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Guide expert-comptable 202614 minMis à jour 25 juin 2026Cas chiffrés

Dividendes de l'expert-comptable en SEL : fiscalité et cotisations

Vous pensez que les dividendes de votre SEL d'expertise comptable sortent à 31,4 % de flat tax ? Pour la fraction qui dépasse 10 % de votre capital, c'est faux : elle bascule dans l'assiette des cotisations TNS Urssaf + CAVEC (~40-45 %) au lieu de 18,6 % de prélèvements sociaux (art. L. 131-6 CSS). Et comme le capital d'une SEL est souvent modeste, le seuil est franchi presque immédiatement : à 10 000 € de capital, il ne vaut que 1 000 €. Pire, ces cotisations tombent un à deux ans plus tard. Et non, la SPFPL ne vous protège pas (Cass. 19/10/2023, n° 21-20.366). Voici le calcul exact, un cas chiffré complet et comment limiter la casse. Par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine (ORIAS 23002291).

DIVIDENDES DE SEL 2026

Chiffrer le coût réel de vos dividendes et le montant exact à provisionner

Audit de votre SEL d'expertise comptable : calcul du seuil de 10 %, fraction soumise aux cotisations Urssaf + CAVEC, provision à bloquer, arbitrage rémunération/dividendes et leviers pour relever le seuil (capital, compte courant, SPFPL, PER). Sans produit-maison.

  • Calcul du seuil de 10 % personnalisé
  • Provision à bloquer chiffrée
  • Arbitrage rémunération/dividendes
  • Sans produit-maison

PFU SOUS 10 %

31,4 %

COTIS. AU-DELÀ

~40-45 %

SEUIL SANS COTIS.

10 %

CAPITAL 10 000 €

→ seuil 1 000 €

À PROVISIONNER

~40-45 %

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1L'ESSENTIEL·3 MIN

L'essentiel : 31,4 % jusqu'à 10 %, cotisations au-delà

En 30 secondes

Les dividendes de votre SEL d'expertise comptable ne sortent pas tous à 31,4 %. Seule la fraction sous 10 % du capital (augmenté des primes et du solde moyen du compte courant) supporte la flat tax. Au-delà, la fraction excédentaire bascule dans l'assiette des cotisations TNS (Urssaf + CAVEC, de l'ordre de 40 à 45 %), régularisées en N+1 / N+2 (art. L. 131-6 CSS). À 10 000 € de capital, votre seuil ne vaut que 1 000 €. Et non, la SPFPL ne fait pas écran (Cass. 19/10/2023, n° 21-20.366). On déroule le calcul, deux cas chiffrés et les leviers pour reprendre la main.

Neuf experts-comptables sur dix arrivent en rendez-vous avec la même certitude : « Mes dividendes, ça ne coûte que la flat tax, pas de charges sociales. » Pour la quasi-totalité des sociétés commerciales, c'est exact. Pour une société d'exercice libéral d'expert-comptable, c'est faux dès le premier euro au-dessus d'un seuil étonnamment bas — et l'erreur se chiffre en dizaines de milliers d'euros. Une consœur distribue 60 000 € de dividendes en pensant régler 18 840 € de flat tax ; dix-huit mois plus tard, l'Urssaf et la CAVEC lui réclament près de 25 000 € de cotisations sur une trésorerie déjà dépensée. Ce n'est pas un cas d'école : c'est exactement la Claire que vous lirez plus bas, et c'est ce que ce guide vous apprend à éviter.

En cause, une règle propre aux SEL et aux associés relevant du régime des indépendants : elle ponctionne lourdement la part de dividendes qui dépasse 10 % de votre capital. Et comme le capital d'une SEL d'expertise comptable est souvent modeste — 1 000 €, 8 000 €, 10 000 € —, ce seuil est franchi presque immédiatement. Le reste de ce guide tient en trois chiffres : votre seuil exact, le vrai calendrier des appels de cotisations, et la somme à bloquer pour ne jamais être pris au dépourvu.

L'alerte en une phrase

La fraction de dividendes qui dépasse 10 % du capital de votre SEL n'est plus taxée à 18,6 % de prélèvements sociaux, mais soumise aux cotisations sociales de l'expert-comptable (Urssaf + CAVEC, de l'ordre de 40 à 45 %), régularisées un à deux ans plus tard.

Le principe figure à l'article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale. Sous le seuil de 10 %, la fraction de dividendes reste un revenu de capitaux mobiliers : elle supporte le PFU à 31,4 % en 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux), point final. Au-delà du seuil, la fraction excédentaire est traitée socialement comme du revenu d'activité : elle entre dans l'assiette des cotisations TNS et reste imposée à l'impôt sur le revenu au barème. Le passage de 18,6 % à 40-45 % se fait d'un coup, sans transition — et l'addition fait mal quand on est déjà à 41 ou 45 % de tranche.

