Reporter n'est pas exonérer : ce que dit vraiment le 150-0 B ter
L'essentiel en 30 secondes
- Le report 150-0 B ter diffère l'impôt sur la plus-value d'apport ; il ne l'efface pas. L'impôt dort, il n'a pas disparu.
- Il redevient exigible à la survenance d'un événement de sortie (art. 150-0 B ter, I) — six cas de figure, détaillés dans cet article.
- À l'expiration, la plus-value figée est taxée au PFU de 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de PS en 2026).
- Deux issues l'effacent définitivement : le décès de l'apporteur (purge, 0 €) et la donation qualifiée conservée.
Vous avez apporté les titres de votre société à une holding que vous contrôlez, et l'administration a « gelé » la plus-value d'apport plutôt que de la taxer immédiatement. L'enjeu n'a rien de théorique. Prenons une plus-value d'apport de 2 millions d'euros : cédée sèchement, elle aurait déclenché 628 000 € d'impôt au PFU de 31,4 % l'année de la vente — davantage encore une fois ajoutées la CEHR et la CDHR des hauts revenus. Grâce au report, vous n'avez rien versé : vos 2 millions travaillent en entier dans la holding, là où une cession taxée n'en aurait laissé que 1,37 million à réinvestir. Mais l'impôt n'a pas disparu — il a simplement été mis en attente. Et la vraie question, celle que personne ne pose le jour de l'apport, arrive des années plus tard : quand cet impôt latent redevient-il exigible, et comment l'éviter légalement ?
C'est tout l'objet de cet article. Le 150-0 B ter (article du CGI qui organise le report) n'est ni un cadeau ni une exonération : c'est un impôt différé. Il court, invisible, tant que vous conservez les titres de la holding. Puis, un jour, un événement survient — vous vendez la holding, elle revend l'entreprise, vous transmettez, vous partez à l'étranger, vous liquidez — et le sort de l'impôt bascule dans l'une de trois directions : il redevient imposable, il se maintient, ou il se purge définitivement. Pour le fonctionnement d'ensemble avant d'aborder les sorties, partez de notre guide du report d'imposition et le guide complet 150-0 B ter.
Report (150-0 B ter) ≠ sursis (150-0 B) : ne pas confondre
La carte des sorties : événement → conséquence
Avant de dérouler chaque scénario, une vue d'ensemble. Identifiez votre situation dans ce tableau : selon l'événement, l'impôt en report tombe, se maintient ou se purge. C'est la boussole de tout ce qui suit — chaque ligne est ensuite détaillée dans sa section dédiée.
| Événement | Effet sur le report | Impôt sur la PV en report | Focus |
|---|---|---|---|
| Vous cédez / rachetez / annulez vos titres de holding | Expiration | Imposable au PFU 31,4 % | §3 |
| La holding revend les titres apportés < 3 ans, remploi 70 % respecté | Report maintenu | 0 (différé) | §4 |
| La holding revend < 3 ans sans remploi suffisant | Déchéance totale | Imposable + intérêt de retard | §4 |
| La holding revend les titres apportés > 3 ans | Report maintenu | 0 (différé) | §4 |
| Décès de l'apporteur (titres détenus) | Purge définitive | 0 € (jamais imposée) | §5 |
| Donation des titres + conservation 6 / 11 ans par un donataire contrôlant | Transfert puis purge | 0 au terme | §6 |
| Transfert du domicile hors de France | Exit tax (art. 167 bis) | Imposable, sursis possible | §7 |
| Liquidation / dissolution de la holding | Fin du report (en principe) | Imposable | §8 |
À retenir
Trois issues, pas plus
- Imposition : l'événement fait tomber le report, la plus-value figée est taxée au PFU 31,4 % (vente de la holding, remploi manqué, exit tax, liquidation).
- Maintien : le report continue de courir, aucun impôt (revente au-delà de 3 ans, remploi 70 % respecté).
- Purge : la plus-value n'est jamais imposée (décès de l'apporteur, donation conservée). C'est la seule vraie « sortie sans impôt ».
Vous cédez vos titres de holding : l'expiration ordinaire
C'est la sortie la plus fréquente, et souvent celle qu'on oublie : la cession à titre onéreux, le rachat, le remboursement ou l'annulation des titres reçus en rémunération de l'apport (art. 150-0 B ter, I-1°), directement ou via une société interposée (I-3°), met fin au report. Le jour où vous revendez votre holding — pour financer un nouveau projet, sortir du cash ou tourner la page —, la plus-value d'apport figée redevient imposable — au titre de l'année de l'événement (art. 150-0 B ter, VI).
