Combien d'impôt paie vraiment un chirurgien en 2026 ?
L'essentiel en 30 secondes
Soyons concrets. Un chirurgien libéral — orthopédiste, viscéral, plasticien, ophtalmologue chirurgical — qui opère en clinique, souvent en secteur 2, dégage des revenus qui le placent presque mécaniquement dans la tranche à 45 % de l'impôt sur le revenu (article 197 du CGI), au-delà d'environ 181 917 € par part. Mais raisonner sur le seul taux marginal vous ferait passer à côté de l'essentiel : à votre niveau, l'impôt ne se résume pas au barème. Il s'empile.
Il y a quatre couches, et elles s'ajoutent les unes aux autres. D'abord le barème, jusqu'à 45 %. Par-dessus, les prélèvements sociaux sur vos revenus du capital (17,2 % ou 18,6 % selon le support, on y revient). Puis la CEHR, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (article 223 sexies), qui frappe le revenu fiscal de référence au-delà de 250 000 €. Et, celle qui change tout en 2026, la CDHR (article 224) : un impôt minimum de 20 % du RFR. Le tableau ci-dessous met cet empilement à plat.
| Étage | Texte | Base de calcul | Taux / seuil 2026 |
|---|---|---|---|
| IR au barème | art. 197 CGI | Revenu net imposable par part | 0 / 11 / 30 / 41 / 45 % — tranche à 45 % > ~181 917 €/part |
| CEHR | art. 223 sexies CGI | Revenu fiscal de référence | 3 % de 250 k€ à 500 k€, 4 % au-delà (célibataire) ; 500 k€ / 1 M€ (couple) |
| CDHR | art. 224 CGI | RFR retraité | Impôt minimum de 20 % si RFR > 250 k€ (seul) / 500 k€ (couple) |
| Prélèvements sociaux | LFSS 2026 | Revenus du capital, selon support | 17,2 % (foncier, AV) ou 18,6 % (PER, FPCI, dividendes) |
Le point de bascule, ce n'est donc pas votre taux marginal, c'est ce plancher de 20 % du RFR. C'est lui qui rend inutile la moitié des produits de défiscalisation qu'on vous propose, et c'est précisément ce que ce guide va trier. Pour le panorama d'ensemble du libéral fortement imposé, voyez la profession libérale à hauts revenus face à l'impôt et, côté médecin, le médecin spécialiste dans la tranche à 45 %.
Secteur 1 ou secteur 2 : aucune différence fiscale de fond
La CDHR et la CEHR : les deux plafonds qui changent tout
Deux contraintes encadrent toute votre optimisation, et ce sont elles qui trient ce qui marche encore de ce qui ne sert plus à rien. La seconde, la CDHR, est celle qui a tout changé pour un chirurgien.
La CEHR (article 223 sexies du CGI) : la surtaxe permanente
La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus existe depuis 2012. Malgré son nom, elle est permanente. Elle frappe le revenu fiscal de référence (RFR), sans quotient familial : 3 % sur la fraction de RFR comprise entre 250 000 € et 500 000 € pour un célibataire (entre 500 000 € et 1 000 000 € pour un couple), puis 4 % au-delà. Un mécanisme de lissage existe pour les revenus exceptionnels. L'essentiel tient en une ligne : son assiette est le RFR, donc tout ce qui abaisse votre RFR abaisse mécaniquement la CEHR.
La CDHR (article 224 du CGI) : l'impôt minimum de 20 % du RFR
C'est elle qui rebat les cartes. La contribution différentielle sur les hauts revenus garantit que votre imposition globale atteigne au moins 20 % de votre revenu fiscal de référence retraité, dès que ce RFR dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple). Si votre impôt « normal » (IR au barème + part forfaitaire de l'IR + CEHR + certaines majorations) tombe en dessous de ce seuil de 20 %, la CDHR vient combler la différence. C'est, littéralement, un impôt plancher. À la différence de la CEHR, elle est réservée aux résidents fiscaux français.
