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Guide apport-cession 202616 minMis à jour 8 juillet 20263 cas chiffrés

Réinvestissement 150-0 B ter : la règle des 60 % (désormais 70 % depuis 2026)

C'est le cœur de l'apport-cession : quand votre holding revend les titres apportés dans les 3 ans, elle doit réinvestir une part du produit pour garder le report d'impôt. Combien exactement ? 60 % du produit pour une cession avant le 21 février 2026 ; 70 % en 36 mois depuis la loi de finances pour 2026. Réinvestir un euro de moins que le seuil, et c'est la déchéance totale : toute la plus-value redevient imposable à 31,4 %. À la fin, vous saurez quel seuil s'applique à votre cession, comment calculer le montant exact à remployer, et l'unique erreur à ne jamais commettre. Par Hagnéré Patrimoine (ORIAS 23002291).

REMPLOI 150-0 B ter 2026

Sécuriser le réinvestissement de votre produit de cession

Audit du remploi : seuil applicable selon votre date de cession (60 % ou 70 %), assiette exacte, actifs éligibles (et exclus comme les SCPI), délai de 36 mois, conservation 5 ans et prévention de la déchéance. Cabinet non détenu par une banque ni par un assureur.

Le rendez-vous offert : recueil de votre situation et présentation des mécanismes généraux, sans recommandation personnalisée.

  • Seuil et assiette vérifiés à la source
  • Actifs éligibles arbitrés
  • Déchéance totale évitée
  • Multi-partenaires, sans produit-maison

REMPLOI (LF 2026)

70 %

SEUIL HISTORIQUE

60 %

DÉLAI DE REMPLOI

36 mois

DÉCLENCHEUR

cession < 3 ans

SOUS-REMPLOI

déchéance 100 %

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1L'ESSENTIEL·2 MIN

La règle de remploi en 30 secondes

À retenir avant tout

  • Le remploi n'est dû que si la holding cède les titres apportés dans les 3 ans de l'apport. Au-delà, aucune obligation.
  • Seuil de réinvestissement : 60 % du produit pour une cession avant le 21/02/2026 ; 70 % depuis (LF 2026).
  • L'assiette est le produit de cession (le prix), pas la plus-value.
  • Délai : 36 mois (ex-24). Conservation du remploi direct : 5 ans (ex-12 mois).
  • Réinvestir moins que le seuil = déchéance totale : toute la plus-value redevient imposable à 31,4 %.

Vous vendez votre société 3 000 000 €. Deux chemins s'ouvrent. Le premier : encaisser directement et régler dès cette année le prélèvement forfaitaire de 31,4 % sur la plus-value — sur une société créée de vos mains, où le gain est proche du prix, cela représente jusqu'à 942 000 € —, majoré le cas échéant de la CEHR et de la CDHR pour les hauts revenus. Le second : apporter d'abord les titres à une holding que vous contrôlez, geler cette plus-value en report d'imposition (elle n'est pas effacée, elle est différée), et remettre 100 % du prix au travail au lieu d'environ 69 %. C'est tout l'intérêt de l'apport-cession.

Mais ce report a un prix, un seul, et c'est le sujet de ce guide : si la holding revend les titres apportés dans les trois ans, elle doit réinvestir une large fraction du produit dans l'économie réelle, sous peine de tout perdre. Combien exactement ? C'est la fameuse règle des 60 % — la pièce maîtresse du dispositif de l'article 150-0 B ter, et l'endroit précis où se jouent des centaines de milliers d'euros d'impôt.

Disons-le tout de suite, car c'est le point que la moitié des pages en ligne n'a pas encore intégré : ce n'est plus 60 %. La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) a relevé le seuil à 70 %, allongé le délai à 36 mois et porté la conservation à 5 ans, pour toute cession réalisée à compter du 21 février 2026. Le repère « 60 % » reste exact — mais uniquement pour les cessions antérieures. Ce guide vous donne le bon seuil selon votre date de cession, l'assiette exacte, le calcul, et la seule erreur à ne jamais commettre.

