Construisez votre stratégie SCPI avec un expert indépendant
SCPI de rendement, crédit, usufruit, fiscalité ou assurance-vie : nous comparons les bonnes structures et les bons supports selon vos objectifs.
Votre Interlocuteur Sur Ce Sujet
Quentin Hagnéré
CGP indépendant spécialisé en allocation SCPI
Quentin Hagnéré accompagne les investisseurs sur la sélection de SCPI, les modes de détention, le recours au crédit et l'articulation avec l'assurance-vie, l'IFI et la retraite.
Votre cabinet a signé une belle année. Après l'encaissement d'un solde de mission — un bornage contradictoire enfin acté, une division parcellaire livrée, une mission de copropriété soldée — il y a, sur le compte courant de la société, 150 000, 200 000, parfois 400 000 € qui ne rapportent presque rien pendant que l'inflation les grignote. À 2 % d'inflation, 200 000 € laissés sur le compte perdent près de 4 000 € de pouvoir d'achat chaque année. Beaucoup de confrères font l'un ou l'autre : ils sortent tout, ou ils ne touchent à rien. Les deux vous coûtent de l'argent, pour des raisons opposées — sortir le cash se paie cher, mais tout immobiliser non plus, parce que vos revenus sont en dents de scie et que vous devez garder de quoi tenir entre deux missions.
La bonne question n'est donc pas « où placer ? » mais d'abord « quelle part placer ? ». Il faut trier le matelas de précaution — l'argent qui doit rester disponible pour absorber les creux d'activité — de l'excédent durable, celui que vous pouvez immobiliser sans y toucher. Et un point qu'on oublie presque toujours : à l'IS, votre société ne paie aucun prélèvement social sur ses placements — ni les 17,2 %, ni les 18,6 %. Là où sortir la trésorerie en dividendes coûte 31,4 % en 2026, plus des cotisations CIPAV au-delà de 10 % du capital, capitaliser dans la société à l'impôt sur les sociétés (15 ou 25 %) l'emporte nettement tant qu'il n'y a pas de besoin personnel.
Chez Hagnéré Patrimoine (ORIAS 23002291, CIF membre CNCEF Patrimoine, COA, COBSP), nous structurons la trésorerie excédentaire des SEL de géomètres-experts, à Chambéry et partout en France. On commence par trier ce qui peut être placé de ce qui doit rester disponible, on passe ensuite en revue les cinq enveloppes possibles à l'IS (compte à terme, contrat de capitalisation de personne morale, OPCVM, SCPI, remontée en SPFPL), et on finit par les limites à ne pas franchir — objet social et règles de l'Ordre des géomètres-experts. Le résumé est juste en dessous.
L'essentiel avant d'entrer dans le détail
- Triez avant de placer. Vos revenus de mission sont irréguliers : gardez un matelas renforcé de 6 à 12 mois de charges fixes en liquidité, et ne placez que l'excédent durable.
- Sortir coûte cher. Les dividendes coûtent 31,4 % de PFU en 2026, plus, pour le gérant majoritaire, des cotisations CIPAV sur la fraction supérieure à 10 % du capital (art. L. 131-6, III du CSS). Capitaliser dans la société à l'IS (15 / 25 %) est souvent plus malin.
- 5 enveloppes à l'IS. Compte à terme, contrat de capitalisation PM (frottement ≈ 0,9 %/an via l'art. 238 septies E), OPCVM monétaires et obligataires, SCPI détenues par la société, remontée en holding ou SPFPL de géomètres-experts. Pas d'assurance-vie : elle est interdite à une personne morale.
Avertissement — Conformité CMF L. 533-13
Ce guide a une vocation strictement informative et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement individualisé, ni une recommandation personnalisée au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Les rendements indiqués sont des estimations brutes ou nettes d'IS, hors frais propres à chaque produit, et susceptibles de varier. Les contrats de capitalisation, SCPI et OPCVM comportent un risque de perte en capital. La fiscalité des SEL et SPFPL de géomètres-experts relève d'analyses au cas par cas : chaque décision doit faire l'objet d'une étude personnalisée et, le cas échéant, d'une vérification auprès de l'Ordre des géomètres-experts. Hagnéré Patrimoine est CIF membre de la CNCEF Patrimoine (ORIAS 23002291), COA, COBSP.
Sommaire — 13 sections
- 1. Pourquoi la trésorerie de votre cabinet dort (et ce que ça coûte)
- 2. Trésorerie d'exploitation vs excédentaire : la règle des 3 poches
- 3. Sortir en dividendes ou capitaliser dans la SEL ? Le double coût
- 4. La société à l'IS ne paie aucun prélèvement social
- 5. Solution 1 — Le compte à terme : capital garanti, court terme
- 6. Solution 2 — Le contrat de capitalisation PM (art. 238 septies E)
- 7. Solution 3 — OPCVM monétaires et obligataires : doser par poche
- 8. Solution 4 — SCPI détenues par la société
- 9. Solution 5 — Remonter en SPFPL de géomètres-experts
- 10. Le garde-fou : objet social, Ordre des géomètres-experts, TVA 20 %
- 11. Cas chiffré : 200 000 € — compte à terme vs capi PM sur 5 ans
- 12. Votre feuille de route : du matelas à l'excédent qui travaille
- 13. FAQ — 12 questions de géomètres-experts
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en Gestion de Patrimoine — CIF, COA, COBSP — ORIAS 23002291
Quentin Hagnéré dirige Hagnéré Patrimoine, cabinet de gestion de patrimoine et de fortune basé à Chambéry. CIF membre CNCEF Patrimoine, COA, COBSP inscrit à l'ORIAS sous le numéro 23002291.
Comment placer la trésorerie excédentaire d'une SEL de géomètre-expert ?
On commence par conserver un matelas de 6 à 12 mois de charges fixes en liquidité, indispensable quand les revenus de bornage et de division sont en dents de scie. L'excédent durable se place ensuite dans la société à l'IS, par horizon : compte à terme pour le court terme, contrat de capitalisation de personne morale (art. 238 septies E, ≈ 0,9 %/an de frottement) et SCPI pour le long terme, ou remontée en SPFPL. Capitaliser dans la société coûte moins (IS 15 / 25 %) que sortir le cash en dividendes (31,4 % + cotisations CIPAV). Le placement doit rester accessoire à l'objet social de la SEL.
