SPFPL de géomètres-experts, SEL, holding patrimoniale : trois étages à ne pas confondre
Votre SEL de géomètres-experts dégage de beaux bénéfices après une bonne année de bornages, de divisions parcellaires et de copropriétés, mais chaque fois que vous voulez sortir des dividendes pour les placer, vous en laissez près d'un tiers à l'impôt : sur 100 000 € distribués, 31 400 € partent en PFU. Les faire transiter par une holding, c'est ramener cette friction à 1 250 € — et garder 30 000 € de plus pour racheter les parts d'un associé qui part, financer un second site ou préparer votre transmission, plutôt que de les voir dormir sur un compte. La holding répond à cette frustration — à condition de bien comprendre ce qu'elle est, et surtout ce qu'elle n'est pas.
La holding du géomètre-expert en 30 secondes
La SPFPL est, techniquement, une holding « pure » dont l'objet est de détenir des parts ou actions de SEL (sociétés d'exercice libéral) de géomètres-experts, sans exercer elle-même la profession. Elle ne réalise pas de bornage, ne signe pas de procès-verbal de délimitation : elle détient. Et c'est justement parce qu'elle se contente de détenir qu'elle accède au régime mère-fille. Le géomètre-expert est une profession libérale réglementée (inscrite à l'Ordre des géomètres-experts, instituée par la loi n° 46-942 du 7 mai 1946), titulaire d'un monopole légal sur le bornage et la délimitation des biens fonciers (art. 1er), mais pas un officier public ministériel : la cession de sa clientèle, de son fonds libéral ou de ses parts est libre (sous réserve des règles de l'Ordre et de l'information des clients), sans droit de présentation ni charge vénale. Ses prestations (bornage, topographie, division parcellaire, copropriété, maîtrise d'œuvre) sont soumises à la TVA au taux normal de 20 % — l'exonération des soins de l'article 261-4-1 du CGI ne le concerne pas — ce qui lui permet de récupérer la TVA déductible sur ses achats et investissements.
Les trois étages : SEL, holding, vous
Lisez le montage comme un immeuble. Au rez-de-chaussée, la SEL de géomètres-experts (SELARL avec gérant majoritaire TNS, ou SELAS avec président assimilé salarié), à l'IS, qui exerce et facture ses missions. À l'étage, la holding (SPFPL ou de droit commun) qui détient les titres de la SEL et fait remonter les dividendes. Sous les toits, vous, le géomètre-expert, qui tenez la holding. Pour passer en société d'exercice plutôt qu'en nom propre (BNC, déclaration contrôlée 2035), voyez d'abord notre comparatif SELARL ou BNC pour le géomètre-expert (et, côté méthode générale, BNC ou SELARL) : la holding est l'étage au-dessus de la SEL, pas un substitut.
Côté droit, le cadre 2026 repose sur deux textes-socles : la loi n° 46-942 du 7 mai 1946 qui régit la profession de géomètre-expert, et l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, qui a refondu l'exercice en société des professions libérales réglementées (entrée en vigueur le 1er septembre 2024, en remplacement de l'ancienne loi 90-1258 du 31/12/1990). Cette ordonnance inclut expressément les géomètres-experts parmi les professions pouvant constituer une SEL et une SPFPL, et autorise désormais la SPFPL à détenir jusqu'à 100 % de la SEL. Pour le socle générique de la holding du libéral, voyez la SPFPL en profession libérale.
SPFPL ≠ holding patrimoniale : l'objet est LIMITÉ (à valider auprès de l'Ordre)
Le régime mère-fille : 1,25 % d'IS au lieu de 31,4 %
La plupart de mes clients géomètres viennent me voir pour un seul chiffre. Le voici. Quand vous sortez des dividendes de votre SEL directement vers votre compte personnel, vous subissez le PFU à 31,4 % en 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la LFSS 2026). Quand ces mêmes dividendes remontent vers une holding, ils ne supportent qu'une friction d'environ 1,25 %. Entre les deux, le rapport est de 1 à 25.