Il fait partie de notre série sur le mécanisme de l'apport-cession : voyez d'abord le guide complet du 150-0 B ter pour la vue d'ensemble, et comment monter l'apport-cession à une holding pour la mécanique amont. Ici, on ne traite qu'une chose, mais la plus décisive : la règle de remploi.

§ 2LE DÉCLENCHEUR·2 MIN

Le seul déclencheur : la cession par la holding dans les 3 ans

Avant de parler de pourcentage, il faut savoir si le remploi est seulement dû. Et la réponse tient à un seul fait : la date à laquelle la holding revend les titres qu'elle a reçus en apport. Le texte est net (art. 150-0 B ter, I, 2° CGI) : l'obligation de réinvestir ne s'applique que « lorsque la société bénéficiaire de l'apport cède les titres dans un délai de trois ans à compter de la date de l'apport ».

Le remploi n'est déclenché que par une cession des titres apportés dans les 3 ans de l'apport.
SituationObligation de remploi ?Conséquence
La holding conserve les titres apportésNonReport maintenu, rien à faire
La holding cède les titres DANS les 3 ansOuiRemploi 60 %/70 % sinon déchéance
La holding cède les titres APRÈS 3 ansNonReport maintenu sans condition, cash libre

La voie royale : apporter tôt, vendre plus tard

Si la holding cède les titres plus de 3 ans après l'apport, il n'y a aucune obligation de remploi : le report est maintenu sans condition, et le produit de la vente se place librement (contrat de capitalisation, private equity, titres). D'où le réflexe des dirigeants avertis : apporter les titres bien en amont, idéalement plus de 3 ans avant la cession envisagée. Vous supprimez la contrainte de remploi et vous construisez le meilleur rempart contre une remise en cause par l'administration. Cette règle de remploi ne concerne donc que ceux qui vendent tôt — mais pour eux, elle est capitale.

Toute la suite de ce guide part de l'hypothèse d'une cession dans les 3 ans : c'est le seul cas où la règle de remploi s'applique. Le calendrier précis de ce délai de 3 ans et son point de départ exact sont détaillés — avec les subtilités de décompte — dans notre guide sur le calendrier détaillé du délai de réinvestissement.

§ 3LE VRAI SEUIL·3 MIN

60 % ou 70 % : quel seuil s'applique à votre cession ?

Si j'insiste sur ce point, c'est qu'il concentre l'essentiel des erreurs qu'on voit passer en rendez-vous. Le seuil de remploi n'a pas été figé une fois pour toutes : il a monté deux fois. Ce qui compte, ce n'est pas le chiffre que vous avez lu quelque part, c'est la date à laquelle votre holding cède les titres.

Historique du seuil de remploi : 50 % → 60 % (LF 2019, loi n° 2018-1317) → 70 % (LF 2026, loi n° 2026-103 du 19/02/2026).
Date de cession par la holdingSeuil de remploiDélaiConservation (direct)
Avant le 01/01/201950 % du produit24 mois12 mois
Du 01/01/2019 au 20/02/202660 % du produit24 mois12 mois
À compter du 21/02/202670 % du produit36 mois (3 ans)5 ans

Le seuil est passé de 50 % à 60 % avec la loi de finances pour 2019 (loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018), pour les cessions réalisées à compter du 1er janvier 2019. C'est ce 60 % qui a irrigué toute la doctrine et les guides pendant sept ans — d'où sa notoriété. Puis la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) l'a relevé à 70 % pour les cessions réalisées à compter du 21 février 2026, en durcissant aussi le délai (36 mois) et la conservation (5 ans).

Attention : beaucoup de sources affichent encore « 60 % »

Pour toute cession réalisée à compter du 21/02/2026, le minimum légal n'est plus 60 % mais 70 %. Une page — même récente — qui présente 60 % comme le seuil actuel est désormais fausse pour les nouvelles opérations. La doctrine BOFiP n'a pas toujours été mise à jour immédiatement après la loi : ne vous fiez pas à une date de publication ancienne, la source qui fait foi est le texte en vigueur de l'article 150-0 B ter. Notre guide apport-cession 2026 : ce qui change cette année détaille l'ensemble de la réforme, et la loi de finances 2026 en donne le cadre général.

