L'essentiel : réinvestir 70 % pour garder le report
L'essentiel en 30 secondes
- Le report tombe si la holding cède les titres apportés moins de 3 ans après l'apport, sauf remploi d'au moins 70 % du produit de cession, en 36 mois, dans une activité économique éligible, conservée 5 ans (cessions à compter du 21/02/2026).
- Quatre catégories seulement sont éligibles à cette poche contrainte : financer une activité, acquérir le contrôle d'une société, souscrire au capital, ou des parts de fonds FCPR/FPCI/SLP/SCR.
- Au-delà de 3 ans de détention par la holding : aucune obligation de remploi, le produit se place librement.
- Un remploi non conforme fait tomber le report : toute la plus-value d'apport est alors taxée à 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de PS).
Votre société se vend 3 000 000 €, pour un prix d'acquisition quasi nul. Sans stratégie, la plus-value part aussitôt à l'impôt : 31,4 % de prélèvement forfaitaire unique (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux), majorés de la CEHR et, pour les plus hauts revenus, de la CDHR — soit jusqu'à un tiers du gain évaporé avant même d'avoir pu le réinvestir. L'apport-cession 150-0 B ter renverse la logique : la plus-value est mise en report et c'est 100 % du produit qui continue de travailler dans votre holding. La contrepartie tient en une phrase : si la holding revend les titres dans les 3 ans, elle doit remployer au moins 70 % du prix dans une activité économique éligible. Toute la difficulté est là : encore faut-il savoir dans quoi réinvestir.
Reste la seule question qui compte en pratique : dans quoi réinvestir ce produit sans faire tomber le report ? La réponse n'est pas « ce que vous voulez ». L'article 150-0 B ter du CGI impose une liste fermée d'actifs éligibles — resserrée par la loi de finances pour 2026. Un mauvais support, et c'est toute la plus-value gelée qui repasse à l'impôt. Ce guide est le catalogue précis de cette liste : ce qui entre dans les 70 %, ce qui en est exclu, et surtout pourquoi — pour que vous sécurisiez votre report plutôt que de le laisser tomber sur un mauvais réflexe.
Rappelons le cadre en une phrase, sans le dupliquer (il est détaillé dans notre guide ultime du 150-0 B ter et dans le pilier apport-cession) : quand la holding, contrôlée par l'apporteur, cède les titres dans les 3 ans de l'apport, elle doit remployer une part majoritaire du prix dans une vraie activité, faute de quoi le report est déchu. Cette page ne traite pas de la règle du pourcentage (voyez le réinvestissement de 70 %), ni du délai (voyez le délai pour réinvestir), ni de la conservation (voyez la durée de conservation). Elle répond à une seule question, la plus recherchée : dans quoi ?
Report n'est pas exonération
60 % ou 70 % ? Le régime dual selon la date de cession
Avant de dresser le catalogue, il faut trancher un point que beaucoup d'articles n'ont pas encore corrigé : le seuil de remploi a changé en 2026. Deux régimes coexistent aujourd'hui, et c'est la date de cession par la holding— pas la date d'apport — qui détermine lequel s'applique.
| Paramètre | Cession du 01/01/2019 au 20/02/2026 (LF 2019) | Cession à compter du 21/02/2026 (LF 2026) |
|---|---|---|
| Seuil de remploi | 60 % du produit net | 70 % du produit net |
| Délai pour réinvestir | 24 mois | 36 mois (3 ans) |
| Conservation remploi direct (a-c) | 12 mois | 5 ans |
| Conservation via fonds (d) | 5 ans | 5 ans |
| Périmètre des activités | Large | Resserré (économie productive) |
C'est la date de CESSION qui tranche, pas la date d'apport
Le BOFiP n'est pas encore à jour — le texte légal prime
Deux poches : 70 % contraint, 30 % libre
Le plus simple est de raisonner en deux poches. La première, 70 % du prix, est contrainte : elle doit obligatoirement aller dans l'une des quatre catégories d'actifs éligibles, et y rester 5 ans. La seconde, les 30 % restants, est libre : aucune contrainte de nature, vous en faites ce que bon vous semble dans la holding.