Et ce ne sont pas des références théoriques : la CDHR a une histoire législative précise. Elle a été créée par l'article 10 de la loi de finances 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025), validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2025-874 DC du 13 février 2025). Elle a été reconduite par la loi de finances 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026), validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2026-901 DC du 19 février 2026), jusqu'au retour du déficit public sous 3 % du PIB. Sa pérennité au-delà de cette échéance reste, elle, conditionnelle.
Le calcul de la CDHR (principe)
CDHR due = max( 0 ; 20 % x RFR retraite
- [ IR au bareme
+ part IR du prelevement forfaitaire 12,8 %
+ CEHR
+ certaines majorations ] )
Majorations : + 1 500 EUR par personne a charge
+ 12 500 EUR pour un couple soumis a imposition communeLes prélèvements sociaux (17,2 % ou 18,6 %) ne figurent PAS au numérateur : ils ne « comptent » pas pour atteindre le plancher de 20 %. C'est pour cela que des dividendes de SELARL au PFU (12,8 % d'IR seulement) peuvent déclencher la CDHR. Une décote atténuerait l'entrée dans la contribution lorsque le RFR retraité reste sous 330 000 € (célibataire) ou 660 000 € (couple) ; le coefficient exact est à confirmer. Un acompte de 95 % est versé en décembre.
Pas (encore) de doctrine BOFiP sur la CDHR
Célibataire ou couple : la situation familiale change tout
La leçon centrale : on ne joue plus le taux, on joue l'assiette et le report
Réduction d'impôt, réduction d'assiette, report : la grille de lecture
Voici la grille de lecture que je sors à chaque chirurgien en rendez-vous. Tous les « avantages fiscaux » ne se valent pas : il en existe trois familles radicalement différentes, et face à la CDHR, deux seulement tiennent debout.
Réduction d'impôt — neutralisée
FIP, FCPI, Girardin, Sofica, Malraux. L'avantage vient en diminution de l'IR, dans le plafond global des niches de 10 000 € (art. 200-0 A ; 18 000 € avec Girardin / Sofica). Problème : dès que l'IR passe sous le plancher de 20 % du RFR, la CDHR reprend l'avantage. À votre niveau, ce levier est largement neutralisé.
Réduction d'assiette — efficace
PER (154 bis), déficit foncier, Monuments Historiques, nue-propriété / démembrement. L'avantage baisse le revenu imposable, donc le RFR lui-même. Hors plafond des niches, il abaisse aussi l'assiette de la CDHR et de la CEHR. C'est efficace, même à très hauts revenus.
Et il existe une troisième famille, souvent celle qui pèse le plus lourd pour un chirurgien qui exerce en société : le report, en tête de la hiérarchie. Le bénéfice non distribué d'une SELARL à l'IS, ou la plus-value placée en report via l'apport-cession (article 150-0 B ter), sort tout simplement le revenu de votre déclaration de l'année. Ce revenu n'entre alors pas dans le RFR, et la plus-value en report est même retirée du revenu retraité de la CDHR.
| Famille | Exemples | Dans le plafond 10 000 € ? | Effet sur le RFR / la CDHR | Verdict chirurgien |
|---|---|---|---|---|
| Report | SELARL / IS non distribuée, 150-0 B ter | Non | Sort le revenu de l'année | Le plus efficace |
| Réduction d'assiette | PER, déficit foncier, MH, démembrement | Non — hors plafond | Baisse le RFR | Efficace |
| Réduction d'impôt | FIP, FCPI, Girardin, Malraux | Oui (sauf MH, hors plafond) | Aucun — joue le taux d'impôt | Neutralisée |
On reprend maintenant ces deux familles gagnantes, un levier après l'autre : le PER, la bascule en société, l'apport-cession, l'immobilier d'assiette, puis le capital-investissement (où l'on triera le bon grain de l'ivraie). Le plafond global des niches de 10 000 € (article 200-0 A) ne vise que les réductions et crédits d'impôt, jamais les déductions d'assiette ni les reports : c'est toute la différence.
Faut-il vraiment souscrire ce produit de défisc ?
Un CGP indépendant chiffre votre exposition à la CEHR et à la CDHR, puis trie vos options entre report et réduction d'assiette — et vous dit honnêtement quand un produit ne sert à rien à votre niveau de revenu.