Sous 10 % vs au-delà de 10 % : le même euro de dividende ne coûte pas du tout la même chose. Le dispositif a été validé par le Conseil constitutionnel (décision n° 2010-24 QPC du 6 août 2010).
Sous le seuil de 10 %Au-delà du seuil de 10 %
RégimeRevenu de capitaux mobiliers (RCM)Assiette des cotisations TNS + IR au barème
Taux 2026 (ordre de grandeur)PFU 31,4 % (12,8 + 18,6)Cotisations Urssaf + CAVEC ~40-45 % + IR
Abattement de 40 % (art. 158)Possible sur option barème (IR)Jamais sur l'assiette sociale (dividende brut)
Ouvre des droits retraiteNonOui (CNAVPL + CAVEC, contrepartie de points)
Quand on paieÀ la distribution (PFU)Régularisé en N+1 / N+2

Un point d'honnêteté pour éviter le contresens le plus répandu : les dividendes ne deviennent jamais du BNC. Ils restent des revenus de capitaux mobiliers. Ce que la loi capte, c'est leur assiette sociale pour la part au-delà de 10 %, pas leur nature fiscale. La requalification en BNC, elle, ne concerne que la rémunération technique d'activité : c'est une réforme totalement distincte, que nous séparons au §10.

§ 2SEL & CAVEC·3 MIN

SEL à l'IS, statut social et CAVEC : poser le décor

Avant le calcul, deux minutes de cadrage, parce que le coût social dépend entièrement de votre statut. L'expert-comptable est une profession libérale réglementée, inscrit à l'Ordre des experts-comptables (ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945) ; le commissaire aux comptes relève de la même caisse. Ce n'est pas un officier public ministériel: pas de droit de présentation, pas d'agrément du Garde des Sceaux, la clientèle se cède librement. Cette nature commande tout le reste, à commencer par votre caisse de retraite.

La caisse de l'expert-comptable : CNAVPL + CAVEC

La retraite de l'expert-comptable repose sur un régime de base CNAVPL (par points) et un régime complémentaire géré par la CAVEC (Caisse d'assurance vieillesse des experts-comptables et des commissaires aux comptes), organisé par classes de cotisation : vous êtes rattaché à une classe selon votre revenu, avec possibilité d'opter pour une classe supérieure. Ce n'est ni la CARMF (médecins), ni la CNBF (avocats), ni la CIPAV (architectes). Quand la fraction de dividendes au-delà de 10 % entre dans l'assiette des cotisations, c'est notamment la CAVEC qui en bénéficie — point développé au §7. Pour le détail des classes et de la valeur du point, voyez notre guide retraite de l'expert-comptable (CAVEC) : calcul, classes, montant.

Côté société, la SEL d'expertise comptable (SELARL ou SELAS) est à l'impôt sur les sociétés : le bénéfice est taxé à 15 % jusqu'à 42 500 € (sous conditions PME), puis 25 % au-delà (art. 219 I-b CGI). Le capital doit être détenu majoritairement par des experts-comptables inscrits. C'est seulement après cet IS que se pose la question de la distribution de dividendes — et donc de la règle des 10 %.

Le statut social du dirigeant commande l'exposition à la règle des 10 %. Détail et dates au §9.
StructureStatut social du dirigeantDividendes > 10 %
SELARLGérant majoritaire = TNSRéintégrés (Urssaf + CAVEC)
SELAS — associé exerçant relevant des indépendantsIndépendantRéintégrés (depuis le 01/01/2025)
SELAS — président assimilé salariéAssimilé salariéZone grise (à ce jour non réintégré)

Au passage : l'expert-comptable est soumis à la TVA à 20 %

Contrairement à une idée reçue qui circule dans certains contenus généralistes sur les professions libérales, l'expert-comptable n'est pas exonéré de TVA. Ses honoraires d'expertise comptable et de commissariat aux comptes sont soumis au taux normal de 20 % ; l'exonération des soins de l'article 261-4-1 du CGI (santé humaine) ne s'applique pas. En contrepartie, il récupère la TVA déductible sur ses achats et frais. Ce point n'a pas d'effet direct sur la règle des dividendes, mais il fait partie du décor fiscal complet, traité dans notre guide optimisation fiscale de l'expert-comptable.
§ 3LE MÉCANISME·3 MIN

Le mécanisme : deux régimes pour un seul dividende

La logique est binaire, et c'est ce qui la rend dangereuse : un même dividende est coupé en deux par le seuil de 10 %, et chaque moitié obéit à des règles totalement différentes. Posons-les face à face.