Poche contrainte — 70 %
Doit être remployée dans l'une des 4 catégories éligibles (financement d'activité, prise de contrôle, souscription au capital, fonds FCPR/FPCI/SLP/SCR), dans les 36 mois, et conservée 5 ans. Immobilier locatif, SCPI, trésorerie et gestion de son propre patrimoine y sont interdits.
Poche libre — 30 %
Aucune contrainte de nature. On peut y loger SCPI, immobilier locatif, contrat de capitalisation, compte à terme, compte-titres, or, produits structurés. Ces supports restent dans l'enveloppe de la holding (fiscalité IS) et n'affectent pas le report.
Le piège classique : loger l'immobilier sur la mauvaise poche
Une précision de vocabulaire : ces deux poches ne concernent que le cas d'une cession dans les 3 ans. Si la holding conserve les titres plus de 3 ans avant de vendre, il n'y a plus de poche contrainte du tout : 100 % du produit est libre. C'est le cas le plus confortable, développé au cas n° 3 (§11).
Les 4 catégories éligibles (art. 150-0 B ter, I, 2°, a à d)
L'article 150-0 B ter, I, 2° énumère limitativement quatreemplois éligibles du produit de cession. Tout remploi qui n'entre dans aucune de ces cases est disqualifié.
a) Financer une activité opérationnelle
Le financement de moyens permanents d'exploitation affectés à son activité : acquérir du matériel, un fonds de commerce, un actif industriel ou agricole, un local d'exploitation… affecté à une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole. L'idée directrice : l'argent doit financer une vraie activité économique, pas la gestion d'un patrimoine. Le Conseil d'État exige d'ailleurs que le remploi ait un véritable caractère économique : le simple rachat, par la société, d'un bien appartenant déjà à l'apporteur — qui permet seulement d'appréhender les liquidités — n'est pasun réinvestissement éligible (CE 10/07/2019 n° 411474, rendu sous l'article 150-0 B et transposable).
Nuance datée : l'activité financière n'est plus un blanc-seing en 2026
b) Acquérir le contrôle d'une société opérationnelle
L'acquisition d'une fraction du capital conférant le contrôle d'une ou plusieurs sociétés opérationnelles soumises à l'IS. Attention à la jurisprudence : pour que ce remploi soit valable, la holding qui investit ne doit pas déjà contrôler la société cible à la date de l'acquisition (CE 16/02/2024 n° 472835). Racheter une société que vous contrôlez déjà ne compte pas. Les holdings passives et sociétés d'investissement sont exclues : la cible doit être opérationnelle.
c) Souscrire en numéraire au capital d'une société opérationnelle
La souscription en numéraire au capital initial ou à une augmentation de capital de sociétés opérationnelles (France, UE ou EEE, soumises à l'IS). Ici, pas besoin d'acquérir le contrôle : il suffit d'apporter de l'argent frais au capital d'une entreprise éligible. C'est la voie du capital-développement : financer directement une PME ou une jeune entreprise, sans passer par un fonds.
d) Souscrire des parts de fonds éligibles (FCPR, FPCI, SLP, SCR)
La souscription de parts ou actions de FCPR, FPCI, SLP ou SCR (ou véhicules équivalents de l'UE/EEE). C'est la voie déléguée : au lieu de choisir vous-même l'entreprise, vous confiez la sélection à un fonds de capital-investissement. Mais le fonds doit respecter un quota d'investissement de 75 % en titres de sociétés opérationnelles éligibles, apprécié sous 5 ans, et les parts doivent être conservées 5 ans (art. 163 quinquies B CGI). Ce quota de 75 % est spécifique au remploi 150-0 B ter : ne le confondez pas avec le quota de 50 % du FCPR de droit commun. Le détail de la sélection est dans notre guide FCPR éligibles 150-0 B ter.
Mémo express
Les 4 actifs de remploi éligibles (art. 150-0 B ter, I, 2°)
- (a) Financer une activité opérationnelle (commerciale, industrielle, artisanale, libérale, agricole) — moyens permanents d'exploitation.
- (b) Acquérir le contrôle d'une ou plusieurs sociétés opérationnelles (que la holding ne contrôle pas déjà).
