse, l'assurance-viegagne presque toujours : prélèvements sociaux à 17,2 % (contre 18,6 % sur les gains du PER), abattement de 4 600 / 9 200 € après 8 ans, souplesse totale (pas de blocage) et transmission optimisée. Le PEA complète pour les actions européennes (exonération d'IR après 5 ans).
PER — la retraite déductible
Points forts
- Versements déductibles : économie d'impôt à l'entrée proportionnelle à la TMI (très fort à 41-45 %)
- Idéal pour compenser une retraite CIPAV faible
- Versements libres : on charge les bonnes années
Points de vigilance
- Argent bloqué jusqu'à la retraite (sauf déblocages anticipés)
- Gains taxés à 18,6 % de PS à la sortie ; intérêt faible à TMI 11 %
Assurance-vie — la souplesse
Points forts
- Disponible à tout moment, prélèvements sociaux à 17,2 %
- Abattement de 4 600 / 9 200 € sur les gains après 8 ans
- Transmission optimisée hors succession
Points de vigilance
- Pas d'économie d'impôt à l'entrée
- Moins efficace que le PER quand la TMI est très élevée
La règle de réflexe : on charge le PER quand la tranche le mérite, on privilégie l'assurance-vie à TMI basse, et on combine les deux en maturité. Le détail de cet arbitrage dans nos guides PER du psychologue, placements du psychologue, plan d'épargne retraite et assurance-vie.
Les garde-fous : CIPAV, TVA, statut, prélèvements
Voici les confusions qu'on corrige le plus souvent en rendez-vous avec des psychologues — celles qui coûtent un redressement, une exonération perdue ou un montage inutile.
| Idée reçue | Réalité |
|---|---|
| « Le psy est à la SSI pour sa retraite de base » | NON : base CNAVPL par points + complémentaire CIPAV (art. L. 640-1 CSS). La SSI ne gère que maladie et famille |
| « Mes consultations sont soumises à la TVA » | NON : soins exonérés (261, 4-1°). Seuls formation, conseil en entreprise et expertise sont à 20 % |
| « Céder ma patientèle, c'est un droit de présentation » | NON : cession LIBRE, pas d'ordre ni de monopole (titre protégé, loi 85-772) |
| « La cession de patientèle, c'est 17,2 % de PS » | NON : plus-value professionnelle = 18,6 % de PS en 2026 |
| « Tout psy à gros revenus a intérêt à une SEL ou une holding » | RAREMENT : seulement cabinet plein + activité mixte ; la SPFPL est rarement justifiée |
TVA : exonéré ne veut pas dire récupérer (ni 20 % sur les soins)
Les soins du psychologue sont exonérés de TVA (article 261, 4-1°) : vos notes d'honoraires portent la mention « TVA non applicable, article 261-4-1° du CGI », et vous ne récupérez aucune TVA sur vos achats (raisonnez en TTC). Mais ne basculez pas dans l'excès inverse : si vous facturez de la formation, du conseil en entreprise ou de l'expertise, cette part est soumise à 20 %et vous devenez partiellement assujetti. On ne dit jamais « les soins sont à 20 % », ni « je suis totalement exonéré » quand l'activité est mixte.
Le mythe du « montage de hauts revenus » à plaquer partout
SEL, holding, arbitrage rémunération/dividendes : ce sont d'excellents outils — pour la minorité de psychologues à hauts revenus, souvent à activité mixte. Pour la majorité, à revenus modestes ou moyens, ils sont surdimensionnés et coûtent plus en frais qu'ils ne rapportent. Le bon réflexe est l'inverse de la sophistication : micro-BNC ou réel, prévoyance, PER calibré sur la TMI, assurance-vie. Pour comparer avec un profil très proche, voyez notre guide parallèle gestion de patrimoine de l'ostéopathe (même caisse CIPAV, mêmes soins exonérés) ; et pour les hauts revenus, notre guide psychologue à hauts revenus.