1. Pourquoi la trésorerie de votre cabinet dort (et ce que ça coûte)
Le cash laissé sur le compte courant bancaire de la société n'est pas rémunéré. Pire : son rendement réel est négatif, car l'inflation érode chaque année son pouvoir d'achat. Une trésorerie qui « ne bouge pas » n'est donc pas neutre : personne ne vous envoie de relevé pour ça, mais le cash perd du pouvoir d'achat tous les ans.
1.1. Trésorerie comptable, disponible, excédentaire : trois choses différentes
Chez le géomètre-expert plus qu'ailleurs, le solde du compte est trompeur. La trésorerie gonfle à l'encaissement d'un solde de mission (un bornage acté, une division parcellaire livrée, la facturation d'une mission de copropriété), puis fond pendant les phases de levés topographiques, d'études et de procédures non encore facturées. Le solde d'un jour donné flatte l'œil, mais une partie de ce cash est déjà promise aux charges des mois creux. Le solde que vous voyez le matin n'est pas votre trésorerie : une partie est déjà partie en charges (la trésorerie comptable n'est que le solde brut), une autre est promise aux engagements à court terme (ce qui reste, c'est la trésorerie disponible). Ce qui demeure vraiment libre — la trésorerie réellement excédentaire — est la seule poche qu'on place sur le long terme.
Le coût de l'immobilisme
À 2 à 3 %/an d'inflation, 100 000 € qui dorment sur le compte courant perdent environ 2 000 à 3 000 € de pouvoir d'achat par an, soit de l'ordre de 10 à 14 % sur cinq ans. Placé dans la société à l'IS sur un produit qui rapporte ne serait-ce que 2,5 à 3,5 % brut, ce capital arrête de fondre et commence enfin à produire quelque chose. Le tout sans le sortir — donc sans le coût de la distribution.
La suite logique est de séparer la trésorerie d'exploitation — celle qui doit rester à portée de main — de l'excédent. On fait ce tri juste après.
2. Trésorerie d'exploitation vs excédentaire : la règle des 3 poches quand les revenus sont en dents de scie
Là où un confrère salarié touche un revenu régulier, vous, vous encaissez par à-coups : c'est toute la différence, et elle commande la façon de ranger la trésorerie. On la répartit en trois poches, chacune avec son horizon et son support.
2.1. Combien garder en réserve quand on ne sait pas de quoi sera fait le prochain trimestre
Commençons par la poche 1, de précaution : elle couvre le besoin en fonds de roulement et les creux entre deux missions. Parce que les revenus d'un géomètre-expert sont irréguliers, ce matelas doit être renforcé par rapport à un profil régulier : on vise 6 à 12 mois de charges fixes (loyer du cabinet, salaires et charges sociales des techniciens et dessinateurs, cotisations URSSAF et CIPAV, IS provisionnel) conservés en liquidité totale — compte courant rémunéré, livret professionnel, compte à terme court ou fonds monétaire. C'est l'argent qui vous permet de traverser un retard de paiement d'un maître d'ouvrage public ou une période creuse sans avoir à courir après un découvert ou à reporter les salaires.
2.2. Acomptes clients et sommes dues : de la trésorerie « fragile » à ne pas immobiliser
Attention aux faux excédents. Les acomptes perçus sur des missions en cours, les sommes destinées à un sous-traitant ou à un confrère co-traitant, la TVA collectée à reverser : ça gonfle le solde, mais ça ne vous appartient pas vraiment — laissez-le tranquille. Ne placez sur le long terme que ce qui reste une fois ces engagements retranchés.
Vient ensuite la poche 2, de sécurité rémunérée (horizon 1 à 3 ans) : elle se place en compte à terme, idéalement en escalier d'échéances — capital garanti, liquidité qui revient régulièrement. Reste enfin la poche 3, de capitalisation longue (horizon supérieur à 5 ans), qui accueille l'excédent durable : contrat de capitalisation PM, SCPI, ou remontée en SPFPL. C'est elle qui « doit travailler ».
| Poche | Objet | Horizon | Support |
|---|---|---|---|
| 1. Précaution / exploitation | Creux de mission, BFR, retards de paiement | 0 à 12 mois | Compte courant, livret pro, CAT court, fonds monétaire |
| 2. Sécurité rémunérée | Faire fructifier sans risque, garder l'accès | 1 à 3 ans | Compte à terme (escalier d'échéances) |
| 3. Capitalisation longue | Excédent durable qui doit travailler | > 5 ans | Contrat de capi PM, SCPI, holding / SPFPL |
Reste un point qu'on ne peut pas ignorer : chaque poche doit tenir dans l'objet social (art. L. 223-18 du Code de commerce pour une SELARL, L. 227-6 pour une SELAS), la liquidité et l'horizon — points que nous détaillons à la section 10. Et si votre vrai sujet est de lisser la fiscalité personnelle de vos revenus en dents de scie (ce qui est différent de la trésorerie de la société), voir revenus irréguliers en profession libérale : comment lisser.
Trier votre trésorerie avant de la placer
Matelas de précaution, excédent durable, objet social : nous auditons la trésorerie de votre SEL de géomètre-expert pour ne placer que ce qui peut l'être, sans fragiliser votre activité de terrain.
3. Sortir en dividendes ou capitaliser dans la SEL ? Le double coût du géomètre
Avant de choisir une enveloppe, il faut comprendre pourquoi on capitalise dans la société plutôt que de sortir le cash. Pour le gérant majoritaire de SELARL, la sortie en dividendes se paie deux fois.
3.1. La fraction au-delà de 10 % du capital : pourquoi la sortie devient chère
D'abord le fisc. Le prélèvement forfaitaire unique : sous le seuil de 10 % du (capital social + primes d'émission + solde moyen du compte courant d'associé), les dividendes supportent le PFU, qui passe à 31,4 % en 2026 (12,8 % d'impôt + 18,6 % de prélèvements sociaux, après le relèvement de la CSG du capital à 10,6 % par la LFSS 2026, loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025). À TMI 41 ou 45 %, l'option pour le barème renchérit souvent encore le coût.
Ensuite l'Urssaf. La fraction de dividendes excédant 10 % du (capital + primes + compte courant d'associé) est, pour le gérant majoritaire de SELARL, réintégrée dans l'assiette des cotisations sociales du régime des travailleurs non salariés — affiliation CIPAV pour le géomètre-expert (art. L. 131-6, III, 2° du CSS). Le dispositif a été validé par le Conseil constitutionnel (décision n° 2010-24 QPC du 6 août 2010), ses modalités précisées par le Conseil d'État (27 mai 2011, n° 328905). Le coût social, lui, ajoute plus de dix points.