Le piège n° 1 : croire que le report a effacé l'impôt
Le report est illimité — tant que vous ne bougez pas
Le taux et l'assiette applicables à cette expiration sont détaillés au §9 : retenez pour l'instant que la plus-value figée est taxée au PFU de 31,4 %, éventuellement majoré des contributions sur les hauts revenus.
La holding revend l'entreprise : le cap des 3 ans
Deuxième cas de figure : ce n'est plus vous qui vendez, mais la holding qui revend les titres que vous lui avez apportés. Ici, tout dépend du calendrier. Si la holding cède les titres apportés dans les 3 ans de l'apport (art. 150-0 B ter, I-2°, décompte de date à date), le report tombe sauf engagement de remploi. Au-delà de 3 ans, aucune condition : le report est maintenu et le produit peut être placé librement.
Remploi : le double régime 2026 (le seuil a changé)
- Depuis le 21/02/2026 (LF 2026, loi n° 2026-103 du 19/02/2026) : remployer au moins 70 % du produit de cession, dans 36 mois, actifs conservés 5 ans.
- Avant le 21/02/2026 (LF 2019, loi n° 2018-1317 du 28/12/2018) : 60 % en 24 mois.
- Un remploi insuffisant ou hors délai = déchéance totale (pas de prorata) : la plus-value devient imposable au titre de l'année de la cession, majorée de l'intérêt de retard de l'art. 1727 (0,20 %/mois, soit 2,40 %/an).
Cession par la holding au-delà de 3 ans = aucune condition de remploi, report maintenu. C'est la voie la plus confortable, et elle récompense l'anticipation : plus vous apportez tôt, plus vous vous rapprochez de cette fenêtre sans contrainte. Le détail des modalités du remploi (actifs éligibles, quotas des fonds, exclusion des SCPI et de l'immobilier locatif) sort du champ de cet article de cartographie : voyez notre guide dédié sur le remploi de 70 %, ainsi que le délai pour réinvestir et la durée de conservation après remploi.
Savoir si votre report tient — ou tombe
Un CGP indépendant identifie votre événement de sortie, vérifie le cap des 3 ans, calcule le remploi de 70 % applicable et chiffre l'impôt en cas d'expiration, avant que vous ne signiez quoi que ce soit.
Le décès de l'apporteur purge tout
C'est là que le 150-0 B ter change de dimension : de simple report d'impôt, il devient un levier de transmission. Le décès de l'apporteur ne figure pas parmi les événements de fin de report (art. 150-0 B ter, I). Résultat : la plus-value en report est définitivement purgée, elle n'est jamais imposée et n'est pas transmise aux héritiers (doctrine BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-20). Les héritiers reçoivent les titres à leur valeur au jour du décès et ne paient que les droits de succession. Ce qui n'était qu'un report devient, au décès, une exonération de fait.
Et surtout : aucune durée minimale de détention n'est exigée. Que le décès survienne 1 an ou 20 ans après l'apport, le résultat est identique. Pour un dirigeant de 55 ans qui a déjà ses revenus assurés et pense d'abord à ses enfants, ce raisonnement de transmission emporte souvent la décision — nous le chiffrons au §10.
L'exception à connaître : l'avantage matrimonial
La donation transfère puis purge le report
De votre vivant, la donation des titres de holding grevés du report est l'autre voie d'effacement — mais elle obéit à une mécanique en deux temps. Si le donataire contrôle la holding, le report lui est transféré (art. 150-0 B ter, II) : il reprend la plus-value en report sur sa propre déclaration. La donation seule ne purge donc pas; elle déplace l'impôt latent sur la tête du bénéficiaire.
La purge définitive n'intervient que si le donataire conserve les titres suffisamment longtemps : 6 ans (remploi direct) ou 11 ans (lorsque le report résulte d'un remploi via des fonds), pour les donations liées à des cessions réalisées à compter du 21/02/2026 — contre 5 et 10 ans auparavant (durcissement LF 2026). Une sortie avant ce délai rend la plus-value imposable au nom du donataire. Certains événements frappant le donataire (décès, invalidité de 2ᵉ ou 3ᵉ catégorie, licenciement) entraînent toutefois la purge par anticipation (BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-30).
Note de méthode : le remploi via des fonds allonge — et immobilise
Donation + Pacte Dutreil : un cumul possible
Partir à l'étranger déclenche l'exit tax
Le transfert du domicile fiscal hors de France est expressément visé comme événement de fin de report (art. 150-0 B ter, I-4°) et entre dans le champ de l'exit tax(art. 167 bis CGI) : les plus-values placées en report 150-0 B ter deviennent imposables au jour du transfert. Prenons un dirigeant qui déménage à Lisbonne le 1ᵉʳ mars : ce jour-là, il déclenche l'imposition d'une plus-value de 900 000 € qu'il n'avait jamais eu à sortir tant qu'il résidait en France.