Mémo express

La bonne question à se poser

  • Ma holding a-t-elle cédé (ou va-t-elle céder) les titres apportés avant ou après le 21/02/2026 ?
  • Avant → seuil 60 %, délai 24 mois, conservation 12 mois.
  • À compter du 21/02/2026 → seuil 70 %, délai 36 mois, conservation 5 ans.
  • Ce qui compte est la date de cession par la holding, pas la date de l'apport.
§ 4L'ASSIETTE·2 MIN

L'assiette : le produit de la cession, pas la plus-value

Le piège n°1 du calcul

Le seuil (60 % ou 70 %) s'applique au produit de la cession — c'est-à-dire le prix encaissé par la holding, net le cas échéant des frais et charges — et non à la plus-value. C'est l'erreur qui coûte le plus cher : calculer le remploi sur le gain conduit mécaniquement à sous-remployer, et donc à faire tomber tout le report.

Un cas le montre mieux qu'une définition. La holding a reçu des titres valorisés 2 900 000 € à l'apport, et les revend 3 000 000 € quinze mois plus tard. La plus-value de la holding est faible (elle vend à peu près au prix d'apport), mais peu importe : l'assiette du remploi n'est ni cette plus-value, ni la plus-value d'apport en report. C'est le produit encaissé : 3 000 000 €. À 70 %, il faut donc réinvestir 2 100 000 € — pas 70 % d'un gain, mais 70 % du prix.

La doctrine (BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-20) précise que ce produit s'entend net, le cas échéant, des frais et charges liés à la cession. En pratique, on part du prix de cession et l'on peut en retrancher les frais directement liés à l'opération, ce qui réduit légèrement l'assiette — mais l'ordre de grandeur reste celui du prix, très loin de la seule plus-value. Retenez la formule : on remploie un pourcentage du prix de vente, pas du bénéfice.

§ 5LE CALCUL·3 MIN

Calculer le montant à réinvestir : la formule et un cas chiffré

Le montant minimal à réinvestir

Montant a remployer = seuil de remploi x produit net de cession

Exemple - la holding cede les titres apportes pour 3 000 000 EUR :

  Cession AVANT le 21/02/2026  (seuil 60 %)
     3 000 000 x 60 % = 1 800 000 EUR a remployer
     -> 1 200 000 EUR restent libres

  Cession A COMPTER du 21/02/2026  (seuil 70 %, LF 2026)
     3 000 000 x 70 % = 2 100 000 EUR a remployer
     -> 900 000 EUR restent libres

L'assiette est le PRODUIT de la cession (prix net des frais et charges), pas la plus-value. Réinvestir moins que le seuil entraine la déchéance TOTALE du report, sans proratisation.

La formule est simple, mais l'écart entre les deux régimes n'est pas anodin : sur une même cession de 3 M€, la réforme 2026 fait passer l'effort de remploi de 1,8 M€ à 2,1 M€, soit 300 000 € de plus à immobiliser dans des actifs éligibles, et pour 5 ans au lieu de 12 mois. La part que vous pouvez placer librement, elle, se réduit de 1,2 M€ à 900 000 €. Autant le savoir avant de signer.

Cas 1 · Dirigeant · holding IS · produit de cession 3 000 000 € · cession le 15/03/2026

Marc — 2,1 M€ à réinvestir (et non 1,8 M€), 900 000 € libres

Marc a apporté les titres de sa société d'exploitation à sa holding à l'IS qu'il contrôle à 100 %. Dix-huit mois plus tard, un groupe rachète la société : la holding cède les titres le 15 mars 2026 pour un produit net de 3 000 000 €. Cession dans les 3 ans → obligation de remploi. Et cession postérieure au 21/02/2026 → c'est le seuil de 70 % qui s'applique.

Montant à réinvestir : 3 000 000 × 70 % = 2 100 000 €, dans une activité économique éligible, dans les 36 mois et conservés 5 ans. Les 900 000 € restants (30 %) sont libres au sein de la holding.

