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Guide pilier professions libérales 202645 minMis à jour 25 juin 20267 décisions séquencées

Optimisation fiscale de la profession libérale : le guide de A à Z

Médecin, avocat, kiné, expert-comptable : entre l'impôt sur le revenu (jusqu'à 45 %), les cotisations TNS et la nouvelle dualité des prélèvements sociaux (PFU dividendes désormais à 31,4 %, et non 30 %), c'est près de 50 à 60 % de votre marge qui peut partir. Le vrai problème n'est jamais le manque de leviers, c'est l'ordre dans lequel on les active. Ce guide pilier déroule les 7 décisions à prendre dans le bon sens : choix de structure (micro-BNC 83 600 €, BNC au réel ou SEL à l'IS 15/25 %), arbitrage salaire/dividendes (PFU 31,4 %, règle des 10 % art. L. 131-6 CSS), SPFPL et régime mère-fille (IS effectif 1,25 %), placement de la trésorerie de société, immobilier professionnel via SCI, PER/Madelin (plafond 88 911 € art. 154 bis), transmission par pacte Dutreil (2 + 6 = 8 ans depuis la LF 2026) et exonérations de plus-value (238 quindecies, 150-0 D ter). Avec les pièges 2026 que votre comptable n'a pas encore tous intégrés : rémunération technique de l'associé de SEL requalifiée en BNC (CE 8 avril 2025), CDHR pérennisée, apport-cession durci à 70 %. Par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine (ORIAS 23002291).

STRATÉGIE PROFESSION LIBÉRALE 2026

Mettre vos 7 décisions fiscales dans le bon ordre et chiffrer le gain net annuel

Audit fiscal 360° du libéral : choix BNC ou SEL, arbitrage salaire/dividendes, SPFPL et mère-fille, trésorerie de société, murs en SCI, PER 88 911 €, transmission Dutreil. Cabinet capitalistiquement indépendant, modélisation chiffrée décision par décision.

  • Audit fiscal 360° du libéral
  • Séquence personnalisée structure + TMI
  • Modélisation chiffrée des 7 décisions
  • Cabinet capitalistiquement indépendant

PFU DIVIDENDES 2026

31,4 %

MÈRE-FILLE EFFECTIF

1,25 %

PLAFOND PER TNS

88 911 €

DUTREIL POST-LF 2026

2+6=8 ans

IS PME

15 / 25 %

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1PRINCIPE·4 MIN

Optimiser, structurer, défiscaliser : de quoi parle-t-on ?

Avant de toucher au moindre levier, mettons les mots à leur place. La pression fiscale d'un libéral s'empile sur plusieurs étages : l'impôt sur le revenu (jusqu'à 45 %), les cotisations TNS, et, dès qu'une société entre en jeu, l'impôt sur les sociétés puis la fiscalité des dividendes. Sur 100 € de marge dégagée, il n'est pas rare qu'il n'en reste que 40 à 50 dans votre poche. La bonne nouvelle, c'est qu'une grande partie de cet écart se pilote, légalement.

Optimiser, ce n'est pas frauder. L'optimisation consiste à utiliser les choix que la loi vous offre : la forme juridique, les régimes d'imposition, les déductions et les dispositifs prévus par le législateur. Elle se distingue de l'abus de droit, défini et sanctionné par l'article L. 64 du Livre des procédures fiscales (montage à but exclusivement, ou principalement, fiscal et contraire à l'intention du législateur). Quand un schéma comporte une zone d'incertitude, vous pouvez le sécuriser par un rescrit (article L. 80 B du LPF): l'administration prend position, et son accord lui est opposable.

Optimisation n'est pas évasion (L. 64 / L. 80 B LPF)

La frontière est claire en droit. Choisir une SEL plutôt qu'une exploitation en nom propre, saturer son PER, loger les murs dans une SCI : ce sont des options ouvertes par la loi. À l'inverse, un montage artificiel, sans substance, dont le seul but est d'éluder l'impôt, tombe sous l'abus de droit. En cas de doute sur un montage (apport-cession, holding animatrice, démembrement), le rescrit fiscal de l'article L. 80 B est le réflexe de sécurisation.

Trois leviers de nature très différente. On confond souvent « payer moins d'impôt » avec « faire un investissement défiscalisant ». C'est une erreur de hiérarchie. Il existe en réalité trois familles, par ordre de puissance décroissante :

Trois familles de leviers. La structuration agit sur l'assiette de tout le bénéfice ; la déduction vaut votre tranche marginale et reste hors du plafond global des niches (art. 200-0 A CGI) ; la réduction d'impôt, plafonnée, vient en dernier.
LevierEffetEntre dans le plafond des niches ?Exemple
StructurationChange l'enveloppe d'imposition de tout le bénéfice (le plus puissant)NonPasser de BNC au réel à une SEL à l'IS
DéductionRéduit le revenu imposable, vaut votre TMI (41 ou 45 %)Non (hors plafond)PER art. 154 bis, déficit foncier, amortissement LMNP
Réduction / créditS'impute directement sur l'impôt dûOui (10 000 €, 18 000 € avec Girardin/Sofica)Girardin, dons, emploi à domicile, FCPI

En clair, l'ordre compte : on commence toujours par la structuration (le bon contenant), puis par les déductions (hors plafond, qui valent la TMI), et seulement à la fin par les réductions d'impôt plafonnées. C'est exactement l'ordre des 7 décisions de ce guide. Pour le détail des dispositifs de réduction, voyez notre guide Défiscalisation profession libérale.

La méthode en une phrase

On ne défiscalise pas, on structure. D'abord la bonne enveloppe (BNC ou société à l'IS), ensuite la bonne rémunération, puis on capitalise (holding, trésorerie, immobilier, retraite), enfin on transmet (Dutreil). Chaque décision conditionne la suivante : prises dans le désordre, elles perdent l'essentiel de leur efficacité.
§ 2MÉTHODE·4 MIN

La méthode séquencée : 7 décisions dans le bon ordre

C'est le cœur de ce guide, et ce qui le distingue d'une simple liste de niches. Optimiser la fiscalité d'un libéral n'est pas un catalogue dans lequel on pioche : c'est un itinéraire. Sept décisions, à prendre dans un ordre précis, du choix de structure jusqu'à la transmission. Voici l'itinéraire ; on déroule chaque étape ensuite.