Levier n°1 : le PER au plafond (jusqu'à 88 911 €)
C'est le levier d'assiette le plus efficace à votre disposition, et il devrait être votre premier réflexe d'épargne. Le plan d'épargne retraite déductible n'est pas une réduction d'impôt : c'est une déduction du revenu. Il baisse donc à la fois votre IR et votre RFR — exactement ce que la CDHR récompense.
En tant que travailleur non salarié (BNC, ou gérant majoritaire de SELARL), vous bénéficiez du plafond spécifique de l'article 154 bis du CGI, bien plus large que celui des salariés : 10 % de votre bénéfice imposable (dans la limite de 8 PASS) majorés de 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS. Le PASS 2026 est de 48 060 €. La plupart des chirurgiens, dont le bénéfice dépasse 384 480 € (8 PASS), atteignent donc le plafond maximal.
Le plafond PER TNS du chirurgien en 2026, du plancher au maximum
PLAFOND PER TNS = 10 % x benefice (dans la limite de 8 PASS)
+ 15 % x (min(benefice, 8 PASS) - 1 PASS)
PASS 2026 = 48 060 EUR | 8 PASS = 384 480 EUR
PLANCHER = 10 % x 1 PASS = 4 806 EUR
MAXIMUM = 10 % x 384 480
+ 15 % x (384 480 - 48 060)
= 38 448 + 50 463 = 88 911 EURLe maximum de 88 911 € suppose un bénéfice d'au moins 384 480 € (8 PASS) — le cas de la plupart des chirurgiens. À 45 % de TMI, déduire ce maximum représente environ 40 010 € d'impôt en moins, et un RFR abaissé d'autant.
L'effet est double. D'abord l'économie d'IR immédiate, qui vaut approximativement votre versement × votre TMI : à 45 %, déduire 88 911 € vous fait économiser environ 40 010 € d'impôt. Ensuite, et c'est ce qui compte à votre niveau, le RFR baisse du montant versé : le PER agit donc sur l'assiette de la CEHR et de la CDHR. Attention toutefois : cette déduction joue sur l'IR seul ; elle n'allège ni vos cotisations TNS ni votre CARMF, et le plafond n'est pas reportable une fois consommé au titre du 154 bis.
PER de droit commun, report des plafonds et sortie à 18,6 %
Le PER face à la CDHR : pertinent, mais à simuler
N'oubliez pas l'enveloppe sœur : la prévoyance et la complémentaire santé Madelin (toujours article 154 bis), déductible jusqu'à environ 11 534 € en 2026 (7 % du PASS + 3,75 % du bénéfice, dans une limite globale). C'est un plafond distinct de celui du PER retraite. Pour le calcul détaillé, support par support, voyez combien déduire avec le PER d'une profession libérale.
Cas n°1 — Dr Léa, chirurgienne ophtalmologue (bénéfice 400 000 €)
Plafond 154 bis : 10 % × 384 480 + 15 % × (384 480 − 48 060) = 38 448 + 50 463 = 88 911 €.
Si elle verse 88 911 € : économie d'IR ≈ 88 911 × 45 % = 40 010 €, et son RFR passe de 400 000 € à ≈ 311 089 € — ce qui réduit aussi sa CEHR.
Le PER lui prépare en prime une retraite que la CARMF ne suffira pas à assurer (section 11). Illustration aux taux 2026, à recalculer au simulateur.
Levier n°2 : la SELARL à l'IS et la holding SPFPL (le report)
On arrive au levier qui pèse le plus lourd sur votre RFR dans la durée — et, de loin, le plus mal compris. L'idée n'est pas de payer moins d'impôt sur ce que vous consommez, mais de ne pas faire remonter à votre déclaration personnelle le bénéfice que vous ne consommez pas.