S'il avait cédé avant le 21/02/2026, Marc n'aurait remployé que 1 800 000 € (60 %) et gardé 1 200 000 € libres, avec conservation de 12 mois seulement. Trois semaines de calendrier, 300 000 € de remploi supplémentaire et quatre ans de blocage en plus : la date de cession n'est jamais neutre.

Note de méthode : le calcul est simple, la décision ne l'est pas

Multiplier un prix par un pourcentage est à la portée de tous. La vraie difficulté est en amont : établir l'assiette exacte (produit net de cession), déterminer le seuil applicable à votre date de cession, et surtout choisir des actifs qui seront à la fois éligibles et tenables 5 ans. Une assiette mal estimée ou un actif non éligible, et c'est la déchéance totale. Chaque cession a ses propres contraintes (structure de la holding, calendrier, projets de réinvestissement) : ce guide donne le cadre, mais un remploi de plusieurs millions d'euros se sécurise par une étude personnalisée, jamais sur une règle de trois faite seul.
Hagnéré Patrimoine

Calculer votre remploi avant de signer la cession

Un conseiller en gestion de patrimoine détermine le seuil applicable à votre date de cession, calcule le montant exact à réinvestir sur le produit net, identifie les actifs éligibles (et écarte les exclus comme les SCPI), et vérifie le délai et la conservation.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 6LE DÉLAI·1 MIN

Le délai pour réinvestir : 24 ou 36 mois

Le remploi n'a pas à être réalisé le jour de la cession : vous disposez d'un délai, qui court à compter de la date de cession des titres par la holding (et non de la date de l'apport). Ce délai était de 24 mois pour les cessions antérieures au 21/02/2026 ; il est porté à 36 mois (3 ans) pour les cessions réalisées à compter de cette date par la loi de finances pour 2026.

Un peu de souplesse — mais pas d'improvisation

L'allongement à 36 mois donne de l'air pour sélectionner un beau projet de réinvestissement ou un fonds de qualité, plutôt que de remployer dans la précipitation. Attention toutefois : le compte à rebours démarre à la cession, et la holding doit avoir pris son engagement de remploi dès ce moment (voir §11). Le décompte précis, le point de départ, les cas de suspension et les délais propres aux fonds sont détaillés dans notre guide dédié au calendrier du délai de réinvestissement.
§ 7LES 4 VOIES·2 MIN

Les quatre voies de remploi éligibles

Une fois le montant connu — 2,1 M€ pour Marc —, reste la question qui bloque la plupart des cédants : dans quoi le mettre ? Le texte (art. 150-0 B ter, I, 2°, a à d) écarte tout ce qui relève de la gestion de patrimoine et n'ouvre que quatre portes, toutes du côté de l'économie réelle. La logique de l'administration est assumée : le report récompense le dirigeant qui réinjecte son capital dans une entreprise, pas celui qui vend et loge le produit sur un contrat.

Mémo express

Ce qui est ÉLIGIBLE au remploi (art. 150-0 B ter, I, 2°, a-d)

  • (a) Le financement de moyens permanents affectés à une activité opérationnelle (commerciale, industrielle, artisanale, libérale, agricole), hors gestion de son propre patrimoine.
  • (b) L'acquisition d'une fraction du capital conférant le contrôle d'une ou plusieurs sociétés opérationnelles.
  • (c) La souscription en numéraire au capital (initial ou augmentation) de sociétés opérationnelles éligibles.
  • (d) La souscription de parts de fonds éligibles — FCPR, FPCI, SCR, SLP — respectant un quota d'investissement de 75 % (art. 163 quinquies B CGI).

Ce qui est EXCLU (l'erreur qu'on rattrape le plus souvent)

Sont exclus : la gestion de votre propre patrimoine mobilier ou immobilier, la location nue ou meublée à caractère patrimonial et l'immobilier de rendement. Pour les cessions réalisées à compter du 21/02/2026, la LF 2026 a resserré la définition des activités éligibles (par renvoi à l'art. 199 terdecies-0 A, I, C, 3° CGI) : l'activité financière n'est désormais plus éligible. Traduction concrète : la SCPI que votre banquier vous propose, ou l'immeuble locatif, ne comptent pas comme remploi. Seul l'immobilier affecté à une activité opérationnelle (des locaux d'exploitation) reste éligible.