Les 7 décisions de l'optimisation du libéral, dans l'ordre. Chaque ligne renvoie à un guide spécialisé du cluster professions libérales.
#La question à se poserLe levierLe guide dédié
1Quelle enveloppe pour mon activité ?Micro-BNC, BNC au réel ou SEL à l'ISBNC ou SELARL
2Comment me rémunérer en SEL ?Arbitrage salaire / dividendes (règle des 10 %)Salaire ou dividendes
3Comment capitaliser au-dessus de la SEL ?SPFPL et régime mère-fille (1,25 %)SPFPL profession libérale
4Où placer la trésorerie excédentaire ?Capitaliser à l'IS (capi PM, CTO, SCPI, PE)Placer la trésorerie de sa SEL
5Faut-il acheter mes murs ?SCI qui loue à la SEL (loyers déductibles)Acheter les murs en SCI
6Comment baisser mon IR et mon RFR ?PER / Madelin (jusqu'à 88 911 €)PER profession libérale
7Comment céder et transmettre ?Dutreil, exonérations de PV, apport-cessionTransmettre son cabinet

Deux axes de lecture seulement. Pour savoir par où commencer, tout se joue sur deux variables : (a) votre structure (êtes-vous en BNC au réel ou en société à l'IS ?) et (b) votre TMI et la part de bénéfice que vous ne consommez pas. Tout le reste en découle.

Profil A — bénéfice modéré, tout consommé

Bénéfice inférieur à environ 80-90 k€, que vous dépensez intégralement. Restez en BNC (réel) et saturez d'abord le PER (décision 6). La société à l'IS apporterait peu, voire rien, puisque vous ne capitalisez pas. Priorité : déductions et immobilier selon la TMI.

Profil B — bénéfice élevé, partiellement épargné

Bénéfice supérieur à environ 100-120 k€ dont vous ne consommez qu'une partie. La SEL à l'IS prend tout son sens (décision 1), puis la SPFPL pour capitaliser (décision 3), la trésorerie placée (décision 4) et les murs en SCI (décision 5). La cession se prépare en amont (décision 7).

L'erreur n°1 du libéral pressé

Commencer par la réduction one-shot (Girardin, Sofica) avant d'avoir saturé les déductions structurelles. C'est mettre la charrue avant les bœufs : la réduction est plafonnée à 10 000 € (ou 18 000 €), tandis qu'un PER à 88 911 € ou un changement de structure pèse beaucoup plus lourd. On commence par ce qui pèse lourd — la structure, le PER — pas par la cerise à 10 000 €.
Hagnéré Patrimoine

Quelles décisions activer dans votre cas, et dans quel ordre ?

Un conseiller en gestion de patrimoine cartographie votre structure, votre TMI et la part de bénéfice non consommée, puis bâtit votre séquence des 7 décisions, chiffrée et personnalisée.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 3DÉCISION 1 — STRUCTURE·6 MIN

Décision 1 — Choisir sa structure : BNC (micro/réel) ou SEL à l'IS

Aucune décision ne pèse plus lourd : elle fixe l'enveloppe dans laquelle tout votre bénéfice sera imposé. Trois options principales s'offrent au libéral.

En 30 secondes

En BNC au réel, 100 % du bénéfice est taxé à l'IR (jusqu'à 45 %) et aux cotisations TNS, même la part que vous ne dépensez pas. En SEL à l'IS, seuls votre rémunération et vos dividendes sont imposés à l'IR ; le reste capitalise à 15 % (jusqu'à 42 500 €) puis 25 %. La SEL ne vaut donc le coup que si vous n'épuisez pas votre bénéfice: c'est votre taux d'épargne, pas le montant brut, qui déclenche la bascule.

Micro-BNC ou déclaration contrôlée (réel)

Le régime micro-BNC (article 102 ter CGI) applique un abattement forfaitaire de 34 % sur vos recettes : vous êtes imposé sur 66 % de ce que vous encaissez, sans tenir de comptabilité de charges. Le seuil de recettes est de 83 600 € HT (revalorisation triennale applicable sur la période 2026-2028, source LF 2026/URSSAF). Au-delà, ou sur option, vous basculez dans la déclaration contrôlée (régime réel, déclaration 2035-SD) : vous déduisez vos charges réelles. Le micro est intéressant tant que vos charges réelles sont inférieures à 34 % de vos recettes ; sinon, le réel l'emporte. Pour une déclinaison par métier de cet arbitrage micro-BNC / réel et des leviers de déduction, voyez notre guide Psychologue libéral : réduire légalement ses impôts en BNC.

Quand la SEL à l'IS devient-elle intéressante ?

En BNC au réel, la totalité de votre bénéfice supporte l'impôt sur le revenu (jusqu'à 45 %) et les cotisations TNS, y compris la part que vous ne dépensez pas. C'est là que la société change la donne. En SEL à l'IS (SELARL, SELAS…), seules votre rémunération et vos dividendes sont imposés à l'IR ; le bénéfice non consommé reste dans la société et n'y supporte que l'impôt sur les sociétés.

Barème de l'IS 2026. Le taux réduit de 15 % suppose le respect des conditions PME de l'article 219 I-b CGI ; à défaut, 25 % dès le premier euro.
Tranche de bénéfice imposable à l'ISTaux 2026Conditions
Jusqu'à 42 500 €15 %Taux réduit PME (art. 219 I-b CGI) : CA < 10 M€, capital entièrement libéré, détenu à 75 % au moins par des personnes physiques
Au-delà de 42 500 €25 %Taux normal de l'IS

BNC au réel

Points forts

  • Simplicité de gestion, pas de formalisme de société
  • Pas de double imposition (IS puis dividendes)
  • Adapté si vous consommez tout votre bénéfice

Points de vigilance

  • 100 % du bénéfice supporte l'IR (jusqu'à 45 %) + cotisations TNS
  • Aucune capitalisation possible à taux réduit
  • RFR mécaniquement élevé (exposition CEHR/CDHR)

SEL à l'IS

Points forts

  • Le bénéfice non consommé capitalise à 15/25 % d'IS
  • Pilotage de la rémunération (salaire/dividendes)
  • Socle de la SPFPL, de la trésorerie placée et de la transmission Dutreil

Points de vigilance

  • Double imposition économique des dividendes (IS puis PFU)
  • Coût et formalisme de structure (comptabilité, AG, dépôt des comptes)
  • Intérêt nul si vous consommez tout le bénéfice

Quand la SEL devient-elle gagnante ? (logique de bascule)

La SEL est interessante quand :

  (Benefice non consomme) x (cout IR+cotisations en BNC - cout IS dans la SEL)
        >  surcout annuel de la structure (comptabilite, juridique...)

Idee cle : le gain vient UNIQUEMENT du benefice que vous NE sortez PAS.
Si vous consommez 100 % de votre benefice, le differentiel s'annule
et le surcout de structure rend la SEL perdante.

Il n'existe pas de seuil légal de bascule. Le critère décisif n'est pas le montant du bénéfice mais votre taux d'épargne : la SEL n'a d'intérêt que si vous capitalisez une partie du résultat. En pratique, l'arbitrage se pose souvent au-delà de 80 000 à 100 000 € de bénéfice.