D'où vient ce 1,25 % : l'exonération de 95 % expliquée
Le mécanisme repose sur le régime mère-fille (articles 145 et 216 du CGI). Lorsqu'une société remonte des dividendes d'une filiale, 95 % de ces dividendes sont exonérés d'IS. Seule une quote-part de frais et charges (QPFC) de 5 % reste imposable à l'impôt sur les sociétés (25 %). L'imposition effective est donc de 5 % × 25 % = 1,25 % (doctrine BOFiP BOI-IS-BASE-10-10-20).
Le calcul à l'euro près sur 100 000 € de dividendes
AVEC HOLDING (regime mere-fille) 100 000 EUR de dividendes SEL -> holding 95 000 EUR exoneres + (5 000 EUR x 25 %) = 1 250 EUR d'IS => friction de 1,25 % EN DIRECT (dividendes verses au geometre-expert) 100 000 EUR x 31,4 % (PFU 2026) = 31 400 EUR d'impot => 12,8 % d'IR + 18,6 % de PS ECART = 31 400 - 1 250 = 30 150 EUR / an
Soit, après environ 2 500 € de frais de structure annuels, près de 27 650 € de capacité de réinvestissement supplémentaire chaque année — tant que les fonds restent dans la holding.
Note de méthode : lisez ces chiffres pour ce qu'ils sont
Les 5 conditions à respecter
Ce 1,25 % se gagne : le régime mère-fille n'a rien d'automatique. Deux conditions de fond pour commencer : détenir au moins 5 % de la SEL et garder les titres deux ans. Le vrai piège est ailleurs — les parts doivent être en pleine propriété, un démembrement et l'exonération saute. Le reste tient de la formalité : mère et fille à l'IS, capital intégralement libéré. Cinq conditions cumulatives :
| Condition | Exigence | Piège à éviter |
|---|---|---|
| Seuil de détention | Au moins 5 % du capital de la SEL | En dessous de 5 %, pas de régime mère-fille |
| Durée de conservation | Engagement de conserver les titres 2 ans | Une revente avant 2 ans remet en cause l'exonération |
| Nature des droits | Titres détenus en pleine propriété | L'usufruit des parts exclut le régime ; en pratique, on sécurise la pleine propriété |
| Régime d'imposition | Mère et fille soumises à l'IS | Une SEL restée à l'IR ferme la porte |
| Capital | Capital intégralement libéré | Un capital non libéré bloque l'éligibilité |
Attention : ce n'est pas de l'argent dans votre poche
Qui peut détenir la holding (le seuil de plus de 50 %)
On lit partout « plus de la moitié du capital aux professionnels », sans jamais le détail qui compte. Pour la holding de géomètres-experts, c'est la règle de principe posée par l'ordonnance 2023-77. Mais ce détail, justement : la règle porte sur le capital etles droits de vote, et l'agrément relève de l'Ordre. C'est l'une des spécificités à connaître avant de monter le moindre montage.
La règle cardinale : plus de la moitié du capital ET des droits de vote
L'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 impose que plus de la moitié (> 50 %) du capital social et des droits de vote de la SPFPL soit détenue par des personnes exerçant la profession faisant l'objet de la participation — ici, des géomètres-experts inscrits à l'Ordre. Le pouvoir reste ainsi entre les mains de ceux qui exercent réellement le métier. La SPFPL peut détenir jusqu'à 100 % de la SEL : c'est alors la détention de la SPFPL elle-mêmequi doit respecter, en transparence, l'exigence des > 50 % aux professionnels en exercice.
Le contrôle relève de l'Ordre des géomètres-experts — jamais du Garde des Sceaux, puisque le géomètre-expert n'est pas un officier ministériel. Côté retraite, le géomètre-expert relève de la base CNAVPL et de la complémentaire CIPAV : il fait partie des professions qui sont restées à la CIPAV après la réforme de 2018 (décret n° 2018-1048 du 28/11/2018). Jamais la SSI, jamais la CARMF ou une autre caisse.