Chaque voie a ses subtilités — la définition de l'« activité opérationnelle », la notion de « contrôle » pour la voie (b), les quotas des fonds pour la voie (d). Nous les détaillons voie par voie dans notre guide sur quels actifs sont éligibles au remploi. La voie (d), la plus utilisée en pratique par les dirigeants qui n'ont pas de projet opérationnel propre, passe par le private equity (FCPR, FPCI) : voyez notre sélection dans le guide des FCPR éligibles au 150-0 B ter.

Note de méthode : le remploi via fonds n'est pas sans risque

Les fonds de capital-investissement (FCPR, FPCI) sont illiquides — souvent 8 à 10 ans d'immobilisation, avec une « courbe en J » (moins-values les premières années) — et comportent un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. L'avantage fiscal du remploi (maintien du report) est une chose ; la qualité financière du fonds en est une autre. Les deux logiques se raisonnent séparément, et un fonds n'est jamais éligible « par principe » : il doit respecter son quota d'investissement.
§ 8LA CONSERVATION·1 MIN

Combien de temps conserver les actifs réinvestis

Réinvestir ne suffit pas : encore faut-il garder les actifs acquis pendant une durée minimale, sous peine de faire tomber le report a posteriori. C'est ici que la réforme 2026 a frappé le plus fort.

La conservation du remploi direct passe de 12 mois à 5 ans (LF 2026) ; celle des fonds reste de 5 ans.
Type de remploiAvant le 21/02/2026À compter du 21/02/2026
Remploi direct (moyens, contrôle, souscription — a, b, c)12 mois5 ans
Remploi via fonds (FCPR, FPCI, SCR, SLP — d)5 ans5 ans

Le changement est lourd : un remploi direct qui n'était bloqué que 12 mois doit désormais l'être 5 ans. Pour les fonds, la durée de 5 ans était déjà la règle, et s'y ajoute l'obligation, pour le fonds, d'atteindre son quota d'investissement de 75 % dans un délai de 5 ans. Le détail des durées, de leur point de départ et des exceptions (décès, invalidité, liquidation judiciaire) figure dans notre guide sur la durée de conservation après réinvestissement.

§ 9TOUT OU RIEN·2 MIN

Réinvestir moins que le seuil : la déchéance est totale

69 % ne vaut pas 69 % du report : il vaut zéro

La condition de remploi est binaire. Si la holding ne réinvestit pas au moins le seuil requis (60 % ou 70 %) du produit dans le délai, il est mis fin au report d'imposition et la totalité de la plus-value en report devient imposable. Il n'existe aucune déchéance proportionnelle : réinvestir 65 % quand 70 % sont exigés ne fait pas perdre 5 % du report — il fait perdre 100 %.

C'est la mise en garde que Quentin répète le plus en rendez-vous de cession, parce que le réflexe est toujours le même : un dirigeant qui a remployé 68 % au lieu de 70 % s'attend à devoir « rattraper les 2 points manquants ». Il n'en est rien. La doctrine (BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-20) est sans ambiguïté : dès lors que la condition de réinvestissement cesse d'être respectée, il est mis fin au report « au titre de l'année au cours de laquelle » cela se produit — sur l'intégralité de la plus-value, pas sur la fraction manquante. D'où une règle de sécurité simple : quand on vise le seuil, on ne le vise pas au ras — on réinvestit avec une marge.

Cas 2 · Dirigeante · holding IS · plus-value en report 1 600 000 € · remploi 65 %

Sophie — 65 % au lieu de 70 % : déchéance totale, 502 400 € dus

La holding de Sophie a cédé les titres apportés en 2026 (seuil 70 %). Faute d'avoir bouclé son projet à temps, elle n'a réinvesti que 65 % du produit dans des actifs éligibles — il lui manquait 5 points.