SELARL ou SELAS : le statut social du dirigeant

Le choix entre SELARL et SELAS ne se joue plus sur les dividendes (voir la décision 2 : la niche SELAS est fermée), mais sur le statut social et la gouvernance. Le gérant majoritaire de SELARL est un TNS : sa rémunération de mandat relève de l'article 62 CGI, ses cotisations sont plus légères mais ses droits plus maigres. Le président de SELAS est assimilé salarié : cotisations plus lourdes, mais meilleure protection sociale (retraite, prévoyance) et rémunération de mandat imposée en traitements et salaires.

SELARL vs SELAS : le bon critère en 2026

Le choix se décide désormais sur trois axes : la protection sociale (plus complète en SELAS assimilé salarié), la gouvernance (plus souple en SELAS) et la transmission. Il ne se joue plus sur l'optimisation des dividendes, alignée depuis la jurisprudence 2023 et la LFSS 2024 (voir décision 2). Pour le détail de l'arbitrage de structure, lisez notre guide BNC ou SELARL. Certaines professions réglementées appellent une analyse dédiée : pour le notaire, voyez notre guide Optimisation fiscale du notaire en SEL : leviers et arbitrages 2026.
§ 4SÉISME 2024-2025·5 MIN

Le séisme 2024-2025 : votre rémunération « technique » est désormais du BNC

Voilà le point que la plupart des guides — et beaucoup de comptables — ont laissé filer. Si vous exercez en SEL, la manière dont votre rémunération est imposée a changé en profondeur. Et la jurisprudence de 2025 a durci la règle.

Le principe (depuis les revenus 2024). La rémunération que vous percevez au titre de votre activité libérale proprement dite (votre activité « technique » de médecin, d'avocat, etc.) au sein de la SEL est désormais imposée dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC, article 92 CGI), et non plus en traitements et salaires. La doctrine l'a acté par le rescrit BOI-RES-BNC-000136 (mise à jour du 24 avril 2024). Le critère unique de bascule en traitements et salaires devient le lien de subordination: à défaut de subordination, c'est du BNC, indépendamment de votre statut social.

Le durcissement (CE 8 avril 2025 n° 492154). Le Conseil d'État a (a) confirmé le principe de l'imposition en BNC, mais surtout (b) annulé la tolérance forfaitaire de 5 % qui permettait de rattacher 5 % de la rémunération au mandat social, ainsi que l'énumération doctrinale des tâches dites « inhérentes » au mandat. Conséquence très concrète : chaque associé doit désormais justifier individuellement la ventilation entre sa rémunération technique (BNC) et sa rémunération de mandat social (article 62 pour le gérant majoritaire de SELARL, ou traitements et salaires), la charge de la preuve pesant sur l'associé.

Ce que votre comptable n'a peut-être pas encore acté

Deux points à vérifier sans attendre : (1) votre rémunération technique d'associé de SEL relève des BNC (déclaration 2035-SD au réel, ou micro-BNC), pas des traitements et salaires ; (2) la tolérance des 5 % rattachée au mandat est morte depuis l'arrêt du Conseil d'État du 8 avril 2025 : il faut une ventilation justifiée, associé par associé, entre la part technique et la part de mandat.
Quelle rémunération, quelle imposition. Le séisme : la part « technique » bascule en BNC, et la tolérance des 5 % n'existe plus. La ventilation doit être justifiée individuellement.
Nature de la rémunérationCatégorie d'impositionBase légale
Rémunération technique (activité libérale, sans subordination)BNCArt. 92 CGI / BOI-RES-BNC-000136 / CE 08/04/2025 n° 492154
Mandat — gérant majoritaire de SELARLTraitements et salaires (rémunération art. 62)Art. 62 CGI
Mandat — président de SELAS (assimilé salarié)Traitements et salaires de droit communRégime des assimilés salariés
Activité exercée dans un lien de subordinationTraitements et salairesCritère du lien de subordination

En pratique, cette part technique imposée en BNC ouvre droit à la déduction des charges professionnelles BNC (local, matériel, cotisations, etc.) si vous êtes au réel, et reste compatible avec le PER/Madelin de l'article 154 bis (voir décision 6). C'est une raison de plus de remettre à plat la structuration de votre rémunération en SEL.

§ 5DÉCISION 2 — RÉMUNÉRATION·6 MIN

Décision 2 — En SEL : salaire ou dividendes en 2026 ?

Une fois la SEL en place, la question revient à chaque rendez-vous : faut-il sortir la trésorerie en rémunération ou en dividendes ? Et en 2026, la donne a changé : tout tourne autour de la règle des 10 %.

Pour aller vite

Les dividendes coûtent 31,4 % de PFU (et non 30 % depuis 2026), mais la fraction au-delà de 10 % du capital + primes + compte courant est rattrapée par les cotisations TNS. La rémunération coûte plus cher en cotisations, mais elle se déduit du résultat à l'IS et ouvre des droits (retraite, prévoyance). Il n'y a pas de gagnant universel : le bon mix dépend de vos besoins de revenu et de votre seuil de 10 %.

Les dividendes : PFU à 31,4 % (et non 30 %)

Les dividendes supportent le prélèvement forfaitaire unique (PFU) à 31,4 % en 2026 : 12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux (article 200 A CGI). Le saut de 30 % à 31,4 % vient de la LFSS 2026 (loi 2025-1403 du 30/12/2025), qui a porté la CSG du capital de 9,2 % à 10,6 %. L'option pour le barème progressif reste possible (avec l'abattement de 40 % de l'article 158 CGI), mais elle est globale et n'est avantageuse qu'à faible TMI.

PFU 31,4 % sur dividendes vs flat tax 30 % sur assurance-vie : pourquoi cette différence

Depuis la LFSS 2026, deux taux de prélèvements sociaux coexistent. Les dividendes, intérêts et plus-values mobilières sont à 18,6 % de PS (PFU global 31,4 %). En revanche, l'assurance-vie, les contrats de capitalisation et les revenus fonciers restent à 17,2 % (flat tax assurance-vie à 30 %). Cette dualité revient dans presque chaque arbitrage du libéral : nous la détaillons dans notre guide Prélèvements sociaux 2026.

La règle des 10 % : le plafond des dividendes « non cotisés »

C'est la spécificité majeure des SEL. La fraction de dividendes qui excède 10 % du capital social (augmenté des primes d'émission et du solde moyen du compte courant d'associé) est réintégrée dans l'assiette des cotisations sociales TNS (article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale), soit un coût de l'ordre de 35 à 45 %. Autrement dit, seule la part de dividendes sous le seuil de 10 % échappe aux cotisations.

Seuil des dividendes « non cotisés » en SEL

Seuil = 10 % x (capital social + primes d'emission + solde moyen du compte courant d'associe)

Exemple : capital 100 000 + primes 50 000 + CCA moyen 50 000 = 200 000
   Seuil 10 % = 20 000 EUR de dividendes "non cotises" (PFU 31,4 % seul)
   Au-dela de 20 000 EUR : + cotisations TNS (~35-45 %)

Plus votre capital et votre compte courant sont élevés, plus la part de dividendes échappant aux cotisations est large. C'est un paramètre que l'on peut structurer en amont (capitalisation, apport en compte courant).