La SPFPL ne fait pas écran (mais une nuance s'impose)
On lit parfois qu'interposer une SPFPL entre vous et la SEL ferait échapper les dividendes aux cotisations. La Cour de cassation (2e civ., 19 octobre 2023, n° 21-20.366) a jugé l'inverse : la fraction supérieure à 10 % reste réintégrée dans l'assiette des cotisations du professionnel même lorsque les titres de la SEL sont détenus via une SPFPL. Une réponse ministérielle (Rép. min. Anglars, JO Sénat du 27 février 2025) a toutefois précisé que cette réintégration ne joue par principe que pour les personnes physiques et vise pour l'essentiel la SEL unipersonnelle dont l'associé unique est le seul professionnel exerçant (cas d'interposition jugé abusif). La prudence reste de mise au cas par cas : la holding n'est pas un écran fiscal automatique.
SELARL (TNS) vs SELAS (assimilé salarié)
Le traitement social des dividendes diffère selon la forme. Le gérant majoritaire de SELARL est un travailleur non salarié (TNS) : ses dividendes supérieurs à 10 % du capital sont cotisés (CIPAV). Le président de SELAS est un assimilé salarié, et ses dividendes y ont historiquement échappé aux cotisations TNS — un point sous surveillance anti-abus, dont l'état du droit 2026 est à confirmer au cas par cas. C'est un élément du choix de structure, pas le cœur du sujet de la trésorerie.
3.2. La conclusion : ni sortir, ni dormir, mais placer
Tant qu'il n'y a pas de besoin de consommation personnel, capitaliser dans la société à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 %) coûte mécaniquement moins que sortir le cash à 31,4 % majoré, le cas échéant, des cotisations CIPAV. La trésorerie reste dans la société et y fructifie ; la sortie ne se justifie que pour un vrai besoin personnel. Le détail du calcul social figure dans dividendes de SEL et cotisations sociales, et l'arbitrage rémunération / dividendes dans géomètre-expert : salaire ou dividendes en SELARL. Si, au contraire, vous voulez sortir pour placer à titre personnel, lisez où placer votre argent personnel de géomètre à 41 % de TMI.
4. La société à l'IS ne paie aucun prélèvement social (l'idée-force)
Voici l'angle mort qui fait toute la différence entre placer à titre personnel et placer dans la société : le prélèvement forfaitaire unique et les prélèvements sociaux (17,2 % ou 18,6 %) ne frappent que les personnes physiques (CSS, art. L. 136-8). Dans une SEL ou une holding à l'IS, les produits de placement — intérêts d'un compte à terme, gains d'OPCVM, produit d'un contrat de capitalisation — sont des produits financiers imposés au résultat ordinaire à l'impôt sur les sociétés, et rien d'autre.
Le taux d'IS est de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous conditions PME : chiffre d'affaires inférieur à 10 M€, capital entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques), puis 25 % au-delà (art. 219 du CGI). Ce seuil de 42 500 € est maintenu en 2026. Résultat : un placement logé dans la société est taxé au pire à 25 %, là où le sortir pour le placer à titre personnel coûte d'abord 31,4 % de PFU (voire plus avec les cotisations CIPAV) — avant même que l'argent ne commence à travailler.
Placer dans la société vs sortir puis placer : le coût d'entrée comparé
Sur 200 000 EUR de tresorerie excedentaire : CAPITALISER DANS LA SEL (a l IS) Cout d entree = 0 EUR (le cash est deja dans la societe) Les produits du placement sont imposes a l IS : 15 % (<= 42 500 EUR de benefice) ou 25 % AUCUN prelevement social (17,2 / 18,6 % = personnes physiques uniquement) SORTIR PUIS PLACER A TITRE PERSONNEL Dividende brut = 200 000 EUR PFU 31,4 % (12,8 IR + 18,6 PS) = - 62 800 EUR (+ cotisations CIPAV sur la part > 10 % du capital, gerant majoritaire) Capital net a placer = environ 137 200 EUR (avant cotisations CIPAV eventuelles)
Le PFU et les prélèvements sociaux ne s'appliquent qu'aux personnes physiques : une société à l'IS en est hors champ. La dualité 17,2 / 18,6 % ne sert donc qu'à mesurer le coût d'une sortie en dividendes, jamais le coût d'un placement logé dans la société. C'est pourquoi, en l'absence de besoin personnel, on capitalise dans la SEL.
5. Solution 1 — Le compte à terme : capital garanti, court terme
C'est le réflexe de base pour la poche 2 et le matelas de précaution rémunéré. Le capital est garanti (garantie FGDR à hauteur de 100 000 € par établissement et par déposant), la liquidité est paramétrée par la durée choisie (un préavis ou une pénalité s'applique en cas de sortie anticipée). Aucune mauvaise surprise possible : c'est l'outil quand le mot d'ordre est « ne pas perdre tout en gardant la main ». Les taux bruts du marché 2026 se situent, selon la durée et l'établissement, autour de 2,2 à 3,4 % (à vérifier au moment de la souscription).
Et fiscalement, le piège serait de raisonner comme un particulier : dans une société à l'IS, les intérêts sont imposés à l'impôt sur les sociétés l'année de leur perception (au résultat ordinaire, 15 % ou 25 %), sans différé. Il n'y a ni PFU, ni prélèvements sociaux : ce sont des produits financiers de la société.
5.1. L'escalier de comptes à terme pour suivre le rythme des missions
La stratégie la mieux adaptée aux revenus en dents de scie est l'escalier de CAT : au lieu d'immobiliser une grosse somme sur une seule échéance, on ouvre plusieurs comptes à terme d'échéances décalées (par exemple 3, 6, 12 et 24 mois). De la liquidité revient ainsi régulièrement, prête à absorber un creux d'activité ou à être réinvestie si les taux montent. Le fonctionnement détaillé et les taux 2026 figurent dans le compte à terme d'entreprise en 2026.