Récapitulatif de la détention
Aller plus loin : SELARL ou SELAS sous la holding ?
Racheter des parts ou intégrer un associé par effet de levier (LBO)
On me parle toujours du mère-fille. Sur le terrain, ce qui fait signer un dossier, c'est l'effet de levier au rachat : il transforme la holding d'un simple coffre à capitaliser en outil d'acquisition. L'idée : faire racheter des parts de SEL — celles d'un associé qui part, ou financer l'entrée d'un nouvel associé dans le cabinet — par la holding plutôt que par vous, à crédit, et rembourser ce crédit avec des dividendes quasi défiscalisés.
Premier ressort : c'est la holding qui s'endette, pas vous
La holding contracte elle-même l'emprunt d'acquisition des parts. Résultat : vous n'immobilisez pas votre trésorerie personnelle, et — surtout — vous n'avez pas à vous verser au préalable les dividendes (taxés à 31,4 %) qu'il aurait fallu pour payer comptant. La capacité de remboursement de la holding remplace votre apport personnel.
Le ressort qui fait tout : rembourser avec des dividendes quasi défiscalisés
C'est là, et nulle part ailleurs, que la holding paie. Les intérêts de l'emprunt sont déductibles du résultat de la holding (article 39 CGI), pendant que la SEL fait remonter ses dividendes via le mère-fille (friction 1,25 %). La holding rembourse alors le crédit avec ces dividendes : zéro PFU, zéro CSGsur l'opération d'acquisition. Au final, l'impôt qui aurait amputé un remboursement « en direct » disparaît presque entièrement. Les garde-fous anti-abus (amendement Charasse, article 223 B ; plafonnement ATAD des charges financières, article 212 bis) existent mais ne sont, en pratique, quasiment jamais bloquants pour un rachat de cabinet de géomètre-expert.
| Pour rembourser 100 € de capital d'emprunt | Sans holding (dividendes perso) | Avec holding (mère-fille) |
|---|---|---|
| Dividendes bruts nécessaires | ≈ 145,8 € (31,4 % partent à l'impôt) | ≈ 101,3 € (friction 1,25 %) |
| Part qui sert vraiment au remboursement | 68,6 % | 98,8 % |
Étalez ça sur sept ans et l'écart change de dimension. Pour un rachat financé par 50 000 € de dividendes par an pendant 7 ans, l'économie cumulée s'établit à environ : 50 000 × 7 × (31,4 % − 1,25 %) ≈ 105 525 €. Pour beaucoup de géomètres-experts, c'est tout simplement ce qui justifie d'avoir une holding au moment d'une opération sur le capital du cabinet. Réserve propre au métier : l'échéancier de remboursement doit composer avec un chiffre d'affaires parfois cyclique(marché foncier, commande publique, programmes d'aménagement) — mieux vaut conserver un coussin de trésorerie dans la SEL.
Note de méthode : une projection, pas une garantie
Structurer le rachat de votre cabinet en holding
Un CGP indépendant modélise votre opération : montant et durée de l'emprunt, capacité de distribution de la SEL au fil des missions, gain fiscal du levier. À l'arrivée, un montage chiffré et un échéancier de remboursement, pas une estimation au doigt mouillé.
L'intégration fiscale : descendre à 0,25 % (au-delà de 200 000 €/an)
Au-dessus du mère-fille, il reste un cran à gagner. Lorsque votre holding détient au moins 95 % du capital de la SEL (jusqu'à 100 % depuis l'ordonnance 2023-77), elle peut opter pour l'intégration fiscale (article 223 A du CGI). La quote-part de frais et charges sur les dividendes intra-groupe est alors ramenée de 5 % à 1 %, ce qui abaisse l'imposition effective à seulement 0,25 % (1 % × 25 %).