La niche SELAS est morte. Pendant des années, on choisissait une SELAS plutôt qu'une SELARL parce que ses dividendes échappaient à cette règle des 10 %. Ce n'est plus vrai : la Cass. 2e civ. 19 octobre 2023 n° 21-20.366 a étendu la règle aux SELAS (y compris lorsque les dividendes remontent à une SPFPL), et l'alignement a été confirmé par voie législative. L'arbitrage de forme ne se joue donc plus sur les dividendes.

Coût comparé d'1 € sorti de la SEL. Le bon mix dépend de vos besoins de revenu, des droits sociaux déjà acquis et de votre seuil de 10 %.
Mode de sortieCoût fiscal et socialDroits sociaux acquis
Rémunération (salaire/mandat)Cotisations + IR à votre TMI, mais déductible du résultat ISOui (retraite, prévoyance, IJ)
Dividendes sous le seuil de 10 %PFU 31,4 % seul (pas de cotisations)Non
Dividendes au-delà du seuil de 10 %PFU 31,4 % + cotisations TNS sur l'excédentPartiels (cotisations payées)

Tout dépend de votre situation. La rémunération ouvre des droits (retraite, prévoyance) et se déduit du résultat à l'IS ; les dividendes sont efficients sous le seuil de 10 % mais ne créent aucun droit social. Le bon mix se calcule au cas par cas. Pour aller plus loin : SEL : salaire ou dividendes et Dividendes de SEL et cotisations sociales.

Le cas particulier de l'avocat. L'arbitrage rémunération/dividendes prend une coloration propre à la profession d'avocat, qui exerce souvent en association d'avocats à responsabilité professionnelle individuelle ou en société d'exercice. Nous le détaillons dans deux guides dédiés : Avocat en AARPI : optimiser sa rémunération et maîtriser sa fiscalité et Avocat en SELAS : arbitrage rémunération / dividendes.

Le cas particulier de l'architecte. Même logique pour l'architecte qui exerce en SEL : la répartition entre rémunération et dividendes, bornée par le seuil de 10 %, se calibre selon ses besoins de revenu et ses droits sociaux. Nous l'exposons dans notre guide Architecte en SELARL : salaire ou dividendes, quelle répartition.

§ 6DÉCISION 3 — SPFPL·6 MIN

Décision 3 — La SPFPL : l'effet de levier de la holding libérale

La SPFPL (société de participations financières de professions libérales) est la holding du libéral. Encadrée par l'ordonnance 2023-77 du 8 février 2023 (Livre V, qui a abrogé l'ancienne loi 90-1258 du 31/12/1990), elle détient les titres de votre SEL et devient le pivot de la capitalisation et de la transmission.

L'essentiel

La SPFPL fait remonter les dividendes de la SEL à un coût quasi nul (~1,25 % grâce au régime mère-fille), pour les réinvestir au lieu de les sortir à 31,4 %. Elle peut aussi emprunter pour racheter vos titres et rembourser avec ces dividendes peu fiscalisés. Mais attention : elle ne capitalise que de l'argent que vous laissez dans le circuit professionnel — elle ne vous enrichit pas immédiatement, et elle n'efface pas les cotisations sur la fraction de dividendes au-delà de 10 %.

Le régime mère-fille : remonter les dividendes à ~1,25 %

Premier intérêt de la SPFPL, et le plus parlant. Grâce au régime mère-fille (articles 145 et 216 CGI), les dividendes versés par la SEL à la SPFPL sont exonérés à 95 % : seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste imposable à l'IS. Le coût effectif de la remontée est donc d'environ 1,25 % (5 % × 25 %). Conditions : détenir au moins 5 % du capital, conserver les titres au moins 2 ans, les deux sociétés étant à l'IS (BOI-IS-BASE-10-10-10-10).

Coût de remontée des dividendes en régime mère-fille

Quote-part de frais et charges : 5 % des dividendes
Imposee a l'IS (ici au taux normal de 25 %)

  Cout effectif = 5 % x 25 % = 1,25 %

100 000 EUR de dividendes remontes a la SPFPL
   -> ~1 250 EUR d'IS, soit 98 750 EUR disponibles pour reinvestir

Le coût effectif de 1,25 % suppose que la quote-part de frais et charges (5 % des dividendes) est imposée au taux normal d'IS de 25 % ; si la SPFPL bénéficie du taux réduit PME de 15 %, ce coût tombe à 0,75 %. À comparer dans tous les cas aux 31,4 % du PFU si ces mêmes dividendes étaient sortis directement vers votre patrimoine personnel : la SPFPL ne vous enrichit pas immédiatement, elle vous permet de réinvestir presque tout.

L'effet de levier : racheter des titres via la holding

Second intérêt : la SPFPL peut emprunter pour racheter des titres de SEL (montage de type OBO/LBO libéral) et rembourser l'emprunt grâce aux dividendes remontés quasi nets d'IS. Les intérêts d'emprunt sont déductibles (article 39 CGI), sous réserve du plafonnement ATAD (article 212 bis CGI). Attention en revanche à l'amendement Charasse (article 223 B CGI) si vous vous rachetez à vous-même au sein d'un groupe intégré.

Ce que la SPFPL ne fait PAS (honnêteté anti-survente)

La SPFPL n'efface pas les cotisations sur dividendes

On l'entend souvent, et c'est faux. Faire transiter les dividendes par une SPFPL ne supprime pas les cotisations TNS sur la fraction excédant 10 % : la Cour de cassation (19 octobre 2023 n° 21-20.366) a précisément jugé que la règle des 10 % s'applique même lorsque les dividendes sont versés à une SPFPL. Le vrai intérêt de la holding est de capitaliser et réinvestir à coût d'IS réduit, pas d'échapper aux charges sociales.

Taxe sur les holdings 2026 : la SPFPL d'exercice n'est pas visée

La nouvelle taxe sur les holdings (article 235 ter C CGI, LF 2026) est une taxe de 20 % qui vise les biens somptuaires et actifs non affectés à une activité opérationnelle (résidences à jouissance de l'actionnaire, yachts, jets, voitures, bijoux, métaux précieux, etc.) détenus par certaines holdings patrimoniales. Elle ne s'applique que sous trois conditions cumulatives : actif total ≥ 5 M€, détention à ≥ 50 % par une personne physique et revenus passifs supérieurs à 50 % des produits. Une SPFPL qui détient et anime des SEL d'exercice professionnel se situe, par nature, en dehors du champ visé. Le sujet mérite toutefois une vérification au cas par cas selon la composition réelle de l'actif et des revenus. Pour le mode d'emploi complet : SPFPL et profession libérale et notre guide transverse SPFPL 2026.
Hagnéré Patrimoine

Une SPFPL est-elle pertinente dans votre cas ?