Le bon usage du compte à terme
Le compte à terme, c'est la ceinture de sécurité : date et montant fixés à l'avance, et aucun aléa de marché. Vous savez le 3 janvier ce que vous toucherez le 3 janvier suivant. Il convient au matelas de précaution et à la poche de court terme. Son inconvénient : les intérêts sont taxés à l'IS chaque année, sans le différé qu'offre le contrat de capitalisation — c'est pourquoi on lui réserve le court-moyen terme, et non l'excédent durable.
6. Solution 2 — Le contrat de capitalisation de personne morale (art. 238 septies E)
Pour la trésorerie qui dort longtemps (poche 3), c'est l'outil de référence — à condition de ne pas le confondre avec une assurance-vie, ce que font beaucoup de mes clients géomètres.
6.1. Pourquoi une société souscrit une capitalisation et jamais une assurance-vie
Une personne morale ne peut pas souscrire d'assurance-vie : il n'y a pas de tête à assurer sur laquelle reposer le risque. En revanche, elle peut souscrire un contrat de capitalisation (Code des assurances, art. L. 132-1), qui est une simple enveloppe d'investissement. Des assureurs proposent des versions dédiées aux personnes morales. Pour la version personnelle (vous, en direct), voir le guide de l'assurance-vie.
6.2. Les 105 % du TME : comment se calcule l'impôt chaque année
Au lieu d'imposer le rendement réel du contrat, l'article 238 septies E du CGI (doctrine BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-10) impose chaque année une assiette forfaitaire égale à 105 % du dernier TME connu à la souscription, appliquée à la valeur de souscription. Le TME (Taux Moyen des Emprunts d'État) est publié mensuellement et figé à la date de souscription pour toute la durée du contrat. L'assiette ainsi obtenue est imposée au taux de l'IS, et le produit réel n'est régularisé qu'au dénouement (rachat), sous déduction des produits déjà taxés forfaitairement.
Calcul de la fiscalité forfaitaire du contrat de capi PM (art. 238 septies E CGI)
Assiette annuelle imposable a l IS = 105 % x TME a la souscription x Valeur de souscription Exemple avec un TME proche de 3,58 % (debut 2026) : Assiette annuelle = 105 % x 3,58 % = 3,76 % de la valeur de souscription IS a 25 % = environ 0,94 % de la valeur de souscription Sur 200 000 EUR souscrits : Reintegre chaque annee au benefice = environ 7 518 EUR (105 % x 3,58 % x 200 000) IS supplementaire annuel = environ 1 880 EUR (taux IS 25 %) Frottement annuel = environ 0,94 % de la souscription Au denouement (rachat) : Regularisation IS = produit reel - produits deja taxes forfaitairement
Le TME retenu est celui du mois de souscription, puis figé pour toute la durée (valeur à reverifier au mois réel). Le frottement de 0,94 %/an suppose le taux IS de 25 % ; si la fraction de bénéfice reste au taux réduit de 15 % (≤ 42 500 €), il tombe à environ 0,56 %/an. Surtout : si le contrat performe au-dessus de 3,76 % brut, il est taxé chaque année sur MOINS que son rendement réel, l'excédent se capitalisant en différé jusqu'au rachat. C'est tout l'intérêt du capi PM dans le contexte de taux 2026.
Note de méthode — comment lire ces projections
Les chiffres ci-dessus illustrent un mécanisme fiscal (l'assiette forfaitaire de l'art. 238 septies E), pas une promesse de performance. Le rendement réel d'un contrat de capitalisation dépend des supports choisis (fonds en euros, unités de compte) et n'est jamais garanti : les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et les unités de compte comportent un risque de perte en capital. Le TME est figé au mois réel de souscription. Nos calculs sont des ordres de grandeur destinés à comparer des structures, pas un conseil personnalisé.
6.3. Le report d'impôt, vrai atout du capi PM
Le vrai atout du capi, c'est le report d'impôt. Tant que le contrat performe au-dessus de l'assiette forfaitaire de 3,76 %, tout l'excédent capitalise sans frottement jusqu'au rachat. Sur dix ans, l'écart avec un compte à terme taxé chaque année peut atteindre plusieurs milliers d'euros sur 200 000 € placés. Réservez-le donc à l'argent que vous ne toucherez pas avant cinq à dix ans.
Le piège des prélèvements sociaux à ne pas commettre
On lit partout que le contrat de capitalisation supporte 17,2 % de prélèvements sociaux : c'est vrai pour un particulier, pas pour votre société. Les prélèvements sociaux (CSS, art. L. 136-8) ne frappent que les personnes physiques. Un contrat de capitalisation détenu par une SEL ou une holding à l'IS est hors champ des prélèvements sociaux : c'est l'impôt sur les sociétés qui s'applique, selon le mécanisme forfaitaire ci-dessus. Et au dénouement ou à la transmission, ce contrat ne bénéficie d'aucun abattement de l'assurance-vie (ni les 152 500 € de l'art. 990 I, ni les 30 500 € de l'art. 757 B) : il relève des droits de mutation de droit commun pour sa valeur de rachat. Son intérêt est la capitalisation différée, pas la transmission.
Le tronc commun à toutes les professions libérales — y compris le détail des supports et des frais — figure dans placer la trésorerie de sa SEL.
7. Solution 3 — OPCVM monétaires et obligataires : doser le rendement par poche
En 30 secondes — l'OPCVM, à loger dans le bon contenant
Les fonds monétaires, obligataires et les unités de compte diversifiées sont le moteur de rendementde votre trésorerie. Le réflexe : les loger à l'intérieur du contrat de capitalisation PM pour profiter du lissage forfaitaire de l'art. 238 septies E. Détenus en directpar la société, ils sont au contraire taxés à l'IS sur l'écart de valeur liquidative chaque année, même sans vente (art. 209-0 A du CGI). Le même fonds obligataire vous coûtera plus cher en direct que logé dans un contrat de capi : choisissez l'enveloppe avant le support.
Logés dans le contrat de capitalisation PM ou en compte-titres de la société, les organismes de placement collectif permettent d'ajuster le couple rendement / risque à chaque poche : fonds monétaires (court terme, faible volatilité, rendement indexé sur les taux courts), fonds obligataires ou datés (moyen terme), et unités de compte diversifiées (long terme).