- (c) Souscrire en numéraire au capital de sociétés opérationnelles (argent frais).
- (d) Parts de fonds FCPR / FPCI / SLP / SCR à quota d'investissement de 75 %, conservées 5 ans.
Cas particulier du libéral en SEL / SPFPL
Identifier les actifs éligibles à votre remploi
Un CGP indépendant calcule votre seuil de 70 %, cartographie les 4 catégories éligibles applicables à votre situation, écarte les supports exclus (immobilier, SCPI, marchand de biens) et sécurise le calendrier de 36 mois.
Tableau récapitulatif : éligible / non éligible sur les 70 %
Support par support, ce qui passe et ce qui ne passe pas sur la poche des 70 %. Gardez en tête qu'un actif « non éligible » ici reste presque toujours possible sur la poche libre de 30 %.
| Actif / opération | Poche 70 % ? | Précision |
|---|---|---|
| Financement d'une activité opérationnelle | Éligible | Moyens d'exploitation affectés à l'activité (a) |
| Acquisition du contrôle d'une société opérationnelle | Éligible | Cible non déjà contrôlée (b) — CE 472835 |
| Souscription en numéraire au capital d'une société | Éligible | Société opérationnelle à l'IS, UE/EEE (c) |
| Parts de FCPR / FPCI / SLP / SCR | Éligible | Quota 75 %, conservation 5 ans (d) |
| Achat d'un actif d'exploitation (terrain, machine) | Éligible | S'il est affecté à une activité économique |
| Hôtellerie / para-hôtellerie opérationnelle | Éligible | Activité de services avec moyens matériels/humains |
| Immobilier locatif nu | Non éligible | Gestion de patrimoine, revenus fonciers |
| Location meublée (LMNP / LMP) | Non éligible | Activité patrimoniale (art. 35) — CE 442946 |
| SCPI patrimoniales | Non éligible | Revenus fonciers, non opérationnel |
| Gestion de son propre portefeuille de titres | Non éligible | Gestion patrimoniale passive |
| Compte à terme / placement de trésorerie | Non éligible | Aucun projet économique réel |
| Contrat de capitalisation | Non éligible | Enveloppe patrimoniale — poche libre |
| Rachat d'un bien déjà détenu par l'apporteur | Non éligible | Appropriation déguisée — CE 411474 |
| Marchand de biens / promotion / lotissement | Non éligible (2026) | Exclu pour les cessions ≥ 21/02/2026 |
| Activité financière (banque, assurance, courtage) | Restreinte (2026) | Fortement restreinte par la LF 2026 |
Marchand de biens : le grand changement de 2026
L'immobilier : (presque) jamais éligible sur les 70 %
C'est la question n° 1 en rendez-vous : « je peux mettre les 70 % en immobilier, non ? » La réponse, pour l'immobilier patrimonial et locatif, est non. La gestion de son propre patrimoine immobilier est expressément exclue du remploi économique. En pratique, quatre familles sont écartées :
Ce qui est exclu de la poche 70 %
L'immobilier de rendement n'est pas un remploi économique
- Location nue : revenus fonciers, gestion de patrimoine — exclu.
- Location meublée (LMNP / LMP) : activité patrimoniale au sens de l'article 35 du CGI — exclu, sauf para-hôtellerie (CE 19/04/2022 n° 442946).
- SCPI : parts d'une société de gestion immobilière, revenus fonciers — exclu.
- Marchand de biens, promotion, lotissement : exclus pour les cessions à compter du 21/02/2026 (recentrage économie productive).
La seule porte qui reste ouverte, c'est l'immobilier affecté à une activité opérationnelle : l'hôtellerie et la para-hôtellerie avec de vrais moyens matériels et humains, ou un local acquis pour y exploiter une activité commerciale ou libérale. Le critère n'est pas le bien lui-même, mais l'activité économiquequ'on y exerce. Un immeuble loué nu ne coche pas la case ; un hôtel exploité, oui.