L'option engage le groupe pour 5 ans, suppose des exercices alignés et que toutes les sociétés soient à l'IS. Avantage complémentaire pour le levier : l'intégration permet d'imputer directement les intérêts et charges de la holding sur le bénéfice de la SEL, ce qui amplifie l'effet de levier les premières années d'un rachat.
Quand l'intégration vaut-elle le coup ?
Que faire de la trésorerie remontée dans la holding (objet limité)
Vos dividendes sont remontés à 1,25 % de friction et dorment dans la holding. C'est là qu'un client me dit souvent : « Je vais pouvoir tout y placer, alors ? » — et c'est là que je dois le freiner. En SPFPL, non : l'objet est limité, contrairement à une holding patrimoniale de droit commun, vous ne pouvez pas y loger n'importe quoi.
Ce qu'on peut loger dans la SPFPL
Concrètement, trois emplois seulement passent le filtre de l'objet limité : les murs du cabinet, des parts d'autres SEL, et des supports de capitalisation pour personne morale.
| Emploi de la trésorerie | Mécanisme | Point fiscal clé |
|---|---|---|
| Murs du cabinet (SC dédiée) | Société civile liée au fonctionnement de la SEL, option TVA possible (art. 260-2 CGI car l'exploitant géomètre est assujetti) | Loyers d'une SCI à l'IR : PS 17,2 % (location nue, pas 18,6 %) |
| Participations dans d'autres SEL | Détention de parts d'autres SEL de géomètres-experts | Régime mère-fille reconductible sur chaque filiale |
| Supports de capitalisation PM | Contrat de capitalisation à l'IS (art. 238 septies E), compte à terme, SCPI | Imposition forfaitaire annuelle au taux de l'IS, régularisée au dénouement |
Le détail des arbitrages de placement (rendement, risque, durée) ne se traite pas ici : pour cela, voyez la trésorerie de votre cabinet de géomètre-expert et placer la trésorerie d'une société à l'IS. Pour loger les murs, voyez acheter les murs de votre cabinet via une SCI ; et pour investir l'excédent en pierre-papier au sein de la structure, les SCPI pour le géomètre-expert.
Ce qu'on NE peut PAS faire dans une SPFPL
3 cas chiffrés : Camille, Julien, le couple Mercier
Trois dossiers, trois usages de la holding. Pas de théorie, des cas que je vois passer : Camille capitalise (cas 1, sur une SEL à 180 000 € de bénéfice), Julien rachète à l'effet de levier (cas 2), et les Mercier transmettent via l'apport-cession(cas 3). Les prénoms sont fictifs, mais les profils et les ordres de grandeur sont ceux qu'on voit passer en rendez-vous à Chambéry. Ces simulations figent les taux 2026 et supposent les conditions du régime réunies ; elles ne valent pas conseil personnalisé.
Cas 1 — Camille, géomètre-expert en SELARL : SEL à 180 000 € de bénéfice
Option A — distribution directe : 139 250 € × 31,4 % (PFU) = 43 725 € de prélèvement → il lui reste ≈ 95 525 € sur son compte personnel (et au-delà de 10 % du capital, la fraction excédentaire bascule en cotisations CNAVPL/CIPAV).
Option B — remontée mère-fille : 139 250 € remontés → QPFC 5 % × 25 % ≈ 1 741 € d'IS → ≈ 137 509 € disponibles dans la holding pour capitaliser, rembourser un emprunt ou réinvestir.
Écart de friction ≈ 42 000 €/an conservés au niveau de la holding. Réserve : le jour où Camille se redistribuera la fraction > 10 %, les cotisations L. 131-6 redeviennent dues. Pour placer cette trésorerie, voyez la trésorerie du cabinet de géomètre-expert.
Cas 2 — Julien, géomètre-expert : rachat de parts d'un associé par effet de levier
Sans holding : pour disposer de 50 000 € nets par an afin de rembourser à titre personnel, il devrait sortir ≈ 73 000 € de dividendes bruts (50 000 / (1 − 0,314)) chaque année.