Le seuil de 10 % coupe le dividende en deux. La nature fiscale ne change pas (toujours du RCM) ; seul le traitement social diffère. Dispositif validé par Cons. const. 2010-24 QPC du 6 août 2010, décret 2009-423 validé par CE 27/05/2011 n° 328905.
Fraction sous 10 %Fraction au-delà de 10 %
Nature fiscaleRevenu de capitaux mobiliersRevenu de capitaux mobiliers (inchangée)
Traitement socialAucune cotisation (PS 18,6 % seulement)Réintégrée dans l'assiette des cotisations TNS
Coût global 2026PFU 31,4 %Cotisations ~40-45 % + IR au barème
TexteRégime de droit commun (art. 200 A CGI)Art. L. 131-6 CSS
Droits sociauxAucunPoints de retraite CNAVPL + CAVEC

Deux pièges classiques, qu'il vaut mieux désamorcer tout de suite. D'abord, la fraction au-delà de 10 % n'est pas requalifiée en BNC : elle reste un revenu de capitaux mobiliers du point de vue de l'impôt. Seule son assiette sociale est modifiée. Ensuite, ce dispositif n'a rien d'une nouveauté : il s'applique aux SEL depuis l'imposition des revenus 2009 (LFSS pour 2009, art. 22 ; validé par la décision n° 2010-24 QPC du 6 août 2010), et la LFSS pour 2013 (loi n° 2012-1404 du 17 décembre 2012, art. 11) l'a étendu à l'ensemble des travailleurs indépendants en société à l'IS (revenus 2013). Pour le gérant majoritaire de SELARL, la règle a donc plus de quinze ans.

Le point à retenir

La règle ne « taxe » pas tous vos dividendes. Elle découpe chaque distribution au niveau du seuil de 10 %. En dessous : PFU à 31,4 %, rien d'autre. Au-dessus : cotisations sociales + IR au barème. Tout l'art de l'optimisation consiste à connaître précisément où passe la ligne— c'est l'objet du paragraphe suivant.
§ 4LE SEUIL·3 MIN

Le calcul exact du seuil de 10 %

Reste à savoir 10 % de quoi, exactement. La réponse est plus large qu'on ne croit : beaucoup pensent qu'il s'agit de 10 % du seul capital social. L'assiette de référence additionne trois éléments, et c'est précisément en jouant sur ces éléments qu'on peut relever le seuil (voir §6).

Le seuil non soumis aux cotisations (art. L. 131-6 CSS)

Seuil = 10 % × (Capital social libéré
              + Primes d'émission
              + Solde moyen annuel du compte courant d'associé)

Le capital et les primes sont appréciés au dernier jour de l'exercice précédant la distribution (date d'appréciation précisée par le décret n° 2025-708 du 25 juillet 2025). Le compte courant d'associé (CCA) est retenu pour son solde moyen sur l'année. Les modalités de calcul sont fixées par le décret n° 2009-423 du 16 avril 2009 (art. R. 131-7 CSS), validé par le Conseil d'État (27 mai 2011, n° 328905).

La fraction soumise aux cotisations

Fraction soumise = Dividendes bruts distribués − Seuil de 10 %

(le résultat, s'il est positif, entre dans l'assiette des cotisations)

On raisonne au niveau du foyer de l'associé exerçant : sont retenues les parts et sommes détenues, en propriété ou en usufruit, par l'associé, son conjoint ou partenaire de PACS, et ses enfants mineurs non émancipés.

Deux détails changent vraiment la note finale. D'abord, les intérêts de compte courant d'associé entrent dans le même dispositif que les dividendes : on ne contourne pas la règle en transformant un dividende en intérêt de CCA. Ensuite, le périmètre est familial : impossible de loger les titres au nom du conjoint ou des enfants mineurs pour échapper au calcul, ils sont agrégés.

Le piège du brut : oubliez l'abattement de 40 %

L'abattement de 40 % de l'article 158 du CGI ne s'applique PAS à l'assiette sociale. Les cotisations se calculent sur le dividende brut, pas sur 60 % du dividende. Cet abattement ne vaut que pour l'impôt sur le revenu, et uniquement si vous optez pour le barème plutôt que pour le PFU. C'est une erreur fréquente, y compris chez certains praticiens : on croit cotiser sur une base réduite, alors qu'elle est pleine.
§ 5CAS CHIFFRÉ·4 MIN

Cas chiffré : Claire, SELARL au capital de 10 000 €

Passons aux chiffres : c'est là que la règle devient palpable. Avant de lire les montants, une mise au point : ce sont des ordres de grandeur pédagogiques. Le taux global de cotisations sur la fraction excédentaire est présenté autour de 40 à 45 % (il varie selon le revenu, la classe CAVEC et la profession) ; une partie de la CSG d'activité est par ailleurs déductible. Le chiffrage exact se fait au cas par cas.