Bonne nouvelle : l'immobilier reste possible sur les 30 %
La liste négative détaillée : ce qui disqualifie le remploi
Au-delà de l'immobilier, quatre types d'opérations que les cédants tentent régulièrement — prêt en compte courant, rachat de leur propre bien, compte à terme, portefeuille coté — ne valent pas remploi. Les connaître évite les erreurs les plus coûteuses — et les redressements pour abus de droit.
Mémo express
Ce qui n'est PAS un réinvestissement économique éligible
- La gestion de son propre patrimoine mobilier : portefeuille de valeurs mobilières géré passivement, actions cotées détenues sans logique d'entreprise.
- La gestion de son propre patrimoine immobilier : location nue ou meublée patrimoniale, SCPI (voir §6).
- Le simple placement de trésorerie : compte à terme, compte courant, produits de taux — sans projet économique.
- Le rachat d'un bien appartenant déjà à l'apporteur : appropriation déguisée des liquidités (CE 10/07/2019 n° 411474).
- Le marchand de biens, la promotion, le lotissement (depuis le 21/02/2026) et l'activité financière (restreinte en 2026).
Abus de droit : le remploi de façade coûte 40 % à 80 %
La règle tient en une image : votre argent doit financer une entreprise qui embauche et facture, pas votre propre patrimoine. Réutiliser le produit pour de la gestion patrimoniale, ou le faire tourner en interne sans risque économique réel, n'est pas un remploi. Face à un support douteux, posez la question du vérificateur : cette PME a-t-elle des salariés, un chiffre d'affaires, un risque d'exploitation ?Si non, ce n'est pas du remploi.
Que faire des 30 % restants (et de 100 % au-delà de 3 ans) ?
Une fois les 70 % correctement remployés, les 30 % restants sont à vous, sans contrainte de nature. Et si la holding a vendu plus de 3 ans après l'apport, c'est l'intégralité du produit qui est libre. Cette poche reste logée dans la holding, donc dans un cadre fiscal IS souvent avantageux.
| Support de la poche libre | Intérêt | Le guide dédié |
|---|---|---|
| Contrat de capitalisation de la holding | Enveloppe capitalisante, fiscalité IS pilotée | Contrat de capitalisation et 150-0 B ter |
| Compte-titres / ETF | Liquidité, diversification | Private equity et non-coté |
| SCPI, immobilier locatif | Revenus complémentaires (hors 70 %) | — |
| Compte à terme, produits de taux | Sécurité de la trésorerie | — |
| Or, produits structurés, club-deals | Décorrélation, sur-mesure | — |
La poche libre reste dans la holding : optimiser sans casser le report
Panacher plusieurs actifs pour atteindre 70 %
Rien n'oblige à tout mettre dans un seul actif. Vous pouvez combiner les catégories (a), (b), (c) et (d) jusqu'à atteindre le seuil de 70 %. C'est d'ailleurs le montage de Marc (§11) : 900 000 € pour reprendre une PME, 500 000 € en FCPR, pour couvrir ses 1 400 000 € de remploi. Seule règle : chaque brique doit être individuellement éligible et respecter son propre engagement de conservation de 5 ans.
Le calcul du remploi minimal (régime 2026)
Remploi minimal = 70 % × produit net de cession Exemple : produit de cession = 2 000 000 € Remploi minimal = 0,70 × 2 000 000 = 1 400 000 € Poche libre = 2 000 000 − 1 400 000 = 600 000 € (30 %)
Le total des briques éligibles (activité + contrôle + capital + fonds) doit atteindre au moins ce montant, dans les 36 mois de la cession.
Panacher répartit le risqueet règle un problème très concret : rares sont les dossiers où une seule opération absorbe 1,4 M€ d'un coup. Combiner une entreprise en direct et un ou deux fonds de private equity éligibles est souvent la solution la plus réaliste — à condition de tenir le calendrier.
Le remploi via fonds (FCPR / FPCI / SLP / SCR) en synthèse
La catégorie (d) — les fonds de capital-investissement — est celle que choisissent la plupart des cédants qui ne veulent pas gérer eux-mêmes une reprise : un seul ticket, une société de gestion aux commandes. En échange, deux exigences fermes : le fonds doit respecter un quota d'investissement de 75 % en titres de sociétés opérationnelles éligibles (apprécié sous 5 ans), et vous devez conserver les parts 5 ans.