Capitaliser dans la SELARL plutôt que tout sortir
Tant que vous exercez en BNC, l'intégralité de votre bénéfice est imposée à votre nom, au barème, qu'elle soit consommée ou non. En SELARL (ou SELAS) à l'impôt sur les sociétés, le bénéfice que vous laissez dans la société est imposé à l'IS — 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous conditions PME), puis 25 % (article 219) — et ne remonte pas à votre RFR. Vous décidez de ce que vous vous versez, donc vous pilotez directement l'assiette de la CDHR. Le cadre juridique est l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, qui a recodifié le droit des SEL et des SPFPL (l'ancienne loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990). La société n'a d'intérêt que sur la part du bénéfice que vous n'avez pas besoinde consommer ; sur ce que vous sortez pour vivre, le gain est nul.
La SPFPL et le régime mère-fille
Au-dessus de votre SELARL, vous pouvez interposer une SPFPL (société de participations financières de profession libérale), une holding dédiée aux libéraux. Les dividendes remontés de la SEL vers la SPFPL bénéficient du régime mère-fille : ils sont exonérés à 95 % (articles 145 et 216), seule une quote-part de frais et charges de 5 % étant imposée — soit un frottement effectif d'environ 1,25 %(et même de l'ordre de 0,25 % en intégration fiscale). De quoi capitaliser et réinvestir votre trésorerie de chirurgien avant impôt. L'inscription de la SPFPL auprès de l'Ordre des médecins est requise.
La SPFPL n'est pas un tunnel sans frottement social
Statut social et arbitrage salaire / dividendes
Le report par excellence : l'apport-cession (150-0 B ter)
Si un jour vous cédez vos titres de SELARL, votre participation dans une clinique ou dans un groupe, vous risquez une plus-value lourdement taxée l'année de la vente. Pour ce cas précis, l'apport-cessionest l'outil de report le plus efficace.
Le principe : avant de vendre, vous apportez vos titres à une holding que vous contrôlez. La plus-value d'apport est alors placée en report d'imposition (article 150-0 B ter du CGI) : elle n'est pas imposée l'année de l'opération. Mieux encore pour un chirurgien exposé à la CDHR : cette plus-value en report est retirée du revenu retraité servant au calcul de la contribution. C'est un report, pas une exonération : l'impôt sera dû plus tard, en cas d'événement déclencheur — mais le différé peut durer des années. La notion de contrôle est présumée acquise à partir de 33,33 %des droits de vote ou des bénéfices, dès lors qu'aucun autre associé n'en détient davantage (et au-delà par la majorité ou le contrôle familial).
La contrepartie : si la holding cède les titres apportés dans les trois ans, elle doit réinvestir au moins 70 % du produit de cession dans les 36 mois dans une activité économique éligible (ou des parts de fonds type FCPR / FPCI), faute de quoi le report tombe ; les actifs de remploi doivent ensuite être conservés au moins cinq ans. Ce seuil de 70 % (relevé par rapport à 60 %) est issu d'un durcissement de la loi de finances 2026 ; nous le signalons au conditionnel, à confirmer au texte. Au-delà de trois ans de détention, la holding cède librement. À la sortie, la levée du report se fait au PFU de 31,4 % (dividendes et plus-values mobilières) ; le report se purge au décès et se transfère en cas de donation (purge selon une conservation de 6 ou 11 ans).
Pas de montage artificiel : l'abus de droit veille
Report (150-0 B ter) ou exonération : deux logiques à ne pas confondre
Levier n°3 : l'immobilier qui baisse le RFR (et pas seulement l'impôt)
En immobilier, deux chirurgiens à 450 000 € peuvent acheter le même immeuble ancien et obtenir un résultat fiscal opposé, selon qu'ils visent une réduction d'impôt (neutralisée par la CDHR) ou une réduction d'assiette (efficace). Tout se joue sur cette ligne de partage — voici comment la tracer.
Le déficit foncier (location nue)
Quand vous achetez un bien ancien à rénover et que vous le louez nu, les travaux déductibles s'imputent sur vos revenus fonciers, et l'excédent sur votre revenu global jusqu'à 10 700 € par an (porté à 21 400 € pour des travaux de rénovation énergétique permettant de sortir le bien du statut de passoire thermique — dispositif applicable aux travaux payés jusqu'au 31 décembre 2027). Le surplus est reportable dix ans. C'est une pure réduction d'assiette : elle baisse votre RFR, donc l'assiette de la CDHR. Bon à savoir : les prélèvements sociaux sur les revenus fonciers restent à 17,2 %en 2026 (et non 18,6 %). À 45 %, 21 400 € de déficit, c'est de l'ordre de 9 630 € d'IR évités, plus les prélèvements sociaux fonciers économisés.