Deux points de vigilance. D'abord le risque : hors fonds monétaires, ces supports comportent un risque de perte en capital (à la différence du compte à terme à capital garanti). Sur ce point, je suis direct avec mes clients géomètres : personne ne peut vous garantir le rendement d'un fonds obligataire. Ensuite la fiscalité : un OPCVM détenu en directpar une personne morale relève d'un mécanisme d'évaluation annuelle à la valeur liquidative (art. 209-0 A du CGI), sauf pour les OPCVM composés à 90 % au moins d'actions éligibles ; les fonds monétaires et obligataires sont donc taxés à l'IS sur l'écart de valeur liquidative chaque année, même sans vente — sans différé. Logés dans un contrat de capitalisation, ces mêmes supports profitent au contraire du lissage forfaitaire de l'art. 238 septies E : c'est souvent plus simple et plus efficace.
Adosser le support à l'horizon de la poche
La règle est simple : monétaire pour la poche 2 (court terme, on veut de la stabilité et de la liquidité) ; obligataire et unités de compte pour la poche 3 (long terme, on accepte de la volatilité en échange d'un rendement espéré supérieur). L'erreur que je vois le plus souvent : un géomètre qui loge l'avance d'une mission de plusieurs mois sur un fonds actions, et qui doit vendre à perte quand le solde tarde.
Reste l'excédent que vous ne toucherez vraiment pas avant huit ou dix ans. Celui-là peut viser de l'immobilier de rendement, via des parts de SCPI détenues par la société.
8. Solution 4 — SCPI détenues par la société
Une SEL ou une holding à l'IS peut détenir des parts de SCPI. À réserver strictement à l'excédent que vous immobilisez 8 à 10 ans : la revente de parts de SCPI n'est jamais immédiate. En pleine propriété, les loyers sont imposés à l'IS au réel, et les parts peuvent être amorties comptablement (régime IS), ce qui réduit la base imposable ; en contrepartie, la liquidité est faible.
Objet social : un point de vigilance immobilier
Un placement immobilier purement patrimonial et de long terme est plus fragile au regard de l'objet d'exercice libéral de la SEL de géomètres-experts. Deux solutions : cadrer l'opération en assemblée générale (élargissement de la clause d'objet, documentation de la décision), ou loger les SCPI dans une holding patrimoniale dédiée — distincte de la SPFPL à objet limité, dont nous parlons à la section suivante.
Note de méthode — lire un rendement de SCPI
Les taux de distribution affichés par les SCPI sont des données passées : les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et la SCPI comporte un risque de perte en capitalainsi qu'un risque de liquidité (le rachat des parts n'est pas garanti). Le rendement net dans une société à l'IS dépend en outre du traitement comptable retenu (loyers imposés au réel, amortissement éventuel des parts). Aucun chiffre cité ici n'est une promesse : il s'agit d'ordres de grandeur, à valider au cas par cas avant tout engagement.
Le montage complet — SCPI en pleine propriété, usufruit temporaire, amortissement, articulation avec la holding — est détaillé dans le guide dédié investir l'excédent du cabinet de géomètre en SCPI, et le fonctionnement général des SCPI dans le guide complet des SCPI.
9. Solution 5 — Remonter en SPFPL de géomètres-experts pour capitaliser
Plutôt que de placer dans la SEL, on peut remonter les dividendes vers une structure supérieure pour y capitaliser. C'est le levier des géomètres-experts qui accumulent durablement.
La règle simple : holding ou SEL pour placer ?
Tant que vous placez l'excédent d'une seule société, le faire dans la SEL est le plus simple. La holding prend tout son sens quand vous accumulez sur plusieurs années, voulez loger plusieurs poches (titres, SCPI, réserves) ou préparez une transmission : la remontée des dividendes en régime mère-fille n'y coûte que ≈ 1,25 %(quote-part de 5 % imposée à l'IS), sans IR ni PFU immédiat. Attention : une SPFPL de géomètres-experts a un objet limité à la détention de titres de SEL — pour des SCPI ou un portefeuille libre, il faut une holding patrimoniale distincte.
9.1. Le régime mère-fille : remonter sans frottement IR
Lorsque la SEL distribue ses bénéfices à la holding ou à la SPFPL qui la détient, le régime mère-fille (art. 145 et 216 du CGI, doctrine BOI-IS-BASE-10-10-20) exonère 95 % des dividendes : seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste imposée à l'IS, soit un frottement effectif d'environ 1,25 % (5 % × 25 %). Conditions : détention d'au moins 5 % du capital, conservation pendant 2 ans. En intégration fiscale (art. 223 A, détention ≥ 95 %), la quote-part tombe à 1 %. Résultat : vos bénéfices remontent dans la holding quasiment intacts, prêts à être réinvestis, sans que vous ayez payé un euro d'IR ou de PFU au passage.
9.2. SPFPL de géomètres-experts : ce qu'elle peut détenir (et ce qu'elle ne peut pas)
La SPFPL de géomètres-experts existe : le géomètre-expert entre dans le champ des sociétés de participations financières ouvertes aux professions libérales réglementées par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (qui permet à une SPFPL de détenir jusqu'à 100 % d'une SEL), sur le socle de la loi n° 46-942 du 7 mai 1946 régissant la profession. Les quotités fines et les conditions d'application aux géomètres-experts relèvent des textes réglementaires propres à la profession (à vérifier à la source avant tout montage). Mais — point crucial — la SPFPL a un objet limité : la détention de parts ou actions de SEL de géomètres-experts et les activités accessoires à cette détention. Ce n'est pas un coffre de placement libre : pour loger des SCPI ou un portefeuille diversifié, c'est une holding patrimoniale classique qu'il faut, distincte de la SPFPL.
Bien distinguer les deux flux
La remontée SEL → SPFPL relève du régime mère-fille (≈ 1,25 %), sanscotisations sociales. C'est seulement la distribution SEL → géomètre exerçant qui déclenche les cotisations CIPAV sur la fraction supérieure à 10 % — et ce, on l'a vu, même via une SPFPL (Cass. 19 octobre 2023, n° 21-20.366, dont la portée est, selon la Rép. min. Anglars du 27 février 2025, limitée pour l'essentiel à la SEL unipersonnelle dont l'associé unique est le seul professionnel exerçant). Capitaliser dans la holding évite ce coût social.
Le montage complet de la holding de géomètre-expert — création, fiscalité, remontée des dividendes, apport-cession — est détaillé dans SPFPL de géomètre-expert : la holding qui optimise vos dividendes.
10. Le garde-fou : objet social, Ordre des géomètres-experts et TVA 20 %
Placer la trésorerie est légitime. La transformer en société de gestion de portefeuille déguisée ne l'est pas, et l'Ordre y est attentif. Trois repères encadrent l'opération.