Avec holding : la holding emprunte 250 000 € (intérêts déductibles, art. 39) et rembourse avec ≈ 50 000 € de dividendes remontés à 1,25 % (friction ≈ 625 €) → presque chaque euro sert au remboursement.
L'effet de levier holding divise quasiment par deux le coût fiscal du rachat : c'est exactement à ça que sert la holding au moment d'un rachat. Encore faut-il que la SEL puisse effectivementdistribuer ces dividendes chaque année — avec une activité parfois cyclique selon les marchés fonciers, on cale l'échéancier sur un coussin de trésorerie prudent.
Cas 3 — Le couple Mercier, géomètres-experts : préparer la transmission du cabinet
Apport-cession (150-0 B ter) : la plus-value de 600 000 € est placée en report (pas d'impôt immédiat). S'ils conservent les titres > 3 ans dans la holding → aucune condition de remploi ; s'ils cèdent < 3 ans → réinvestir ≥ 70 % sous 3 ans, conservation 5 ans (règle LF 2026).
Transmission aux enfants : pacte Dutreil (787 B) → exonération de 75 % des droits de mutation, sous engagement de conservation et de direction.
Bonus : la plus-value en report est purgée au décès de l'apporteur. Le détail dans transmettre son cabinet et son patrimoine.
Le vrai piège : la holding n'efface pas les cotisations sociales
C'est le point où je contredis le plus souvent ce qu'un confrère a vendu à mon client. La holding passe pour un bouclier automatique contre les cotisations sociales. Elle ne l'est pas — et se tromper là-dessus, c'est s'exposer à un redressement URSSAF.
Le seuil des 10 % et l'article L. 131-6
La règle de référence est celle du seuil des 10 % : la fraction de dividendes (et d'intérêts de compte courant) excédant 10 % du capital social, des primes d'émission et du solde moyen de compte courant d'associé est réintégrée dans l'assiette des cotisations sociales TNS du professionnel exerçant (article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale) — pour le géomètre-expert gérant majoritaire de SELARL, au titre de la base CNAVPL et de la complémentaire CIPAV. En deçà de 10 %, on reste au PFU de 31,4 %.
Ce que l'arrêt du 19 octobre 2023 a tranché
La question décisive : l'interposition d'une SPFPL fait-elle écran ? La Cour de cassation (2e civ., 19 octobre 2023, n° 21-20.366), sur le fondement de l'article L. 131-6 CSS, a jugé que les dividendes versés par une SEL à une SPFPL contrôlée par le professionnel restent dans l'assiette de ses cotisations dès lors qu'ils rémunèrent son travail, pour la fraction excédant 10 %. Cet arrêt a été rendu à propos d'un libéral exerçant en SEL : sa solution se transpose au géomètre-expert. Point essentiel souvent mal compris : la Cour n'a pas supprimé le seuil de 10 % — seule la fraction au-delà est concernée.
La nuance 2025 : le flux SEL → holding en principe non cotisé
La holding purge l'IS, pas le social
Pourquoi la holding est plus pertinente depuis 2024 (fin de l'abattement 10 %)
Depuis 2024, le fisc a changé une règle qui joue directement en faveur de la holding. La rémunération correspondant à l'activité libérale technique des associés de SEL — les bornages, les PV de délimitation que vous signez — est désormais imposée dans la catégorie des BNC (et non plus en traitements et salaires), ce qui supprime l'abattement forfaitaire de 10 % pour frais professionnels (remplacé par les frais réels en BNC, déclaration contrôlée 2035).
Le Conseil d'État (8 avril 2025, n° 492154) a confirmé cette imposition en BNC et invalidé la tolérance doctrinale des 5 % (fraction de rémunération réputée affectée à la gérance sans justification) ; c'est précisément cette qualification en BNC qui prive de l'abattement de 10 % propre aux traitements et salaires. Conséquence directe : capitaliser le dividende dans la holding — plutôt que de tout sortir en rémunération désormais moins favorablement traitée — gagne en intérêt relatif. Faut-il alors se verser moins de rémunération technique et plus de dividendes ? Cet arbitrage, on le détaille dans géomètre-expert en SELARL : rémunération ou dividendes.