Comme la condition n'est pas respectée, il est mis fin au report sur la totalité de la plus-value placée en report, soit 1 600 000 €. Impôt dû : 1 600 000 × 31,4 % = 502 400 €, majoré des intérêts de retard depuis l'année de la cession.

Elle n'est pas imposée sur les seuls 5 % manquants (ce qui aurait représenté quelques dizaines de milliers d'euros) : elle l'est sur l'intégralité. Cinq points de remploi en moins ont coûté un demi-million d'euros. C'est toute la brutalité de la règle « tout ou rien ».

Les conséquences détaillées d'une déchéance, les cas où l'administration remet en cause le remploi (fictif, non éligible, mal documenté) et les moyens de s'en prémunir sont traités dans nos guides sur la remise en cause par l'administration et sur la sortie du dispositif et l'impôt en report.

§ 10LA PART LIBRE·1 MIN

Les 30 % (ou 40 %) restants : la part que vous placez librement

Le dispositif n'impose ses contraintes qu'à la fraction obligatoire du produit (60 % ou 70 %) : elle seule doit aller dans des actifs éligibles et respecter la durée de conservation. Le reste — 40 % avant le 21/02/2026, 30 % depuis — est libre. Vous pouvez le placer sans aucune contrainte d'éligibilité au sein de la holding.

Où loger la part libre

Cette fraction libre peut aller dans un contrat de capitalisation souscrit par la holding, sur de la trésorerie rémunérée, des titres cotés, ou tout autre placement — y compris ceux qui sont exclus du remploi obligatoire (immobilier, SCPI…), puisque cette part n'est pas soumise à la condition. Le contrat de capitalisation, très prisé pour cette poche, est traité dans notre guide le contrat de capitalisation comme trésorerie de la holding. Pour la logique d'ensemble de l'enveloppe, voyez la holding patrimoniale.

L'ordre compte, et on voit régulièrement l'erreur inverse : un chef d'entreprise qui, sitôt ses 3 M€ encaissés, loge 1,5 M€ en SCPI et sur un contrat parce que ces placements le rassurent — puis s'aperçoit qu'il ne lui reste que 1,5 M€ pour un remploi qui en exige 2,1. On sécurise d'abord la part obligatoire (celle qui protège le report), on optimise la part libre ensuite.

§ 11FORMALISME·1 MIN

L'engagement de remploi et les déclarations

La règle de remploi n'est pas qu'une affaire de chiffres : elle suppose un formalisme précis, sans lequel même un remploi parfait peut être fragilisé. La holding bénéficiaire doit prendre un engagement de réinvestissement au moment de la cession des titres, puis le concrétiser dans le délai.

Le fil déclaratif, année par année

  • L'année de l'apport : la plus-value en report est calculée, figée et déclarée sur le formulaire 2074-I.
  • Chaque année tant que le report court : son montant total est reporté en case 8UT de la déclaration 2042 — un oubli peut réveiller l'impôt par simple négligence.
  • À la survenance d'un événement mettant fin au report (remploi insuffisant, cession des titres de la holding, expatriation) : la plus-value est déclarée et imposée au titre de l'année de l'événement (art. 150-0 B ter, VI CGI).

Ce suivi s'inscrit dans votre déclaration d'impôt 2026. Les conditions générales d'application du dispositif — contrôle de la holding, éligibilité, calendrier — sont rassemblées dans notre guide sur les conditions d'application du 150-0 B ter.

§ 12L'ENJEU FINAL·2 MIN

Si le report tombe : l'impôt à 31,4 %… ou la purge au décès

Pourquoi respecter à la lettre le seuil, le délai et la conservation ? Pour une seule raison : empêcher la plus-value en report de redevenir imposable. Regardons d'abord ce que coûte un remploi raté à une dirigeante comme Sophie, puis ce que rapporte un report tenu jusqu'au bout — la vraie raison d'être du montage.