10.1. Le placement doit rester accessoire à l'objet de la société de géomètres-experts
La SEL de géomètres-experts est une société réglementée : le capital social et les droits de vote doivent rester majoritairement détenus par des géomètres-experts inscrits à l'Ordre (loi n° 46-942 du 7 mai 1946, cadre des sociétés d'exercice refondu par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023), et la composition du capital est communiquée à l'Ordre des géomètres-experts (OGE). Rappelons que le géomètre-expert détient un monopole légal du bornage (la délimitation de la propriété foncière, art. 1er de la loi de 1946) mais n'est pas officier public ministériel : il n'y a ni charge vénale, ni droit de présentation ; la cession porte sur la clientèle, le fonds libéral ou les parts de société, et elle est libre (sous réserve des règles de l'Ordre).
Le placement de trésorerie doit rester un accessoire à l'objet social — un acte de bonne gestion du patrimoine de la société —, et non une activité financière déguisée qui exposerait à une requalification ou à une remarque ordinale. La parade tient en une ligne d'AGE : vérifier la clause d'objet social et l'élargir si elle est trop étroite, en assemblée générale extraordinaire avantd'engager des sommes importantes, dans le respect des pouvoirs du dirigeant (art. L. 223-18 / L. 227-6 du Code de commerce).
10.2. Géomètre-expert = TVA 20 %, et la retraite CIPAV reste faible
Géomètre-expert : TVA au taux normal de 20 %, pas d'exonération
Les honoraires de bornage, de topographie, de division parcellaire, de copropriété et les missions de maîtrise d'œuvre sont soumis à la TVA au taux normal de 20 % : l'art. 261-4-1° du CGI (exonération des soins à la personne) ne s'applique pas au géomètre-expert (il vise la santé humaine). En contrepartie, la TVA déductible sur les achats, frais et investissements (instruments de mesure, drones, logiciels) est récupérable — un avantage, par exemple lorsqu'on opte pour la TVA sur les loyers d'une SCI détenant les murs (art. 260-2° du CGI).
Pourquoi tout cet effort pour faire travailler la trésorerie ? Parce que la retraite du géomètre-expert — régime de base CNAVPL plus régime complémentaire de la CIPAV, le géomètre-expert faisant partie des professions restées à la CIPAV après la réforme de 2018 (décret n° 2018-1048) — est notoirement faible au regard des revenus. Faire fructifier la trésorerie de la société est l'un des leviers les plus puissants pour constituer un patrimoine qui compensera ce rendement de régime défavorable. Le détail figure dans retraite CIPAV du géomètre-expert.
Les 4 limites à ne pas franchir
- Le placement reste accessoire à l'objet social : acte de bonne gestion, jamais une activité para-financière à titre principal.
- L'immobilier patrimonial se loge ailleurs (holding patrimoniale ou SCI dédiée), pas dans la société d'exercice si l'objet est étroit.
- Pas d'assurance-vie pour une personne morale (C. assur. L. 132-1) : c'est le contrat de capitalisation, sans abattement 990 I / 757 B.
- Un placement n'est pas une promesse de rendement : UC, SCPI et OPCVM comportent un risque de perte en capital.
11. Cas chiffré : 200 000 € d'excédent — compte à terme vs contrat de capitalisation sur 5 ans
Trois cas concrets, tirés de rendez-vous récents avec des géomètres-experts de Savoie et d'ailleurs. Les TME sont à figer au mois réel de souscription.
Cas 1 — Damien, géomètre-expert en SELARL à Annecy, TMI 41 % (200 000 € sur 5 ans)
Après un beau solde de mission, la SELARL de Damien (gérant majoritaire, donc TNS affilié CIPAV) dispose de 200 000 € d'excédent durable, au-delà de son matelas de 9 mois de charges déjà sécurisé en compte à terme court. Horizon 5 ans, aucun besoin personnel. Deux options :
- Compte à terme à 3 % : 200 000 × 3 % = 6 000 € d'intérêts par an, imposés à l'IS 25 % = 1 500 € d'IS/an, prélevés immédiatement chaque année (soit ≈ 4 500 € nets par an). Capital garanti, liquidité à l'échéance.
- Contrat de capitalisation PM : assiette forfaitaire = 105 % × 3,58 % × 200 000 ≈ 7 518 €, soit ≈ 1 880 € d'IS/an (≈ 0,94 % de la valeur). Attention : cet IS porte sur une assiette forfaitaire déconnectée du rendement réel — ce n'est pas un impôt sur des intérêts réellement encaissés (au contraire du CAT), avec régularisation au dénouement. Si les supports rapportent plus que l'assiette forfaitaire, le surplus est en différé d'impôt et la capitalisation l'emporte sur la durée ; en contrepartie, liquidité moindre et risque sur les unités de compte.
| Critère | Compte à terme (CAT) | Contrat de capitalisation PM |
|---|---|---|
| Capital | Garanti (FGDR 100 000 €) | Selon supports (UC = risque de perte) |
| Liquidité | À l'échéance | Quelques jours (rachat possible) |
| Frottement IS | IS chaque année sur les intérêts perçus | ≈ 0,94 %/an (forfait 238 septies E) |
| Différé d'imposition | Non | Oui (régularisation au dénouement) |
| Horizon idéal | Court-moyen terme (poche 2) | Long terme > 5 ans (poche 3) |
| Pour quoi faire | Matelas et sécurité rémunérée | Faire fructifier l'excédent durable |
Cas 2 — Sophie, géomètre en SELAS : sortir pour un vrai projet
Sophie veut sortir 80 000 € pour un projet personnel concret (un apport immobilier). En dividendes, le PFU à 31,4 % représente ≈ 25 100 € de prélèvements, soit un net de l'ordre de 54 900 €. La leçon : pour un besoin réel, la sortie se justifie pleinement — une société est là pour financer les projets de son dirigeant, pas pour thésauriser indéfiniment. Mais pour de la trésorerie qui « dort » sans projet, payer 31,4 % aujourd'hui pour placer ensuite à titre personnel n'a aucun sens : on capitalise dans la société.