La nue-propriété et le démembrement
Pour un chirurgien déjà à 45 %, la nue-propriété est sans doute le levier d'assiette le plus net. Vous achetez la nue-propriété d'un bien (avec une décote d'environ 25 à 40 % sur le prix de la pleine propriété), l'usufruit étant détenu temporairement par un bailleur, souvent institutionnel. Pendant toute la durée du démembrement, vous ne percevez aucun loyer : votre RFR n'augmente pas d'un euro, ce qui est précieux quand on cherche à rester sous les seuils. Le bien échappe à l'IFI pour le nu-propriétaire (article 968, barème de l'article 669), et la reconstitution de la pleine propriété au terme n'est pas taxée(article 1133). Hors plafond des niches, sans revenu imposable : idéal pour votre profil.
Monuments Historiques vs Malraux : le bon arbitrage face à la CDHR
En rendez-vous, neuf chirurgiens sur dix mettent Malraux et Monuments Historiques dans le même panier « vieilles pierres ». Or l'un est une réduction d'impôt, l'autre une déduction d'assiette : face à la CDHR, ces deux mots font 90 000 € d'écart sur 200 000 € de travaux (voir cas n°2).
Monuments Historiques — déduction d'assiette
Articles 156 II 1° ter et 156 bis du CGI : déduction des charges et travaux du revenu global, sans plafonnement de niches. C'est une DÉDUCTION D'ASSIETTE : elle baisse le RFR et n'est donc PAS neutralisée par la CDHR. L'outil immobilier des très hauts revenus exposés à la contribution. Engagement de conservation de 15 ans ; exonération de droits de succession possible sous convention (art. 795 A).
Malraux — réduction d'impôt
Article 199 tervicies du CGI : réduction d'impôt de 22 % ou 30 % des travaux (plafond de 400 000 € sur 4 ans), hors plafond des niches mais qui reste une RÉDUCTION D'IMPÔT. Donc partiellement reprise par la CDHR dès que l'IR passe sous le plancher de 20 %. Pertinent seulement si votre IR effectif reste durablement au-dessus de ce seuil.
Cas n°2 — Malraux vs MH sur 200 000 € de travaux
LMNP : un point de vigilance
La location meublée non professionnelle (LMNP) permet d'amortir le bien pour neutraliser le BIC, mais ce n'est pas un levier d'assiette sur le revenu global : le déficit LMNP ne s'impute pas sur vos autres revenus. Son intérêt, c'est une base imposable proche de zéro, pas un taux. Et la réforme Le Meur (codifiée à l'article 150 VB III du CGI) réintègre, pour les cessions intervenues à compter du 15 février 2025, les amortissements déduits dans le calcul de la plus-value de cession. Enfin, les prélèvements sociaux du LMNP relèvent d'une zone griseen 2026 : certains praticiens retiennent 17,2 %, l'analyse « produits de placement » tend vers 18,6 %. Nous le signalons et le formulons au conditionnel.
Note de méthode : l'immobilier reste un investissement, pas une niche
Pour cadrer le bon dispositif, voyez le déficit foncier en détail, la déduction Monuments Historiques et le démembrement et la nue-propriété.
Levier n°4 : le capital-investissement bien trié (FPCI vs FIP / FCPI)
Chaque automne, c'est le rayon le plus achalandé : la plaquette FCPI « −18 % » qui arrive par mail entre deux blocs opératoires. Et c'est précisément là que le tri par la CDHR est le plus brutal. Deux produits qui se ressemblent sur la plaquette commerciale n'ont rien à voir au plan fiscal : le FIP/FCPI d'un côté, le FPCI de l'autre.