Le sursis de paiement change tout : l'impôt est calculé au départ, mais son règlement est suspendu — vous ne décaissez rien en franchissant la frontière. Il est automatique et sans garantie pour un départ vers l'Union européenne ou l'EEE (assistance administrative), mais exige en principe des garanties vers un État tiers. La déclaration se fait sur le formulaire 2074-ET. Le réflexe qui évite les mauvaises surprises : faire calculer le montant exact de l'exit tax six mois avant le déménagement, pas une fois installé. La mécanique fine (calcul, dégrèvement au retour, conventions) est traitée dans notre focus apport-cession et exit tax ; pour un patrimoine international, voyez aussi notre guide holding et exit tax des grands patrimoines.
Le sursis n'est pas un oubli : gardez la discipline déclarative
Dissoudre ou liquider la holding : l'angle mort
Sixième sortie, celle que même les praticiens balisent mal : dissoudre sa holding en croyant clore un chapitre, et rallumer l'impôt d'apport sans l'avoir vu venir. Lorsque la holding est dissoute puis liquidée, les titres reçus en rémunération de l'apport sont annulés. Or l'annulation de ces titres est justement l'un des faits qui, en principe, met fin au report(rattachement à l'art. 150-0 B ter, I). La plus-value figée redevient alors imposable.
Le piège de la liquidation
Combien, à quel taux : l'assiette figée et le PFU 2026
Quand le report tombe, l'impôt frappe une base intangible : la plus-value d'apport figée au jour de l'apport (BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60). Cette assiette ne bouge plus, quelle que soit l'évolution ultérieure de la valeur des titres. Le régime d'imposition est lui aussi figé à l'année de l'apport : pour les apports réalisés depuis le 1ᵉʳ janvier 2018, c'est le prélèvement forfaitaire unique qui s'applique. En 2026, le PFU s'établit à 31,4 %.
Le PFU 2026 sur la plus-value en report
Impôt = Plus-value figée × 31,4 % 31,4 % = 12,8 % (IR, art. 200 A) + 18,6 % (prélèvements sociaux, LFSS 2026)
Les prélèvements sociaux sur plus-value mobilière sont à 18,6 % en 2026 (CSG du capital portée à 10,6 %) — et non 17,2 %, taux réservé à l'assurance-vie, la capitalisation et les revenus fonciers.
Ce qui est figé, ce qui suit la sortie
- Figé à l'année de l'apport : l'assiette (le montant de la plus-value) et le régime d'imposition (PFU depuis 2018).
- Suit la sortie : les prélèvements sociaux au taux en vigueur l'année de l'événement (18,6 % en 2026), plus l'intérêt de retard en cas de déchéance.
Pour les hauts revenus, deux surcouches peuvent s'ajouter l'année de l'expiration : la CEHR (contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, 3 % ou 4 % selon le RFR, art. 223 sexies) et la CDHR (contribution différentielle, imposition plancher de 20 % du revenu fiscal de référence, art. 224). Ces contributions et leur reconduction en 2026 sont détaillées dans notre guide de la loi de finances 2026.
| Ligne d'imposition | Taux | Base légale |
|---|---|---|
| Impôt sur le revenu (PFU) | 12,8 % | Art. 200 A CGI |
| Prélèvements sociaux (2026) | 18,6 % | LFSS 2026 (CSG 10,6 %) |
| PFU total | 31,4 % | Sur l'assiette figée à l'apport |
| CEHR (hauts revenus) | 3 % ou 4 % | Art. 223 sexies CGI |
| CDHR (plancher éventuel) | 20 % du RFR | Art. 224 CGI |
| Intérêt de retard (déchéance remploi) | 0,20 %/mois (2,40 %/an) | Art. 1727 CGI |
Cas chiffré : payer à l'expiration ou purger au décès
Trois dirigeants, la même plus-value figée, trois destins fiscaux opposés : Marc paie, Sophie ne paie rien, Paul obtient un sursis. Pour rester lisibles, les cas supposent que la plus-value en report est proche de l'assiette figée et retiennent un PFU de 31,4 %, hors CEHR et CDHR. Ce sont des ordres de grandeur pédagogiques, pas une simulation personnalisée.
Cas 1 · Dirigeant cédant · PV en report 2 000 000 €
Marc — l'expiration ordinaire : 628 000 € réactivés
Marc a apporté les titres de sa société à sa holding IS (contrôlée à 100 %). Plus-value d'apport figée à 2 000 000 €. Cinq ans plus tard, il vend ses titres de holding pour financer un nouveau projet → expiration du report.