Cas 3 — Karim, gérant majoritaire : la « double peine » des 10 %
La SELARL de Karim affiche un (capital social 50 000 € + compte courant d'associé moyen 30 000 €) = 80 000 € de base, soit un seuil de 10 % à 8 000 €. S'il distribue 40 000 € de dividendes : les 8 000 € sous le seuil supportent le PFU à 31,4 % ; mais les 32 000 € au-delà sont en outre réintégrés dans l'assiette des cotisations sociales TNS / CIPAV (art. L. 131-6, III, 2° du CSS) — y compris si la distribution transite par une SPFPL (Cass. 19 octobre 2023). Sur cette fraction, l'IR reste à 12,8 % (la part 18,6 % de PS du PFU ne s'y applique pas, pour éviter un double compte de CSG) mais s'y ajoutent les cotisations TNS : le coût total dépasse 40 %, là où laisser fructifier le même cash dans la société ne coûte que l'IS (15 à 25 %). (Chiffres illustratifs, hypothèse d'assiette.)
Conformité
Ces exemples sont pédagogiques et reposent sur des hypothèses de marché : aucune promesse de rendement n'y est attachée. Chaque situation se chiffre au cas par cas, en tenant compte de votre structure (SELARL, SELAS, SPFPL), de votre objet social et de votre horizon. Hagnéré Patrimoine — CIF ORIAS 23002291.
Faire travailler la trésorerie de votre cabinet de géomètre-expert
Compte à terme, contrat de capitalisation PM, SCPI ou remontée en SPFPL : nous construisons l'allocation de votre trésorerie excédentaire par horizon, en conformité avec votre objet social et les règles de l'Ordre des géomètres-experts.
12. Votre feuille de route : du matelas à l'excédent qui travaille
Cinq étapes pour faire fructifier le cash qui s'accumule sans fragiliser votre activité :
- Chiffrez le matelas. 6 à 12 mois de charges fixes en liquidité, calibré sur l'amplitude réelle de vos dents de scie, après avoir retranché la trésorerie « fragile » (acomptes, sommes dues aux sous-traitants, TVA à reverser).
- Sécurisez la poche 2. Le court-moyen terme en compte à terme, en escalier d'échéances pour garder de la liquidité.
- Placez l'excédent durable. Contrat de capitalisation PM pour le long terme, complété au besoin de SCPI ou d'une remontée en SPFPL, selon votre objet social et votre horizon.
- Arbitrez sortie vs capitalisation. Ne sortez en dividendes que pour un vrai besoin personnel : au-delà de 10 % du capital, la sortie est doublement coûteuse (PFU + cotisations CIPAV).
- Reliez la trésorerie à votre stratégie globale. La trésorerie de la société n'est qu'une brique : voir la feuille de route patrimoniale du géomètre-expert et l'ensemble des leviers d'optimisation fiscale du géomètre.
| Horizon | Poche | Support recommandé |
|---|---|---|
| 0 à 6 mois | Précaution | Compte courant rémunéré, livret professionnel |
| 6 à 24 mois | Sécurité rémunérée | Compte à terme (escalier d'échéances) |
| 2 à 8 ans | Capitalisation | Contrat de capi PM (monétaire / obligataire) |
| > 8 ans | Capitalisation longue | Contrat de capi PM (UC), SCPI, holding / SPFPL |
Damien et Sophie ont tous deux 200 000 € d'excédent, mais la réponse diffère : Damien, dont les missions de bornage s'étalent sur 18 mois, garde un matelas plus épais que Sophie, qui facture surtout des copropriétés régulières. Tout dépend de l'amplitude de vos creux et de la structure (SELARL, SELAS, holding). Si vous accumulez durablement, la holding devient souvent l'étape suivante (SPFPL de géomètre-expert) ; et le tronc commun à toutes les professions libérales reste placer la trésorerie de sa SEL. L'équivalent pour une profession à caisse CIPAV identique est traité dans la trésorerie de la SELARL d'architecte.
13. FAQ — 12 questions de géomètres-experts
Les réponses synthétiques aux questions les plus fréquentes des géomètres-experts sur le placement de la trésorerie de leur société. Le détail figure dans les sections ci-dessus et dans les guides liés.
Un cabinet de géomètre-expert en SELARL a-t-il le droit de placer sa trésorerie ?▾
Oui, à condition que le placement reste accessoire à l'objet social, c'est-à-dire un acte de bonne gestion du patrimoine de la société, et non une activité financière déguisée. Le dirigeant agit dans la limite de l'objet social (art. L. 223-18 du Code de commerce pour une SELARL, L. 227-6 pour une SELAS) ; si la clause est trop étroite, on l'élargit en assemblée générale extraordinaire avant d'engager des sommes importantes. Par ailleurs, le capital de la société d'exercice doit rester majoritairement détenu par des géomètres-experts inscrits à l'Ordre (loi n° 46-942 du 7 mai 1946, cadre refondu par l'ordonnance n° 2023-77).
Combien me coûte la trésorerie de mon cabinet de géomètre-expert qui dort à 0 % ?▾
Le cash laissé sur le compte courant bancaire de la société n'est pas rémunéré, pendant que l'inflation (2 à 3 %/an) en grignote le pouvoir d'achat. Sur 200 000 € qui dorment, c'est près de 4 000 € de pouvoir d'achat qui partent chaque année, soit de l'ordre de 10 à 14 % sur cinq ans. Placé dans la société sur un compte à terme ou un contrat de capitalisation, ce même capital arrête de fondre et rapporte 2 à 3 %, sans que vous ayez à le sortir.
Vaut-il mieux sortir les dividendes ou laisser la trésorerie dans la SEL pour la placer ?▾
Tant qu'il n'y a pas de besoin personnel de consommation, capitaliser dans la société à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 %) coûte beaucoup moins que sortir le cash. Sortir en dividendes coûte 31,4 % au titre du prélèvement forfaitaire unique 2026, plus, pour le gérant majoritaire, des cotisations sociales CIPAV sur la fraction supérieure à 10 % du capital (art. L. 131-6, III du CSS). Le bon réflexe : garder le cash dans la société, mais le faire travailler au lieu de le laisser dormir.
Pourquoi sortir des dividendes coûte-t-il plus cher à un géomètre en SEL qu'à un consultant en SASU ?▾
Le gérant majoritaire de SELARL est un travailleur non salarié affilié à la CIPAV : la fraction de dividendes excédant 10 % du (capital social + primes + compte courant d'associé) est réintégrée dans l'assiette de ses cotisations sociales (art. L. 131-6, III du CSS), en plus de l'impôt. La jurisprudence retient que cette réintégration joue même lorsque les titres sont détenus via une SPFPL (Cass. 2e civ. 19 octobre 2023, n° 21-20.366), une réponse ministérielle en limitant toutefois la portée aux SEL unipersonnelles (Rép. min. Anglars, JO Sénat 27/02/2025). Le président de SASU, assimilé salarié, ne supporte lui que le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %.