Cas 1 · Experte-comptable · SELARL · capital 10 000 € · bénéfice 180 k€

Claire — un capital trop faible, presque tout passe en cotisations

Claire, experte-comptable, est gérante majoritaire de sa SELARL (statut TNS). Son capital est de 10 000 €, sans primes ni compte courant. Son seuil de 10 % vaut donc 1 000 €. Après une rémunération de gérance, le résultat imposable de la société ressort à 180 000 € : IS de 15 % sur les 42 500 premiers euros (6 375 €) puis 25 % sur les 137 500 € suivants (34 375 €), soit ≈ 40 750 € d'IS et un résultat distribuable d'environ 139 250 €.

Scénario A — distribution calibrée. Claire vote un dividende de 1 000 €, pile sous son seuil. Il supporte le PFU à 31,4 %, soit 314 €, et aucune cotisation. Elle laisse le reste capitaliser dans la société, imposé à l'IS (25 %) — bien moins que sa tranche marginale à 45 %.

Scénario B — forte distribution. Claire vote un dividende de 60 000 €. Les 1 000 € sous le seuil sortent au PFU ; les 59 000 € restants — soit 98 % du dividende — sont réintégrés dans l'assiette des cotisations comme du revenu d'activité. À ~43 %, c'est de l'ordre de 25 000 € à provisionner sur la seule fraction excédentaire, sans compter l'IR au barème. Sur une SELARL à 10 000 € de capital, distribuer en masse ne tient plus.

Même SELARL, deux décisions de distribution : le scénario B fait basculer ~25 000 € de cotisations sur la seule fraction excédentaire, en plus de l'IR. Estimations indicatives, à modéliser au cas par cas.
Scénario de ClaireDividende votéSous seuil (PFU 31,4 %)Fraction cotisée (~43 %)
A — calibré sous le seuil1 000 €1 000 €0 €
B — forte distribution60 000 €1 000 €59 000 € (≈ 25 000 € de cotisations)

Note de méthode : pourquoi nous parlons d'« ordres de grandeur »

Les montants de Claire et de Marc sont des simulations pédagogiques, destinées à faire sentir l'ampleur du mécanisme, pas à prédire votre facture à l'euro près. Le taux réel de cotisations sur la fraction excédentaire dépend de votre revenu global, de votre classe CAVEC, de l'assiette déjà couverte par votre rémunération et du plafond annuel de la sécurité sociale (PASS 48 060 € en 2026). Les calculs supposent par ailleurs un capital, des primes et un compte courant connus à la clôture. Aucune projection ne préjuge du résultat réel : seule une modélisation nominative, faite avec votre expert-comptable et votre CGP sur vos chiffres, donne le montant exact à provisionner.

La bombe à retardement : le décalage N+1 / N+2

Le coût social du scénario B ne tombe pas l'année de la distribution. L'Urssaf et la CAVEC appellent d'abord des acomptes provisionnels calculés sur un revenu antérieur, puis régularisent en N+1 une fois le revenu réel déclaré, et réajustent les acomptes en N+2. Concrètement, le rappel de ~25 000 € arrive un à deux ans plus tard, sur une trésorerie souvent déjà dépensée. La discipline : bloquer 40 à 45 % de la fraction excédentaire le jour même du vote, pas le jour où l'Urssaf réclame.
Hagnéré Patrimoine

Combien devez-vous vraiment provisionner cette année ?

Un conseiller en gestion de patrimoine calcule votre seuil de 10 %, chiffre la fraction soumise aux cotisations Urssaf + CAVEC et le montant exact à bloquer, puis cale l'échéancier N+1/N+2 avec votre expert-comptable.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 6RELEVER LE SEUIL·3 MIN

Relever son seuil : capital et compte courant

Bonne nouvelle : ce seuil de 10 %, vous pouvez l'augmenter. Il dépend de votre assiette de référence (capital + primes + solde moyen de compte courant) ; plus elle est haute, plus la part de dividendes qui échappe aux cotisations est large. Deux leviers permettent de la remonter, et le cas de Marc montre à quel point ça pèse.