Les atouts du remploi via fonds
Points forts
- Sélection déléguée à une société de gestion
- Ticket unique, diversification immédiate
- Quota d'éligibilité géré par le fonds
- Accès à des PME et ETI non cotées
Les limites à connaître
Points de vigilance
- Illiquidité : blocage typique de 8 à 10 ans
- Risque de perte en capital
- Courbe en J (rendement différé)
- Vérifier le quota 75 % propre au 150-0 B ter
Ne pas confondre les quotas ni les véhicules
Note de méthode : illiquidité et risque de perte en capital
Trois cas chiffrés à l'euro
Trois cédants, trois issues opposées, tout à l'euro près. Mise au point méthodologique : pour rester lisibles, les cas supposent que la plus-value d'apport est proche du prix de cession (prix d'acquisition initial faible) et retiennent un PFU de 31,4 %(12,8 % d'IR + 18,6 % de PS). Ce sont des ordres de grandeur pédagogiques, non des simulations personnalisées.
Cas 1 · Panachage · holding cède 2 000 000 € à 18 mois
Marc — 1,4 M€ remployés en panachant contrôle + FCPR
Marc, 54 ans, ex-dirigeant industriel, a apporté ses titres à sa holding. Celle-ci revend à 18 mois (cession en mai 2026, donc régime LF 2026) pour 2 000 000 €. Cession dans les 3 ans → remploi obligatoire.
Remploi minimal = 2 000 000 € × 70 % = 1 400 000 €, à réinvestir dans les 36 mois et à conserver 5 ans.
Panachage retenu : 900 000 € en acquisition du contrôle d'une PME opérationnelle (catégorie b) + 500 000 € en parts de FCPR éligible à quota 75 % (catégorie d) = 1 400 000 €. Le seuil est atteint, le report est maintenu.
Les 600 000 € (30 %) restants sont placés librement dans la holding (contrat de capitalisation + compte-titres). Point de vigilance : chaque brique doit être conservée 5 ans, et les parts de FCPR sont bloquées 8 à 10 ans (illiquidité). Le panachage contrôle + fonds est le montage le plus courant pour absorber un gros produit de cession.
Cas 2 · Piège immobilier · holding cède 1 800 000 € à 2 ans
Claire — le réflexe SCPI qui fait tomber le report : 565 200 €
Claire, 48 ans, a cédé sa société de services via sa holding, qui revend 1 800 000 € dans les 3 ans (cession 2026). Son banquier lui propose de remployer les 70 % (1 260 000 €) en SCPI et immobilier locatif — « des valeurs sûres ».
Problème : SCPI et immobilier patrimonial sont non éligibles à la poche contrainte. Le remploi éligible est donc de 0 € → déchéance du report.
Coût : plus-value latente ≈ 1 800 000 € × 31,4 % = 565 200 €, majorés de la CEHR (art. 223 sexies) et le cas échéant de la CDHR (art. 224, imposition minimale 20 %), plus les intérêts de retard.
La bonne voie : remployer 70 % dans une des 4 catégories (par exemple FCPR + prise de contrôle), et réserver la SCPI et l'immobilier locatif à la poche libre de 30 % (540 000 €). Même erreur, deux issues opposées : 0 € d'impôt si le remploi est éligible, 565 200 € s'il ne l'est pas.
Cas 3 · Réflexe temporel · apport ancien
Antoine — vendre au-delà de 3 ans : aucune obligation de remploi
Antoine, 60 ans, a le même produit de cession dans les deux cas — seule change la date de vente par sa holding.
Variante A : la holding revend moins de 3 ans après l'apport (cession juin 2026) → obligation de remploi de 70 %, dans les 36 mois, conservation 5 ans. Il faut trouver des actifs éligibles.
Variante B : Antoine a apporté ses titres tôt ; la holding les conserve plus de 3 ans avant de vendre → aucune obligation de remploi, le report est maintenu sans condition, et 100 % du produit se place librement(SCPI, immobilier, capitalisation, ce qu'il veut).