FIP et FCPI : le levier laminé en 2026
Les FIP (fonds d'investissement de proximité) et FCPI (fonds communs de placement dans l'innovation) offrent une réduction d'impôt de 18 % des versements (article 199 terdecies-0 A), dans la limite de 12 000 € (24 000 € pour un couple). Problème pour vous : cette réduction entre dans le plafond des niches de 10 000 € et se trouve neutralisée par la CDHR. Pire, la loi de finances 2026 a exclu les FCPI de la réduction d'impôt pour les versements effectués à compter du 21 février 2026, sauf les FCPI investis en titres de jeunes entreprises innovantes (JEI). Autrement dit, ce levier perd doublement son intérêt à votre niveau.
FPCI : l'exonération de plus-value (article 163 quinquies B)
Le FPCI (fonds professionnel de capital-investissement) « fiscal » joue sur une tout autre mécanique. Le souscripteur personne physique qui conserve ses parts au moins 5 ans et réinvestit les distributions bénéficie d'une exonération d'impôt sur le revenu sur les distributions et la plus-value de cession (article 163 quinquies B), sous condition de quota d'investissement du fonds. Ce n'est pas une réduction d'impôt : c'est une exonération, donc elle n'est pas neutralisée par la CDHR. Deux réserves, sans détour : les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus sur les gains, et surtout vos parts sont bloquées huit à dix ans, avec un vrai risque de perdre une partie de votre capital. Un FPCI ne se souscrit jamais pour sa ligne fiscale : on l'achète parce qu'on croit à la classe d'actifs, en acceptant le blocage et le risque de perte.
FPCI (exonération) plutôt que FCPI (réduction laminée)
Note de méthode sur les rendements annoncés
Cas chiffré : un chirurgien à 450 000 € de revenu
Prenons le dossier qu'on voit le plus souvent arriver en rendez-vous : un chirurgien de secteur 2 à 450 000 € de revenu courant(et non une cession ponctuelle), et appliquons-lui toute la grille. C'est le profil pour lequel le tri par la CDHR fait toute la différence.
Dr Sébastien, chirurgien orthopédiste secteur 2 en clinique, célibataire, 450 000 €
Étape 1 — PER au plafond. Déduction 88 911 € → IR ≈ −40 010 € ; RFR ramené à ≈ 361 089 €. CEHR recalculée : 3 % × (361 089 − 250 000) ≈ 3 333 €(≈ 2 667 € économisés). Réduction d'assiette pleinement efficace.
Étape 2 — report en SELARL + déficit foncier. S'il exerce en SELARL à l'IS et laisse 100 000 € de bénéfice en société (IS 15 / 25 % au lieu de 45 %+), ces 100 000 € ne figurent plus au RFR. Ajoutez un déficit foncier de 21 400 €(rénovation énergétique) → −21 400 € de RFR, ≈ 9 630 € d'IR et les PS fonciers 17,2 % évités. Son RFR personnel descend nettement, CEHR et CDHR comprises.
| Scénario | RFR estimé | CEHR + CDHR | Bénéfice à 45 %+ |
|---|---|---|---|
| Sans optimisation | ≈ 450 000 € | CEHR ≈ 6 000 € (CDHR non déclenchée : BNC au barème > 20 %) | Tout le revenu exposé |
| PER + SELARL/IS + déficit foncier | ≈ 239 700 € | CEHR annulée, hors champ CDHR | ≈ 100 000 € capitalisés à l'IS |
| + un FIP « −30 % » (l'erreur) | Inchangé | Réduction reprise par la CDHR | Gain net ≈ 0 |
Étape 3 — l'erreur à éviter. Souscrire un FIP ou un Malraux pour « 30 % de réduction » : à 450 k€ de RFR, une réduction d'impôt qui fait tomber l'IR sous 20 % du RFR est reprise par la CDHR, et le gain net tombe à zéro. Le point essentiel : le gain de Dr Sébastien ne vient pas d'une niche, mais d'avoir sorti du revenu de l'année (report) et baissé l'assiette(PER, déficit foncier). C'est exactement la leçon de la section 3.