Les intérêts d'un compte à terme de ma SEL de géomètre sont-ils soumis au PFU de 30 % ?▾
Non. Le prélèvement forfaitaire unique et les prélèvements sociaux (17,2 % ou 18,6 %) ne visent que les personnes physiques. Dans une société à l'IS, les intérêts d'un compte à terme sont des produits financiers imposés au résultat ordinaire à l'impôt sur les sociétés (15 % ou 25 %) l'année de leur perception. La société ne paie aucun prélèvement social sur ses placements : la dualité 17,2 / 18,6 % ne sert qu'à mesurer le coût d'une sortie en dividendes.
Comment est imposé un contrat de capitalisation détenu par ma société à l'IS (les 105 % du TME) ?▾
L'imposition est forfaitaire et annuelle (art. 238 septies E du CGI, doctrine BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-10) : l'assiette retenue chaque année est égale à 105 % du dernier TME (Taux Moyen des Emprunts d'État) connu à la souscription, appliqué à la valeur de souscription, puis figé pour toute la durée du contrat. Avec un TME proche de 3,58 % début 2026, l'assiette ressort autour de 3,76 %, soit un frottement d'environ 0,94 %/an au taux d'IS de 25 %. Le produit réel n'est régularisé qu'au dénouement.
Ma société de géomètres-experts peut-elle souscrire une assurance-vie ou un contrat de capitalisation ?▾
Une personne morale ne peut pas souscrire d'assurance-vie : il n'y a pas de tête à assurer. En revanche, elle peut souscrire un contrat de capitalisation (Code des assurances, art. L. 132-1), qui fonctionne comme une enveloppe d'investissement. Attention : au dénouement ou à la transmission, le contrat de capitalisation détenu par une PM ne bénéficie d'aucun des abattements de l'assurance-vie des particuliers (ni l'abattement de 152 500 € de l'art. 990 I, ni celui de 30 500 € de l'art. 757 B) ; il relève des droits de mutation de droit commun pour sa valeur de rachat.
Compte à terme ou contrat de capitalisation pour la trésorerie de mon cabinet de géomètre ?▾
Le compte à terme offre un capital garanti et une échéance connue : ses intérêts sont imposés à l'IS chaque année, sans différé. Il est idéal pour le matelas et la poche de court terme. Le contrat de capitalisation de personne morale (art. 238 septies E) sert la trésorerie longue : le frottement fiscal annuel est faible (de l'ordre de 0,9 %/an) et la performance réelle n'est régularisée qu'au dénouement, ce qui crée un différé d'imposition. En contrepartie, sa liquidité est moindre et les unités de compte comportent un risque de perte en capital.
Combien de trésorerie garder dans mon cabinet de géomètre quand mes revenus sont en dents de scie ?▾
Un géomètre-expert a des revenus irréguliers : la trésorerie gonfle à l'encaissement d'un solde de mission (un bornage important, une division parcellaire, une mission de copropriété) puis fond pendant les phases de levés et d'études non encore facturées. Le matelas de précaution doit donc être renforcé par rapport à un profil régulier : on vise 6 à 12 mois de charges fixes (loyer du cabinet, salaires, charges sociales, URSSAF/CIPAV, IS provisionnel) conservés en liquidité totale. Au-dessus de ce matelas, le reste est votre excédent durable, et c'est lui seul que vous immobilisez à long terme.
Vaut-il mieux placer dans la SEL ou remonter dans une SPFPL de géomètres-experts ?▾
Remonter les dividendes de la SEL vers une holding ou une SPFPL en régime mère-fille (art. 145 et 216 du CGI : exonération de 95 %, quote-part de frais et charges de 5 %, soit un frottement d'environ 1,25 %) permet de capitaliser au niveau supérieur sans impôt sur le revenu ni PFU immédiats. Mais la SPFPL de géomètres-experts a un objet limité : la détention de titres de SEL de géomètres-experts. Pour loger des SCPI ou des placements libres, c'est une holding patrimoniale classique qu'il faut. Et la remontée ne supprime pas la cotisation sur la fraction de dividendes supérieure à 10 % distribuée au professionnel (Cass. 19 octobre 2023, n° 21-20.366).
Une SCPI détenue par mon cabinet de géomètre, est-ce pertinent pour l'excédent ?▾
C'est pertinent pour l'excédent que vous pouvez immobiliser sur le long terme (8 à 10 ans). En pleine propriété, les loyers sont imposés à l'IS et les parts peuvent être amorties comptablement ; en contrepartie, la liquidité est faible et le rachat des parts n'est pas immédiat. Attention à l'objet social : un placement immobilier purement patrimonial est plus fragile dans une société d'exercice, et se loge souvent mieux dans une holding patrimoniale dédiée. Le détail figure dans notre guide consacré aux SCPI du géomètre-expert.
Quel risque si l'administration ou l'Ordre estime que ma SEL fait du placement à titre principal ?▾
Le risque est une requalification en activité para-financière ou un dépassement de l'objet social, susceptible d'une remarque ordinale. La parade : rester sur un acte de gestion accessoire, documenter la décision (assemblée générale élargissant la clause d'objet si besoin), et loger l'immobilier purement patrimonial ailleurs (holding patrimoniale ou SCI dédiée) plutôt que dans la société d'exercice. En cas de doute sur une opération d'ampleur, une vérification auprès de l'Ordre des géomètres-experts est prudente.
Cet article fait partie de notre série pour les géomètres-experts. Si votre prochain chantier est la holding, lisez la SPFPL de géomètre-expert ; si c'est l'arbitrage salaire / dividendes, commencez par salaire ou dividendes ; et si vous voulez placer votre épargne personnelle plutôt que celle du cabinet, c'est où placer son argent qu'il vous faut.
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en Gestion de Patrimoine — CIF, COA, COBSP — ORIAS 23002291
Quentin Hagnéré dirige Hagnéré Patrimoine, cabinet de gestion de patrimoine et de fortune basé à Chambéry. CIF membre CNCEF Patrimoine, COA, COBSP inscrit à l'ORIAS sous le numéro 23002291.