Cas 2 · Expert-comptable · le compte courant change tout

Marc — un compte courant qui multiplie le seuil par 21

Marc a la même SELARL que Claire au départ : capital de 10 000 €, seuil de 1 000 €. Mais Marc a laissé sur son compte courant d'associé un solde moyen de 200 000 € (rémunérations et dividendes antérieurs non prélevés).

Son assiette de référence devient 10 000 + 200 000 = 210 000 €, et son seuil passe de 1 000 € à 21 000 €. Sur un dividende de 30 000 €, la fraction cotisée tombe de 29 000 € (cas Claire) à 9 000 €. Le compte courant, souvent négligé, est l'un des leviers les plus simples — à condition que le solde soit réel et économiquement justifié, pas gonflé artificiellement.

À retenir

Deux leviers pour relever le seuil

  • 1. Augmenter le capital social (ou incorporer des réserves et primes d'émission). Capital porté à 80 000 € + CCA 20 000 € → assiette 100 000 €, seuil de 10 000 € au lieu de 1 000 €. Revers : un capital figé, qu'on ne récupère pas d'un claquement de doigts, et des formalités de modification statutaire.
  • 2. Conserver un compte courant d'associé au solde moyen élevé. Chaque tranche de 10 000 € de solde moyen relève le seuil de 1 000 €. Condition : un solde réel, justifié par votre activité, pas un montage de façade.

Attention toutefois : relever le seuil n'efface pas la question de la réalité économique. Un capital ou un compte courant artificiellement gonflé dans le seul but de réduire l'assiette des cotisations expose à une remise en cause. L'optimisation se construit dans la durée, en cohérence avec la trésorerie réelle de votre cabinet, sujet que nous développons dans notre guide placer la trésorerie de son cabinet d'expertise comptable.

§ 7LE BON CÔTÉ·2 MIN

Pourquoi le ~45 % coûte un peu moins qu'il n'y paraît

En rendez-vous, la réaction est toujours la même : « 45 %, autant tout laisser dans la société. » C'est vrai à 90 %, mais deux choses jouent en votre faveur sur la fraction cotisée — et on les oublie presque toujours.

La fraction cotisée vous ouvre des droits CAVEC

Contrairement aux dividendes restés sous le seuil de 10 % — qui n'ouvrent aucun droit —, la fraction réintégrée dans l'assiette des cotisations alimente votre retraite : base CNAVPL (par points) et complémentaire CAVEC (par classes). Elle valide donc des points, là où un dividende « pur » ne construit rien pour votre avenir. Ce n'est pas un argument pour distribuer au-delà du seuil — l'arbitrage reste défavorable —, mais cela nuance le coût brut. Le détail du rendement de la CAVEC figure dans notre guide retraite de l'expert-comptable (CAVEC).

Une partie de la CSG est déductible

Sur la fraction cotisée comme revenu d'activité, la CSG est partiellement déductible (6,8 points) de votre revenu imposable. Concrètement, sur 25 000 € de cotisations, la CSG déductible vous fait récupérer une partie via une baisse d'IR l'année suivante. C'est un mécanisme qu'on intègre toujours dans le chiffrage fin, et qui explique pourquoi le coût réel finit souvent sous le taux facial.

La conclusion reste pourtant la même : au-delà du seuil, le dividende perd l'essentiel de son avantage. Le coût social, même atténué par la CSG déductible et les droits CAVEC, dépasse en général le PFU. D'où l'intérêt de calibrer la distribution sous le seuil et de loger le surplus ailleurs — c'est la stratégie du paragraphe suivant.

§ 8STRATÉGIE·3 MIN

Stratégie : calibrer, capitaliser, déduire un PER

Cette règle, on la subit ou on l'anticipe — et la différence se joue à la clôture, quand vous décidez du montant du dividende. Trois leviers, à combiner, permettent à l'expert-comptable de réduire la facture sans renoncer à se rémunérer correctement.

À retenir

Les trois leviers de l'expert-comptable

  • 1. Calibrer la distribution sous le seuil de 10 %. Distribuer juste ce que le seuil permet (1 000 € pour Claire, 21 000 € pour Marc) au PFU, et arbitrer le reste différemment. Le seuil se relève d'abord par le capital et le compte courant (§6).
  • 2. Capitaliser le surplus à l'IS plutôt que de le distribuer. Laisser la trésorerie dans la société, c'est l'imposer à 25 % d'IS au lieu de subir cotisations (~45 %) + IR au barème (jusqu'à 45 %). Pour réinvestir, racheter un cabinet ou transmettre, on fait souvent remonter cette trésorerie en SPFPL (voir §9).
  • 3. Déduire un PER / Madelin (art. 154 bis CGI) : plancher 4 806 €, plafond jusqu'à 88 911 € en 2026 (PASS 48 060 €). À 41 ou 45 % de TMI, 10 000 € versés sur un PER, c'est 4 100 à 4 500 € d'impôt en moins l'année du versement — difficile de faire mieux pour un haut revenu.