Capitaliser à 1,25 %, financer un rachat de titres, préparer la transmission : on modélise l'intérêt réel d'une SPFPL sur votre profil, sans survente.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 7DÉCISION 4 — TRÉSORERIE·4 MIN

Décision 4 — Placer la trésorerie de sa SEL sans la sortir

Vous capitalisez à l'IS dans votre SEL ou votre SPFPL : très bien. Mais une trésorerie dormante sur un compte courant ne rapporte rien et perd de la valeur avec l'inflation. La sortir en dividendes coûterait 31,4 % (et des cotisations au-delà de 10 %). La solution : faire travailler la trésorerie sans la sortir.

Sortir ou capitaliser ? Tant que la trésorerie n'a pas vocation à rejoindre votre patrimoine personnel, la capitaliser à l'IS est presque toujours plus efficient que la subir 31,4 % de PFU.
OptionCoût fiscalPour quoi faire
Sortir en dividendesPFU 31,4 % (+ cotisations TNS au-delà de 10 %)Besoin de revenu personnel immédiat
Capitaliser dans la sociétéIS sur les seuls gains réalisésFaire fructifier la trésorerie excédentaire

Le contrat de capitalisation souscrit par une personne morale est le véhicule de référence. Souscrit par la SEL ou la SPFPL (à l'IS), il permet de loger la trésorerie sur des supports diversifiés. Les prélèvements sociaux y restent à 17,2 % sur les gains (branche maintenue de la dualité). Le régime d'imposition annuelle des primes de remboursement relève de l'article 238 septies E CGI (référence à confirmer au texte selon la configuration : la fiscalité des contrats de capitalisation détenus par une personne morale à l'IS suit un mécanisme d'imposition forfaitaire annuelle qu'il convient de vérifier au cas par cas).

Autres supports possibles : le compte-titres de société (produits et plus-values imposés à l'IS), les SCPI inscrites au bilan (rendement immobilier), ou le private equity (FPCI, SLP) pour la part long terme. Le bon support dépend de votre horizon et de votre besoin de liquidité. Pour le détail des solutions : Placer la trésorerie de sa SEL.

Le bon réflexe

La trésorerie de société est un actif à part entière. La laisser dormir, c'est une perte sèche face à l'inflation ; la sortir trop tôt, c'est subir 31,4 %. L'équilibre consiste à dimensionner une poche de sécurité liquide et à placer l'excédent dans des supports calibrés sur votre horizon, au sein de la structure à l'IS.

Attention : capitaliser n'est pas sans risque

Placer la trésorerie de société sur des supports en unités de compte (contrat de capitalisation, compte-titres, SCPI, private equity) expose à un risque de perte en capital et, pour les SCPI ou le private equity, à une liquidité réduite. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Le dimensionnement de la poche de sécurité, le choix des supports et l'horizon doivent être étudiés au regard des besoins réels de votre activité.
§ 8DÉCISION 5 — IMMOBILIER·5 MIN

Décision 5 — Acheter les murs du cabinet via une SCI

Un kiné qui verse 1 800 €/mois de loyer à son bailleur peut, via une SCI, se verser ce loyer à lui-même. C'est le principe de l'achat des murs du cabinet via une SCI (détenue par vous, et/ou par votre SPFPL) : elle achète les locaux et les loue à la SEL.

Des loyers déductibles, à condition d'un loyer de marché

Les loyers versés par la SEL à la SCI sont déductibles du résultat de la SEL (article 39 CGI), à la condition impérative d'être fixés au prix du marché. Un loyer surévalué expose à une requalification (acte anormal de gestion, voire abus de droit). Ce schéma présente un triple avantage : il sépare l'actif professionnel de l'exploitation (protection en cas de difficulté), le loyer que vous versiez à un bailleur rembourse désormais votre propre crédit, et à la retraite, une fois l'emprunt soldé, ce même loyer devient un complément de revenu.

SCI à l'IR ou SCI à l'IS ?

SCI à l'IR

Points forts

  • Loyers = revenus fonciers, PS à 17,2 % (branche maintenue)
  • Plus-value des particuliers à la revente (abattement pour durée de détention)
  • Transparence fiscale, simplicité

Points de vigilance

  • Pas d'amortissement de l'immeuble
  • Loyers taxés à votre TMI (jusqu'à 45 %)
  • Trésorerie limitée si fort endettement

SCI à l'IS

Points forts

  • Amortissement de l'immeuble (charge qui réduit le résultat)
  • Capacité de réinvestissement accrue
  • Cohérent si détenue par la SPFPL

Points de vigilance

  • Plus-value professionnelle lourde à la sortie (réintégration des amortissements)
  • Double imposition pour sortir les loyers en personnel
  • Choix de l'IS souvent irrévocable

Démembrement de l'usufruit : la vigilance s'impose

Démembrement de l'usufruit : la jurisprudence 2024-2026 a resserré le montage

Le schéma consistant à céder à la SEL un usufruit temporaire (en gardant la nue-propriété chez l'associé) est séduisant mais s'est complexifié. Le CE 30 mars 2026 n° 502243 juge que l'apport d'un usufruit temporaire rémunéré en titres constitue une première cession à titre onéreux imposable à l'IR (article 13, 5° CGI), et le CE 9 octobre 2024 n° 490685 assimile la prorogation d'un usufruit à une nouvelle première cession. Ces montages doivent impérativement être sécurisés (rescrit, accompagnement juridique).

Pour approfondir l'achat des locaux professionnels et la place de l'immobilier dans le patrimoine du libéral : Acheter les murs de son cabinet en SCI.

§ 9DÉCISION 6 — RETRAITE / PER·6 MIN

Décision 6 — Le PER / Madelin : la déduction-massue du libéral

Pour un médecin à 45 % de TMI, c'est presque toujours le premier euro à placer. Le PER (qui a remplacé le contrat Madelin) offre au libéral une déduction d'une ampleur sans équivalent, calée sur son bénéfice.

Le réflexe

Le PER du TNS (article 154 bis) ouvre une déduction qui peut atteindre 88 911 € en 2026 (plancher 4 806 €). Chaque euro versé vaut votre tranche marginale : à 45 % de TMI, 10 000 € versés = 4 500 € d'impôt en moins. Et comme la déduction baisse aussi votre revenu fiscal de référence, elle réduit mécaniquement votre exposition à la CEHR et à la CDHR. C'est, pour la plupart des libéraux à hauts revenus, le levier au meilleur rendement.