Des ordres de grandeur, pas des montants au centime
Ce que montre le cas : visez le RFR, pas le taux
Ce qui ne marche (presque) plus pour un chirurgien
C'est la page que je conseille de garder ouverte quand un commercial appelle en novembre. Parce que ces produits-là, on continue de vous les vendre alors qu'ils ne tiennent plus la route à 450 k€ : leur avantage sera repris par la CDHR, et vous aurez immobilisé de l'argent pour rien.
| Produit | Type d'avantage | Plafond | Effet CDHR | Verdict chirurgien |
|---|---|---|---|---|
| FIP / FCPI | Réduction d'impôt 18 % | Niches 10 000 € | Neutralisé (et FCPI exclus depuis 21/02/2026 sauf JEI) | À éviter |
| Pinel | Réduction d'impôt | Niches 10 000 € | Éteint pour les nouvelles opérations | Hors sujet |
| Malraux | Réduction d'impôt 22 / 30 % | Hors niches | Partiellement repris (≠ MH déduction) | MH préférable |
| Girardin industriel | Réduction « one-shot » | Niches 18 000 € | Peut « écraser » la CDHR mais pari risqué | Prudence |
Le Girardin industriel mérite qu'on s'y arrête, parce qu'on vous le vendra comme « la » solution des chirurgiens à 45 % — et qu'il est le seul de la liste qui ne soit pas balayé en deux lignes. Sa réduction d'impôt « one-shot » (de l'ordre de 110-120 % de l'apport) peut, en théorie, faire remonter l'IR acquitté au-dessus du plancher de 20 % et donc « écraser » la CDHR. Mais c'est un pari risqué : risque de reprise en cas de non-respect des conditions d'exploitation outre-mer, plafond des niches majoré à 18 000 €, et un avantage qui suppose une mécanique sans faille. Nous ne le survendons pas :ce n'est pas une stratégie de fond pour un chirurgien, tout au plus un complément ponctuel à manier avec un conseil aguerri.
Un dispositif ne se justifie jamais par le seul impôt
Spécificités du chirurgien : CARMF, secteur 2, TVA
Deux sujets, et un seul compte vraiment : votre retraite, qui décrochera plus durement que vous ne l'imaginez — et la « niche du secteur 2 », qui n'existe pas. Commençons par le vrai problème.
La retraite : CNAVPL, CARMF et le poids du secteur 2
Comme tout médecin libéral, vous cotisez à un régime de base (CNAVPL) et à la CARMF pour la complémentaire (régime complémentaire vieillesse et ASV). Le point clé pour un chirurgien : en secteur 2, l'ASV (allocation supplémentaire de vieillesse) n'est pas prise en charge par l'Assurance maladie, alors qu'une part en est financée pour le secteur 1. À cotisations comparables, votre ASV pèse donc davantage sur vous. Les valeurs de point 2026 sont à vérifier sur carmf.fr (nous les citons avec prudence : point du régime complémentaire et point ASV évoluent chaque année). Le constat reste celui de tous les libéraux à hauts revenus, accentué pour le chirurgien de secteur 2 : ce socle obligatoire assure un taux de remplacement insuffisant au regard de vos revenus d'activité. D'où le rôle central du PER (section 4) comme étage de retraite capitalisée.
TVA et permanence des soins
Deux derniers points, vite réglés parce qu'ils ne changent rien à votre stratégie. Vos actes médicaux sont exonérés de TVA (article 261-4-1° du CGI) : c'est le régime de toute la profession, personne n'y gagne un avantage particulier. Quant à l'exonération d'impôt sur les rémunérations de permanence des soins en zone sous-dense (article 151 ter du CGI, dans la limite de 60 jours par an), elle est marginale pour un chirurgien, dont l'activité s'exerce en établissement : nous la mentionnons pour être complets, sans en faire un levier.
Le piège du secteur 2 : aucune niche cachée
Qui rédige ce guide
Trier votre défiscalisation de chirurgien avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On chiffre votre exposition à la CEHR et à la CDHR, on arbitre entre report et réduction d'assiette, on structure votre SELARL et votre SPFPL, et on construit votre patrimoine au-delà du seul impôt. Et quand le FIP « −18 % » qu'on vous a glissé en novembre ne tient pas la route à 450 k€, on vous le dit noir sur blanc — même si ça ne nous rapporte rien.