Le deuxième levier relève de l'arbitrage annuel rémunération / dividendes, qui est tout l'objet de notre guide SEL : salaire ou dividendes, l'arbitrage gagnant du libéral. Le troisième s'appuie sur la déduction du PER de l'expert-comptable, qui réduit l'assiette imposable à votre tranche marginale.

Le réflexe haut revenu : CDHR et CEHR

Aux niveaux de revenu de l'expert-comptable, deux contributions s'ajoutent à l'arbitrage. La CEHR (art. 223 sexies CGI) s'applique à 3 % puis 4 % au-delà de 250 000 € / 500 000 € de revenu fiscal de référence (célibataire, doublés pour un couple). La CDHR (contribution différentielle sur les très hauts revenus, art. 224 LF 2026, imposition minimale d'environ 20 % du RFR) est reconduite et peut limiter l'intérêt d'une forte distribution au PFU une année donnée. Ces effets se modélisent globalement : voyez notre guide CDHR : la contribution sur les très hauts revenus du libéral et notre guide optimisation fiscale de l'expert-comptable.

Le réflexe retraite à ne pas oublier

Les dividendes restés sous le seuil n'ouvrent aucun droit à la retraite. Chaque euro de dividende substitué à de la rémunération, c'est moins de points CNAVPL et CAVEC validés. Réduire ses cotisations via les dividendes a donc un coût caché : une pension future plus faible. On compense par une rémunération suffisante et un PER. Le sujet est développé dans nos guides retraite CAVEC et retraite des professions libérales.
§ 9STATUTS & SPFPL·4 MIN

SELARL, SELAS, SPFPL : qui est concerné, qui ne l'est pas

« Est-ce que ça me concerne, moi ? » C'est la première question de chaque rendez-vous SEL. Tout dépend de votre statut social— et c'est précisément là que se loge une zone grise dont peu de confrères parlent franchement.

Statut social et exposition à la règle des 10 %. Les dates indiquées sont celles des premières impositions concernées.
Structure / dirigeantStatut socialRègle des 10 %Depuis
SELARL — gérant majoritaireTNSApplicableRevenus 2009
SELAS / SELARL — associé exerçant relevant des indépendantsIndépendantApplicable (extension)Revenus 2025
SELAS — président assimilé salariéAssimilé salariéZone grise (à ce jour non réintégré)Non tranché

Pour le gérant majoritaire de SELARL, relevant du statut TNS, rien de nouveau : la règle s'applique depuis les revenus 2009. Pour l'associé exerçant de SELAS relevant du régime des indépendants, l'exposition s'applique depuis le 1er janvier 2025, dans le prolongement de la LFSS 2024 et de l'arrêt du 19 octobre 2023, avec des régularisations à compter des revenus 2025 — d'où le pic d'actualité de 2026. Le vieux réflexe « je passe en SELAS pour échapper à la règle » ne fonctionne plus pour l'associé exerçant : le refuge s'est largement refermé.

La zone grise du président de SELAS assimilé salarié

Le président de SELAS assimilé salarié a historiquement été en dehors des cotisations TNS sur dividendes (il ne supporte que les prélèvements sociaux). La rédaction large de la jurisprudence fait craindre une extension future, mais aucun texte ne l'a tranchée à ce jour : en l'état, ses dividendes ne sont pas réintégrés dans une assiette de cotisations TNS. Cette frontière, sensible, mérite un audit nominatif. Pour un panorama du choix de forme (BNC ou société), voyez notre guide BNC ou SELARL : quel statut pour quelle profession libérale.

Reste la question qui revient le plus : « et si je coiffe ma SEL d'une SPFPL ? » Presque tous les confrères que je reçois pensent que la holding efface les cotisations. La Cour de cassation a tranché l'inverse.

La SPFPL ne fait pas écran au social (Cass. 19/10/2023)

La Cour de cassation (2e chambre civile, 19 octobre 2023, n° 21-20.366) a jugé que les bénéfices de la SEL distribués à la SPFPL doivent entrer dans l'assiette des cotisations de l'associé exerçant, y compris lorsque ces bénéfices sont distribués à la société de participations financières de profession libérale. Autrement dit : pour la fraction au-delà de 10 %, la holding ne fait pas écran. Nuance d'honnêteté : une réponse ministérielle (Anglars, JO Sénat du 27 février 2025) a indiqué que cet arrêt « ne constitue pas une règle générale ». Il existe donc une tension entre une jurisprudence sévère et une lecture administrative plus restrictive — d'où la prudence et l'audit au cas par cas. Personne ne peut vous garantir aujourd'hui que la holding efface les cotisations, ni l'inverse.