Le plafond TNS de l'article 154 bis

Le plafond de déduction du TNS (article 154 bis CGI) est égal à 10 % du bénéfice imposable (dans la limite de 8 PASS) majoré de 15 % de la fraction de bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS. En 2026, avec un PASS à 48 060 € :

Plafond de déduction PER du TNS — 2026

Plafond = 10 % x (benefice, plafonne a 8 PASS = 384 480)
        + 15 % x (benefice - 1 PASS, fraction plafonnee a 8 PASS)

  Plancher : 4 806 EUR  (10 % d'un PASS)
  Plafond maximal : 88 911 EUR  (benefice >= 384 480 EUR)
  • PASS 2026 :48 060 €
  • Plancher :4 806 € (déductibles même à faible bénéfice)
  • Plafond maximal :88 911 € (bénéfice ≥ 8 PASS)

Le plafond se calcule sur le PASS de l'année. Exemple pour un bénéfice de 180 000 € : 10 % × 180 000 + 15 % × (180 000 − 48 060) = 18 000 + 19 791 = 37 791 € déductibles.

Le double effet : baisse l'IR ET le RFR

Là est tout l'intérêt du PER pour un libéral à hauts revenus. D'abord, il réduit votre impôt sur le revenu à hauteur de votre tranche marginale : un euro déduit à 45 % de TMI, c'est 45 centimes d'impôt en moins, immédiatement. Ensuite, et c'est moins connu, il abaisse votre revenu fiscal de référence (RFR) du même montant — or c'est précisément le RFR qui sert d'assiette à la CEHR et de déclencheur à la CDHR (voir section suivante). Au final, un seul versement produit deux effets cumulés : moins d'IR aujourd'hui, et une exposition réduite aux contributions des hauts revenus.

Économie d'impôt selon la TMI. Le versement déductible vaut directement votre tranche marginale : à 45 %, 10 000 € versés économisent 4 500 € d'IR (hors effet RFR sur CEHR/CDHR).
Versement PERÉconomie à TMI 30 %Économie à TMI 41 %Économie à TMI 45 %
10 000 €3 000 €4 100 €4 500 €
30 000 €9 000 €12 300 €13 500 €
50 000 €15 000 €20 500 €22 500 €

Note de méthode sur les projections

Les économies d'impôt indiquées ci-dessus sont des effets fiscaux, certains pour l'année du versement (ils dépendent uniquement de votre TMI). En revanche, le capital placé sur le PER est investi sur des supports financiers : sa valeur peut varier à la hausse comme à la baisse. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et un investissement comporte un risque de perte en capital. Le PER doit s'apprécier sur la durée, en cohérence avec votre horizon de retraite.

Madelin prévoyance, nouveautés 2026 et fiscalité de sortie

Au-delà de la retraite, le Madelin prévoyance/santé (article 154 bis) reste déductible : 7 % du PASS + 3,75 % du bénéfice, plafonné à 3 % de 8 PASS (soit environ 11 534 € en 2026) ; le Madelin perte d'emploi représente 1,875 % du bénéfice ou 2,5 % du PASS. Deux nouveautés 2026 : le report des plafonds non utilisés est porté de 3 à 5 ans, et la déductibilité est supprimée après 70 ans.

À la sortie, la part « versements déduits » est imposée au barème de l'IR ; les gains du PER supportent les prélèvements sociaux à 18,6 % (le PER relève de la branche 18,6 % de la dualité). L'avantage à l'entrée (votre TMI) reste dans la plupart des cas très supérieur au coût à la sortie. Pour le détail : PER profession libérale et notre guide transverse PER TNS (ex-Madelin).

§ 10DÉCISION 7 — TRANSMISSION·8 MIN

Décision 7 — Transmettre et céder : Dutreil, exonérations de PV, apport-cession

La dernière décision est aussi celle qui se prépare le plus tôt. Que vous vendiez votre cabinet à un tiers ou que vous le transmettiez à vos enfants, les leviers à activer ne sont pas les mêmes, et la plupart exigent plusieurs années d'anticipation.

En 30 secondes

Deux questions, deux familles d'outils. Vous transmettez à vos enfants ? Le pacte Dutreil (article 787 B) exonère 75 % de la valeur des parts, désormais sur un engagement de 2 + 6 = 8 ans. Vous vendez à un tiers ? Selon le cas : l'apport-cession (report 150-0 B ter, réinvestissement 70 %), les exonérations de plus-value professionnelle (238 quindecies, 151 septies A) ou l'abattement de 500 000 € du dirigeant retraité (150-0 D ter). Dans tous les cas, on s'y prend au moins 5 ans à l'avance.

Le pacte Dutreil : 75 % d'abattement (2 + 6 = 8 ans)

Le pacte Dutreil (article 787 B CGI) permet d'exonérer 75 % de la valeur des parts ou actions de SEL transmises (donation ou succession). Il repose sur un engagement collectif de conservation d'au moins 2 ans (portant sur au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote pour une société non cotée), suivi d'un engagement individuel qui, depuis la LF 2026, est porté de 4 à 6 ans. Au total, pour les transmissions postérieures au 21 février 2026, c'est donc 2 + 6 = 8 ans de conservation.

Dutreil 2026 : 8 ans au total, et l'animation doit préexister

Deux points de vigilance. (1) L'engagement individuel passe à 6 ans (soit 2 + 6 = 8 ans) pour les transmissions ≥ 21/02/2026. (2) Si la transmission porte sur une holding animatrice, l'animation doit être effective et préexister : la Cass. com. 17/12/2025 n° 24-17.415 apprécie le caractère animateur au jour du décès (et non à la date de dépôt de la déclaration de succession) et la Cass. com. 11/05/2023 n° 21-16.924 exige que l'animation préexiste à la transmission. Une holding patrimoniale passive n'ouvre pas droit au régime.

Les exonérations de plus-value à la cession du cabinet

Si vous vendez, plusieurs régimes d'exonération de plus-value professionnelle peuvent s'appliquer, selon la valeur cédée, les recettes ou votre départ en retraite.

Exonérations de plus-value à la cession. 238 quindecies et 151 septies ne se cumulent pas entre eux ; 151 septies A et B se cumulent avec 238 quindecies. Les seuils de l'art. 151 septies sont à vérifier au texte selon l'activité.
DispositifMécanismeSeuils / conditionsCumul
Art. 238 quindeciesExonération selon la valeur des éléments cédés (hors immeubles)Totale ≤ 500 000 €, dégressive jusqu'à 1 000 000 €Non cumulable avec 151 septies
Art. 151 septiesExonération selon les recettesSeuils à vérifier au texte selon l'activité (BNC)Non cumulable avec 238 quindecies
Art. 151 septies AExonération en cas de départ à la retraiteCession + cessation + départ retraite dans les délaisCumulable avec 238 quindecies
Art. 151 septies BAbattement sur la plus-value immobilière professionnelleSelon durée de détention de l'immeubleCumulable avec 238 quindecies
Art. 150-0 D terAbattement fixe sur cession de titres par dirigeant retraitéAbattement 500 000 € (IR seul ; PS 18,6 % dus), prorogé au 31/12/2031Régime des plus-values mobilières

Art. 238 quindecies — exonération dégressive entre 500 000 € et 1 000 000 €

Si valeur des elements cedes <= 500 000 EUR : exoneration TOTALE

Entre 500 000 et 1 000 000 EUR :
   Taux d'exoneration = (1 000 000 - valeur) / 500 000

Au-dela de 1 000 000 EUR : aucune exoneration a ce titre

Exemple : pour une valeur cédée de 700 000 €, le taux d'exonération est (1 000 000 − 700 000) / 500 000 = 60 % de la plus-value exonérée. Les immeubles sont exclus de l'assiette de l'art. 238 quindecies (voir 151 septies B).