L'interposition de la holding ne change rien à la rémunération technique
Aller plus loin : la holding n'est qu'un étage du dispositif
Apporter ses parts de SEL à la holding sans impôt immédiat (150-0 B ter)
Dernier grand usage : préparer une vente ou une transmission. L'apport-cession (article 150-0 B ter du CGI) permet d'apporter ses parts de SEL de géomètres-experts à une holding contrôlée par l'apporteur (contrôle au sens de l'article 150-0 B ter : en pratique plus de 50 % des droits de vote ou financiers, ou un contrôle de fait ; a minima 33,33 % lorsqu'aucun autre associé ne détient une fraction supérieure) en plaçant la plus-value d'apport en report d'imposition— pas d'impôt à payer au moment de l'apport.
Le mécanisme du report
Une fois les titres logés dans la holding, deux scénarios. Si la holding conserve les titres plus de 3 ans, le report est maintenu sans aucune condition de remploi. Si elle cède avant 3 ans, le report n'est maintenu que sous condition de réinvestissement du produit dans une activité économique éligible.
Durcissement LF 2026 : 70 % / 3 ans / conservation 5 ans
Deux atouts complètent le dispositif. D'abord, la plus-value en report est purgée au décès de l'apporteur, ce qui en fait un outil de transmission redoutable. Ensuite, l'apport préalable à la holding se combine avec le pacte Dutreil (article 787 B CGI), qui exonère 75 % de la valeur des titres transmis par donation ou succession. Le détail figure dans l'apport-cession (150-0 B ter) pour reporter l'impôt et transmettre son cabinet et son patrimoine.
Coût, seuil de rentabilité et limites (IFI, objet)
Une holding coûte de l'argent à monter et à faire tourner. Elle a un coût de création de 1 500 à 9 000 € (rédaction des statuts à l'objet conforme à l'ordonnance 2023-77 et à la loi 46-942, formalités auprès de l'Ordre des géomètres-experts) et un coût récurrent de 2 000 à 3 000 € par an(comptable, avocat, dépôt des comptes au greffe). La question que pose tout géomètre que je reçois : à partir de combien de dividendes ça devient rentable ?
| Dividendes annuels remontés | Économie mère-fille (~30,15 %) | Surcoût de structure | Gain net annuel |
|---|---|---|---|
| 30 000 € | ≈ 9 045 € | ~ 2 500 € | ≈ +6 545 € |
| 100 000 € | ≈ 30 150 € | ~ 2 750 € | ≈ +27 400 € |
| 200 000 € | ≈ 60 300 € | ~ 3 000 € | ≈ +57 300 € |
En pratique, la holding devient nettement rentable dès quelques dizaines de milliers d'euros de dividendes annuels — et elle se justifie indépendamment de tout seuil dès lors qu'il existe un projet de rachat ou de transmission, où c'est l'effet de levier (et non la seule économie de friction) qui fait la différence.
Le préalable : être en SEL
Une évidence qu'on oublie parfois : tant que vous exercez en nom propre, en BNC à la 2035, une holding ne sert strictement à rien — il n'y a pas de SEL à coiffer. Il faut d'abord être en SEL de géomètres-experts. En BNC individuel (déclaration contrôlée 2035), on passe donc en société d'exercice avant de coiffer le tout d'une holding. Cette séquence se prépare dans géomètre-expert : SELARL ou BNC et l'arbitrage de rémunération dans géomètre-expert en SELARL : rémunération ou dividendes.
IFI : vos parts de holding sont en principe hors champ
Faire le point sur votre holding avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On regarde votre SEL de géomètres-experts, on pose les chiffres du gain mère-fille frais déduits, et on monte le scénario rachat ou transmission s'il y a lieu. Et si, dans votre situation, la holding ne vaut pas son coût, on vous le dira sans détour.