La SPFPL garde tout son intérêt (mais pour autre chose)

Même sans effet garanti sur le social, la SPFPL reste un outil patrimonial de premier plan. Elle purge l'IS grâce au régime mère-fille (art. 145 et 216 CGI) : exonération de 95 %, quote-part de frais et charges de 5 %, soit un frottement d'IS effectif de l'ordre de 1,25 %. Elle permet de capitaliser la trésorerie sans IR immédiat, de réinvestir (rachat de cabinets, immobilier professionnel) et de transmettre dans de meilleures conditions. Tout le montage est détaillé dans notre guide holding d'expert-comptable (SPFPL) : montage, fiscalité, trésorerie, et le cadre général dans SPFPL et profession libérale.

Un dernier mot sur les droits d'enregistrement, utile au moment de structurer : la cession de parts de SELARL supporte un droit de 3 % (après abattement proratisé de 23 000 €), tandis que les actions de SELAS ne supportent que 0,1 %. Un paramètre parmi d'autres dans le choix de la forme sociale.

§ 10L'AUTRE RÉFORME·2 MIN

L'autre réforme à ne pas confondre : la rémunération technique en BNC

On entend souvent : « Depuis 2024, en SEL, tout est requalifié et tout est cotisé. » Cette phrase mélange deux réformes sans rapport. La première, sociale, c'est la règle des 10 % sur les dividendes, objet de tout ce guide. La seconde, fiscale, vise la rémunération technique de l'associé — et n'a rien à voir avec les dividendes.

Ce que change la réforme de la rémunération technique

Depuis l'imposition des revenus 2024, la rémunération qu'un associé de SEL perçoit au titre de son activité libérale (l'exercice technique de l'expertise comptable) est imposée en BNC (déclaration contrôlée 2035), et non plus en traitements et salaires. Conséquence pratique : fin de l'abattement forfaitaire de 10 % applicable aux salaires — il faut désormais déduire les frais réels en BNC. Cette évolution résulte de l'arrêt du Conseil d'État du 8 avril 2025 (n° 492154) et de la mise à jour du BOFiP. Le même arrêt a en outre annulé la tolérance des 5 % de rémunération affectable d'office au mandat de gérance (art. 62 CGI) : la ventilation entre activité libérale (BNC) et fonctions de mandataire social doit désormais être justifiée individuellement. Elle concerne aussi bien les experts-comptables que les autres professions libérales en SEL.

Retenez la frontière : la rémunération technique peut devenir du BNC (réforme fiscale), mais les dividendes restent des revenus de capitaux mobiliers (seule leur assiette sociale change au-delà de 10 %). Ce sont deux mécanismes indépendants : on peut être concerné par l'un, par l'autre, ou par les deux. Le détail de la requalification en BNC est traité dans notre guide BNC ou SELARL : quand la société devient intéressante.

§ 11SYNTHÈSE·2 MIN

Synthèse et plan d'action

Récapitulons de façon opérationnelle. Avant chaque assemblée d'approbation des comptes, déroulez ces six réflexes avec votre expert-comptable et votre CGP.

Plan d'action

Les six réflexes de l'expert-comptable en SEL

  • 1. Calculer votre seuil exact : 10 % × (capital libéré + primes + solde moyen de compte courant). À 10 000 € de capital nu, il ne vaut que 1 000 €.
  • 2. Distribuer sous le seuil au PFU à 31,4 %, et arbitrer le reste autrement.
  • 3. Provisionner 40 à 45 % de toute fraction excédentaire le jour du vote — le rappel Urssaf + CAVEC tombe en N+1 / N+2.
  • 4. Relever le seuil dans la durée : capital, réserves incorporées, compte courant réel.
  • 5. Capitaliser le surplus à l'IS (25 %) ou en SPFPL plutôt que de le distribuer à ~45 % ; saturer le PER (41-45 % de TMI).
  • 6. Ne pas compter sur la SPFPL pour effacer le social (Cass. 19/10/2023, nuance rép. min. Anglars 27/02/2025) — l'auditer au cas par cas.