L'apport-cession (article 150-0 B ter), durci en 2026

L'apport-cession (article 150-0 B ter CGI) permet de reporter l'imposition de la plus-value d'apport de vos titres de SEL à une holding que vous contrôlez (votre SPFPL). La holding cède ensuite, et le produit reste investi à son niveau. La LF 2026 a durci le dispositif (pour les cessions postérieures au 21/02/2026) : réinvestissement porté de 60 % à 70 %, délai porté de 2 à 3 ans, conservation des titres réinvestis pendant 5 ans, et exclusion des activités de location/gestion immobilière. Le CE 16/02/2024 n° 472835 admet le remploi par prise de contrôle d'une société opérationnelle. La purge de la plus-value en report au décès est maintenue.

Vendre à un tiers ou transmettre à ses enfants ?

Le bon outil dépend de votre objectif. Vous vendez à un tiers ? Pensez apport-cession (report 150-0 B ter) ou, en cas de départ en retraite, à l'abattement de 500 000 € de l'article 150-0 D ter. Vous transmettez à vos enfants ? Le pacte Dutreil (−75 %) est l'outil central, éventuellement combiné à une donation démembrée. Dans tous les cas, on s'y prend au moins 5 ans avant. Pour aller plus loin : Transmettre son cabinet et son patrimoine et Pacte Dutreil 2026.
§ 11HAUTS REVENUS·5 MIN

La couche « hauts revenus » : CEHR, CDHR et le plafond des niches

Passé 250 000 € de revenu fiscal de référence (célibataire), un médecin ou un avocat voit deux contributions s'empiler par-dessus l'IR — et elles renversent la logique d'optimisation. Si votre RFR dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple), cette section vous concerne directement.

CEHR et CDHR : deux étages au-dessus de l'IR

La CEHR (contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, article 223 sexies CGI) s'applique au revenu fiscal de référence : 3 % au-delà de 250 000 € et 4 % au-delà de 500 000 € pour un célibataire (seuils doublés à 500 000 € / 1 000 000 € pour un couple). La CDHR (contribution différentielle sur les très hauts revenus), créée par la LF 2025 et pérennisée par la LF 2026, impose une imposition minimale d'environ 20 % du RFR pour les RFR supérieurs à 250 000 € (célibataire) / 500 000 € (couple), avec un acompte de 95 % versé en décembre.

CEHR et CDHR 2026. Seuils doublés pour un couple. La CDHR agit comme un plancher : elle « rattrape » les contribuables dont l'impôt effectif tomberait sous 20 % du RFR.
ContributionSeuils de RFR (célibataire)Taux / effet
CEHR (art. 223 sexies)> 250 000 € puis > 500 000 €3 % puis 4 % du RFR
CDHR (pérennisée LF 2026)> 250 000 € (couple : 500 000 €)Imposition minimale ~20 % du RFR, acompte 95 % en décembre

Optimiser sans déclencher la CDHR : viser le RFR, pas seulement l'IR

La CDHR change la grille de lecture. Comme elle fixe un plancher d'imposition de ~20 % du RFR, elle plafonne par le haut l'intérêt de l'arbitrage dividendes : une fois votre impôt effectif tombé sous ce plancher de 20 %, optimiser davantage l'IR ne sert plus à rien tant que la CDHR s'applique. À l'inverse, les leviers qui baissent le RFR (au premier rang desquels le PER) deviennent d'autant plus précieux : ils réduisent l'assiette même de la CEHR et de la CDHR.

Le plafond des niches et la clôture patrimoniale

Rappelons l'ordre : le plafond global des niches (article 200-0 A CGI) limite à 10 000 € (18 000 € avec Girardin/Sofica) le total des réductions et crédits d'impôt. D'où la règle d'or : on sature d'abord les déductions hors plafond (PER, déficit foncier) avant d'aller chercher les réductions plafonnées. Côté déficit foncier (volet immobilier privé) : imputation jusqu'à 10 700 € sur le revenu global, portée à 21 400 € pour les travaux de rénovation énergétique (dispositif sous réserve de prorogation au 31/12/2027, à confirmer au texte).

Enfin, pour le reste de votre patrimoine, l'assurance-vie reste l'outil de transmission de référence : abattement de 152 500 € par bénéficiaire (article 990 I, primes versées avant 70 ans) et de 30 500 € (article 757 B, primes après 70 ans). Pour la stratégie des hauts revenus : Profession libérale à hauts revenus, déclinée par métier dans notre guide Psychologue à hauts revenus : défiscaliser intelligemment.

§ 12CAS CHIFFRÉS·6 MIN

3 cas chiffrés : la séquence appliquée

Trois praticiens, trois entrées dans la même séquence : Camille qui dépense tout et n'a pas (encore) besoin d'une société, Antoine qui épargne et bute sur la règle des 10 %, Hélène qui prépare sa cession-retraite. La méthode se lit mieux sur des cas que dans l'abstrait.

Note de méthode sur les chiffrages

Les montants ci-dessous sont des ordres de grandeur pédagogiques, calculés à partir des taux 2026 et d'hypothèses simplifiées (TMI, capital, compte courant). Ils servent à illustrer la logique des décisions, pas à se substituer à une simulation individualisée : l'impôt réel dépend de l'ensemble de votre foyer, et tout placement adossé comporte un risque de variation. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Chaque situation doit être recalculée précisément.

Cas A — Dr Camille, médecin spécialiste, BNC 180 000 €, TMI 45 %

Camille exerce en BNC au réel, célibataire, bénéfice de 180 000 €, et consomme l'essentiel de son revenu. Avant de songer à changer de structure, le premier réflexe est de saturer le PER (décision 6).

Cas A — le PER avant tout. À 45 % de TMI, le seul PER fait économiser ~17 000 € d'IR par an, tout en réduisant le RFR.
ÉtapeCalculRésultat
Plafond PER (art. 154 bis)10 % × 180 000 + 15 % × (180 000 − 48 060)37 791 € déductibles
Économie d'IR à TMI 45 %37 791 € × 45 %≈ 17 006 € d'IR économisés
Effet RFRBaisse du RFR de 37 791 €Moindre exposition CEHR/CDHR

À retenir pour Camille : avant même d'envisager une SEL, saturer le PER est le premier geste. La structure viendra ensuite, si le taux d'épargne le justifie.

Cas B — Me Antoine, avocat en SELARL, bénéfice 250 000 €, consomme 110 000 €

Antoine est en SELARL. Il se rémunère 110 000 € (rémunération de gérant TNS) et laisse 140 000 € capitaliser à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %). La question : combien peut-il sortir en dividendes « non cotisés » ?