Loger ses titres dans la holding longtemps avant la cession envisagée, c'est s'offrir la liberté totale de remploi. Nuance datée : si la cession de la variante A était intervenue avant le 21/02/2026, le seuil aurait été de 60 % / 24 mois / 12 mois. Que devient l'impôt à la sortie ? Voyez notre guide sortie du 150-0 B ter.
Note de méthode : ces chiffres sont illustratifs
Modéliser votre remploi à l'euro avant de réinvestir
Comme dans les trois cas ci-dessus, on chiffre votre opération : seuil de 70 %, actifs éligibles vs exclus, panachage optimal, calendrier de 36 mois et conservation de 5 ans, et coût d'un remploi raté. Vous tranchez sur un tableau chiffré, comme celui de Marc ou de Claire, pas sur le conseil d'un banquier pressé.
Les 7 erreurs qui font tomber le report
À ne pas faire
Les 7 erreurs qui coûtent le report (et 31,4 % de plus-value)
- 1. Mettre les 70 % en SCPI ou immobilier locatif — non éligibles à la poche contrainte (§6). L'erreur la plus fréquente.
- 2. Racheter un bien qu'on possède déjà — appropriation déguisée, remploi nul (CE 411474).
- 3. Placer la trésorerie sur un compte à terme en pensant « cocher la case » — aucun projet économique.
- 4. Viser 60 % alors qu'on est au régime 70 % (cession ≥ 21/02/2026) — remploi insuffisant.
- 5. Rater le délai de 36 mois — voir le délai pour réinvestir.
- 6. Revendre l'actif de remploi avant 5 ans — voir la durée de conservation.
- 7. Investir en marchand de biens / promotion en 2026 — devenu non éligible (§5).
Chacune de ces erreurs déclenche la même sanction : la déchéance du report, donc la plus-value d'apport imposée au PFU de 31,4 %, majorée des intérêts de retard et, en cas de montage de façade, des pénalités pour abus de droit (40 % à 80 %). Les modalités de contrôle sont détaillées dans remise en cause du 150-0 B ter.
Synthèse : votre check-list de remploi
Votre check-list de remploi 150-0 B ter (2026)
- Cession par la holding dans les 3 ans de l'apport ? Si oui → remploi obligatoire (sinon, produit libre).
- Remployer au moins 70 % du produit net (cessions ≥ 21/02/2026) dans les 36 mois.
- Choisir parmi les 4 catégories : financer une activité, acquérir le contrôle, souscrire au capital, parts de fonds (quota 75 %).
- Conserver 5 ans chaque actif de remploi.
- Écarter les exclus : immobilier locatif, SCPI, trésorerie, marchand de biens (2026).
- Placer les 30 % librement dans la holding.
- Documenter la substance économique de chaque remploi (rempart anti-abus de droit).
Retenez ceci : la liste éligible tient sur quatre lignes, mais bien lue, elle suffit à sécuriser un report de plusieurs centaines de milliers d'euros — les 565 200 € que Claire a failli payer. Deux façons de dormir tranquille : loger ses titres dans la holding assez tôt pour vendre après 3 ans (zéro contrainte, comme Antoine variante B), ou verrouiller ses cibles de remploi dès la signature pour ne pas courir après le délai de 36 mois. Pour resituer ce remploi dans l'ensemble du dispositif, revenez au guide ultime du 150-0 B ter, au montage d'apport-cession à holding, et à la synthèse des nouveautés dans apport-cession 2026.
Note de méthode. Chaque remploi doit apporter une véritable substance économique et se documenter dès l'acte de cession : c'est ce dossier qui vous protège en cas de remise en cause par l'administration. Parce que l'éligibilité d'un actif se joue au cas par cas (nature de l'activité, calendrier, quota des fonds, régime daté 60 % ou 70 %) et qu'une erreur se paie au prix fort, un remploi de 150-0 B ter mérite une étude personnalisée. C'est précisément le travail que Quentin Hagnéré et l'équipe du cabinet mènent aux côtés des dirigeants cédants : cartographier les actifs éligibles, écarter les exclus et sécuriser le calendrier, en toute indépendance.