L'essentiel à retenir, en cinq points

Un : seule la fraction de dividendes au-delà de 10 % de votre assiette de référence entre dans les cotisations ; sous ce seuil, c'est le PFU à 31,4 %. Deux : l'assiette sociale retient le dividende brut, sans l'abattement de 40 %. Trois : le coût social ne tombe qu'en N+1 / N+2, donc provisionnez 40 à 45 % dès la distribution. Quatre : la SPFPL purge l'IS, pas le social (Cass. 19/10/2023, nuance rép. min. Anglars). Cinq : le seuil se pilote — capital, compte courant, arbitrage rémunération / dividendes, PER. Ce calcul, on le refait à chaque clôture.
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Sources et références légales

  • CSS — assiette sociale des dividendes de SEL

    Art. L. 131-6 CSS et ses textes pris pour application (réintégration dans l'assiette des cotisations de la fraction de dividendes et d'intérêts de compte courant excédant 10 % du capital social libéré, des primes d'émission et du solde moyen du compte courant d'associé). Art. R. 131-7 CSS (modalités d'appréciation). Décret 2009-423 du 16/04/2009 (modalités de détermination du capital et des comptes courants). Pour l'expert-comptable, cotisations appelées par l'Urssaf et la CAVEC (retraite complémentaire par classes).

  • CGI — régime fiscal des dividendes et de la rémunération

    Art. 108 à 115 CGI (revenus distribués). Art. 200 A CGI (PFU 31,4 % en 2026 : 12,8 % d'IR + 18,6 % de PS depuis la LFSS 2026). Art. 158 CGI (option barème, abattement 40 % pour l'IR seulement, jamais pour l'assiette sociale). Art. 92 CGI (rémunération technique de l'associé de SEL imposée en BNC). Art. 145 et 216 CGI (régime mère-fille SPFPL). Art. 154 bis CGI (PER/Madelin, plafond 88 911 € en 2026). Art. 219 I-b CGI (IS 15/25 %). Art. 223 sexies CGI (CEHR). Art. 224 LF 2026 (CDHR). Art. 261-4-1 CGI (exonération de TVA des soins, inapplicable à l'expert-comptable). Doctrine : BOI-RES-BNC-000136.

  • Statut de la profession et SEL/SPFPL

    Ordonnance 45-2138 du 19/09/1945 (statut de la profession d'expert-comptable et de l'Ordre). Loi 90-1258 du 31/12/1990 (sociétés d'exercice libéral et SPFPL). Ordonnance 2023-77 du 08/02/2023 (exercice en société des professions libérales réglementées, en vigueur le 01/09/2024 ; une SPFPL peut détenir jusqu'à 100 % d'une SEL). LFSS pour 2009 (loi 2008-1330 du 17/12/2008, art. 22 : instauration de la règle des 10 % pour les SEL). LFSS pour 2013 (loi 2012-1404 du 17/12/2012, art. 11 : extension à l'ensemble des TNS).

  • Jurisprudence et lois de finances

    Cons. const. n° 2010-24 QPC du 06/08/2010 (validation de la règle des 10 %). CE 27/05/2011 n° 328905 (validité du décret 2009-423). Cass. 2e civ. 19/10/2023 n° 21-20.366 (dividendes de SEL distribués à une SPFPL : la holding ne fait pas écran). Rép. min. Anglars n° 02878, JO Sénat 27/02/2025 (l'arrêt du 19/10/2023 ne constitue pas une règle générale). CE 8e-3e ch. 08/04/2025 n° 492154 (rémunération technique de l'associé de SEL = BNC). LFSS 2026 (loi 2025-1403 du 30/12/2025). LF 2026 (loi 2026-103 du 19/02/2026).

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Le calcul de la fraction de dividendes soumise aux cotisations, du seuil de 10 % et de la provision à constituer doit faire l'objet d'une étude individualisée (capital, primes, compte courant, statut social, classe CAVEC). Les chiffres et taux cités sont à jour au 25 juin 2026 mais peuvent évoluer (LF/LFSS annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence). Certains points sont signalés au conditionnel lorsque le texte ou la doctrine ne tranchent pas clairement : champ exact de la règle pour le président de SELAS assimilé salarié, portée de l'arrêt du 19/10/2023 sur les montages SPFPL (rép. min. Anglars 27/02/2025). Les estimations chiffrées (~40-45 %) sont des ordres de grandeur indicatifs et ne préjugent pas du résultat réel. Les valeurs de point et de classe de la CAVEC sont à confirmer auprès de la caisse (cavec.fr).

Foire aux questions

Tout sur les cotisations sur les dividendes de SEL d'expert-comptable seuil, calcul, SPFPL, CAVEC et leviers.

Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous : suis-je concerné, comment se calcule le seuil de 10 %, combien ça coûte, la SPFPL protège-t-elle, l'abattement de 40 % s'applique-t-il, quels droits CAVEC. Réponses sourcées et à jour 2026.