IR : 2 000 000 × 12,8 % = 256 000 € PS : 2 000 000 × 18,6 % = 372 000 € Total PFU : 2 000 000 × 31,4 % = 628 000 €
La sortie « cash » réactive intégralement l'impôt latent : 628 000 €dus au titre de l'année de la vente (hors CEHR / CDHR éventuelles).
Cas 2 · Transmission familiale · PV en report 2 000 000 €
Sophie — la purge au décès : 0 €
Même plus-value figée de 2 000 000 €. Sophie conserve ses titres de holding jusqu'à son décès et les transmet à ses enfants.
Impôt sur la plus-value en report : 0 €. Le décès purge définitivement la plus-value, qui n'est jamais imposée et n'est pas reprise par les héritiers. Seuls les droits de succession sur la valeur des titres au jour du décès sont dus.
Économie vs expiration = 628 000 € (et CEHR / CDHR évitées). Le report est ici transformé en effacement.
Cas 3 · Expatriation · PV en report 900 000 €
Paul — le départ à l'étranger : impôt en sursis
Paul (plus-value figée 900 000 €) envisage de s'installer au Portugal (UE). Le transfert de domicile déclenche l'exit tax (167 bis) sur la plus-value en report.
Impôt théorique : 900 000 × 31,4 % = 282 600 €. Mais le départ vers l'UE ouvre un sursis de paiement automatique et sans garantie → le paiement est suspendu, avec dégrèvement possible en cas de retour ou de conservation. Un départ hors UE exigerait, lui, des garanties.
À anticiper impérativement : faire chiffrer l'exit tax avant tout projet d'expatriation.
| Scénario | Assiette figée | Taux | Impôt sur la PV en report |
|---|---|---|---|
| Expiration (vente de la holding) | 2 000 000 € | 31,4 % | 628 000 € |
| Purge au décès | 2 000 000 € | — | 0 € |
| Exit tax UE (en sursis) | 900 000 € | 31,4 % | 282 600 € (suspendus) |
Note de méthode
Cet article expose le régime, il ne conseille pas d'attendre le décès
Le réflexe déclaratif : 2074-I et case 8UT
Un report se perd aussi par négligence. Il court pendant des années et impose un suivi déclaratif rigoureux : oublier la case 8UTpeut allonger le délai de reprise de l'administration et fragiliser tout le montage.
Vos déclarations, année par année
- L'année de l'apport : la plus-value est calculée, figée et déclarée sur le formulaire 2074-I.
- Chaque année tant que le report court : vous reportez le montant total des plus-values en report en case 8UT de la déclaration 2042.
- À la survenance d'un événement de sortie : la plus-value est déclarée et imposée au titre de l'année de l'événement (art. 150-0 B ter, VI) ; l'exit tax se déclare sur le 2074-ET.
Le détail des formulaires et du calendrier de la campagne se trouve dans notre guide déclarer ses plus-values en 2026.
Report, sursis et exonérations : trois choses différentes
Dernière mise au point, parce que c'est l'erreur d'aiguillage la plus coûteuse : le report diffère l'impôt, l'exonération l'efface. Confondre les deux fait prendre de mauvaises décisions — par exemple placer en report une cession qui aurait été totalement exonérée, et bloquer inutilement le cash dans une holding.
150-0 B ter — REPORT (le sujet)
Apport à une holding IS contrôlée par l'apporteur. L'impôt est différé, figé à l'apport, purgé au décès ou par une donation conservée. Ce n'est pas une exonération : à l'expiration, le PFU de 31,4 % s'applique.
150-0 B — SURSIS
Apport à une société NON contrôlée par l'apporteur. Opération neutre, aucune plus-value calculée — mais pas de purge au décès dans les mêmes conditions. À ne pas confondre avec le report.
| Régime | Nature | Effet |
|---|---|---|
| 150-0 B ter | Report d'imposition | Impôt DIFFÉRÉ, purgé au décès / donation conservée |
| 150-0 B | Sursis d'imposition | Neutralité, holding non contrôlée, aucune plus-value figée en report |
| 238 quindecies | Exonération (cession de PME) | Impôt EFFACÉ, totale ≤ 500 000 €, dégressive jusqu'à 1 000 000 € |
| 150-0 D ter | Abattement dirigeant-retraite | 500 000 € sur l'IR (PS 18,6 % dus), prorogé au 31/12/2031 |
| 787 B (Dutreil) | Exonération de transmission | 75 % des droits de mutation à titre gratuit |
Pour un dirigeant partant en retraite, le report peut être un piège