L'enjeu, en 30 secondes

  • Report qui tombe (remploi raté, cession des titres de la holding, expatriation) → la plus-value redevient imposable à 31,4 %, plus CEHR/CDHR et intérêts de retard.
  • Report tenu jusqu'au décès → la plus-value est définitivement purgée, jamais imposée : l'impôt différé devient un impôt effacé.
  • Le remploi n'est donc pas une contrainte gratuite : c'est le ticket d'entrée qui protège le report jusqu'à sa transformation en avantage définitif.

Si le report tombe (remploi insuffisant, cession des titres de la holding, expatriation), la plus-value est imposée au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026 : 12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux (la CSG du capital étant portée à 10,6 % par la LFSS 2026). L'option pour le barème progressif reste possible. Et pour les hauts revenus, s'ajoutent la CEHR (art. 223 sexies, 3 à 4 %) et la CDHR (art. 224, imposition minimale de 20 % du revenu fiscal de référence).

Le bon taux : 31,4 %, pas 17,2 %

Sur une plus-value mobilière (cession de titres), les prélèvements sociaux sont de 18,6 % en 2026, soit un PFU total de 31,4 %. Ne le confondez pas avec le 17,2 % qui s'applique à d'autres revenus du capital (assurance-vie, capitalisation, revenus fonciers). C'est bien 31,4 % qui menace la plus-value en report si le remploi échoue.

Cas 3 · Dirigeant · holding IS · plus-value en report 1 600 000 € · détention jusqu'au décès

Robert — report tenu jusqu'au décès : 502 400 € jamais payés

Même plus-value que Sophie — 1 600 000 € en report — mais Robert, lui, ne déclenche jamais l'impôt : soit sa holding a cédé les titres au-delà de 3 ans (aucun remploi dû), soit elle a scrupuleusement respecté le remploi de 70 %. Il conserve les titres de sa holding jusqu'à son décès.

Au décès, la plus-value en report est définitivement purgée — le décès ne figure pas parmi les événements mettant fin au report (BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-20) : elle n'est jamais imposée. Ses héritiers reçoivent les titres à leur valeur au jour du décès et ne supportent que les droits de succession.

Économie par rapport à une vente sèche : 1 600 000 × 31,4 % = 502 400 € d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux qui ne seront jamais réclamés. Le remploi bien géré, ou la détention longue, transforme un impôt différé en impôt effacé.

Voilà comment lire tout le montage : le remploi n'est pas une pénitence, c'est la condition à tenir une fois pour garder le report vivant jusqu'au jour où le décès l'efface pour de bon. La purge de la plus-value au décès et la donation des titres en report (qui purge aussi, sous conditions de conservation) sont les deux sorties gagnantes du 150-0 B ter. Pour situer ce report parmi les autres régimes — et ne pas le confondre avec une exonération — reprenez le guide complet du 150-0 B ter. Le cas particulier des professions libérales exerçant en SEL ou via une SPFPL est traité, lui, dans notre guide dédié à l'apport-cession en SEL/SPFPL.

Méthode documentée

Sécuriser votre report jusqu'à la purge, avec un conseiller en gestion de patrimoine

On chiffre à l'euro le coût d'un remploi raté (déchéance à 31,4 % + intérêts) face au gain d'un report tenu jusqu'à la transmission. Détermination du seuil, actifs éligibles, délai, conservation et stratégie de sortie : vous décidez sur des chiffres, pas sur une intuition.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
ACCOMPAGNEMENT

Piloter votre remploi 150-0 B ter avec un conseiller en gestion de patrimoine

Conseil en gestion de patrimoine : détermination du seuil (60 % ou 70 %) et de l'assiette, choix des actifs éligibles au réinvestissement, respect du délai et de la conservation, sécurisation de l'engagement de remploi, et placement de la part libre. Une vision globale et chiffrée, du calcul du remploi à la transmission.

Le rendez-vous offert : recueil de votre situation et présentation des mécanismes généraux, sans recommandation personnalisée.