Cas B — la règle des 10 % en action. Sur un dividende de 30 000 €, les 20 000 premiers euros subissent le seul PFU 31,4 %, les 10 000 € au-delà supportent en plus les cotisations TNS.
ParamètreValeurConséquence
Capital + primes + CCA moyen200 000 €Base du seuil de 10 %
Seuil de dividendes non cotisés10 % × 200 000 = 20 000 €PFU 31,4 % seul sur cette fraction
Dividendes au-delà de 20 000 €ExcédentPFU 31,4 % + cotisations TNS
Bénéfice non consommé140 000 €Capitalise à l'IS (15/25 %)

Le point clé d'Antoine : la SEL n'a d'intérêt que parce qu'il ne consomme pas tout ; et son arbitrage de dividendes est borné par le seuil de 10 %. C'est ici qu'une SPFPL prendrait le relais pour capitaliser les 140 000 € à ~1,25 %.

Cas C — Hélène, SEL + SPFPL, cession et retraite à 5 ans

Hélène (expert-comptable) détient sa SEL via une SPFPL et vise une cession dans 5 ans, au moment de sa retraite. Trois chemins possibles, selon qu'elle vend à un tiers ou transmet à ses enfants. Pour les leviers propres à sa profession, voyez notre guide Optimisation fiscale de l'expert-comptable : rémunération et dividendes.

Cas C — la sortie se prépare 5 ans avant. Le bon outil dépend de « je vends à un tiers » vs « je transmets à mes enfants ».
ScénarioLevierEffet principal
Vente à un tiers, réinvestissementApport-cession 150-0 B terReport d'imposition ; réinvestir 70 % sous 3 ans (LF 2026)
Vente à un tiers, départ retraiteAbattement 150-0 D terAbattement fixe 500 000 € (IR seul ; PS 18,6 % dus)
Transmission familialePacte Dutreil 787 B−75 % de la valeur (engagement 2 + 6 = 8 ans)

Pour Hélène : l'optimisation de la cession ne s'improvise pas le jour de la vente. Les délais Dutreil (8 ans), apport-cession (5 ans de conservation) et les conditions du départ retraite imposent une anticipation longue.

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Sources et références légales

  • CGI — structure et régime du libéral

    Art. 102 ter CGI (régime micro-BNC, abattement 34 %, seuil de recettes 83 600 € sur la période 2026-2028). Art. 219 I-b CGI (IS : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice sous conditions PME, 25 % au-delà). Art. 92 CGI (la rémunération technique de l'associé de SEL relève des BNC). Art. 62 CGI (rémunération des gérants majoritaires, imposée en traitements et salaires). Rescrit BOI-RES-BNC-000136 (24/04/2024).

  • CGI / CSS — rémunération, dividendes et holding

    Art. 200 A CGI (PFU 31,4 % en 2026 : 12,8 % d'IR + 18,6 % de PS depuis la LFSS 2026). Art. 158 CGI (option barème, abattement 40 %). Art. L. 131-6 CSS (cotisations TNS sur la fraction de dividendes excédant 10 % du capital, primes et compte courant). Art. 145 et 216 CGI (régime mère-fille, exonération 95 %, quote-part de frais et charges 5 %, IS effectif 1,25 %). Art. 39 CGI (charges déductibles, intérêts et loyers). Art. 212 bis CGI (plafonnement ATAD). Art. 223 B CGI (amendement Charasse). Ordonnance 2023-77 du 08/02/2023 (Livre V SPFPL, abrogation de la loi 90-1258 du 31/12/1990).

  • CGI — retraite, transmission et plus-values

    Art. 154 bis CGI (déduction PER/Madelin TNS : 10 % du bénéfice plafonné à 8 PASS + 15 % de la fraction entre 1 et 8 PASS ; plancher 4 806 €, plafond 88 911 € en 2026). Art. 163 quatervicies CGI (PER individuel). Art. 787 B CGI (pacte Dutreil, exonération 75 %, engagement 2 + 6 = 8 ans pour les transmissions ≥ 21/02/2026). Art. 238 quindecies CGI (exonération de plus-value : totale ≤ 500 000 €, dégressive jusqu'à 1 000 000 €). Art. 151 septies, 151 septies A et 151 septies B CGI. Art. 150-0 D ter CGI (abattement fixe 500 000 €, prorogé au 31/12/2031). Art. 150-0 B ter CGI (apport-cession, réinvestissement 70 % depuis la LF 2026).

  • CGI / LPF — hauts revenus, niches et abus de droit

    Art. 223 sexies CGI (CEHR : 3 % au-delà de 250 000 € et 4 % au-delà de 500 000 € de RFR pour un célibataire ; seuils doublés pour un couple). CDHR (imposition minimale ~20 % du RFR au-delà de 250 000 €/500 000 €, créée par la LF 2025 et pérennisée par la LF 2026). Art. 200-0 A CGI (plafond global des niches : 10 000 €, 18 000 € avec Girardin/Sofica). Art. 156 I-3 CGI (déficit foncier 10 700 €, 21 400 € rénovation énergétique). Art. 990 I et 757 B CGI (assurance-vie : 152 500 € et 30 500 €). Art. L. 64 LPF (abus de droit), art. L. 80 B LPF (rescrit). LFSS 2026 (loi 2025-1403 du 30/12/2025), LF 2026 (loi 2026-103 du 19/02/2026).

  • Jurisprudence et doctrine BOFiP

    Cass. 2e civ. 19/10/2023 n° 21-20.366 (dividendes de SEL : cotisations TNS sur la fraction au-delà de 10 %, SELAS incluse). CE 8 avril 2025 n° 492154 (rémunération technique de l'associé de SEL = BNC, annulation de la tolérance des 5 %). Cass. com. 17/12/2025 n° 24-17.415 et Cass. com. 11/05/2023 n° 21-16.924 (holding animatrice et pacte Dutreil : l'animation doit être effective et préexister). CE 09/10/2024 n° 490685 et CE 30/03/2026 n° 502243 (démembrement et usufruit temporaire). CE 16/02/2024 n° 472835 (apport-cession, remploi par prise de contrôle). Doctrine BOFiP : BOI-RES-BNC-000136, BOI-IR-BASE-20-50-20, BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10, BOI-IS-BASE-10-10-10-10.

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Toute stratégie d'optimisation fiscale d'une profession libérale doit faire l'objet d'une étude individualisée préalable (audit fiscal, choix de structure, modélisation salaire/dividendes, simulation CEHR/CDHR, plan de transmission Dutreil). Les chiffres et taux cités sont à jour au 8 juin 2026 mais peuvent évoluer (LF/LFSS annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence). Certains points sont signalés au conditionnel lorsque le texte ou la doctrine ne tranchent pas encore clairement.

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Foire aux questions

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