  • Bilan patrimonial offert
  • Cabinet non détenu par une banque ni par un assureur

Sur lettre de mission signée

  • Calcul du remploi à l'euro sous lettre de mission
4,6/5sur Trustpilot (33 avis au 30/09/2026)

Calculer votre remploi avec un CGP multi-partenaires, non détenu par une banque ni par un assureur

Pas de produit-maison. Détermination du seuil applicable, calcul du montant à remployer sur le produit net, sélection des actifs éligibles (private equity, prise de contrôle, souscription au capital), respect du délai et de la conservation, et prévention de la déchéance totale.

Le rendez-vous offert : recueil de votre situation et présentation des mécanismes généraux, sans recommandation personnalisée. Les prestations décrites ci-dessus relèvent d'une mission sur lettre de mission signée.

Bilan gratuitCabinet CIF · COA · COBSPSans engagement

Sources et références légales

  • CGI — la règle de remploi

    Art. 150-0 B ter, I, 2° CGI (obligation de remploi : au moins 70 % du produit de cession pour les cessions à compter du 21/02/2026, 60 % avant, lorsque la holding cède les titres dans les 3 ans). Art. 150-0 B ter, II (donation, conservation 6/11 ans) et VI (obligations déclaratives 2074-I / case 8UT) ; la purge au décès résulte du I (le décès ne met pas fin au report). Art. 150-0 B (sursis, en l'absence de contrôle). Art. 163 quinquies B (fonds FCPR/FPCI/SCR/SLP, quota 75 %). Art. 200 A (PFU) et 167 bis (exit tax).

  • Doctrine BOFiP

    BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-20 (réinvestissement : assiette = produit de cession net des frais, actifs éligibles et exclus, quota des fonds de 75 % à atteindre en 5 ans, déchéance totale en cas de sous-remploi). BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-10 (champ d'application du report, notion de contrôle, soulte tolérée jusqu'à 10 % de la valeur nominale).

  • Réforme et fiscalité 2026

    Loi n° 2018-1317 du 28/12/2018 (LF 2019 : seuil 50 % → 60 %, cessions ≥ 01/01/2019). Loi n° 2026-103 du 19/02/2026 (LF 2026 : seuil 60 % → 70 %, délai 24 → 36 mois, conservation directe 12 mois → 5 ans, pour les cessions ≥ 21/02/2026). LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30/12/2025 : CSG capital 10,6 %, PS 18,6 %, PFU 31,4 %). CEHR (art. 223 sexies) et CDHR (art. 224).

  • Abus de droit et alternatives

    Art. L. 64 et L. 64 A LPF (abus de droit et mini-abus, remploi fictif sanctionnable, majorations 40 % / 80 %). Art. 238 quindecies et 150-0 D ter CGI (exonération PME et abattement dirigeant retraite — à ne pas confondre avec le report). Jurisprudence : CE 08/10/2010 n° 301934 (Bazire) et n° 313139 (Bauchart), CE 10/07/2019 n° 411474 (exigence de réinvestissement économique).

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. La règle de remploi doit s'apprécier au cas par cas (date de cession, seuil applicable, assiette, actifs éligibles, délai, conservation, engagement). Les chiffres et taux cités sont à jour au 8 juillet 2026 mais peuvent évoluer (lois de finances annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence). La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19/02/2026) a durci le remploi : le titre de ce guide conserve le repère « 60 % » pour sa valeur historique et de recherche, mais le seuil légal en vigueur pour toute cession réalisée à compter du 21/02/2026 est de 70 %. Les fonds de capital-investissement (FCPR, FPCI) sont illiquides et comportent un risque de perte en capital ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les cas chiffrés sont des ordres de grandeur pédagogiques, non une simulation personnalisée.

Foire aux questions

Tout sur la règle de réinvestissement du 150-0 B ter seuil 60 % ou 70 %, assiette, délai, actifs éligibles et déchéance.

Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous de cession : quel seuil s'applique en 2026, l'assiette exacte, le déclencheur, la revente au-delà de 3 ans, le délai, les conséquences d'un sous-remploi, la conservation, les actifs éligibles, les FCPR, l'immobilier, la part libre, l'engagement et l'impôt si le report tombe. Réponses sourcées et à jour 2026.